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27 décembre 2008 6 27 /12 /décembre /2008 07:40

Un homme s'entretient par lettres interposées avec Charlotte, son aimée. Mais l'entretien n'est pas banal : il se fait avec l'au-delà, car Charlotte a mis fin à ses jours un an plus tôt. Cette correspondance fait le point sur la relation entre Charlotte et son amour, narre leur rencontre, leur histoire et le moment funeste où Charlotte décide de quitter le monde des vivants, laissant seul un homme qui a du mal à se remettre de cette perte.

Le roman de Régis Jauffret à la base de ce texte a beaucoup fait parler de lui depuis septembre. Avant d'assister à cette représentation, je n'avai pas lu le roman en question, mais je connais un peu le monde de Jauffret (depuis quelques mois, ses Microfictions m'accompagnent dans mes voyages quotidiens) . C'est donc vierge de toute impression extérieure que j'ai découvert le texte, et il est évident que c'est une très belle et troublante correspondance que livre Jauffret.

Sur scène, un homme, l'auteur et héros malheureux de cette histoire d'amour qui a mal fini. Régis Jauffret a son texte la main, il s'y reporte parfois, mais connaît par coeur la grande majorité du texte présenté pendant une heure. La mise en scène est simple et efficace, permettant un passage rapide du personnage de Jauffret à celui de Charlotte. Avec, lorsque Charlotte parle, un jeu de lumières qui multiplie le visage de l'acteur est très intéressant.

Sur le texte en lui-même, on ressent  la souffrance de Jauffret face à cet événement inattendu. Mort inattendue, comme l'a été la relaion avec Charlotte. Une Charlotte qui fait assez peu de cas du chagrin de celui qui a partagé sa vie : elle l'appelle "Mon pauvre amour", et n'hésite pas à le mettre en difficulté. Charlotte est loin d'être réconfortante. Régis Jauffret, en donnant un tel ton à ce personnage, ne se ménage pas, comme il ne ménage jamais aucun de ses personnages de roman. On sent une nécessité à écrire ce texte, à faire part de cette expérience pour pouvoir en surmonter la douleur.

J'ai passé un moment touchant, émouvant, en comagnie d'un auteur qui n'a pas hésité à monter sur scène pour présenter son propre texte. Et ceci est d'autant plus admirable que ce texte parle de lui et de ce qu'il a vécu. Je suis maintenant curieux de lire le roman, qui est plus riche et comporte plus de scènes que ce qui a été présenté sur scène (d'après ce qu'on m'a dit, bien sûr).

L'avis de Laetitia (pour qui j'ai rédigé ce billet suite à sa demande pressante ;-)

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15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 10:29

Voilà une pièce assez déroutante, qui dure un peu moins d’une heure, et que j’ai appréciée.


Le dépeupleur est un texte de Samuel Beckett. Dans ce texte, il raconte la vie au sein d’un cylindre de « cinquante mètres de pourtour et de seize mètres de haut ». Dans ce cylindre s’agitent des individus, qualifiés de « chercheurs ». Le but de leur quête : des échelles, situés sur le bord du cylindre, qui permettent d’accéder à des niches percées dans le mur. La pièce nous présente les règles mises en place pour que cette société fonctionne : une personne par échelle, mais priorité à la descente, le fonctionnement des queues pour accéder à une des 15 échelles,…

 

Ce texte est présenté dans un décor simple : un bout de cylindre, avec un encadrement noir qui fait ressortir le fond blanc. Des dessins figurent les échelles, et les personnages sont représentés par des petites figurines en métal. Au milieu, un homme, qui raconte le fonctionnement de ce monde clos, ses habitudes et ses conventions.


La mise en scène d’Alain Françon et de Michel Didym, bien que simple, est assez intéressante : l’acteur (Michel Didym), d’abord immobile, occupe de plus en plus la scène, prend de l’ampleur, se déplace, jusqu’à finir allongé au milieu des personnages métalliques.


Le spectacle est court, un peu moins d’une heure, mais passe à une vitesse extraordinaire. C’est typiquement le genre de spectacle où l’esprit se met parfois à divaguer, mais il finit toujours par revenir sur la scène, où il retombe sur ses pieds. Ce texte met en avant l'absurde de la situation de ces chercheurs : pourquoi cherchent-ils ? Quel est leur véritable objectif, puisqu'ils recommencent incessamment les mêmes gestes : faire la queue, grimper à l'échelle, redescendre ? C'est aussi un monde qui a sa propre hiérarchie sociale : ceux qui réussissent, les autres qui baissent la tête et renoncent à chercher. C'est un microcosme révélateur de nos propres comportements. 


Un spectacle intéressant, sur un texte que je connaissais pas du tout de Beckett, et qui m’a fait passer une agréable soirée.

 

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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 07:02

En ce qui concerne le théâtre, Wajdi Mouawad sait tout faire. Auteur, metteur en scène, il a décidé de passer sur les planches pour son dernier spectacle Seuls. Comme le titre l’indique, Wajdi Mouawad est seul sur scène pendant deux heures. Et la performance est assez impressionnante.

 

Harwan est un étudiant québécois, dont les parents ont fui la guerre du Liban. Harwan est sur le point de finaliser sa thèse consacrée à Robert Lepage, l’un des plus célèbres metteurs en scène canadiens.  La fin de cette thèse est liée à un rendez-vous avec Lepage, qui aura lieu à Saint-Pétersbourg. Mais Harwan n’arrive pas à se concentrer sur son travail, car son père, qui n’a jamais vraiment compris les études de son fils, est dans le coma.

 

Cette pièce est coupée en deux parties assez distinctes. La première partie présente Harwan, sa vie d’étudiant, les difficultés qu’il rencontre pour terminer sa thèse, et ses relations familiales compliquées. Seul sur scène, dans un décor assez simple de chambre d’étudiant, on découvre cet homme, qui a perdu une partie de ses racines libanaises. Liban, pays qu’il a connu enfant, dont il a des souvenirs, mais qui s’estompent.

 

Puis, il y a l’accident. Suivi de l’appel de sa sœur pour lui annoncer le coma de son père. Harwan, qui vient de s’engueuler avec lui au téléphone, décide d’aller lui rendre visité à l’hôpital, avant son départ à Saint-Pétersbourg. Cette confrontation dans la chambre d’hôpital donne lieu à un dialogue à une voix, et dans une mise en scène très dépouillée, cela donne lieu à une des scènes les plus poignantes du spectacle.

 

Puis Harwan part, quitte Québec pour rejoindre Robert Lepage. Arrivé sur place, il découvre que sa valise ne contient pas ses affaires, mais du matériel de peinture. Et là, c’est le moment fort du spectacle, celui où Harwan réalise que la situation que vit son père, c’est lui qui la vit. Et on assiste à la seconde partie du spectacle. Harwan, perturbé, qui entend la voix de ses proches mais ne peut leur répondre, se jette dans la peinture, activité qu’il affectionnait enfant. On passe donc d’une pièce de théâtre classique à une performance artistique, où Harwan peint son corps, les murs de sa chambre,….

 

J’ai beaucoup aimé le crescendo de la première partie jusqu’au retournement inattendu et bouleversant. Par la suite, si on comprend le pourquoi de cette performance (la couleur, la question de la vue, déjà évoquée dans le dialogue avec son père), elle semble un peu longue, et sert plus de défouloir à Harwan. En filigrane de cette performance picturale, il y a le tableau de Rembrandt, le retour du fils prodigue, personnage biblique auquel  Harwan s’identifie.

 

Néanmoins, si ce spectacle est une très grande performance d’acteur, avec Wajdi Mouawad sur scène pendant près de deux heures, une partie du spectacle m’a paru un peu mystérieuse, bien que touchante. Au final, un spectacle qu’on sent vital pour son auteur, qui reprend les thèmes déjà rencontré dans Forêts (l’identité, l’exil,…). La pièce s’inscrit donc à la fois en rupture avec les pièces de la trilogie (Littoral, Incendies ou Forêts), mais en continuité au niveau des sujets traités. Ses autres pièces me semblent toutefois une meilleure entrée en matière dans le travail de Mouawad.

 

L’avis des Trois coups (déçu)

 

Autre pièce de Wajdi Mouawad : Forêts 

Informations sur le site du Théâtre 71 de Malakoff

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17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 07:40

Epouse-moi est une comédie musicale. Sur un sujet a priori facile (ce que confirme le début de la pièce), l’auteur et le metteur en scène réussissent à surprendre le spectateur, et à l’emmener loin de cette histoire a priori banale.

   

Alex et Mathilde, un jeune couple, sont en passe de se marier. Mais la veille du mariage, rien ne se passe vraiment comme prévu. Mme Pelbot, la mère d’Alex, qui n’apprécie pas sa future belle-fille, vient mettre son grain de sel dans cette histoire. Et c’est sans compter les conseils un peu bêtes de Charlie, le meilleur ami d'Alex, et l'intervention de Rosemarie, la fille d'Alex et Mathilde. Les questions qui assaillent Alex deviennent tellement nombreuses, que le mariage est de plus en plus compromis…

 

Pour être totalement honnête, j’ai assisté à ce spectacle car j’y ai été invité par ma professeur de théâtre, qui joue le rôle de Mme Pelbot. Ce n’est pas forcément le genre de spectacle auquel j’assiste, mais j’ai apprécié cette pièce.

 

Le début m’a un peu fait peur, car j’ai craint l’histoire banale de la veille du mariage qui tourne mal et qui fait que rien ne va. Si c’est effectivement ce qui se passe pendant le  premier tiers de la pièce, l’histoire prend ensuite un tour beaucoup plus intéressant, avec la révélation de la vraie identité de Mme Pelbot, et l’intervention de la petite Rosemarie apporte une touche d’insolite et de complexité tout à fait bienvenue.

 

Au niveau des chansons, certaines sont plus réussies que d’autres, car plus décalées. Je retiens notamment la chanson pleine de plaintes et de reproches de Mme Pelbot, ainsi que celle où Mathilde perd sa douceur pour exprimer tous ses fantasmes. Il y aussi l’intervention de Mmes Cohen et Lévy qui racontent à Alex son enfance. Point remarquable que l’apparition dans le spectacle de ces juives, dont l’auteur n’hésite pas à se moquer (ce que tout le monde, aujourd'hui, n’ose pas faire).

 

Voilà donc un spectacle agréable, qui sous de faux airs de légèreté est bien plus construit et interrogatif que ne le laisse présager le titre. La fin n’est pas surprenante, mais le traitement de cette histoire de mariage sort de l’ordinaire.

Le spectacle se joue jusqu’au 14 décembre au théâtre douze, dans le douzième arrondissement de Paris.

 

Le site de la pièce.

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23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 10:02

Ivanov est un propriétaire terrien dans la Russie de la fin du XIXeme Siècle. Sa femme est atteinte de tuberculose et condamnée à courte échéance, son métayer le mène par le bout du nez, mais Ivanov n’arrive pas à prendre le dessus : sa mélancolie le mine. Il traîne son vague à l’âme, dans ce monde en perdition, et ce ne sont pas les soirées de cartes chez les Lebedev qui lui donnent de l’entrain : tout le monde s’ennuie à qui mieux mieux. Rien ne fonctionne pour lui, et lorsque, après la mort de sa femme, il décide de se remarier avec la fille Lebedev, rien ne s’arrange, ni pour lui, ni pour son entourage…

 

Résumée ainsi, cette pièce de Tchekhov semble loin d’être enthousiasmante. Une soirée avec un dépressif russe, comme on dirait aujourd’hui, n’est pas très avenante. Néanmoins le spectacle joué actuellement au théâtre de la Tempête, à la Cartoucherie du Bois de Vincennes, est vraiment très réussi, et permet de passer un moment fort agréable et divertissant. 

 

La première astuce de l’auteur est liée au personnage d’Ivanov. Comme son nom donne le titre de la pièce, on pourrait s’attendre à ce qu’il occupe la majeure partie de la scène. Mais ce n’est pas le cas ! Cette pièce, avant d’être la description d’un caractère mélancolique, montre les ravages de cette maladie sur l’entourage, qui s’échine et s’épuise à sortir le malade de son marasme. Il est tout à fait significatif qu’Anna, tuberculeuse, soit beaucoup plus vive qu’Ivanov, physiquement sain mais mélancolique.

 

Comme Beaumarchais décrit en filigrane un monde sur le point de s’écrouler dans Le Mariage de Figaro, Tchekhov met ici en scène des propriétaires terriens de la fin du tsarisme. Une radinerie excessive qui pousse les invités à se gaver de confiture de groseilles à maquereaux, un ennui ressenti par tous les personnages (mais pas par le spectateur, fort heureusement), des problèmes financiers qui s’accumulent et une haine exacerbée de l’étranger, notamment des juifs, sont autant d'inidices qui laissent présager la fin d'un certain ordre social. Comme dans Le Mariage de Figaro, le personnage le plus malin et le plus roublard est le métayer, qui surpasse son maître. 

 

Mais cette pièce, si le sujet est parfois lourd, est ici remarquablement adaptée, de manière subtile et nuancée. Philippe Adrien, metteur en scène, s’est aidé d’un comédien pour traduire le texte, et donc revenir à la source. Il donne à l’ensemble de la pièce un ton comique, qui va crescendo tout du long et qui se termine par une scène de noces qui prend des tournures de farce, avec des pleurs exagérés d’un coté et la tristesse froide d'Ivanov de l’autre. Il y a un aspect jouissif dans ce spectacle très inattendu et tout à fait efficace.

 

Tous les acteurs (je ne les citerai pas, car il faudrait tous les citer) sous au diapason pour produire ce magnifique spectacle, qui mérite vraiment le détour. Dans un décor sobre et adpaté, qui évolue entre les actes, ils occupent l’espace et réussissent à donner vie à ce lieu. Il y a notamment la scène chez les Lebedev, avec une ambiance de tripot remarquablement rendue. Quand la pièce s’est terminée, après 2h15, j’ai d’abord été étonné que ce soit déjà fini puis qu’il n’ait pas eu un acte supplémentaire.

 

Cette pièce de Tchekhov, dans cette mise en scène singulière et audacieuse, casse l’image de l’auteur parfois intellectuel et froid pour lui donner une dimension tragi-comique tout à fait savoureuse. Vraiment un bon moment à passer !

 

Autre pièce de Tchekhov :  La Cerisaie

 

L'avis des trois coups.

 

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9 septembre 2008 2 09 /09 /septembre /2008 07:04

Dans un petit théâtre au cœur de Paris se joue actuellement une courte pièce très poignante d’un grand auteur de théâtre. La salle ? Le théâtre des Déchargeurs, à proximité des Halles. La pièce : l’apprentissage, soit l’histoire d’un homme qui sort du coma et qui commente tout ce qui l’entoure. L’auteur ? Jean-Luc Lagarce, auteur entre autres de Derniers remords avant l’oubli ou Juste la fin du monde, deux pièces que j’ai vues et qui sont formidables.

 

Ici, c’est un texte plus court qui est mis en scène par Sylvain Maurice et joué par un seul acteur (Alain Macé formidable également, d’ailleurs (c’est un peu comme si Lagarce arrivait à transmettre son talent aux interprètes de ses pièces)). Pendant une cinquantaine de minutes, on voit le malade retrouver la lumière, s’habituer aux événements qui se déroulent autour de lui. Evénements très peu nombreux, mais surtout très répétitifs : la visite quotidienne de A., qui s’installe près du lit avec son livre. L’entrée de l’infirmière, qui parle fort comme si notre malade était « imbécile » ou « devenu vieux sans s’en rendre compte ».

 

Alors, quand dans cette monotonie ambiante est programmé un scanner, cela devient une aventure formidable, et donne lieu à une scène criante de vérité. Le malade se trouve coincé dans son fauteuil roulant, et sert de butoir pour ouvrir les portes battantes. Et avec les bocaux en verre qui le suivent partout, ce n’est pas très pratique pour passer inaperçu…  

 

Alain Macé tient le spectacle à bout de bras pendant 50 minutes. Il laisse beaucoup de respiration dans ce texte qui évoque la renaissance. Le décor est minimaliste, deux draps évoquant la blancheur de l’hôpital, la naissance (au sens propre). La mise en scène, assez minimaliste elle aussi, propose lors des intermèdes de la musique chantée (notamment en allemand) que j’ai néanmoins eu du mal à intégrer au reste du spectacle.

 

Malgré ce petit bémol, je vous conseille vivement ce spectacle touchant, parfois tendre, et qui offre un regard intérieur sur la sortie d’une période d’inconscience. Une belle performance d’acteur, pour un texte simple et bien mis en valeur.

 

L’avis d'un critique des trois coups

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9 août 2008 6 09 /08 /août /2008 18:44

Seconde et dernière journée au Festival d’Avignon, qui s’annonce sous les meilleurs auspices, deux spectacles prévus aujourd’hui étant (presque) des valeurs sûres, et les deux autres s'avéreront de bonnes découvertes.

 

La première valeur sûre débute d’ailleurs la journée : nous nous retrouvons au collège La Salle, pour assister à une représentation du spectacle de Trinidad. Certains d’entre vous ont certainement déjà entendu parler de cette artiste, qui tient régulièrement une chronique sur France Inter dans Le Fou du roi, l’émission de Stéphane Bern. Pour ceux qui ne remettent pas sa voix, c’est la chroniqueuse qui a le débit de parole le plus rapide de l’émission, et qui agrémente sa chronique de chansons détournées. Et ces deux éléments (paroles rapides et chansons) sont en bonne place dans le spectacle qu’elle nous a présenté : La conversion de la cigogne (ou de l’avantage de naître avec le sens de l’humour dans un milieu hostile) (Un titre beau comme du Jules Verne ! ) Et le spectacle vaut vraiment le déplacement. En incarnant des rôles très divers pendant presque 90 minutes ( elle enfant, une infirmière, un conquistador, sa grand-mère espagnole,…), Trinidad nous emmène dans son univers, à la recherche du secret qui hante les nuits des membres de sa famille. C’est drôle, inventif, enlevé. Je pense que j’aurai longtemps en mémoire le moment où elle incarne le vieux chinois (dont les proverbes sont hilarants), et notamment le moment où elle démêle les nœuds qui se créent dans certains éléments du décor. Je crois que belle-maman en rigole encore !

 

Suite à ce premier très bon spectacle, pause repas (il faut bien se sustenter !) avant de retrouver Patrick Cottet-Moine, dans un spectacle sans parole mais également très drôle. Avec un physique assez atypique (il est grand et longiligne, et a un cou d’une dimension assez prodigieuse), il donne vie sur scène à plusieurs sketches, dans lesquels son corps exprime autant voire plus que la parole. Il nous emmène ainsi au bord d’une rivière pour une partie de pêche, joue Zorro qui se prend les pieds dans sa cape ou un policier à moto. C’est une prestation physique très impressionnante pour un acteur seul en scène qui quasiment sans accessoires parvient à créer et à rendre réelles des situations (Il a notamment une manière d'imiter un poisson très réussie) C’est d’ailleurs une partie du plaisir de deviner où il nous embarque à chaque fois !

 

Changement de registre une nouvelle fois, avec un spectacle de Commedia dell’arte. Spectacle qui utilise un texte contemporain mis en scène par Gilbert Bourebia : L'incroyable histoire de Tang Tsé Kiang. Dans cette pièce, l’intrigue met aux prises deux familles, les Saint-Gervais et les Ben Ifri, qui se battent pour la possession d’une source. Schéma classique, avec relations compliquées entre les familles, avec des enfants qui s’aiment alors qu’ils ne le peuvent pas, des serviteurs qui font de même, et des hommes de main très loufoques. Si le spectacle met un peu de temps à se mettre en place (l’exposition de l’intrigue dure un peu), la deuxième partie du spectacle est réjouissante, avec une explosion de chanson, de danse et chorégraphie. Bref, cela va dans tous les sens, pour notre plus grand plaisir. A noter le fait que cette représentation avait lieu en plein air (chose rarissime à Avignon) et que la troupe était très cosmopolite. Félicitations d’ailleurs aux acteurs, et notamment à la comtesse Saint-Gervais qui campe une maîtresse de maison digne des contes de Perrault. C’est la première fois que je voyais ce type de représentation, et je pense que je réessaierai ! Malheureusement pour la troupe, le public était assez clairsemé. Dommage pour eux, et j’espère que cela s’est arrangé par la suite !

 

Dernier spectacle, et mon coup de cœur de ce festival : Nature morte dans un fossé, de Fausto Paravidino, joué par le collectif Drao. Je connaissais la troupe pour avoir vu leur première création, Derniers remords avant l’oubli de Jean-Luc Lagarce (qui donne son nom au collectif), et j’avais raté ce spectacle lors de son passage au Théâtre 71 de Malakoff. Et chance, une séance de rattrapage était possible puisque le collectif  jouait à Avignon. La pièce est en soi originale, puisque le texte de Paravidino est un polar théatral, chose assez rare pour etre signalée. Dans l’Italie d’aujourd’hui, une jeune fille est retrouvée morte dans un fossé, rouée de coups. L’inspecteur Saleti mène l’enquête dans un milieu de dealers et de prostitués, avec une mère effondrée. Cette pièce est digne des tous meilleurs polars écrits ou filmés, car les acteurs mettent dans leur jeu une puissance physique tout à fait remarquable. Pour avoir été assis au premier rang, je peux vous dire qu’on la ressent de manière très proche ! J’ai été complètement happé par cette représentation, riche en terme de texte, de thèmes (on y parle un peu de politique) et surtout d’idées de mise en scène. Car les acteurs, en plus de jouer, ont eux-mêmes mis en scène ce spectacle qui est truffé d’idées de représentation tout à fait extraordinaires, comme ce dealer dont la personnalité est dédoublée pour pouvoir rapporter ce qu’il ressent. J’ai vraiment rarement été aussi touché physiquement par une pièce de théâtre. Si vous avez l’occasion de voir ce spectacle près de chez vous, et que vous appréciez les polars, c’est vraiment un spectacle à voir, car il donne une représentation originale du genre.

 

Voilà donc la fin de mes aventures avignonnaises, avec vraiment deux spectacles magnifiques (Résister c’est exister et Nature morte dans un fossé), et six autres spectacles très divers, qui m‘ont tous plu, chacun dans leur domaine. Voilà donc un festival rondement mené, avec de très bons moments, même s’il faut se méfier de certains restaurateurs qui profitent de la manne financière que représente le festival pour pratiquer des prix parisiens, pour parfois pas grand chose ! Mais c’est malheureusement le lot de toutes les grandes manifestations, culturelles ou autres !!!

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7 août 2008 4 07 /08 /août /2008 08:37

Comme annoncé lors de mon retour de vacances, voici deux billets qui seront consacrés à mon passage au festival d'Avignon. Première en ce qui me concerne pour Avignon. Je suis passé au festival d'Aurillac l'an dernier, consacré au théâtre de rue (fin août) : si on peut y trouver quelques similitudes, les ambiances et les publics y sont sensiblement différents. Disons que c'est un peu plus guindé à Avignon. et le fait que tous les spectacles (ou presque) aient lieu dans des salles fermées ne permet pas comme à Aurillac d'investir le moindre lieu pour se produire. Enfin, le budget à consacrer aux deux festivals n'est pas vraiment le même : alors qu'à Aurillac, les spectacles (hormis ceux du in, ceux de la programmation officielle) sont a priori gratuits (chacun donne ce qu'il souhaite à la fin), il faut compter environ dix euros par spectacle à Avignon. Autant dire qu'il vaut mieux ne pas se tromper.

Mais venons-y à ce séjour dans la Cité des Papes. D'abord, cela commence par la recherche des points de vente des pass festival, qui permettent d'obtenir pour tous les spectacles le tarif réduit (- 30 %). Puis, pour faire le programme de la journée, entre le programme de tous les spectacles et les tracts distribués par les artistes, il faut bien une demi-heure pour s'organiser. Et ensuite, c'est parti pour 4 spectacles pour cette première journée.

Premier spectacle, et nous avons failli ne pas pouvoir entrer : la salle était grande, mais le spectacle avait bénéficié d'un bon bouche à oreille (et il le mérite). Premier spectacle donc, Résister c'est exister. Un seul acteur sur scène, qui jouera en 80 minutes une vingtaine de personnages différents. Le point commun de ces personnages : avoir fait preuve d'une manière ou d'une autre, de résistance pendant les années 1940 à  1944. Cela va du sabotage de ligne de communication à la simple insulte d'officiers allemands. L'acteur de ce spectacle, François Bourcier, est formidable : il saute de personnage en personnage, de la femme de ménage d'une caserne allemande à un pilote français, avec un dynamisme époustouflant. De plus, la mise en scène signée Isabelle Starkier est exceptionnelle. Rien que la scène d'ouverture est magnifique et déroutante : l'acteur se trouve dans un halo de lumière, avec autour le lui des vêtements qui pendent. Dans la pénombre, impossible de dire ce que cela représente, mais le doute crée chez le spectateur un sentiment d'incompréhension qui met immédiatement dans l'ambiance du spectacle. Et, dernière idée louable, c'est de relier par le dernier personnage interprété le spectacle à la situation actuelle, notamment celle que peuvent vivre les sans-papiers aujourd'hui. Un spectacle poignant, qui prend aux tripes, et qui laissait augurer un festival riche !

Après une pause repas, spectacle plus léger avec la Compagnie choc trio, qui propose un spectacle burlesque et musical sans parole, mais avec onomatopées, l'Odition. Un musicien vient passer une audition, mais il est gêné dans sa prestation par un ouvrier qui fait des travaux dans le studio. Le spectacle est truffé de gags visuels et de musique, et tous les éléments du décor servent à l'intrigue. Même la lampe rouge, qui sert à indiquer au musicien le début ou la fin de sa prestation, va être utilisée dans le spectacle. Spectacle musical, puisque le saxophone et les percussions résonnent à plusieurs moments dans cette représentation. Un joli spectacle, servi par deux acteurs touche à tout, et qui permet de rire pendant un petit moment.

Puis changement de registre immédiat avec un spectacle qui parle du même thème (les auditions), mais avec un traitement très différent. La compagnie Italique propose le spectacle La chance de ma vie - l'audition. Ici on croise six actrices qui viennent passer une audition devant un metteur en scène. Ce dernier est assis au milieu du public, on se retrouve donc au même niveau que lui. Défilent ensuite six femmes, très différentes, qui présentent les raisons de leur présence sur scène. Si certains passages sont très poignants (notamment celui avec Angèle), le spectacle est relativement inégal. Il y a notamment la présence du beau-père du metteur en scène qui est assez surprenante, et l'ultime prestation de l'actrice chevronnée m'a laissé perplexe. Malgré ces quelques défauts, certains passages valent vraiment le coup d'oeil.

Enfin, dernier spectacle de la journée avec un genre encore différent, le one-man show. Présents à Avignon avec mes beaux-parents (plus habitués à Avignon que moi), ils voulaient voir Manuel Pratt, qui proposait un best of de ses précédents spectacles. Je ne connaissais pas du tout cet artiste, qui ne passe jamais en radio ni à la télé. On m'avait prévenu que c'était assez cynique, mais la partie du best of était plutôt crue, car orientée sur les relations amoureuses et les liens homme-femme (assez loin de l'image de contestataire social qu'on avait pu me décrire). Un spectacle donc où Manuel Pratt n'hésite pas à être grossier, à utiliser des mots ou des images qui choquent. C'est personnellement quelque chose que je trouve assez sain, étant donné la pudibonderie hypocrite de notre société, qui est d'une vulgarité sans nom, mais qu'il faut cacher à tout prix. Regardez par exemple les kiosques à journaux, et les publicités pour les revues classées X ! On peut montrer, mais il ne faut pas en parler. Voilà donc une parole qui bat en brèche cette hypocrisie. Bien entendu, certaines images sont exagérées, mais c'est le propre de tout caricaturiste de choquer son auditoire. Même si mes beaux-parents n'y ont pas forcément trouvé ce qu'ils cherchaient, j'ai trouvé ce moment assez jouissif. Mais c'est à mettre entre des oreilles averties !

Sur ce, fin de cette première journée à Avignon, avec le programme du lendemain déjà prévu : Trinidad, Patrick Cottet-Moine, un peu de Comedia dell'arte et une pièce policière. Une très belle journée à venir ! 

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18 juin 2008 3 18 /06 /juin /2008 09:00

Nouveau passage au théâtre du Rond-Point, avec encore une fois un très bon spectacle. Bon, c'est vrai que c'est une pièce de François Morel, avec François Morel et Olivier Saladin (tous les deux d'anciens membres des Deschiens), donc cela s'annonçait bien. Je vous ai déjà parlé de mon affection pour le travail de François Morel, affection qui ne fait que se renforcer de spectacles en films.

Décor minimaliste : deux chaises et deux tables. Après une introduction pendant laquelle Olivier Saladin incite un volatile à prendre son envol, les deux comédiens entrent sur scène avec chacun une boîte en fer. Dans ces boîtes, des cartes postales, que les Rouchon envoient aux Brochon, et inversement. Et ces cartes postales racontent bien des choses...

Morel et Saladin jouent aussi bien les rôles masculins et féminins. La pièce démarre tambour battant, avec les inquiétudes de l'une des deux protagonistes, qui s'inquiète de l'envoi de son bulletin de mots croisés. Puis on navigue dans différents environnements : le voyage organisé, avec le fêtard de service qui a toujours une bonne blague, les souvenirs de Titus, attaché à un arbre près de la sortie de Mâcon, la plongée dans les souvenirs, et l'analyse des photos qui illustrent les cartes.

Les deux acteurs sont très drôles : François Morel est un acteur de théâtre fabuleux. Il a une expressivité surprenante, et la moindre mimique prend une signification particulière. Il a un visage très malléable, et donne l'impression que ce qu'il fait est facile (ce qui n'est pas vrai du tout, vous pouvez me croire). Olivier Saladin lui donne admirablement la réplique, occupant le devant de la scène à plusieurs reprises. Il improvise notamment un très beau sirtaki (bah oui, ils parlent de Grèce, donc sirtaki obligatoire !).

J'ai passé un très très agréable moment avec ces deux comédiens d'un burlesque incroyable, qui font de situations banales de vrais moments de drôlerie, tout cela avec une élégance indéniable. Chapeau aux comédiens !

La pièce ne se joue malheureusement plus au Rond-Point, mais elle a déjà tourné en province et devrait continuer à le faire. Si elle passe près de chez vous, n'hésitez pas une seconde ! C'est une heure et quart de rire quasi assuré !!!

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22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 09:17

Aujourd'hui, je vous parle d'un spectacle que j'ai vu en octobre 2006, Forêts. Pourquoi je vous en parle aujourd'hui ? Car il repris du 28 mai au 8 juin au théâtre 71 à Malakoff (Hauts de Seine), et qu’il m’a laissé un souvenir impérissable. Ce spectacle est extraordinaire, à la fois pour le texte et pour la mise en scène, signés tous deux par Wajdi Mouawad.

Cette pièce est ce qu'on peut appeler une "pièce fleuve" : cela n'atteint pas les 8 heures des spectacles de Mnouchkine ou du Soulier de satin, mais elle dure tout de même 4 heures. J'y étais allé reposé, dans l'idée qu'une pièce de 4 heures peut parfois être difficile à suivre, la concentration faisant parfois défaut.

J'ai été content d'être reposé, car si on peut décrocher à quelques moments dans la pièce, ce n'est par un manque de rythme. Cette pièce est foisonnante, on passe d'un sentiment à un autre tout au long du spectacle.
L'intrigue est complexe à résumer : une jeune fille d'aujourd'hui découvre qu'il y a un objet étrange dans son cerveau. Mais les examens passés pour savoir ce que c'est lui font découvrir son passé, et la replonge dans l'histoire de sa famille. La scène se transforme au fil des découvertes de la jeune fille : on passe d'un repas d'anniversaire en famille à une chambre d'hôpital, en passant par la vie au début du XIXeme Siècle dans une forêt.

Tout y est éclatant : cela explose constamment, on en prend plein la vue et les oreilles pendant 3h30 (il y a quand même un entracte !). Et ce dès la première scène, celle de l'anniversaire, jouée par des acteurs formidables. Dans cette scène, on entend des bribes de conversation, que le spectateur n'arrive pas à rassembler pour en faire un propos cohérent, tout cela sur une musique dansante. Puis, tout se remet en place, et ce qui paraissait des paroles anarchiques prend peu à peu tout son sens.

C'est vraiment un spectacle que je conseille à tout le monde, car il traite de thèmes aussi intimes que le rapport à la famille, à son passé. Ca se passe donc à Malakoff pour dix représentations, et c'est à voir. A noter que cette pièce est la troisième partie d'une trilogie composée également d'Incendie et de Littoral. Les pièces sont indépendantes, et il parait que les deux premières sont aussi voire plus intenses que Forêts. Mais je n'ai pas eu l'occasion de les voir, à mon grand regret ! 

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