Voici un blog très subjectif sur ce que je vois au cinéma, à la télévision ou au théâtre, sur ce que je lis ou ce que j'entends.
Un an après le sombre et magnifique La nuit nous appartient, James Gray arrive avec un film d’un tout autre genre : un mélodrame, une histoire d’amour terrible entre trois personnages. Et il est aussi doué dans ce genre qu'il l'est dans ses précédents films.
Leonard est un jeune homme fragile. Il vient de sortir d’une période dépressive, et des signes montrent qu’il n’est pas complètement guéri. Il vit chez ses parents, qui essaient par tous les moyens de lui faire rencontrer Sandra, la fille du repreneur du magasin de Reuben, le père de Leonard. Mais ce couple arrangé ne satisfait pas Leonard, qui s’est épris de sa voisine, Michelle. Qui n’a d’yeux que pour Ronald, son amant marié qui lui paie son appartement.
Au niveau intrigue, rien de bien novateur. Trois personnages, le gars amoureux, la fille qui le considère comme un ami, la troisième qui attend. Des relations amoureuses non réciproques, cela sent le déjà vu. Sauf que, rien que cette pour intrigue, le scénario est plus solide qu’il n’en a l’air. Car l’apparition de Ronald, le quatrième larron, fait que le trio devient un quatuor, et donc que la situation peut se débloquer. Cette incursion apporte beaucoup au film, car elle ajoute un ingrédient à la recette habituelle du mélo.
Ensuite, ce qui est très réussi dans ce film, c’est le personnage de Leonard. Jeune homme paumé, qui n’a pas fait le deuil d’une première histoire d'amour qui a mal tourné, stigmatisé pour sa maladie, il prend vie au fur et à mesure que sa relation avec Michelle évolue. Il est enfermé dans sa famille, dans les conventions de sa belle-famille juive qui veut le voir réussir. Son salut n’arrivera que par cette escapade hors du cocon, sur les toits, où il s’échappe avec Michelle.
Les deux jeunes femmes qui entourent Leonard sont également très bien dépeintes. Michelle, jeune femme inquiète, à la situation sentimentale instable, qui vit une épreuve personnelle douloureuse et qui ne veut en faire part à son amant. Elle est touchante, parfois naïve mais au final lucide. Sandra, c’est l’amour raisonné, imposé par la famille. Enfin, c’est ainsi que le vit Leonard. Car Sandra semble sincèrement amoureuse de Leonard, et la situation telle que voulue par ses parents lui convient. Si elle sent parfois que certains détails clochent chez Leonard, elle préfère éviter de les aborder.
Les personnages sont très bien taillés, mais cela doit à la mise en scène très maîtrisée de James Gray. Il y a ce début intriguant, où Leonard se jette d’un pont. Mais il y a aussi ce jeu avec les appartements de Michelle et Leonard, qui donnent l’un chez l’autre via une cour. La référence à Hitchcock est flagrante, mais l’histoire d’humour se noue ici non pas dans un appartement comme pour James Stewart et Grace Kelly, mais entre les deux appartements, voire au dessus (pourquoi au dessus ? Vous le saurez en allant voir le film !). Une scène que j’ai trouvé merveilleuse est l’échange téléphonique entre les deux amants. Chacun est chez soi, fenêtres fermées, et le spectateur est placé entre deux : il n’est ni chez l’un, ni chez l’autre, il entend les deux voix par le prisme du combiné. Par cette mise en scène, le spectateur est à la fois partie prenante, car il entend l’échange mais également laissé à l’écart. On sent la bulle qui se crée autour des deux personnages, mais c’est une bulle très fine, qui peut éclater comme un rien.
Les trois acteurs principaux sont formidables : Joaquin Phoenix, en garçon fragile mais qui en veut (il parait qu’il annoncé sa retraite cinématographique ? C’est pour mieux revenir, non ?!?), Gwyneth Palthrow, qui revient avec ce rôle au tout premier plan, car elle tient vraiment bien sa place dans ce film, et Vinessa Shaw, la petite inconnue qui réussit à ne pas se faire écraser par ses deux camarades de jeu.
Si je ne suis pas un grand amateur des mélodrames, celui-ci est vraiment très réussi. Il y a très peu de bons mélos, poignants, sans pathos, et celui-ci se range dans la catégorie des très bons, avec certainement Sur la route de Madison. Vraiment, un film à voir (comme tous les films de James Gray d’ailleurs).
Les avis de Pascale, de Kilucru
Autre film de James Gray : La nuit nous appartient