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28 février 2009 6 28 /02 /février /2009 13:15

Un hôtel baroque, entouré d’un magnifique jardin, où la classe dominante passe ses vacances. Un homme s’approche d’une femme mariée pour lui demander si elle se souvient de leur relation, l’an dernier, à Marienbad, à Fredericksbad ou dans un autre endroit de villégiature. La femme ne se souvient pas, et l’homme, sans se démonter, va tenter pour tous les moyens de faire revenir les souvenirs à la surface.

 

Voilà un film fascinant signé Alain Resnais, et sur plusieurs points. D’abord, il y a cette entrée en matière, cette promenade dans les longs couloirs de ce grand hotel, où d’interminables couloirs succèdent aux couloirs, comme le dit la lancinante voix de l’homme (Giorgio Albertazzi) qui tourne en boucle. La caméra filme les plafonds, les murs surchargés de décoration, les valets figés comme des statues, et emmène le spectateur dans une ambiance de mystère. Ensuite, le réalisateur ne va cesser de jouer avec les miroirs, les reflets, comme pour montrer que ce que le spectateur voit n’est jamais qu’une représentation de la réalité, non la réalité elle-même. Comme ces personnages, tellement guindés qu'ils semblent irréels.

Fascinant par la musique qui accompagne tout le film. Un orgue joue, succédant à la voix de l’homme, et ne lâchera plus le spectateur, ballotté comme la femme dans un monde qu’il ne comprend pas parfaitement.


Fascinant aussi et surtout par les acteurs qui peuplent le film. Outre Giorgio Albertazzi, l’amant qui veut récupérer sa maitresse, Delphine Seyrig campe une merveilleuse et évanescente femme amoureuse et perdue, un oiseau blessé dans ses costumes de plumes. Son regard, constamment dans le vague, dans le flou, jamais directement orienté vers son interlocuteur, est à lui seul évocateur du trouble qu’elle ressent.  C’est une performance d’actrice formidable, mais aussi horripilante car on aurait bien envie de la secouer un peu. Et il y a le personnage du mari, incarné par Sacha Pitoeff, qui par sa stature, sa présence souvent inattendue, sa mystérieuse capacité à toujours gagner au jeu, est une incarnation physique du diable, qui surveille sa femme tout en intervenant peu.

Enfin, la fascination provient du fait que le spectateur ne sait jamais trop où il en est : est-ce la réalité ? Un rêve ? Que cherchent les protagonistes ? Vont-ils arriver à leurs fins ? Pour faire rapide, on pourrait dire que c’est un peu David Lynch au début des années 60, avec une pointe de tradition française remarquable par la qualité littéraire du scénario (signé Alain Robbe-Grillet), et quelques débats littéraires.

Vraiment c’est un film qui m’a vraiment plu, et qui demande, c’est certain, plusieurs visionnages. Néanmoins, je conseille de le voir au cinéma, ce que j’ai fait grâce à la rétrospective Resnais organisée par le Ciné-TNB, situé dans les locaux du Théâtre National de Bretagne à Rennes.

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commentaires

Flo 01/03/2009 16:58

Quoi ??? S'endormir devant Resnais ?? Toi, Julie ??? J'y crois pas !!! C'est pire que d'apprendre que le reflet médicis diffuse les films en VF, ça ! ;-)) ("private joke", comme on dit : Yohan a raison, ça devient un salon privé ce blog ;-)

julie 01/03/2009 00:18

Suivant avant l'heure tes conseils j'ai vu l'Année dernière à Marienbad au cinéma, plusieurs fois même. Cela fait quelques temps que je n'en ai eu l'occasion, pourtant je voudrais bien conjurer une drôle de fatalité : malédiction ou sort magique, à chaque fois que je l'ai vu je me suis endormie pendant un petit moment. Et tu sais à quel point voir un Resnais est un événement pour moi! en plus avec Seyrig, Pitoëff...bref j'ai un temps tenté de conjurer ce sort en jouant à outrance au jeu des allumettes (solution = utiliser le calcul binaire).Sinon, on s'en souvient un peu moins aujourd'hui, mais à sa sortie ce film avait fait scandale. Après le nouveau roman le nouveau film, la déconstruction narrative...ça jasait et pas que dans les milieux intellos, c'était l'époque ou les artistes choquaient encore! Yohan est héroïque, aller à Rennes rien pour ce film, j'applaudis des deux mains! mais ne loupez pas les rétropectives près de chez vous, vive Resnais!

Yohan 01/03/2009 13:02



Je me doutais bien que u avais vu plusieurs fois ce film. Mais quelle surprise de voir que tu t'es endormie devant !! Le mythe vacille ;-)
il n'est étonnant que ce film ait fait scandale à sa sortie en 1961, mais il a tout de meme été reconnu par le milieu cinématograhique avec un Lion d'or à Venise cette meme année.


Et je ne peux que confirmer le conseil de Julie, qui est de découvrir l'ensemble de l'oeuvre de Resnais, à Rennes ou ailleurs (mais le voyage à Rennes valait le coup, vraiment ;-)