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30 juillet 2008 3 30 /07 /juillet /2008 14:19

Bonjour à tous, me voici de retour après quelques semaines de vacances, et donc plein de nouvelles lectures à vous présenter. Moins de films, car ce sont les vacances donc pas d'écran (ni grand ni petit). Mais je vous parlerai théatre, car j'ai passé deux jours au festival d'Avignon, et cette première a été une vraie réussite.

Mais commençons par les livres. Celui dont il est question aujourd'hui est un recueil de nouvelles écrites par un auteur serbe, Svetislav Basara. Ce recueil est nénamoins particulier, car les nouvelles se répondent : les personnages croisés dans une nouvelle réapparaissent quelques pages plus loin, dans une autre. L'auteur, qui intervient beaucoup dans le texte, fait suivre ses réflexions sur plusieurs nouvelles (ou devrais-je quasiment dire chapitre !).

Voilà pour la forme. Pour le fond, je suis malheureusement incapable de faire un résumé de cet ouvrage, ni m
ême de faire part de mes impressions, si ce n'est celle d'etre passé à coté de ce livre. Plusieurs fois, les nouvelles ont un début "réel", comme celle qui donne son nom au recueil, avant de sombrer dans un univers sans queue ni tête, dans lequel je me suis littéralement perdu. Je n'ai pas réussi à saisir l'absurdité du recueil, et à faire mon miel de ce que nous propose l'auteur. Un raté en ce qui me concerne.

Comme j'ai lu ce livre dans le cadre de Masse Critique, organisé par
Babelio, je remercie les Editions les Allusifs, qui ont ajouté au recueil un marque-page aux couleurs de la couverture, et ce mot d'une des responsables qui me laissait présager ce à quoi j'allais être confronté : "Basara est un fou relativement génial mais très découcertant." Effectivement, pour ce qui est du coté déconcertant, j'ai été servi.

Dans le même cadre ont également reçu ce livre
Laetitia B, Papillon et Rose (ces deux dernières ayant été emballées !).

 

Perdu dans un supermarché, de Svetislav Basara

Traduit du serbe par Gojko Lukić

Ed. Les Allusifs

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28 juin 2008 6 28 /06 /juin /2008 12:54

Grâce à la bibliothèque professionnelle de ma chère et tendre, j'ai l'occasion de me plonger soit dans la littérature jeunesse, soit dans des classiques qui ont échappé à ma scolarité. Cette fois-ci, j'ai jeté mon dévolu sur les Contes de frères Grimm, dans une édition scolaire. Huit contes qui font partie de notre culture commune, mais que je n'avais jamais lus.

Les huit contes sont tirés de l'oeuvre des frères Grimm, Contes de l'enfance et du foyer, beaucoup plus conséquente. On y trouve Le roi grenouille, Le loup et les sept cabris, Hansel et Gretel, Le vaillant petit tailleur, Les trois fileuses, Blanche Neige, Les musiciens de la ville de Brême et Le grand-père et le petit fils.

Ce qui est très intéressant avec les contes, c'est leur portée universelle. Ici, on reste dans un cadre européen, mais ces contes allemands (puisque les frères avaient pour but de transcrire les histoires racontées au coin du feu par les paysans) ont pleins de sonorités avec d'autres histoires, mythes ou contes.

Ainsi, dans Hansel et Gretel, tout le monde a en mémoire la maison de pain d'épices, qui permet à la sorcière de capturer les deux enfants. Mais je n'avais pas du tout en tête que le début du conte est similaire au Petit Poucet : Hansel retrouve la première fois le chemin de sa maison par le biais de petits cailloux blancs. De même, l'histoire des trois fileuses m'a fait immédiatement pensé à la mythologie latine, avec les Parques qui tissent la vie de chaque individu.

Un autre trait frappant est celui de la cruauté de ces histoires. Cruauté qui est aujourd'hui totalement occulté. J'avais déjà entendu parler de la différence entre Perrault et Walt Disney concernant Cendrillon : chez Perrault, les belles-soeurs de mutilent pour entrer leur pied dans la pantoufle, et cela est laissé de coté chez Disney. De la même manière, la sorcière de Blanche-Neige ne connaît pas du tout la même fin chez Grimm et Disney. Pour Disney, elle tombe d'un rocher un soir d'orage. Chez Grimm, lors du mariage de Blanche-Neige, les nains la forcent à danser avec des chaussures en fer chauffées à blanc, jusqu'à la mort.

Je ne vais détailler les huit contes présents ici, mais j'ai passé un bon moment à relire ces histoires. Tout le monde les connaît, mais il est parfois intéressant de revenir à la source pour saisir comment les sociétés évoluent. Et je pense que ces différences de traitement sont loin d'être anodines.

 

Contes, de Grimm

Traduit de l'allemand

Ed. Hachette Littératures - BiblioCollège

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25 juin 2008 3 25 /06 /juin /2008 22:29

Première participation au Club des théières, lieu de rendez-vous de lecteurs (et surtout lectrices) parisiens. Pour cette première, je n'ai pas pu assisté au rendez-vous gourmand chez Fashion, mais j'ai fait mes devoirs : lire un roman qui a un rapport avec les figures géométriques. Rien dans ma bibliothèque, j'ai donc déniché ce roman à la bibliothèque municipale.

Le narrateur, journaliste dans une grande station de radio parisienne, habite la banlieue nord de Paris. Banlieue proche, mais lorsque sa maison sert de cible à un cambriolage, il décide de partir. Ayant les moyens de s'installer dans un quartier plus huppé, il prend une chambre de bonne dans le Triangle d'or, quartier parisien situé entre les Champs Elysées, l'avenue Georges V et l'avenue Montaigne. Que du beau linge ! Mais ce changement d'environnement ne se fait pas sans difficulté...

Alors que le sujet m'attirait plutôt (un changement de voisinage, le passage d'un quartier populaire à un quartier d'aristo), je suis resté sur ma faim, et suis déçu par ce roman. On sent bien qu'il n'arrive pas à se faire à ce quartier de flambeurs, où tout passe par l'apparence. Mais cela traîne, il n'y a pas de rencontres vraiment capitales. On rencontre bien quelques étrangers qui amassent autant qu'ils peuvent avant de repartir, mais tout cela est très désincarné. Il y a bien un peu d'humour, mais il reste trop superficiel.

Ce roman a une part autobiographique (l'est-il complètement ?) puisque l'auteur est journaliste à Europe 1. Mais j'ai vraiment eu du mal à entrer dans cette histoire, à imaginer ce changement social brutal. On sent vite qu'il ne s'y fera pas, et on ne va beaucoup au delà. On croise quelques vedettes du show-biz, mais l'ensemble manque de substance.

Un raté pour cette aventure autour des figures géométriques, mais je pense que mes futures rencontres avec les théières seront plus fructueuses...

 

Ma chambre au Triangle d'or, de Pierre-Louis Basse

Ed. Stock

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14 juin 2008 6 14 /06 /juin /2008 07:44

Un homme vient d’être enterré. Autour de lui sa famille proche : son frère, venu de San Francisco, sa fille Nancy et sa seconde épouse, ses deux fils,… Alors que certains rendent hommage à ce membre de la famille, d’autres ne disent rien. Car la vie de cet homme est marquée par des événements qui l’ont profondément marqué : trois mariages, dont un gâché, trois enfants, dont deux qui le détestent, et un frère vu comme un modèle inatteignable.

 

Mais surtout, cet homme a vécu sa vieillesse comme une lente déchéance, et un combat contre la maladie, qui l’a forcé à passer sur le billard tous les ans ces dernières années. Et la mort, qui l’a entouré toute sa vie, a fini par s’abattre lentement sur lui.

 

Le héros de Philip Roth est un anonyme. A aucun moment on ne connaît son nom ni son prénom, même si sa vie et sa famille sont présentées de manière très détaillée. Le fait de ne pas connaître le principal protagoniste de ce roman provoque un effet de détachement qui en rend la lecture troublante. En effet, à plusieurs moments, la voix utilisée, celle d’un narrateur omniscient, est semblable à celle du héros inconnu. Et la narration, qui mêle éléments passés et présents, qui navigue entre différents âges du héros, crée une impression de flou, alors que le roman tourne autour du même personnage principal.

 

Mais au final, la construction du roman fait apparaître une réelle unité : celle d’un homme, qui a vécu sa vie de manière insouciante, et qui en fin de vie doit combattre la maladie. Ce livre n’est pas tant un livre sur la mort, même si elle ouvre le roman, qu’un livre sur la vieillesse, la maladie et la déchéance. Ceci est notamment sensible lorsque le narrateur présente la vie du héros dans les pavillons réservés aux personnes âgées. On y sent toute la détresse du personnage principal, qui voudrait retrouver sa jeunesse mais qui sait pertinemment qu’elle est inaccessible.

 

Philip Roth, éternel nobélisable, signe un livre très émouvant, où la sensibilité affleure à tout moment. Et il ne s’éloigne pas non plus de manière radicale de ses livres précédents, dans lesquels  l’histoire des Etats-Unis tient une grande place. Les passages où il décrit le travail de bijoutier de son père m’ont fait penser à ceux qui décrivent le travail du cuir dans Pastorale Américaine.

 

Un grand livre donc que cet opus sur la maladie et la vieillesse, émouvant sans être dramatique. Et c’est là que réside la force de Philip Roth.

 

L’avis de Laiezza et celui de Thom, qui a découvert le titre de ce roman qui a fait l’objet de la dernière énigme du Biblioblog (qui je vous le rappelle, décerne à la fin du mois le prix Biblioblog 2008).

 

Extrait :

« Quand il avait fui New York, il avait élu domicile sur la côte parce qu’il avait toujours adoré nager dans les rouleaux et braver les vagues, et puis parce que cette partie du littoral était associée pour lui à une enfance heureuse ; en outre, même si Nancy ne venait pas vivre auprès de lui, il ne serait qu’à une heure de chez elle ; enfin, vivre dans un environnement relaxant et confortable ne pouvait qu’être bon pour sa santé. Il n’avait pas d’autre femme que sa fille dans sa vie. Le matin, avant de partir au travail, elle ne manquait jamais de l’appeler ; mais par ailleurs, son téléphone sonnait peu. L’affection des fils qu’il avait eus en premières noces, il avait cessé de la rechercher ; il n’avait jamais bien agi envers eux, ni envers leur mère, et, pour résister à leurs sempiternels griefs et à leur version du roman familial, il aurait fallu une combativité qu’il n’avait plus dans son arsenal. Une combativité qui avait fait place à une immense tristesse. S’il cédait, certaines longues soirées de solitude, à la tentation de les appeler, l’un ou l’autre, il en ressortait plus triste encore, et défait. »

 

Un homme, de Philip Roth

Traduit de l'anglais par Josée Kamoun

Ed. Gallimard

 

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11 juin 2008 3 11 /06 /juin /2008 20:15

"Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi" : cette phrase rythme le premier chapitre, puis revient à plusieurs reprises dans le texte. Sur toi ? Sur la mère du narrateur, qui vient de mourir. Et cette mort plonge le narrateur dans des abîmes de perplexité : que se passe t-il une fois le cercueil fermé ? Et comment vit-on avec le chagrin qui suit la mort de sa maman ?

Pour continuer, il se réfugie dans un monde où il rencontre les personnages qui pourront le soulager : le géant Jack, qui lui prête un bout d'ombre pour tenir le coup, un acacia qui tiendra compagnie à sa mère. Et peu à peu, il parviendra à prendre le dessus.

Ce roman du chanteur du groupe Dionysos est vraiment un très beau moment de lecture. Sur un sujet très délicat, Mathias Malzieu parvient par le biais du fantastique à écrire une oeuvre intime, personnelle, émouvante. L'ensemble est sensible, sans aucun temps mort, et le tout se lit d'une traite.

J'ai été touché par cette écriture, par cette autobiographie originale qui traverse tous les sentiments et toutes les périodes difficiles qui accompagnent un deuil. La rencontre avec le géant Jack, "docteur en ombrologie", permet de prendre la distance nécessaire vis à vis de l'événement fondateur du livre. On suit ainsi un jeune homme, en train de s'épanouir dans sa passion musicale, redevenir un enfant perdu dans un monde d'adulte qu'il ne comprend pas. Les réactions, pleines de force et de retenue, de son père ou de sa soeur lui paraissent ainsi surhumaines. L'incursion du fantastique permet également de faire naître des moments poétiques, comme celui où Jack fait tomber de la neige dans le jardin en plein été.

C'est vraiment un ouvrage que je recommande chaudement, car il est modeste, très personnel et aucunement voyeur. Un beau témoignage d'une période traumatisante.

On retrouve d'ailleurs Giant Jack dans la première chanson du disque de Dionysos, Monsters in love

L'avis du Biblioblog, emballé aussi par cet ouvrage.

 

Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi, de Mathias Malzieu

Ed. J'ai Lu

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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 14:55

Ce sont sept histoires de filles. De filles, parfois de femmes, des africaines du nord, dans leur pays ou immigrées, et à des époques différentes. Mais ces sept histoires ont un point commun : raconter l'enfermement de ces filles, dans la tradition, dans l'histoire de leur pays. Sept nouvelles émouvantes qui racontent chacune une histoire singulière.

Dans plusieurs nouvelles, il est question de l'honneur de la femme : que ce soit l'honneur remis en cause par la rumeur des villageoises (La fille avec des Pataugas, la fille des collines), par la prostitution (La fille et la maison close). Il est aussi question des violences faites aux femmes, physiques (La fille dans l'arbre) ou psychologiques (La fille et la photo). Leila Sebbar n'hésite pas non plus à fustiger la fermeture des femmes qui ne jurent que par la religion, le voile étant l'élément le plus important de leur vie (La fille au hijeb). Et le recueil se termine par une nouvelle plus poétique et optimiste, avec des rêves de mariage et d'évasion (La fille en prison).

Ces sept nouvelles sont aussi émouvantes les unes que les autres. On ne peut s'empêcher d'éprouver de l'empathie pour ces filles, abandonnées souvent dans un milieu hostile et qui trouvent les secours qu'elles peuvent, dans la religion ou la fuite dans le maquis (mais n’est-ce pas au fond la même chose ?). Une vraie belle découverte avec ce recueil, à la fois très poétique et très contemporain, car si certaines nouvelles sont datées, le message véhiculé par l'ensemble est universel.

Vraiment, un recueil à ouvrir sans hésitation si vous le croisez un jour.

Merci à Dédale d'en avoir parlé sur le Biblioblog, ici et , car ses billets m'ont donné envie de découvrir cet auteur, et je l'en remercie.
 

 

Sept filles, de Leïla Sebbar

Ed. Thierry Magnier

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28 mai 2008 3 28 /05 /mai /2008 11:50

Première rencontre avec Patrick Kenzie et Angela Gennaro, deux détectives privés de Boston. Patrick Kenzie reçoit du travail de la part du sénateur Mulkern. Ce dernier accuse une femme de ménage, Jenna Angeline, d'avoir dérobé des documents confidentiels. Il demande donc à Patrick de mener l'enquête pour retrouver les documents. Mais le meurtre de Jenna, et les documents découverts font que Patrick se sent obligé de poursuivre son investigation, à ses risques,et périls, et à ceux de Angela...

Quel plaisir que de se plonger dans ce livre ! On se retrouve dans une ville déjà rencontrée dans Mystic River (enfin, pour l'ordre de ma lecture, pas celui de parution), mais le traitement y est complètement différent. Les ambiances de poisse, d'humidité et de délabrement sont présentes, le thème du livre fait bien sûr penser à Mystic River, mais les deux traitements sont très différents.

Ici pointe surtout l'humour du narrateur, Patrick, et de sa comparse. Alors qu'ils se mettent dans des situations désespérées, qu'ils risquent leur vie quatre ou cinq fois dans le roman, ils ne cessent de prendre la situation au second degré. Même lorsqu'il a un revolver sous le menton, Patrick plaisante de la sucette dans la bouche de son agresseur. Certainement pour fuir la peur, mais cela rend le ton du roman très original.

Lehane est très fort pour créer des atmosphères. Ici, on y sent la peur d'être suivi, l'angoisse du gibier qui ne sait pas quel est le prédateur le plus dangereux : Socia, le leader de la bande des Saints, dont un des membres a déjà cogné Patrick ? Ou son fils de 16 ans, Roland, qui dirige la bande rivale ? A moins que ce ne soient leurs clients ou les flics qui les aident. Même ceux censés les aider ne sont guère rassurants, tel Bubba, monstre asocial fait de muscle et de peu de cervelle.

Le fait que l'histoire soit racontée par un des héros est également surprenant. Alors que je m'attendais soit à un récit à deux voix, soit à un narrateur omniscient, l'histoire est racontée du point de vue d'un des deux protagonistes. Ce qui donne au roman une patte inhabituelle pour un roman policier.

Je n'avais pas lu grand chose avant d'ouvrir cet excellent roman, et le titre peut emmener le lecteur sur de multiples pistes : roman de guerre, mais laquelle ? Et alors qu'on ne sait pas trop à quoi s'attendre, la piste suivie par Lehane est très intéressante.

Maintenant, place aux remerciements : tout d'abord, à Emeraude qui m'a offert ce livre dans le cadre du swap Noir c'est noir, lors duquel j'avais dit avoir envie de découvrir l'univers de Lehane. Merci aussi aux deux organisatrices, Stéphanie et Fashion, qui ont fait cela d'une main de maître.

Et mention aux Chats de Biblio, puisque Dennis Lehane est encore pour quelques jours l'Aristochat des mois d'avril et mai. (où se trouve même la bio de Lehane, rédigée par Thom). La critique du livre par Gaël, Laiezza, Sandrounette et Sandriiine ici, et celui de Thom et Claude . (Bah oui, chez les chats, ils font deux articles pour le même roman ! Comment gonfler les stats !)
Et également à Tamara, qui l'aussi reçu lors du swap, et qui a également aimé.

 

Un dernier verre avant la guerre, de Dennis Lehane

Traduit de l'anglais par Mona de Pracontal

Ed. Rivages - Noir

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26 mai 2008 1 26 /05 /mai /2008 10:55

Quoi de plus intéressant pour un blog qui parle de livre et de cinéma qu'un film basé sur un roman ? Et qui reçoit la palme d'or au festival de Cannes ? D'autant plus lorsqu'on connaît l'oeuvre originale (Entre les murs de François Bégaudeau) et qu'on a une affection pour le réalisateur (Laurent Cantet qui a signé le remarquable Ressources humaines, qui a permis de découvrir Jalil Lespert) ? Pas grand chose me direz-vous ? Et je suis bien d'accord.

Comme je n'ai pas le privilège d'assister aux projections cannoises, je ne peux pas vous parler du film qui n'est pas encore sorti en salles. Mais je peux vous parler du livre que j'ai lu l'an dernier, mais dont je n'ai pas parlé ici, car lu avant l'ouverture de ce blog.

Entre les murs est une fiction avec une base autobiographique. Pour être plus clair, François Bégaudeau a été professeur pendant presque dix ans en collège, et il raconte la vie d'une classe de ZEP tout au long de l'année scolaire. Bien sûr, il utilise certainement des anecdotes ou des situations vécues mais tout ceci est une fiction. Nous ne sommes pas ici en présence d'un travail documentaire ou d'un étude sociologique (pas plus que le film d'ailleurs).

Entre les murs, car l'auteur prend le parti de ne décrire que ce qui se passe dans le collège : pas de présentation des vies personnelles en dehors de ce qui se dit en salle des professeurs, les vacances ne sont considérées qu'en tant que cible à atteindre, etc. L'action se déroule donc entre salle de classe et salle des professeurs : on est dans un monde clos, parfois un peu enfermé, mais où transparaissent toutes les composantes de la société actuelle : les problèmes familiaux, sociaux, les difficultés liées au racisme,... Ce lieu, même s'il est fermé, est le réceptacle de toutes les tensions sociales.


Le narrateur est ici le professeur, qui parle alternativement de sa classe ou de ses collègues. Il est parfois distant, parfois cynique, et n'hésite pas à charrier les élèves. Pourtant, je ne peux pas dire que j'ai senti de l'antipathie de la part de ce prof vis à vis de ses élèves : j'ai trouvé qu'il avait avec eux un rapport d'adulte, qu'il n'essayait pas d'être misérabiliste. Cette forme de relation, parfois grinçante, est plutôt une façon pour le prof de se protéger face aux élèves et, pour certains d'entre eux, leur détresse sociale. En revanche, le fait de toujours identifier les élèves par leurs vêtements a un côté répétitif qui devient lassant.

Mais ce que j'ai trouvé encore plus intéressant dans ce livre, c'est la vie dans la salle des professeurs. On se rend compte que ce métier est dur, usant. Même en le prenant un peu légèrement comme ici, c'est fatigant de tenir la distance face à des classes de 25, de trouver la bonne réplique au bon moment à chaque instant. On y voit également la difficulté de travailler ensemble et surtout, j'y ai senti que Bégaudeau détruit un mythe qui a actuellement la vie dure : non, on ne devient pas enseignant par vocation. Pas plus qu'on ne devient inspecteur des impôts ou éboueur pour cette raison ! La majorité des profs qui sont là le sont pour avoir de quoi remplir la gamelle, et seraient bien ailleurs s'ils le pouvaient.

Je sais que ce livre est loin de faire l'unanimité, dans le corps enseignant notamment (je n'en fais partie mais le connaît relativement bien), mais je trouve qu'il a le mérite d'ouvrir des débats intéressants. Il ne faut pas tant y voir une aggression contre le métier d'enseignant, ou contre les enseignants, qu'une tentative de description de ce métier si particulier. Description parfois outrée, bien entendu, comme tout ouvrage de fiction. Car ce livre est avant tout une fiction, et je l'ai pris comme cela. Bien sûr, il a quelques défauts, mais ils ne sont pas rédhibitoires. Et, même si c'est une fiction, j'ai refermé ce livre avec le sentiment d'avoir appréhendé une réalité qui m'avait jusque là échappée. Ce qui est un très bon point pour un roman.

Thom en a parlé, mais il a beaucoup moins aimé (c'est peu dire !), et Sylvie avec qui je serai plutôt d'accord.

 

Entre les murs, de François Bégaudeau

Ed. Verticales

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18 mai 2008 7 18 /05 /mai /2008 19:34

Pascal Quignard, connu notamment pour Tous les matins du monde adapté au cinéma par Alain Corneau, signe ici un petit livre autour d'un problème que tout le monde connaît : le phénomène du nom sur le bout de la langue. Qu'est-ce que c'est embêtant de ne pas se souvenir d'un nom dont on s'en sent qu'on se souvient, mais qui parvient pas à être formuler. Cette sensation désagréable sert donc de trame à ce livre.

Ce livre est composé de trois parties : la partie centrale est un conte qui met en scène Colbrune, une jeune femme amoureuse d'un tailleur. Elle pourra épouser le tailleur à la seule condition de reproduire sa ceinture, une borderie d'une grande richesse. Elle désespère d'y parvenir jusqu'à ce qu'un cavalier se repose chez elle et lui offre une ceinture similaire. Mais ce don a une contrepartie : elle doit se souvenir de son nom lorsqu'il reviendra...

Ce très joli conte, qui pourrait être raconté aux enfants, et qui fait parfois pensé à Alice au pays des merveilles, est encadré par deux autres textes. Le premier présente les raisons de l'écriture de ce texte, le troisième est une réflexion sur l'oubli et la mémoire. Autant le conte est très bien écrit et agréable, autant les réflexions de Quignard sur le conte sont beaucoup plus indigestes. Ce n'est pas qu'il y dit des choses inintéressantes, c'est qu'il les dit d'une manière tellement alambiquée qu'il est difficile de le suivre.

Lors de la lecture de la troisième partie, j'ai failli lâcher le livre plusieurs fois, mais le faible nombre de pages m'a incité à poursuivre. Sa réflexion est intéressante :il y défend l'idée que le fait de ne pas se souvenir d'un nom montre bien que le langage n'est pas inné et qu'il est une construction. Il présente aussi l'angoisse qui nous saisit lors de l'oubli comme une peur de la mort, une crainte de ce qui se passera quand tout sera oublié. Mais que cela est dit de manière complexe ! Et c'est tellement complexe que j'ai du passer à coté d'un nombre innombrable de subtilités dans sa réflexion.

Néanmoins, le conte central est tellement bien écrit que je vous en conseille la lecture, même vous ne lisez pas le reste !


Voir également l'avis de Laurence.

 

Le nom sur le bout de la langue, de Pascal Quignard

Ed. Folio

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16 mai 2008 5 16 /05 /mai /2008 07:43

Je n'en ai pas parlé ici, mais j'ai eu l'occasion l'hiver dernier d'aller au Grand Palais voir l'exposition sur la peinture de Gustave Courbet, auteur entre autres de l'Enterrement à Ornans ou de l'Origine du monde. Alors que le livre de François Dupeyron consacré à la fin de sa vie, Le grand soir, attend dans ma table de chevet, j'ai lu cet ouvrage signé Jean-Pierre Ferrini.

J'ai trouvé l'idée de cet ouvrage plutôt intéressante : l'auteur est originaire de Franche-Comté comme Courbet. Il connaît donc très bien les lieux peints par Courbet, en particulier les différentes sources qui traversent ce coin du Jura. La Source de la Loue, peinte plusieurs fois par Courbet, n'a donc aucun secret pour lui. L'auteur se met donc en scène dans ce livre, et raconte quels sont les liens qui le lient à Courbet. Outre cette même provenance géographique, Jean-Pierre Ferrini n'hésite pas à expliquer en quoi la peinture de Courbet lui parle, ce qui apporte un éclairage supplémentaire par rapport à une biographie classique.

 Il expose aussi de manière très intéressante comment la vie personnelle de Courbet a eu une influence sur sa peinture : son amitié avec Proudhon, sa relative solitude dans le milieu de la peinture de la deuxième partie du XIXeme. La partie la plus troublante de la vie de Courbet, qui est l'objet du roman de Dupeyron, est également évoquée : sa participation à la Commune, et la responsabilité qui lui a été mise sur le dos de la destruction de la colonne Vendôme. On voit clairement dans cet ouvrage comment cet épisode a eu un impact funeste sur la vie du peintre.

Bien sûr, il est préférable de connaître un minimum ou d'avoir en tête les oeuvres essentielles de la peinture de Courbet pour apprécier ce texte. L'auteur y fait référence aux sources, aux deux toiles citées plus haut, mais aussi Au retour de la foire des paysans de Flagey, à ses différents autoportraits, notamment celui de la prison de Sainte-Pélagie, ses peintures de chasse ou de truite. Cela a été pour moi une très belle poursuite de l'exposition, et ce livre m'a permis de continuer à appréhender l'oeuvre de Courbet.

A noter aussi, pour ceux qui ne connaissent pas ou peu Courbet, le très bon Hors série de Télérama consacré à Courbet. Si vous pouvez y jeter un oeil, il est très bien fait. 

 

Bonjour Monsieur Courbet, de Jean-Pierre Ferrini

Ed. Gallimard - L'un et l'autre

 

Cet ouvrage fait partie de la collection L’un et l’autre chez Gallimard. Le principe des ouvrages de cette collection semble être le même que celui évoqué ici : un auteur raconte les liens avec le personnage dont il narre la vie. Je pense me pencher bientôt sur d’autres ouvrages de cette collection.

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