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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 20:15

le-pouvoir-des-grands.gifIl est parfois des discriminations qui passent inaperçues. Comme celles envers les petits, par exemple (je m'en rends d'autant moins que je suis assez loin d'être petit). Car plus on est grand, plus on a de chances d'être marié ou d'avoir des enfants. Plus on est grand, plus on on a un salaire élevé (en moyenne, bien entendu). A partir de différentes études menées dans des pays développés, et notamment anglo-saxons, qui ont traité ce sujet depuis longtemps, Nicolas Herpin réussit à dresser un portrait assez flatteur et optimiste pour les grands. Mais attention, car tout le monde n'a pas la chance d'être grand.

 

La  première partie de l'ouvrage s'intéresse au fait d'être grand. Car qui est grand ? Si des raisons génétiques sont indéniables, il ressort des travaux de Herpin que la condition sociale et l'environnement de l'individu sont déterminants dans le fait d'être grand. Si, au XIX et XXeme siècle, la taille moyenne a augmenté, celle des classes ouvrières était toujours inférieure à celle des classes aisées. Herpin explique qu'il existe une taille potentielle, qui est atteinte ou non selon les conditions de vie de l'individu. Car un ouvrier qui débute à travailler à 14 ans a moins de chances d'atteindre sa taille maximale. De là, il y a eu une forme inconsciente de primat au grands, vus comme venant d'un milieu aisé, et donc mieux acceptés dans la société.

 

Ce qui est assez troublant, c'est une étude qu'utilise Herpin et qui montre que les mieux payés ne sont pas forcément les grands à l'âge adulte, mais les grands à l'âge de 16 ans. Ainsi, un grand à l'âge de 16 ans, mais qui arrrête de grandir, gagne en moyenne mieux sa vie qu'un grand adulte, qui était petit à 16 ans. Il y a là une prime au fait d'être grand dès l'adolescence, comme si les grands à 16 ans avaient été mieux formés car plus repsonsabilisés que les petits. Je trouve cette étude tout à fait éclairante sur le phénomène de cette prime aux grands.

 

Autre information que je trouve passionnante : les hommes sont beaucoup plus gênés d'être en couple avec  une femme plus grande qu'eux (50 % environ) qu'une femme d'être en couple avec un homme plus petit (10 %). Comme si le fait d'avoir une compagne plus grande était une atteinte à la virilité de l'homme. D'ailleurs Nicolas Herpin ne se limite pas à une approche économétrique, mais essaie de découvrir les ressorts psychologiques qui amènent cette prime aux grands, et notamment comment ceux-ci se traduisent dans notre vie quotidienne.

 

Un petit ouvrage très documenté, avec de nombreux tableaux et graphiques, pas forcément aisé à la lecture (certains tableaux ou explications sont présentés de manière très statistique), mais qui permet de découvrir qu'être grand n'est pas seulement pas un avantage dans les concerts ou dans les rayons des magasins !

 

Le pouvoir des grands, de Nicolas Herpin

Ed. La Découverte - Repères

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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 18:15

histoire bling bling

Nicolas Offenstadt, historien spécialiste du Moyen-Age, a décidé de donner un sens citoyen à son activité professionnelle. Il reprend une à une les références historiques utilisées par les milieux politiques, en particulier par le locataire de l'Elysée, et décide d'en montrer l'exemple abusif qui en est fait. Il replace les événements dans leur contexte historique, ce qui permet de se rendre compte de l'utilisation que Sarkozy veut en faire.

 

Il revient sur dix événements qui ont plus ou moins fait parler d'eux, et tente d'expliquer pourquoi les politiques ont utilisé ces références. Cela va la lettre de Guy Moquet à la question de l'Identité nationale, en passant par la volonté de créer un grand musée de l'histoire de France ou les lois mémorielles.

 

Quelques exemples sont assez frappants pour qu'en puisse les détailler un peu. Le premier est celui des derniers poilus qui ont bénéficié, en dépit de leurs souhaits, de funérailles nationales. L'Etat a orchestré seul ces grandes funérailles, sans réfléchir en même temps à une possible recontextualisation de ce qu'était la Grande Guerre. C'est un événement patriotique, vendu comme tel par les média, et ceux qui interrogeaient ce choix étaient rapidement traités comme des ignares. L'Etat et le discours médiatique dominant ont pris le pas pour mettre en scène ces hommes, et non pour faire un retour sur la grande guerre.

 

Autre exemple, autre cas de figure, avec Brice Hortefeux, qui avait décidé d'organiser une journée consacrée à l'intégration à Vichy, arguant qu'il y en avait "ras le bol" de réduire Vichy au simple fait que la ville ait été le coeur de la France pétainiste. Il rejette toute la symbolique de cette ville, alors que le poids de Vichy est encore fort dans les représentations mentales des français. Tout ceci est d'ailleurs très lié avec la politique de cet été, pendant lequel on aura entendu Besson dire que la politique d'expulsions crée des remous parce que les français n'ont pas digéré le passé vichyste. C'est donc un pouvoir qui joue sur les symboles historiques, soit en les niant ou les surexploitant, en tout cas en les considérant comme des éléments politiques et non des faits historiques.

 

Deux autres thèmes traversent l'ouvrage, qui sont d'ailleurs liés. L'un est la forte tendance à un retour à un "roman national", c'est à dire une histoire qui serait partagée par tous les français et qui devrait être enseignée à tous. L'idée sous-jacente est celle d'une France éternelle, ou presque, unifiée depuis longtemps et dont il n'est pas nécessaire de souligner les particularismes. C'est un peu le retour à la vision historique de la Troisième République, avec "Nos ancêtres les gaulois".


En parallèle, les mêmes historiens luttent contre les mémoires, c'est à dire les commémorations de minorités qui revendiquent aujourd'hui une place particulière dans l'histoire française, comme les descendants d'esclave par exemple. Pour certains historiens, ces vélléités seraient incompatibles avec une bonne assimilation dans la société française, thèse que récuse fortement Offenstadt. Pour lui, ce n'est pas en niant leur histoire qu'on les intégrera, mais bien en leur laissant de la place. Pas la peine pour cela d'avoir recours à la repentance à outrance, il faut simplement être lucide et accepter de présenter l'histoire de la France avec ses réussites et ses échecs. Un petit essai fort stimulant, qui permet de voir d'un oeil un peu plus expert les gesticulations présidentielles.

 

Autre ouvrage de Nicolas Offenstadt (collaboration) : Comment Nicolas Sarkozy écrit l'histoire de France

 

L'histoire bling bling, de Nicolas Offenstadt

Ed. Stock - Parti pris

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21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 07:01

hictchock par exemple

Un jour, il y a quelque temps, un magazine de cinéma a demandé à Tanguy Viel de faire la liste de ses dix meilleurs films. Comme chacun d'entre nous, il a hésité avant de faire sa liste, et revient dans ce court essai sur les pensées qui l'ont parcouru lorsqu'il y réfléchissait.

 

C'est un petit plaisir de se plonger dans ces réflexions, et de découvrir les références cinématographiques de cet écrivain que j'apprécie. Il place d'abord Hitchcock au dessus de tout, au point de faire à part des 10 meilleurs films du réalisateur pour être sûr qu'ils n'occupent pas la moitié des places du classement final. Ainsi, la scène de l'avion dans La mort aux trousses occupe une place toute particulière. Ce qui est très amusant, c'est de naviguer dans des univers très divers, passant ainsi de Cary Grant à James Dean, sans oublier Louis de Funès, puisque Viel tient en haute estime (et à raison) ce monument de la comédie qu'est Rabbi Jacob, ou Jean Renoir et La règle du jeu.

 

Après s'en être pris au classement de l'American Film Institute qu'il juge inadapté (Rendez-vous compte, Voyage au bout de l'enfer de Cimino est classé après Rocky !), il parvient enfin à dévoiler ces films préférés : on y retrouve notamment Qui a tué Liberty Valance..... Je vous laisse découvrir son classement complet. Il en profite également pour remettre en place certains réalisateurs dont il trouve le style surfait. Orwell et son Citizen Kane, Lynch et Kubrick ne figurent donc pas dans le panthéon de l'auteur !

 

Le tout est très agréablement illustré par Florent Chavouet, qui parsème l'ouvrage de dessin illustrant les films dont parle Tanguy Viel. C'est donc avec plaisir que j'ai découvert ce petit livre, qui permet de se rendre compte que l'établissement des listes est un exercice difficile, et pas seulement pour les blogueurs qui tentent de faire leur palmarès de l'année !

 

A noter que ce texte a donné lieu à une adaptation radiophonique (merci pour l'info, Laetitia !)

 

Autres romans de Tanguy Viel : Insoupçonnable, Paris-Brest

 

Hitchcock, par exemple, de Tanguy Viel et Florent Chavouet

Ed. Naïve - Livres d'heure

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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 07:05

un theatre qui marche

[Billet déjà paru sur Biblioblog] Philippe Fenwick a décidé d'aller sur les chemins, avec sa troupe de théâtre, pour rencontrer ceux qui habitent loin de toute salle de spectacle, ou qui ne savent pas qu'il en existe une à coté de chez eux. Ils ont décidé de joindre leurs différents lieux de représentation à pied. Mais ne lui parlez pas des tréteaux de Molière, car il a envie de parler du théâtre au présent, et non de se référer constamment aux glorieux anciens.

Philippe Fenwick est comédien. Il a joué avec des metteurs en scène reconnus, dans des pièces du Répertoire. Mais, confronté à un public qu'il trouve enfermé dans ses certitudes et des programmateurs qui se renvoient l'ascenseur, il a choisi une autre voie pour s'exprimer. Avec quelques comédiens, et une logistique impressionnante, au sein de la Compagnie du théâtre de l'Etreinte, il a choisi d'aller là où le théâtre conventionnel (et conventionné) ne va pas. Soit dans des petits villages, dans des salles improvisées dans des granges, où la rencontre avec le public ne se limite pas au seul spectacle, et se poursuit parfois tard dans la nuit autour de spécialités régionales. Mais en se déplaçant, comme les autres comédiens, à pied.

Ces marches l'ont amené à traverser la France, de Dunkerque aux Saintes-Marie de la Mer, puis de Barcelone à Bruxelles. A chaque fois, leur parcours est émaillé de multiples étapes, lieu où ils sont attendus. Enfin, pas toujours, car certains maires qui ont acheté leur spectacle 50 euros ont parfois oublié leur venue, et le public est de fait très réduit. Chaque arrivée dans un nouveau lieu est l'occasion de rencontres mais aussi d'inquiétudes, car les impondérables ne manquent pas. Certaines comédiens perdent le fil de leur marche dans les Pyrénées, parfois ce sont les villageois qui s'opposent à la représentation d'une pièce dans leur église.

Si les conditions de travail des comédiens semblent honnêtes, avec à chaque étape l'installation et le démontage des décors par toute une troupe d'assistants ou de compagnons rencontrés au bord de la route qui les suivent pour quelque temps, leurs conditions de vie sont plus modestes. Ils dorment sur des lits de camp, souvent dans la salle communale ou le foyer rural où ils ont joué, dans des endroits parfois très petits.

On ressent chez l'auteur une forte envie de vivre autrement le théâtre. Il a une dent contre les théâtres fermés sur eux-mêmes, qui ne vivent que par les venues des élèves poussés par leurs professeurs ou leurs abonnés qui se recrutent presque exclusivement chez ces derniers. Il fustige les programmations qui écartent le public non habitué des lieux, et qui ne viendra pas, intimidé par l'endroit ou peu attiré par des spectacles qui ne lui parlent pas. Philippe Fenwick en profite également pour prendre son temps, loin de la folie et de la rapidité ambiante, et se régale des paysages de l'Ariège ou de la Lozère. Si une pointe de rusticité lui vient parfois, il réalise rapidement que ce qu'il décrit est peu viable dans des régions désertées par les commerces et les services publics.

Un journal de voyage, non chronologique, qui incite à réfléchir à notre position de spectateur, surtout pour des habitués de la scène. Philippe Fenwick a en tout cas décidé de poursuivre dans cette voie, puisqu'il a décidé de monter un nouveau projet qui ira de Brest à… Vladivostok ! Un fort beau voyage en perspective.

Un théâtre qui marche, de Philippe Fenwick
Ed. Actes Sud - collection Le préau.

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14 juillet 2010 3 14 /07 /juillet /2010 17:15

breves de footballLa coupe du monde de football vient de se terminer. Quelques matchs intéressants (dont la fin de Slovaquie-Italie ou Allemagne-Argentine), d'autres très décevants (dont la finale, détruite par le jeu agressif des Pays-Bas), mais un cru assez attendu, finalement.


C'est également l'occasion de se replonger dans l'un des quelques livres parus à l'occasion de cet événement sportif qui a dépassé depuis quelques années le simple cadre du sport. Brèves de football est un recueil de citations prononcées par des personnalités du monde du football, entraîneurs, joueurs ou journalistes, ou par des personnalités ayant un goût prononcé pour ce sport (l'incontournable Albert Camus, Jean-Louis Murat, Paul Auster...)


Ces différentes citations sont organisées en 10 chapitres, eux-mêmes découpés en parties de taille très variable (certaines ne comprennent que deux ou trois citations, quand d'autres en ont une dizaine). Cette hétérogénéité est très sensible, et est d'ailleurs un des points les plus discutables de ce recueil. Les rapprochements au sein de chaque partie ne sont pas justifiés, et il est compliqué de trouver une cohérence à tout cela.


A ce fouillis organisé s'ajoute un léger manque de diversité dans le choix des citations. Si Renaud Dély, l'auteur, également directeur de la rédaction de France Inter, tente des incursions dans des milieux non footballistiques, ils restent assez limités. Surtout, les auteurs des citations sont assez souvent les mêmes. Il a ainsi une grande attirance pour les déclarations des entraîneurs belges de l'OM, en particulier Eric Gerets, pour Eric Cantona (dont les déclarations sont connues) ou Thierry Rolland.


Le plus de Renaud Dély est de contextualiser certaines des déclarations, que ce soit en rappelant le moment où elles ont été prononcées ou en présentant leur auteur. Malheureusement, les ajouts du journaliste sont parfois décalés, mais tombent aussi à plat. En voulant faire de l'humour, il exprime clairement ses préférences, qui ne vont pas vers le PSG. L'objectivité n'est pas un mal, mais il convient dans ce cas de l'équilibrer. Un recueil qui m'a rappelé quelques sorties marrantes ou décalées, mais qui dans l'ensemble reste assez dispensable.


Pour une plongée plus fouillée dans les arcanes du football et les endroits moins fréquentables, je conseille plutôt Le milieu du terrain, de Denis Robert.

 

Merci à BOB pour l'envoi de ce recueil !

 

Brèves de football, de Renaud Dély

Ed. François Bourin

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7 juillet 2010 3 07 /07 /juillet /2010 19:37

wallraffGünter Wallraff est un spécialiste du journalisme d'immersion. Au milieu des années 80, il s'est fait connaître en Allemagne en enquêtant sur les discriminations envers les Turcs. Grimé en membre de la communauté turque, il a éprouvé toutes les vexations vécues quotidiennement par les turcs d'Allemagne (et ils sont nombreux, comme en témoigne la présence de plusieurs d'entre eux dans l'équipe nationale allemande de football).


Le journaliste a poursuivi son travail, en se glissant successivement dans la peau d'un noir, d'un SDF, d'un employé d'une boulangerie industrielle sous-traitante pour Lidl ou d'un centre d'appels. Dans tous ces passages, Wallraff narre avec précision les conditions de travail, le regard des autres sur le personnage qu'il incarne.


Les deux premiers chapitres, celui où il joue un noir puis un SDF, sont les plus proches de ce qu'il a déjà fait avec la communauté turque. Lorsqu'il se grime en noir, il découvre le racisme ordinaire, quotidien, qui peut amuser dans les fictions car on l'imagine disparu, mais qui persiste. Certains le prennent pour un groom, d'autres refusent de s'asseoir à ses côtés. Le choc le plus important subi par Wallraff est lorsqu'il se rend dans un café de Cologne, dans son quartier. Il réalise que dans tous les milieux, la défiance par rapport aux noirs est très souvent prégnante.


En tant que SDF, il subit à la fois le froid des nuits passées dehors, mais aussi l'angoisse dans les foyers sales, non sécurisés qu'il fréquente. Il n'hésite d'ailleurs pas à pointer du doigt les services municipaux qui gèrent par dessus la jambe les problèmes d'accueil des SDF.


Ensuite, on retrouve Wallraff dans des milieux de travail. Que ce soit dans un call-center ou dans la boulangerie industrielle, il est confronté aux pressions des dirigeants, aux mensonges à la dissimulation et, plus inquiétant, à la résignation de tous ceux qui y travaillent, contraints de se taire pour gagner le salaire du mois. Dans le centre d'appel, il découvre que les méthodes utilisées sont toutes hors des clous de la légalité. L'abus de confiance auprès des personnes âgées est érigé en mode de fonctionnement, et promu par la direction. Dans la boulangerie, c'est l'imposition des rythmes infernaux qui est la plus difficile à vivre. Lidl impose des règles intenables, et ce sont les ouvriers qui en paient les conséquences. Wallraff en profite pour questionner les magasins à bas coûts, qui pour proposer des prix bas font travailler dans des conditions invivables les ouvriers, et ce pour un résultat peu appétissant (les ouvriers refusent les pains qui leur sont offerts par l'usine, car ils voient dans quelle condition ils sont fabriqués).


La suite de la démonstration est moins pertinente. Wallraff n'est plus en immersion, mais utilise des témoignages qu'il rassemble. Il s'attaque aux conditions de travail et d'embauche de jeunes stagiaires dans un restaurant réputé, qui ignore superbement toutes les conventions de stage. Il interroge également les conditions de travail chez Starbucks, le géant du café où tout est formaté, calculé, mesuré, pour fournir partout le même service, mais une nouvelle fois en faisant travailler les employés dans des conditions démentielles. Il se confronte aussi au service public, enfin, anciennement public, avec une plongée dans les méandres de la Deutsche Bahn, l'équivalent de la SNCF, dont la privatisation a, outre des conditions de transport pas forcément meilleures, très largement dégradé les conditions de travail dans l'entreprise, avec mises au placard à répétition pour casser psychologiquement les réfractaires au changement de statut.


Mais c'est le dernier chapitre qui est le plus édifiant. Wallraff raconte comment des consultants se sont spécialisés dans des formations visant à permettre le licenciement de personnes « protégées », comme les membres d'un CE, des représentants syndicaux, des femmes enceintes,... En utilisant quelques failles, en usant d'un harcèlement psychologique incroyable, en prenant même le risque d'être condamné pénalement, il présente, lors de séminaires grassement rémunérés, toutes ses ficelles. C'est consternant, incroyable, mais je ne peux pas croire que Wallraff l'ait inventé. Le seul objectif de ce consultant, et des entreprises qui l'embauchent, est de permettre de dégager un maximum de profit en mettant à bas toutes les protections des salariés. Il était question, il y a peu, de moraliser la capitalisme. Le livre de Günter Wallraff montre qu'on en est encore loin.


Ce qui est terrible, c'est que ce qui est décrit par Wallraff en Allemagne est très sûrement valable pour la France. D'ailleurs, Florence Aubenas, qui a pour modèle Wallraff, en a fait la preuve avec le quai de Ouistreham, où elle reprend cette méthode d'immersion. Bref, l'ensemble est accablant, et peu réjouissant quant aux perspectives d'avenir de ce modèle économique qui, quoi qu'ont pu en dire les politiques, est encore très présent.

 

Parmi les perdants du meilleur des monde, de Günter Wallraff

Traduit de l'allemand par Olivier Cyran, Marianne Dautray, Monique Rival

 Ed. La Découverte

 
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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 07:48

En 2004, l'affaire Battisti a défrayé la chronique : fallait-il que la France reponde positivement à la demande d'extradition de Cesare Battisti pour terrorisme, demande formulée par l'Italie ? Et cela au détriment de la doctrine édictée en 1985 par François Mitterand, qui assurait un refuge pour les italiens accusés d'actes terroristes dans les années 70 et qui ont depuis abandonné la lutte armée ? Alors que la question est loin d'être simple à traiter, la majorité des médias français (hormis quelques titres comme Libération ou Télérama) ont rapidement pris fait et cause pour l'extradition. Pour apporter une parole différente peu entendue dans les grands médias, Fred Vargas a donc décidé de rassembler des documents permettant un éclairage neuf de cette affaire.

 

L'ouvrage se compose de plusieurs parties. Après un bref rappel de la situation de l'auteur italien, la première partie s'attache à décrire la situation politique de l'Italie des années 70. C'est une démocratie, certes, mais où les hommes politiques n'hésitent pas à mettre en place des politiques répressives à outrance. Ainsi, pour lutter contre les activistes d'extrême-gauche, ils instaurent des lois d'exception dénoncées notamment par Amnesty International, car elles bafouent allègrement la présomption d'innocence. Un autre élément édifiant concerne la non-équité des condamnations : alors que les accusés d'extrême-gauche sont sévèrement sanctionnés, ceux d'extrême-droite passent souvent entre les mailles des filets. Il faut dire qu'ils agissent souvent pour le gouvernement, par le biais d'officines secrètes ou l'entremise de la CIA qui craint la menace communiste. Enfin, il est à noter que l'accusation contre Battisti repose sur le témoignage d'un seul repenti, qui a ainsi bénéficié d'une remise de peine... 

 

La seconde partie s'intéresse au traitement médiatique de l'affaire, et Fred Vargas s'attarde notamment sur le cas du Monde. Au début de l'affaire, un éditorial du quotidien prend la défense de Battisti. Puis rapidement, à cause de la pression politique française et italienne, le quotidien change radicalement de positions. Dans les colonnes, les demandes de publications des opposants à Battisti sont systématiquement publiées, et ne font l'objet d'aucun article apportant la contradiction. A l'inverse, quand quatre intellectuels français (Stéphane Hessel, Madeleine Rebérioux, Pierre Vidal-Naquet et Edgar Morin) soutiennent Battisti, le journal publie en-dessous un article contradictoire. Ce manque d'équité est également visible dans la présentation des protagonistes. Deux juges italiens occupent les journaux français. Par leur fonction, tout laisse croire qu'ils sont neutres. Sauf que personne ne précise que ces deux juges ont participé à la condamnation par contumace de Battisti en Italie, et qu'ils sont donc partie prenante de ce débat.

 

La dernière partie, plus factuelle, rassemble les prises de position publiques en faveur de Battisti, de Bertrand Delanoé à Erri de Luca, en passant par une lettre de Daniel Pennac sur la notion d'amnistie, dans laquelle il évoque notamment les communards.

 

Si l'affaire en elle-même est lointaine, l'essai est loin d'être caduque. Car ce qui est décrit sur le fonctionnement des média est certainement toujours vrai (voir l'affaire Coupat, il y a peu). Ce traitement différencié selon que l'auteur est d'un camp ou d'un autre est scandaleux, car les journaux, outre leur mission d'information, sont souvent les éléments qui permettent aux citoyens de se faire une opinion et une culture politique. Par exemple, lorsque les juges italiens expliquent que Battisti, lors d'un attentat, a blessé un jeune garçon qui est devenu paraplégique, personne ne précise que la balle venait non pas de l'arme de Battisti mais de celle de son père. Elément connu de tous, mais que personne ne prend la peine de préciser. Si l'ensemble manque parfois un peu de coordination du fait des articles récoltés et que certains faits sont évoqués plusieurs fois, cet ouvrage que je découvre sur le tard est une œuvre salutaire pour Cesare Battisti et pour dénoncer la désinformation dont nous sommes parfois victimes. Je n'aime pas les théories du complot, mais dans ce cas de figure, c'est assez difficile pour les journalistes coupables d'omission d'arguer de leur bonne foi.

 

La vérité sur Cesare Battisti, textes et documents rassemblés par Fred Vargas

Ed. Viviane Hamy

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14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 07:15

Le Front Populaire est devenue une période politique mythique, connue surtout pour l'apparition des congés payés. Mais ce phénomène politique, s'il fut important en terme d'avancées, n'en reste pas moins un moment très particulier, court dans le temps et qui naît dans des conditions très particulières. Petit retour donc ce passé qui rend nostalgique certains de nos hommes politiques.


Le Front Populaire, c'est avant tout l'alliance de partis politiques qui auparavant ne travaillaient pas ensemble : la SFIO de Blum, les radicaux, de centre-gauche ,et le Parti Communiste décident de travailler ensemble pour prendre le pouvoir en 1936. Mais le choix de s'unir n'est pas allé de soi pour beaucoup de ces organisations. C'est avant tout le péril qui pesait sur la République et la situation internationale qui ont poussé chacun à réfléchir à cette unité. Sur le plan national, c'est l'événement du 6 février 1934, journée lors de laquelle la République manque de tomber suite aux manifestations des groupes d'extrême-droite, qui donne le signal de la fragilité du régime. A l'international, c'est la crainte des différents fascismes qui se développe, et le changement de position de l'URSS face au régime nazi, qui permettent cette union. Elle prend peu à peu forme, pour aboutir à une victoire électorale, suivi d'un mouvement de grève générale qui pousse le gouvernement à répondre positivement aux revendications des salariés. Mais cette forme gouvernementale ne dure pas, car les radicaux trouvent de nouveaux alliés pour diriger le pays.


Ce qui est très important dans le Front Populaire, c'est que sa constitution n'est pas advenue du jour au lendemain. C'est au terme d'un processus qui débute en 1934 que les partis arrivent à s'unir, rejoints ensuite par les syndicats qui eux aussi abandonnent leur division. C'est une décision politique qui est à l'origine de ce front, et le mouvement social, s'il soutient massivement cette initiative au cours des années 1935 et 1936, ne deviendra vraiment une force politique qu'après la victoire électorale, les grandes grèves ayant lieu en juin. Ce qui n'est pas sans poser problème à Blum, qui se demande comment mettre fin à ce mouvement qui le sert sur le moment mais qu'il convient de ne pas trop faire durer.


L'autre trait marquant du Front Populaire est sa courte durée : entre la constitution du cabinet Blum le 4 juin 1936 et l'annonce de la pause en février 1937, toutes les réformes emblématiques du Front Populaire sont adoptées. Les accords Matignon sont signés dès le 7 juin, puis les lois sur les conventions collectives, les congés payés, les 40h hebdomadaires, la création de la SNCF ou de l'office national du blé. En quelques mois, ce gouvernement réussit à imposer des changements structurels primordiaux, et qui ont encore une influence aujourd'hui.


Enfin, le Front Populaire se distingue par le rôle qu'il accorde à la culture ou aux loisirs (un chapitre y est consacré). On ne compte plus les stades Léo Lagrange, du nom du ministre chargé de cette politique, ni les artistes qui prirent position en faveur du mouvement.


Comme toujours, l'iconographie des Découvertes Gallimard est très réussie. L'opposition des affiches de gauche et de droite, qui se répondent, permet de saisir rapidement les forces en présence et les enjeux. Les photos des grévistes, au centre de l'ouvrage, sont également l'occasion de redécouvrir cette période décisive du mouvement ouvrier. C'est également l'occasion de retrouver le texte de Léon Blum dans lequel il expose sa conception de « la conquête, de l'exercice ou de l'occupation du pouvoir », à l'origine de la décision politique de créer un gouvernement en 1936. Décision non unanimement partagée, car le PCF décide un soutien sans participation. Comme quoi, les questions politiques actuelles ne sont pas récentes...

 

Le Front Populaire - la vie est à nous, de Danielle Tartakowsky

Ed. Découvertes Gallimard

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16 avril 2010 5 16 /04 /avril /2010 07:56

A l'été 2004, l'Express a publié une série d'interview de Michel Pastoureau par Dominique Simonnet. L'objet de ces entretiens : les couleurs et leurs significations, et plus particulièrement comment ces dernières ont évolué dans le temps. Au cours de sept chapitres, chacun consacré à une couleur, le lecteur découvre donc l'histoire de cet outil de décoration qui est finalement bien plus que cela.

 

Pour Michel Pastoureau, il n'y a que six couleurs véritables : noir et blanc, puis bleu, rouge, vert et jaune. Les autres sont qualifiés par lui de demi-couleurs. La classification retenue par l'historien est originale : elle s'éloigne à la fois des couleurs dites primaires (on associe le vert, mélange de bleu et de jaune, avec les trois autres), mais aussi des couleurs de l'arc-en-ciel. D'ailleurs, la justification de ce choix est un des points les plus intéressants de l'ouvrage. Pastoureau remet en cause la vision prétendument scientifique des couleurs, qui voudrait distinguer des couleurs dites primaires des autres. Selon lui, tout cela n'est qu'une construction scientifique qui évolue avec le temps, et la seule classification possible est fondée sur des éléments historiques et sociaux.

 

Dans chaque chapitre, il revient sur les histoires de couleurs. Le jaune mal-aimé, considéré comme la couleur de la tromperie et de la duplicité. Mais cela uniquement en Occident, puisque les civilisations orientales ou antiques ont souvent considéré autrement cette couleur. Il est intéressant de voir comment le bleu, couleur du consensus, s'est imposé au terme d'un long combat avec le rouge. Il fut longtemps laissé de côté, notamment en raison de la difficulté à le fabriquer. Edifiant, également, la façon dont le vert s'est imposé comme la couleur de la nature, statut qu'il n'a acquis que récemment, et qui fait qu'il truste aujourd'hui toutes les places, son utilisation étant désormais liée à l'environnement.

 

Voilà donc un petit ouvrage tout à fait passionnant, qui permet de réaliser que nos valeurs et nos hiérarchies sont des éléments qui se sont longuement construits depuis des siècles, et qu'elles évoluent encore et toujours, chaque couleur recouvrant au fil des temps des significations qu'elles ne recouvraient pas jusqu'alors. Un petit livre qui devrait figurer dans toutes les bonnes bibliothèques !

 

Je remercie très chaleureusement Emmyne (dont le blog est actuellement en pause, maus j'espère qu'elle reviendra très vite !), qui m'a permis de gagner cet essai lors d'un de ses concours. Et vous pouvez également lire les avis de Dédale, de Mo et de Moka.

 

Le petit livre des couleurs, de Michel Pastoureau et Dominique Simonnet

Ed. Points

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17 mars 2010 3 17 /03 /mars /2010 13:00

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/Grandes110/3/3/1/9782234064133.gifThomas Legrand est éditorialiste politique tous les matins sur France Inter. Dans ce court essai, il s'intéresse à la présence quasi permanente de Nicolas Sarkozy dans ses chroniques : sur 205 chroniques, il a trouvé Sarkozy dans 192 d'entre elles, alors que François Fillon n'est cité que dans 14 sur la même période. Cette présence quotidienne interroge Thomas Legrand, qui tente donc de décrypter les raisons de son sarko-centrisme, assez généralisé dans les analyses politiques.


Legrand défend une thèse, résumée dans le titre : Nicolas Sarkozy bouge énormément, parle beaucoup, promet la rupture. Mais une analyse des différents thèmes de campagne qu'il a mis en avant montre qu'il n'en a pas fait grand chose depuis son arrivée au pouvoir. Sarkozy est d'après lui un président qui estime que la parole vaut acte. De fait, Sarkozy se déplace énormément en province où il tient systématiquement des discours. Mais des discours à sens unique, car les journalistes ou les opposants ne peuvent à aucune occasion poser leurs questions. Une seule conférence de presse digne de ce nom a été organisée en France, en janvier 2008. Ce qui fait loin.


Au niveau des thèmes développés par Sarkozy, et potentiellement menaçants pour la République, la majorité ont rapidement été mis de côté. Il en est ainsi de la laïcité positive ou de la discrimination positive, ou, encore plus flagrant, de la politique de civilisation annoncée début 2009. Dans tous ces cas, les élans passionnés de Sarkozy sont restés lettre morte, comme par exemple dans le cas de la discrimination positive avec l'abandon des statistiques ethniques (Ouf !).


Là où je suis d'accord avec Legrand, c'est que Sarkozy agite tellement de vent, qu'il attire sur lui tous les regards et toute l'attention. Du coup, les "idiots utiles" dénoncés par Legrand existent : ce sont ceux qui poussent des cris d'orfraie à chaque intervention de Sarkozy, attirant ainsi indirectement l'attention sur le président. Il est évident que certaines déclarations ou initiatives sont à condamner, mais trop de condamnations les banalisent. Ainsi, on rentre dans un système où il faut s'insurger contre Sarkozy, alors que nombre de ses idées ne le méritent pas.


Là où je suis en désaccord, c'est pour dire que Sarkozy n'a rien changé. D'accord, la rupture annoncée n'a pas eu lieu : le décorum et le faste républicains sont les mêmes, la politique de la Françafrique également. Pire, il a accéléré ce que les gouvernements précédents avaient déjà amorcé : la mise à bas du service public, que ce soit l'éducation (15 000 supprimés par an depuis quelques années, une saignée catastrophique), la santé (l'hôpital public ou la sécurité sociale) ou la Poste (décision sarkozienne, pour le coup). Il a également inauguré une politique où les plus aisés s'en sortent encore mieux, avec ce bouclier fiscal qui est une des rares mesures que Sarkozy a mis en place. A part une crainte pour l'indépendance de la justice, je trouve Thomas Legrand un peu trop léger sur cet aspect des choses. Peut-être est-ce un prisme journalistique qui fait qu'il s'interroge plus sur les effets médiatiques de Sarkozy que sur des politiques menées depuis plusieurs années, et qui sont malheureusement toujours les mêmes.


Ce n'est peut-être rien qu'un président qui fait du temps aux journalistes ou aux opposants politiques, mais lui ne perd pas de temps pour mettre en place une politique à destination de ceux qui réussissent, de ceux qui ont les moyens. Je ne sais pas quelles conséquences auront les résultats des élections régionales, mais je doute que Sarkozy change beaucoup sa ligne politique. Et Sarkozy devrait encore l'objet de nombreux éditoriaux...

 

Le site de France Inter, où vous pouvez retrouver les éditos quotidiens de Thomas Legrand.

 

Ce n'est rien qu'un président qui nous fait perdre du temps, de Thomas Legrand

Ed. Stock - Parti pris


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