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12 mars 2012 1 12 /03 /mars /2012 07:39

le-territoire-des-barbares.jpgUn matin, Zarza reçoit un appel. Un appel de menaces. Elle est persuadée que Nicolas, son frère, vient de sortir de prison et qu'il veut se venger de ce qu'elle a fait. Zarza tente de fuir ce frère qu'elle ne veut pas revoir et cotoie de nouveau ceux qu'elle ne fréquente plus depuis sa sortie de prison : la Blanche et tous ses adeptes.

 

Ce roman de Rosa Montero est un thriller psychologique, genre que je suis assez peu habitué à lire. Ici, on suit la journée de Zarza, jeune femme solitaire, éditrice d'ouvrages du Moyen-Age. Sa vie familiale est compliquée : son père les a abandonnés lorsqu'elle était jeune, elle a coupé les relations avec sa soeur, un de ses frères est en prison et l'autre, Miguel, en maison psychiatrique. C'est dans cet univers éclaté que se débat Zarza, effrayée par l'idée d'être poursuivie par son frère qui lui donne des rendez-vous réguliers.

 

L'ouvrage joue sur le passé de Zarza, sur la déchéance qui l'a frappée et dont elle est sortie après son passage en prison. Femme déstabilisée, elle n'a jamais réussi à nouer de relations durables. Même avec Urbano, un ébéniste dont elle partageait la vie, elle a fini par faire passer ses addictions avant sa relation, en venant aux pires extrémités.

 

C'est un roman qui se lit rapidement, assez haletant avec une envie indiscutable de savoir quelles sont les tenants et aboutissants de cette histoire (comment a-t-elle trahi son frère ? comment est-elle tombée aussi bas ? pourquoi son frère veut-il absolument la retrouver ?). Je reste nénamoins assez peu sensible au genre du thriller, ayant toujours l'impression que les scènes d'action conditionnent tous les autres éléments de l'intrigue (chaque personnage est placé là car il a une utilité, chaque décision également). Mais cela reste un ressenti très personnel sur le fond, car le roman de Rosa Montero est finalement une récréation tout à fait plaisante, sur décor de violences psychologiques et de relations familiales plus que difficiles, avec également des références littéraires qui servent à éclairer l'intrigue principale (Le chevalier à la rose de Chrétien de Troyes, notamment)

 

Roman lu dans le cadre du 12 d'Ys (catégorie auteur espagnol contemporain)

 

Le territoire des barbares de Rosa Montero

Traduit de l'espagnol par André Gabastou

Ed. Points

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 19:50

absolue-perfection-du-crime.jpgAu centre de l'intrigue, le braquage d'un casino. Le roman, en trois parties, décrit les différentes étapes suivies par le groupe de braqueurs : la préparation, le casse, la vengeance. Car ce qui sur le papier devait être simple ne se déroule pas comme prévu. Sur un sujet éculé, Tanguy Viel signe un roman très prenant, construit comme une vraie tragédie.

 

Le braquage est tout d'abord une affaire familiale. Pas celle des liens du sang, mais celle des voyous. Autour de l'oncle, mourant et qui encadre là sa dernière opération, Marin, Andrei, Jeanne et le narrateur, tout juste sorti de prison, l'équipe réfléchit au braquage du casino et au meilleur moyen de s'en sortir sans se faire pincer. Si certains sont réticents devant l'ampleur du projet, la personnalité charismatique de l'oncle, parrain de ce petit groupe, permet de fédérer l'équipe, à laquelle se joint Lucho.

 

Le casse est assez classique, avec un couple qui monte une arnaque. Le moyen de faire sortir le magot est plus étonnant : avec un hélicoptère télécommandé, le but est de l'amener à bord d'un bateau qui attend au milieu de la rade de Brest. Car Tanguy Viel implante son récit en Bretagne, la région où il a grandi. La rade de Brest est presque un personnage à part entière, et le phare de Saint-Mathieu et l'abbaye à son pied sont le cadre du final du roman, celui de la vengeance, avec une palpitante course-poursuite automobile.

 

La force du roman de Tanguy Viel est sa construction. Comme une tragédie, la première partie est une exposition des différents protagonistes et de l'enjeu de l'intrigue, qui met certes un peu de temps démarrer. La seconde partie est le nœud, là où va se jouer le braquage et où la situation bascule, de façon inattendue. La troisième partie est l'occasion du règlement de compte, qui verra la mort d'un protagoniste dans une scène digne d'un grand thriller.


L'absolue perfection du crime, évoquée dans le titre du roman, est l'objectif de ces braqueurs qui se pensent malins mais qui vont lamentablement chuter. Heureusement, l'écriture de Tanguy Viel est bien plus robuste que le plan monté par ses héros et donne au livre son attrait.

 

Autre roman de l’auteur : Insoupçonnable, Paris-Brest, Hitchcock, par exemple

 

L'absolue perfection du crime de Tanguy Viel

Ed. de Minuit

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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 07:15

trauma.jpgCharlie Weir est psychiatre à New York. Sa spécialité est de prendre en charge les traumatisés des conflits armés, en particulier ceux revenus du Viet-Nam. Marié à Agnes, père d'une petite fille, Cassie, son couple va exploser suite au suicide de Danny, son beau-frère. Pour Agnes, Charlie est responsable de la mort de son frère : il l'avait pris en charge dans un groupe de parole d'anciens militaires, et n'avait pas réussi le soigner. Charlie est déstabilisé, d'autant que les relations avec sa propre famille sont complexes : son frère artiste est le préféré de sa mère, et il entretient avec elle des rapports plus que froids. Surtout, les capacités d'analyse et de recul de Charlie fonctionnent moins bien lorsqu'il doit regarder sa propre histoire.

 

C'est peut-être un lieu commun de la littérature ou de la fiction sur le monde des psychiatres ou des psychanalistes, mais je n'avais jamais lu un roman qui offre une plongée aussi forte dans l'intimité d'un psychiatre. Ce qui est intéressant avec le personnage de Charlie, au coeur du roman, c'est cette dichotomie inconsciente entre son milieu professionnel et sa vie privée. Dans son métier, même s'il a besoin du soutien de collègues reconnus, il a acquis une notoriété dans le milieu à New York. Toute sa vie tourne autour de ses patients, et sa femme est fatiguée du temps qu'il passe pour son métier, délaissant le foyer et leur fille.

 

Dans sa vie privée, c'est une autre histoire. Seul, rejeté, il tente de trouver du réconfort dans les bras de Nora, une aventure de passage. Si Agnes revient de temps vers lui pour un après-midi coquin, il n'arrive pas à trouver son équilibre. Et au lieu de penser à lui, de réfléchir à sa situation, il cherche encore et toujours à aider les autres, notamment Nora qui rêve d'un frère dont elle n'a jamais parlé. Il faudra que Charlie en arrive aux dernières extrémités et que son frère et son beau-père interviennent de façon inattendue pour qu'il se retourne enfin sur son histoire et comprenne alors ses difficultés personnelles et professionnelles.

 

Trauma est une plongée dans l'intimité d'un homme qui souhaite guérir autrui, mais n'y parvient plus car il est lui-même malade, sans s'en rendre compte. Dans l'univers feutré de New-York, avec ses bureaux, ses tours et ses hôpitaux psychiatrique de banlieue, Patrick McGrath donne vie à tous les personnages, chacun jouant un rôle dans l'existence de Charlie. Un livre dont il est difficile de parler sans donner trop d'éléments, qui sont bien sûr à découvrir au cours de ce récit assez passionnant.

 

Autre roman de Patrick McGrath : L'asile (beaucoup plus épique et moins feutré, pour le coup)

 

Roman lu dans le cadre du 12 d'Ys (auteur en Mc)


Trauma de Patrick McGrath

Traduit de l'anglais par Jocelyn Dupont

Ed. Actes Sud

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 07:14

theoreme-de-kropst.jpgEmmanuel Arnaud signe un premier roman qui s'inscrit dans un milieu qu'il connaît bien : celui des classes préparatoires. L'intrigue est légère et l'écriture enlevée, mais je ne suis pas certain que ceux qui n'ont pas connu l'univers particulier du monde des classes prépa y trouvent leur bonheur.

 

Laurent Kropst est un élève relativement brillant. Après des études au lycée dans le haut de la classe, il intègre la classe de maths-sup de Louis-le-Grand, l'un des lycées les plus prestigieux. Il y fait la rencontre de ceux qui ont été programmés pour venir là après leur passage au lycée, déjà à Louis-le-Grand. Puis il y a ceux qui débarquent de province ou de l'étranger, attirés par la très bonne réputation de l'établissement.

Tous les élèves de la classe ont un seul objectif : terminer dans les 18 premiers pour entrer l'année suivante dans la classe d'élite, qui leur assurera un avenir doré. Les relations entre les camarades sont  toutes définies en fonction de cet objectif. Rien ne semble sincère et le classement dicte avec qui il est possible ou non de fréquenter. Laurent Kropst est bien placé pour finir l'année dans les 18 premiers, jusqu'à ce qu'il rate un devoir. C'est pour lui la fin de son rêve : il lui semble impossible de rattraper son retard. Pour y remédier, il se réfugie dans un mensonge pour amadouer le professeur. Ça marche, mais Laurent fait une découverte plus importante : l'avenir ne passe pas forcément par la maths-sup, et les littéraires lui ouvrent des portes insoupçonnées.

 

Emmanuel Arnaud signe avec ce roman une description décalée du monde des classes préparatoires. S'inspirant de sa propre expérience, il fait une peinture assez réaliste de cette population d'élèves particuliers. Tout se joue sur des codes, qu'ils soient scolaires, vestimentaires ou de caractères, avec l'apparition du personnage du souffre-douleur, celui du leader charismatique ou celui de la tête de classe inatteignable. En revanche, les littéraires, majoritairement des filles, sont très différents, que ce soit dans leurs attitudes ou dans les ambitions qu'ils nourrissent. La rencontre avec ce nouveau monde, qui lit des ouvrages compliqués et parle de Baudelaire, est une révélation pour Kropst. Il y découvre notamment que l'ascension sociale n'est pas le seul résultat de la réussite scolaire. L'entregent et les relations sont pour lui un autre moyen d'aboutir à ses fins, et la rencontre avec un député européen, oncle d'une camarade littéraire, est pour lui une étape importante.

 

J'ai lu ce roman avec un certain plaisir, étant également passé par une classe prépa (en province, où les enjeux sont beaucoup moins exacerbés). Il joue avec les codes, le vocabulaire spécifique (un lexique figure d'ailleurs en fin d'ouvrage) et exagère volontairement l'opposition entre matheux et littéraires, taupins et khâgneux. Je reste néanmoins assez perplexe face à la dimension universelle du roman, qui me semble très orienté vers une niche de lecteurs, ceux ayant connu ce cursus scolaire. Mais peut-être que d'autres lecteurs, ayant eu d'autres parcours étudiants, notamment universitaires, pourront me contredire.

 

Le théorème de Kropst d'Emmanuel Arnaud

Ed. Métailié

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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 18:50

voleurs-de-manhattan.jpgIan Minot travaille dans un café de Manhattan. Son rêve : se faire repérer par un éditeur et être publié. Il a envie d'un parcours similaire à celui d'Anya, son amie d'origine roumaine, qui a réussi à se faire remarquer lors d'une lecture dans une soirée littéraire. Mais Ian sent bien que son avenir en tant qu'écrivain est bouché, et seul l'intervention d'un des clients du café, Jed Roth, lui ouvre des portes insoupçonnées. Il propose à Ian de sortir un roman sous son propre nom, alors que c'est Roth qui l'a écrit. Mieux, Roth propose à Ian de faire croire que ce qui est à l'origine un roman est en fait un recueil de mémoires. Mais le piège machiavélique raconté dans ces soi-disant mémoires a des conséquences insoupçonnées sur la vie paisible de Ian.

 

Ce premier roman signé Adam Langer est une belle réussite. L'auteur a réussi à mêler dans un même ouvrage chroniques de la vie éditoriale de Manhattan, récit d'aventures et grand roman sur les frontières de la réalité et de la fiction, tout cela avec beaucoup d'humour. En effet, tout débute par les tribulations d'un écrivain volontaire mais sans appui. On découvre tous les rites de la vie des faiseurs de littérature, comme ces soirées de lecture dans les cafés où tout le gratin se retrouve. Ian est un peu dépassé et la seule fois où il parvient à obtenir une place, il n'y a personne car c'est jour de fête pour les juifs, nombreux dans le monde de l'édition. Ian Minot est un loser littéraire et endosse ce rôle pendant le premier tiers du roman (intitulé Réalité).

 

Puis Minot bascule. Roth parvient à le convaincre d'entrer dans sa combine et le lecteur tombe alors dans le piège de l'auteur. En effet, on se retrouve à lire un roman intitulé Les voleurs de Manhattan, dans lequel Ian Minot prétend faussement avoir écrit ... Les voleurs de Manhattan. L'intrigue de ce roman dans le roman (et que Ian Minot présente comme ses mémoires) est celui d'une grande mystification, celle du vol d'un manuscrit rarissime (Le dit de Gengi) pour faire la cour à une jeune fille aperçue dans une bibliothèque. Les personnages secondaires, un bibliothécaire recéleur et une experte vieille fille, sont hauts en couleur, et Ian se prend d'amitié pour ces personnages de fiction qu'il est censé avoir rencontré.

 

La troisième partie parvient de manière habile à mêler l'univers réel de la première partie et la fiction relatée dans la deuxième. Je n'en dirai pas plus sur cette partie, car c'est un vrai plaisir de plonger dans cette histoire pleine de rebondissements, dignes des plus grands ouvrages d'aventure. Si l'intrigue résumée ainsi paraît complexe, une des forces d'Adam Langer est de rendre tout cela assez fluide, et le lecteur, pris entre fiction, réalité et fausses mémoires, parvient toujours à retomber sur ses pattes.

 

Au niveau de l'écriture, Adam Langer se fait plaisir en introduisant dans le texte de nombreuses références littéraires. Il détourne dans les titres de ses chapitres des titres de romans qui ont, de près ou de loin, à voir avec des mensonges littéraires, sur le nom de l'auteur ou sur l'histoire racontée. Dans le texte, il remplace de nombreux mots par des allusions littéraires. Par exemple, un débardeur blanc devient un kowalski, comme dans Un tramway nommé désir,  et un chien errant un saramago. Si vous ne comprenez pas toutes les allusions, pas de panique, l'éditeur, Gallmeister, a eu la bonne idée de faire figurer un lexique de ces détournements en fin d'ouvrage. Un ouvrage que je vous conseille chaudement.

 

L'avis d'Emeraude, Constance, Thierry et tous mes remerciements à Newsbook, qui m'a permis de lire ce roman dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Gallmeister.

 

Les voleurs de Manhattan d'Adam Langer

Traduit de l'anglais par Laura Derajinski

Ed. Gallmeister

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 07:30

fatima-ou-les-algeriennes-au-square.jpgDalila vit avec ses parents, ses frères et soeurs à La Courneuve, dans la cité des 4000. Victime des violences de son père, elle a décidé de quitter le domicile de ses parents. Mais avant, elle se remémore les histoires des habitants de ce quartier, celle de sa mère, Fatima, ou de ses amies qu'elle croise régulièrement au square. 

 

Dalila est une jeune fille craintive mais décidée à partir. Au square, elle reste dans les jupes de sa maman car elle ne souhaite pas jouer avec les autres enfants, mais aussi car elle très intéressée par les histoires racontées. Elle s'est notamment prise d'affection pour le petit Mustapha, dont elle a entendu l'histoire et celle de ses des parents, commerçants à Aubervilliers obligés de vivre dans l'arrière boutique.

 

A travers les yeux de la petite fille, c'est toute une société souvent ignorée, cachée, que peint Leïla Sebbar. Tout le monde a entendu parler de ces cités de Seine-Saint-Denis qui font la une des faits divers, mais on entend assez peu parler les habitants de leur quotidien. Ce sont ces voix, ces histoires que donne à entendre l'auteur. Elle aborde tous les sujets, des plus banals aux plus cruels, comme les violences qu'inflige le père de Dalila à sa fille. Ou le très fort conservatisme de ces familles qui séparent les filles et les garçons au maximum, chacun ayant son domaine et ses habitudes. Ainsi, les virées à Barbès, dans Paris, sont presque exclusivement réservées aux hommes et quand les femmes doivent s'y rendre, elles sont rapidement perdues.

 

On y retrouve également certains propos parfois entendus, comme les menaces de retour en Algérie pour les enfants turbulents. On y lit également la retenue de ces enfants face au pays d'origine de leurs parents, vu comme un lieu désert, d'ennui, où les vacances sont loin d'être idylliques.

 

Ce qui est intéressant avec ce roman, c'est qu'il a été écrit en 1980. Sa réédition aujourd'hui permet de se rendre compte de ce qu'était ces banlieues du Nord de Paris à cette époque, et je serai curieux de lire le même type de roman aujourd'hui. Car si certains éléments doivent être assez proches, les évolutions de le société ont fait évoluer ces quartiers, souvent uniquement vus pour la violence, les trafics ou l'intégrisme religieux qui peuvent y régner.

 

Je remercie Libfly et la maison d'édition Elyzad qui m'ont permis de lire ce roman. Pour ceux que cela intéresse et qui sont à proximité, une rencontre a lieu le lundi 13 février au musée des Beaux-arts de Lille, où il sera question de l'édition dans les pays ayant vécu une révolution récemment.

 

L'avis de Marianne Desroziers, Zazymuth

 

Fatima ou les Algériennes au square de Leïla Sebbar

Ed. Elyzad poche

 

Autre ouvrage de Leïla Sebbar: Sept filles

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3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 18:10

ile-de-paques.jpg[Déjà paru sur Biblioblog] L'île de Pâques est pour les occidentaux et les historiens une source permanente d'interrogation. Depuis sa découverte, au milieu du XVIIIe Siècle, le plus grand mystère est celui des statues : pourquoi sont-elles là ? A quoi servaient-elles ? Pourquoi beaucoup d'entre elles sont à terre ? Nicolas Cauwe, à l'issue d'un travail archéologique de dix ans, livre une nouvelle vision de l'histoire de l'île.

 

L'ouvrage, très richement et joliment illustré, est construit en trois parties. La première s'attarde longuement et de façon très pédagogique au volcan de Rano Raraku. Ce volcan servait de carrière pour la construction des statues. Ce qui intrigue Nicolas Cauwe, c'est que l'accès au volcan a été condamné. Il n'était donc plus possible d'en sortir les statues. Plutôt qu'un abandon anarchique, thèse retenue jusque là à cause des nombreuses statues restées dans la roche, Nicolas Cauwe y voit un arrêt programmé et ordonné. Ainsi, selon lui, les statues commencées et non terminées n'étaient pas transportables du fait de leur grande taille, et ont donc été taillées pour y rester. D'autres éléments (finition des statues, notamment) attestent sa thèse.

 

La deuxième partie est consacrée aux statues mises au sol. Longtemps, les chercheurs ont cru que la descente des statues des autels était liée à des guerres de clan. Nicolas Cauwe remet là aussi cette thèse en question suite à ses travaux archéologiques et d'analyse des statues. Pour lui, les cassures sont trop nettes et claires pour avoir été causées par des démolitions. Il défend l'idée que ces statues ont été mises au sol de façon ordonnée, là aussi, suite à l'évolution des croyances de la société des habitants de l'île.

 

C'est d'ailleurs ce à quoi il consacre sa troisième partie : pourquoi les habitants ont-ils fermé la carrière et mis à terre les statues. La disparition de la forêt ou des changements climatiques ont longtemps été avancés comme explications. Nicolas Cauwe évoque lui une évolution des croyances des habitants, un changement de Dieux qui aurait eu des conséquences sur toute la société de l'île.

 

A travers cet ouvrage souvent passionnant, parfois un peu difficile pour un novice dans sa deuxième partie, Nicolas Cauwe plaide pour une nouvelle histoire de l'île de Pâques. Avec les nombreuses photos illustrant ses thèses et les panoramas des paysages de l'île, il rend cet essai à la fois accessible et agréable à découvrir.

 

Ile de Pâques, le grand tabou de Nicolas Cauwe

Éd. Versant Sud

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 20:05

ragtime.jpgRagtime est un roman complexe à résumer. Plus qu'un récit avec des intrigues multiples, E. L. Doctorow signe un roman d'ambiance : celle des Etats-Unis de la côte est au début du XXe siècle. Au cœur de l'ouvrage, on trouve une famille blanche, qui sera le point de départ des nombreuses intrigues de ce roman.


Le père, patron d'une entreprise de feux d'artifice, est un aventurier dans l'âme. Il s'engage notamment sans hésiter avec l'expédition Peary pour atteindre le Pôle Nord. Dans la famille, il y a également la mère, plus effacée, un peu craintive, mais qui prendra ses distances avec son mari quand il sera nécessaire et aura l'opportunité et la force de reconstruire sa vie. Il y a également Jeune Frère, homme fantasque, qui rompt le cadre idyllique de la famille pour s'engager dans des actions violentes visant à dénoncer la ségrégation qui frappe les noirs.


Car le thème du racisme est un des thèmes importants du roman. La vie de Coalhouse Walker Jr, jeune musicien de ragtime, amoureux de Sarah, la domestique de la famille, est édifiante. Son fils, qu'il n'a jamais vu, vit avec Sarah, et les retrouvailles qu'il tente de nouer avec la jeune fille et son fils tourne au drame. L'injustice qu'il subit (presque une anecdote, un véhicule abîmé volontairement par les membres d'une caserne des pompiers, mais aux conséquences dramatiques) est à l'origine de son engagement radical, dans lequel il est suivi par quelques personnes, dont Jeune frère qui se maquille au bouchon brûlé pour se noircir le visage.


Outre cette intrigue centrale, palpitante, E. L. Doctorow donne à lire l'évolution de la société américaine de cette décennie qui ouvre le début du siècle. On y croise l'illusionniste Houdini, le magnat financier Morgan qui se passionne pour l'Égypte, l'industriel Ford qui lance sa célèbre voiture Modèle T ou l'archiduc Ferdinand d'Autriche, dont l'assassinat à Sarajevo sera à l'origine de la première guerre mondiale.


La force du roman est donc de remettre en perspective et en question le modèle américain, qui semble dans les premières pages le cœur du roman. Car la mort et la violence, le racisme et l'injustice sociale sont toujours présents, de manière plus ou moins visible. Écrit en 1975, ce roman est une plongée réussie dans l'histoire des Etats-Unis, qui m'a rappelé le travail de Dennis Lehane sur Boston dans Un pays à l'aube, ou certains passages du très bel ouvrage de Colum McCann, Les saisons de la nuit.

 

Ragtime de Edgar Lawrence Doctorow

Traduit de l'anglais par Janine Hérisson

Ed. Robert Laffont - bibliothèque Pavillons

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 19:25

armoire-des-ombres.jpg[Déjà paru sur Biblioblog] Décrire un pays en guerre et en proie aux conservatismes religieux et moraux est un exercice souvent délicat. Pour peindre sa vision du Liban, Hyam Yared a fait le choix d'écrire un roman qui fait le lien entre réalité sociale et merveilleux. Et le résultat, déroutant, est réussi.

 

Dès l'ouverture du roman, le lecteur est plongé dans le merveilleux. Le personnage principal, comédienne, se rend à un casting. A son arrivée, l'ouvreuse lui demande de laisser son ombre à l'entrée. Étonnée, la comédienne passe l'audition et est retenue. Lorsqu'elle revient au théâtre pour jouer son rôle, le metteur en scène a disparu et n'a laissé aucun scénario. La comédienne doit donc occuper la scène avec pour seul accessoire une armoire et les ombres qu'elle contient. Ce sont ces ombres qui seront au cœur du spectacle, qui attire de plus en plus de spectateurs.

 

Les ombres sont pour la comédienne le moyen d'incarner d'autres personnages et ainsi de plonger dans le quotidien des libanaises. Elle devient ainsi Greta, une prostituée qui fréquente un bar et est la grande amie de Lena, la serveuse. Elle endosse également l'ombre de Mona, qui a décidé de faire un enfant seule après avoir été rejetée par sa famille. Ces femmes que la comédienne retrouve sur scène vont peu à peu s'immiscer de plus en plus dans la vraie vie, et ainsi rendre les frontières entre réalité et jeu théâtral perméables.

 

Mais le roman est également l'occasion de suivre la vie de cette comédienne. Elle se rend notamment à Berlin, avec son amie Yolla. Elle rentre au Liban sans Yolla, disparue à Berlin, mais avec Erik, un homme qui fréquentera assidument les coulisses et la salle du théâtre. Le théâtre est au cœur du roman, mais il n'est pas une bulle imperméable aux bruits du dehors, en particulier ceux des manifestants qui en cette année parcourent inlassablement les rues de Beyrouth.

 

Avec L'armoire des ombres, Hyam Yared explore diverses facettes : une approche merveilleuse avec ces ombres qui font corps avec l'actrice, une approche sociale avec les manifestations et une approche humaine avec le personnage central de cette comédienne. Trois approches qui dans le roman cohabitent constamment, et qui se mêlent progressivement. A tel point que  le lecteur finit dérouté, pris dans le vertige du récit, mais également heureux d'avoir découvert cette plume singulière.

 

L'armoire des ombres de Hyam Yared

Ed. Sabine Wespieser

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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 23:02

les-chaussures-italiennes.jpgFredrik Welin est un vieil homme solitaire. Il vit sur une île, avec son chien, son chat et la fourmilière qui envahit progressivement une pièce de sa maison. Ancien chirurgien, il a dû quitter son métier après une erreur médicale. Sa vie amoureuse est le symbole de son envie d'être seul : il a quitté du jour au lendemain sa fiancée de l'époque en partant de la Suède pour les Etats-Unis. Il pense sa vie rangée : un plongeon dans le lac après avoir creusé un trou, la visite de Jansson, le facteur. Tout bascule lorsqu'une femme en déambulateur arrive chez lui. C'est Harriett, la femme qu'il a quitté sans mots dire ni explication il y a de nombreuses années. De là, sa solitude est totalement remise en cause.

 

Ce roman me laisse une impression étrange, un peu à l'image du personne central. Je m'y suis promené sans déplaisir, loin de là, mais avec une nonchalance un peu blasée. Je n'ai pas été surpris par ce qui s'y passe, alors que les rencontres de Fredrik sont au final assez étonnantes, comme celle de cette jeune fille étrangère qui se promène presque constamment avec un sabre.

 

Fredrk Welin a une forme de constante indécision qui ne m'a pas aidé à entrer dans le roman. Basculé dans ses habitudes par les arrivées inopinées de nombreux personnages de son passé, il ne sait comment les intégrer à son monde actuel. Son ouverture vers les autres, symbolisée notamment par une fête d'été sur l'île, constraste avec la mort qui plane tout au long du roman au travers de plusieurs personnages. D'ailleurs, Fredrik lui même ressent les effets de l'âge.

 

Ma première rencontre avec Mankell est donc mitigée. J'ai apprécié ce voyage suédois, mais le rythme assez lent du roman m'a déconcerté. Je crois que le manque d'empathie avec les différents protagonistes (Welin est tout de même parfois antipathique) ne m'a pas aidé à entrer de plein pied dans l'ouvrage.

 

Roman qui entre dans le cadre du 12 d'Ys , parcours littéraire pour aider Ys à vider ses étagères et à assouvir ses lointaines envies de lecture. Parcours qui devrait durer toute l'année, et devrait également m'aider à vider les miennes !

 

Les chaussures italiennes, d'Henning Mankell

Traduit du suédois par Anna Gibson

Ed. Points

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