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6 mars 2009 5 06 /03 /mars /2009 07:02

Blutch vient d’être consacré au dernier festival d’Angoulême. J’ai découvert cet auteur il y a un an environ, avec le long-métrage Peur(s) du noir, dans lequel il a signé un passage assez anxiogène, avec une meute de chiens affamés. Pour découvrir un peu plus cet auteur, je me suis tourné vers une production plus ancienne, et dans un tout autre registre : le petit Christian.

 

Christian est un jeune garçon d’une dizaine d’années. Au début des années 70, il vit avec ses parents en Alsace, région encore marquée par les liens troubles qui l’unissent à l’Allemagne. On suit Christian dans la cour de récré, chez Mamama et Papapa, et on découvre toutes les figures fictionnelles qui composent son univers.

 

Album composé en noir et blanc, il se compose de différentes saynètes de longueurs variables. Sur la forme on peut penser aux planches de Boule et Bill ou de Cédric, mais c’est un tout autre chemin que prend Blutch dans cet ouvrage. Car Christian est une représentation de ’enfant que l’auteur était quelques années auparavant. Cette autobiographie est traitée avec beaucoup d’humour, et j’ai vraiment beaucoup ri à la lecture.

 

Ce qui m’a vraiment beaucoup plu dans cette bande dessinée est le mélange entre la vie réelle de Christian et l’immersion des différents héros qu’il adule dans les films ou les revues qu’il reçoit. On retrouve ainsi de multiples cow-boys, Mickey, Lucky Luck ou  John Wayne en soldat. Mais l’un de ses héros préférés est Rahan, l’homme préhistorique capable de combattre les tyrannosaures. Alors quand sa mère confisque Pif Gadget car elle estime que Rahan n’est pas une lecture pour un enfant, cela rend Christian encore plus avide de lire les aventures de son héros préféré.

 

On y retrouve également des souvenirs personnels, comme ces moments où tous ses camarades discutent du film de la veille alors que ses parents lui ont interdit de le regarder. Ce qui n'est pas sans évoquer chez moi des souvenirs personnels. Blutch instille aussi quelques remarques sur sa région d’origine et les relations compliquées entre les lièvres français et les alsaciens, attirés par l’Allemagne où tout est moins cher.

 

Une confirmation du talent de Blutch, déjà entrevu. Et pour en ajouter, Le petit Christian 2 est sorti il y a peu. Juste ce qu’il faut pour continuer l’aventure !

 

Le petit Christian, de Blutch

Ed. L'Association

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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 10:00

Ma première lecture du Petit prince m’avait laissé une impression mitigée, de conte un peu naïf et assez moralisateur. Pour donner une seconde chance à l’œuvre de Saint-Exupéry, je me suis plongé dans l’adaptation dessinée qu’en a fait Joann Sfar.


On y retrouve le Petit Prince, qui aide un aviateur en panne en plein milieu du désert. Le Petit Prince lui raconte la vie sur sa planète, avec la rose, puis son voyage de planète en planète, où il rencontre des grandes personnes étranges : un roi, un vaniteux, un géographe… Puis son arrivée sur la Terre, où il rencontre un serpent, une fleur, un renard… Avant son départ vers sa planète, après que l’aviateur a réparé son avion.

Mettre des dessins sur le roman de Saint-Exupéry n’est pas chose aisée, puisque l’auteur avait lui-même représenté son héros. Sfar reprend ici les caractéristiques du héros (cheveux blonds, yeux bleus), mais en accentue certains traits, comme la taille démesurée des yeux. Cela donne une vision nouvelle du héros, qui permet de s’éloigner un peu du personnage connu. Le dessin, globalement, est très éloigné de celui de l’auteur : les personnages sont assez monstrueux, les couleurs sont souvent éclatantes, contrairement aux pastels souvent utilisés.

Néanmoins, si le dessin permet une nouvelle lecture du conte (avec notamment une case où le Petit Prince est littéralement effrayant), j’avoue ne pas accrocher à cette histoire, trop simpliste pour me toucher. Oui, les rois veulent être obéis, les vaniteux ne pensent qu’à eux, les ivrognes boivent trop,… Les seuls passages qui m’ont vraiment intéressés (et ils sont heureusement assez nombreux) sont ceux sur Terre où l’aviateur discute avec le Petit Prince,  en particulier la fin de l’album lors de la séparation entre les deux personnages.

J’ai notamment eu un coup de cœur pour les trois dernières planches, qui représentent magnifiquement l’absence, la solitude et l’attente de l’autre. Mais je crois que Le Petit Prince n’est définitivement pas fait pour moi.


Les avis de Goelen et de Keisha

 

Le Petit Prince, de Joann Sfar, d'après Antoine de Saint-Exupéry

Ed. Gallimard BD

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27 novembre 2008 4 27 /11 /novembre /2008 07:15

A l’occasion des 20 ans de France Info, en 2007, la direction de la chaîne a décidé de publier un recueil de bandes-dessinées. Elle a donc demandé à 20 dessinateurs et scénaristes d’illustrer à leur manière un événement marquant des 20 dernières années Parmi les dessinateurs contactés, on trouve Blutch, Dupuy et Berbérian, Guy Delisle ou Etienne Davodeau, pour les plus connus (enfin, par moi). Les événements traités sont parfois très noirs, comme les différents conflits armés (Yougoslavie, Kosovo, Irak, Rwanda), souvent très significatifs (la chute du mur de Berlin, Tienanmen, le 11 septembre),  à certains moments très français (la canicule de 2003, la tempête de 1999, la mort de Mitterrand, la libération de Florence Aubenas et Hussein Hanoun Al-Saadi). Mais tous sont présentés de manière très personnelle, et sous un angle souvent fort.

 

Parmi mes coups de cœurs, il y a la courte BD de Christophe Dabitch et Jean-Denis Pendanx sur la chute du mur de Berlin. Ils ne placent pas leur œil au niveau des manifestants, mais au niveau des gardiens installés dans un mirador qui attendent désespérément les ordres. On ne comprend d’ailleurs pas immédiatement ce dont il est question puisque l’extérieur n’est pas montré.

 

Un autre moment qui m’a marqué est la BD de Joe Sacco, dessinateur américain qui traite de la seconde guerre d’Irak et des sévices que les soldats américains ont infligés aux prisonniers irakiens. Par le truchement du témoignage de deux irakiens, on plonge dans la barbarie totale de cette guerre, barbarie qu’on a seulement pu voir par les photos volées de la prison d’Abou Grahib, car cachée par les média offciels. Le dessin donne ici toute sa force à la dénonciation des atrocités guerrières.

 

Il y a également une émouvante BD de Rabaté sur la canicule, très joliment traitée, ainsi qu’une autre de Simon Hureau sur le tsunami. Il n’y a qu’une BD qui m’a laissée indifférente, à la fois par le sujet et le traitement : celle qui parle de la traversée de l’atlantique à la rame de Maud Fontenoy. C’est exactement le genre de non-événement dont je me demande pourquoi il fait la une des journaux, et le retrouver ici, dans une compilation de 20 événements des 20 dernières années, m’a paru très (voire complètement) incongru.

 

Ce qui est très intéressant dans une oeuvre de ce type, c’est la découverte des multiples formes d’expression qu’ont les dessinateurs.  Les dessins sont divers, parfois très nets comme chez Dupuy et Berbérian, parfois beaucoup plus « gribouillé », chez Blutch en particulier. Il y a un dessinateur, Didier Lefèvre, qui n’utilise pas le crayon, mais présente un reportage photographique très fort sur le Kosovo.

 

Un ouvrage qui mêle donc les réalisations de 20 dessinateurs, et qui se révèle au final assez cohérent, et très intéressant à parcourir. Surtout, il donne envie de découvrir les œuvres plus longues de certains auteurs !

 

Le jour où... 1987-2007 - France Info - 20 ans d'actualité

Ed. Futuropolis

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11 novembre 2008 2 11 /11 /novembre /2008 11:55

Suite au billet très laudateur de Laurence, j’ai décidé de découvrir cette bande dessinée de Chauzy et Jonquet, adapté d’un roman du même Thierry Jonquet.

 

Kevin vit à Belleville. Il entre en 6eme, mais pas en 6eme classique : en 6eme S.E.S, section d’éducation spécialisée. Car Kevin a des difficultés scolaires, mais il est surtout perdu dans un monde trop grand et trop violent pour lui : une mère qui l’élève seule, avec des horaires de travail pas possible, un frère et une sœur qui quittent le domicile familial, et des fréquentations qui sont loin de lui apporter le calme et la sérénité dont il a besoin. Et malgré l’intérêt et l’aide de Clarisse, jeune fille de bonne famille de son âge, Kevin ne réussit pas à sortir du tourbillon infernal dans lequel il est enfermé.

 

Cette BD est loin d’être une vision bucolique de la vie de quartier, bien au contraire. Si l’histoire est violente et ne passe pas sous silence les moments les plus durs, le dessin de Chauzy, par un trait net et des couleurs très fortes, presque criardes, ajoute à la description sordide du milieu dans lequel vit Kevin. Rien n’est épargné à ce gamin, curieux mais qui est malheureusement né du mauvais coté de la barrière. Que ce soit la violence au sein de sa famille ou le visionnage de vidéos pornographiques à 13 ans, rien n’est fait pour lui donner un cadre.

 

Et pour s’en sortir, il est pris entre deux feux. D’un coté Clarisse, sa gentillesse, mais il y a tous ses amis, qui jouent du piano ou du violon et qui se moquent du survêtement qui est pour lui une marque de réussite. De l’autre, Djamel et « sa bande de oufs », qui utilisent Kevin pour se faire de l’argent facile, et qui l’initient aux pires atrocités (menaces, viols,...). Et pour quitter son statut de perdant, Kevin se sent obligé de prendre une posture de caïd pour impressionner les amis de Clarisse.

 

Ce qui est très troublant dans cette histoire, et extrêmement dérangeant pour le lecteur, c’est l’inéluctabilité de la situation de Kevin. Il est cerné, prisonnier de ses lacunes scolaires (orthographe, vocabulaire), de son milieu social, et est condamné à ressembler à beaucoup de jeunes de son âge, qui sont pris dans les rouages de la délinquance juvénile. Kevin sent que le chemin qu’il prend n’est pas le bon, mais ne peut pas faire autrement que de le suivre.

 

Cette histoire, et cette manière de la présenter, très crûment et sans détours, sont un véritable coup de poing contre la violence sociale qui peut exister dans certains quartiers où les habitants sont abandonnés par les pouvoirs publics. Et ce n’est pas dans une banlieue lointaine, mais dans le XIXeme arrondissement, dans la capitale. Vraiment une œuvre violente, sincère et nécessaire.

 

L’avis de Laurence sur la BD, et sur le roman.

 

La vie de ma mère Face A et La vie de ma mère Face B, de Chauzy et Thierry Jonquet

Ed. Casterman

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6 octobre 2008 1 06 /10 /octobre /2008 07:50

Jean est envoyé par ses parents dans une école étrange. Lorsque ses parents le déposent, ils repartent aussitôt, car ils doivent traverser le bras de mer qui sépare l’école de la terre ferme avant que l’eau ne le recouvre. Surtout, les conditions de vie à l’intérieur de l’école sont inhabituelles : les élèves sont notamment contraints de manger de la touille, bouillie infâme, à tous les repas. Et les cours sont étranges : l’unique activité consiste à donner des coups de rame ! Enfin, et surtout, le personnel dirigeant de cette école n’est pas pour inspirer confiance à Jean…

 

Coté scénario, signé Corbeyran, cette bande dessinée est relativement attendue, et fait irrémédiablement penser à d’autres ouvrages jeunesse qui se déroulent dans des milieux scolaires étranges. Outre le célébrissime Harry Potter, cette lecture m’a fait penser à l’Ile du Crâne de Horowitz. Après une entrée en matière assez classique, la rencontre avec la fille du cuistot apporte un peu de piment. Et le mystère dure, puisque les sous-sols de l’école regorgent de créatures monstrueuses. Surtout, la fin de la bande dessinée est assez surprenante, et ne résoud pas toutes les questions posées lors de la lecture.

 

Mais cette bande dessinée vaut en fait surtout pour son dessin. Dans une utilisation des couleurs restreintes au noir et blanc, le dessinateur, Bouillez, parvient à jouer sur les ombres et utilise des jeux de lumières qui donne une intensité remarquable au dessin. Avec une économie de moyen (un trait net et deux couleurs), le dessinateur parvient à faire naître quantité d’images chez le lecteur, autres que celles dessinées.

 

Une histoire classique très joliment et savamment illustrée, qui vaut donc le coup d’œil !

 

Le phalanstère du bout du monde, de Corbeyran et Bouillez

Ed. Delcourt G. Productions

 

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16 juin 2008 1 16 /06 /juin /2008 07:11

Fred Vargas accompagnée pour une aventure du Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg ? Oui, par un dessinateur, car cet épisode n'est pas seulement un roman, mais une bande dessinée. Et cet alliage entre les histoires policières de Vargas et le dessin est très plaisant.

L'intrigue ? Deux jeunes, Vincent et Grégoire, vivent des braquages qu'ils commettent. Mais après s'en être pris à un vieux, comme ils disent, ils découvrent dans son sac 30000 francs, mais aussi des restes humains : cheveux, dents cassés,... L'inquiétude monte, jusqu'à l'assassinat de Vincent. Assassinat d'autant plus inquiétant qu'on trouve sur la cuisse du macchabée un signe évoquant le bélier, tueur en série qui sévit dans la région.

Le scénario est très classique pour un Fred Vargas : Grégoire est un jeune homme qui vit dans une famille coupée du monde. Tous sont obnubilés par le rêve de leur père : reconstituer la fontaine des Quatre fleuves de Rome, à l'aide de canettes et de capsules. On se retrouve donc plongé dans cette famille, avec le père, les quatre fils (quatre comme les fleuves) et les deux belles-soeurs. Famille qui se sert les coudes et fait tout pour protéger Grégoire.

On y retrouve également l'aspect ésotérique déjà présent dans un roman comme Pars vite et reviens tard : un homme qui se prend pour l'élu, qui a mis sous sa coupe une jeune fille qu'il utilise à son gré. Un grand maniaque qui marque l'histoire de sa sombre stature.

Mais plus que l'histoire de Fred Vargas, j'ai apprécié le dessin de Baudouin, que je ne connaissais pas : un dessin âpre, parfois tourmenté, comme je m'imagine les héros de Vargas. Adamsberg le solitaire, visage émacié, (et ne ressemblant pas à José Garcia qui a tenu le rôle dans le film tiré de Pars vite et reviens tard). Danglard le père de famille alcoolique, bouffi, parfois perdu par les raisonnements labyrinthiques d'Adamsberg. Même les bâtiments sont tordus, comme l'amphithéâtre d'Orange. Le dessin en noir et blanc sert parfaitement cette histoire, et apporte une plus-value indéniable à celle-ci.

Une nouvelle approche de l'oeuvre de Fred Vargas par cette BD, un travail à deux qui permet un oeil nouveau sur des personnages déjà familiers.

Déjà lu de Fred Vargas :
Debout les morts, sans Adamsberg.

 

Les quatre fleuves, de Fred Vargas et Baudouin

Ed. Viviane Hamy

 

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7 juin 2008 6 07 /06 /juin /2008 22:35

Manu Larcenet poursuit les aventures de Marco, le héros du Combat ordinaire, dans un quatrième tome, Planter des clous.

On y retrouve donc Marco, installé avec sa compagne vétérinaire, mais surtout avec une petite fille, Maude, venue emplir son quotidien. Dans ce tome, il retourne aux chantiers navals où a travaillé son père, pour suivre la lutte des ouvriers qui veulent sauver leurs emplois.

Présents dans les épisodes précédents, Marco n'a pas perdu ses vieux démons : les rencontres avec le psy rythment en effet le récit. Néanmoins, les crises d'angoisse, mémorables dans les trois premiers tomes, sont cette fois absentes. Un effet positif de la paternité ?

L'essentiel de l'ouvrage a néanmoins pour cadre ce chantier qu'il connaît par coeur, que ce soient les lieux ou les ouvriers. Et il est sensible qu'il n'arrive pas à considérer ce reportage comme un reportage classique. Il sait que c'est l'avenir des anciens camarades de son père qui est en jeu. Certains craignent d'ailleurs l'arrivée d'un "Mickeyland" !.

Ce tome est dans la même veine que les précédents : lucide, parfois désabusé, mais avec une pointe d'humour qui rend tout ceci extrêmement émouvant. Et l'implantation du récit dans la réalité ne fait qu'aider l'immersion dans cette excellente série. Par exemple, l'annonce des résultats de la présidentielle dans un bar du chantier le plonge dans un profond désarroi, quand il entend les futurs licenciés se réjouir de l'élection de Sarkozy qui doit permettre à "la France de se relever". Désarroi que je partage complètement, et que je trouve très bien rendu.

Bref, comme je vous avais recommandé les trois premiers tomes, je ne peux que faire de même pour cette suite.

Tamara en a parlé également.

 

Planter des clous, Le combar odinaire T.4, de Manu Larcenet

Ed. Dargaud

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12 mai 2008 1 12 /05 /mai /2008 15:54

L'autre jour, en me promenant à la médiathèque, j'aperçois dans un bac ce titre, Maus. J'en avais beaucoup entendu parler en bien, et c'est donc avec un a priori positif que je l'ai mis dans mon sac.

Art Spiegelman raconte dans cette BD en deux tomes l'histoire de son père, juif polonais qui voit l'Allemagne nazie s'agrandir puis envahir son pays nouvellement créé suite au Traité de Versailles. On suit les parents de Art, Vladeck et Anja, qui essaient de survivre comme ils peuvent. On les suit dans le premier tome, entre 1939 et 1944, ils quittent leurs habitations pour habiter dans des quartiers juifs, vite transformés en ghetto, sont spoliés de tous leurs biens. Les conditions de vie y sont de plus en plus difficiles, et ils finissent par y vivre cloîtrer pour échapper aux rafles. Mais dénoncés, les membres de la famille vont un à un être envoyés dans les camps d'extermination.

Le second tome met l'accent sur la vie de Art et de Anja dans le camp d'Auschwitz. Même s'ils sont séparés car les hommes et les femmes vivent dans des camps différents, ils parviennent à garder contact tant bien que mal.

Toute une autre partie de l‘ouvrage est consacrée à la façon dont Art a recueilli le récit de son père : les difficultés pour faire parler un homme malade, la stupeur lorsqu'il apprend que son père a brûlé le journal écrit pendant la guerre par sa mère décédée. Chaque chapitre est ainsi encadré par ces retours à la réalité.

Il y a également des réflexions sur la représentation des personnages : Spiegelman choisit en effet de représenter chaque nationalité par un animal : les allemands sont des chats, les français des grenouilles, les américains des chiens, les polonais des cochons. Et il décide aussi de dessiner les juifs d'une autre manière : en souris. Les juifs sont donc de suite reconnaissables. Ce qui permet de montrer que dans les camps, il n'y avait pas que des juifs, et que des juifs ont participé aux rafles dans les ghettos polonais. Manière très habile et subtile d’appuyer son propos. Et manière un peu polémique de montrer que les juifs étaient d’abord considérés comme juifs et non comme allemands, français ou polonais.

Ce témoignage sur la vie des juifs polonais est assez troublant pour un français lambda, car si notre connaissance sur la situation des juifs français pendant la guerre est plutôt bonne aujourd'hui, celle des juifs polonais et de leurs conditions de vie abominables est plus floue. Roman Polanski a décrit une partie de cette histoire dans son film Le Pianiste, mais les sources grand public sur cette partie de l'histoire sont relativement minces. Ainsi, le récit de Vladek illustre combien les combines, les connaissances et aussi la richesse (au moins au début de la guerre, tous les juifs ayant rapidement été spoliés) ont pu constituer des éléments importants pour la survie.

C'est donc un témoignage important qu'offre Art Spiegelman dans cette bande dessinée. Ce livre a d'ailleurs le Prix Pulitzer en 1992, soit un peu l'équivalent d'un Goncourt. Ce qui parait inimaginable pour un auteur de BD français !

Maus, de Art Spiegelmann
Traduit de l'anglais par Judith Ertel
Ed. Flammarion
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6 mai 2008 2 06 /05 /mai /2008 17:52

Il y a quelques semaines, j'ai eu le plaisir d'assister à une représentation théâtrale lors de laquelle Jean-Louis Trintignant et trois autres acteurs (dont Clémentine Célarié) lisaient, ou plutôt jouaient, des textes du Journal de Jules Renard et de Jean-Michel Ribes. Connaissant un peu le travail du second et pas du tout celui du premier (hormis Poil de Carotte, lu dans ma jeunesse), j'ai été attiré par une BD de Fred qui a pour base de travail le dit Journal.

Dans cette version dessinée, puisqu'il s'agit d'une bande dessinée, Fred imagine les pérégrinations de Jules Renard à travers la campagne, et les discussions qu'il a avec un corbeau. (eh oui, les corbeaux parlent !). Au long des pages de cette BD, Jules nous fait part de ses petites réflexions sur l'existence, et n'hésite pas à être cruel envers ses semblables. Certaines sont prétexte à réflexion, comme cette réponse qu'il fait a corbeau qui lui reproche de trop réfléchir :

"Il faut toujours casser la glace qui se reforme dans le cerveau pour l'empêcher de geler".

Mais derrière l'aspect comique des réflexions se cache un certain pessimiste et une légère misanthropie. On sent un écrivain conscient de sa situation, un peu méprisé par ses contemporains et qui espère que sa postérité sera assurée. Ainsi, il se compare à un cochon : 

"Il y a des moments où je me sens très proche de lui (du cochon). Eh oui, cochon, toi et moi, on sera appréciés après notre mort".

Le trait noir et blanc et très simple de Fred sied particulièrement bien au sujet. Les seuls éléments de dessin sont le paysage, le corbeau, Jules Renard stylisé et les personnages qu'ils croisent. Outre le cochon cité plus haut, on y croise un borgne avec un chien borgne ou un chasseur qui tue les souris qui mangent les cerises sur les arbres.

Cette deuxième approche m'a donné envie de découvrir d'un peu plus près l'oeuvre de Renard (Pas Bertrand, Jules !) (Bon, je sais, cela n'en fera rire que quelques uns, mais il faut bien assumer quelques blagues moyennes, non ?). Je ne sais pas encore quels titres choisir, car peu ont laissé une trace aujourd'hui, mais je compte bien sur quelques propositions pour me guider...


Le Journal de Jules Renard, lu par Fred

Ed. Flammarion - Roman BD


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28 mars 2008 5 28 /03 /mars /2008 07:31

trondheim.gifAprès les aventures de Marco, jeune photographe un peu désorienté dans le Combat ordinaire, voici le travail de Lewis Trondheim. Cette BD, intitulée Approximativement, est un travail autobiographique et revendiqué comme tel. On y suit les aventures de Lewis, dessinateur de BD, connu notamment pour ses animations avec La Mouche.

On le suit dans son travail, ses relations avec ses collègues, avec sa compagne, son aventure au Japon. On le suit également dans les difficultés de la vie quotidienne, notamment lors d'une soirée où il doit faire avec le poivrot et la nymphomane de service. Le rapport au passé et aux souvenirs est également un sujet important de ce livre, notamment lorsqu'il est question de son futur déménagement.

Mais les moments que j'ai préférés dans cette BD sont ceux où Lewis nous fait part de ses rêves. A la fois ses aspirations, mais aussi ses cauchemars. On le trouve ainsi aux prises avec un autre lui-même à plusieurs têtes. Cet ouvrage est un travail d'introspection de l'auteur, dans lequel il essaie de découvrir qui sont ses différents moi, avec la difficulté pour savoir lequel de ces moi est vraiment le sien.

Un de mes passages préférés est celui où il se revoit enfant en train de faire peur à de es camarades. Mais celui-ci, crédule, pense vraiment que Lewis et ses copains sont possédés comme dans l'Exorciste, et risque une chute mortelle pour échapper à ces démons. Aventure qui fait prendre conscience à Lewis du pouvoir des uns sur d'autres, plus naïfs, plus faibles.

Le dessin est sobre, en noir et blanc. Le parti pris de représentation des personnages est le zoomorphisme, chacun étant représenté par un animal. Ainsi Lewis est un canard, les autres un blaireau, un dogue...

Enfin, cette BD se termine de manière assez originale, puisque chaque protagoniste représenté dans cette autobiographie donne sa vison des faits. Ce qui donne lieu à des démentis, des corrections assez amusantes. et qui donne à réfléchir sur le vrai et le subjectif.

Voilà donc un joli travail de réflexion sur soi, qui m'a moins touché que le Combat ordinaire, mais qui vaut le coup d'oeil. 

 

Approximativement, de Lewis Trondheim

Cornelius Eds.

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