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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 18:00

severe.jpgLa mort d'Edouard Stern, banquier français, avait défrayé la chronique en 2005. Il avait été retrouvé tué de plusieurs balles, couvert d'une combinaison en latex. C'est ce fait divers qui a inspiré Régis Jauffret pour son roman Sévère.

 

Jauffret a suivi pour le Nouvel Observateur le procès de la meurtrière de Stern, la maîtresse du banquier. Il prend comme figure de son roman cette maîtresse et son amant, et raconte leurs jeux érotiques et la relation qu'ils ont noué. Que Jauffret s'empare d'un sujet pareil est assez peu surprenant. Il  aime bien les personnages décalés, qui ont des attitudes hors norme. Et son goût pour la narration de scènes érotiques était également un point positif. Ce qui est surprenant, c'est le traitement qu'il en fait. L'écriture et la narration sont en effet très sobres, et les scènes de jeux érotiques ne sont que rapidement évoquées. Un peu comme si Jauffret n'avait pas eu besoin d'en rajouter, tellement les faits relatés étaient extraordinaires et éloquents. Du coup, il se concentre sur la jeune femme, qui prend en charge le récit. Elle raconte le début de cette histoire, comment elle en est arrivée à le tuer et pourquoi elle a tenté de fuir. Le récit est chronologiquement décousu, mêlant des scènes précédent et suivant le meurtre, mais tout à fait intelligible. 

 

On sent que Jauffret est très intéressé par le personnage de cette femme, avec un amant possessif, brutal, un mari lâche ou compréhensif, on ne sait pas trop. Il décrit le plaisir qu'elle prend à cette relation de domination entre elle et ce banquier et la jouissance qu'elle y trouve. Sévère est un roman que j'ai trouvé, malgré le sujet, assez facile à lire, car Jauffret reste très sobre, presque clinique. Et du coup, j'ai perdu de vue ce qui me marque d'habitude chez Jauffret, son outrance, ses comparaison osées parfois scabreuses et son goût de la provocation. Un peu comme si la réalité avait bridé son imagination. A noter que Jauffret avait à l'époque de la parution du livre fait face aux attaques de la famille de Stern, alors qu'il précise dans un préambule que cette histoire n'est qu'une fiction et qu'il faut la lire comme telle. Un avertissement insuffisant.

 

une-histoire-damour.jpgC'est de ce roman qu'Hélène Fillières s'est inspiré pour signer son premier film, Une histoire d'amour. On retrouve dans les rôles principaux Benoît Poelvoorde en banquier, Laetitia Casta en maîtresse et Richard Borhinger en mari. Le film est assez fidèle au roman, notamment dans la construction chronologique. Les acteurs sont assez bons dans leur registre, en particulier Poelvoorde dans une composition assez loin de ces rôles les plus connus. Mais le film manque de nuance. Car là où Jauffret met en avant la préméditation du meurtre, Hélène Filières laisse l'ambiguité. De même, le personnage de la femme est assez mal traité. On ne ressent jamais, dans le film, quel est le plaisir qu'elle trouve dans cette relation parfois source de violence. Ce n'est pas une victime, mais on ne comprend pas vraiment ses motivations. Enfin, le défaut principal du film est à mon sens un abus des effets de stylisation, avec ralentis ou gros plans très visibles. C'est d'autant plus dommage qu'elle avait choisi un décor neutre, froid, très géométrique, et qu'elle n'en utilise pas toutes les potentialités. Un premier film un peu décevant, donc.

 

Sévère de Régis Jauffret

Ed. du Seuil

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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 18:18

comme-au-cinema.jpgMêler la chronique judiciaire et le monde du cinéma n'est pas forcément chose aisée. Sauf si on considère que le travail d'avocat est proche de celui de comédien. C'est ce que fait Hannelore Cayre dans cette fable judiciaire drôle et enlevée. 

 

Le décor est assez original. L'intrigue se joue entre Chaumont, où se situe le tribunal, et Colombey-les-deux-églises, connue pour son mémorial consacré à de Gaulle. L'auberge, habituée à accueillir les vedettes de passages, rassemble les acteurs du procès d'Abdelkader Fournier, qui se tient à Chaumont, et les acteurs venus pour le festival Résistances. Jean et Anne Bloyé ont en effet pour mission de défendre Fournier, braqueur de plusieurs banques qui a refusé de dénoncer ses acolytes et qui passe pour un homme gentil et simple. Malheureusement, il va devoir se frotter au Président Anquetin, réputé pour son bon goût de fourchette et son intransigeance, en particulier envers ceux avec un nom à consonance étrangère.

 

En même temps se déroule un festival de cinéma avec pour invité principal Etienne Marsant, ancienne vedette adulée par les plus âgées, aujourd'hui reclus en Suisse aux côtés d'une femme qu'il cherche à fuir à tout prix. Le personnage fait indéniablement penser à Gérard Depardieu, par son physique et son évolution de carrière. Marsant s'ennuie donc un peu, flirte avec la serveuse de l'hôtel qui cherche à oublier une histoire d'amour terminée.

 

Ces deux mondes peuvent donc sembler éloignés. Mais dans une zone rurale, où les personnes les plus influentes fréquentent les mêmes lieux, il est facile de se rencontrer. C'est Jean Bloyé, l'avocat, obnubilé par le nombre de vues de la vidéo d'Augusteen Granger sur Internet (pourquoi cacher sous un pseudo peu efficace Justin Bieber), qui lance la grande idée : mélanger, au tribunal, le monde judiciaire et le monde du spectacle. C'est selon lui le meilleur moyen pour mettre en défaut le Président et se mettre les jurés dans la poche.

 

Le roman est visiblement bien documenté sur le plan judiciaire. Il faut dire que son auteur est avocate pénaliste. Elle réussit néanmoins à sortir de la rigidité et du formalisme de l'institution judiciaire pour y introduire de l'humour, des touches de drôlerie. Ainsi, elle signe un joli morceau de bravoure littéraire au moment du choix des jurés, où elle donne à lire les pensées d'Anne Bloyé qui explique les raisons des acceptations et récusations. C'est un roman très agréable, qui fait sourire avec une galerie de personnages bien campés.

 

Comme au cinéma d'Hannelore Cayre

Ed. Métailié

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 09:11

le-metro-est-un-sport-collectif.jpgLe métro parisien est l'un des endroits où l'on rencontre le plus de lecteurs. Il est vrai que se plonger dans un livre est un bon moyen de passer le temps subi des transports. Pourtant, il est parfois intéressant de jeter un œil autour de soi, pour saisir les originalités des autres voyageurs ou des situations inattendues. C'est ce qu'a fait Bertrand Guillot et qui lui a permis de rédiger ces chroniques de métro.

 

Bertrand Guillot prend la main du lecteur et l'emmène dans les couloirs et les rames du métro parisien. Il lui présente les personnes qu'il a rencontrées et dont il fait le portrait : des musiciens ou des personnes en détresse qui tentent de récupérer quelques pièces de monnaie, des femmes sur qui ils se retournent,... Parfois, il assiste à une scène violente, gratuite, qui détonne dans le milieu souvent anonyme et solitaire du métro.

 

C'est d'ailleurs contre cette solitude et cet isolement que combat l'auteur. Comme l'indique le titre, pour lui, le métro est l'endroit parfait pour faire des rencontres et pour découvrir des habitudes souvent inconnues. Ainsi, beaucoup de ses trajets se terminent au bout de la ligne 4, du côté de la Porte de Clignancourt et du XVIIIe arrondissement. Il y côtoient des jeunes qui tentent de faire les poches des voyageurs, des familles qui rentrent chez elles. C'est une vision très multiculturelle de la société qui fréquente le métro.

 

L'autre moyen de découvrir le monde par le métro est de côtoyer les touristes. C'est l'occasion de se rendre compte de la vision qu'ont les étrangers de la France. Un extrait d'un guide touristique anglais est d'ailleurs là pour indiquer que "Pardon" est le mot le plus important dans ce petit monde. Bertand Guillot profite également de quelques chroniques pour remercier certains chauffeurs qui font preuve de bonne humeur ou d'épingler les messages accusateurs sur les retards ou la publicité omniprésente.

 

Pour un habitué des transports en commun parisien, ce recueil de chroniques est un bon moyen de replonger dans ce monde très particulier. Car, en France, aucun système de transport en commun urbain n'a la dimension et la spécificité du métro parisien. Quatorze lignes, de multiples changements possible et un monde fou, avec qui on est parfois très proche, d'autres fois plus éloignés. Ce n'est pas forcément d'une très grande originalité, c'est parfois une vision très masculine (il y a un très grand nombre de portraits féminins) mais c'est une lecture très divertissante et agréable.

 

Le métro est un sport collectif de Bertrand Guillot

Ed. rue Fromentin

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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 09:00

pike.jpgPike est un très bon exemple de roman noir. Il y a des meurtres, des armes à feu, des bagarres, de l'alcool et un mystère à élucider. Mais le plus important n'est pas tant la résolution de l'intrigue que l'ambiance qui règne dans l'ouvrage. Ici, c'est bien cette dernière, poisseuse, glauque et violente, qui fait l'intérêt du roman.

 

Comme souvent, dans les romans noirs, on retrouve un flic. Ici, il s'agit de Derrick Krieger, un type odieux qui est poursuivi par toute la ville car il est à l'origine d'émeutes urbaines dans les quartiers : il a abattu un jeune noir qu'il embauchait pour ses trafics. Il a également un intérêt malsain pour une petite fille de douze ans. Sa mère, Sarah, vient d'être retrouvé morte. Le père de Sarah, Pike, un ancien truand, décide de faire la lumière sur la mort de sa fille. Assisté de Rory, son ami, il se met à la recherche des connaissances de sa fille qu'il avait perdu de vue. Mais il n'oublie de protéger sa petite-fille des mauvaises intentions de Krieger.

 

L'intrigue est un peu complexe, et les protagonistes sont très nombreux : on croise des prostituées, amies de Sarah. Le jeune Bogey, une tête brûlée qui ne jure que par l'héroïne et qui prend soin d'un muet en fauteuil roulant, accompagne Pike et Rory pendant une partie de leur quête. Mais le point commun de tous ces personnages, c'est qu'ils sont aussi bêtes, méchants et corrompus les uns que les autres. Alors que le lecteur peut parfois se prendre d'empathie pour le personnage principal, ce n'est pas le cas ici. Pike est certes une victime, mais il n'est pas pour autant recommandable et très sympathique.

Si j'ai trouvé le début du roman très efficace, avec une intrigue qui rentre immédiatement dans le vif du sujet, je me suis un peu perdu en cours d'ouvrage dans l'intrigue. C'est surtout dans la troisième partie, une fois la raison de la mort de Sarah découverte, que j'ai trouvé l'intrigue plus faible. En fait, c'est le personnage de méchant absolu, ici incarné par Derrick Krieger, qui est à mon avis mal exploité. Il apparaît de loin en loin dans l'intrigue et j'ai eu du mal à suivre son évolution et ses raisons d'agir.

 

Après, il faut rendre à Benjamin Withmer sa capacité à rendre haletante cette histoire, qui fait qu'on y plonge avec plaisir. Il est également très fort pour décrire des scènes qui seraient certainement assez insoutenables si elles étaient portées à l'écran. Je pense notamment à la scène de combat dans un bar, qui décrit avec une profusion de détail une bataille au pistolet. Si vous aimez les rencontres avec des personnages antipathiques et les plongées dans un univers sordide et violent, alors, ce roman est pour vous !

 

Pïke de Benjamin Whitmer

Traduit de l'anglais par Jacques Mailhos

Ed. Gallmeister

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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 08:27

ici-ca-va.jpgLes romans dont on dit qu'ils ont une écriture poétique ne sont généralement pas de grands moments de lecture pour moi. J'aime quand la forme et le fond sont de qualité et s'allient pour donner de la force à un ouvrage. Je suis donc rentré à tâtons dans le roman de Thomas Vinau, mais ai été séduit par l'écriture et la narration de ce court roman.

 

Ici ça va. Ce sont les premiers mots du roman. Celui qui les prononce est un jeune homme. Il a décidé de s'installer avec sa compagne, Ema, dans la maison où il a grandi. Outre les travaux de rénovation ou de jardinage nécessaires pour occuper la maison, ce retour est également pour le narrateur une façon de se retourner sur son histoire personnelle. Car cette maison, c'est celle de ses parents, et elle reste la trace d'un moment familial douloureux. C'est cette brèche que tente de combler le narrateur en s'y installant de nouveau.

 

L'histoire n'est pas forcément originale, et n'est pas sans me rappeler l'excellente bande-dessinée de Manu Larcenet, Le combat ordinaire. Mais la force de ce roman et l'attrait que j'y ai trouvé résident dans les choix de narration. Elle se fait par courts chapitres, qui sont des instantanés de la vie nouvelle de ces jeunes citadins. On se promène dans le jardin ou dans la maison, on retrouve avec le narrateur des objets qui ont marqué son enfance. Tout ceci est servi par une écriture toute en douceur, en impressions, et je me suis laissé baigné par cette ambiance.

 

Mais le roman n'est pas qu'une succession de tableaux impressionnistes plus ou moins colorés. C'est également la confrontation entre un jeune adulte et un passé auquel il doit se confronter pour avancer. On découvre lentement, par touches, le drame familial qui a été une étape décisive dans sa construction. Et la venue de son frère, à la fin du roman, montre qu'une nouvelle marche a été montée. Un très beau roman.

 

Ici ça va de Thomas Vinau

Ed. Alma

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 08:18

la-vie-peut-etre.jpgFlorian est un adolescent que tout le monde considère en difficulté psychologique. Ce n'est pas qu'il soit violent ou ingérable : il ne s'est pas remis de la mort de Sofia, sa meilleure amie. Il est donc interné dans un hôpital psychiatrique, celui où Sofia est morte.

 

L'internement est presque l'ultime tentative pour tenter de résoudre les problèmes de Florian. Pourtant, cela ne démarre pas sous les meilleurs auspices. Florian se sent seul, les souvenirs de Sofia le submergent et l'empêchent de prendre part pleinement au programme de soins prévu pour lui.

 

Mais il y a Medhi, son éducateur. C'est lui qui peu à peu va aider Florian à s'ouvrir, à accepter ses problèmes et à affronter le deuil. Pour Florian, les discussions avec Medhi et son escapade jusqu'au domicile personnel sont les moyens pour Florian de s'attaquer de front à l'absence de son amie.

 

Le livre est paru dans une collection jeunesse, mais cela n'empêche pas Arnaud Cathrine d'aborder des sujets difficiles, voire douloureux. Il y a le deuil et l'absence de l'amie disparue que doit affronter Florian. Il y a également l'anorexie, raison de la mort de Sofia. La maladie est ici abordée avec pas mal de recul, jamais frontalement, mais son ombre pèse sur l'ensemble du roman. Arnaud Cathrine fait une nouvelle fois preuve d'une grande sensibilité pour raconter l'histoire de ces ados, qui plaira à la fois aux jeunes adultes et aux adultes.

 

Autres ouvrages d'Arnaud Cathrine : Le journal intime de Benjamin Lorca, Frère animal (avec Florent Marchet), Les vies de Luka, La route de Midland

 

La vie peut-être d'Arnaud Cathrine

Ed. L'école des loisirs - Médium

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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 08:59

metamorphoses.jpgFrançois Vallejo fait partie des rares auteurs  dont j'attends chaque roman avec une grande impatience. Impatience car j'ai lu presque tous ses ouvrages et suis content d'en découvrir de nouveaux. Impatient aussi car on ne sait jamais dans quel univers il nous emmène. Métamorphoses ne déroge pas à la règle : François Vallejo aborde un thème contemporain et politique : le terrorisme.

 

Jusqu'à présent, François Vallejo ne s'était pas aventuré dans le traitement de sujets aussi polémiques. C'est donc la grande nouveauté du roman. Ce dernier met en scène Alix Thézé, une jeune femme restauratrice de fresques romanes. Elle a des relations distantes avec ses parents, voyagistes happés par leur travail. Elle est plus proche de son demi-frère, son "demi" comme elle l'appelle, Alban. Mais cela fait quelques temps qu'elle n'a pas eu de nouvelles de lui.

 

C'est par un ami commun qu'elle apprend sa conversion à l'islam. Si elle est immédiatement décontenancée, l'inquiétude prend le dessus quand elle apprend qu'il fréquente une mosquée radicale et qu'il a abandonné son nom français, Alban Joseph, pour Abdelkrim Youssef. C'est le point de départ d'une quête pour Alix, qui cherche à renouer avec son frère pour comprendre son parcours. Elle réussit à s'introduire dans son appartement, elle le revoit de temps en temps, mais tout cela ne met pas fin à son angoisse.

 

De ce point de départ, François Vallejo signe un ouvrage dans lequel l'urgence est constamment palpable. Que ce soit par les faits et gestes d'Alix, paniquée, ou par le biais de l'écriture, sèche, rapide, concise, le lecteur est pris dans le tourbillon qui emporte la jeune femme. C'est une des forces des romans de François Vallejo d'arriver à faire en sorte que la forme soit proche du fond. Et c'est une nouvelle fois une réussite. Ceci est également vrai car François Vallejo mêle les styles de narration. Outre l'introduction classique des dialogues dans le texte, il ajoute ici un journal intime qui tient un rôle de premier plan dans l'intrigue et qui ajoute au vertige de la lecture.

 

Mais François Vallejo ne se contente pas de décrire la réaction presque irrationnelle de cette jeune fille. Il signe également (et c'est une nouveauté vraiment surprenante) une œuvre politique et presque philosophique. Car en intégrant, en milieu de l'ouvrage, l'arrivée des services de renseignement, il donne une nouvelle tournure à l'ouvrage. D'autant plus qu'en plaçant son ouvrage du point de vue d'Alix, il ne décrit jamais ce que fait Alban/Abdelkrim, et laisse place aux fantasmes : a-t-il tué cet homme au Pakistan, comme il s'en vante ? qu'a-t-il fait pendant les trois jours où il a quitté le camp de vacances au Kenya ?

 

Fondamentalement, François Vallejo pose une question essentielle aujourd'hui : jusqu'où peut-on aller pour combattre le terrorisme ? Peut-on condamner uniquement des intentions ? Réflexion d'autant plus forte qu'au fil de la lecture, on découvre que les faits ne sont pas manichéens et que Alban/Abdelkrim, qui a certainement cru à la sincérité de sa conversion, n'a peut-être pas tout maitrisé. Métamorphoses est un ouvrage qui peut-être déroutant mais qui se révèle, au fil de la lecture, un tourbillon qui permet de dévoiler, peu à peu, les visages des protagonistes et les enjeux du récit. C'est une nouvelle fois une belle réussite.

 

Autres romans de François Vallejo : Groom, Ouest, L'incendie du Chiado, Vacarme dans la salle de bal, Madame Angeloso, Dérive, Les soeurs Brelan, Le voyages des grands hommes

 

Métamorphoses de François Vallejo

Ed. Viviane Hamy

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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 09:10

fakirs.jpgLe commissaire Guérin, ancien membre important de la préfecture de police de Paris, se retrouve dans un placard, celui des services des suicides. Avec le jeune Lambert, stagiaire un peu naïf, il intervient sur les scènes de suicides pour essayer de retracer leur histoire (et parfois découvrir un suicide déguisé). Il doit se pencher sur le cas d'Alan Mustgrave, un américain héroinomane qui vit de ses spectacles de fakir et retrouvé mort, suicidé en plein spectacle. En parallèle, on suit le périple de John, le meilleur ami d'Alan, qui quitte son refuge du Limousin pour tenter de retracer sa trajectoire funeste.

 

Le roman jongle constamment entre ces histoires qui se rejoignent autour d'une même intrigue. La partie concernant la quête de John est assez réussie. Antonin Varenne réussit à construire un personnage hors norme, un marginal fils de hippie qui arrive à Paris en 4L et qui passe son temps perdu à tirer à l'arc, même en plein jardin du Luxembourg. Cette partie de l'histoire amène le lecteur à passer quelques nuits dans la cabane d'un gardien du parc, ancien taulard qui devient un appui indéfectible pour John.

 

L'un des moments les plus intéressants du roman est l'arrivée de ce gardien dans le village rural de John. Les petits verres bus à la terrasse du bistrot ou le transport en tracteur donnent un ton pittoresque à cette intrigue très noire. On plonge également dans le monde de la diplomatie, avec ce conseiller diplomatique devenu amant de Mustgrave.

 

L'autre pan de l'intrigue m'a paru plus obscure. Elle concerne la vie de Guérin, mis au placard pour une ancienne dont on découvrira les tenants et aboutissants à la fin du roman. Mais en ne donnant pas immédiatement quelques clés, Antonin Varenne m'a perdu. Je n'ai pas réussi à m'intéresser à la vie de ce flic et ce n'est qu'en découvrant les raisons de sa déchéance (tardivement, donc) qu'il prend un peu d'épaisseur et d'intérêt. Du coup, j'avoue avoir eu un coup de mou au milieu du roman, perdu dans une intrigue qui stagne un peu et la vie de ce flic qui n'a pour seul qu'un perroquet, vestige de sa mère décédée.

 

Fakirs est néanmoins un polar à l'ambiance particulière. Les morts sont soit des suicidés, soit des victimes collatérales, le flic est loin d'être un foudre de guerre et doit se battre autant, si ce n'est plus, avec ses collègues qu'avec ses enquêtes. Il existe donc indéniablement des éléments positifs dans ce roman, mais l'ensemble manque un peu de rythme.

 

Fakirs d'Antonin Varenne

Ed. Points - Policier

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 08:33

bulgometdeshommes.jpgAujourd'hui, la majorité des français vit en ville. Complétement imprégnés de la ville et de son langage, il ne voit plus forcément ce qui en fait la spécificité et les codes qui la régissent. amandine Dhée, en portant un regard décalé, satirique et subtil sur la ville, nous invite à repenser notre rapport avec le monde urbain.

 

L'ouvrage se présente sous la forme de courts chapitres, qui traitent chacun à leur tour les rapports d'une population avec la ville. L'ouverture se fait sous la forme de souvenirs d'une petite fille, rapportés de façon décousue. Elle se remémore les clefs qu'elle portait autour du cou, les bonbons achetés à la boulangerie ou ses camarades de classe.

 

Puis on commence à visiter la ville. D'abord de façon souterraine, en suivant le cours du métro. Amandine Dhée se livre à une description hilarante du fonctionnement des infrastructures de transport, ironisant sur les multiples messages constamment délivrés au passager, en imaginant d'autres qui pourraient être plus utiles. Elle interroge également le lecteur sur ses déplacements et leur but, se moquant au passage des enquêtes de satisfaction menées auprès des passagers.

 

Le ton de l'ouvrage est alors donné : c'est celui d'un regard neuf et iconoclaste sur le ville, qui se mêle à l'écriture très drôle de l'auteur. On visite ensuite la ville à travers les besoins des enfants. Amandine Dhée imagine à ce propos un dialogue savoureux où les têtes pensantes essaient d'imaginer comment concilier espaces de jeux et histoire sociale du Nord-Pas-de-Calais. Cela aboutit à un terril en bulgom, que le visiteur attentif de Lille pourra effectivement trouver au cœur du parc Jean-Baptiste Lebas, à quelques mètres de la mairie... Ce sont ensuite les personnes âgées qui ont droit à l'attention de l'auteur.

 

Mais fondamentalement, ce qui intrigue Amandine Dhée, ce sont les relations avec autrui. Elle y consacre un chapitre, essayant notamment de rencontrer l'homme de sa vie en laissant tomber son mouchoir. Elle tient alors un compte-rendu de ses diverses expériences, souvent non concluantes. Puis on s'intéresse à ce que mange la ville, là où elle se restaure et fait ses achats. La conclusion de cette première partie de l'ouvrage aboutit à une réflexion sur la volonté ou non de quitter la ville, trop vue, trop connue, trop parcourue.

 

L'ouvrage se termine par des portraits. Celui du boucher raciste, chez qui il y a la queue, qu'on veut boycotter par principe mais qu'on est obligé de côtoyer. Celui du primeur qui s'est implanté dans ce quartier, qui garde constamment un sourire béat mais dont on se demande pourquoi il a choisi cet endroit pour s'installer.

 

La lecture ce cet ouvrage est un vrai plaisir. Il est d'ailleurs augmenté par la version audio de l'ouvrage, disponible sur l'ouvrage de l'éditeur (gratuit pour tout détenteur de l'ouvrage, en échange d'une réponse à une question facile pour tout détenteur de l'ouvrage). La version audio est un mélange de lecture par l'auteur et de remarques sur sa construction. Un complément tout à fait judicieux. Ceci me permet de souligner le beau travail de la maison d'édition La contre-allée, dont je reparlerai très certainement par ici.


Du bulgom et des hommes d'Amandine Dhée

Ed. La contre-allée

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21 octobre 2012 7 21 /10 /octobre /2012 23:10

a-rebours.jpgA rebours est un ouvrage dont j'ai souvent entendu parlé mais que je n'avais jamais ouvert, un peu refroidi par sa réputation d'ouvrage difficile. J'ai franchi le pas, et si je suis plutôt satisfait d'avoir découvert la prose de Huysmans, la réputation de l'ouvrage est loin d'être usurpée.

 

L'histoire (si on peut considérer qu'il y ait une histoire) est celle de Jean des Esseintes. Cet homme a décidé de quitter la vie parisienne, qu'il juge décadente, pour vivre retiré dans une demeure de Fontenay-aux-Roses. Il occupe le rez-de-chaussée et laisse l'étage à ses domestiques.

 

L'ouvrage raconte ce retrait volontaire, sans s'attarder outre mesure sur les raisons de celui-ci. Huysmans s'attache à décrire la vie de des Esseintes, son quotidien et les sujets qui le passionne : la peinture et Gustave Moreau, ses lectures, ses croyances. Car si des Esseintes est seul, il estime également être seul à voir la beauté, à comprendre la dimension artistique des oeuvres. A rebours, il l'est donc par ses goûts, qu'il détaille par le menu dans certains chapitres (l'un d'entre eux est notamment consacré à la littérature latine, et on découvre une multitude d'auteurs, souvent obscurs et les plus connus sont les moins célébrés par des Esseintes).

 

Une des difficultés d'approche du livre est justement liée à ces chapitres très descriptifs, évoquant Bouvard et Pécuchet mais dans une version élitiste et esthétisante. Ici, ce ne sont pas deux naïfs qui se piquent de devenir scientifiques, artistes,... mais un aristocrate aigri, perturbé par des maux d'estomac récurrents, qui raconte ses petites folies et ses amours. Au rayon des amours, il y a avant tout Baudelaire qu'il vénère, mais également certains ouvrages de Zola (un des amis de l'auteur), de Barbey d'Aurevilly ou de Léon Bloy (écrivains réputés pour leur militantisme catholique, qui caractérise aussi des Esseintes).

 

Pour ce qui est des folies, des Esseintes est également un spécialiste. Un très beau chapitre de l'ouvrage est consacré à un voyage pour Londres qui s'arrête gare Saint-Lazare, des Esseintes étant rattrapé par ses (nombreuses) névroses. Une folie marquante concerne aussi ses goûts esthétiques. Pour agrémenter un tapis qu'il juge un peu terne, il choisit d'y déposer une tortue vivante. Mais pour plus d'éclats, il la couvre de feuilles d'or et la sertit de pierres précieuses. Autant dire que le pauvre animal n'y survivra pas.


logo-2012 d'Ys

A rebours est un ouvrage exigeant, qui se lit avec beaucoup de concentration. D'un abord peu simple, il mérite néanmoins qu'on s'y attarde, en sachant qu'on plonge dans une oeuvre hors-norme. Et il faut également accepter de ne pas comprendre toutes les références (le roman a été écrit en 1884), à moins de consulter toutes les notes de lecture, ce qui allonge sensiblement la lecture.

 

Livre lu dans le cadre du 12 d'Ys

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