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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 19:07

les-grandes-blondes.jpgRetrouver Jean Echenoz est un vrai plaisir. J'avais beaucoup aimé Je m'en vais, faux polar passionnant avec une histoire de vol de tableau et une scène mémorable dans une camionnette friigorifique. Plus tard, j'ai lu Ravel, vision romancée  du compositeur. J'en étais resté là. Je reprends donc avec un ouvrage assez ancien, paru en 1995. Mais le bonheur de lecture est toujours présent.

 

Ce qui est agréable avec Echenoz, c'est qu'il arrive ici, avec un histoire somme toute très rocambolesque, à garder l'attention du lecteur grâce à son style. Il faut dire qu'on est pris à parti dès le début du roman, avec une phrase qui donne le ton :

"Vous êtes Paul Salvador et vous cherchez quelqu'un"

 

Ce tutoiement ne sera pas constant dans le roman, placé sous le signe d'un narrateur omniscient qui s'amuse à émettre des hypothèses, à parfois revenir en arrière pour modifier le sens de l'intrigue. Cette narration flottante, qui me fait inévitablement penser à celle de François Vallejo, est un grand plus du roman.

 

Mais venons-en un peu à l'intrigue. L'histoire est donc celle de Paul Salvador, producteur d'émissions de télé. Son prochain projet est un documentaire consacré aux blondes, de toutes sortes. Pour étayer son sujet, il essaie de reprendre contact avec une blonde disparue, Gloire Abgrall. Du temps de sa splendeur, cette blonde qui a défrayé la chronique judiciaire était une chanteuse de variété. Quelques tubes et puis s'en va. Un retrait du monde volontaire, pour essayer de couper avec ceux qui l'ont jugé, regardé de travers. Quand Salvador met sur ses traces un détectiive privé pour la retrouver, Gloire va tout faire pour rester cachée

 

L'intrigue, qui peut paraitre au premier abord assez logique, est totalement folle. On voyage beaucoup, en Bretagne, Normandie, Australie, Inde. On rencontre des personnages étranges, comme un millionaire indien qui fait du trafic par l'intermédiaire de chevaux. Certains personnages font des plongeons involontaires de hauteurs telles que la mort est assurément au bout. Et puis, il y a le personnage de Béliard, l'homoncule comme il est appelé. Petit être, il vit  sur l'épaule de Gloire et ne se manifeste que l'orsqu'elle est seule. A moitié âme soeur et guide spirituel, il a une influence non négligeable sur la vie de la narratrice.logo-2012 d'Ys 

 

Si l'ensemble est au final assez décousu, avec une fin tellement positive que c'en   est drôle, Jean Echenoz gagne son pari grâce à son écriture. Il confirme donc tout le bien que je pensais déjà de lui, et m'incite donc à me plonger dans ses ouvrages plus récents.

 

Livre lu dans le cadre du 12 d'Ys (on est le 21, mais ça marche aussi !) 

 

Les grandes blondes de Jean Echenoz

Ed. de Minuit

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17 août 2012 5 17 /08 /août /2012 16:25

millenium-1-copie-1.jpgJe ne suis pas toujours à la pointe de l'actualité, loin de là. Pour Millenium, j'ai maintenant quelques années de retard et séries, films tirés de la trilogie sont déjà apparus sur les écrans. Mais je suis resté hermétique à tout cela et ai donc abordé, cet été, le premier tome de la trilogie vierge (ou presque) de toute information sur l'intrigue. Et j'ai été surpris.

 

Surpris en bien d'abord par la capacité qu'a Stieg Larsson de tenir en haleine le lecteur. Cela fonctionne assez bien car l'intrigue est à plusieurs niveaux. Au centre, il y a la recherche de ce qui est arrivé à Harriet, il y a 40 ans. Alors qu'elle était en vacances sur une île avec toute sa famille, elle a subitement disparue. Son corps n'a jamais été retrouvé et les recherches poussées de son oncle, capitaine de l'une des plus grandes entreprises suédoises, ont été vaines. Il demande alors à Blomkvist, journaliste connu pour avoir révélé quelques scandales, de faire à son tour son enquête. Blomkvist s'installe sur l'île et découvre la vie de cette étrange famille, marquée par les accointances de certains membres avec les thèses fascistes. Le fait de situer cette intrigue dans un lieu presque clos, cette île, est un excellent point de départ et permet à Larsson de pimenter agréablement son intrigue.

 

Un intrigue secondaire importante a pour actrice principale Lisbeth Salander. Jeune femme solitaire, elle vit de sa capacité à pénétrer les systèmes informatiques et à en retirer les informations les plus utiles à ses clients. Mais elle a le malheur d'être une proie pour les hommes. Heureusement pour elle (et malheureusement pour eux), s'il y a une chose qu'elle ne supporte pas, c'est qu'un homme s'en prenne à une femme. Cela donne lieu notamment à deux scènes mémorables, l'une de viol mis en scène version SM, l'autre à une vengeance toute aussi violente et macabre. Le personnage de Lisbeth Salander apporte une touche d'exotisme et de nouveauté tout à fait bienvenue.

 

Enfin, troisième point de l'intrigue qui m'a bien plu (mais que j'aurais aimé voir plus développé) concerne la manière dont une revue parvient à vivre entre nécessité d'attirer des annonceurs, qualité de la rédaction et déontologie journalistique. L'arrivée d'un grand groupe industriel dans la direction permet en effet de sauver financièrement la revue, mal en point après les attaques d'un puissant industriel mis en cause, mais empêche l'ancienne direction, dont Blomkvist, de traiter de façon neutre tous les sujets (Et quand on voit qu'en France, Libération est tenu par Rothschild, Le Monde par le trio Bergé-Pigasse-Niel et le Figaro par Dassault, on ne peut qu'être inquiet sur la liberté de totale expression de ces quotidiens...)

 

J'ai pris pas mal de plaisir à la lecture de Les hommes qui n'aimaient pas les femmes, mais je trouve au final que cela reste un polar de facture assez classique, avec certes l'introduction de méthodes informatiques poussées, mais le personnage de Blomkvist est au final assez peu novateur. Je reste néanmoins déçu par la résolution d'une des intrigues secondaires, qui met en cause un des membres de la famille Vanger. J'ai trouvé cette porte de sortie invraisemblable et suit donc resté sur ma faim. Mais cela reste un très bon divertissement !

 

Millenium 1 - Les hommes qui n'aimaient pas les femmes de Stieg Larsson

Traduit du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain

Ed. Babel Noir

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12 août 2012 7 12 /08 /août /2012 07:47

le-temps-ou-nous-chantions.jpgJe ne suis pas un grand lecteur de roman fleuve. Pourtant, j'ai pris beaucoup de plaisir à me plonger dans le roman de Richard Powers, Le temps où nous chantions. Sur près de 50 ans, l'auteur invite le lecteur à découvrir la vie de la famille Strom, famille mixte dans l'Amérique marquée par les conflits raciaux. La musique semble être un refuge pour les membres de la famille, mais l'entité familiale subira les soubresauts des conflits qui secouent l'Amérique.

 

Il est difficile de résumer facilement les 750 grandes pages de ce roman, tellement les événements narrés par l'auteur sont nombreux. Le lecteur suit la construction du couple composé par Delia Daley et David Strom. Une femme noire ; un juif allemand ayant réussi à fuir l'Allemagne nazie. Leur histoire débute par une rencontre impromptue sur le Mall, à Washington, lors d'un concert d'une grande cantatrice noire, Mlle Anderson, donné en faveur de la cause noire. Tout le roman est construit sur cette double trame, celle de la musique et celle de la question raciale.

 

Outre les relations complexes avec la famille Daley, qui ne comprend pas ce mariage mixte (ni les enjeux des activités professionnelles de David, physicien à l'Université), les questions raciales se posent surtout avec les enfants du couple, métis. Trop noirs pour les blancs. Trop blancs pour les noirs. Jonah, l'aîné, a des capacités musicales exceptionnelles. La qualité de sa voix est reconnue par tous, et il entraîne dans son sillage son jeune frère, Joey, qui devient son accompagnateur attitré. Le troisième enfant du couple, la jeune Ruth, ne suit pas le même chemin : elle épouse la cause du Black Power, et rompt avec cette famille qui a voulu les faire grandir dans l'idée que la couleur de peau n'importe pas.

 

Richard Powers réussit à mêler de façon magistrale les interrogations intimes de ces personnages et les enjeux politiques et sociaux. La plus marquant est certainement le lien fait entre les grands événements et les enjeux intimes, comme autour de la rencontre entre Delia et David. Ceci se reproduit également avec un rassemblement ultérieur à Washington, celui où un pasteur noir fait un célèbre discours.

 

C'est aussi un très grand roman musical. Très jeunes, les enfants passent leurs soirées à improviser avec leurs parents autour du piano familial. Tout le roman parle de musique, et toutes les musiques : les classiques du XIXe, la musique contemporaine des années 1950, le jazz, le be-bop, le rap ou la musique baroque. Tout cela donne envie de se plonger dans les oeuvres évoquées.

 

Enfin, je crois que c'est le premier roman que je lis qui traite de cette manière des problèmes raciaux qui ont secoué les Etats-Unis dans les années 1950-1960. Les soulèvements urbains qui secouent toutes les villes apparaissent en filigrane, mais ce sont surtout les conséquences intimes de ces conflits raciaux qui sont admirablement rendus. Si Jonah Strom réussit sa carrière musicale, sa mère a échoué quelques années auparavant, au même endroit, en raison de sa couleur de peau.

 

Le temps où nous chantions est un roman magistral, qui traite admirablement et avec un grand romanesque de politique, de la question raciale et de musique. Une grande et belle oeuvre.

 

Le temps où nous chantions de Richard Powers

Traduit de l'anglais par Nicolas Richard

Ed. le cherche midi - Lot 49

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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 19:34

ame-des-guerriers.jpgBeth vit dans la cité des Pins, une banlieue presque banale pour une Maorie comme elle. Elle se débrouille pour faire tourner le foyer, avec ces enfants aux âges et aux orientations diverses et un mari plus réputé pour faire le coup de poing que pour apporter une aide matérielle. Comme les autres maoris, elle vit en marge de la société néo-zélandaise. Et comme les autres membres de la communauté, elle est persuadée de devoir faire face à l'adversité du monde entier : celle des blancs, les anciens colonisateurs ; celle de son mari, qui n'hésite pas à la frapper même devant ses amis ; celle de l'alcool qui détruit tout lien social. Dans cet univers bien sombre, c'est au comble de l'adversité que Beth va trouver le moyen de redonner un sens à sa vie.

L'âme des guerriersest un roman âpre, dur et violent. Rien ne semble apporter de la joie aux maoris qui vivent dans le ghetto. Et la moindre petite escapade en voiture, qui doit se conclure par un pique-nique avec le fils placé en institution, tourne rapidement au cauchemars. Les hommes boivent, les femmes font parfois de même et les enfants livrés à eux-mêmes parcourent les rues sans but. Ils se réfugient dans la colle ou rêvent d'intégrer l'une des bandes violentes du quartier, pour pouvoir une fois faire la loi et écraser les autres, croyant ne plus être écrasés eux-mêmes.

 

Tout ceci est bien loin de l'image que nous nous faisons des maoris, uniquement vu par ici comme un peuple capable de fournir l'équipe de Nouvelle-Zélande de rugby en éléments physiquement impressionnants. Si cela est vrai pour quelques uns qui deviennent des vedettes (tout comme la cantatrice Tiri Te Kanawa, réputée pour être l'une des rares à avoir su s'imposer dans le monde occidental), les autres continuent leur vie dans ces quartiers, sans but, avec des vies réglées comme du papier à musique, avec beuveries, bagarres et recherche d'argent.

Mais le roman d'Alan Duff, dans sa noirceur, est un très bel ouvrage. Car il donne à découvrir des personnages touchants, attachants  pour certains d'entre eux. Outre Beth, on ne peut que pleurer sur le sort de Grace, sa fille. Elle ne rêve que d'une chose : le piano qui se trouve chez les Trambert, les riches propriétaires blancs du voisinage. Le petit Boogie, envoyé en institut, ou Nig, celui qui veut entrer chez les Brown Fists, sont des personnages marquants. Dans cette société très masculine où le sens de l'honneur a un rôle primordial, les personnages féminins sont très puissants.

 

Surtout, Alan Duff ne perd de vue le style. Le fond est fort, mais la forme est très intéressante. Sans aucun dialogue, il donne à entendre les voix des divers protagonistes qui s'expriment dans le roman. Avec un art particulier de la construction de son texte, il rend magnifiquement le polyphonie de ces bistrots glauques de fin de nuit. C'est un style un peu exigeant mais qui vaut le temps de s'y attarder. Mention pour Pierre Furlan, le traducteur, qui n'a pas du alogo-2012-d-Ys.jpgvoir la tâche facile.
 

Roman lu dans le cadre du 12 d'Ys (merci de m'avoir poussé à lire un roman néo-zélandais, je ne l'aurai pas fait autrement  ;-)

 

L'âme des guerriersd'Alan Duff

Traduit de l'anglais par Pierre Furlan

Ed. Babel

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8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 19:30

le-boucher-des-hurlus.jpgJean Amila (aussi connu sous le nom de Jean Meckert) s'attaque à un épisode peu glorieux de la guerre de 14-18 : celui des mutins fusillés par l'armée française, pour des raisons arbitraires et scandaleuses. Si Stanley Kubrick traite le sujet dans Les sentiers de la gloire, il le fait à hauteur de soldats : on suit la vie d'un régiment, dans les tranchées, en alternance avec le quotidien plus opulent des généraux.

 

Ici, Jean Amila choisit de traiter le sujet en prenant comme personnage principal un enfant et situe l'action juste après la guerre. Michou est le fils d'un mutin tué en 1917. Dans le quartier de Paris où il vit avec sa mère, il est montré du doigt par les voisins pour être le fils d'un traître à la  nation. Dans la lignée de sa mère qui défend bec et ongles la mémoire de son mari, Michou prend la défense de son père. Même lorsqu'il reste seul suite à l'internement de sa mère, il n'a qu'une pensée en tête : venger l'honneur de son père. Et le plus simple pour lui est de s'attaquer à celui qui est l'origine du meurtre de son père, le général des Gringues, surnommé le boucher des Hurlus (il dirigeait  les opérations sur la région de Perthes-les-Hurlus, village détruit situé entre Reims et Verdun)

 

Le roman raconte donc la recherche du général. Michou s'attaque à cette recherche avec ses amis de l'orphelinat, qu'il a rejoint après l'internement de sa mère. Jean Amila en profite d'ailleurs pour décrire les conditions de vie difficile de ces institutions, juste après la guerre, alors que la menace de la grippe espagnole pèse sur toute la population. Avec ses trois amis, Michou décide donc de s'enfuir de l'internat pour tuer le général. Pour cela, il faut trouver une arme. Ils décident de rejoindre les anciens lieux de bataille, certains de pouvoir trouver une arme sur un cadavre abandonné au bord de la route. Tout ce périple donne lieu à des séquences savoureuses, comme celle où les enfants sont invités par une mère maquerelle et ses filles à savourer une choucroute à la gare de l'Est.


Sous couvert d'un roman plein de rebondissements et d'une intrigue menée par un enfant, Jean Amila signe une oeuvre politique sur le sort réservé aux mutins et à leurs survivants (femme  et enfants). Plus largement, il montre les différences qui secouent la population française, entre ceux persuadés du bien-fondé des actions des généraux et ceux qui dénoncent dès 1917 cette boucherie. Un court roman qui fait plonger le lecteur dans l'horreur de la guerre et dans le Paris populaire de 1920, avec une utilisation de l'argot et du parler populaire très réussi. Un beau petit roman à découvrir.

 

Le boucher des Hurlus de Jean Amila

Ed Folio - Policier

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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 12:21

serenade.jpgCela devient une véritable tradition : le mois de juin est celui de la remise du prix Biblioblog. Pour la première fois, ce n'est pas un roman qui est récompensé, mais deux. En effet, les votes des membres du Biblioblog, Des membres du jury des lecteurs et Des internautes n'ont pas pu départagé deux des six sélectionnés. Ont donc été récompensé La sérénade d'Ibrahim Santos, de Yamen Manai et Le premier été, d'Anne Percin.

 

Je suis globalement assez satisfait du résultat final. En effet, La sérénade d'Ibrahim Santos est un joli conte sur la dictature et les conséquences désastreuses de décisions politiques arbitraires. Tout se passe dans la ville de Santa Clara que tout le monde a oublié et qui a continué à vivre sa vie sans prendre en compte les changements politiques. Mais la vie qui y est menée, traditionnelle et proche de la nature, ne rentre pas dans les plans du gouvernement en place, qui ne jure que par le productivisme et la science. C'est une jolie histoire, bien menée, qui fait penser à Isabel Allende premier-ete.jpgou à Carole Martinez, mêlant histoire politique et fantastique.

 


Pour Le premier été, mon impression est positive mais un peu plus  mitigée. Cette histoire raconte les émois amoureux d'une adolescente, captivée par  un jeune homme dont elle ne connaît rien et qui occupe son esprit. Si les atermoiements amoureux et les relations entre adolescents sont bien rendus, je n'ai pas été totalement emballé par la construction du roman. On sait très vite que l'histoire se termine mal et cela crée un suspens artificiel.

sollicciano

 

 

 

Dans cette sélection, mon roman préféré reste celui que j'ai proposé dans cette sélection, Solliciano, d'Ingrid Thobois. Je garde en tête les personnages inventés par l'auteur, le traitement de la folie et cette construction en puzzle très travaillée et réussie. Un excellent roman qui est malheureusement passé un peu inaperçu.

jeu-du-pendu.jpg

 

 

Un roman policier figurait également dans cette sélection : Le jeu du pendu, d'Aline Kiner. Plus que l'intrigue policière (on recherche le meurtier de jeunes femmes), c'est l'ambiance qui est particulièrement bien rendue. L'action se déroule en Lorraine, sur les anciens sites miniers, et le paysage est marqué par les failles qui apparaissent dans le sol et par les crassiers qui créent des collines artificielles. Le lecteur plonge dans une ambiance ouvrière, sombre, poisseuse et c'est finalement très agréable à lire.

 

 

assommons-les-pauvres.jpgLes deux derniers romans ont été beaucoup plus difficile à lire. Assommons les pauvres, de Shumona Sinha, m'a dérouté. Le personnage principal et narrateur est une traductrice d'indien qui intervient dans les centres de rétention. Au début du roman, elle annonce qu'elle a été violente. Ensuite, pendant tout le livre, on perd de vue cette agression pour découvrir des chroniques de le vie d'une traductrice, en proie avec les migrants et l'administration. Mais je n'ai jamais réussi à déceler ce que voulait dire l'auteur. Je n'y ai vu qu'une accumulation d'épisodes divers, sans unité. Une déception.


avant-silence.jpg

 

Avant le silence des forêts, de Lyliane Beauquel, m'a encore plus pesé. Elle raconte la vie de jeunes soldats allemands pendant la 1ere guerre mondiale. Au niveau du style, elle utilise des tournures très péotiques, métaphoriques, en totale opposition avec l'horreur de la guerre. Si le début de l'ouvrage est prometteur, j'ai trouvé l'ensemble trop long, trop poétique et ai abandonné le roman en cours de route.

 

C'est en tout cas une nouvelle belle édition du prix, qui se terminera le 22 septembre, avec la venue des auteurs lauréats dans la librairie partenaire, la librairie Tirloy à Lille. En espérant vous y voir nombreux !

 

La sérénade d'Ibrahim Santos de Yamen Manai, Ed. Elyzad

Le premier été d'Anne Percin, Ed. du Rouergue

Solliciano d'Ingrid Thobois, Ed. Zulma

Le jeu du pendu d'Aline Kiner, Ed. Liana Levi

Assommons les pauvres de Shumona Sinha, Ed de l'Olivier

Avant le silencce des forêts de Lyliane Beauquel, Ed. Gallimard

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22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 07:13

affaire-du-chien-des-baskerville.jpgLe chien des Baskerville est une des créatures les plus célèbres de la littérature policière. Sherlock Holmes, dans une de ses plus célèbres enquêtes, parvient à dénouer le mystère de cette bête légendaire de la lande de Dartmoor. Mais Pierre Bayard n'est pas convaincu par la démonstration du détective. Il reprend donc les éléments de l'enquête, ceux de la vie de Holmes et de l’œuvre de Conan Doyle pour signer un ouvrage stimulant sur la réflexion littéraire et la littérature policière.


Dès l'entame de l'ouvrage, la thèse de Pierre Bayard est claire : Sherlock Holmes s'est trompé dans son enquête sur la mort de Charles Baskerville, et le coupable désigné n'est pas le bon. Il reprend donc l'ensemble des éléments du roman pour appuyer son raisonnement. Après un résumé détaillé de l'intrigue, il s'applique à décrire les méthodes utilisées par le détective. Pour Bayard, deux éléments sont au cœur de cette méthode, l'observation et la déduction.


Néanmoins, la rigueur scientifique qui entoure les actes et les réflexions de Holmes est remise en cause. Pierre Bayard fouille dans les nombreuses autres enquêtes de Sherlock Holmes pour trouver différentes failles. Il recense de nombreuses aventures où Holmes soit s'est trompé, soit n'a pas résolu l'énigme qui s'offrait à lui. De ce fait, pourquoi ne pas imaginer que pour cette affaire de chien maléfique, Holmes s'est fourvoyé ?

 

Ensuite, c'est sur l'histoire de Conan Doyle que se penche Pierre Bayard. Il revient sur les conditions d'écriture de cette aventure, la première après la mort présumée de Holmes dans des chutes en Suisse. Un retour réclamé haut et fort par les lecteurs assidus de l'auteur britannique, qui a dû céder. Il élabore alors une typologie des lecteurs de romans policiers. D'un côté, il décrit les ségrégationnistes, ceux qui revendiquent l'existence d'une frontière imperméable entre la fiction et la réalité. De l'autre, il y a les intégrationnistes, qui affirment que les passages entre ces deux mondes sont fréquents. Pour eux, les mouvements de migration des personnages de fiction vers le réel, et inversement des personnes réelles dans le monde littéraire, existent nécessairement et sont le cœur de la relation entre auteur, lecteurs et héros littéraires. Pierre Bayard se revendique de cette philosophie, et c'est cette hypothèse qui est au centre de ses réflexions.

 

Une fois expliqués ces différents éléments, Pierre Bayard se plonge dans une passionnante et brillante réécriture de l'histoire du chien des Baskerville. En reprenant tous les éléments écartés par Holmes et par Watson dans leur enquête, en ne prenant pour argent comptant aucun témoignage, il aboutit à une conclusion différente qui n'est pas totalement dénuée de sens.

 

C'est finalement un exercice intellectuel et spéculatif pour la beauté du geste, mais qui permet à la fois une vision nouvelle de ce bel ouvrage qu'est Le chien des Baskerville et une réflexion globale sur la critique littéraire des romans policiers. Un ouvrage à découvrir après avoir lu le roman originel de Conan Doyle.

 

L'affaire du chien des Baskerville de Pierre Bayard

Ed. de Minuit - Double

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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 19:55

nu-rouge.jpgLes nus rouge, ce sont les grandes toiles qu'Edouard Pignon a peintes à la fin de sa vie. Ce peintre originaire du bassin minier autour de Lens est la raison de la venue de Camille dans cette région inconnue pour elle. Elle termine sa thèse sur le peintre et se rend à Bully-les-Mines, ville de l'enfance de Pignon, pour essayer de s'empreigner de l'ambiance locale et de retrouver des traces de l'écrivain (le café tenu par sa mère, des souvenirs des habitants,...).

 

Par hasard, elle rencontre Jean, un lillois qui décide de lui faire découvrir la région. Elle se promène donc en sa compagnie dans la ville de Cassel, au musée de la Piscine à Roubaix ou dans les monuments consacrés aux soldats de la première guerre mondiale. Mais son escapade dans le Nord est marquée par sa rencontre avec les sans-papiers qui tentent à tout prix de traverser la Manche à Calais.

 

C'est un roman très plaisant que signe Frédéric Touchard. Il promène son héroïne comme son lecteur dans les recoins du Nord et du Pas de Calais et accorde une attention toute particulière au patrimoine ouvrier (les mineurs, les travailleurs du textile à Roubaix) et aux artistes (Marguerite Yourcenar, Breton et Nadja,...).Les descriptions qu'il fait des lieux visités sont d'ailleurs très originales, avec un parti-pris presque encyclopédique, comme s'il voulait persuader le lecteur que le Nord est une terre de culture, ouvrière et académique. Il n'en oublie pas pour autant l'escapade belge, sur la grande plage d'Ostende.

 

A côté de cela, il parvient à mener habilement son intrigue, amoureuse pour Jean et presque charitable pour Camille. Jean est constamment en attente de cette femme qu'il ne connait que peu et qui semble lui échapper. Un roman qui se termine de façon très inattendue, et qui marque l'entrée remarquée de Frédéric Touchard dans le milieu du roman. Un premier roman réussi.

 

Nu rouge de Frédéric Touchard

Ed. Arléa - 1er/mille

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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 07:26

immoralisteAucune hésitation, André Gide est un auteur essentiel du début du XXe Siècle. Il a contribué à la vivacité de la littérature française par ses écrits et a été récompensé par un prix Nobel en 1947. Je garde un bon souvenir de cet ouvrage mystérieux qu'est Les faux-monnayeurs et l'image d'un train inquiétant dans Les caves du Vatican. Pour cette troisième lecture de Gide, je me suis plongé dans L'immoraliste. Une rencontre moins passionnante, mais qui livre des enseignements sur la société du début du XXe Siècle.

 

L'histoire est celle de Michel. Historien, il n'a vécu que pour le savoir et la culture, niant son corps et l'activité physique. A la mort de son père, il épouse Marcelline. C'est un mariage pour répondre aux dernières volontés de son père et non un mariage d'amour. Lors d'un voyage en Tunisie, Michel tombe malade : la tuberculose. Pour se soigner, il prend  soin de lui, de son corps, prend son temps et jouit de la vie. Son existence est bouleversée par cette épreuve, puisqu'il laisse peu à peu de côté tous ses savoirs pour s'occuper de lui, au point d'en oublier totalement sa femme.

 

Le personnage de Michel est le centre du roman. C'est un être qu'on imagine faible au début du roman, un rat de bibliothèque qui ne parvient pas à penser autrement que par les livres qu'il lit. Son évolution est dépeinte de façon très précise. Ce sont d'abord en Tunisie de jeunes garçons qui lui donnent goût à la vie. Il s'amuse de les voir jouer, venir prendre de ses nouvelles. Puis, en Normandie, dans sa maison de campagne, il se prend d'amitié pour le fils du gardien. Mais toutes ces personnes, qu'il retrouvera plus tard, le décevront. Il n'accepte pas que les autres vieillissent, il donne l'impression de vouloir conserver les choses en l'état pour continuer d'en jouir, sans aucune considération pour eux.

 

C'est certainement cet aspect là de Michel qui donne son titre au roman. Il devient de plus en plus égoïste, ne prend aucun soin des autres et se moque totalement de la maladie de sa femme, mal en point après une fausse couche. Néanmoins, il est indéniable que ce roman a vieilli, plus que les autres œuvres de Gide dont j'ai parlé au début. On retrouve des thèmes fréquents chez Gide (l'homosexualité, notamment), mais je n'y pas retrouvé le mystère des autres romans. C'est ici un examen presque clinique d'une pathologie mentale que nous offre Gide, avec la froideur qui y correspond. Froideur accentuée par le fait que l'histoire de Michel est racontée a posteriori, dans une lettre. Ce n'est pas pour autant un mauvais roman, mais je trouve que ce n'est pas le meilleur pour débuter avec cet auteur. J'ai également pu lire que l'ouvrage répond à La porte étroite, autre roman de Gide, qu'il a écrit en même temps. Je sais donc ce qu'il me reste à faire.

 

Lu dans le cadre du 12 d'Ys

 

L'immoraliste d'André Gide

Ed. Le livre de Poche

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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 08:51

le-correcteur-copie-1.jpgMadrid, 11 avril 2004. Un attentat dans une des gares de Madrid met l'Espagne en émoi. Tous les regards sont tournés vers les indépendantistes, accusés d'emblée par le gouvernement. Mais pour Vladimir, écrivain et correcteur, le gouvernement se trompe d'adversaire. Il passe donc sa journée à réfléchir à son métier de correcteur, à Dostoïevski, aux attentats et à sa vie, où le mensonge tient une place importante.

 

Cet attentat et le suivi qu'en font les média rythme cette journée du 11 avril. Au fil de la journée, Vladimir entend le décompte du nombre de morts, écoute les déclarations des hommes politiques. L'extérieur envahit le quotidien du correcteur, plongé dans Les démons de Dostoïevski, et s'il ne rejette pas cette intrusion de la violence, on sent que Vladimir n'est pas très à l'aise.

 

Il sent en effet que cet attentat n'est pas l’œuvre des basques. Impossible, selon lui, qu'ils aient eu recours au mode opératoire décrit. Et l'histoire lui donne raison, avec la revendication de l'attentat par un groupuscule islamique, au nom d'Al Quaïda.

 

L'attentat est surtout l'occasion pour lui d'un retour à la fois sur la société contemporaine et son matérialisme outrancier mais aussi sur son intériorité. Il y aborde sa relation avec Zoe, sa compagne, et raconte le mensonge qui a marqué toute sa vie, ce fils qui vit en Australie et dont il n'a jamais parlé à personne, conservant quelques photos cachées dans quelques livres.

 

Le propos est intéressant, passant rapidement de l'intime à l'universel. Un petit bémol néanmoins, sur le style de l'auteur, Ricardo Menéndez Salmón. Le propos est dense et parfois un peu touffu. Mais il faut peut-être accepter de se perdre dans cet ouvrage, marqué par la peur, thème de ce dernier opus d'une trilogie intitulée La trilogie du mal

 

Le correcteur de Ricardo Menendez Salmon

Traduit de l'espagnol par Delphine Valentin

Ed. Jacqueline Chambon

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