Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
18 mai 2012 5 18 /05 /mai /2012 07:30

rebecca.jpgAprès Le chien des Baskerville, le deuxième roman qui m'a accompagné en Angleterre est l'ouvrage le plus connu de Daphné du Maurier. Et je dois bien avouer que je ne regrette pas une seconde ma promenade en Cornouailles sur les traces de Rebecca !

 

Dès le premier chapitre, le lecteur est embarqué dans cette histoire. Et même dès la première phrase : "J'ai rêvé l'autre nuit que je retournais à Manderley". Car entre Manderley, ce domaine fastueux et rêvé, et Rebecca, la première femme de Max de Winter tragiquement disparue en mer, le lecteur ne va cesser d'imaginer ce que peuvent évoquer ces noms.

 

Manderley, le lecteur le verra, par les yeux de la narratrice, seconde épouse de Max de Winter qui vient s'installer sur le domaine. En revanche, Rebecca restera un mystère, un fantôme contre lequel la narratrice viendra buter. Car cette dernière ne cesse de se comparer à celle qui a laissé un souvenir incomparable à tous ceux qui l'ont cotoyée. Au premier rang desquel Mrs Danvers, la gouvernante de Manderley qui ne rate aucune occasion pour rappeler à la nouvelle venue qu'elle n'est pas digne de Rebecca.

 

Le roman est vraiment haletant. Il débute à Monte-Carlo, où notre héroïne est au service d'une riche femme sans scrupule. C'est là qu'elle rencontre Max de Winter, qui deviendra rapidement son mari. A Manderley, elle tente de faire bonne figure, organise un bal costumé pour perpétuer les traditions mais le passé la rattrape toujours. 

 

Hormis l'action palpitante, Daphné du Maurier parvient à dessiner des personnages mémorables. Que ce soit Mrs Danvers, Mrs Van Hopper ou Frank, l'homme de confiance de Max de Winter, ce sont des figures qui restent en tête. Et il y a Rebecca, dont le nom suffit à rappeler la force du roman. C'est vraiment un ouvrage passionnant, admirablement construit, en terme de narration, de rythme, d'intrigue et de psychologie des personnages. Un grand et bel ouvrage, qui fait que vous n'oublierez jamais Rebecca et Manderley !

 

Rebecca de Daphné du Maurier

Traduit de l'anglais par

Ed. Livre de Poche

Repost 0
9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 18:12

chien-des-baskerville.jpgLes voyages forment la jeunesse, parait-il. Ils peuvent aussi être le prétexte pour se plonger dans des ouvrages dont on a souvent dit qu'on les lirait un jour, sans avoir jusque là franchi le pas. Ainsi, une petite virée anglaise a été l'occasion de découvrir deux ouvrages grands-bretons, dans le genre "grand classique de la littérature". Le premier d'entre eux est peut-être le titre le plus célèbre de son auteur et de son héros, Sherlock Holmes : Le chien des Baskerville.

 

Bon, pour tout avouer, mon voyage en Angleterre ne m'a pas mené à Londres ou dans la lande de Dartmoor, en Cornouailles. Mais nous sommes tombés, un peu par hasard, sur la tombe de Sir Conan Doyle. Il faut dire qu'elle n'est pas spécialement mise en valeur, perdue dans un petit cimetière de la région de la New Forest (magnifique endroit), entre Southampton et Bournemouth. Bref, tout cela pour dire que j'ai réussi à trouver un lien entre ma lecture et mon périple...

 

Venons-en à ce célèbre chien des Baskerville. Bête fantastique, que personne dans la lande n'a jamais rencontré, mais qui fait faire les pires cauchemars aux descendants des Baskerville. Car c'est elle qui est, semble-t-il, à l'origine de la mort de Charles, l'héritier de la famille. Alors, pour assurer la protection de Henry, qui découvre la propriété et la région, Holmes demande à Watson de faire des recherches sur place pour essayer de coincer la bête. Mais le voisinage ne semble pas toujours coopératif et il faudra à Holmes user de beaucoup de ruses pour vaincre le funeste sort des Baskerville.

 

L'une des forces du récit est de rendre cette bête aussi légendaire pour les personnages que pour le lecteur. Car on en entend parler, on a des descriptions sommaires, mais on ne la rencontre pas. Il faudra attendre longtemps pour comprendre vraiment les raisons de cette légende. Le lecteur se retrouve donc en position de faiblesse par rapport à l'intrigue et c'est un des points forts du récit.

 

Il est d'ailleurs d'autant plus en position de faiblesse qu'il voit tout par les yeux de Watson. Eloigné de Holmes, ce dernier ne saisit pas toutes les manoeuvres du grand détective et ce choix de narration, constant me semble-t-il dans les aventures de Sherlock Holmes, ajoute beaucoup de piment à la lecture.

 

Enfin, autre point fort du roman, le décor de la lande de Dartmoor. Paysage littéraire souvent utilisé et très évocateur (Barbey d'Aurevilly et sa lande de Lessay, Daphné du Maurier et les paysages venteux de L'auberge de la Jamaïque), il est ici rendu encore plus inquiétant notamment par l'évocation des bourbiers. Je crois que je garderai longtemps en tête l'image de ces poneys hennisants, en train de se faire avaler par les bourbiers. Des passages qui font froid dans le dos et qui donne une tonalité très intéressante à cette enquête policière.

 

Le chien des Baskerville d'Arthur Conan Doyle

Traduit de l'anglais par Bernard Tourville

Ed. Livre de Poche Jeunesse 

Repost 0
4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 07:29

mefiez-vous-des-enfants-sages.jpgAvant de raconter l'histoire de Thomas Hogan dans Le roi n'a pas sommeil, Cécile Coulon avait déjà emmené ses personnages en Amérique dans son roman précédent. Ici, pas de grande propriété forestière mais une escapade entre désert de l'ouest américain et San Fransisco, dans une famille qui a des difficultés à se construire.

 

Le début du roman permet de faire la rencontre de personnages sans bien saisir les liens qui les unissent. Il y a une jeune fille qui ne rêve que d'une chose : fuir la ville de ses parents pour San Fransisco ; un jeune homme suédois qui débarque aux Etats-Unis ; un homme, Eddy, un peu instable, qui vit une histoire d'amour compliquée.

 

Puis l'intrigue se noue autour de Lua, qui sera le lien entre tous ces personnages. Lua est une jeune fille, qui voit sa vie basculer à cause d'une araignée. Son père l'a ramenée de son travail où il exerce comme chercheur, et la petite bête poilue parvient à s'échapper de la boîte. Commence alors pour Lua une série de cauchemars qui n'est que le début d'une lente descente aux enfers.

 

Une nouvelle fois, Cécile Coulon s'empare du mythe américain tel qu'on peut le percevoir en France pour en faire le prétexte à une histoire très personnelle. Elle décrit avec force l'adolescence de la jeune Lua et parvient à donner vie à l'ensemble de ses personnages, le tout avec une concision qui semble réellement être sa marque de fabrique. Cécile Coulon est définitivement un auteur à suivre.

 

Méfiez-vous des enfants sages de Cécile Coulon

Ed. Viviane Hamy

Repost 0
2 mai 2012 3 02 /05 /mai /2012 07:12

combat-de-coqs-en-Flandre.jpgLes tableaux inspirent souvent les écrivains. Il n'est pas rare soit d'en écrire l'histoire, comme le fait Tracy Chevalier, ou celle des personnages qui le compose (par exemple Philippe Besson dans L'arrière saison). Les éditions Invenit ont décidé de parcourir les musées du Nord-Pas de Calais et de confier à des auteurs l'écriture d'un court essai à propos d'une oeuvre représentative de chacun des établissements.

 

Jean-Bernard Pouy s'est penché sur une tableau de Rémy Cooghe, visible au musée de la Piscine à Roubaix : Combat de coqs en Flandre. Le tableau, visible ici, a été réalisé à la fin du XIXe siècle et représente au premier plan un combat de coqs (joute très populaire dans le Nord et en Belgique), entouré de spectateurs et de parieurs.

 

Dans son essai, Jean-Bernard Pouy fait le choix non pas de faire une plongée historique dans l'oeuvre mais d'évoquer les à-côtés. Il croit reconnaitre dans le public Victor Hugo, au centre de l'oeuvre, personnage qui centralise les regards. Il ne cherche pas à identifier tous les notables de Roubaix qui figurent sans aucun doute dans l'oeuvre. La composition, avec ces gradins verticaux, ce mélange de bourgeois en haut-de-forme et d'ouvriers à casquette, permet de montrer la mixité sociale des ces spectacles.

 

Pour Pouy, le tableau évoque à la fois les débats passionnés de l'Assemblée de la 3eme République et les représentations du monde théâtral, comme celle qu'on peut voir dans Les enfants du Paradis de Marcel Carné. Pouy s'interroge également sur l'argent, omniprésent dans ces salles où les paris s'enchaînent et quasiment absent de la représentation. De même, qui est cet homme au premier plan à droite, qui attire tous les regards, plus intéressés par ce qu'il chche derrière la balustrade que par les coqs qui s'entretuent au milieu de la piste ?

 

C'est une manière très ludique de plonger dans les oeuvres picturales des musées et tout ceci est servi par un très beau travail d'éditeur, avec une reproduction de l'oeuvre en question et différents encarts illustrés qui reprennent des détails du tableau. Un très bel ouvrage, tiré d'une collection qui visite tous les musées du Nord-Pas de Calais.

 

Rémy Cooghe, combat de coqs en Flandres de Jean-Bernard Pouy

Ed. Invenit - Ekphrasis

Repost 0
29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 07:30

Les romans familiaux sont un véritable genre en soi. Pour son premier roman, Anne Berest se lance dans la description d'une famille que le soupçon d'un secret va mettre à l'épreuve.

 

la-fille-de-son-pere.jpgLa famille en question, c'est celle de la narratrice. Cadette d'une fratrie de trois soeurs, elle entretient des liens parfois compliquées avec son père et surtout avec Catherine, sa belle-mère. Les fêtes comme les anniversaires ou les réveillons sont des occasions pour que tout le monde se rassemble, même si ces repas donnent parfois l'impression d'être des passages obligés.

 

Ces habitudes, que chacun perpétue tant bien que mal, sont bouleversés par une phrase prononcée un soir par Catherine, en colère. Elle laisse entendre qu'une des filles pourrait ne pas être la fille de son père. Pour Irène, l'aînée, c'est le début du doute et de la recherche de celui qui pourrait être son père. Est-ce cet avocat qui fréquentait sa mère avant qu'elle ne rencontre son père ? Seule, elle n'arrive pas à surmonter cette épreuve et s'appuie sur sa soeur cadette.

 

C'est par les yeux de cette dernière que le lecteur va suivre cette quête du père. Mais la narratrice est touchée par un autre drame. Mathieu, l'homme qu'elle fréquente et qu'elle ne voit que de temps à autre, est victime d'un accident mortel. Elle n'avait pas été présentée à la famille de Mathieu et devient donc une intruse au moment où la famille doit affronter le deuil. Elle est dans la position inconfortable de celle qui souffre mais qui ne peut dire à personne sa souffrance, ni soulager celle des autres.

 

L'ouvrage d'Anne Berest est un beau roman. Si l'intrigue repose finalement essentiellement sur les épaules de la narratrice qui vit deux drames familiaux simultanément, elle est rendue par une écriture très touchante. Sans fioritures inutiles ou pathos larmoyant, elle décrit très bien les difficultés rencontrées par Irène, Catherine ou la mère de Mathieu. Certes, ce n'est pas un roman qui reste un tête, mais c'est une très belle lecture sur une tranche de vie, entre quotidien et événements extraordinaires.

 

La fille de son père d'Anne Berest

Ed. du Seuil

Repost 0
16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 07:13

le-roi-n-a-pas-sommeil.jpgComment Thomas Hogan en est-il arrivé là ? Comment ce jeune homme, à qui l'avenir semblait tendre les bras, a-t-il pu sortir ainsi du chemin que Mary et William, ses parents, avaient tracé pour lui ? C'est cette trajectoire que Cécile Coulon nous invite à découvrir dans ce roman très maîtrisé.

 

Dès les premières pages, le ton de l'intrigue est donné. Thomas est emmené les menottes aux mains et sa mère (comme le lecteur) ne comprend ni comment ni pourquoi son fils suit les policiers. On ne sortira jamais du village où vivent Thomas et ses parents, un village entouré d'une forêt qui donne la matière première pour la scierie où travaille William. Plus que l'histoire de Thomas et de sa famille, c'est l'histoire de ce coin d'Amérique perdu dans les bois qui intéresse Cécile Coulon. Car Thomas est un jeune comme tant d'autres : il rêve de suivre les traces de son père et ne comprend pas les failles de ce dernier.

 

Car si tout semble lisse dans les habitations du village pris en charge par le docteur O'Brien, les apparences sont trompeuses. Dans le village voisin, on apprend qu'un crime affreux a été commis, un pur acte de jalousie. On découvre ce qui ronge William, ces fiches vertes qu'il a dû manipuler et qui recensent les crimes plus ou moins violents du voisinage. Mais c'est aussi le silence, le conformisme qui est la cause des drames plus ou moins quotidiens.

 

Pour Thomas, les raisons de sa chute sont multiples : l'image dégradée du père, mort d'une blessure à la main ; une trahison amicale pour lui qui ne souhaite pas s'encanailler avec les jeunes de son âge ; un échec amoureux avec celle que ses proches lui destinaient. Un cercle infernal se referme autour de Thomas. Comme le lecteur qui ne sort pas du village, Thomas ne sortira pas de ce cercle qui se ressert.

 

L'intrigue est haletante, courte et dense à la fois. Le tout est porté par une écriture tout à fait originale et évocatrice, qui renvoie aux grands auteurs américains. C'est un ouvrage parfaitement maîtrisé, à la fois sur le plan de l'intrigue et de l'écriture. Un vrai tour de force, surtout lorsqu'on sait que Cécile Coulon en est à son quatrième ouvrage à seulement 22 ans ! C'est indéniablement une plume qu'il faudra suivre dans les années à venir.

 

L'avis d'Ys

 

Le roi n'a pas sommeil de Cécile Coulon

Ed. Viviane Hamy

Repost 0
12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 08:29

monsieur-pain.jpg

Voilà un bien étrange roman signé Roberto Bolano, que je découvre pour l'occasion. Un roman difficile à résumer car l'intrigue y est assez embrumée, tout comme l'esprit de Pierre Pain, le personnage principal. Pourtant, je me suis laissé embarqué par l'auteur dans cette balade inattendue dans les rues de Paris et dans les rêves de Monsieur Pain.

 

Pierre Pain est un homme marginal. Adepte des sciences occultes tel le mesmérisme, il est invité par Mme Reynaud, une amie, à soigner Mr Vallejo. Cet homme, déjà souffrant, est atteint d'une crise de hoquet qui pourrait lui être fatal, et on compte sur Pierre Pain pour en venir à bout. Mais le médecin imaginaire n'aura l'occasion de voir son patient qu'une seule fois et ce ne sera donc pas suffisant pour qu'il intervienne efficacement. Car il passe son temps à se perdre dans des rêves qu'il ne comprend pas toujours, perdu entre des tueurs à gages espagnols, des sommités scientifiques et des souvenirs de guerre.

 

Il faut accepter de se laisser embarquer pour apprécier ce roman. Le début est prenant, avec notamment deux silhouettes espagnoles inquiétantes qui montent des escaliers. On a l'impression de se lancer dans un polar moite, puis, petit à petit, on se rend compte que l'histoire de Vallejo et de Mme Reynaud est secondaire. Ce qui est important, c'est la plongée dans l'univers onirique de Monsieur Pain. Le lecteur parvient à dessiner le fil de la vie de cet homme, ces rêves étant remplis de souvenirs, et ce jeu est assez prenant.

 

Si on ajoute à cela l'écriture très agréable de Bolano et sa capacité à dessiner en quelques lignes des personnages marquants (comme ce scientifique qui part en Espagne pour s'engager avec les troupes franquistes), Monsieur Pain est un roman tout à fait plaisant. Il ne semble pas que ce soit le chef d'œuvre de l'auteur, mais c'est un ouvrage tout à fait recommandable, qui m'a fait plus d'une fois penser à ceux de Roberto Arlt, Les sept fous et Les lance-flammes.

 

L'avis de Thom

 

Ouvrage lu dans le cadre du 12 d'Ys

 

Monsieur Pain de Roberto Bolano

Traduit de l'espagnol par Robert Amutio

Ed. Les Allusifs

Repost 0
24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 19:00

ce-que-j-appelle-oubli.jpgC'est un court texte, une soixante de pages seulement; Ce texte, c'est une phrase, attrapée au vol et qui ne se terminera qu'avec le point final. Cette phrase faite de disgressions, d'incises, de changements de ton raconte l'histoire d'un jeune homme, dont on ne connait pas grand chose. Sauf qu'il avait un frère, qu'il vivait de petits boulots et qu'il est mort dans la réserve d'un supermarché, tabassé par quatre vigiles pour avoir bu une canette de bière dans les rayons.

 

Cette histoire est tirée d'un fait divers sordide qui s'est passé à Lyon, en 2009. Laurent Mauvignier s'en empare, et loin du documentaire, signe un texte poignant, touchant, émouvant. En alternant récit de ce moment d'horreur et la victoire de l'arbitraire, suppositions sur ce que pouvait être la vie de ce jeune homme et réflexions sur la condition humaine. Un livre dont on ne sort pas indemne, tant le fait divers à l'origine du récit est abject et tant l'écriture de Mauvignier rend le côté horrible de cette situation.

 

A noter que le texte sera adapté au théâtre dans quelques jours, du 12 au 22 avril. Ce sera au Studio-Théâtre, la petite salle de la Comédie-Française, avec Denis Podalydès, qui met également en scène.

 

L'avis de Dédale

 

Ce que appelle oubli de Laurent Mauvignier

Ed. de Minuit

Repost 0
22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 23:04

iguifou.jpgScholastique Mukasonga est rwandaise. Elle a eu la chance de quitter son pays avant le génocide des années 90, qui a conduit au massacre de 800 000 rwandais, hutus ou tutsis. Mais ce ne fut pas le cas de sa famille, dont presque tous les membres ont été tués. Alors il n'est pas surprenant de retrouver en filigrane, dans les nouvelles de ce recueil, l'évocation de ce massacre. Mais l'art de Scholastique Mukasonga est de mêler à ce thème funeste une écriture splendide qui plonge le lecteur dans l'histoire de cette région d'Afrique.

 

Cinq nouvelles composent ce recueil. La première donne son nom au recueil : L'iguifou. Pour la petite Colomba, l'iguifou est la faim qui la tenaille lorsqu'elle n'a même plus quelques grains de riz pour la nourrir. L'attente de sa mère qui est sensée apporter quelques fruits ou racines occupe toute entière la petite fille, qui ne parvient pas à oublier sa faim, jusqu'à être éblouie par une lumière étincelante.

 

Puis on découvre, dans La gloire de la vache, comment une vache peut devenir le centre de la vie d'un village. En étant obligé de s'en séparer à cause de l'exil, la famille regrette la vache qui lui servait de moyen de subsistance. C'est alors que l'animal tant vanté devient l'objet d'une mythologie qui touche à la fois la famille et le village, et la moindre apparition d'une vache occupe alors tous les esprits.

 

La peur est certainement la nouvelle la plus forte du recueil. On y apprend que le Rwanda a été plusieurs fois touché par les massacres entre les deux ethnies, les hutus et les tutsis. Dans les années 50 et 60, sous la domination coloniale belge, les deux populations se faisaient déjà la guerre. La nouvelle raconte comment la peur des militaires, brutaux, arbitraires, a des conséquences sur tous les aspects de la vie privée. Jamais on ne se sent en paix, et il faut toujours anticiper un lieu de repli au cas où l'ennemi apparaît.

 

Le malheur d'être belle est la chronique de la vie d’Héléna. Jeune femme très belle, dès l'adolescence, elle a eu le malheur d'être née dans la minorité tutsie. Sa vie est de ce fait un enfer. Poursuivie par sa réputation de femme à homme, elle est contrainte à la prostitution et à l'exil. Dans cette nouvelle, on passe du Rwanda au Burundi, on croise Mobutu et on découvre les relations diplomatiques déséquilibrées qui dictent la vie de ces pays et de leurs habitants.

 

Enfin, le deuil est la dernière nouvelle et la seule qui aborde de manière frontale le génocide, toujours évoqué avant mais de façon indirecte. Le personnage raconte elle parvient à effectuer son travail de deuil en Europe, sans avoir eu l'occasion ni de retourner au Rwanda, ni de dire au revoir aux membres de sa famille qui ont été tués. Le retour au pays clôt, de manière symbolique, cet ouvrage magnifique où Scholastique Mukasonga n'évite aucun sujet difficile, tout en l'insérant dans des intrigues et une écriture admirables. Un très beau recueil de nouvelles.

 

L'iguifou - Nouvelles rwandaises de Scholastique Mukasonga

Ed. Gallimard - Continents noirs

Repost 0
14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 07:59

nagasaki-copie-1.jpgLe fait divers alimente très souvent la fiction. Si Truman Capote y a trouvé l'inspiration de son ouvrage le plus connu, de nombreux auteurs français ont récemment utilisé un fait divers pour alimenter leur écriture, comme Laurent Mauvignier ou Régis Jauffret, pour ne citer qu'eux. C'est également le cas d’Éric Faye, qui y a eu recours pour signer l'intrigue de Nagasaki.

 

Nagasaki, dans l'esprit du lecteur, évoque immanquablement la bombe atomique et ses destructions. Ici, rien d'aussi explosif et destructeur : c'est uniquement la présence inattendue d'un intrus dans son logement qui est la cause des soucis de Shimura-san.

 

Shimura-san vit seul dans son logement de Nagasaki. Maniaque, il a l'habitude de noter sur un carnet le niveau des bouteilles entamées après s'être servi. Son quotidien est bouleversé le jour où il découvre que le niveau est plus bas que celui qu'il avait noté. Pour être certain de ses craintes, il décide d'installer une webcam pour surveiller les allers et venues dans sa cuisine. Et ce qu'il s'attendait à voir se produit : il voit une petite femme se servir dans son frigo. Qui est-elle ? Comment est-elle entrée chez lui ?

 

La qualité de l'ouvrage tient au personnage de cette petite femme, arrivée dans ce logement car elle le connaît, mais surtout parce qu'elle n'avait pas d'autre endroit où aller. En s'installant dans une pièce très peu fréquentée par son hôte involontaire (la chambre d'amis, chez un homme qui ne reçoit jamais personne), elle a réussi à se reconstruire une vie, à ne plus avoir constamment peur du futur. C'est vraiment le personnage clé de cette intrigue, et ce court roman gagne en profondeur dans sa seconde moitié, lorsqu'il quitte Shimura-san pour se concentrer sur la femme. Car Shimura-san ne semble pas éprouver beaucoup de sentiments, que ce soit par rapport à sa solitude ou au traitement qu'il inflige à son hôte, sans la connaître. Un petit drame du quotidien, aux conséquences intimes importantes, que l'écriture retenue d’Éric Faye rend assez bien.

 

Nagasaki d'Eric Faye

Ed. Stock

Repost 0