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1 novembre 2011 2 01 /11 /novembre /2011 19:04

le-diner-de-trop.jpgGjirokastër, petite ville du sud de l'Albanie. En 1943, c'est la porte d'entrée dans la région pour l'armée allemande, qui reprend possession des régions italiennes après sa fuite de Grèce. Le docteur Gurameto le grand retrouve à cette occasion un ancien camarade, le colonel von Schwabe, qui dirige l'armée nazie. Un grand dîner rassemble les deux amis, dîner qui restera dans les annales de la petite ville pour plusieurs années. Car Gurameto devra rendre des comptes concernant ce dîner plusieurs années après, quand les communistes auront pris le pouvoir.

 

Ismail Kadaré, auteur albanais en exil pour fuir la dictature, a la grande habileté de mêler dans ce roman une intrigue historique et un conte. Au niveau historique, le lecteur est embarqué dans la décennie 1943-1953. Au départ, on croise les troupes nazies, accueillies à Gjirokastër par des tirs de mitraillettes. Puis on retrouve Gurameto le grand aux prises avec les autorités communistes, à la recherche d'informations sur un complot médical contre Staline (inspiré de la paranoïa stalinienne contre les médecins juifs en 1953). Là, on quitte les ors des salons du dîner pour se plonger dans la grotte de Shanisha, lieu de torture rendu célèbre par un pacha y ayant torturé les violeurs de sa soeur.

 

Mais Kadaré aborde ce panorama historique des dictatures par le biais du conte. Car qui est vraiment ce colonel nazi qui a assisté au dîner ? Von Schwabe, l'ami de Gurameto ? Ou un homme revenu d'entre les morts ? Et pourquoi les communistes cherchent-ils, dix ans, plus tard, à connaître le fin mot de cette histoire qui a fait le tour de la région ? Gurameto, tel Yves Montant dans l'Aveu, enchaîné dans la grotte, fera les frais des investigations menée contre lui.

 

Kadaré signe donc un roman fort intéressant, s'inspirant de faits réels pour dénoncer des régimes politiques différents mais tout autant totalitaires, sur fond de fable. Ce qui lui permet des envolées oniriques et fantastiques qui pimentent agréablement le récit, et fournit un autre degré de lecture à ceux qui se penchent sur ce roman.

 

Autre oeuvre d'Ismail Kadaré : La grande muraille

 

Le dîner de trop d'Ismail Kadaré

Traduit de l'albanais par Tedi Papavrami

Ed. Fayard

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29 octobre 2011 6 29 /10 /octobre /2011 07:26

la-route-de-midland.jpg{Déjà paru sur Biblioblog] Le Salt Café. Un motel miteux perdu au bord d'une route, à proximité de Midland, dans le désert texan. A sa tête, Amy, entourée de deux noirs, Zach et Singer. Peu de clients, que ce soit pour prendre un verre, passer une nuit ou laisser sa voiture en réparation. C'est pourtant là que Will s'arrête pour passer quelques jours.

 

Will n'y vient pas par hasard. Dans le coffre de son véhicule, un cercueil contient le corps de son frère, récemment décédé. Will ne parle à personne de ce qu'il transporte, et lorsque son chargement est découvert, il souhaite garder cela secret. Car Amy ne serait pas forcément heureuse d'héberger contre son gré un macchabée. Mais aussi car c'est justement à cause d'Amy qu'il a amené ce cercueil au cœur du désert.

 

Dans ce roman, Arnaud Cathrine parvient à créer une atmosphère, celle d'un bar presque déserté, où il n'y a pas que la poussière pour rendre visite aux habitants du lieu. C'est une forme de western moderne, évoquant notamment Ennio Morricone pour le décor. Pourtant, le cadre n'est pas l'unique atout du roman, car les liens entre les personnages sont primordiaux. Ceux entre le mort, le frère de Will, et Amy, la tenancière du bar. Mais également entre Will et son frère, car le périple qu'il impose au cercueil n'est pas sans lien avec leur enfance commune, tumultueuse et destructrice.

 

La narration ajoute à ce mélange des genres, très réussi, celui des voix. Celles de Will et de Singer se succèdent, pour dévoiler chacune de nouveaux éléments de l'intrigue. Ajouter à cela quelques enregistrements relatant les confessions de Will sur son enfance, et vous avez un roman à la  construction très intelligente, qui navigue entre inspiration du far-west et drame familial. Un roman qui annonce certains thèmes récurrents de l'œuvre d'Arnaud Cathrine : polyphonie pour la narration, relations fraternelles difficile, paysage et personnages désolés.

 

Autres romans d'Arnaud Cathrine : Le journal intime de Benjamin Lorca, Frère animal (avec Florent Marchet), Les vies de Luka

 

La route de Midland, d'Arnaud Cathrine

Ed. Verticales

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25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 23:01

jeanne-et-marguerite.jpgJeanne est une jeune femme moderne. Habituée à écrire pour les autres, elle raconte son histoire d'amour compliquée avec un homme qu'elle ne connait qu'à peine. Marguerite, c'est une femme du début du XXe Siècle, qui fait la rencontre de l'amour sur la plage de Nice. Deux femmes bien différentes, mais dont les histoires sont contrariées par une même cause : la guerre.

 

Pour Marguerite, la guerre qui met en danger son amour pour Eugène est la guerre de 14. Pourtant, Marguerite croit en la force des sentiments qui l'unissent à son aimé, comme ont pu le montrer les moments de longue séparation dus à son séjour en Suisse pour ses études. Marguerite, restée à Nice, ne cesse alors d'attendre le retour de celui qu'elle chérit. Mais l'arrivée de la guerre, et les nouvelles de moins en moins fréquentes sont un danger autrement plus important.

 

Jeanne, elle, a fait la rencontre sur Internet d'un homme avec qui elle vit un amour épisodique. Leurs rencontres dans la vie réelle se font dans le noir. Son amant, secret et mystérieux, part régulièrement pour des périodes de durée inégale, avant de refaire surface, inopinément, dans la vie de Jeanne pour son plus grand bonheur. Un homme dont elle sait peu de choses, jusqu'à apprendre que ses départs sont souvent liés aux guerres qui se mènent dans des pays plus ou moins lointains : Afghanistan, Tchétchénie,...

 

Deux histoires menées en parallèle qui racontent des amours contrariés, compliqués. Deux femmes qui sont en attente, après avoir trouvé celui avec qui elles souhaitent passer de longs moments, mais résignées à cette attente. Avec une écriture agréable, Valérie Péronnet donne vie dans son premier roman à ces deux femmes. Si j'ai apprécié cette lecture et l'écriture de l'auteur, que j'ai pour ma part effectuée par petites touches alors que le roman peut certainement se lire d'une seule traite, je suis resté en peu sur ma faim en ce qui concerne l'intrigue. Le roman n'est bien entendu pas le lieu où décrire de grandes aventures, mais j'aurai aimé creuser un peu plus les motivations de ces deux femmes, leurs aspirations, leurs espoirs et déceptions. Mais hormis cette petite réserve, Jeanne et Marguerite est un roman à découvrir pour ceux qui apprécient les écritures subtiles et pudiques.

 

Jeanne et Marguerite de Valérie Péronnet

Éditions Calmann-Lévy

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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 07:21

la-terre-et-le-sang.jpg[Déjà paru sur Biblioblog] Mouloud Feraoun est aujourd'hui un auteur malheureusement oublié. Pourtant, cet écrivain kabyle francophone du temps de l'Algérie française, assassiné en 1962, mérite vraiment qu'une place lui soit faite dans le monde littéraire. Que ce soit pour son premier roman, Le fils du pauvre, autobiographique, ou pour La terre et la sang, plus fictionnel.

 

La terre, c'est celle de la Kabylie et du petit village d'Ighil-Nezman. Là où Amer a grandi aux côtés de ses parents, avant de partir dans les années 10 en France pour tenter de gagner sa vie dans les mines. Il y retrouve d'autres algériens, des membres de sa famille qui l'aide à s'intégrer. Mais après la mort accidentel de son oncle, pour lequel il est soupçonné, il quitte le Nord de la France. Il y retrouve Marie, qu'il a connu petite. Elle est la fille de ses anciens logeurs, et ils décident de partir à deux, lui le kabyle, elle la française, pour Ighil-Nezman.

 

Le retour sur la terre natale, entre les deux guerres, est également la confrontation avec les liens du sang. Les relations de voisinage sont compliquées, chaque famille exerçant à tour de rôle la suprématie dans le village. Et comme toujours dans ces petites communautés, tout se sait. Ainsi, les soupçons qui ont pesé sur Amer sont parvenus aux oreilles de ses oncles, en particulier de Slimane qui tente de faire parler Amer.

 

Quant à Marie, elle se fait appeler Madame par tout le village. Elle trouve petit à petit sa place dans le village, auprès de Kamouma, sa belle-mère, et de Chabha, la femme de Slimane. Mais les querelles villageoises reprennent le dessus, sur fond de difficulté à procréer et à donner un héritier à la famille.

 

C'est donc dans le cadre de ce petit village rural que se noue la tragédie d'Amer. Un peu à la manière d'une pièce classique, hormis le huis-clos même si une grande partie de l'intrigue se déroule dans le village, Amer est pris au piège d'événements qu'il ne contrôle pas. Il essaie de se débattre, de résister à ces forces, ces attractions féminines qui ne pourraient que le condamner, mais il doit se résoudre à céder. De ce fait, sa seule solution est de se cacher, de ne pas montrer ce que tout le monde réprouve, et de faire bonne figure.

 

C'est dans la difficulté du travail ouvrier, puis dans la sécheresse du village que l'histoire d'Amer se déploie. Une vie pauvre, difficile, dans laquelle il ne trouvera pas de consolation. Mais qui malgré tout n'est pas vaine pour tout le monde, Mouloud Feraoun évitant le misérabilisme et l'émotion facile. Un roman qui mérite vraiment qu'on y s'y attarde.

 

La terre et le sang de Mouloud Feraoun

Ed. Points

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10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 13:00

le-voyage-des-grands-hommes.jpg[Billet déjà paru sur Biblioblog] Diderot, Rousseau et Grimm. Trois grands hommes des Lumières, qu'on peut imaginer proches par les idées mais sans grand lien. Pourtant, sous la plume de Vallejo, les trois auteurs se rendent ensemble en Italie, suivant ainsi l'ordre de Mme d'Epinay qui met à leur disposition une voiture et un valet, Lambert. Le voyage ne sera pas de tout repos.

 

En effet, bien qu'illustres aujourd'hui, nos trois grands hommes ne sont dans la vie quotidienne pas à une bassesse près. Tout ceci attriste fortement Lambert, déjà chagriné de devoir accompagner des non-nobles et de ne pas tenir compagnie à son aimée, restée à Paris. Rousseau, homme de salon, est connu pour les quitter brusquement, avant de revenir s'asseoir. Ce n'est pas, comme le pensait Lambert, pour apaiser une colère, mais pour soulager une vessie défaillante. Diderot est lui aussi mal en point et réclame, dès qu'une baisse de forme se présente, un verre de lait. Quant à Grimm, son intérêt se porte plus sur les femmes que sur ses amis.

 

Le point commun des trois hommes : la musique, sujet de discussion entre eux mais aussi d'accord. Et c'est bien un des seuls sujets qui ne donne pas lieu à des querelles. Le point le plus épineux reste la religion, source de discorde permanente entre Diderot et Rousseau, homme qui a goûté au catholicisme et au protestantisme. Entre eux se trouve Lambert. Valet, il fait son possible pour plaire à ses maîtres. Mais il est aussi au centre d'aventures peu commune. Emprisonné pour avoir battu le valet d'un religieux, il manque finir ses jours en prison. Il ne comprend surtout pas les envies diverses et variées des trois hommes qu'il contente.

 

François Vallejo plonge avec ce roman dans le XVIIIe Siècle. Avec malice, il introduit son texte par un clin d'œil littéraire, la trouvaille d'un manuscrit au fond d'un coffre qu'il prétend présenter tel quel au public. Ruse utilisée par les plus grands auteurs pour tenter de convaincre le lecteur de l'authenticité du récit. De ce fait, en plaçant son narrateur au XVIIIe, l'auteur est contraint de donner au texte une ambiance de cette époque, dans la langue, le style, le rythme. Et comme toujours, Vallejo arrive parfaitement à adapter son écriture à son sujet.

 

On découvre également François Vallejo en briseur de mythes. Il dépeint les trois philosophes sous un jour qui n'est pas le meilleur, mais on peut penser, comme plus tard avec Victor Hugo dans Dérive, que tout est très documenté. Autre clin d'œil, l'apparition de Lambert, homonyme du garde-chasse héros de Ouest.

 

Le voyage des grands hommes a donc cette double qualité de s'inscrire pleinement dans la bibliographie de François Vallejo, tout en permettant de découvrir une autre facette de l'auteur. Qui confirme, s'il était besoin, qu'il est un auteur très intéressant et toujours étonnant.

 

Autres romans de François Vallejo : Groom, Ouest, L'incendie du Chiado, Vacarme dans la salle de bal, Madame Angeloso, Dérive, Les soeurs Brelan

 

Le voyage des grands hommes de François Vallejo

Ed. Points

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 19:04

lettre-au-pere.jpgFranz Kafka a vécu une enfance difficile. A cause de son père, homme autoritaire qui n'avait aucune confiance en Franz et qui ne fonctionnait que par rétorsion et punition. Dessinant un bilan de sa vie et de sa construction en temps qu'adulte, Franz décide d'écrire une lettre à son père. C'est cette lettre que le lecteur contemporain peut lire, lettre qui n'a jamais été envoyée à son destinataire initial.

 

Franz Kafka fait ici le bilan de ses relations avec son père, de son enfance au sein de la cellule familiale à l'age adulte, où son père n'hésite pas à donner avis tranchés sur les mariages successifs de son fils. L'auteur ne ménagé à aucun moment son père : il est présenté comme égoîste, autoritaire, demandant de la discipline alors qu'il est lui-même incapable de suivre les règles qu'il fixe aux autres. Cette image initiale est celle qui irrigue l'enseble de cette lettre.

 

Ne laissant jamais son fils en paix, il remet en cause son choix du retour vers la religion juive, et plus globalement ses choix de vie. Ecrit avec un style très direct, franc, Kafka décrit son père comme un homme toxique, qui a nui à son développement mais qui a aussi eu une influence néfaste sur les milieux dans lesquels il intervenait. Si ce n'est pas l'ouvrage idéal pour aborder la bibliographie de Kafka, la Lettre au père est un ouvrage intéressant pour apporter un éclairage sur l'oeuvre tourmentée de l'auteur tchèque.

 

Autres romans de Kafka : Le procès

 

Lettre au père de Franz Kafka

Traduit de l'allemand par Marthe Robert

Ed. Folio

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25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 17:49

Mygale.jpgAlmdovar s'inspirant de Thierry Jonquet, voilà un duo assez inattendu et intrigant. Pour garder toute la saveur des deux oeuvres, j'ai décidé de démarrer par le livre de Jonquet avant de voir le film d'Almodovar. Et si les deux oeuvres racontent à peu près la même histoire (avec un ajout dans le film), les deux sont empreintes des lubies des deux artistes : une oeuvre à suspens, très perverse chez Jonquet, quelque chose de plus doux, avec l'introduction de la figure de la mère, thème cher à Almodovar. Mais pour les deux, un vrai plaisir pour le lecteur ou le spectateur.

 

Il va être compliqué de parler des deux oeuvres, de leurs ressemblances et différences sans dévoiler tout l'intérêt de l'intrigue. Mais essayons tout de même, et de manière chronologique.

 

Chez Jonquet, on trouve au centre de l'histoire le personnage de Mygale, Richard Lafargue,chirurgien esthétique qui séquestre chez lui une femme. C'est cette femme qui lui a donné ce surnom, lors des premiers jours de son enfermement. Le médecin a une fille (on se sait rien, il me semble, de sa femme), interné en asile psychiatrique. Peu à peu, on découvre les raisons de la maladie de sa fille, et la véritable identité de cette femme enfermée. En parallèle, on suit les débboires d'un paumé qui cherche à se faire de l'argent, et jette son dévolu sur celle qu'il prend pour la femme de Mygale. Il cherche donc à l'enlever pour récupérer une rançon. Deux histoires qui finissent par se rejoindre pour se finir assez abruptement, laissant le lecteur en plein questionnement face aux choix complexxes des personnages. Un roman troublant.

 

la-piel-que-habito.jpgAlmodovar choisit d'ajouter une suite à l'histoire de Jonquet et transforme assez radicalement le personnage de la femme enlevée. Elle perd de son aspect manipulateur, très présent chez Jonquet, mais conserve une rage de vengeance. Autre changement, Almodovar adoucit le fin de cette histoire, avec une pointe d'optimisme. Surtout, il donne au médecin une raison d'agir, cherchant à créer une peau résistante aux brûlures, et il introduit deux personnages, celui de la mère de Mygale, et celui de sa femme, à l'origine de cette funeste histoire.

 

Au final, ce sont deux oeuvres bien différentes qui sont présentées, à la fois dans leur fond, mais aussi dans la forme. Chez Jonquet, on ressent un univers poisseux, sombre, avec beaucoup de scènes se déroulant la nuit. Almodovar donne à son film un aspect beaucoup plus clinique, chirurgical, avec un médecin qui fait de vraies interventions, et un détachement des personnages. Almodovar a pris chez Jonquet la trame pour la transposer dans son univers (il n'y a pas chez Jonquet de frère bandit déguisé en tigre, mais bien un petit escroc qui a une toute autre fonction dans la narration). Jonquet est au final bien plus pervers et tordu et son livre risque de laisser plus d'images au lecteur que le film, très intéressant et bien fait, mais presque un peu trop mélo. Néanmoins, ne boudez pas votre plaisir si vous pouvez associer les deux oeuvres !

 

Autre film de Pedro Almodovar : Etreintes brisées

Autre livre de Thierry Jonquet : Le livre de ma mère, Face A / Face B (avec Chauzy), La Bête et la Belle

 

Mygale de Thierry Jonquet

Ed. Folio / Policier

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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 22:40

l-unique-objet-de-mon-desir.jpg[Déjà paru sur Biblioblog] Gilles et Alix, le couple légitime. Nino, l'amant d'Alix. Des fêtes de Noël. Les enfants sont en dehors du cocon familial. Gilles, seul à Paris, pense qu'Alix est chez ses parents à Navarrenx. Erreur puisqu'elle est à Cherbourg avec Nino. Une histoire d'adultère banale, mais qui trouve son originalité dans son dispositif narratif : le journal  intime.

 

Pendant la semaine de séparation du mari et de la femme, on découvre alternativement les vies de Gilles et d'Alix par le biais de ce qu'ils racontent à leur journal. Pour Gilles, écrivain,le journal est une habitude, et il collectionne les différents millésimes dans les étagères de son bureau. Pour Alix, c'est presque une nécessité, et il lui permet de faire le point sur sa vie amoureuse, tourmentée.

 

Gilles passe les fêtes seul, et il devrait être en permanence derrière son bureau pour rédiger le manuscrit qu'il s'est promis d'écrire. Mais ses pensées vagabondent, son esprit descend dans la rue au contact des touristes qui attendent désespérément devant les toilettes publics, ou vont vers la fleuriste qu'il croise régulièrement au marché. Mais tout ceci, mêlé à ses innombrables considérations diverses sur la musique et Mozart, ne fait guère avancer son ouvrage.

 

Alix passe de son côté les vacances dont elle rêvait avec son amant. Elle a trouvé en Nino l'homme qui lui fallait pour vivre d'intenses moment de plaisir sexuel à deux, car avec Gilles, c'est loin d'être le cas. Comme un enfant, elle ment à son mari et monte avec Nino divers stratagèmes pour qu'il ne se rende pas compte de la supercherie. Alix est une femme qui semble revivre, prête à aborder l'imprévu sans crainte au bras de celui en qui elle a confiance.

 

Si l'histoire est banale, l'apport de Frédéric Teillard est de mêler habilement le point de vue des deux protagonistes. Si Gilles peut à la longue agacer avec sa difficulté à prendre des décisions, à entrer dans le vif du sujet et de ses écrits, le plaisir d'Alix devant sa nouvelle vie est très agréable à découvrir. Elle est dans le concret, prend plaisir aux moindres gestes qu'elle fait avec Nino ou à ses côtés. C'est le contrepoint de ces deux personnages, de ces deux caractères si différents qu'on se demande comment ils ont fait pour vivre si longtemps ensemble, qui est le point fort de ce récit. Le tout se clôt par une pirouette assez maligne pour donner envie de relire l'ensemble et interpréter les gestes de l'un et de l'autre d'une toute autre manière.

 

L'unique objet de mon désir de Frédéric Teillard

Ed. Galaade

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9 septembre 2011 5 09 /09 /septembre /2011 22:05

glu.gif[Déjà paru sur Biblioblog] Quatre gamins, dans la banlieue d'Edimbourg dans les années 70 : Carl, Terry, Andrew et Billy. Quatre ados qui vont grandir ensemble, dans ces années marquées par la crise économique, l'apparition du Sida et le développement des drogues de synthèse. Quatre amis liés par un passé commun, mais qui prendront des chemins différents.

 

Pour ces quatre jeunes gens, la vie à Edimbourg est loin d'être la panacée. Ils sont pourtant fiers de leur ville, et pour rien au monde ne quitteraient cet endroit qui est le centre de toute leur vie. Celle-ci tourne autour du sexe, grande affaire de ces gamins qui rivalisent dans les conquêtes féminines, en particulier Terry, et qui craignent d'être le dernier à être dépucelé. Vie qui a également pour attraction le football, avec l'opposition des deux équipes de la villes (Heart of Midlothian, les protestants, contre Hibernians, les catholiques) et des matchs qui donnent souvent lieu à des batailles rangées.

 

Mais l'attraction d'Edimbourg devient, en particulier pour Carl, de moins en moins forte. Un voyage ensemble en Italie en 1990 pour assister à la Coupe du Monde, puis un séjour à Munich lors de la fête de la bière ouvrent les yeux de certains d'entre eux sur la richesse de ce qui existe en dehors de leur ville d'origine. Carl, devenu un DJ reconnu, prend ses distances avec le monde de son enfance et par là-même, avec ses amis.

 

Pour ceux qui restent, comme Terry,  l'univers semble bouché : pas de boulot en perspective, et un retour douloureux chez sa mère. Pour Billy, même si sa carrière de boxeur est avortée, il réussit à rebondir sur sa renommée pour sortir du marasme dans lequel la ville est plongé. Enfin, Andrew, le petit dernier, le plus atypique de la bande, le moins expressif, paie cher sa vie de débauche.

 

Irvine Welsh, que je découvre pour l'occasion, fait d'Edimbourg le cœur du roman. Ce dernier est à la fois la narration de l'initiation de quatre amis à la vie, sexuelle, amoureuse ou professionnelle, mais également une chronique de l'évolution de cette ville. La fin du roman, dans les années 2000 au moment du festival qui anime la ville, est en opposition totale avec la vie de certains habitants comme Terry, à mille lieux de la vie mondaine qui peut y exister.

 

Roman social, qui plonge chez les classes populaires, parfois cru à la fois dans le langage et dans la relation au sexe, Glu laisse une impression de misère terrible qui pèse sur la ville. Mais par la présentation de ces quatre personnages (une partie, à chaque époque évoquée, est consacrée à l'un d'entre eux) permet de montrer que surmonter cette misère est possible, par différents moyens, mais que le prix à payer est certainement de couper quelques liens avec le passé.

 

Glu, d'Irvine Welsh

Traduit de l'anglais par Laura Derajinski

Ed. Au Diable Vauvert

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8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 19:00

ceux_de_la_nuit.jpgDavid Goodis (que je connaissais pas avant d'ouvrir ce roman noir) est un auteur qui a eu du succès dans les années 50, avant de tomber dans l'anonymat. Les éditions Rivages, qui font décidemment un excellent travail dans le genre polar/roman noir, ont donc publié une nouvelle traduction d'un de ces romans, Ceux de la nuit.

 

Un pur roman noir, qui peut ici être qualifié de polar. Ou presque. Corey Bradford, le héros, vient en effet d'être renvoyé de la police pour pots de vin. Il traîne sa misère dans les bouges de sa ville natale, dans le quartier mal famé du Marais. Alors qu'il tente de se rapprocher des mafieux du coin et de leur chef, Walter Grogan, il se fait remarquer de ce dernier en le protégeant lors d'une tentative d'enlèvement. Sûr de sa valeur, Grogan l'engage alors pour savoir qui sont les commanditaires de la tentative d'enlèvement. Mais Bradford est vite pris en étau, car les membres du Night Squad, brigade aux méthodes peu orthodoxes, se rapprochent de lui et l'engagent pour en savoir plus sur Grogan...

 

L'aspect original et très plaisant du roman est sa rapidité, sa concision. Un peu comme dans ces polars des années 40 ou 50, calibrés pour 90 minutes et qui font évoluer très rapidement l'intrigue. Ici, on n'a pas le temps de trop s'attarder qu'on est déjà dans le bain. Et toute l'affaire se résoud d'ailleurs en un laps de temps assez court. Cette rapidité globale est très intéressante dans certains passages où l'action est omniprésente, car la dilatation du récit ajoute à l'effet de suspens. Goodis signe ainsi une très belle scène dans le Marais, où Bradford s'engage à ses risques et périls dans les marécages, poursuivi par les hommes de main de son adversaire, et la tension est là à son comble.

 

En plus de cette rapidité, le roman est bien construit, avec la double casquette de Bradford. Longtemps, on se demande d'ailleurs laquelle il préfère, celle du voyou ou celle de la légalité. Autres éléments importants, les personnages secondaires qui sont ici très bien typés, que ce soit l'ex-femme de Bradford, son nouveau mari, un ex-taulard, ou la femme de Grogan. Un polar très plaisant, dans le strict respect du genre.

 

Ceux de la nuit, de David Goodis

Traduit de l'anglais par Christophe Mercier

Ed. Rivages/Noir

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