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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 19:40

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/Grandes110/9/7/6/9782911939679.gifDans ce court essai, John Berger, figure intellectuelle de l'altermondialisme, expose l'idée que le monde capitaliste tel que nous le vivons et nous le connaissons est une prison. Prison en quelque sorte inconsciente, mais de laquelle nous n'arrivons pas à nous extraire. Et de laquelle personne ne souhaite nous extraire.


La thèse de Berger ne part pas de rien. Le fondement de sa réflexion est l'œuvre de Foucault, qui a lui même travaillé sur le pénitencier et la prison. Mais leur source commune, c'est Jérémy Bentham, philosophe et économiste, féru de libéralisme économique et qui a également théorisé le moyen de toujours contrôler les prisonniers à l'aide du Panoptique. L'idée du panoptique, c'est de construire des pénitenciers circulaires, dans lesquels un gardien, placé dans une tour au centre du cercle, est suffisant pour avoir un œil sur tous.


Pour Berger, l'œuvre de Bentham est à la base d'un emprisonnement plus large, celui dont sont victimes les êtres humains dans le système économique dominé par le capital financier non industriel. Mais pour Berger, la prison dans laquelle nous sommes n'a pas pour but d'enfermer, mais plutôt celui d'exclure. La différence est minime, certes, mais je trouve que l'image est assez parlante.


Autre point que Berger discute est celui que l'idée du cyber-espace soit celui de l'emprisonnement le plus fort. La non limitation de nombreux espaces, l'ouverture, virtuelle ou réelle, à divers univers en quelques instants, peut paraître une opportunité phénoménale, mais elle a un revers : en détruisant les repères, en passant du réel au virtuel, notamment en terme financier, les prisonniers ne savent plus contre quoi s'emporter, et sont anesthésiés, condamner à rester dans leur enfermement, individuellement.


Dans ces courts chapitres, Berger utilise plusieurs sources pour défendre sa thèse. Si l'ensemble n'est pas une démonstration brillante, l'ensemble des exemples choisis par John Berger est cohérent, et cette cohérence est de plus en plus flagrante au fil de la lecture. L'emprisonnement économique est peut-être une thèse outrée, mais elle a certainement un fond de vérité qui est malheureusement beaucoup plus répandu que ce dont on veut se rendre compte.


Ouvrage publié par les éditions Indigènes, ceux-là même qui ont également publiés « Je suis prof et je désobéis », très bon essai sur la situation de plus en plus précaire des personnels de l'enseignement.

 

Dans l'entre-temps. Réflexions sur le facisme économique, de John Berger

Ed. Indigènes - Ceux qui marchent contre le vent

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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 07:45

Comme j'avais pu le dire lors de ma lecture de quelques nouvelles de Maupassant, la période 1870-1871 est assez méconnue, alors qu'elle est une des charnières de l'histoire de l'Europe telle que nous la connaissons. Parmi les éléments les plus connus, bien que peu médiatisés, il y a la Commune de Paris, qui se déroula au printemps 1871. Auparavant, la France a connu une défaite militaire retentissante face à la Prusse, la chute d'un Empire et l'avènement dans la douleur de la République, troisième du nom, et l'Allemagne a eu droit à son unification. Et tout cela en moins d'un an. Ce sont ces événements que Pierre Milza retrace dans cet ouvrage, premier tome qui sera suivi d'un second consacré lui plutôt aux événements de la Commune de Paris.


Si cet ouvrage est intitulé guerre franco-prussienne, c'est parce que celle-ci occupe une large partie des nombreux chapitres de l'ouvrage, tout en laissant la place à des ouvertures passionnantes. Dans le premier chapitre, Milza revient sur les raisons de cette guerre, et en impute la responsabilité à Bismarck et aux prussiens pour qui ce conflit était une occasion d'accélérer l'unification de l'Allemagne au profit de la Prusse, et aux dépends de l'Autriche-Hongrie, en période de déclin mais qui cherche à prendre dans son giron les états allemands du Sud (Bavière, Wurtemberg,...).


Pour la première fois, j'ai pris connaissance de la manière dont s'est déroulée cette guerre. Pas encore mécanisée, elle a fait de nombreux morts des deux côtés. Après une invasion du territoire français par l'Alsace, les prussiens ont ensuite poursuivi leur marche jusque Paris, en prenant Sedan (où fut capturé Napoléon III), puis Metz (défendue par Bazaine, dont la responsabilité militaire est très largement engagée dans la défaite). Quelques ilôts de résistance persistent (Belfort à qui on doit le Lion de la place Denfert-Rochereau, Dijon qui sera reprise par Garibaldi, Paris dans laquelle les prussiens-allemands n'entreront pas) mais la victoire allemande est éclatante, puisqu'ils vont jusque Tours ou Le Mans. La défense, assurée par des milliers de français de métropole ou des colonies, a également été assurée par les volontaires venus de pays étrangers pour défendre la République, comme Garibaldi et ses chemises rouges ou d'autres citoyens venus de pays plus lointains.

 

 

En parallèle se met en place la République. Après la capture de Napoléon, la République est proclamée à Paris le 4 septembre. L'installation fut loin d'être simple, avec un gouvernement coupé en deux, un morceau à Paris (Trochu, Favre, Simon, Ferry) et l'autre à Tours (Gambetta et Freycinet). Les dissensions sont nombreuses, notamment entre les partisans d'un arrêt des hostilités et ceux qui veulent se battre jusqu'au bout (parmi eux, Gambetta ou Clemenceau). Se développent également, à Paris mais aussi à Lyon et surtout à Marseille, des mouvements insurrectionnels demandant l'instauration de Communes, inspirées de la Révolution et qui sont les prémices de celles du printemps. On voit clairement que les républicains, s'ils s'opposent aux monarchistes (orléanistes ou légitimistes) et aux conservateurs, doivent affronter une opposition sur leur gauche, loin d'être nulle. Et comme plus tard en 1919, l'Assemblée élue le 4 février suite à l'arrêt des hostilités est très largement de droite, et elle porte au pouvoir Thiers, ancien proche de Talleyrand et ministre de Louis-Philippe, qui accepte la République, notamment car elle lui permet d'assouvir ses ambitions personnelles (Rien de bien neuf sous le soleil, en quelque sorte).


L'autre point très intéressant de cet ouvrage est de s'intéresser à la vie quotidienne, en particulier celle des parisiens. Car si les prussiens ne sont pas entrés dans Paris, ils ont fait le siège de la ville pendant plusieurs mois. Les sorties militaires ont été des boucheries, et les parisiens ont été contraints de vivre à l'intérieur des remparts (approximativement le périphérique aujourd'hui). L'enthousiasme du départ laisse peu à peu la place à la course pour se nourrir. Les animaux du Jardin des Plantes, comme les rats, les chiens ou les chats seront la nourriture d'une grande partie de la population parisienne, même si certains quartiers sont relativement épargnés, car les plus riches ont des ressources.


Dernière grande guerre européenne du XIXeme Siècle, elle a laissé beaucoup de monde sur le carreau. Tout cela pour permettre aux prussiens de justifier assez facilement l'unification allemande. Pierre Milza est un très bon historien, et arrive à rendre très vivante toute cette époque, en ne passant pas sous silence beaucoup d'éléments souvent ignorés. Un très bel ouvrage, que je conseille vraiment à tous les amateurs d'histoire. Et j'attends maintenant le second tome, pour continuer à explorer cette année terrible, comme l'a qualifiée Victor Hugo, figure majeure de cette période et qui sert à Pierre Milza pour introduire le sujet.

 

"L'année terrible" : la guerre franco-prussienne septembre 1870 – mars 1871, de Pierre Milza

Ed. Perrin

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5 octobre 2009 1 05 /10 /octobre /2009 07:33

Ce court essai, lu en une vingtaine de minutes, est une approche très intéressante et éclairante des politiques actuellement mises en œuvre dans le monde de l’Education Nationale. En quelques pages, le lecteur comprend que toutes les lois et mesures votées depuis 2002 par les gouvernements successifs ont un sens, et qu’il va malheureusement vers le moins-disant.

 

L’auteur de cet ouvrage est Bastien Cazals, directeur d’une école maternelle de l’Hérault, et connu pour être une des figures de proue du mouvement de désobéissance qui a cours dans ces écoles.  Son parcours est intéressant : scientifique, il passe par les classes prépa avant d’intégrer une école d’ingénieur. Puis, mal à l’aise dans le monde de l’entreprise privée, lieu de la concurrence à tout crin, il se tourne vers un milieu qui lui semble plus coopératif et humain : l’éducation. Depuis 2002, il est donc professeur des écoles, et directeur depuis 2004.

 

Son propos est de remettre en perspective l’ensemble des mesures gouvernementales, et de monter leur cohérence. De la diminution des effectifs, élément le plus visible (16 000 suppressions encore annoncées en 2010) à la transformation du mode de recrutement et de formation (le stage avec horaires adaptés (6 heures au lieu de 18h) est supprimé, et on envoie les nouveaux professeurs à temps plein dans des classes), en passant par la tentative de réforme du lycée qui va revenir sur le tapis ou le changement des maternelles, toutes ces mesures ont un seul objectif : réduire les dépenses, sans réfléchir un seul instant aux pertes que celui induit, notamment en terme de services publics. Car il est bien entendu que ce qui n’est plus fait par l’Etat, comme l’accueil des enfants en maternelle dès 2 ans, permet à des entreprises privées de s’emparer des marchés juteux qui le gouvernement lui offre.


L’autre élément qui ressort est cette destruction d’un système qui fonctionne globalement correctement, pour montrer que ça ne marche pas et qu’il faut tout casser. Ce qui a lieu pour la Poste  ou la Sécurité Sociale s’applique également à l’enseignement. Symbole de cette dérive, le statut des professeurs remplaçants, qui connaissent aujourd’hui des conditions de travail difficiles (informations reçues au dernier moment), et qui sont parfois nommés en dépit du bon sens. Ce qui conduit à ce que des élèves se retrouvent sans professeru à la rentrée, le système fonctionnant quasiment à flux tendu. C’est en presque à croire qu’en ne permettant pas aux enfants d’avoir une école digne de ce nom, hormis pour les plus aisés, on cherche à les écarter de la vie démocratique et de la vie en société, en les laissant se dépatouiller seul dans leur gadoue. Malheureusement, de telles situations se retournent souvent contre ceux qui souhaitent en profiter, et pas toujours de la manière la plus pacifique qui soit…

 

Sur l’aspect désobéissance, Bastien Cazals ne s’étend pas, mais le portrait qu’il dessine est assez éloquent pour justifier sa volonté de ne pas répondre à toutes les demandes académiques, qui sont loin de toutes être fondées !

 

Je suis prof et je désobéis, de Bastien Cazals

Ed. Indigène - Ceux qui marchent contre le vent

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27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 19:38

Le grand trucage, ce n’est pas un best-of des meilleurs coups de bluff de Patrick Sébastien , ni la liste des effets spéciaux les plus spectaculaires du cinéma français. Cet essai traite, plus modestement, des utilisations abusives, erronées et/ou volontairement fausses que les politiques font des statistiques. Ou pire, comment ils font en sorte de casser le thermomètre pour dire que tout va bien. Lorraine Data, pseudo sous lequel se cachent des statisticiens et des chercheurs tenus par le devoir de réserve (car pour la plupart d'entre eux fonctionnaires), explore différents domaines dans lesquels les politiques interviennent facilement : les chiffres du chômage, ceux de la délinquance, la mesure du pouvoir d’achat, la pauvreté, l’éducation ou l’immigration. Attention, il n’est pas question de remettre en cause le travail des agents statisticiens (ce qui peut être sujet à débat, bien entendu, mais qui est souvent fait avec la plus grande démagogie possible) et de jeter le discrédit sur l’ensemble des informations publiées, mais de dénoncer ce lien illégitime entre politique et statistique.

 

Sur les différents thèmes abordés, le lecteur apprend que les politiques ont des manières diverses d’intervenir, et que cela ne se fait pas sans l’accord des dirigeants que l’Etat met à la tête des instituts producteurs de statistiques (comme l’Unedic, ou l’ex-ANPE, dont le statut est différent de celui de l'Insee, direction ministérielle paradoxalement plus indépendante). Dans certains cas, les politiques (soit le gouvernement) font en sorte de prendre les données qui les arrangent, quitte à les faire évoluer dans le sens qu’ils souhaitent. Cette tendance à la manipulation de statistiques, si elle n’est pas neuve, atteint des dimensions actuellement assez inquiétantes, le chiffre ayant pris une place de premier ordre dans le débat public. Un chiffre, lancé dans un débat, fait plus autorité qu’un long discours.

 

Cette dénonciation des pratiques politiques est louable et nécessaire, mais le propos est parfois un peu confus. On a du mal à ressentir, pour chaque sujet, tous les enjeux liés à cette manipulation. Dans certains cas, comme sur les statistiques du chômage, la présentation est malheureusement trop technique pour parler au plus grand nombre. Sur d’autres sujets, comme l’éducation ou l’immigration, le propos est plus clair : ceci est certainement dû au fait dans ces cas-là, le débat est moins interne au petit monde des statisticiens. Quand le cabinet de Darcos, à l’Education Nationale, bloque la publication des chiffres qui le dérange, c’est plus simple à expliquer et à concevoir pour le lecteur qu’une discussion sur les chômeurs qui sont ou non pris en compte, et les subtilités de publication.

 

Ce que je retiens de ce livre, ce n’est pas tant une dénonciation des pratiques des politiciens qu’une critique sous-jacente des journalistes, qui soit ne connaissent pas les sujets et les chiffres, et ne peuvent pas répliquer, soit pour certains sont à la botte des ministres et répercutent tout ce qui vient des ministères. C’est certainement ce rôle-là, celui d’interprète des chiffres et de contradicteur potentiel du politique qui à revoir. Maintenant, cela n’exonère en aucun cas les politiques de leur responsabilité, surtout quand une décision arbitraire du premier d’entre eux risque de briser l’édifice actuellement en place en envoyant une partie des effectifs remplacer les militaires en Lorraine (D’où le pseudo des auteurs). Car malheureusement, comme dans beaucoup de milieux, celui de la statistique publique, indépendante, est en proie aux réductions d’effectifs, aux nécessités de faire toujours plus avec moins, et lorsque le politique s’en mêle, le pire est à craindre…

 

Le grand trucage - Comment le gouvernement manipule les statistiques, de Lorraine Data

Ed. La Découverte

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7 septembre 2009 1 07 /09 /septembre /2009 09:10

Voici un court essai très intéressant, qui aborde les questions économiques, écologiques et technologiques, en montrant leurs interactions. L’auteur, journaliste au Monde, aborde de nombreux sujets, plus ou moins attendus, et son analyse est pertinente et convaincante sur un certain nombre de points.

 

Le premier point intéressant est lié aux références d’Hervé Kempf. Son analyse du système capitaliste utilise les réflexions de Thorstein Veblen, économiste qui a mis en avant le caractère de compétition de ce système. Non la compétition des entreprises, mais celles des individus qui essaient de ressembler, de s’approcher d’une image dominante. De là, la consommation n’est plus rationnelle ou dictée par les réflexions poussées de l’homo economicus, mais répond à des besoins d’identification. Ce phénomène, d’abord restreint géographiquement, a pris une dimension planétaire avec les nouveaux modes de communication, et met en péril à la fois les cultures, mais aussi la planète qui ne pourra pas répondre indéfiniment à ces demandes souvent superficielles (et que les occidentaux pourraient avoir la bonne idée d’abandonner également).

 

Après un passage un peu plus attendu sur la montée de l’individualisme, et une illustration via le passage du landau à la poussette assez surprenante, l’auteur montre que la psychologie a pris le pas sur la sociologie. Dans l’analyse d’un phénomène, la responsabilité incombe immédiatement aux individus, sans réflexion sur l’environnement dans lequel cet incident s’est produit. Il cite ici l’exemple connu de Jérôme Kerviel, condamné sans que le travail des traders ne soit questionné.

 

Le passage le plus convaincant concerne la dénonciation de la croyance en une possibilité technique de mettre fin aux rejets de carbone de l’atmosphère, et ainsi de sauver le capitalisme et la planète (idée saugrenue, qui est de moins en moins défendable). Un à un, il démonte les différents systèmes vantés par les autorités pour montrer les progrès effectués en terme de protection de la planète : le nucléaire (passage qui m’a convaincu que cette technologie est loin d’etre la solution, alors que mon avis n’était pas tranché), les éoliennes (alors que Kempf en a été un ardent défenseur), car leur production est bien trop minime, la captation de CO2 dans le sous-sol, les agro-carburants ou les pétroles bitumineux de l’Alberta au Canada.

 

Il évoque également un pénomène très inquiétant lié à la pêche : au large de la Namibie, il y avait une zone fortement poissonneuse, qui a été largement vidée suite à la pêche intensive. S’apercevant de la diminution du nombre de poisson, la pêche a été réglementée, mais trop tardivement : les méduses, animaux carnivores qui mangent les petits poissons, avaient pris la place, et les poissons n’ont jamais pu se réapproprier cet espace. La même situation a eu lieu au large de Terre-Neuve, où les morues n’ont pas pu se reproduire de manière aussi importante qu’avant malgré l’arrêt de la pêche. L’homme ne sait pas précisément quelles sont les conséquences d’un changement infime de l’éco-système, mais semble croire qu’il est facile de revenir à la normale, même avec une augmentation de la température de deux degrés.

 

Après une anecdote symptomatique lors d’un débat avec Guillaume Sarkozy, du Medef, qui lui demande si sa solution est le retour à la bougie (l’argument classique et imbécile de ceux qui ne se posent pas de question !), Hervé Kempf termine son ouvrage en prônant la coopération plutôt que la concurrence, la taxation des riches, l’éloge de la lenteur et la volonté d’une paix perpétuelle. Si ses souhaits semblent utopiques, ils me paraissent la meilleure et seule solution face aux changements radicaux auxquels nous devrons faire face dans quelques décennies, ou plus rapidement…

 

Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, de Hervé Kempf

Ed. du Seuil - Histoire immédiate

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15 mai 2009 5 15 /05 /mai /2009 10:14

Passionné par les romans et par les films, donc par les histoires souvent hors normes qui y sont racontées, ce livre est une approche intéressante pour comprendre cet attrait des histoires, et voir comment elles sont détournées dans les milieux économiques et politiques, soit les milieux de pouvoir, pour conditionner les citoyens.

 

Le storytelling est l’art de raconter des histoires. Pas nécessairement à travers un scénario ou un roman, mais plutôt dans un but économique ou politique. Dans cet essai sur ce thème à la mode, Christian Salmon raconte comment les histoires ont pris une place prépondérante dans de nombreux aspects de la société actuelle, et pourquoi elles rencontrent un tel succès.

 

La première partie de l’essai s’intéresse à l’aspect économique du storytelling. Ou comment les entreprises les plus influentes ont commencé à raconter des histoires pour attirer des clients en créant de l’empathie. Conscient de la baisse d’influence des marques et des symboles (ou logos) les caractérisant (le plus célèbre étant le swoosh de Nike), elles ont réalisé le potentiel d’adhésion qu’ont les histoires auxquelles le consommateur peut s’identifier. Suite à cette prise de conscience, toutes les entreprises ont fait appel à des « spins doctors », spécialistes de la narration se faisant grassement rémunérés pour leurs interventions. Un autre but du storytelling, pratique aux origines anglo-saxonnes qui a largement essaimé, est de créer une communauté parmi les clients ou les salariés d’une même marque. Derrière l’image donnée par ces fictions, les dirigeants souhaitent créer un sentiment d’appartenance fort.

 

Outre l’aspect économique, les histoires occupent une place importante dans le domaine de la politique. Lancée par Nixon et reprise ensuite par tous les présidents américains (de Reagan, ancien acteur de son état et grand stratège du storytelling à Bush, en passant par Clinton, qui a repris une partie de l’équipe  chargée de la communication de Reagan lorsqu’il est arrivé au pouvoir), cette méthode imprègne toutes les pratiques politiques actuelles. Et ceci a été jusque lors de la dernière campagne présidentielle Obama / Bush, avec la mise en avant de Joe le plombier, qui s’est révélé être au final un imposteur. Et s'étend à la France, comme le montre le déroulé de la dernière campagne présidentielle, qui a relégué les idées au placard pour mettre en avant quelques slogans et des images fortes.

 

Si ces méthodes, pas toujours parfaitement connues, ne sont guère étonnantes, l’aspect le plus inquiétant du storytelling est la place qu’il occupe dans le milieu militaire. Dans le chapitre consacré à cette question, Christian Salmon montre bien les liens qui unissent Hollywood, créateur d’histoires s'il en est, et le milieu militaire américain.  La mise au point de jeu vidéo de simulation guerrière, en privilégiant le réalisme et les histoires crédibles, sont l’un des points culminants de cette collusion pas si neutre que cela. Et Jack Bauer, héros qui sauve l’Amérique par des moyens assez peu légaux comme la torture, est une des images qui montre bien la dérive qui existe, où l’on confond réalité et fiction. Au point qu’un juge de la Cour Suprême des Etats-Unis en est venu à utiliser l’exemple de Jack Bauer pour justifier les méthodes des soldats en Irak. Evidemment, puisque Bauer réussit à sauver San Francisco d’une bombe atomique, pourquoi les GI ne sauveraient-ils pas la démocratie en Irak en utilisant les mêmes méthodes ?

 

Au final, essai instructif et stimulant sur les relations que nous pouvons avoir avec les histoires qui nous entourent, et qui bien souvent prennent les pas sur l’information et l’analyse. Car des faits et des histoires individuelles ne peuvent pas suffire à comprendre les évolutions de la société dans laquelle nous vivons. Veillons donc à ne pas trop souvent nous faire abreuver d’histoires, mais à ne pas gâcher son plaisir quand on sait clairement qu’on est dans une fiction, comme dans un roman ou dans un bon film…

 

Storytelling, de Christian Salmon
Ed. La découverte

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9 mai 2009 6 09 /05 /mai /2009 07:14

Nicolas Sarkozy, lors de la campagne présidentielle, a fait beaucoup usage de références historiques parfois logiques et attendues (De Gaulle, Verdun,...), mais aussi surprenantes, les plus fameuses étant celles de Jaurès et de Guy Môquet. Avec l'aide des éditions Agone, le collectif de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH), qui s’exprime notamment contre les lois dites mémorielles et plus largement contre toute intrusion politique dans le travail de l’historien, reprend les thèmes ou personnages utilisés par Sarkozy dans ses discours lors de la campagne de 2007, et confronte l’utilisation politique qui en est faite avec la vision des historiens.

Une préface introduit le texte, et l’un des éléments les plus marquants est le classement des références par nombre d’itérations : le personnage historique le plus cité est Jaurès, devant De Gaulle, Ferry et Blum. Trois de gauche, pour un de droite. Première surprise de taille. Ce qui participe au brouillage du clivage droite / gauche, sur lequel joue Sarkozy. Un autre point de cette préface met le doigt sur la volonté de non-repentance de Sarkozy face à l’histoire. Il prend ainsi le contre-pied de Chirac, qui avait reconnu le rôle de la France dans les déportations. Surtout, et ceci est flagrant à la lecture des articles qui suivent, on voit que Sarkozy fait un usage quasi marketing de l’histoire, en associant selon ses besoins des personnages qui n’ont rien à voir entre eux, et que parfois tout oppose, hormis le fait d’être français. Une des phrases souvent citée décrit la France comme celle « de Saint-Louis et de Carnot, celle des croisades et de Valmy, celle de Pascal et de Voltaire, celle des cathédrales et de l’Encyclopédie, celle d’Henri IV et de l’Edit de Nantes ». Par cette accumulation, qui n’interroge pas les faits mais ne fait que les juxtaposer, Sarkozy (et les rédacteurs de ses discours) essaie de donner son idée de la Nation, qui ne semble pas réellement faite d’histoire.


Par la suite, chaque thème est décliné, comme dans un dictionnaire, par différents historiens, selon leur spécialité. On y trouve des hommes de droite (De Gaulle, Barrès), de gauche (outre ceux déjà cités, Clemenceau), des rois de France ou des empereurs (Charlemagne, Napoléon, Napoléon III), des historiens ou des philosophes (Marc Bloch, Condorcet). De nombreuses entrées sont liées à des thèmes, comme communautarisme, Fin de l’histoire, ou à des événements (Révolution Française, Commune, Vichy).

 

J’ai noté quelques passages très intéressants qui donnent un éclairage instructif sur l’utilisation que fait Sarkozy de l’histoire, et sur sa manière de penser. L’article sur l’Afrique reprend son discours de Dakar, et dénonce plus largement la vision fantasmée que Sarkozy a de ce continent, parlant à plusieurs reprises de terre « mystérieuse », de « sagesse ancestrale » ou d’ « âme africaine ». Il ne manque plus que « les Africains jouent bien au foot et ont le rythme dans la peau » ! Liée à sa volonté de ne pas se repentir des méfaits de la colonisation, l’auteur y dénonce les relents colonialistes de ces discours. Dans « les Croisades », Françoise Micheau met en question l’opposition faite par Sarkozy entre une histoire de droite et une histoire de gauche, entre lesquelles il n’hésite pas à décrire un mur infranchissable, hermétique. Frontière une nouvelle fois fantasmée, car les historiens ont leur préférence et leurs interprétations, personne ne nie les conséquences historiques des Croisades ou de la Commune.

En fait, ce sont généralement les articles les plus généraux (comme Féodalités ou Lutte des classes) que j’ai trouvé les plus intéressants, car ils explorent non seulement les approximations ou les omissions historiques, mais surtout ils montrent la cohérence conservatrice des discours de Sarkozy. Il ne voit l’histoire que par des figures, et non par un déroulement logique de faits. Comme s’il avait l’intention de mettre sous le tapis l’histoire de France. Les personnalités sont constamment rattachées à leur région d’origine, pour flatter l’auditoire (Godefroy de Bouillon à Metz, Kléber à Strasbourg, Jean Moulin à Lyon) et jamais remises dans leur contexte politique. Ceci est flagrant pour Jaurès et Blum, que Sarkozy utilise en dépit des réalités historiques, mais également pour Jules Ferry, dont il ne garde que la loi sur l’école et laisse de côté sa politique coloniale (comme tout le monde, d’ailleurs). Les personnalités historiques sont là pour un panthéon, et rien ne sert de vouloir comprendre pourquoi elles y sont, l’objectif étant de créer chez l’électeur un lien culturel et psychologique suffisant pour qu'il glisse le bon bulletin dans l'urne. Malheureusement, Sarkozy semble y être arrivé…

Sur Jaurès, voir ce billet consacré au Découvertes Gallimard signé Madeleine Rebérioux.

 

Comment Nicolas Sarkozy écrit l'histoire de France, sous la direction de L. De Cock, F. Madeline, N. Offenstadt, S. Wahnich

Ed. Agone - Comité de vigilance des usages publics de l'histoire

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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 08:53

Il y a quelques jours ont été fêtés les 80 ans de Tintin. Et par une troublante coïncidence, j’étais plongé depuis quelques temps dans un essai très intéressant sur le monde de Tintin, un essai sur le comique hergéen. Et qu’y apprit-on, dans cet essai ?

 

On y apprend tout d’abord les différentes influences qui ont inspiré Hergé pour ses différents personnages, notamment Rodolphe Töppfer. On y découvre également comment Hergé a fait évoluer le comique dans son œuvre, à la fois à l’intérieur des aventures de Tintin avec l’introduction de nouveaux personnages, mais aussi avec d’autres de ses albums. Ainsi, la première aventure de Tintin, chez les Soviets, est un coup d’essai pour Hergé : Tintin est un héros farceur, ruseur, beaucoup plus polémique que dans les albums suivants. Cette fibre existe encore chez Tintin au Congo ou en Amérique, mais elle disparaît peu à peu chez le héros principal. En effet, l’introduction de personnages secondaires comme les Dupondt, puis Haddock et enfin Tournesol font que l’aspect comique de la série va se déporter de Tintin vers ses acolytes. Et les Tintin des Soviets va se retrouver chez Quick et Flupke, les deux garnements qui sont les autres héros de Hergé.

 

Cette perspective historique étant posée, l’auteur emmène ensuite le lecteur vers les différentes formes de ce comique, de manière très didactique et fouillée. Il s’attarde ainsi sur le rôle des Dupondt, personnages n’ayant aucun lien de famille mais faisant preuve d’une similarité de gestes et de réflexions tout à fait étonnantes. Sur le rôle du Capitaine Haddock, le râleur, le ronchon qui fait le contrepoids parfait du très placide Tintin.

 

L‘auteur décrit également les gags qui reviennent à plusieurs reprises dans les albums d’Hergé. Ainsi, Hergé prend un malin plaisir à ce que le Capitaine Haddock soit aspergé d’eau, liquide qu’il exècre : par un lama, par un pommeau de douche qu’il confond avec un téléphone, par un lave-vitres… De même, le Capitaine est le personnage qui fait entrer le burlesque dans les épisodes, notamment par sa propension à constamment se cogner, à tomber de sa couchette ou dans l’escalier,…

 

Mais le comique réside également dans les dialogues. Outre les insultes utilisées par le Capitaine (hors contexte, certaines sont très étonnantes), l’auteur insiste sur la construction des planches et sur le fait qu’un événement devient comique car il contredit souvent ce qui vient d’être dit juste avant. Ainsi, à chaque fois que les Dupondt expliquent qu’il n’y a aucun problème, une catastrophe ne tarde pas à se produire.

 

L’auteur analyse aussi la satire, qui n’est pas le comique le plus utilisé par Hergé mais qui est présent, notamment dans Les bijoux de la Castafiore. Album que l’auteur considère du point de vue comique le plus réussi, car cet épisode ne tient que sur la vie à l’intérieur de Moulinsart. Il est notamment question de l’attirance entre le Capitaine et Bianca Castafiore, distillée de manière implicite dans quelques cases, et dont l’auteur donne ici toute la saveur.

 

Il est encore question d’Abdallah, de Séraphin Lampion ou du Général Alcazar, mais je conseille vraiment cet essai paru aux Editions Moulinsart aux amateurs de Tintin, car il permet de manière très ludique une approche plus détaillée de l’univers d’Hergé. Et donne immanquablement envie de plonger à nouveau dans les aventures de ce héros presque parfait, mais entouré de tellement de personnages secondaires décalés que l’humour est très souvent présent.

 

Le rire de Tintin, essai sur le comique hergéen, de Thierry Groensteen

Ed. Moulinsart

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21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 07:32

Voilà un ouvrage qui m’a beaucoup plu. Denis Podalydès a regroupé dans ce recueil différentes chroniques qu’il a rédigé pendant 10 ans, entre deux scènes sur un plateau de tournage à la sortie d’une répétition ou d’une représentation théâtrale,…

Petit retour rapide sur l’auteur : Denis Podalydès, acteur de théatre, à la Comédie Française en particulier, a également tourné au cinéma, soit avec son frère Bruno (Le mystère de la chambre jaune, Le parfum de la dame en noir,...), soit avec d’autres réalisateurs (La chambre des officiers, Embrassez qui vous voudrez). Il est également metteur en scène, en particulier pour Cyrano de Bergerac qui triomphe depuis quelque temps à la Comédie Française.


Venons-en à présent à cet ouvrage. A travers ces nombreuses chroniques, on ressent tout le travail du comédien, sous les aspects à la fois positifs (le succès, la gratification) et négatifs (l’attente, la répétition des spectacles). C’est la première fois que je lis ce genre d’anecdote sur des tournages ou des répétitions : l’attente interminable d’une minuscule scène, qui demande maquillage et costume, et qui finalement ne pourra pas être tournée ce jour-là et oblige le comédien à revenir. Et si elle est tournée, la concentration s’est envolée, et le tournage devient très difficile.


Il y aussi toute la vie de la Comédie-Française qui est dévoilée. L’auteur transforme les noms des différents comédiens, et le néophyte n’arrive donc pas à reconnaître les acteurs en question. Néanmoins, pour les personnes proches de la troupe, il est évident qu’ils peuvent se reconnaître. Une nouvelle fois, on rentre dans l’intimité de la vie d’une troupe d’acteur, qui occasionne comme tout travail en commun son lot de jalousies, de rancoeurs, d’amitiés. On y découvre aussi la précarité de certains comédiens, qui peuvent chaque année se faire renvoyer de la troupe. Ainsi que l’aspect arbitraire qui peut entrer en compte pour les entrées au conservatoire.

Denis Podalydès ne procède pas ici à un règlement de comptes, mais donne à voir la banalité du métier d’acteur, qui procure parfois un moment de bonheur intense, comme lorsqu’il joue La Forêt, d’Ostrovski. La banalité d’un métier où il faut jouer coûte que coûte une pièce qu’on ne trouve pas forcément très bonne, mais pour laquelle on est engagé, où on tourne en province. Bien sûr, Denis Podalydès n’est pas le plus précaire des comédiens de la Comédie-Française, loin de là, mais son témoignage est éclairant pour toute personne ayant une connaissance ou une expérience de l’activité théâtrale. Et tout cela est bien écrit, ce qui n’enlève strictement rien à la découverte de ce milieu.

Enfin, l'auteur se dévoile en partie dans ce texte : il évoque son frère, mort peu de temps après son entrée dans la vénérable maison, comme on dit. Et cette mort, cette perte est un spectre qui hante le travail de l'acteur. Ce qui permet également de ressentir la part d'intimité que chaque acteur met dans ses différentes interprétations. Vraiment un livre à découvrir !

Il vient de sortir un nouvel essai, qui a d'ailleurs reçu un prix littéraire dans cette catégorie (je ne sais plus lequel). Je ne sais pas si la forme est la même, mais je suis curieux de voir cela de plus près !

 

Scènes de la vie d'acteur, de Denis Podalydès

Ed. Le Seuil

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21 octobre 2008 2 21 /10 /octobre /2008 07:53

Denis Robert est le journaliste qui a, entre autres, dévoilé l'affaire Clearstream, et pour laquelle il est d'ailleurs poursuivi en justice. Ici, il n'affronte pas les milieux banquiers luxembourgeois, mais s'intéresse au milieu du football, et notamment au rôle des agents de joueurs. Ces agents sont rémunérés sous forme de commission lors du passage d'un joueur d'un club à un autre. On commence d'ailleurs à trouver des agents de ce type dans le milieu littéraire !

Denis Robert est supporter du FC Metz. Activité difficile actuellement, étant donné les résultats assez inconstants du club. Mais surtout, il a pour connaissance un agent de joueurs, qui souhaiterait l'entretenir des magouilles du métier. Denis Robert prend donc connaissance de l'affaires de paris truqués qui ont touché le championnat belge et son club préféré, du procès qui a touché la Juventus de Turin, club de Deschamps, Zidane, où on a trouvé en 1998 (juste avant la Coupe du monde) une pharmacie digne d’un hôpital. Denis Robert avance donc petit à petit dans un milieu qu'il ne soupçonnait qu'à peine, et qui va l'interroger sur les moeurs du "milieu du terrain".

La forme qu'adopte Denis Robert pour cet essai footballistique n'est pas celle d'une enquête, mais il présente les différentes étapes qui l'ont amené, parfois par hasard, à découvrir toutes ces manipulations pas toujours reluisantes. Il y a le personnage de Vic, ami d'enfance et agent, qui souhaite utiliser la notoriété de Robert pour régler ses comptes. Lorsqu’il aperçoit le vrai motif de Vic, Denis Robert réussit à détourner l'objectif initial pour ne pas se faire manipuler par son « indic ».

Pas de grandes révélations dans cet ouvrage pour quelqu'un qui s'intéresse de près à ce sport, mais une accumulation de faits ou d'omissions de faits assez éclairante. Ainsi, l'affaire de la Juventus n'est pas relayée en France, alors qu'elle touche deux joueurs qui ont fait partie de France 98. Ou plutôt, c'est peut-être pour cette raison qu'on en parle pas en France.

On a également la confirmation que toutes les affaires de transferts de joueurs, notamment pour ceux qui changent tous les ans, sont plus des questions financières que sportives. D'ailleurs, les directions sportives de club n'ont parfois par grand-chose à dire face à des projets juteux.

Ainsi, quand le journaliste fait la liste des joueurs achetés à des prix exorbitants et qui n'ont pas ou très peu joués (comme à l'OM, en l'occurrence), il est évident que le sport tient parfois peu de place. Quand Robert a écrit cet essai (début 2006), l'entrée dans les clubs des magnats russes avait débuté dans un club anglais (Chelsea). Aujourd'hui, cette pratique s'est répandue, et les milliardaires du pétrole commencent à s'y investir à leur tour (comme à Manchester City). Rien qui ne sente très bon, et il est vraisemblable que Denis Robert aura très prochainement de la matière pour un nouvel ouvrage. Malheureusement !!!

 

Le milieu du terrain, de Denis Robert

Ed. Les Arènes

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