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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 17:13

Cela fait longtemps que je n'ai pas parlé théâtre en ce lieu, non par manque d'envie d'en parler, mais parce que je n'y suis pas beaucoup allé depuis mon passage à Avignon (juste une représentation de Cyrano de Bergerac dans le cirque de Gavarnie au mois de juillet, spectacle plaisant mais un poil trop Robert-Hosseinien à mon goût). Retour théâtral, dis-je, avec une pièce reprise à la Comédie-Française, La Grande Magie, d'Eduardo de Filippo.


Dans un grand hôtel d'une station balnéaire italienne, quelques aristocrates sont en villégiature. Pour égayer leur séjour, un magicien, Otto Marvuglia, vient leur présenter son numéro. Mais le magicien n'est pas spécialement animé de bonnes intentions : en cheville avec Mariano d'Albino, il fait disparaître sa maîtresse, Marta di Spelta, afin que les deux amants puissent s'enfuir sans craindre les représailles du mari, Calogero di Spelta. Afin de le calmer, Marvuglia lui fait croire qu'elle est enfermée dans une petite boîte, et qu'il ne tient qu'à Calogero de savoir si le tour a fonctionné ou non. Mais Calogero se refuse à ouvrir la boîte en question, ce qui le plonge dans un abîme sans fond...


Voilà une reprise qui s'est admirablement déroulée. Car La Grande Magie est une pièce très intéressante, et la mise en scène est au niveau du texte. Outre l'intrigue amoureuse, qui occupe le premier acte avant de devenir secondaire, cette pièce est surtout l'occasion pour l'auteur de donner à réfléchir sur les troupes qui luttent pour survivre, comme celle de Marvuglia, et sur la frontière entre réel et virtuel, avec le personnage de Calogero, totalement déboussolé par les discours que lui tient le magicien.


Le premier acte donne l'impression d'une pièce classique, dans laquelle est intégrée un spectacle de magie (d'ailleurs admirablement présenté par Hervé Pierre en Marvuglia). L'ambiance au sein de l'établissement n'est pas très gaie, les rivalités sont implicites, et la jalousie ne demande qu'à s'épanouir. Le pauvre Calogero, lors de la disparition volontaire de sa femme, demeure seul face aux autres clients de l'hôtel. Puis la pièce prend un tour tout à fait pertinent. Le deuxième acte se joue dans l'appartement de Marvuglia, dont la femme, une furie, ne cesse de le récriminer contre ses dépenses inconsidérées. Avec ses acolytes, des bras cassés de première, il doit également affronter la police, que Calogero a lancé sur leurs basques (avec un inspecteur très bien incarné par Cécile Brune).


La dernière partie fait plonger le spectacle dans sa partie la plus absurde, avec un passage dix ans plus tard, dans l'appartement de Calogero. Malgré le temps, il n'a toujours pas compris comment sa femme avait disparu, et n'a toujours pas ouvert la boîte laissée par Marvuglia. Il se retrouve même à devoir affronter sa famille venue lui faire les reproches qu'il n'a pas voulu écouté jusque là. L'interprétation de Calogero par Denis Podalydès est vraiment de premier ordre : personnage décalé, abusé, dérouté, il nage en plein délire. Lorsque sa femme reparaît, il s'attend même à rajeunir, croyant le magicien qui lui répète que ces dix dernières années n'ont été qu'un rêve.


La mise en scène de Dan Jemmet est très efficace, rythmée. Un des parti pris de l'auteur est de ne pas offrir de coulisses aux comédiens : quand ils ne jouent pas, ils sont attablés, à droite et à gauche de la scène, attendant leur entrée en scène. Cette illusion supplémentaire est un habile ajout au texte de Eduardo de Filippo, auteur italien, du milieu du XXeme siècle. Le tout est comme toujours servi par les très bons comédiens de la Comédie Française. Outre ceux déjà cités (dont Hervé Pierre, que j'aime vraiment beaucoup sur scène), les interprétations de Martine Chevallier, Loïc Corbery (tout en souplesse) et Suliane Brahim (qui joue une toute jeune fille) sont à noter.


Un très joli spectacle, donc, auquel ce billet ne rend certainement pas complètement hommage. Mais comme il se joue jusqu'au 17 janvier, vous aurez peut-être l'occasion de vous faire votre propre idée !

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22 août 2009 6 22 /08 /août /2009 08:40

Cette seconde journée à Avignon a été marquée, par hasard, par un élément commun aux quatre spectacles vus ce jour-là. A chaque fois, j’ai assisté à une représentation scénique d’œuvres non théâtrales. Un roman, deux nouvelles dont une fantastique et des exercices de style… Des émotions différentes pour des spectacles prenant des chemins assez éloignés.

  

La très bonne surprise de cette journée fut la représentation de Mon amour. Alors, ne vous fiez pas au titre, qui est à mon assez mal choisi dans le cadre d’un festival comme Avignon où il faut se démarquer pour attirer la chaland. Mon amour est le titre d’un roman de Emmanuel Adély, que la compagnie alsacienne le Talon rouge a adapté pour la scène. Sur la scène, un carré au sol, l’espace de jeu. Aux quatre coins, des chaises, une bassine avec de l’eau et un livre. Mon amour. Ce livre que les comédiens commenceront à lire, à plusieurs voix, avant de lâcher le texte, de revenir de temps à autre au support. Mon amour, ce sont des individus ballotés par la vie et qui trouvent la force de vivre dans ce sentiment qu’ils portent à leur enfant, à leur ami ou qu’ils font payer. Une femme dans un couple en crise, qui se confie à sa sœur. Un enfant homosexuel qui fait le tapin, et doit affronter les déclarations d’amour d’un de ses clients. Un pilier de comptoir, qui noie son désarroi dans l’alcool et les discussions avec un des ses camarades. Le tout servi par une mise en scène de Catherine Javaloyès physique et très inventive (comme l’utilisation des éponges), un travail sur les lumières très réussi de Xavier Martayan et une interprétation magistrale des quatre comédiens : Gaël Chaillat, Blanche Giraud-Beauregardt, Jean-Philippe Labadie, Pascale Lequesne. Vraiment le genre de très bonne surprise d’Avignon, avec un spectacle choisi au hasard (pourquoi celui-là plutôt qu’un autre ? Je ne saurai plus vous le dire) et au final le plus abouti et intéressant des huit vus cette année. Chapeau à toute l’équipe.

 

Cette journée avait d'ailleurs plutôt bien débuté, avec un spectacle tiré d’une nouvelle marquante lue il y a peu : Le joueur d’échecs, de Stefan Zweig. Monté par la compagnie le Fier Monde (encore une compagnie du Rhône-Alpes, pourtant je n’ai aucune attache particulière avec cette région), on assiste, comme dans l’œuvre initiale au récit du narrateur qui raconte son voyage en paquebot et la rencontre avec Czentovic, la star internationale des échecs, et cet inconnu qui le défie (pour en savoir plus, voir le billet consacré à la nouvelle). Seul en scène, dans un décor de pont de paquebot avec transat, Michel Bernier donne vie à ce récit. S’il est raccourci, il a gardé intact toutes les étapes de la nouvelle. Le jeu de l’acteur, un peu statique au début, prend toute son ampleur lorsqu’il décrit la réclusion de ce joueur d’échecs. Un peu mitigé à la sortie, j’ai réalisé par la suite (vous verrez pourquoi un peu plus loin) que le travail était tout de même assez intéressant, et le résultat tout à fait méritoire. Une belle adptation de ce grand classique.

 

Le soir, autre forme, l’exercice oulipien transposé au théâtre. Dans Pièces détachées / Oulipo, trois comédiens donnent vie aux textes écrits par les oulipiens, dont les plus connus sont Queneau et Perec. Ils reprennent donc les tentatives de ces auteurs, qui peuvent prendre la forme d’aphorismes comiques, de textes où un mot en remplace un autre,… Spectacle encensé à Avignon comme à Paris où il a déjà été joué, j’avoue être resté un peu sur ma faim. Car si le fait de les jouer apporte indéniablement un plus à ces textes, cela reste des exercices, avec leur part de futilité et d’abstraction. On passe un moment agréable avec ces trois comédiens, mais on en ressort avec le sentiment de quelque chose qui se ternira vite. Ce qui est malheureusement le cas.

 

Enfin, voici la première déception vécue à Avignon en seize spectacles (c’est plus que raisonnable). Déception minime il est vrai, car je n’ai pas été déçu par un manque de travail ou par la fainéantise d’un metteur en scène ou d’acteurs, mais je me suis relativement ennuyé. Cette pièce se nomme Le tour d’écrou, et est une adaptation de la nouvelle fantastique d’Henry James. On y découvre une gouvernante, qui arrive dans une maison pour encadrer deux enfants. Mais elle réalise rapidement que des ombres d'anciens locataires planent sur le château, qui ne seront pas sans influence sur le comportement de ses protégés. Je ne connaissais pas le texte de départ, et c’est donc vierge que je me suis rendu à cette représentation. La comédienne, Catherine Chauvière, n’est pas à mettre en cause dans cette expérience ratée. L’élément gênant dans ce spectacle est la quantité de texte. Pendant une heure trente, presque sans répit, la comédienne raconte. Une histoire interminable, avec beaucoup de texte. Et ce, au détriment de la mise en scène, qui en dehors de quelques jeux de lumière, est assez minimaliste. Peut-être la forme fantastique se marie-t-elle mal au théâtre, en tout cas, je n’ai pas été convaincu par cette proposition. Ce qui n’a que rehaussé mon appréciation du joueur d’échecs, vu juste avant…

Une deuxième édition très réussie, qui permet de passer quelques bons moments aux terrasses des cafés de cette belle et chaude ville d’Avignon, et qui donne un nombre d’idées de spectacles incroyables. Heureusement que tous ne se jouent pas à Paris, sinon, on y passerait son année. Pour ceux qui ne connaissent pas le festival et qui apprécient le théâtre, je ne peux que les inciter à faire cette expérience hors norme… Pour l’année prochaine, nous changerons certainement de programme, mais nous y reviendrons un jour, avec pourquoi pas un spectacle dans la Cour d’honneur du Palais des Papes…

Les spectacles de l'an dernier,
ici et .

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20 août 2009 4 20 /08 /août /2009 08:32

Comme l’an dernier, les vacances ont débuté par quelques jours passés à Avignon, le centre du monde théâtral pendant un mois. Et je reste stupéfait devant la folie qui s’empare de la ville pendant ces trois semaines (voire un peu plus) : du monde dans tous les coins de la ville, des salles de théâtre dans tous les endroits, même les plus improbables (parfois au détriment des compagnies, obligées de payer cher un petit endroit pas forcément adapté au théâtre). Ce qui est le plus étonnant et le plus réjouissant concerne les spectacles en eux-mêmes : je n’ai sillonné que le festival off, et la diversité de l’offre est hallucinante : des one-man show de comiques reconnus aux spectacles pour enfants, en passant par la chanson, des spectacles taïwanais ou des mimes. Sans parler de la variété des auteurs proposés : les classiques, comme Molière ou Feydeau, sont courus, mais on trouve également des adaptations de textes parfois inattendus (mais cela, c’est le thème de la seconde journée…).

 

Cette première journée a été placée sous le signe de la variété des formes théâtrales : quatre spectacles, et quatre façons d’aborder la scène.

 

Par ordre de préférence, il y a la forme classique, celle d’une pièce écrite pour la scène par un auteur reconnu. C’est le cas de Nous, les héros (version sans le père) de Jean-Luc Lagarce, montée par la compagnie iséroise Théâtre et compagnie. L’histoire est celle d’une troupe de théâtre qui voyage de ville en ville dans l’Europe de l’Est. Troupe familiale, menée d’une main de maître par sa directrice (Judith Bècle, épatante). La mise en scène de Michel Belletante est à mentionner : il arrive à rendre l’atmosphère de la troupe, notamment avec l’entrée sur scène de cette masse qui est ballottée et qui ne se disloque jamais. Avec leurs valises et leurs manteaux, les acteurs doivent choisir entre respect de leur intégrité artistique et la nécessité d’avoir des spectateurs et donc des revenus. Marquée par de nombreuses scènes de chants et de danse, par un mariage et un passage de marionnettes très réussi, la pièce est traversée par l’image du fils, thème récurrent chez Lagarce, et son rapport aux parents. Ici, le fils est affublé d’un masque de singe qu’il ne souhaite pas quitter, malgré l’insistance de ses camarades. Une jolie pièce, qui doit beaucoup à tous ses acteurs et sa très belle mise en scène.

 

Puis il y a la représentation performance. C’est le cas du projet Replay, monté par le grenoblois Christophe Roussel. Ce spectacle est un mélange entre installation d’art contemporain et prestation scénique. Christophe Roussel, propriétaire d’un répondeur, a pendant dix ans enregistré et conservé tous les messages reçus sur celui-ci. Ceux de sa mère, de ses amis, de la banquière qui souhaite le rencontrer,… Après une présentation des raisons qui l’ont poussé à monter ce spectacle, il nous fait entendre, d’abord par la lecture, puis par différents moyens sonores, ces déclarations informatives ou sensibles, qui ont rythmé sa vie. Le principe, qui peut paraître austère, prend du relief au fur et à mesure de l’avancée de la pièce. Seul sur scène, Christophe Roussel arrive à embarquer le spectateur dans son univers. Une expérience intéressante à vivre, à condition de sa laisser embarquer par cette construction très intime.

 

Autre forme de spectacle, la comédie musicale. Dans Les folies de Lucien, on se retrouve à l’intérieur d’un hôpital psychiatrique, avec un médecin, une infirmière et sept patients qui ont un point commun : ils se prennent pour une œuvre d’art. L’un se trouve dans la peau de Richelieu, une autre dans la Vénus de Boticelli. Et on croise encore la Joconde, le Penseur, les deux paysans de Millet, Ange et Luce et la Maja desnuda de Goya. Chacun ayant une lubie, l’un pour la fabrication de faux billets en épluchure de pomme de terre, l’autre pour la tactique militaire. C’est la deuxième fois que j’assiste à une comédie musicale, et mon jugement est assez similaire : malgré un début un peu poussif, l’ensemble parvient à prendre de l’ampleur, à s’écarter des chemins battus pour au final offrir au spectateur un bon moment. Chaque personnage ayant son morceau chanté, ils ne sont pas tous équivalents. Tous les acteurs ont des talents de chant et de danse indéniable, mais mon attention a été vers le médecin (Loïc Thévenot), l’infirmière Gloria (Léovanie Raud) et les deux jeunes Ange et Luce (Eric Jetner et Sandra Durando), qui sont les plus complets, en terme de chant, danse et de jeu théâtral. Un bon moment, même s'il manque peut-être un peu de passion. Mais cela n’enlève à la performance des acteurs, dont on pouvait voir la sueur dégouliner sur leurs visages pendant la représentation.

 

Enfin, la journée s’est close avec un spectacle plus léger : de l’improvisation. Le principe : avant d’entrer dans la salle, on note sur un morceau de papier un mot, une expression, qu’on dépose ensuite dans un chapeau. Les comédiens tireront au hasard des papiers, un à la fois, et à partir du mot, improviseront une saynète, ici à trois personnages. Bien entendu, le principe même de l’exercice donne des résultats assez variables. Mais dans l’ensemble, les membres montpelliérains de la Compagnie du capitaine se sont brillamment tirés des pièges lancés par le public. Par exemple, à partir d’une phrase comme « Hermine, qu’est ce que je dis ? », ils ont tiré une scène à trois avec un aristocrate atteint d’une crise de pauvrisme. Pour le pratiquer un peu, l’improvisation est un exercice délicat, dans lequel il est nécessaire de bien connaître ses partenaires, et de sentir la scène. Il y a eu parfois quelques petites incohérences au sein d’une saynète, mais l’ensemble s’est avéré très divertissant. De quoi bien terminer cette première journée !

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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 07:04

Le Studio-théâtre d’Asnières, dont j’ai déjà parlé ici ou , est un centre de formation pour comédiens. Tout au long de l’année, ils présentent des pièces du répertoire classique ou contemporain, et c’est à chaque fois l’occasion de découvrir de jeunes acteurs se frotter à ces textes. Et le plus souvent, la mise en scène permet d’apporter un éclairage intéressant sur ces pièces.


Dernière production : ces deux pièces de Molière. Loin du répertoire habituel de Jean-Baptiste Poquelin, Jean-Louis Martin-Barbaz a décidé de mettre en scène ces deux courtes œuvres. Ce ne sont pas des chefs d’œuvre de Molière, mais permettent d’aborder deux aspects de l’œuvre du dramaturge souvent méconnus.


Avec Le dépit amoureux, le spectateur se trouve pris dans un marivaudage avant l’heure. D’autres pièces de Molière mettent en évidence les difficultés d’un homme à épouser une dame, pour cause d’incompatibilités familiales, de rivalités, etc. L’aspect neuf dans cette pièce est le rôle important des femmes, avec un caractère affirmé. Souvent effacées chez Molière (que ce soit dans Dom Juan, mais aussi dans L’école des femmes ou d’autres), elles ne se laissent pas marcher sur les pieds, et offrent ainsi de répondant aux personnages masculins tournés en dérision à cause de leur naïveté. Toutes les femmes ont un rôle affirmé, que ce soit Marinette, la servante, ou sa maîtresse Lucile. On ne retrouve pas ici l’opposition servante / maîtresse, l’une rusée, l’autre manipulée et fade, comme dans Le malade imaginaire.


La jalousie du Barbouillé est une farce. L’intrigue est comique : un homme, démesurément jaloux, cherche à prendre conseil auprès d’un médecin pour savoir quelle position adopter. Mais le pauvre barbouillé, saoûl du matin au soir, est mené par le bout du nez. Courte pièce jouée sur un rythme effréné, elle met en scène un des personnages préférés de Molière, le médecin, ici totalement imbu de sa personne et qui cherche des étymologies scabreuses à tous les mots qu’il entend (pour lui, le mot bonnet vient du latin Bonum est, ce qui est bon, « car il protège des cathares et des fluxions »).

 

Deux pièces mineures de Molière, il faut l’avouer, mais une mise en scène tout à fait réjouissante. Tous les acteurs sont emplis d’une énergie folle, occupent très bien le plateau au milieu duquel trône une boîte qui leur permet des jeux scéniques tout à fait intéressants. Tous les acteurs sont bons, bien campés dans leur rôle, n’hésitant pas à en faire beaucoup, sans tomber dans le ridicule. Je retiens particulièrement Sol Espèche, espiègle Marinette et rusée Angélique, et Jonathan Salmon, bondissant Gros René et lubrique Valère. Mais tous les acteurs méritent vraiment d’être vus.

 

Autre bonne idée, l’introduction de musique avec deux saxophones et une flûte traversière, ce qui apporte une note un peu plus légère, et permet d’occuper l’entracte entre les deux pièces. Et comme ils ont choisi de reprendre musicalement un morceau de la Tordue, je ne pouvais qu’être ravi. La pièce se joue encore ce samedi soir et dimanche, donc si vous étés dans le coin, allez faire un tour, cela vous donnera une image nouvelle de Molière !

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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 09:14

Cela doit être la première fois que je vois une pièce pour la seconde fois, dans une autre mise en scène. Après la jolie mise en scène de la pièce de Tchekhov au Studio-théâtre d’Asnières l’an dernier, c’est cette fois-ci au théâtre de la Colline que j’ai retrouvé Lopakhine, Lioubov Andreevna et Petia. Et ce fut à nouveau un grand plaisir.

 

Retour rapide sur l’intrigue : après avoir passé plusieurs années en France, Lioubov Andreevna revient en Russie, avec sa fille. Riche propriétaire, elle a dilapidé sa fortune, et se voit contrainte de vendre la cerisaie, son lieu préféré. Et cette cerisaie, qui ferait un endroit idéal pour accueillir les touristes, est l’objet des convoitises de Lopakhine, fils de moujik et nouveau riche.

 

Ce texte de Tchekhov est intense, tendre et émouvant. L’intensité du récit est liée à l’ensemble des personnages qui interviennent, et qui représentent tous une facette de la Russie du début du XXeme siècle, pays sur le point de connaître de vives transformations. Ce monde des propriétaires terriens, qui ne saisissent pas la situation sociale et restent enfermés dans leurs anciens idéaux, est parfaitement rendu. Ainsi, le fait de situer le premier acte dans la chambre d’enfant de Lioubov Andreevna représente cette volonté de rester dans le passé, de refuser ce qui va irrémédiablement arriver. La présence de Firs, le serviteur qui regrette le temps du servage et qui hante le plateau, est une autre manière de montrer cet attachement maladif. Malgré tout, ce monde vacille, et le bal organisé n’est qu’un leurre pour masquer une vérité désagréable à entendre.

 

Dans cette représentation, le metteur en scène Alain Françon a fait le choix pour les décors de s’inspirer de ceux utilisés lors de la première représentation de la pièce par Constantin Stanislavski. Se succèdent la chambre d’enfant, une scène champêtre, un bal dans le salon, puis retour dans la chambre d’enfant, qui se vide de ses occupants en partance pour la ville. Comme un retour à la case départ, sauf que la situation a changé, et qu’elle ne sera jamais comme avant. Les décors sont très beaux, en particulier ceux du troisième acte (le plus réussi à mon goût), avec ce merveilleux bal, une violoniste et une magicienne qui donnent tout le piquant à cette pièce, symbolisant le décalage de cette société.

 

La distribution est très intéressante, en particulier les rôles masculins. Jérôme Kircher incarne Lopakhine, le moujik heureux de prendre sa revanche face à ces nobles qui ont exploité ses parents. Avec un phrasé particulier, il donne à ce personnage une dimension de victoire, de cynisme de nouveau riche prêt à tout pour accroître son patrimoine. Face à lui, on retrouve cette famille, avec notamment Dominique Valadié (Lioubov) et Didier Sandre (son frère), qui représentent cette société de privilégiés, qui a toujours vécu sur ses héritages. Philippe Duquesne joue un paysan au bord de la ruine et porté sur la boisson, qui ne cesse de ponctionner Lioubov. Sa truculence est la bienvenue dans ce monde si mesuré. Et enfin, Jean-Paul Roussillon est un très bon Firs, ce serviteur d’un autre temps à qui on n’hésite à demander quand il partira, estimant qu’il a fait son temps. Les rôles des personnages plus jeunes sont un peu plus inégaux, mais Pierre-Félix Gravière (Petia) et Julie Pilod (Varia, la fille adoptive), sont également intéressants.

 

Voilà donc une représentation que je conseille vraiment, et cette pièce se jouera jusqu’au 10 mai au théâtre de la Colline.

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26 mars 2009 4 26 /03 /mars /2009 09:21

Le Prince et Hermiane se sont disputés. La raison de cette querelle ? Savoir qui, de l’homme ou de la femme, est le principal responsable des problèmes de couple. Question éternelle, que le père du Prince avait déjà entendue, vingt ans auparavant. Pour trancher ce débat, il avait alors décidé d’enfermer quatre enfants, deux filles et deux garçons, dans la forêt, sans qu’ils puissent se voir l’un l’autre. Le but ? Découvrir qui, à l’état naturel, est le plus coupable des troubles. Le Prince considère que le moment est venu de faire se rencontrer les jeunes gens. Eglé, Azor, Adine et Mesrin vont donc se découvrir, encadré par deux servants noirs, Carise et Mesrou.


Cette pièce débute comme un vrai marivaudage. Au début de la pièce, le Prince et Hermiane sont seuls sur scène, et se prêtent à des jeux amoureux quelque peu polissons. Mais rapidement, le thème de la pièce se fait plus ambitieux : en restant fidèle à ce qui a fait sa réputation, Marivaux investit un débat qui lui est contemporain, sur la nature profonde de l’être humain, et sur l’état de nature. Cette pièce prend donc place dans le débat, qui pour être schématique (j’avoue ma relativement grande inculture sur ces sujets philosophiques) oppose Hobbes et son « l’homme est un loup pour l’homme » et certaines idées des Lumières en vogue au XVIIIeme Siècle, rendues célèbres en particulier par Rousseau pour qui l’homme est naturellement bon.


Sur ce fond de débat philosophique, non encore terminé lorsque Marivaux écrit cette pièce, l’auteur déplace cette question pour la transposer dans les relations amoureuses : les hommes sont-ils les plus aptes à être infidèles ? Ou les femmes sont-elles les plus fautives ? Eglé et Azor forment un « couple naturel », mis en question par l’arrivée de Mesrin et Adine. Le quatuor se recompose donc pour former deux nouveaux duos, différents des initiaux.


Le spectateur découvre donc ces quatre personnages, qui toute leur vie n’ont vu que deux serviteurs noirs. Imaginez donc l’émoi d’une jeune fille devant un garçon, blanc qui plus est ! Et lorsqu’un autre garçon entre en scène, l'envie de nouveauté et de découverte l'emporte, au grand dam des serviteurs Carise et Mesrou.


Dans cette mise en scène de Murielle Mayette, j’ai beaucoup aimé la partie où on découvre ces jeunes gens, et où ils se découvrent également. On y sent la découverte et la fougue de cette jeunesse, en particulier les filles. La découverte de son reflet dans le miroir, puis dans la rivière par Eglé donne lieu à une scène irrésistible d’auto-satisfaction. Les garçons sont plus timides, ballottés par ces caractères féminins trop affirmés pour eux. Les deux serviteurs, sorte de démiurges scéniques, organisent les entrées sur scène, dans un très beau décor, sobre, fait de panneaux de bois et d’un trou au centre de la scène rempli d’eau.


Les six interprètes de cette partie du spectacle sont tous très intéressants. Anne Kessler signe une très fraîche et mutine Eglé, et Véronique Vella lui répond sur un autre registre intéressant également. Les deux garçons, Stéphane Varupenne et Benjamin Jungers, sont remplis de cette crainte de la découverte, et leur aspect enfantin donne lieu à une scène hilarante, lorsqu’ils se mettent à sauter. Bakary Sangaré, dont j’aime beaucoup la voix et le phrasé, signe une composition surprenante, celle de Carise qui est une femme. Mesrou, son mari est incarné par Eebra Traoré, qui avec un regard très particulier instaure une sensation de crainte dans la pièce. La conclusion de la pièce, avec les deux serviteurs, permet un recul tout à fait intéressant face à ce que le spectateur vient de voir.


En revanche, je suis beaucoup plus sceptique sur le Prince (Thierry Hancise) et Hermiane (Marie-Sophie Ferdane). Ils sont peu présents sur scène, leur entrée en matière est surprenante et pas très convaincante, mais surtout, ils jouent avec un micro, ce qui crée une distance tout à fait désagréable. De plus, des problèmes de micro créaient des parasites, ce qui fait que les deux acteurs évitaient les déplacements par crainte de produire des bruits intempestifs. Soit, au final, une lenteur, une sensation d’engoncement des acteurs, ce qui empêche une véritable entrée en matière. Mais cela ne dure heureusement que dix minutes, et la suite vaut vraiment le coup d’œil.

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20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 09:12

L’Irlande des années 1915-1916 est une nation en proie aux divergences entre partisans de l’indépendance et unionistes, qui veulent un contrôle de la part des britanniques. A Dublin, on retrouve ces tensions au sein d’un immeuble occupé par des habitants partagés sur ces questions. Bessy Burgess soutient les britanniques, alors que son voisin du dessous, Jack, est un des meneurs du mouvement indépendantiste, au grand désespoir de Nora, sa compagne. L’oncle se prend pour un général, qui exècre le punk, qu’il qualifie de « jeune coucou », car ce dernier ne cesse de l’asticoter. On croise également une prostituée, un barman, une jeune fille malade et sa mère Mme Gogan, un ami très porté sur la boisson, Fluther et quelques militaires.

 

La charrue et les étoiles sont les emblèmes du mouvement indépendantiste irlandais. Sean O’Casey signe une pièce politique, qui n'est pas une pièce engagée. Politique, car il utilise un événement important de l’histoire irlandaise (le soulèvement sanglant de Pâques 1916). Non engagé, car il ne choisit pas son camp, si ce n’est celui de la dénonciation des faits de guerre (ce qui est déjà, je vous l’accorde, un engagement).

 

Dans cet immeuble, on trouve donc toutes les sensibilités politiques : l’engagé, le neutre, les profiteurs, les laissés pour compte, les opposés à la guerre qui ne jurent que par l‘émancipation des travailleurs et du prolétariat, mais qui se perdent dans l’abstraction de leur logorrhée. Cette diversité permet la confrontation des points de vue, et l’auteur ne tranche jamais pour dire qui a raison d’agir comme il le fait. Il met en avant les conséquences néfastes de cette agitation : les morts, une fausse couche, le pillage,…

 

Le metteur en scène a décidé d’actualiser la pièce en la faisant se dérouler dans les années 80, comme l’attestent tous les objets dérobés lors des pillages. J’avoue ne pas trop avoir compris ce choix, qu’Irène Bonnaud justifie en expliquant qu’elle veut montrer l’universalité et l’actualité de cette pièce dans d’autres endroits de la planète (Sarajevo,…). Je comprends l’intention, mais pas sa mise en œuvre. De même, la présence de télévisions sur le côté de la scène ne m’a pas convaincu. En revanche, j’ai beaucoup apprécié le plateau tournant utilisé. Alors que, parfois, un outil comme celui-ci n’est qu’un gadget, Irène Bonnaud parvient à en saisir toutes les potentialités. J’ai également beaucoup aimé les entractes entre deux actes,  qui donnent lieu à des chansons surprenantes et des changements de décors visibles par le spectateur.

 

Pour les personnages, je salue l’énergie de Martine Schambacher, qui incarne Bessie Burgess. Bessie est la seule à être pour un contrôle britannique, et l’actrice donne à ce personnage une fureur, une démence impressionnante. Les autres acteurs tiennent bien leur rôle également, avec une distribution au final assez homogène.


La charrue et les étoiles est un spectacle intéressant, qui ne m’a pas transcendé mais m’a permis d’aborder une époque de l’histoire irlandaise, dans laquelle j’ai toujours eu des difficultés à m’y retrouver. Et la pièce implique une réflexion sur son propre engagement, ses conséquences et les voies qu’il peut prendre. Ce qui n’est jamais totalement inutile…

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12 mars 2009 4 12 /03 /mars /2009 09:00

Voici le premier billet à quatre mains publié ici (et chez Laetitia simultanément). Vous devriez comprendre assez aisèment quels sont les propos de chacun des rédacteurs...

Le théatre du Rond-Point comme lieu de perdition, pour Laetitia et moi. Ses formules d'abonnement si sexy, son bar si cosy... comment s'en lasser ? Après Lacrimosa, ce fut cette fois pour la pièce de Petter S. Rosenlund, Un garçon impossible, mise en scène de Jean-Michel Ribes. Rapide résumé : Jim, jeune garçon, est emmené à l'hopital par sa mère car il n'entend pas son grand-père. Mais lorsque sa mère annonce que le grand-père est mort, le docteur Henrik se demande qui est le plus atteint des deux. (Et nous aussi par la même occasion !) Docteur qui en plus de ses patients doit faire face à l'amour que lui voue l'infirmière, Cécile.
Incarnée par une Isabelle Carré surprenante et follement sautillante du haut de ses escarpins !

Lorsque je suis sorti du théatre, j'avais un sentiment mitigé. Mitigée également. Et dire que fut un temps, Yohan et moi mettions un point d'honneur à ne jamais être d'accord mais que nous arrive-t-il ??? Mitigé par la pièce, qui veut jouer sur différents plans, mais qui ne tranche jamais : vaudeville ou drame. On frôle même le grostesque de très près ! Les deux auraient pu être compatibles, mais j'ai l'impression que ni l'auteur, ni le metteur en scène n'ont réussi à exploiter ces deux genres à leur maximum. Le médecin se retrouve ainsi coincé entre cette infirmière et son épouse qui le harcèle au téléphone, ce qui colle assez peu au décorum de l'hopital et à la situation de Jim, sa mère et son grand-père. Le décor parlons-en ! Un carrelage d'une blancheur plutôt douteuse, des recoins qu'on devine cra-cra ; drôle de parti pris pour représenter un hôpital, je reste dubitative... Disons que si l'intrigue avait été centrée sur ce deuxième aspect, la charge aurait pu etre plus consistante. En revanche, chapeau aux différents acteurs, en particulier Michat Lescot qui joue un garçon de huit ans et qui est formidable. Je rejoins Yohan dans son éloge de Michat Lescot car le pari était vraiment osé, en revanche (yes un désaccord !) je supprime tout chapeau à Eric Berger qui m'avait pourtant convaincue en "Tanguy" mais pas du tout en medecin volage. Il en fait vraiment trop à mon goût et cela rejoint hélas, le ton général de la pièce...

Un garçon impossible est en définitve un spectacle que j'ai trouvé agréable, mais dans lequel je n'ai pas trouvé la folie et l'absurdité propre à Jean-Michel Ribes. Souci certainement dû au texte qui m'a paru assez bancal, et qui est loin d'etre impressionnant. Je n'ai plus rien à ajouter, j'acquiesce
vigoureusement !

La pièce ne se joue plus à Paris, mais elle tourne actuellement en province. A vous de vous faire une idée. Pour nous, c'est fait !

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6 février 2009 5 06 /02 /février /2009 09:21

Le Capitaine Cook vient d’aborder près de Tahiti. Il envoie Mr Banks à terre pour qu’il prenne contact avec les autochtones. Celui-ci a surtout pour mission d’inculquer à ces derniers les trois valeurs de la société britannique : le travail, la propriété et la moralité. Si les deux premiers principes sont inculqués relativement difficilement, le troisième est totalement incompréhensible pour les tahitiens. Ce qui donne lieu à une rencontre assez peu constructive…

 

Cette pièce de Jean Giraudoux est actuellement jouée au Studio-Théâtre d’Asnières. L’un des mérites de ce centre de formation de comédiens est d’offrir des distributions nombreuses. Ainsi, il y a sur scène une douzaine de comédiens différents, partagés entre représentants de la couronne britannique et tahitiens en pagne. Car oui, les tahitiens se promènent sur le sable vêtus d’un simple pagne, le corps couvert de tatouages (ce qui n’a pas manqué au public de pousser quelques soupirs d’étonnement, voire plus…). Pour les tahitiennes, leurs poitrines sont recouvertes de magnifiques soutiens-gorge végétaux, et je félicite d’ailleurs le responsable des costumes qui sont magnifiques.

 

Pour cette pièce, il est nécessaire d’accepter les conventions du genre. Giraudoux ne cherche pas à faire une description fidèle de l’arrivée de Cook, mais cette rencontre entre deux mondes opposés est pour lui l’occasion de mettre en perspective et en question les valeurs de l’occident. Ainsi, il est surprenant que les anglais et les tahitiens se comprennent parfaitement, hormis sur quelques mots étrangers à leur lexique comme travail, propriété et moralité. Une fois ce parti-pris accepté, on assiste à une rencontre comique entre ces personnages que tout oppose, sans que Giraudoux ne tombe dans la facilité. Et mettre en scène des anglais lui permet de critiquer assez clairement les habitudes de nos voisins d'outre-Manche. J’ai d’ailleurs trouvé que le début de la pièce, entre Mr Banks et le chef tahitien, est plus réussi, plus enlevé que la suite avec l’arrivée de Ms Banks.


Tous les acteurs sont intéressants, l’un d’entre eux est magicien et nous gratifie d’un tour qui émerveille les spectateurs comme les tahitiens en faisant sortir un œuf de sa cuisse. Félicitations donc au Studio-Théâtre de permettre l’éclosion de jeunes acteurs, et de mettre en scène une œuvre méconnue et non dénuée d’intérêt de Jean Giraudoux.

 

Je tiens à mettre en avant le travail de cette scène et de son directeur, car elle actuellement dans une situation délicate. La Drac d'Ile-de-France, direction régionale des affaires culturelles, a décidé de retirer ses subventions, ce qui place le Studio-Théâtre dans un dilemme financier. Subventions retirées pour des raisons sui me paraissent assez obscures, puisqu’il y a notamment des reproches faits à l’adaptation de la Cerisaie de Tchekhov, vue l’an dernier, et que j’avais trouvé très réussie. Pour en savoir plus, le directeur adjoint du théâtre a accordé une interview aux Trois coups. Et une pétition pour les soutenir est à signer ici.

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11 janvier 2009 7 11 /01 /janvier /2009 07:51

La Comédie Française a programmé cette année une nouvelle mise en scène de l’Illusion Comique. Cette pièce de Corneille date de 1636, et a été publié juste avant Le Cid. Qualifiée de baroque et hommage au théâtre, elle n’a pas été jouée dans l’enceinte du Palais-Royal depuis … 1937 et une mise en scène de Louis Jouvet ! Mais venons-en à cette nouvelle version.

Pridamant recherche son fils, Clindor, qui a quitté le domicile parental. Pour l’aider à savoir ce que son fils est devenu, il s’adresse à Alcandre, mage capable de lui montrer le parcours de son fils. On retrouve ainsi tout d’abord Clindor en valet de Matamore, homme aux exploits célèbres mais un brin mégalomane. Clindor est aimée de Lyse, mais il aime Isabelle. Ce triangle amoureux, suite à de multiples péripéties, envoie Clindor en prison, d’où il parvient à s’échapper et à construire une nouvelle vie…

Je n’en dis pas plus pour conserver la surprise à celles et ceux qui ne connaissent pas la pièce. Corneille, s’il a vécu à la même époque que Racine, n’applique pas les codes du théâtre classique : pas d’unité de lieu, ni d’action. Ce qui donne à cette pièce un souffle et une modernité appréciable. De plus, les vers de Corneille sonnent plus naturels à l’oreille que ceux de Racine. Il y a un effet de réel qui fait que le spectateur ne se sent pas éloigné de cette histoire d’il y a quatre siècles. Et surtout cette pièce est un hommage au théâtre, avec une dernière tirade que tous les étudiants en lettre devraient connaître par cœur !

Et cette nouvelle mise en scène, alors ? Signée Galin Stoev, elle est assez surprenante. Tout d’abord, c’est le décor qui saute aux yeux. En lieu et place de la grotte du mage, on découvre une pièce en construction, avec des ouvertures, des fenêtres, des panneaux qui coulissent. Le lieu n’est pas très attirant, et j’avoue avoir eu du mal à comprendre la nécessité d’un tel écrin. Surtout que la lumière au néon n’est pas très heureuse. Les costumes des acteurs sont modernes et souvent dans les tons gris, seules les robes des deux actrices, d'un rouge vif, donnent de la couleur sur la scène.

 

Au niveau des acteurs, il est à noter la surprenante mais très amusante prestation de Denis Podalydès, qui interprète un Matamor loin des images habituelles. Rien que son physique instaure une distance entre ce que le lecteur se figure et ce qu’il voit sur scène. Et dans le jeu on découvre Matamor pleutre, presque névrosé. Pour le reste de la troupe, c’est un peu inégal. Les demoiselles Julie Sicard et Judith Chemla s’en tirent bien, comme Loïc Corbery en Clindor ou Hervé Pierre en Alcandre. En revanche, le personnage du père, Pridamant, joué par Alain Lenglet, m’a laissé très perplexe. Le père inquiet pour son fils, au lieu de faire paraître cette angoisse, m’a paru distant. Souvent les mains dans les poches, il est en dehors de l’action qui se déroule devant ses yeux. Peut-être l’acteur était-il malade, sinon j’ai du mal à comprendre le choix du metteur en scène.

 

Et question choix, il y en a un autre très discutable. Quelques acteurs jouent plusieurs personnages. Si la séparation Clindor / Dorante (personnage secondaire) est sans ambiguïté, le reste peut mettre le spectateur sur de mauvais rails. Par exemple, Hervé Pierre passe du rôle d’Alcandre à celui de Géronte sans sortir de scène, ni changer de costume. Ce qui laisse le spectateur bouche bée quelques instants, le temps de comprendre le subterfuge.

 

Voilà donc une très belle pièce de Corneille, dans une mise en scène qui a des défauts mais n’est pas sans intérêt. Et qui est loin de mériter les nombreux articles qui la descendent en flèche.

A noter, mais c’est mesquin de ma part, qu’une des actrices n’a pas laissé son camarade finir une de ses répliques. C’est rassurant de voir que cela arrive aux meilleurs ;-)


PS : Question aux connaisseurs de la pièce : à la sortie, j’ai eu une discussion avec mon accompagnatrice du soir sur la signification de la pièce. Il y a bien entendu du théâtre dans le théâtre, mais nous n’avons pas réussi à nous mettre d’accord sur le moment où commence la mise en abyme : Dès l’intervention du mage ? Après l’évasion ? Si mon idée de la pièce correspond à la seconde possibilité, celle de mon accompagnatrice (et visiblement du metteur en scène) est la première solution. Si quelques uns pouvaient me donner leur avis et leur vision des choses, cela me serait bien utile…

 

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