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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 07:31

Arnaud Cathrine, romancier, et Florent Marchet, musicien, se sont associés pour élaborer cette oeuvre qui, si elle n'est certainement pas sans antécédent, a le mérite de l'originalité : un roman musical. Plus qu'un CD habituel, Frère animal est vraiment le travail en commun de ces deux artistes, avec un livre qui donne lieu à des représentations sur scène.


La SINOC (société industrielle nautique d'objets culbuto) est l'entreprise qui emploie la majeure partie de la population de la ville. Elle est considérée comme la mère, celle qui fournit à tous les habitants, ses enfants, les moyens de subsistance. Mais certains jeunes souhaitent ne pas avoir à suivre le chemin de leurs parents, entrés par tradition chez Sinoc. Malheureusement, les velléités de Thibault, dont le père et le frère aîné sont entrés chez Sinoc, sont mal perçues. Et lorsque ne pouvant échapper à son destin, Thibault décide de se venger de cette mère nourricière, cela prend un tour qui ne permet pas le retour en arrière.


Le thème central de Frère animal est le monde de l'entreprise. Mais la grande originalité de cette œuvre est de faire de l'entreprise et du DRH les parents d'une famille composée de tous les salariés. En partant de cette filiation, les auteurs pointent la dépendance dans laquelle se trouvent les employés face à ce lieu qui est le seul endroit où travailler dans la région. Par de petites touches sont également abordés les problèmes liés aux entretiens d'embauche avec des questions étranges, ceux des stages souvent non rémunérés,...


Au sein de cette grande famille, on plonge dans la famille classique de Thibault, avec son père, son frère et sa petite amie. Tous plus ou moins liés à Sinoc, ils ne comprennent pas pourquoi Thibault cherchent à s'éloigner de ce lieu qui ne l'épanouit pas. Son père, qui concède que ce travail ne lui plaît pas particulièrement, n'envisage pas d'autre avenir pour son fils, comme si l'avenir de tous les jeunes du coin devait prendre le même chemin que le sien. La peur des livres, passe-temps préféré de Thibault que ses proches ne comprennent pas, est l'un des symboles marquants cette séparation irrémédiable entre les différents membres d'une famille (un peu comme dans ce fameux scetch des Deschiens, savoureux et beaucoup plus comique que la tonalité de ce roman musical (voir plus bas)).


Par de courtes chansons, interprétées par les différents personnages (Thibault, la mère Sinoc, le DRH, le frère ou le père), c'est un univers assez glauque qui est dépeint par les auteurs. Rien ne semble pouvoir tirer les individus hors de ce bourbier qui les attire irrémédiablement. Et le seul moyen de s'en échapper est de recourir à des actes violents et eux aussi irrémédiables.


Je ne connaissais pas Arnaud Cathrine, mais j'appréciais déjà Florent Marchet, dont on sent ici les sujets qu'il a déjà développés dans son précédent album, Rio Baril (sorte de roman musical également, glauque et passionnant), et qui est certainement l'un des jeunes artistes les plus intéressants du moment. Florent Marchet a également participé au dernier album de Clarika, dont il signe la musique des meilleurs morceaux (L'ennui, notamment, magnifique morceau). Comme dans Rio Baril, les personnages semblent condamner à suivre un chemin qui les amènera vers la chute finale.

Pour ceux que cela intéresse, Frère animal est toujours présenté sur scène, avec notamment un passage au Café de la Danse à Paris en décembre. Et Florent Marchet, en préparation d'un nouvel album, sera seul sur scène ce mardi 10 novembre au théâtre Mouffetard, à Paris.

 

En cadeau, un lien vers le sketch des Deschiens, que In Cold Blog nous a gentiment offert il y a quelques mois.

 

Frère Animal, d'Arnaud Cathrine et Florent Marchet

Ed. Verticales

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4 novembre 2009 3 04 /11 /novembre /2009 07:34

La résidence Les Conviviales, dans le sud de la France, est un lieu de villégiature pour personnes âgées qui souhaitent avoir un cadre de vie agréable pour leurs vieux jours. Avec une salle commune, une piscine et une personne chargée des animations, tout est prévu pour les premiers occupants. Martial et Odette quittent la banlieue parisienne pour s’y installer, attirés par la publicité avantageuse du lieu. Mais seuls dans ce lieu formaté, avec pour unique compagnie un gardien pour le moins antipathique et une météo exécrable, ils déchantent vite. Heureusement, de nouveaux locataires arrivent bientôt. Mais loin d’être de tout repos, Les Conviviales deviennent le lieu où tous les troubles, toutes les failles se révèlent. Jusqu’au point de non-retour…


Lune captive dans un œil mort est un roman plaisant, qui sur fond de dénonciation d’un monde de loisirs et de divertissement à tout prix, parvient à construire un univers angoissant et des personnages inquiétants. Car à partir d’une situation banale, l’installation de retraités dans ce lieu rêvé, le loufoque et l’absurde prennent vite le dessus.

Les personnages sont déjà assez gratinés. Martial et Odette, les premiers locataires, sont malheureux dans cette nouvelle installation, et leurs nouveaux voisins Marlène et Maxime, s’ils leur apportent de la compagnie, les lassent vite. Surtout que leurs caractères sont difficilement conciliables, avec Marlène qui ne cesse de vanter les mérites de son fils qui a réussi, et Odette et Martial venus d’un milieu plus modeste.

Surtout, c’est l’enfermement de ces personnages qui est à l’origine de la force du roman. Ce huis clos (on ne sort jamais de la résidence, et l’extérieur n’est constitué que de dangers, comme ces gitans installés au bord de la route) est rendu encore plus inquiétant par la présence de Mr Flesh, le gardien patibulaire. Cet isolement favorise l’apparition des troubles jusque là refoulés, et les plus bas instincts, comme l’homophobie et le racisme, prospèrent. La tension monte jusqu’au moment où la lune brille dans un œil mort, prélude à la fin de la résidence…

Livre plaisant donc, dans lequel l’humour est présent. De plus, Pascal Garnier n’hésite pas à aller au bout de son intrigue et de l’absurde, en poussant à son paroxysme la folie des personnages. Seule réserve, mineure : la systématicité à trouver chez chacun un trouble, car le procédé est un poil trop visible. Mais vraiment, c’est pour pinailler !

 

Lune captive dans un oeil mort, de Pascal Garnier

Ed. Zulma

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31 octobre 2009 6 31 /10 /octobre /2009 07:16

J'ai lu et entendu beaucoup de très bonnes choses sur Pierre Michon. Et comme je suis curieux face aux critiques élogieuses, j'ai jeté mon dévolu sur le dernier opus de l'auteur, Les Onze. Dans ce roman, Pierre Michon raconte l'histoire d'un tableau représentant les onze membres du Comité de Salut Public, aujourd'hui exposé au Louvre. A travers ce tableau, il retrace non l'histoire sanglante du Comité en question, dont faisaient partie, entre autres, Robespierre et Saint-Just, mais celle de sa conception, ainsi que la vie du peintre, François-Elie Corentin.


Ce tableau, imaginaire (car, oui, ce tableau n'existe pas !), est pour Michon un prétexte pour décrire la vie de François-Elie Corentin, peintre fils d'un homme de lettres, lui-même fils d'un Limousin ayant fait fortune grâce à l'écluse qu'il a construit sur la Loire. La première partie du roman est d'ailleurs centrée sur cette histoire familiale, cette filiation. Le tableau des Onze n'apparaît que bien plus tard, et ne sera jamais vraiment détaillé. Les membres du Comité restent des ombres, assez inquiétantes, qui seront constamment dans la pénombre, soit celle du tableau où selon l'angle de vue, tel ou tel personnage disparait, soit dans la vie réelle. Bien entendu, Michon en profite pour retracer rapidement les grandes lignes des fractures historiques de cette époque (robespierristes, hébertistes ou partisans de Danton)


Si le roman raconte l'histoire de ce tableau, il ne revient pas très longtemps sur les conditions de production, sur la manière dont Corentin a réuni (ou pas) les membres du Comité, mais plutôt sur les conditions du passage de la commande. Ce passage est d'ailleurs celui que j'ai trouvé le plus réussi. Corentin a rendez-vous avec un Comité local dans une ancienne église, et l'ambiance que décrit Michon, avec les cloches au sol prêtes à être fondues ou les chevaux présents dans les stalles, est tout à fait saisissante et inquiétante.


Michon convoque Michelet, et le fait justement disserter sur ce tableau (imaginaire, je vous le rappelle), en remettant en cause le commentaire qu'en a fait le grand historien du XIXeme Siècle. Il pousse ainsi à son paroxysme le fait qu'il invente le tableau, en déépassant la simple phase de conception et en jettant un oeil sur les commentaires qui ont pu en être faits. 


Livre extrêmement écrit, parfois ardu dans son approche et pas toujours immédiatement intelligible, Les Onze m'a tout de même laissé une impression positive. Ce n'est pas un roman dont on tourne les pages à toute allure, ni un essai théorique sur ce tableau. C'est une œuvre hybride, qui joue avec le lecteur, mais sans le prendre pour un imbécile. Un texte intrigant, que je vous invite à essayer (mais je ne peux garantir qu'il va plaire (Oui, je sais, ce n'est pas très vendeur)).


Ce roman vient de recevoir (c'est un hasard, je le jure) le Grand Prix de l'Académie Française.

L'avis de Yv

 

Les Onze, de Pierre Michon

Ed. Verdier

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29 octobre 2009 4 29 /10 /octobre /2009 07:34

Le marshall Teddy Daniels est amené à enquêter, avec son coéquipier Chuck Aule, sur Shutter Island. La raison de cette enquête : l'évasion de Rachel Solando de l'institut situé sur l'île, sorte d'hôpital psychiatrique où se concentrent les cas les plus lourds connus aux États-Unis. Mais rapidement, cette simple enquête sur une évasion prend une tournure étrange pour les deux marshalls, qui se demandent quelle est la véritable raison qui les a menés là...


Voilà un livre magistral signé Dennis Lehane. Avant ce roman, j'étais déjà un convaincu de Lehane, auteur aux facettes multiples mais toujours intéressantes. Mais je pense que Shutter Island est le meilleur des romans que j'ai lu de cet auteur.


La force de ce roman, outre l'intrigue que je vous laisse découvrir plus avant pour ne rien dévoiler, tient au paysage dans lequel se déroule cette aventure. Shutter Island est un bout de rocher situé au large de Boston, oublié par tous sauf par les médecins, le personnel soignant et les malades qui y vivent. Alors quand deux intrus débarquent, c'est un peu le branle-bas de combat. Dans cet univers hostile, où personne ne veut collaborer avec la police, la difficulté pour les deux policiers est amplifiée par les conditions climatiques, puisque l'île est victime d'un ouragan qui détruit une grande partie des installations.


C'est dans ce décor mouvant, insaisissable et inquiétant que Teddy Daniels mène une enquête dont il sent que les véritables enjeux lui échappent. De plus, les témoignages qu'il entend de la part des malades le mettent mal à l'aise. Les confrontations face à des personnes ayant perdu tout sens des réalités sont éprouvantes pour Daniels, qui a vécu divers traumatismes dans sa vie. Il va peu à peu sombrer dans la paranoïa, voyant un complot dans toutes les actions menées par le docteur Cawley et le directeur, personnage énigmatique et inquiétant qui passe comme une ombre.


Roman très efficace, à l'intrigue extrêmement réussie, qui laisse le lecteur pantois à la fin de la lecture. Dans un genre plus classique que les autres livres que j'ai pu lire de Lehane, il n'empêche pas une petite réflexion sur la psychiatrie et les débats sur les différentes formes de traitements (pharmacie contre psychologie), puisque l'intrigue se déroule dans la première partie des années 50. Vraiment un livre à découvrir, et si vous n'en lisez qu'un de Lehane, prenez celui-ci (je suis presque sûr que vous y reviendrez par la suite !).


L'avis de Thom, de Gaelle

Autres romans de Dennis Lehane : Mystic River, Un dernier verre avant la guerre, Un pays à l'aube

 

Shutter Island, de Dennis Lehane

Traduit de l'anglais par Isabelle Maillet

Ed. Rivages

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20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 07:03

Vittorio Alberto Tordo est un écrivain italien, reconnu dans son pays. Au cours de sa vie, il a pris part aux différents événements qui ont secoué sa patrie, en particulier la Grande Guerre, ainsi que l'arrivée au pouvoir de Mussolini. Non seulement il a suivi ces mouvements, mais il y a participé activement. Il est ainsi rédacteur d'une tribune demandant de prendre les armes en 1914. Mais arrivé à la fin de sa vie, il réalise que son œuvre n'est pas représentative de l'évolution de sa pensée, et qu'il n'est pas considéré comme il devrait l'être. Surtout, des moments éprouvants, dont il n'a jamais parlé dans ses romans, refont surface et lui font éprouver des remords, liés au fait de ne pas avoir su exorciser ces pensées douloureuses...


Me voici bien embêté pour parler de ce roman. Car je suis, comme qui dirait, partagé...


Commençons par les aspects positifs. Cette autobiographie d'un intellectuel en fin de vie, qui fait le bilan de son engagement militant en tant qu'intellectuel, est originale. Il refait le point sur ses prises de position, ce qui permet de retracer rapidement la vie politique italienne du début du XXeme siècle. De l'engagement militaire à l'arrivée de Mussolini, en passant par les différentes phases du facisme italien, notamment son rapprochement avec le nazisme.


Un autre point positif est celui lié au traumatisme originel, d'abord esquissé dans le roman, et qui va prendre un poids de plus en plus important dans l'intrigue, pour finalement servir de conclusion à cet ouvrage, Tordo étant totalement obnubilé par cet épisode jugé aujourd'hui douloureux, mais qu'il a assumé lors des faits.


Mais il y aussi toute une réflexion qui si elle n'est pas nouvelle n'en reste pas moins intéressante sur la place des livres, et notamment leurs reprises médiatiques. Les critiques et commentateurs voient dans les livres de Tordo ce qu'il n'a pas voulu y mettre, et inversement. Il y a notamment cette phrase, que je trouve très percutante : « Et mon roman ne l'a pas dit, puisque personne n'a dit qu'il le disait ».Par cette simple assertion, l'auteur renvoie le lecteur à sa position, mais indique également qu'il n'est pas dupe de l'avenir d'un roman, qui peut (lieu commun) échapper à son auteur.


Mon problème par rapport à ce livre est lié au postulat initial : un homme, belliciste et clairement fasciste, fait le point sur sa vie, et éprouve des remords. Bien sûr, il n'a pas été toute sa vie un ardent défenseur de Mussolini, mais pas dans un sens gauchiste : il indique bien qu'il aurait voulu que le régime soit plus strict et autoritaire qu'il ne l'a été (ce qui a été compris comme une critique de ce régime, mais pas dans le bon sens). C'est cette évolution qui m'a paru artificielle : un homme qui défend des thèses autoritaires, et qui se retrouve hanté par un démon de son passé, est selon moi un paradoxe indépassable. J'ai peut-être une vision tronquée, mais les parcours vont généralement vers un autoritarisme accru l'âge venant que l'inverse. J'ai donc eu du mal à situer ce personnage, qui éprouve des sentiments contradictoires avec les thèses qu'il a défendues, et qu'il défend toujours.


Au final, ce ne fut pas une lecture désagréable, elle a pris de l'ampleur au fil des pages, mais les remords du personnage principal sont trop fictionnels pour pouvoir me toucher et me faire entrer en empathie avec Tordo. Il me reste donc un arrière-goût que je n'arrive pas à faire disparaître, malheureusement.

Livre proposé par Goelen dans le cadre de la chaîne des livres, il prend le chemin de chez Virginie...

 

Morts et remords, de Christophe Mileschi

Ed. La fosse aux ours

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14 octobre 2009 3 14 /10 /octobre /2009 07:34

Après une première rencontre ratée avec cet auteur, puis une séance de rattrapage qui a largement compensé ce départ manqué, voici mon troisième rendez-vous avec Lyonel Trouillot. Et par bonheur, il a fait pencher la balance du bon côté !


Mathurin D. Saint Fort est un haïtien qui a réussi. Il a passé sa vie dans un petit village rural, et a réussi à devenir un avocat renommé à Port-au-Prince. Pour arriver à ce sommet, il a peu à peu oublié d'où il venait, et s'est habitué aux conditions d'existence privilégiées qui lui sont offertes, à lui et ses collègues. Mais l'arrivé inopportune de Charlie, qui l'appelle par le prénom utilisé au village, Dieuthor, rompt le charme et la bulle dans laquelle s'est enveloppée l'avocat. En hébergeant Charlie, en écoutant son histoire et en l'aidant, il replonge dans cette vie qu'il a tout fait pour oublier, et ce contre son gré...


Comme pour les précédents romans, l'intrigue de Yanvalou pour Charlie se situe à Haïti. En l'occurrence, plus précisément entre la capitale et la campagne, lieu de tous les dangers, où les peurs s'expriment et où le moindre événement inattendu peut tourner au drame. C'est d'ailleurs ce qui se produit dans cette histoire : en voulant aider Charlie, Mathurin / Dieuthor se trouve confronté à une situation imprévue, et ses souvenirs l'emmènent bien plus que loin que là où voulait l'amener Dieuthor, auprès de Anne notamment, son premier amour.


J'ai retrouvé, avec ce roman, ce qui m'avait beaucoup plu dans Bicentenaire, et le trouble qui avait pu me saisir à la lecture de L'amour avant que j'oublie, sans les aspects désagréables que j'avais alors ressentis. L'aspect social de ce roman est indéniable, et l'apport de ce roman est justement la confrontation de deux mondes que tout oppose, et ce à travers le même personnage aux deux prénoms. Cette dichotomie que ressent Mathurin / Dieuthor est celle de quelqu'un qui a réussi en faisant abstraction de son passé, comme s'il n'existait pas. Malheureusement, comme souvent, celui-ci ne se prive pas pour vous sauter à la figure dès qu'il en a l'occasion, et souvent quand on ne s'y attend pas. C'est ce retour en arrière, cette mise à l'épreuve de Dieuthor qui est le coeur du récit.


Et il y a le style de Trouillot, sa manière de raconter. On sent la poisse qui envahit le monde des misérables voyous de Charlie, on est plongé dans les bas-fonds de cette ville, qui puent et dans lesquels les individus sont obligés de vivre. Et puis il y a ces passages où le lecteur avance dans le récit sans trop savoir où il est, avant de peu à peu rassembler les éléments. Ce procédé, qui m'avait perdu dans L'amour avant que j'oublie, est ici surtout utilisé dans la troisième partie, et cela lui donne toute son intensité. Les personnages n'ont plus de prénom, ils sont présentés physiquement, et le lecteur se démène pour renouer les fils de l'intrigue, qui deviennent de plus en plus solides.


Le personnage de Mathurin est le coeur du récit, mais les camarades de Charlie, Nathanael et ses acolytes, occupent une place centrale dans l'intrigue. Car ce sont leurs petites magouilles qui sont à l'origine du retour de Mathurin dans ce passé honni. Il y a également la figure du père Edmond, qui s'occupe d'un centre où sont recueillis les orphelins et enfants abandonnés, dont a fait partie Mathurin. C'est par ses souvenirs que Mathurin est mêlé à cette histoire et renvoyé à ses racines...


Bref, un très opus de Lyonel Trouillot, qui confirme que j'ai bien fait de lui donner une seconde chance (il faut dire qu'il avait de très bons défenseurs !)

Les avis de
Dédale (Biblioblog), Mango, Chiffonnette

Autres romans de Lyonel Trouillot :
L'amour avant que j'oublie, Bicentenaire

 

Yanvalou pour Charlie, de Lyonel Trouillot

Ed. Actes Sud

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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 07:36

Geoffrey Braithwaite est un médecin anglais, épris de Gustave Flaubert. Lors d’une visite en Normandie, il se rend à Rouen et Croisset, l’habitation de l’auteur de L’éducation sentimentale. Mais cette visite sème le trouble chez le visiteur. Il découvre à l’hôtel Dieu de Rouen un perroquet empaillé, qui aurait inspiré Loulou, celui d’Un cœur simple. Mais à Croisset, un second perroquet empaillé est présenté comme étant celui que Flaubert loua au muséum d’histoire naturelle pour servir de modèle. Ceci est le point de départ d’une enquête qui dévoilera des aspects méconnus de la vie de Flaubert.

 

Avant que Philippe Doumenc n’invente une suite à Emma Bovary, Julian Barnes signe avec Le perroquet de Flaubert une bien troublante et stimulante biographie iconoclaste et fictionnelle de l’auteur. En une quinzaine de chapitres, Barnes tente de circonscrire la personnalité de cet auteur mystérieux. Il convoque par exemple plusieurs chronologies de la vie de Flaubert, qui le présentent de manière très différente selon l’angle choisi : soit très sage, soit quasiment libidineux. Ou bien il scrute les différentes références animalières qui jalonnent l’œuvre flaubertienne, pour dessiner un portrait bestial de l’écrivain qui se décrivait lui-même comme un ours.

 

Braithwaite (ou Barnes, car c’est parfois assez compliqué de choisir) a une telle attirance pour Flaubert qu’il en arrive à pasticher son dictionnaire des idées reçues : de Achille, frère aîné de Gustave, à Zola, Emile, chaque entrée du dictionnaire permet d’appréhender un peu mieux l’auteur. Mais la parole est également donnée à Louise Colet, le grand amour de l’auteur, qui raconte sa vision des choses, ou à un professeur américain qui dit avoir brûlé les lettres de Juliet Herbet, une maîtresse présumée de l’auteur.

 

Chaque chapitre est une approche originale, qui rend ce roman très riche. Celui que j’ai préféré est celui qu’il consacre aux yeux d’Emma Bovary, en remettant en cause une critique britannique qui a un peu vite déduit de différents extraits que Flaubert avait peu de suite dans ses idées, arguant du fait que les yeux d’Emma changent de couleur dans le roman. En reprenant les extraits dans leur globalité, Barnes montre que Flaubert ne change pas d’avis sur la couleur des yeux de son héroïne, et renvoie la critique à ses chères études..

 

Le perroquet de Flaubert, malgré sa forme particulière est bien un roman. Cette forme biographique, si elle utilise beaucoup de textes ou de citations, que ce soit les romans ou les lettres de Flaubert, n’empêche pas Barnes d’inventer des histoires, de supposer, de supputer. Ce qui fait que le lecteur ne sait jamais trop quelle est la part de vérité du texte, d’autant que la limite entre le narrateur et l’auteur est certainement assez peu étanche.

 

Un livre très plaisant que cette digression normande en compagnie de Gustave, qui met en avant les qualités d’écrivain de Julian Barnes. Une découverte intéressante et intrigante, et qui donne envie de se plonger dans L’éducation sentimentale ou Salammbô.

 

Extrait :  

 

« L’OURS

 

Gustave était l’ours. Sa sœur Caroline était le Rat – elle signe elle-même « ton cher rat », « ton rat fidèle » ; il l’appelle « petit rat », « ah ! rat, mon bon rat, mon vieux rat », « vieux rat, vieux coquin de rat, mon bon rat, mon pauvre vieux rat » - mais Gustave était l’Ours. Quand il n’avait que vingt ans, les gens trouvaient que c’était « un drôle d’original, un ours, un jeune homme, comme il n’y en a pas beaucoup » ; et avant même sa crise d’épilepsie et sa réclusion à Croisset, l’image s’était imposée d’elle-même : « Je suis ours et je veux rester ours dans ma tanière, dans mon antre, dans ma peau, dans ma vieille peau d’ours, bien tranquille et loin des bourgeois et des bourgeoises ». Après sa crise, la bête s’est confirmée en lui : « Le vis seul comme un ours (Dans cette phrase, le mot « seul » est défini ainsi : « seul, sauf pour mes parents, ma sœur, les domestiques, notre chien, la chèvre de Caroline, et les visites régulières d’Alfred Le Poittevin ».) »

 

Billet déjà paru sur Biblioblog.

 

Le perroquet de Flaubert, de Julian Barnes

Traduit de l'anglais par Jean Guiloineau

Ed. Stock - La Cosmopolite

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6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 08:04

Antoine, 42 ans, vient de se séparer de sa femme, qui a conservé la garde des enfants, Mathilde et Léo. Devant cette remise en question, Antoine décide de prendre les choses en main : il va se débarrasser de tous les objets qui encombrent son passé lors de la brocante (par chez moi, on ne dit pas vide-grenier). Mais voir ces objets le quitter ne le laisse pas insensible, et les souvenirs lui reviennent par bouffées. Mais chacun trouve un nouvel acquéreur, avec qui il vivra une nouvelle vie…

 

L’inventaire dont il est question dans le titre est celui de cet homme, professeur d’anglais qui ne sait plus trop quelle direction doit prendre sa vie. Croyant faire le ménage dans sa vie, il réalise que son passé lui colle plus à la peau qu’il ne l’imaginait. Les boucles d’oreille, achetées lors du dernier voyage organisé avec ses amis du lycée, ou le livre qui est indirectement à l’origine de sa rencontre avec Annick, la libraire chez il fut embauché et dont il s'est épris, le plongent dans un passé quasi oublié mais qui l’émeut toujours. La couverture jaune rappelle des souvenirs moins heureux, comme ce cadre rouge en bois peint qui évoque le poids de la famille et le départ de son épouse. Les souvenirs liés au hamac m’ont moins touchés. Le stylo plume à fines dorures le renvoie à son statut de père (ou presque).

 

Au moment où le lecteur ressent une forme de systématicité dans le procédé romanesque, Blondel a la bonne idée de changer son point de vue. Les objets vendus sont maintenant non plus vus par le vendeur, mais par l’acquéreur. Les conditions d’achat, souvent très éloignées de l’objet lui-même, sont racontées au lecteur, qui se plonge avec plaisir dans cette nouvelle relation, beaucoup plus sentimentale que matérielle.


Quatrième roman de Jean-Philippe Blondel, Un minuscule inventaire permet à l’auteur de raconter par le biais d’objets l’histoire d’Antoine, quadragénaire perdu dans cette vie qu’il a accepté presque sur un coup de tête, pour suivre Anne, son épouse. Plutôt que de narrer uniquement l’histoire de ce personnage, les objets ouvrent des portes sur les gens qui l’entourent, et permettent de manière détournée d’encore mieux connaître Antoine.

 

Un minuscule inventaire est donc un roman tout à fait intéressant, qui est je trouve une bonne introduction au merveilleux roman suivant de Blondel, Passage du gué.

 

Lecture commune avec Bladelor, Abeille et Karine

 

Les avis de Amanda, Laurence, Les Chats, Restling, Clochette,  et d’autres…

 

Autres romans de Jean-Philippe Blondel : Passage du gué, Accès direct à la plage

 

Un minuscule inventaire, de Jean-Philippe Blondel

Ed. Pocket

 

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2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 07:52

Les nuits  blanches est un court roman à l’intrigue assez simple : un jeune homme, romantique et qui se définit comme un rêveur, rencontre par hasard dans les rues de Saint-Petersbourg une jeune femme seule. Ils passent la nuit à discuter et se reverront, lors d’autres nuits blanches. Mais alors que le jeune homme est amoureux depuis la première minute, la jeune femme tombe doucement amoureuse de cet inconnu car son amant, qu’elle attend, ne vient pas. Jusqu’à son retour, où elle tombe dans ses bras.


Ce petit opus de Doistoievski est un roman d’amour, pour la vie nocturne qui permet aux êtres de se dévoiler, mais aussi entre les deux personnages, qui se découvrent, échangent, se rapprochent pour finalement se séparer. Le jeune homme, qui dans une longue description se présente comme un rêveur, un être qui voit le réel d’une manière particulière, est celui qui attire le plus de pitié pour le lecteur. Seul, abandonné, presque malade, cette relation nocturne avec cette inconnue est pour lui un point d’accroche important. Elle, plus distante, attend désespérément celui qu’elle aime et qui ne vient pas. Elle se berce d’illusions, et entraîne avec elle son interlocuteur, pris dans des fantasmes qu’elle brisera sans aucun scrupule.

 

Les nuits blanches sont donc l’occasion le lecteur de suivre ce couple provisoire, dont la relation ne survivra pas à l’irruption d’un tiers, qui n’a pas à beaucoup agir pour disloquer le duo. Petit roman de jeunesse de Dostoievski,  il permet une entrée en douceur dans l’œuvre de l’auteur, avant de se plonger dans les sommes qui ont fait sa renommée.

 

A noter que ce roman a servi de base à James Gray pour son dernier film, Two lovers.

 

Les nuits blanches, de Fedor Dostoïevski

Traduit du russe par André Markowicz

Ed. Babel

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25 septembre 2009 5 25 /09 /septembre /2009 07:21

Le président Onni Rellonnen, directeur d’entreprises qui tombent les unes après les autres en faillite, a décidé de se suicider. Il profite de l’euphorie des fêtes de la Saint-Jean pour se retirer dans sa maison de campagne, et a choisi une grange abandonnée pour commettre l’acte final. Malheureusement, la place est déjà prise : un militaire, le colonel Kemppainen, a également choisi cet endroit pour se pendre. Rellonen, pris de pitié, le sauve. Les deux compères décident alors de monter un grand symposium qui réunirait tous les suicidaires de Finlande. Suite à cette réunion, une poignée d’entre eux décide de passer à l’acte, en se jetant du haut des falaises du Cap Nord, en Norvège…

 

Petits suicides entre amis est un livre qui est symbolique de l’œuvre de Paasilinna : un sujet pas forcément facile, voire glauque, mais un humour ravageur. Cette bande de bras cassés, tous usés par la vie, défaits, ne croyant plus en rien, inspire au lecteur non pas de la pitié, mais une irrépressible envie de rire, de se moquer des travers de ces finlandais insatisfaits, qui sont ceux de nombreux occidentaux.

 

Le début du roman est l’aspect le moins réjouissant : une fête de la Saint Jean où on se consacre aux idées de suicidaires qui fuient la foule pour se vaquer à leurs occupations dans un coin retiré. Mais rapidement, les situations s’enchaînent, toutes plus cocasses et drôles que les autres.  Autour du lac où habite Rellonnen, les habitants ont pris l’habitude de jeter à l’eau des bouteilles à moitié vide, retrouvées plus tard par les habitants de l’autre rive qui feront de même.  Ensuite, le colloque est un moment de drôlerie, tout comme le trajet à bord de la Flèche d’Argent, qui emmène nos candidats au suicide en Norvège, Suède, Allemagne, France, Suisse et Portugal.

 

On s’attache à cette bande de joyeux suicidaires, de la directrice adjointe qui vivra une histoire d’amour à l’éleveur de rennes aux intentions pas très nettes, en passant par le serveur à l’optimisme forcené, intéressé par l’aventure mais qui n’a pas l’intention de se suicider. Les différents voyageurs vont d’ailleurs, au gré de leur voyage, voir disparaître leurs intentions premières. Voyage agrémenté par une bataille rangée avec des hooligans bavarois, ou la perte de trois finlandaises dans les vignobles alsaciens qui manque de créer un incident diplomatique franco-finlandais.

 

Paasilinna réussit à atteindre son objectif : faire sourire avec un sujet difficile. Un roman plaisant, divertissant, qui ne brille pas nécessairement par son style, mais qui met en valeur les situations.

  

Ce roman a remplacé, dans ma chaîne des livres, La douce empoisonneuse, du même auteur. Livre lui aussi plaisant, au ton assez proche dans lequel Paasilinna fait rire d’une vieille dame menacée par une bande de voyous dont elle parvient à se débarrasser…

 

Petits suicides entre amis, d'Arto Paasilinna

Traduit du finnois par Anne Colin du Terrail

Ed. Folio

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