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26 février 2009 4 26 /02 /février /2009 07:43

Louis, 34 ans, rend visite à sa famille, la première fois depuis dix ans. Pendant les années précédentes, il ne leur a envoyé que quelques cartes postales, sans dire grand-chose de sa vie. Ce retour, c’est pour Louis l’occasion d’annoncer à sa mère, son frère et sa sœur qu’il va bientôt mourir, car il est malade. Mais ce retour ne se passe pas vraiment comme prévu : il n’arrive pas à annoncer ce qu’il a envie de dire. Chacun, à tour de rôle, lui raconte la vie qu’il a vécu pendant son absence, et les reproches ne tardent pas à fuser. Louis, fatigué, désabusé, sent qu’il n’arrivera jamais à leur dire la terrible nouvelle, car ceux qu’on appelle ses proches ne sont pas prêts à entendre ce qu’il à dire.

 

Juste la fin du monde, écrit en 1990, est une des dernières pièces de Jean-Luc Lagarce. L’auteur a écrit cette histoire de famille et de maladie alors qu’il savait lui-même qu’il était condamné à moyen terme, car atteint du Sida. Cette pièce, sur la difficulté de communiquer au sujet de problèmes intimes dans le cadre familial, est un très beau texte, sombre et lumineux.

 

Cinq personnages parcourent la scène : Louis, sa mère, sa sœur Suzanne, son frère Antoine et sa belle-soeur Catherine. Rarement ces cinq personnages se retrouvent ensemble sur scène. Et lorsqu’ils se retrouvent, ils ne se parlent pas vraiment. Dans le texte, chaque personnage décrit lors d’un long monologue la manière dont il vit la situation depuis le départ de Louis. Suzanne aurait voulu qu’il soit plus présent, Antoine lui reproche de lui avoir laissé gérer seul la vie avec leur mère. Entre Antoine et Louis, il y a une tension latente, un conflit larvé qui fait que leurs relations, malgré cette longue interruption, sont dures. Catherine essaie de raisonner son mari, mais elle n’y arrive pas vraiment.

 

Le spectateur sait d’emblée ce qui arrive à Louis, qu’il est condamné à brève échéance. Et comme Louis, il assiste aux discours de membres de la famille, à ses logorrhées qui ne prennent jamais en compte le revenant, ni les raisons pour lesquelles il est parti, ni celles pour lesquelles il est revenu. Par ce mécanisme, Jean-Luc Lagarce place le spectateur au même niveau que Louis : il sait ce que les autres ignorent. Ce qui crée le trouble, la dureté du texte, et amplifie la charge contre le milieu familial, censé être celui qui recueille les confidences et les difficultés de ses membres, mais qui en l’occurrence est incapable de la moindre empathie envers Louis.

 

Juste la fin du monde est un texte magnifique, avec un très beau travail sur la langue. Lagarce travaille en particulier l’utilisation des verbes, en les répétant sous diverses formes (présent, futur, conditionnel) pour marquer le trouble. Entré au répertoire de la Comédie-Française l’an dernier, cette pièce est en passe de devenir un classique du théâtre francophone contemporain.

 

Juste la fin du monde, de Jean-Luc Lagarce

Ed. Les solitaires intempestifs

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commentaires

Val 10/04/2011 14:25



C'ets une très belle pièce. En plus d'être dramatique ce texte est très drole grace à un maniement de la langue française très propre à Lagarce. Cette répetition des verbes, ces erreurs dans la
concordance des temps rend les personnages très attachants. La premiere fois que j'ai vu cette pièce, j'ai beaucoup ri, comme toute la salle. C'était savoureux.



Yohan 13/04/2011 12:45



Une très belle pièce, effectivement. Et c'est drôle par moment, ce qui permet de ne pas être totalement plombé par cette pièce. Lagarce est vraiment un auteur passionnant !



In Cold Blog 01/03/2009 13:58

Comme un idiot que je suis, je n'ai même pas fait le rapprochement entre le Yohann du Biblioblog et toi-même Mais effectivement, tu as bien fait d'en "remettre une couche" car Lagarce mérite vraiment qu'on s'y attarde

Yohan 01/03/2009 14:25


Mais tu es tout pardonné !!!
Et effectivement, Lagarce mérite d'etre encore plus connu qu'il ne l'est !!!


In Cold Blog 01/03/2009 10:53

Je garde un souvenir très pregnant de cette pièce.Je ne sais pas si tu l'as vu , mais Biblioblog a consacré un billet récemment à ce texte de Lagarce.

Yohan 01/03/2009 13:05


Merci In cold Blog, mais je n'ai fait que reprendre le billet que j'avais rédigé moi-meme pour Biblioblog.
Oui, je sais, ce n'est pas très glorieux le recyclage, mais j'ai la prétention de penser qu'il y a des personnes qui viennent ici sans forcément connaitre Biblioblog (ce que je déplore, bien
entendu ;-)


Karine :) 28/02/2009 15:57

Ca doit créer une atmosphère bien particulière, en tout cas, cette ambiance familiale où l'on sait ce que les autres ne savent pas...

Yohan 01/03/2009 12:57


Ce positionnement du spectateur ajoute un regain de tension à cette pièce dajà très forte !