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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 08:22

c-est-une-chose-etrange-a-la-fin-que-le-monde.jpgIl se passe parfois des choses étranges. Par exemple, je n'aurai jamais cru lire un ouvrage de Jean d'Ormesson, homme de droite, ancien directeur du Figaro. Pourtant, l'occasion faisant le larron, et après les éloges reçues par les critiques du Masque et la Plume, j'ai osé plonger dans son dernier ouvrage, C'est une chose étrange à la fin que le monde. Plongée qui m'a laissé sur ma faim, et m'a confirmé dans l'image que j'avais du monsieur.

 

Dans cet ouvrage, d'Ormesson prend le parti de se questionner sur le monde : sa création, l'évolution de la conception du monde terrestre et céleste, et le questionnement ultime, pourquoi. Pourquoi l'homme existe-t-il ? Par quel phénomène physique la vie a-t-elle pu apparaître sur Terre ? Et c'est là que le bât blesse, car d'Ormesson s'en remet irrémédiablement à Dieu.

 

Pourtant, le début de l'ouvrage n'est pas initéressant. A la manière d'un vieux sage, d'Ormesson joue au vieil érudit, et décrit de manière assez chronologique les différentes conceptions du monde, celle des grecs, de Galilée, de Copernic, des scientifiques contremporains. L'analyse est assez rapide, et donne un aperçu synthétique de l'ensemble des théories. Tant qu'il reste sur les passages descriptifs, l'ouvrage est plaisant et finalement instructif pour un presque béotien.

 

Puis d'Ormesson pose la question de la possibilité du Big Bang : peut-on vraisemblablement croire que la vie aurait pour origine une fantastique explosion ? Et surtout, qu'y a-t-il avant le Big Bang ? Il ne trouve pas de réponses à ces questions et d'Ormesson se tourne alors vers Dieu, le créateur. Comme on pouvait finalement s'en douter, d'Ormesson rentre dans le droit chemin, se rangeant derrière le créateur comme seule explication à l'apparition de la vie. Alors qu'il se sent en fin de vie (il ne cesse de le dire au cours du roman), l'auteur cherche certainement à se rassurer sur ce qui l'attend d'ici quelques années. Et fait de cet ouvrage une chose hybride, entre confessions intimes, précis d'astro-physique et références religieuses, le tout servi par une écriture élégante. Un drôle de mélange.

 

C'est une chose étrange à la fin que le monde de Jean d'Ormesson

Ed. Robert Laffont

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27 août 2011 6 27 /08 /août /2011 10:13

nana.jpgNeuvième roman de la série des Rougon-Macquart, Nana met en scène la fille de Gervaise, déjà vue dans l'Assommoir. Enfant, elle était espiègle, désobéissante. Jeune adulte, elle est prostituée et est mise en scène au théâtre, où elle triomphe en Vénus, déesse aguicheuse et légèrement vêtue. La vie de Nana est celle de la séduction, et le roman traite du pouvoir érotique et sexuel des femmes sur les hommes, prêts à tout pour s'attirer les faveurs de la jeune fille.

 

Ce qui est très amusant dans Nana, c'est de voir que Zola écrit un roman sur la prostitution qu'on pourrait appeler de luxe sans jamais écrire une seule ligne de scène sexuelle. Il évoque, il insinue, il décrit quelques jeux tendres, quelques baisers, mais ne rentre jamais dans l'intimité de la relation entre Nana et son client. Exercice brillamment réussi qui utilise tous les stratagèmes pour évoquer la passion sexuelle sans jamais le faire directement.

 

L'autre attrait du roman réside, comme dans les autres grands romans de Zola, dans les grands épisodes décrits en longueur. Ici, la scène à l'hippodrome, qui met en scène la haute société, les prostituées aux bras des hommes qui les entretiennent, les parieurs et les chevaux est un grand moment de littérature. Le public criant le nom du cheval, Nana, alors que la femme du même nom vit une période difficile, est un immense plaisir de lecture.

 

Sur le fond, Zola s'attarde plus à montrer l'hypocrisie des milieux bourgeois et nobles qu'à dépeindre celui des prostituées. Même si on voit la vie compliquée de Nana, battue par Fontan, son mari, ou la déchéance de Satin, une de ses amies, le plus marquant reste la folie sexuelle qui s'empare des hommes, même les plus vertueux. L'exemple parfait est ici le Comte Muffat, homme pieux, qui malgré ses premières préventions, cède totalement à Nana et se ruine pour lui offrir une demeure somptueuse. Si Nana connaît une fin tragique, l'ensemble des hommes qui la courtise n'est finalement pas mieux lotie : ruine, suicide, vol,... Tous voient leur comportement profondèment modifié par la fréquentation de Nana, qui au passsage est un personnage assez détestable : égoïste, capricieuse, inconséquente,...

 

Nana est donc un roman très intéressant, mais il faut accepter de passer les 50-100 premières pages, un peu répétitives sur la description du monde du théâtre parisien. Ensuite, c'est un vrai plaisir de lecture que d'assister à ce jeu de massacre.

 

Toujours chez les Rougon-Macquart :L'Assommoir, Son excellence Eugène Rougon, Une page d'amour

 

Nana, d'Emile Zola

Ed. Folio

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24 août 2011 3 24 /08 /août /2011 11:00

montecore-un-tigre-unique.jpg[Déjà paru sur Biblioblog] La littérature nordique est à la mode et le lecteur que je suis imagine des auteurs suédois ou islandais, blonds et grands, écrivant des romans policiers ou comiques. Alors, quand j'ouvre un roman écrit par un suédois d'origine tunisienne, je m'attends à être surpris. Et effectivement, ce roman est assez singulier.

 

En fait, plus qu'un roman, on lit l'histoire du roman, sa composition, son processus de création. On y retrouve un auteur, suédois d'origine tunisienne prénommé Jonas (comme l'auteur de l'ouvrage, celui que le lecteur a entre les mains), qui vient de publier un premier roman. Son acolyte est Kadir, un homme qui prend contact avec lui pour lui donner une idée de roman : que Jonas raconte son histoire, et particulièrement celle de son père. Son départ de Tunisie, son installation en Suède, son succès comme photographe. Mais les souvenirs de Kadir et Jonas sont parfois divergents, et chacun présente l'histoire selon son propre point de vue.

 

Montecore, un tigre unique, est un livre riche. Riche par son écriture, son style. En présentant des protagonistes qui ne maîtrisent pas très bien le suédois étant donné leur statut d'immigré (pour Jonas) ou d'étranger (pour Kadir), l'auteur se permet des inventions stylistiques, des détournements d'expressions, des dérèglements syntaxiques qui s'ils sont un peu déroutants au début, prennent peu à peu tout leur sens. Jonas Hassen Khemiri utilise la double narration, par Jonas et Kadir, pour s'amuser avec les mots et la langue.

 

Mais c'est également un roman sur le processus de l'écriture et sur les conditions de naissance d'un roman. Jonas débute la rédaction parce que Kadir le contacte. Suivent de nombreux échanges, par mail, avec parfois des documents issus des archives du père de Jonas, qui permettent de reconstruire le passé. Mais il n'a rien d'objectif, et chacun l'interprète selon son point de vue. Pour Kadir, Abbas a fait tout ce qu'il a pu pour s'intégrer en Suède. Pour Jonas, il a été lâche, refusant de voir le racisme latent des suédois et de manifester clairement ses origines tunisiennes.

 

Car ce roman est aussi est roman politique et social. En remontant le temps, notamment les années 80 et 90 en Suède, Jonas Hassen Khemiri dresse un portrait assez inattendu de la Suède. Car Abbas a du mal à s'intégrer et fait tout pour se fondre dans la masse, allant jusqu'à ouvrir un atelier de photographie pour lequel il se donne un nom suédois. Pays souvent considéré comme calme et paisible, on plonge ici dans les quartiers de Stockholm, dans un pays où le premier ministre Olof Palme vient d'être assassiné, où l'étranger est regardé d'un drôle d'œil, où quelques racistes s'expriment sans être inquiéter, où Jonas se sent en danger. Danger qui lui donnera envie de revenir vers ses origines, en particulier religieuse, de manière brutale et caricaturale.

 

Roman aux multiples entrées, cet ouvrage de Jonas Hassen Khemiri est susceptible de plaire à un grand nombre de lecteurs. Un titre singulier, qui aborde frontalement des thématiques qui touchent bien d'autres pays que la Suède.

 

L'avis d'In Cold Blog

 

Montecore, un tigre unique de Jonas Hassen Khemiri

Traduit du suédois par Max Stadler et Lucie Clauss

Ed. du Serpent à plumes

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10 août 2011 3 10 /08 /août /2011 23:00

ceux-qui-vont-mourir-te-saluent.jpgDe Fred Vargas, on ne retient souvent que son personnage principal, le commissaire Adamsberg. Pour ma part, je n'ai pas une grande attirance pour le commissaire bourru et son équipe, tout en appréciant les intrigues mises en place par l'auteur. Alors, je me tourne vers les romans sans Adamsberg. Plongée donc dans l'un des premiers romans de Vargas, situé à Rome avec les trois empereurs. Malheureusement, le plaisir n'a pas été totalement au rendez-vous.

 

L'intrigue met en scène trois jeunes gens, Claude, Néron et Tibère, amis indéfectibles. A leur côté, on retrouve Laura Valhubert, jeune femme mystérieuse, intrigante, envoûtante. Son mari, Henri Valhubert, est un conservateur français internationalement connu. Et le jour où on lui présente une oeuvre inconnue attribué à Michel-Ange, il soupçonne un faux ou un trafic au sein de la grande bibliothèque du Vatican. Et ses intuitions semblent être exactes, puisque Valhubert est assassiné lors d'un passage à Rome, devant le palais Farnèse. Débute alors une enquêté menée par la police italienne, mais que des importants intérêts français ont intérêt à contrecarrer.

 

Alors, d'où peut venir la déception ressentie à la lecture ? Peut-être à cause de la personnalité des trois empereurs, que j'ai trouvé trop monolithique, avec un Néron à moitié fou ou un Claude éperdumment épris de Laura, sa protectrice. Peut-être aussi parce que j'ai trouvé un peu vite un des maillons les plus importants de l'intrigue, qui permet de comprendre les liens qui unissent Rome et les Valhubert. Enfin, j'ai été un peu déçu que Fred Vargas ne fasse pas de Rome un personnage plus important du roman.

 

Mais le roman reste globalement plaisant, grâce au duo d'inspecteurs qui mènent l'enquête. D'un côté, l'italien qui cherche le fin de l'histoire. Et surtout, de l'autre, un français embauché pour noyer l'affaire, mais qui ne résiste pas au fait de mouiller un ministre français, frère de Henri Valhubert. Mais l'ensemble reste un peu court pour donner une vraie ampleur à l'ouvrage, un des premiers de l'auteur.  Debout les morts reste donc pour moi le roman que je préfère de Vargas, pour le moment.

 

Autres romans de Fred Vargas : Les quatre fleuves, La vérité sur Cesare Battisti

 

Ceux qui vont mourir te saluent, de Fred Vargas

Ed. Le Livre de Poche

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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 07:58

le-baby-sitter.jpgComment faire, quand on a 19 ans et qu'on est étudiant, pour gagner un peu d'argent ? Proposer des cours à domicile, bien entendu. De manière plus originale, en particulier pour un garçon, on peut se proposer pour faire le baby-sitter. Eh bien, ça marche. En tout cas pour Alex, qui bénéficie des remarques positives de sa première cliente, la boulangère. C'est donc l'occasion pour lui de remplir ses placards, mais aussi de découvrir l'intimité de certains de ses voisins.

 

Car Alex devient rapidement une célébrité, et les clients s'accumulent, au point de ne plus avoir une soirée à passer avec sa petite amie. Mais pour certains clients, la prestation dépasse rapidement la simple garde d'enfant, et des relations amicales ou de reconnaissance se créent.

 

Jean-Philippe Blondel est un auteur assez talentueux. Sur des sujets a priori sans beaucoup d'enjeu, il parvient toujours à montrer l'humanité des personnages, à faire partager les sentiments qu'ils éprouvent et surtout leurs évolutions. Car Alex, un peu paumé, va peu à peu prendre de l'assurance, auprès de la boulangère, mais aussi auprès des adultes qui lui sont assez étrangers, son père éyant quitté rapidement le foyer conjugal après sa naissance. 

 

Ce qui est assez troublant, c'est que Blondel ose emmener son lecteur dans des sentiments souvent difficiles (un enfant qui manque de s'étouffer, la violence parentale, des relations amoureuses plus ou moins suivies, le désir), sans détour mais sans brusquerie. Lors de la lecture, on a toujours l'impression de baigner dans un univers confortable, serein, avant de soudainement basculer, l'air de rien, dans la détresse humaine. Une écriture sans pathos mais pleine de sentiment, qui est une nouvelle fois une agréable récréation et qui plonge le lecteur dans l'intimité de tous les personnages décrits.

 

Les avis de Laurence (que je remercie pour le prêt), Thom, InColdBlog (et son très bon billet) et plein d'autres....

 

D'autres romans de Jean-Philippe Blondel : Passage du gué, Un minuscule inventaire, Accès direct à la plage

 

Le baby-sitter, de Jean-Philippe Blondel

Ed. Buchet-Chastel

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9 juillet 2011 6 09 /07 /juillet /2011 18:43

la-presence.jpgLes éditions Les Allusifs lancent une nouvelle collection, qui a pour thème les peurs. Celles que les auteurs éprouvent, et qu'ils tentent de décrire dans un ouvrage. Dans cet opus, Pierre Jourde raconte sa peur : celle du moment où il doit s'endormir, dans des lieux sombres, cloîtrés, isolés et vides, dans lesquels il sent une présence hostile.

 

Cette peur, il se la remémore à différentes occasions, mais elle remonte à son enfance. Lorsqu'il passait la nuit, seul, dans la ferme familiale dans un petit hameau d'Auvergne, et qu'il pensait constamment qu'une présence était là. Depuis, il est persuadé d'avoir, à plusieurs reprises, été confronté à cette présence. Et même si tout autour de lui indique que sa peur est irrationnelle, comme lors d'un séjour en Suisse, il n'arrive pas à s'en détacher.

 

Dans ce court ouvrage, Pierre Jourde se dévoile, part d'émotions et de sentiments intimes pour traiter, de manière très littéraire et philosophique, cette peur des greniers, des petits espaces plongés dans le noir au sein d'une demeure vide. Il passe allégremment des descriptions de ces moments douloureux à l'analyse de cette phobie, y voyant une crainte d'une présence alors que lui-même serait absent, endormi (c'est très raccourci, mais c'est ce que j'en ai retenu).

 

Petit ouvrage qui n'est pas forcément très facile d'accès, mais qui permet de plonger avec un certain plaisir dans les affres émotionnelles et non-littéraires d'un auteur.

 

Je remercie Babelio pour l'envoi de cet ouvrage.

 

L'avis de George

 

La présence, de Pierre Jourde

Ed. Les Allusifs - Les Peurs

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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 18:56

embrasure.pngDimanche dernier (oui, il y a déjà plus d'une semaine, mais le temps file à une vitesse, en ce moment), le nom du lauréat de l'édition 2011 du Prix Biblioblog a été annoncé : il s'agit de L'embrasure, premier roman d'une jeune auteure suisse, Douna Loup.

 

Pour le dire franchement, ce titre était loin d'être mon préféré. Le fond, c'est la relation entre un chasseur un peu rustre avec la nature, un cadavre découvert inopinémment et une femme rencontrée par hasard. La forme, c'est une écriture très poétique, agréable à lire, et qui m'a laissé me promener sans difficulté dans cette histoire. Le problème, c'est que j'ai trouvé tout cela assez vain : l'histoire ne prend jamais, et le roman repose uniquement sur l'écriture. Il a néanmoins créé une belle adhésion, ce qui fait qu'il a été honoré cette année.

assassinat-yvon-toussaint.jpg

 

Mon favori, qui est également le roman que j'ai proposé cette année dans la sélection et qui a été assez délaissé de la part des membres du jury, était L'assassinat d'Yvon Toussaint. Yvon Toussaint décrit l'épopée d'un journaliste belge (lui-même) sur les traces d'un homonyme, un sénateur haïtien assassiné dix ans plus tôt. J'ai beaucoup aimé cette peinture d'Haïti par les yeux d'un occidental qui n'y connait rien, et qui décrit le pays comme certainement nous le verrions : pauvre, corrompu, mais avec une solidarité qui parvient parfois à s'exprimer. Surtout, et malgré l'avis de nombreux lecteurs, j'ai beaucoup aimé le regard que l'auteur, également narrateur à la deuxième personne, porte sur lui et sur sa vie. Une quête de vérité sur un crime, une enquête personnelle, et la découverte d'un pays.

 

Halte-a-Yalta.pngAutre roman qui a attiré mon attention, Halte à Yalta, d'Emmanuel Ruben. Si le roman n'est pas exempt d'afféteries stylistiques, j'ai beaucoup aimé cette plongée dans un train russe à destination de la Crimée. La manière dont l'auteur mêle le rêve, avec l'image d'un de ses compagnons de voyage, un Tatar au grand nez, et la réalité avec quelques touches de politique caucasienne m'a séduit.

 

jon-l-islandais.jpgDans un autre genre, le très documenté roman de Bruno d'Halluin, Jon l'Islandais, m'a permis de faire un voyage dans le temps (XVe) et dans l'espace (Angleterre, Islande, Portugal). Une plongée prenante dans la vie des islandais de l'époque, avec une description minutieuse mais très bien intégrée au récit de la société islandaise et de ses spécifictés. Un roman dépaysant et fortement instructif.

 

colère du rhinoLa colère du rhinocéros a ravi beaucoup de lecteurs. Pour ma part, je ne suis pas rentré dans ce roman baroque, fanstasque, déjanté. L'accumulation des personnages et des situations étranges ne m'a pas paru  très bien amenée, et la narration à trois voix m'a semblé plaquée. Bref, une petite déception, mais quelques images fortes tout de même.

 

Enfin, il y a le livre sur lequel  j'ai souffert : Chevaucheur d'Ouragan, de Sam Nell. Un roman de fantasy, avec la chevaucheur-d-ouragan.jpgconvocation d'un bestiaire mythologique impressionnant. Malheureusement, je me suis totalement noyé dans cette aventure, ne comprenant jamais les tenants et aboutissants, ou alors en les trouvant dérisoires. La fantasy n'est semble-t-il pas un genre pour moi, mais je pourrai dire que j'ai essayé.

 

Voilà une expérience de lecture qui m'a amené vers des ouvrages inattendus, et m'a permis de faire deux très bonnes lectures. Pour le reste, mon avis est assez éloigné de celui de l'ensemble du jury, mais c'est la règle du jeu !

 

L'embrasure de Douna Loup, Ed. Mercure de France

L'assassinat d'Yvon Toussaint d'Yvon Toussaint, Ed. Fayard

Halte à Yalta d'Emmanuel Ruben, Ed. JBz & Cie

Jon l'Islandais de Bruno d'Halluin, Ed. Gaïa

La colère du rhinocéros de Christophe Ghislain, Ed. Belfond

Chevaucheur d'Ouragan de Sam Nell, Ed. Mnemos


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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 18:19

et-pendant-ce-temps-la-les-araignees-tricotent-des-pulls-.gifRachel, je l'ai rencontrée il y a quelques années, alors qu'elle était un peu plus jeune et qu'elle avait maille à partir avec sa psychologue et sa maîtresse d'école. Maintenant, Rachel est un peu plus âgée (au moins huit ans 3/4), mais n'en a toujours pas fini de ses conflits parentaux et de ses questions existentielles. Avec sa bande de copains, elle fait également une grande découverte : celle du sexe, vu comme naïvement à cet âge-là mais qui devient une préoccupation majeure. Jusqu'à imaginer King Kong comme le fanstasme masculin ultime.

 

Comme on me l'avait signalé, ce second tome des aventures de Rachel est plus réussi que le premier. On y trouve en effet un fil rouge dans la construction qui m'avait paru plus ténu dans Du vent dans mes mollets.  L'écriture de Raphaële Moussafir, imitant celle d'un enfant et évoquant Le petit Nicolas, est assez savoureuse, et donne à Rachel un caractère très amusant : la vision qu'a Rachel de la domestique, une normande à l'élocution très limitée, est très drôle. De même que les nombreuses références culturelles, comme Dallas, qui parsèment le roman et qui donne le sourire.

 

Rachel a un regard sans concession sur le monde des adultes, et donne au fil du texte sa propre définition d'expressions toutes faites, que le lecteur voit ainsi sous un autre jour. Un petit ouvrage espiègle comme son héroïne, qui vous fera monter plusieurs fois le sourire aux lèvres, et pour lequel la préface signée Arnaud Cathrine est une très bonne entrée en matière.

 

Et je remercie Béatrice pour le prêt de ce roman !

 

Et pendant ce temps-là, les araignées tricotent des pulls autour de nos bilboquets, de Raphaële Moussafir

Ed. Les mues - Intervista

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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 17:45

lautre fille[Billet déjà paru sur Biblioblog] Après le magnifique Les Années, le lecteur des œuvres d'Annie Ernaux pouvait imaginer qu'elle était arrivée à la fin d'un cycle. Et redouter que ce soit l'un de ses derniers ouvrages, voire le dernier. Heureusement, elle continue d'écrire, cette fois-ci une lettre à sa sœur. Une sœur qu'elle n'a pas connue, et dont elle a longtemps ignoré l'existence.

 

Annie Ernaux signe une lettre qui restera sans réponse, que son destinataire ne lira même jamais. Car c'est une lettre à une morte, à un membre de sa famille qui aurait dû lui être proche, mais qui est entouré du plus grand mystère. Car les parents n'ont jamais souhaité en parler. N'ont jamais mentionné le nom de cette première enfant. Et c'est en entendant une discussion, à l'âge de dix ans, qu'Annie apprend, contre le gré de ses parents, l'existence de cette sœur.

 

En plus du mystère, cette dernière est entourée d'une aura globalement positive. Pour sa mère, c'est un ange, une petite sainte partie trop vite. A l'opposé, Annie est pour ses parents une enfant turbulente, loin de cette enfant chérie. Cette opposition inconsciente est une des briques de la fabrication de la personnalité d'Annie Ernaux, qui a vécu dans l'ombre de sa sœur.

 

Pourtant, l'auteur ne souhaite pas qu'on fasse de cette lettre une analyse psychanalytique. Ce passé douloureux n'est pas la raison pour laquelle elle a produit son œuvre littéraire, mais un événement dans son parcours de femme. Elle profite de cette lettre, qui lui rappelle la Lettre au père de Kafka, pour faire des parallèles avec la vie de sa sœur : la maladie qui l'a emportée, alors qu'elle a survécu au tétanos. Se souvenir des photos, sur lesquelles elle pensait figurer et qui étaient celles de son aînée.

 

Mais c'est aussi un retour sur la façon dont elle a vécu son existence. Sa découverte tardive du secret, mais surtout les raisons pour lesquelles elle n'en a jamais parlé avec ses parents. Et aujourd'hui, il ne lui reste qu'une tombe rénovée, à proximité de celle de ses parents, et qu'elle fréquente annuellement. Une lettre pour enfin évoquer cette ombre qui l'a suivie tout sa vie, et enfin affronter cette histoire familiale, seule.

 

Autres ouvrages d'Annie Ernaux : La place, Journal du dehors, Les années, L'occupation

 

L'autre fille, d'Annie Ernaux

Ed. NiL

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26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 19:45

Berlin-Alexanderplatz.jpg[Déjà paru sur Biblioblog] Comment parler de Berlin sans mentionner l'Alexanderplatz, cette place commerçante du centre-ville, au cœur de l'ex-Berlin-Est ? Surtout depuis qu'Alfred Döblin a irrémédiablement lié la ville et la place dans son merveilleux roman, Berlin Alexanderplatz. La nouvelle traduction d'Olivier Le Lay est l'occasion de se plonger dans cette sombre histoire, qui fait découvrir les recoins les moins reluisants de la ville.

 

La visite se fait sur les pas de Franz Biberkopf. On le découvre à sa sortie de Tegel, la prison de la ville. Sans le sou ni perspective, il tente de trouver un emploi, et essaie plusieurs métiers sur les marchés. Mais son objectif, c'est de rester honnête. Car son séjour en prison, suite au meurtre de sa femme Ida qu'il a battu à mort, lui a suffi.

 

Franz Biberkopf retrouve tous les lieux de son ancienne vie, les cafés un peu glauques qu'il fréquentait, les marchés sur lesquels il tente de gagner sa vie. Avec lui, on découvre la vie des ouvriers de Berlin, en cette fin des années 20 où la crise n'a pas encore frappé, mais où la misère est déjà très présente. Avec lui, on découvre également les méthodes peu légales de voyous qui font tout pour gagner de l'argent : le proxénétisme est fréquent, et les petites arnaques légion.

 

Mais Biberkopf refuse de se laisser entraîner dans ce milieu, même si ses fréquentations avec Reinhold, petit malfrat réputé, l'emmènent sur une mauvaise pente. Malheureusement, c'est contre son gré qu'il se trouve mêlé à ces affaires, ce qui lui coûtera un bras, mais surtout une suspicion permanente quand sa petite amie Mieze disparaît sans laisser de trace.

 

Berlin Alexanderplatz est un roman foncièrement noir, sombre sur l'image de l'humanité qu'il renvoie. Biberkopf, malgré ses bonnes intentions, est condamné d'avance, ce que rappelle constamment le narrateur. On sait que cela finira mal, et les rares personnes qui tentent de l'aider agissent vainement. C'est comme si le milieu dans lequel vit Biberkopf, celui des petits voyous et grands malfrats, le poussait à devenir mauvais malgré lui.

 

Néanmoins, la noirceur du récit est balancé par l'écriture tout à fait originale de Döblin. Par le recours à une oralité très travaillée, le texte évoque le travail de Céline. Surtout, le texte est émaillé de nombreuses digressions, qui permettent de prendre la température de cette ville. On découvre ainsi au fil des pages l'ambiance des abattoirs et le rythme effrénée des égorgements de porc (magnifiques pages), les programmes de théâtre, les faits divers du moment. Döblin a également souvent recours à des extraits d'autres textes, en particulier ceux de la bible ou des chansons populaires, qui prennent place dans le récit. C'est ainsi qu'est racontée, au cœur de l'ouvrage, l'histoire de Job. Ce mélange de références, d'entrées dans le texte, fait de Berlin Alexanderplatz un texte riche, très dense, mais qui conserve une unité grâce à Franz Biberkopf, fil rouge de l'ouvrage. Et la traduction d'Olivier Le Lay rend parfaitement hommage à ce foisonnement.

 

C'est donc un vrai plaisir de lecture que cette plongée dans les bas-fonds de Berlin. Et s'il est difficile de reconnaître aujourd'hui les endroits que parcourt Franz Biberkopf, le lecteur en goguette à Berlin n'est pas totalement perdu, car de nombreux endroits ont conservé le même nom : Alexanderplatz, Invalidienstraße, Hackesher Markt, Rosenthalerplatz… Un périple sur les lieux qui ne fait qu'ajouter au plaisir du roman !

 

Berlin Alexanderplatz, d'Alfred Döblin

Traduit de l'allemand par Olivier Le Lay (nouvelle traduction)

Ed. Folio

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