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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 18:45

sexualite-plateau-fruits-mer-copie-1.jpg[déjà paru sur Biblioblog] Jean-Pierre Otte m'avait emmené dans un jardin faire un voyage dans le monde des plantes et des insectes, à la découverte de leurs amours et relations procréatrices. Touché par cet ouvrage poétique et sensuel, j'ai suivi Otte dans un nouveau voyage au bord de la mer, à la poursuite d'un plateau de fruits de mer. Malheureusement, le charme n'a cette fois pas été au rendez-vous.

 

Pourtant, la sexualité des huîtres, palourdes et autres homards est assez fascinante. Comment ces animaux, enfermés dans des coquilles ou ne pouvant se déplacer que sur le fond des océans, parviennent à se reproduire ? Pour certains, cela ressemble à ce qui se passe pour les poissons : les gamètes mâles et femelles sont propulsés dans l'eau, et la fécondation et le développement se fait donc à l'extérieur.

 

Mais il a été nécessaire de trouver des systèmes encore plus ingénieux pour certains d'entre eux. Pour le poulpe, par exemple, c'est grâce à une de ses tentacules qu'il introduit la semence dans le corps de la femelle. Car comme beaucoup des animaux dont l'ouvrage parle, il n'a pas de pénis. L'huître a résolu le problème autrement, en faisant tout toute seule : mâle la moitié de l'année, femelle l'autre, la fécondation a eu lieu dans la coquille, et elle évite ainsi tout contact avec les autres individus de l'espèce. De manière assez générale, les contacts sont peu nombreux, hormis chez le homard qui pratique la position du missionnaire.

 

Malheureusement, Jean-Pierre Otte ne parvient pas à rendre le mystère de la procréation, à donner envie de savoir comment chaque espèce parvient à se reproduire. Le style est assez emprunté, et certaines métaphores avec la femme sont assez malvenues. Finalement, j'ai plus eu l'impression de lire un manuel de sciences naturelles qu'un roman, la faute à des paragraphes très courts, et surtout à une construction systématique : une approche un peu générale se voulant poétique (mais assez souvent ratée) puis une description plus précise de la sexualité de chaque animal. Une rencontre qui n'a donc pas eu lieu, et je vais retourner dans le jardin, pour relire les parades des fleurs et les stratagèmes des insectes, traités de manière bien plus passionnants.

 

La sexualité d'un plateau de fruits de mer, de Jean-Pierre Otte

Ed. Julliard

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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 07:34

noces-de-chene.gif[Billet paru sur Biblioblog] Dans notre société où la durée de vie s'allonge, il est assez rare de s'intéresser aux personnes âgées. Pour une partie d'elles, elles sont dans des maisons de retraite, des instituts médicalisés et elles voient des connaissances de temps à autre. Mais il y encore plus tabou : quand les personnes jugées trop âgées reprennent vie, qu'elles aiment, qu'elles éprouvent des sentiments envers une personne de leur âge, voire une attirance physique. C'est ce sujet sensible qu'a décidé d'aborder Régine Detambel dans ce court roman.

 

Taine et Maria vivent dans une maison de retraite, quelque part en Provence. Ils s'aiment, ont parfois des relations sexuelles, comme des personnes de leur âge, c'est à dire sans la fougue de leur jeunesse mais avec la tendresse et la lenteur de la vieillesse. Si certaines infirmières sont indulgentes, d'autres leur indiquent clairement que ce n'est plus de leur âge. Un jour, Maria disparaît. Taine s'inquiète. Fait le siège de sa chambre, tente de soutirer des informations aux voisins. Il décide de la chercher à l'extérieur, et choisit de se rendre dans la maison que Maria possède sur les pentes du Ventoux.


Pourtant, Taine ne retrouvera pas Maria. Car suite à une chute dans un escalier, elle se retrouve coincée sous les marches, dans un endroit sans passage. C'est là qu'elle mourra seule, sans que personne ne l'entende. Aucune révélation dans cet élément du récit, car c'est la scène d'ouverture du roman.

 

L'objet du roman, outre l'histoire d'amour, est donc la quête de Taine. Quête, vaine, de Maria. Quête d'une jeunesse lointaine. Lors de son escalade du Ventoux, il est contraint de passer la nuit dehors, de peur d'être repéré. Il renoue avec la nature pour se nourrir, mais croque malheureusement dans les mauvaises herbes, et manque de mourir. C'est sans compter sur le passage d'une femme des alentours, spécialiste des herbes, qui décide de l'aider. Et de l'aimer.

 

Le récit est donc coupé en deux parties. Et cette coupure m'a paru assez artificielle. Autant j'ai été assez séduit par la première partie, autour de l'inquiétude de Taine, dont on sait qu'il n'aura jamais de réponse, ou de sa fuite. Autant la seconde m'a paru assez bancale. Je n'ai pas été intéressé par cette nouvelle histoire avec Vitalie, qui lui fait oublier en deux temps trois mouvements celle pour laquelle il était parti. Les descriptions de la nature du Ventoux sont également trop riches, en termes sophistiqués et dans l'écriture. Cette dernière est d'ailleurs dans l'ensemble assez maniérée, et manque de naturel. Exactement le contraire de ce qui est dépeint dans le roman. Une rencontre en demi-teinte, donc.

 

Noces de chêne, de Régine Detambel

Ed. Gallimard

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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 07:31

marche-de-mina.jpgLa marche de Mina, c'est celle qu'elle ne fera jamais. Enfant fragile, elle ne peut se rendre à l'école que sur le dos de Pochiko, l'hippopotame nain de la famille. Mina est la fille d'un industriel qui a importé la recette d'Allemagne du Fressy, une limonade. L'Allemagne est également le pays d'origine de Rosa, la grand-mère. Bien que son père soit souvent absent, la grande maison de Mina est rarement vide : Mr Kobayashi vient souvent donner un coup de main, et Mme Yoneda tient la maison avec une grande rigueur. Mais c'est l'arrivée de la cousine Tomoko qui donne un nouvel élan à la maison et à son jardin zoologique laissé en jachère.

 

C'est par les yeux de Tomoko, la nouvelle venue, qu'on découvre le fonctionnement de la maison, et la vie de Mina, cette jeune enfant qui inquiète tant ses proches à cause de sa santé très délicate. Il est parfois nécessaire d'aller en urgence à l'hôpital pour la sauver. Pour Tomoko, cette maison est un refuge, elle qui vient de perdre son père et dont la mère doit suivre une formation loin de la demeure familiale. C'est exactement le sentiment qu'on ressent à la lecture, une parenthèse enchantée dans la vie de Tomoko.

 

Pourtant, tout n'est pas rose. Le trajet pour aller à l'école est long, et Tomoko est complexée par l'érudition de Mina, capable de lire des livres qu'elle ne connait même pas. Quand Mina demande à Tomoko d'aller chercher les ouvrages à la bibliothèque, c'est un univers nouveau qui s'ouvre, plein de possibilités mais aussi de crainte. Et ce jeune bibliothécaire, qui croit que c'est elle qui lit tous les livres, est à la fois une raison pour s'y rendre et une peur du mensonge qu'elle n'ose dévoiler.

 

Mina aussi a son homme, ce livreur de Fressy qui l'alimente en  boîtes d'allumettes., qu'elle collectionne et à partir des illustrations desquelles elle s'invente des histoires. Et ce sont ces relations entre adultes et enfants, vus à hauteur des jeunes filles, qui rendent ce roman touchant et émouvant. De même, la passion innocente et soudaine pour le volley-ball, véritable fascination des fillettes, incapables de faire deux passes correctement, est vécue intensèment. Et lorsque le réel rencontre les fanstames, que les palestiniens prennent en otage les athlètes israéliens alors que doivent se jouer les premiers matchs des JO de Munich, le choc est rude : c'est l'irruption de ce que les deux jeunes filles souhaitent éviter.

 

Avec une écriture assez simple, Yoko Ogawa, que je découvre pour l'occasion, signe un roman tout à fait attendrissant et passionnant, qui emmène dans ce Japon du début des années 70 et dans la vie des enfants, fascinés par un hippopotame nain et une équipe de volley-ball. Un très beau roman, que je recommande vivement (et qui vous permettra de mieux comprendre pourquoi les japonais ont choisi le volley-ball pour raconter les histoires de Jeanne et Serge !). Une très bonne surprise, donc, pour moi qui ne suis pas un grand addepte de la littérature asiatique et en particulier japonaise.

 

Dernier livre lu dans le cadre de la chaîne des livres (Ys, merci encore), proposé par Virginie.

 

La marche de Mina, de Yoko Ogawa

Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle

Ed. Actes Sud

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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 07:47

de-lait-et-de-miel-copie-1.jpg[Billet paru sur Biblioblog] Un vieil homme, malade, est sur le point de mourir. Pour la deuxième fois. La première, c'était soixante ans plus tôt, à la sortie de la guerre, alors qu'il fuyait Temesvar, aujourd'hui Timisoara, en Roumanie. Il se souvient de ce moment, dans cet hôpital de Vienne. Se remémore Stéfan, l'ami d'enfance qu'il a perdu de vue à la même époque, et qu'il n'a jamais retrouvé. Revient sur sa vie, en Roumanie puis en Champagne, sur la guerre, sa rencontre avec Suzanne, hongroise ayant fui Budapest en 1956.

 

Car le vieil homme a traversé toute la seconde partie du XXe Siècle. Jeune, il vivait en Roumanie, pays allié de l'Allemagne nazie. Sa jeunesse aurait dû être insouciante aux côtés de Stefan, mais la mort soudaine de sa mère marque une rupture. Les jeux dans la Temes, la rivière du village, ne peuvent de plus pas faire oublier que la guerre est présente, et lors du retrait des troupes nazies, la ville devient une garnison pour les soldats.

 

Son arrivée en France, il la doit à de lointains ancêtres, alsaciens ou lorrains, qui ont été envoyés dans le Banat pour le coloniser, au XVIIIe Siècle. C'est ce qui lui permettra de quitter la région, d'échapper aux soviétiques qui arrivent à l'est et de ne pas se sentir allemand, comme son ami Stefan. Lui fait le choix d'un retour au pays de ses ancêtres avec les nazis, convaincu que sa place est là-bas. Et un mensonge permettra au narrateur de ne pas monter dans le train avec son ami, et de choisir une autre voie. Vers Vienne, puis le France.

 

L'installation en France se fait en Champagne. En 1956, il fait la rencontre de Suzanne, qui deviendra sa femme. Suzanne a fui Budapest au moment de la répression soviétique, la même année. Elle s'était rendue à la capitale avec son cousin, qu'elle a perdu de vue et jamais retrouvé, avant de venir en France. Une vie de couple démarre, morne, dans laquelle Suzanne ne s'épanouit pas, n'ayant pour seul projet que de bien tenir sa maison. La vie de lait et de miel qui lui était promise par son mari devient alors une chimère. Le couple est plus tard marqué par la perte d'un enfant. Si la parole n'était pas très libre dans la famille, ce traumatisme familial accentue encore le mutisme de tous les membres.

 

Bien que les lieux et les époques soient différentes et nombreuses (Roumanie des années 40, Budapest en 56, France des années 50 et 60), Jean Mattern signe un roman court. Pas d'épopée, mais un récit condensé, riche. La tension du récit est liée à sa construction ; loin de faire un récit chronologique, chaque paragraphe est l'occasion de plonger dans un nouvel épisode de la vie du narrateur, dans une nouvelle époque. Et à chaque entame de paragraphe, le lecteur se demande dans quel pays et à quelle époque il va être emmené.

 

Mais l'ensemble est construit de manière assez habile pour que le lecteur ne soit pas perdu. Les éléments du récit prennent au fil des pages plus d'ampleur, et chaque événement se voit ainsi replacer dans un temps plus long. Ainsi de cette séparation avec Stefan au moment de monter dans le train, qui ouvre presque l'ouvrage et dont on ne connaîtra le fin mot qu'en fin de récit.

 

À noter que ce roman, le second de Jean Mattern, est lié à l'intrigue de son premier roman, Les bains de Kiraly. On y retrouve la vie de Gabriel, le fils de Suzanne et du narrateur de De lait et de miel. Il n'est absolument pas nécessaire d'avoir lu ce premier ouvrage pour saisir l'intrigue du deuxième, et je trouve d'ailleurs que le second est bien plus abouti, plus fort que le premier. En espérant que la pente ascendante se poursuive avec le prochain ouvrage, qui devrait clore cette trilogie qui n'en est pas vraiment une, et que je conseille vivement de découvrir.

 

De lait et de miel, de Jean Mattern

Ed. Sabine Wespieser

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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 07:25

horizon.jpgDès la première phrase du roman, le ton est donné : Jean Bosmans se souvient de sa jeunesse. C'est ce lien avec un passé révolu, parfois momentanément oublié, que décrit Patrick Modiano dans L'horizon.

 

L'objet qui occupe le plus les pensées de Bosmans, c'est Margaret Le Coz. Une jeune femme, qui malgré les apparences de son nom, est née à Berlin. Il se rémémorre les soirées passées avec ses collègues de bureau, de drôles de gars un peu louches. Retrace peu à peu leur histoire commune, il y a 40 ans, dans un Paris oublié. Son appartement dans le 15eme arrondissement, celui de Margaret à Auteuil. Les différents employeurs de la jeune femme, gouvernante avant qu'elle travaille dans un bureau : un professeur et sa femme avocate du côté de l'observatoire, le docteur Poutrel et Yvonne Gaucher, avenue Victor Hugo.

 

Mais ce qui lie profondèment Bosmans et Margaret Le Coz, c'est la peur viscérale qu'ils ont de rencontrer, par hasard, des fantômes de leur passé. Pour Margaret, c'est un homme à cause duquel elle est partie d'Annecy. Une crainte mystérieuse, l'homme n'ayant jamais été virulent envers elle, mais une crainte présente. Pour Bosmans, il redoute de croiser sa mère aux cheveux rouges et l'homme aux allures de prêtre défroqué qui l'accompagne. A chaque fois qu'il a eu le malheur de les voir, il n'a pas su résister à leur demande pressante d'argent. Depuis, il fait tout ce qui est en son pouvoir pour leur échapper.

 

Sur fond de secret et de volonté de se cacher, Patrick Modiano signe un roman très intéressant sur la liaison au passé et aux souvenirs. Est-il possible que des paroles, prononcées il y a 40 ans, aient totalement disparu ? Comment Bosmans peut-il renouer avec une période disparue, celle où il travaillait dans une librairie spécialisée dans l'ésotérisme, et qui marque pour lui une forme d'âge d'or qui a pris fin sans qu'il s'en rende vraiment compte. Et peut-on reprendre la main pour renouer avec des événements et des relations aussi anciennes ? Avec une écriture très fluide, Modiano (que je découvre pour l'occasion) propose une escapade parisienne dans les souvenirs d'un homme ordinaire, escapade que je suis assez content d'avoir effectué avec lui et ses amis d'antan.

 

Les avis d'Emeraude, Loïc, Plaisirs à cultiver (tous emballés par le style Modiano), Mazel (plus circonspecte)

 

L'horizon, de Patrick Modiano

Ed. Gallimard

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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 07:34

lance-flammes.jpg[Billet paru sur Biblioblog] À la fin des Sept fous, on avait laissé Erdosain en proie au doute, face à l'assassinat prévu de Barsut, le cousin de sa femme . Désarroi lié au meurtre, mais également au fait qu'il ne sait plus trop s'il doit faire confiance ou non à l'Astrologue et à son projet d'un groupe cherchant à implanter la révolution en Argentine. Les lance-flammes replonge donc le lecteur dans les bas-fonds de Buenos Aires, pour démêler le fin de mot de cette histoire hors norme.

 

Les lance-flammes est donc la suite immédiate du roman précédent, et pour bien saisir ce dont parle le roman, il est indispensable d'avoir lu Les sept fous. Car on y retrouve les personnages hauts en couleurs du premier opus. Et le premier d'entre eux, c'est Erdosain : il vient de se séparer de sa femme, est sous la menace d'une poursuite en justice pour vol dans son entreprise, et se raccroche à la moindre branche qui se présente à lui. Même la plus pourrie qui soit. En l'occurrence, c'est l'Astrologue qui lui propose une porte de sortie, en lui présentant son projet de société révolutionnaire, fondée sur le modèle de développement du Klu Klux Klan et financée par les maisons closes.

 

Alors que le premier volume se consacrait surtout à Erdosain et sa quête, le récit est ici plus fragmenté, passant beaucoup plus facilement d'un personnage à l'autre. La femme d'Erdosain explique ainsi, dans un long récit, les raisons pour lesquelles elle a décidé de partir. Son mari n'a pas agi sur un coup de tête, mais sa déchéance morale et sociale a des racines bien plus lointaines.

 

Mais le grand morceau de bravoure de roman est un long dialogue entre l'Astrologue et son Avocat. Dans cet échange, le premier explique au second les raisons de son engagement politique : pour lui, le seul moyen d'implanter la révolution en Argentine est d'amener les militaires au pouvoir. Ceux-ci mettront en œuvre une politique qui créera une forte réprobation et le peuple sera alors prêt à se jeter dans les bras de la révolution pour échapper aux militaires. Alors qu'il n'acceptera jamais la révolution dans un cadre pacifié. Ce coup politique à trois bandes, totalement improbable et irréaliste, est révélateur de la folie qui tient tous ces protagonistes.

 

L'autre avantage du roman est de donner de l'épaisseur et de la matière à ce qui pouvait être obscur et parfois ésotérique. Les personnalités prennent véritablement corps, les caractères s'affirment. La folie est partout présente chez ces marginaux, folie qui amènera l'auto-destruction de ce qu'ils veulent construire. Mais le plus sidérant est peut-être que ce que décrit Roberto Arlt, dans les années 30, est malheureusement ce qui est arrivé à son pays par la suite : une dictature militaire, avec l'appui des États-Unis, mais à laquelle le mouvement révolutionnaire n'a pas pu apporter d'alternative. Un dytique de romans à l'intrigue folle, aux personnages marginaux et étranges, mais pas si éloignés de la réalité que cela, finalement.

 

Autre roman de Roberto Arlt : Les sept fous

 

Les lance-flammes, de Roberto Arlt
Traduit de l'espagnol par Lucien Mercier

Éditions Belfond

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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 18:56

crime-de-lorient-express.jpgC'est certainement un des ouvrages les plus célèbres d'Agatha Christie et de son héros Hercule Poirot. Je ne sais pas si cela tient au roman lui-même ou au film qui en a été tiré, avec une pléiade de vedettes (Sean Connery, Lauren Baccall, Ingrid Bergman, Anthony Perkins, Jean-Pierre Cassel,...) mais je pense que beaucoup d'entre vous connaissent l'intrigue et surtout le dénouement du meurtre commis dans le plus célèbre train d'Europe.

 

Un petit retour sur l'intrigue : Poirot, de retour d'une mission au Moyen-Orient, rentre à Londres grâce à l'Orient-Express. Monté à Istambul bien que le train soit complet grâce à l'insistance de son ami Bouc, directeur de la compagnie, il découvre les passagers de ce train pas comme les autres : une princesse russe, une comtesse hongroise, un militaire britannique, un vendeur d'autos italien, un majordome anglais. Il fera plus ample connaissance avec eux après la découverte du corps de Mr Ratchett, tué de douze coups de couteaux. Surtout, il découvrira qui se cache sous l'identité de ce collectionneur...

 

L'intrigue en elle-même est assez amusante, car Poirot met un temps fou avant de comprendre la raison de ce meurtre, et d'en découvrir le responsable. On le voit  donc perdu par moment, même si quelques éclairs de lucidité montrent bien que le détective belge n'a pas perdu toutes ses facultés. Même une boîte à chapeau peut devenir le moyen de découvrir une partie de la vérité.

 

Plus encore que l'intrigue, c'est la galerie de personnages dépeinte par Agatha Christie qui mérite la lecture du roman. Tous ont des choses à cacher, et chacun joue un jeu particulier. La plus intrigante est certainement Ms Hubbard, grande américaine très extravertie, pleine de panache et de fougue. Mais la princesse Dragomiroff et sa femme de chambre allemande, ou le secrétaire de Mr Ratchett Mr Mc Queen n'ont rien à envier à l'américaine.

 

Une intrigue rondement menée, mais au final assez immorale : la vengeance est ici totalement légitimée, et Poirot prend finalement la décision de ne pas dénoncer le coupable. C'est assez surprenant dans un roman policier, et cela passe assez inaperçu la première fois qu'on découvre l'intrigue, tant la révélation finale est surprenante. Un bon roman policier à l'ancienne, à lire ou relire.

 

Autre roman d'Agatha Christie : Le meurtre de Roger Ackroyd

 

Le crime de l'Orient-Express, d'Agatha Christie

Traduit de l'anglais par Jean-Marc Mendel

Ed. du Masque

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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 14:15

jeu-set-et-match[Billet paru sur Biblioblog] Connaissez-vous Guillermo Vilas ? Joueur de tennis argentin, qui a sévi dans les années 70 et 80, vainqueur de 4 tournois du grand chelem. Pourquoi je vous parle de ce joueur, aujourd'hui adepte des tournois pour anciennes stars du tennis ? Car il est l'obsession du narrateur du roman de Jean-Pierre Brouillaud, qui souhaite collectionner tout ce qui a trait au joueur argentin.

 

Cette passion commence enfant, mais alors qu'elle s'arrête habituellement avec le passage à l'âge adulte, elle se poursuit chez notre héros. Et cela malgré son poste d'enseignant à l'université et son mariage avec une femme qui elle aussi aime Vilas, mais moins que lui.

 

Le problème, c'est qu'il découvre Internet, et toutes les possibilités d'achat sur les sites de ventes français et surtout argentin. Pour lui, c'est un nouvel univers qui s'ouvre à lui, et un gouffre dans lequel il tombe allégrement. Malgré les avertissements de sa femme, qui tente même de le soigner en l'emmenant loin de tout ordinateur, rien n'y fera : il poursuit ses recherches et achats à tout prix, ne pouvant réprimer la fréquentation d'un cyber-café lors de ces vacances de la dernière chance. Même l'annonce de la grossesse de son épouse n'aura sur lui aucun effet, si ce n'est celui de se demander pourquoi elle lui dit cela alors qu'il vient de lui annoncer l'achat d'une pièce importante pour sa collection.

Sa situation professionnelle devient difficile, même si le doyen de l'université prend des gants pour lui annoncer qu'il ferait bien de prendre du repos. De même, ses finances en prennent un coup, car les achats à 1 000 ou 2 000 euros sont pour lui de très bonnes affaires. Et le comble de la folie sera atteint avec sa recherche de la finale de l'Open d'Australie gagnée par Vilas, difficilement trouvable et qui devient pour lui une question de survie.

 

Jean-Pierre Brouillaud fait une description assez intéressante de cette plongée dans la folie. Avec notamment ce passage obligé du fou clamant ne pas l'être, tout en réalisant que seul les fous sont amenés à prononcer ce type de phrase. Le tout reste malgré tout assez léger, et ceci est notamment lié au sujet de l'obsession, Guillermo Vilas. Un petit roman plaisant, qui évoquera des souvenirs aux fans de tennis, et qui permettra aux autres de découvrir la vie folle d'un passionné de ce sport.

 

Jeu, set et match, de Jean-Pierre Brouillaud

Ed. Buchet-Chastel

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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 11:38

tibere-et-marjorie.jpg[Billet paru sur Biblioblog] Avec certains auteurs, les relations sont particulières, indéfinissables. Mon rapport avec l'œuvre de Régis Jauffret se situe dans cette catégorie. J'apprécie son écriture, sa manière de raconter des événements souvent sinistres, glauques, tout en ayant une retenue certaine par rapport aux sujets abordés. Pourtant, chaque plongée dans un roman de Jauffret est une aventure. Voyons ce qu'il en est de sa dernière production en date.

 

Pour ce qui est du thème, Jauffret poursuit sa plongée dans le couple. Ici, ce sont Tibère et Marjorie qui occupent le centre de l'intrigue. Revenu d'un voyage à Chicago, Tibère apprend de Marjorie qu'elle souhaite mettre fin à leur couple. Non pas parce qu'elle ne l'aime plus, mais au contraire car elle l'aime trop. Et non seulement elle veut arrêter leur relation, mais également prendre possession de leur appartement boulevard Raspail, à Paris.

 

Tibère, sidéré, refuse de laisser l'appartement, et vivra donc encore quelques jours avec Marjorie. Il apprend alors qu'un des problèmes majeurs dans leur relation est la phobie que Marjorie a des pénis. S'il avait bien vu qu'elle collectionnait les godemichés au pied du lit, il n'avait pas perçu que Marjorie rejetait de manière aussi forte les pénis. Même leur vue lui donne des sueurs froides.

 

Le cœur de l'ouvrage est donc cette relation complexe entre les deux amants. Mais l'auteur élargit le spectre du roman en faisant intervenir un ministre des Affaires étrangères, attiré par Marjorie. De manière si irrésistible qu'il oublie ses rendez-vous, ne répond pas au président, uniquement pour se promener boulevard Raspail. Cette figure lunaire, qui oublie tout pour se concentrer sur Majorie, est assez novatrice dans la galerie des personnages de Jauffret : on ne ressent pas chez lui la violence ou le cynisme habituel.

 

D'ailleurs l'ouvrage est beaucoup moins sombre que les précédents. Les situations sont plus cocasses que glauques, et les très nombreuses comparaisons qui ponctuent le récit sont pour beaucoup d'entre elles très bien trouvées. La contrepartie est une répétition systématique de "comme", qui saute aux yeux au bout de quelques centaines de pages.

 

Pourtant, l'humour noir n'est pas absent. Un des personnages se suicide dans sa cuisine, et le couple Martinet, Galopin et Cruche, voit son plafond s'effondrer en pleine scène d'humiliation. Mais c'est un peu comme si cet aspect du roman et de l'écriture de Jauffret était passé au second plan, car les figures de Tibère, Marjorie ou du ministre prennent finalement le pas. En somme, Tibère et Marjorie constitue une bonne entrée en matière pour ceux qui ne connaîtraient pas l'œuvre de Régis Jauffret et qui auraient reculé devant la réputation parfois sulfureuse des écrits de l'auteur.

 

Autres ouvrages de Régis Jauffret : Microfictions, Lacrimosa

 

Tibère et Marjorie, de Régis Jauffret

Ed. du Seuil

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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 18:30

demain-une-oasis.jpgLes hommes, qui ne peuvent plus vivre sur Terre, mènent des campagnes dans l'space où ils terraforment des espaces, afin de permettre l'implantation d'humains. Sur Terre, la situation géopolitique a été bouleversée : les pays se sont regroupés pour avoir un poids plus imporant. Mais alors que des millions sont dépensés pour la recherche spatiale, personne ne s'intéresse à l'Afrique, comme d'habitude. Un petit groupe d'activistes a décidé de mener des campagnes our sauver la population africaine. Et comme les volontaires sont peu nombreux, le kidnapping est a seule façon d'amener les gens en Afrique pour les faire participer.

 

C'est ainsi que l'interne, médecin et scientifique à l'agence spatiale, est l'objet d'un enlèvement. D'abord incrédule, il fait le rencontre de ceux qui l'ont enlevé et prend une part de plus en plus importante à leurs actions. Il leur servira également de taupe au moment voulu.

 

Voilà un roman d'anticipation très intéressant. Ecrit en 1994, puis réédité, Ayerdhal fait preuve d'un sens politique aigu. Car la situation décrite, loin d'être une construction de l'esprit, est tout à fait vraisemblable. Cette poursuite effrénée de nouvelles terres à transformer, à habiter, se fait au détriment des voisins sont on nie l'existence. Tout comme aujourd'hui on ne prend pas les mesures nécessaires (et réalisables) pour éradiquer la faim et quelques grandes épidémies dans le monde.

 

Mais revenons au roman. A travers le description de ce camp de clandestins qui mettent tout leur courage dans l'engagement humanitaire, sans limite et parfois au détriment de leur propre santé, l'auteur décrit ce qu'est l'abnégation lié à ce choix de vie. Mais ici, les seuls moyens lgaux ne sont pas suffisants, et l'enlèvement comme l'espionnage sont nécessaires pour lutter contre les puissances qui refusent d'entendre ce qu'ils ont à dire. 

 

Ayerdhal signe un très bon roman, doublé d'un livre où l'engagement politique est toujours présent. Car c'est une erreur de laisser l'intervention politique aux professionnels, et il est nécessaire que chacun prenne sa place dans la construction de la société qui est notre bien commun.

 

L'avis de Coeur de Chêne (que je remercie pour le prêt), Emmyne

 

Demain, une oasis, d'Ayerdhal

ed. Le diable Vauvert

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