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11 septembre 2008 4 11 /09 /septembre /2008 07:59

Fabienne Verdier est une artiste passionnée par la calligraphie. Lors de ses études aux Beaux-arts qui l’ennuient, elle décide de tout faire pour partir en Chine apprendre l’enseignement des experts en calligraphie. Mais il y a un hic : Fabienne Verdier est étudiante aux débuts des années 80, période où il est extrêmement difficile pour un occidental de s’installer dans la Chine communiste qui ne s’est pas encore ouverte à l’économie de marché (ni aux droits de l'homme, mais sur ce point, la situation n'a pas changé !).

 

Fabienne Verdier raconte dans cet ouvrage sa vie en Chine pendant presque dix ans (car c'est une autobiographie), les difficultés qu’elle a eu à se faire accepter dans ce pays et les milles complications que lui ont faites les autorités chinoises. On y apprend donc comment vivaient les étudiants chinois dans leur université (très pauvrement), comment tous les niveaux de l’administration étaient contrôlés par les communistes, comment il était impossible de faire confiance à qui que ce soit dans ce pays.

 

Ce qui m’a le plus étonné, et que je connaissais moins (même si je ne connais pas grand-chose à la Chine), c’est le mépris dans lequel étaient tenus les maîtres de la calligraphie. Cet art étant considéré comme ancien et traditionnel, il était banni par les autorités et les anciens professeurs réduits à vivre dans des conditions misérables. Le même phénomène de rejet du passé se produit avec les visites que fait Fabienne Verdier dans les maisons de thé : cet établissement traditionnel est peu à peu supplanté par les habitations modernes qui fleurissent en Chine. Car dans ce pays rural, le but était de construire un monde nouveau, qui n'a rien à voir avec le passé. Et qui va se révéler une véritale catastrophe. 

 

Cet aspect historique est celui qui m’a le plus intéressé, car les considérations sur la calligraphie m’ont beaucoup moins parlées. J’ai du mal à m’imaginer en train de faire un trait horizontal pendant six mois pour vraiment sentir la texture du pinceau et de l'encre, avant de pouvoir accéder à la suite de l’enseignement. Il y a dans cette technique un sens de la patience et du retrait du monde qui m’est totalement étranger.

 

Un ouvrage qui m’a donc plu sur un de ses aspects essentiels, celui du témoignage historique sur une époque plus terrible encore que celle que peut vivre la Chine aujourd’hui. Et rien que pour cet aspect, c’est un livre qui vaut le coup d’être lu !

 

Passagère du silence, de Fabienne Verdier

Ed. Albin Michel

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15 août 2008 5 15 /08 /août /2008 09:29

L’ouvrage dont il est question aujourd’hui est un document sur la vie des femmes afghanes depuis 30 ans (grosso modo). C'est-à-dire qu’on traverse l’histoire de l’Afghanistan, histoire pour le moins mouvementée : le pays est une royauté, avant l’invasion des troupes russes à la fin des années 70, ce qui donne lieu à une première guerre. Puis on suit l’arrivée au pouvoir des moudjahiddins, avant celle des talibans. Enfin, fin 2001, suite à l’attaque américaine, la situation se libéralise…

 

Après huit ans passés à Kaboul au sein d’organisations humanitaires, Anne Lancelot a décidé de donner la parole aux femmes afghanes, pour qu’elles fassent connaître leurs situations, leurs modes de vie et la façon dont elles ont vécu tous les changements politiques du pays. Elle les laisse donc s’exprimer, même si on sent qu’il n’est pas aisé pour elles de se dévoiler. Anne Lancelot intervient très peu au cours du texte, s’immisçant à quelques minces reprises pour présenter un peu plus longuement ses interlocutrices.

 

Les témoignages sont présentés selon huit chapitres, chacun traitant d’un aspect particulier de la vie de ses femmes : la façon dont elles ont vécu la guerre, l’habillement, le mariage ou l’éducation…Le texte semble directement sorti de la bouche de ses femmes, sans mise en forme et sans stylisation inappropriée. Cette manière de rendre la parole de ses femmes est très honnête, même si cela n’a pas facilité ma lecture (deviendrai-je exigeant ?).

 

Ce livre est très intéressant car il permet d’entendre ce que ses femmes ont à dire sur la façon dont elles ont vu défiler ces trente années. Pour beaucoup, l’exil a été obligatoire, soit à l’intérieur du pays (toutes les provinces n’étant pas sous le joug des mêmes pouvoirs), soit au Pakistan voisin, soit plus loin (Les Etats-Unis pour quelques unes d’entre elles).

 

On sent dans leur propos la difficulté et la précarité de la situation, le fait qu’elles doivent endosser de nombreuses responsabilités vu l’absence des hommes, mais les rares présents continuent à contrôler leurs faits et gestes. Ce qui est surtout frappant est l’abnégation dont elles ont du faire preuve pour surmonter leur désespoir, et pour continuer à se former pour gagner leur vie.

 

Le seul petit reproche que je ferai est le choix des femmes qui témoignent, trop homogène à mon goût : elles sont pour la grande majorité d’entre elles plutôt aisées dans leur pays, travaillant dans des ONG ou au gouvernement. Le témoignage d’une boulangère, dont la vie dépend du tandoori, a été le bienvenu pour montrer une autre facette. Mais c’est un reproche presque anodin par rapport à la force qu’on ressent dans ces témoignages, car je comprends la volonté d’Anne Lancelot de présenter une autre facette de ce pays.

 

J’ai reçu cet essai dans le cadre de l’opération Masse critique organisée par Babelio. Je remercie donc Guillaume, qui s’occupe de cette opération, et les éditions Calmann-Lévy qui acceptent d’envoyer les livres dans le cadre de cette opération.

 

Burqas, foulards,et minijupes, paroles d'afghanes, d'Anne Lancelot

Ed. Calmann-Lévy

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30 juin 2008 1 30 /06 /juin /2008 07:58

Je suis venu tardivement au cinéma (cela doit faire 6 ans environ), et je n'ai découvert beaucoup d'auteurs qu'à partir de ce moment-là. J'avais néanmoins quelques noms en tête avant de véritablement me lancer dans cet art, et Tim Burton en faisait partie. Ce devait être l'un des rares cinéastes dont j'avais vu plusieurs films avant 2002 : Batman 1 et 2, Edward aux mains d'argent et Mars Attacks. Depuis 2002, je ne rate pas un opus de l'oeuvre de Burton, même si je n'ai pas encore comblé tout mon retard. Cet essai d'Antoine de Baecque, rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma et chroniqueur régulier dans la revue l'Histoire, m'a donc permis de combler certaines lacunes.

L'œuvre se présente de manière chronologique : on suit le parcours de Burton, de la banlieue de Los Angeles aux plus grands plateaux de cinéma, en passant par quelques échecs personnels traumatisants. On y découvre que Burton a d'abord travaillé pour les studios Disney, en particulier sur Rox et Rouky (loin de son univers actuel) et sur Taram et le chaudron magique (certainement plus proche artistiquement, mais qui fut un échec complet). Par la suite, il va mener une carrière atypique, en travaillant pour les studios (Warner, Fox) mais en gardant sur ses films une emprise importante.

Cette caractéristique est très frappante chez Burton : il bénéficie des moyens des studios, mais parvient à y garder sa patte. Ceci est du en partie au succès de son premier grand film, Beetlejuice (avec Michael Keaton), qui l'impose comme une figure montante. Par la suite, Burton n'aura de cesse d'imposer que les choses se déroulent comme il le veut, et quand il rencontre des oppositions (comme sur le premier Batman), il en sort déconfit.

Cette chronologie, ponctué de beaucoup de succès (Batman, Ed Wood, Sleepy Hollow, L'étrange Noël de Monsieur Jack), est aussi marquée par quelques échecs : le tournage "obligé" de la Planète des singes, la déception liée à la non-réalisation d'un projet sur Superman... Burton est un homme mélancolique, et cela se sent dans son cinéma : le nombre d'être difformes ou marginaux ne se compte plus, et c'est souvent l'inattendu qui l'emporte dans ses films.

On y découvre également ses inspirations, notamment certains films de série B avec Vincent Price, auquel il voue un véritable culte. Et quand il a un projet en tête, on sent que ce monsieur a de la suite dans les idées : il tourne ainsi plusieurs fois avec les mêmes acteurs (Johnny Deep bien entendu, mais aussi Wynona Rider, Michael Keaton, Jack Nicholson, Danny de Vito..). Surtout il mûrit certains projets plusieurs années avant de les réaliser : il en est ainsi de L'étrange Noël de Monsieur Jack, mais également de son dernier opus, Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street, dont il avait acheté les droits à la fin des années 80.

Cet ouvrage est donc une excellente plongée dans le monde fantastique de Burton.

Je profite également du fait que cet ouvrage ait été publié par les Cahiers du Cinéma pour vous informer (ou vous rappeler) que les Cahiers sont aujourd'hui en danger, avec un risque de vente à un autre organe de presse qui pourrait remettre en cause la ligne éditoriale du magazine mensuel. Pour aider les Cahiers, vous pouvez bien sûr l'acheter, et pourquoi pas vous abonner !

 

Tim Burton, de Antoine de Baecque

Ed. Les Cahiers du Cinéma

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23 juin 2008 1 23 /06 /juin /2008 23:25

Visite au Grand Palais pour l'exposition consacrée à Marie-Antoinette. Exposition artistique et historique, présentée de manière chronologique. On y suit le parcours de la future épouse de Louis XVI, de son départ de la cour de Schönbrunn à son enfermement dans la prison du Temple, en passant par la vie au petit Trianon dans les jardins de Versailles. Exposition de peintures, de meubles qui retracent la courte vie de la reine la plus célèbre de France.

J'avoue que je n'y ai pas appris grand chose, le film de Sofia Coppola donnant une vision particulière mais pas totalement absurde de la vie de Marie-Antoinette. Mais la mise en scène des salles est intéressante, avec notamment une deuxième partie consacrée au Trianon, et une troisième beaucoup plus sombre. Deux éléments néanmoins que j'ai appris : l'enthousiasme suscitée par la princesse lors de son arrivée en France, et l'affaire du collier, qui accentue l'image détestable de la Reine, alors qu'elle n'a pas grand chose à voir avec cette affaire.

Et, justement traînait dans ma bibliothèque un petit essai intitulé Marie-Antoinette et le scandale du collier. Quelle coïncidence ! J'ai donc profité de l'occasion pour découvrir cet ouvrage.

Benedetta Craveri, l'auteur italienne, fait oeuvre d'une grande pédagogie : après avoir brièvement résumé l'histoire, elle présente les trois protagonistes de cette sombre affaire d'escroquerie. Marie-Antoinette, la plus célèbre. Le Cardinal de Rohan, homme rejeté par la reine, et qui fait tout pour attirer ses faveurs. Et la Comtesse de la Motte, arriviste dépensière et sans scrupule. Cette dernière va profiter de la crédulité du cardinal pour qu'il achète un collier inestimable, en prétextant qu'elle servira d'intermédiaire à la reine qui souhaite le posséder. Mais une fois le collier récupéré par la comtesse, elle le démonte et revend les pierres qui le compose. Marie-Antoinette ignore tout de la machination, et lorsqu'elle la découvre, il est trop tard. Le bruit court qu'elle a dépensé une nouvelle fortune pour assouvir ce caprice. Calomniez, il en reste toujours quelque chose !

Cette affaire empoisonne la vie de la Reine, qui ne se débarrassera pas de l'image déjà bien ancrée de femme frivole et dépensière. Alors que la future reine avait été reçue comme une déesse, l'arrivée tardive d'un héritier et cette réputation seront à la base des pires calomnies.

Je suis loin d'être royaliste, mais le sort réservé à cette reine a été humiliant. Bien sûr, elle n'a pensé qu'à son plaisir, ses cheveux, ses chapeaux, et le peuple était sa dernière préoccupation. Mais lorsque les nobles, qui ne devaient pas être plus mal lotis qu'elle, la laissent tomber, c'est une jeune femme (elle a 30  ans en 1785 quand éclate l'affaire) qui est envoyée à l'abattoir. Elle n'était vraisemblablement pas encline à occuper ces fonctions de représentation, son plaisir passant avant tout. Mais il est évident que l'image qu'elle a laissée est loin de lui rendre hommage. Je regrette d'ailleurs qu'une partie de l'exposition du Grand Palais n'ait pas été consacrée à l'image que Marie-Antoinette a laissée, et à son évolution. Car il est certain que cette image a évolué. Une prochaine fois ?
 

L'exposition, organisée par la Réunion des musées nationaux, se tient jusqu'au 30 juin.


Marie-Antoinette et le scandale du collier, de Benedetta Craveri

Traduit de l'italien par Éliane Deschamps-Pria

Ed. Gallimard

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9 avril 2008 3 09 /04 /avril /2008 10:36

Il est parfois indispensable de retrouver les fondamentaux, surtout lorsqu'ils sont détournés. C'est pourquoi je me suis plongé dans cet ouvrage sur la vie de Jean Jaurès, dont je ne connaissais au final pas grand chose.

Jean Jaurès, étudiant brillant (normalien en philosophie, premier du concours devant Bergson) quitte le monde de l'enseignement pour se consacrer à la vie politique. D'abord au niveau local, dans sa ville tarnaise de Carmaux. Puis, en devenant député, il prend de plus en plus de poids au sein de la gauche de l'époque, et s'oppose à Jules Guesde lors de la constitution de la SFIO en 1905. Homme politique intègre, il a toujours refusé de participer au gouvernement, même s'il a cautionné la participation de certains de ses amis, notamment avec Waldeck Rousseau et Combes. Pacifiste, il paie de sa vie son engagement en étant assassiné à la veille du déclenchement de la Grande Guerre.

Ce livre, comme beaucoup de Découvertes Gallimard, est très riche en iconographie. La présentation est également originale : le premier chapitre est consacré aux funérailles de Jaurès et à la naissance du culte qui lui est voué. Ensuite, on reprend la vie de Jaurès, de son soutien aux mouvements des coopératives verrières à Albi à son travail journalistique, en particulier au travers de la création de l'Humanité.

Cela m'a aussi questionné sur l'enseignement de l'histoire. J'ai eu la chance de faire des courtes études d'histoire après le lycée, et on s'aperçoit vite que la manière d'aborder l'histoire y est totalement différente de celle du secondaire. Néanmoins, on reste sur une analyse très liée au pouvoir : le rôle des gouvernements, les jeux de pouvoir entre partis. Et comme Jaurès n'a jamais pris part à un gouvernement, j'en savais presque moins sur Jaurès que sur Waldeck Rousseau (qui a mis en place la loi de 1901 sur les associations) ou Combes (Séparation de l'Eglise et de l'Etat). Et pourtant, que la postérité intellectuelle de Jaurès est immense, et qu'il serait parfois bon de s'en inspirer.

Un livre qui m'a donc fait beaucoup de bien, et qui m'a rassuré sur ce que je pensais : ceux qui se réclament aujourd'hui à hauts cris de Jaurès (et de Blum, que je connais un peu mieux) ne sont que des usurpateurs, peu scrupuleux de véracité historique, qui mangent à tous les râteliers pour obtenir quelques bulletins supplémentaires dans les urnes. Et le pire, c'est que ça marche !

 

Jaurès, la parole et l'acte, de Madeleine Rebérioux

Ed. Découvertes Gallimard 



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18 mars 2008 2 18 /03 /mars /2008 09:01

Une fois n'est pas coutume, je vais vous parler aujourd'hui d'un documentaire diffusé mardi dernier sur Arte, qui avait pour sujet la multinationale Monsanto.

Pour faire vite, Monsanto est une entreprise de plus d'un siècle, spécialisé au départ dans la chimie, puis qui s'est ensuite tourné vers les pesticides et les OGM. Aujourd'hui, Monsanto est le leader sur le marché des pesticides avec Round-Up, et 90 % des OGM cultivés dans le monde sont sous leur contrôle, par l'intermédiaire des brevets.

Le film, à travers des recherches sur Internet, essaie donc de savoir comment Monsanto à réussir à devenir une firme aussi puissante. Marie-Monique Robin fait ainsi un excellent travail de journalisme sur la vie de cette entreprise.

Et le résultat est édifiant. De nombreux scientifiques sont en partie liés à Monsanto. Le scandale des PCB, matière toxique qui était utilisée dans les installations électriques, ou les hormones de croissance bovine, utilisées pour faire produire plus de lait aux vaches, ont été promues par Monsanto. 

Dans tous ces cas, Monsanto s'est entendu avec l'administration américaine pour faire passer cela sous silence. Alors que le ministre de l'agriculture ou le responsable de l'agence de l'alimentation connaissaient les risques liés à ces productions, ils se sont tus devant les intérêts économiques américains. Un autre élément hallucinant est le jeu de chaises musicales entre les postes à Monsanto, et ceux de ces administrations. Du copinage à grande échelle !

Mais ce que j'ai trouvé très frappant et très inquiétant, ce sont les pressions qui pèsent sur les chercheurs qui questionnent le travail de Monsanto. Ils sont systématiquement placardisés, leurs financements sont coupés, car Monsanto arrive à taper assez haut pour couper tous les robinets. Et comme ce qui dit Monsanto est généralement nié quelques années après (La biodégradabilité du Round-UP, par exemple), il est difficile de leur faire confiance quand ils annoncent que leur recherches actuelles, notamment sur les OGM sont sans danger.

Et le documentaire dénonce aussi la situation en Inde, où le nombre de paysans endettés qui se suicident augmente de manière vertigineuse. Et ceci en lien avec Monsanto, puisque c'est à elle que les paysans doivent acheter leurs semences. La situation au Mexique, où le maïs local est infecté par les OGM, non pas ceux cultivés mais ceux importés pour la consommation. Et la forme des plantes OGM, de vrais Freaks.

Un documentaire à voir, qui fait froid dans le dos mais qui est nécessaire pour se rendre compte des risques que la science peut faire courir à l'humanité, à l'environnement et à l'équilibre économique de la planète, lorsque la science devient un pur produit commercial. Vraiment, n'ayez pas peur de vous pencher sur ce beau travail de journaliste.

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