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5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 17:52

Wajdi Mouawad fait partie des auteurs de théâtre dont j'aime suivre le travail. Après une découverte enthousiaste de Forêts, je suis resté un peu sur ma faim avec Seuls ou Littoral. Surtout, il a commis le sacrilège (osons le mot !) de travailler sur ce maudit Tramway ! Alors, quand il s'est agi de voir sa dernière création, dernière partie de sa quadrilogie Le sang des promesses, j'étais un poil inquiet. Mais ce garçon sait rebondir, et j'ai trouvé que Ciels est vraiment une belle pièce.

 

Dèjà, le dispositif scénique est particulier. Le spectateur entre dans une grande boîte, au centre de laquelle se trouvent des tabourets pivotants. Autour de lui des murs blancs, rien qui ne laisse imaginer une scène de théâtre. Puis, après une ouverture pendant laquelle le spectateur découvre qu'on le prend pour une statue dans un jardin, il découvre les lieux de jeu : dans les murs, différentes niches figurent soit une salle de travail, soit les cellules individuelles des protagonistes.

 

Dans cette équipe travaillent cinq individus, faisant partie d'une cellule anti-terroriste (mais pas de Jack Bauer ici !). Un des membres vient de suicider, alors qu'il était sur le point de découvrir la clé de l'enquête. Pour le remplacer, on a fait appel à Clément Szymanowski, informaticien pris de haut par ses coéquipiers. L'intrigue tourne donc autour de la résolution de cette énigme terroriste, entre interrogation d'un tableau du Tintoret et révolte de la jeunesse, mais interroge aussi les rapports entre parent et enfants, homme et femme, autorité et désobéissance.

 

Mouawad ancre sa pièce dans un fait totalement contemporain : comment faire face aux menaces terroristes, et comment s'organiser pour les prévenir et les éviter. Ici, nous sommes en immersion avec cette équipe secrète : personne ne sait qu'ils sont là, ni pourquoi. Et le suicide de l'un d'entre eux, Valéry, les oblige à poursuivre cette mission alors qu'ils comptaient rentrer chez eux pour Noël. Mouawad y donne à voir toute la tension de ce monde clos, où l'autorité cède parfois le pas à l'autoritarisme, où les conflits mondiaux induisent des tensions entre individus. Monde clos dans lequel cohabitent des individus aux destinées très différentes, mais contraints de travailler en commun : une femme pour quatre hommes, des centres d'intérêt et une approche du problème variés, voire contradictoires.

 

Hormis le manque de confort lié aux tabourets, l'ensemble de la pièce est une belle réussite. De par l'installation scénique, qui entoure littéralement le visiteur, comme lors de la visio-conférence mondiale, ou par l'utilisation du son qui plonge le spectateur au coeur de bombardements, l'originalité du dispositif est l'une des forces de la pièce. Mais elle doit aussi à l'énergie des acteurs, en particulier à Stanislas Nordey, qui incarne Szymanowski, ami de Valéry qui découvre petit à petit la clé de la tentative terroriste et du suicide de Valéry. Malheureusement, trop tardivement, car la tragédie ne pourra pas être évitée, et prendra même une tournure personnelle pour un des membre de l'équipe.

 

Une belle clotûre de la quadrilogie, qui me permet de renouer avec mon admiration et mon plaisir à assister aux pièces écrites et mises en scène par Mouawad.

 

Autres pièces de Mouawad : Littoral, Forêts (première et troisième pièces de la quadrilogie), Seuls

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26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 08:50

http://www.colline.fr/pics/0.464957001263562329.jpgAprès l'expérience difficile du Tramway (oui, j'en parle à nouveau, mais il faut exorciser ce type de traumatisme), je suis allé voir une autre pièce « d'après » un auteur connu et reconnu du monde théâtral. A la mise en scène, Guillaume Vincent, et dans le rôle de l'inspirateur, Frank Wedekind, avec sa pièce la plus célèbre, L'éveil du printemps. Si le « d'après » n'est pas usurpé, mon impression de spectateur est tout de même beaucoup plus enthousiaste, car certains choix peuvent être critiquables, mais l'ensemble a une résonance finalement assez forte.

La pièce de Wedekind (que je ne connaissais que de nom) met en scène un groupe de jeunes gens qui au sortir de leurs études découvrent l'attirance sexuelle. Les émois ressentis ou provoqués, les relations qui se tissent entre les amis sont au coeur de la pièce, ainsi que les tourments que ressentent certains d'entre eux, en particulier Moritz, qui connaîtra un destin tragique.

Guillaume Vincent axe sa mise en scène sur l'enfance, et même sur les traumatismes de l'enfance. Ce sont eux qui semblent dicter les comportements des personnages. La scène d'ouverture est de ce point de vue éclairante et très réussie. Trois personnes répètent un morceau dans un studio. Dehors, des pétards, et intrigués par le bruit, les jeunes gens sortent tour à tour, pour ne plus revenir. Le tout est accentué par une marionnette qui se déplace sur le plateau. Bref, une référence explicite au film d'horreur, qui fonctionne parfaitement.

Par la suite, on retrouve certains éléments de cette horreur qui touche les membres du groupe, comme lors de ce procès pendant lequel est jugé Melchior, le meilleur ami de Moritz. Les juges, aux voix métalliques et aux costumes roses parodiant les super-héros, sont inquiétants à souhait. A d'autres moments, la mise en scène laisse entendre le texte de Wedekind, reconnaissable par l'emploi de certaines tournures parfois désuètes.

Le petit péché de ce spectacle est de parfois laisser traîner en longueur certaines scènes, ce qui fait retomber l'ensemble. Après la scène d'ouverture, on assiste à une scène de danse, ou d'euphorie collective, mais la longueur de cette scène fait que le message se brouille. De même, mais là j'ai trouvé la scène ratée, lorsqu'il représente les sévices que subit Melchior en prison. Son agent à la voix militaire est irritant au possible, et l'outrance sans grand intérêt.

Autre petite remarque, mais il semble, d'après ce que j'ai lu, que c'est aussi le cas dans la pièce de Wedekind, l'aspect collectif du groupe est assez peu sensible. On ressent certaines individualités, comme Moritz (joué par Nicolas Maury, très bon), Melchior (Cyril Texier) ou Wendla (Pauline Lorillard), car elles ont de la place pour s'exprimer. En revanche, les autres personnages sont esquissés plus qu'incarnés, ce qui est un peu dommage.

Mais cette relecture de l'éveil du printemps est finalement assez intéressante, parfois déroutante et déstabilisante, mais elle ne laisse pas indifférent. Ce qui est essentiel, au théâtre.

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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 07:33

Quelle expérience vécue avec Un tramway au théâtre de l'Odéon ! Je crois que j'y ai trouvé tout ce que je redoutais dans le théâtre quand je ne connaissais pas cet art : une réécriture pas forcément justifiée de l'oeuvre de Tennesse Williams, un propos inaudible, une mise en scène pompeuse et un jeu d'acteur presque absent. Heureusement qu'il y a Isabelle Huppert (pour qui j'ai voulu voir le spectacle) et Yann Collette, qui apportent un petit moment de passion dans cette longue pièce, avec une danse, seul instant où on s'intéresse à ce qui est dit, et où j'ai eu envie de voir la scène durer.


Je ne vais pas citer tout ce qui m'a laissé perplexe, voire déplu, car ce serait une longue litanie, mais il y a quelques points, tout de même, que je ne peux passer sous silence. Tout d'abord le jeu des acteurs. Stanley Kowalski, immortalisé à l'écran par Marlon Brando, est ici incarné par Andrzej Chyra, acteur qui a la sensualité et la bestialité d'un marshmallow. Il passe pour violent, mais jamais on ne sent l'homme pour qui Blanche (Isabelle Huppert) va voir un désir grandir, au point de devenir incontrôlable. Même chose pour Stella (Florence Thomassin), soeur de Blanche et femme de Stanley, qui est battue, enceinte, et qui a un manque de charisme assez incompréhensible. Et puis il y a cet acteur à l'accent espagnol qui ne fait que montrer sa bouche à la caméra.


Ensuite, il y a ce choix, que je ne comprendrai jamais au théâtre, de faire jouer les acteurs avec des micros. Autant cela peut éventuellement se justifier quand les acteurs parlent depuis la salle de bains implantée dans un couloir transparent qui fait penser aux couloirs d'embarquement des aéroports, autant, quand les acteurs sont en avant-scène, ce choix s'avère ridicule. Ah si ! Les micros sont nécessaires, car tout au long de la pièce, le spectateur se voit infliger une musique de fond qu'il faut bien que les acteurs couvrent.


Enfin, je crois que ce qui me sidère le plus, c'est ce recours à Un tramway nommé désir pour arriver à une pièce qui, certes, en respecte les passages narratifs, mais ne dit plus rien, ni sur l'époque où la pièce a été écrite, ni sur la nôtre. Warlikowski intègre, en plus, des textes classiques ou récents, allant de Platon à Oscar Wilde, en passant par Flaubert ou Coluche (je ne les ai pas tous reconnus, ils sont indiqués dans le programme), dont on se demande souvent ce qu'ils viennent faire là. Même chose pour les chansons, interprétées au beau milieu de la pièce à plusieurs reprises. Et je crois que le comble du grotesque est atteint au bout de 2h30 (trop longues heures), lorsque défile sous les yeux des spectateurs l'histoire de Tancrède, projetée en fond de scène, pendant que la chanteuse chante les paroles dans une langue inconnue.


Je suis assez rarement déçu au théâtre, mais cette version de Un tramway dépasse tout ce que j'ai pu voir jusque là : une mise en scène lourdingue, une pièce remplie d'intertextualité et de signifiants littéraires (c'est tellement chic), qui m'a laissé complétement à côté. Heureusement, il y avait Huppert et Collette pour aider à passer le temps (mais que ce fut laborieux !)

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16 février 2010 2 16 /02 /février /2010 21:45

http://www.theatre71.com/IMG/artoff49.jpgLittoral est la première pièce de la quadrilogie de Wajdi Mouawad, jouée notamment en intégrale cet été à Avignon. Alors que la dernière pièce de l'épopée, Ciels, sera prochainement présentée à Paris, à l'Odéon, le théâtre 71, dont Mouawad est un fidèle, propose de voir cette pièce qui est à l'origine de la suite.


Wilfrid habite au Canada. Alors qu'il est en plein ébat amoureux, il reçoit un coup de fil qui lui annonce la mort de son père. Encombré par ce cadavre dont il ne sait que faire, par le passé de son père qu'il découvre à l'aide de sa belle-famille, il décide de se rendre au Liban pour l'enterrer dans la terre d'où il est originaire. En arrivant dans ce pays, il réalise que cet enterrement sera tout sauf trivial, et il affronte ce pays qu'il ne connait pas vraiment, mais dont la dépouille de son père ne cesse de lui parler.


Littoral a beaucoup de qualités, notamment dans sa première partie. L'histoire de ce jeune homme qui doit affronter la mort de son père, qui réalise l'identification du corps et qui doit affronter sa belle-famille qui n'a jamais accepté le mari de leur soeur est presque banale. Mais Mouawad introduit une part fantastique et humoristique tout à fait bienvenue. En modifiant les angles de narration (par une équipe de tournage sur un plateau de cinéma, par le chevalier arthurien Guiromelan qui surgit de l'enfance de Wilfrid pour l'aider à affronter cette épreuve), en osant des passages qui peuvent être dérangeants, comme le constant rappel de son coït au moment du coup de fil annonciateur de mauvaise nouvelle, Mouawad rend ce récit très vivant. Même s'il abuse un poil de la peinture (mais moins que dans Seuls), notamment dans la scène d'ouverture où je ne la trouve pas justifiée, cette confrontation à la mort du père et à la terre originelle est assez prenante. On pourra reprocher à Mouawad de toujours traiter les mêmes thèmes, mais ce n'est pas sur celle-ci que je le ferai, puisque c'est chronologiquement la première. Le début est également servi par un très bon acteur, Emmanuel Schwartz, qui incarne Wilfrid. Face à lui, on trouve souvent Lahcen Razzougui, également impressionnant.


Malheureusement, l'arrivée au Liban marque une rupture dans le récit, qui n'est pas à l'avantage de la pièce. Le Liban, c'est la terre dans laquelle il faut enterrer le père. Mais comme les libanais défendent leur terre, et qu'il n'est pas question d'enterrer le cadavre n'importe où, Wilfrid décide de gagner le littoral, pour "emmerer" son père. Il fait donc des rencontres, plus ou moins intéressantes, souvent artificielles et dont on sent qu'elles sont là pour délivrer un message trop explicite. Les deux collègues qui se reconnaissent à leur rire sont le symbole de ce manque d'originalité, leur mode d'expression produisant à la longue un certain agacement. Heureusement, il reste quelques images fortes et bien trouvées, comme celle de ce père qui se débat dans cette mer figurée pour parler une dernière fois à son fils. Mais la fin est d'un didactisme excessif, qui tue un peu le propos.


Après le cinéma, voici donc mon deuxième effet Gainsbourg en très peu de temps : une pièce qui débute très bien, inventive, intéressante, mais qui tombe dans se deuxième partie dans des travers dommageables. Mais que cela ne vous empêche pas de vous faire votre idée, car la première heure est vraiment très réussie !


Sinon, plutôt que Seuls où Mouawad était seul en en scène (vous auriez pu le deviner), je vous conseille vivement Forêts, troisième volet de la quadrilogie. Cela dure quatre heures, mais c'est un vrai plaisir, tant cette pièce est passionnante !

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27 janvier 2010 3 27 /01 /janvier /2010 12:18
http://spectacles.premiere.fr/var/premiere/storage/images/theatre/salle-de-spectacle/spectacle/figaro-divorce/14990258-2-fre-FR/figaro_divorce_theatre_fiche_spectacle_une.jpgIl est parfois des spectacles que l'on voit par hasard. C'est exactement ce qui s'est passé avec cette représentation de Figaro divorce, à la Comédie-française. Alors que la soirée devait être cinéphile, la salle affichait comble pour Adieu Gary (peu rediffusé sur Paris, donc peu d'élus). Résultat, chou blanc. Mais ne voulant pas partir les yeux vides, et la  Comédie Française se situant sur ma route et bien que ne connaissant pas le programme, j'ai décidé de tenter ma chance au Petit Guichet : 5 euros pour une place avec peu de visibilité. Par chance, la salle n'était pas comble, et j'ai pu me déplacer au centre du 3eme balcon, et ainsi bénéficier d'une vue plus que potable sur la scène. Bref, j'ai bien fait de tenter ma chance !
 

Venons-en au coeur du sujet, Figaro divorce. Cette pièce de Horvath, auteur austro-hongrois du début du XXe, reprend les personnages que Beaumarchais a dessiné dans Le mariage de Figaro : Figaro, donc, mais aussi Suzanne, le comte Almaviva et la comtesse, ainsi que tout le personnel de maison. Peu après le mariage de Figaro, le comte, sa femme et leurs domestiques sont obligés de fuir leur pays, car une révolution a éclaté. On suit donc les quatre protagonistes dans leur fuite, leur accueil dans un pays étranger, la déchéance du Comte et de la Comtesse, la volonté d'indépendance de Figaro qui ouvre un salon de coiffure, le divorce de ce dernier d'avec Suzanne, et le retour dans le pays qu'ils ont quitté.


Bon, j'ai vu cette pièce par hasard, mais je l'avais repéré sur le programme, intéressé par la réécriture de la vie des protagonistes du Mariage. Intérêt également suscité par le présence au casting de Michel Vuillermoz, qui, après avoir incarné Almaviva il y a deux ans, joue ici Figaro. Le fait de voir le même acteur prendre le rôle du valet après celui du noble est une bonne idée. A ses côtés, on trouve Florence Viala (Suzanne), Bruno Rafaelli (Le comte) ou encore Alain Lenglet (qui, après une première impression mitigée, est vraiment un bon acteur). Mention pour Loic Corbery, notamment pour son rôle de juriste. Costumée en femme, il a une démarche tout à fait saisissante. Tous les acteurs sont d'ailleurs très bons, dirigés de manière assez fine par Jacques Lassalle. Ce dernier n'appuie pas la mise en scène, il souligne le texte par des choix sobres et judicieux. Il a à sa disposition un plateau tournant, dont il fait très bon usage, permettant de figurer tous les lieux décrits dans la pièce.

 

Cette œuvre a pour thème principal l'exil, que Horvath a lui même connu. Né dans l'Empire austro-hongrois avant sa chute, il a ensuite fui l'Allemagne nazie. Le déracinement, la déchéance des nobles et les rêves brisés d'indépendance de Figaro, qui perd son salon et sa femme, entrent en résonance avec la vie de l'auteur. Et la fin, avec le retour de Figaro et sa prise de pouvoir au château, est assez peu optimiste quant à la nature de l'être humain. Heureusement, les réconciliations permettent de terminer la pièce sur une note pessimiste.


Avec un thème fort, qui mêle réflexion sur l'être humain et écriture littéraire, et une mise en scène qui laisse sa place au texte, j'ai vraiment passé un très bon moment avec ce spectacle. C'est simple, juste et intelligent. Très bon, quoi !

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23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 15:16

http://spectacles.premiere.fr/var/premiere/storage/images/theatre/salle-de-spectacle/spectacle/une-maison-de-poupee/25569161-12-fre-FR/Une-Maison-De-Poupee_theatre_fiche_spectacle_une.jpgNora, femme-enfant, est joyeuse et insouciante : elle vit avec ses trois enfants dont la bonne s'occupe et Helmer, son mari, est sur le point de devenir directeur de banque. C'est donc la fin des problèmes financiers. Mais la vie de Nora bascule en quelques instants : en voulant aider Kristin, une ancienne camarade qui cherche un emploi, elle s'attire les foudres de Krogstad. Ce dernier lui a prêté de l'argent pour que Nora puisse payer un voyage à son mari, nécessaire vu son état de santé. Mais Helmer est opposé à toute forme d'emprunt. Nora doit donc tout faire pour garder ce secret inviolé, alors que Krogstad se fait de plus en plus menaçant. Mais le piège, peu à peu se referme sur la jeune femme...


Je ne connaissais pas l'intrigue de cette pièce de Ibsen. Ce qui m'a frappé, c'est la modernité des thèmes pour une pièce écrite en 1879. Nora, femme au foyer qui vit sous la coupe de son mari qui a réussi, est la poupée du titre. Insouciante, presque naïve, elle a l'impression d'avoir fait de grandes choses, d'avoir assumer de grandes responsabilités en contractant cet emprunt contre l'avis de Helmer. Mais lorsque la réalité la rattrape, elle est incapable d'y faire face. Peu à peu, elle tombe dans l'abattement, elle ne réagit pas face à l'adversité, et ce sont les personnages secondaires, comme Kristin ou le Docteur Rank qui pourront l'aider. Mais la résolution de l'intrigue avec l'envol de Nora, loin des habituels dénouements des pièces romantiques, laisse une lueur d'espoir, l'idée qu'un futur est possible et à construire.


Nora (Chloé Réjon) est le personnage central de la pièce, et elle affronte son mari, personnage machiste qui considère sa femme comme une petite chose fragile. Les surnoms qu'il lui donne, souvent animaliers, montrent bien le mépris qu'il a pour sa femme. J'ai également beaucoup aimé le personnage du docteur Rank (Philippe Girard, impressionnant), homme pessimiste, voyant constamment la fin de sa vie mais qui cache ce désarroi derrière une ironie de façade. Son physique particulier, son accoutrement pour la soirée déguisée, servent parfaitement cet étrange personnage, constamment menaçant.


La mise en scène de Stéphane Braunschweig n'est pas flamboyante, mais honnête. Certaines scènes, comme celle de la répétition de la tarentelle, ou le duel final entre les deux amants, sont tout à fait réussies et évocatrices. En revanche, je suis un peu plus circonspect sur le décor choisi : un début avec des murs blancs, qui disparaissent au fil des actes et transforment le plateau, alors que les personnages sont toujours au même endroit. De même, la présence du lit dans la pièce principale n'est pas forcément justifiée. Mais la grande porte, symbole à la fois du danger qui arrive et de l'issue que choisira Nora, est une bonne idée de scénographie.

Au final, un spectacle que j'ai trouvé intéressant, où l'ennui ne m'a jamais gagné, et au service d'une pièce que je trouve très moderne et actuelle (mais peut-être que les auteurs norvégiens étaient en avance sur les autres, à la fin du XIXeme !)


L'avis de Laetitia (déçue)

Pièce en tournée en février au TNB de Rennes puis à la Comédie de Reims.

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4 janvier 2010 1 04 /01 /janvier /2010 11:19

La petite Catherine de Heilbronn est une reprise au théâtre de l'Odéon, dans sa seconde salle de la porte de Clichy, d'un spectacle qui a connu un joli succès il y a deux ans. Raté à l'époque, j'ai donc profité de cette seconde chance pour m'y rendre. Malheureusement, j'ai du mal à partager l'enthousiasme critique qui a entouré cette pièce.

Catherine est une jeune fille, qui éprouve un amour mystique pour le Comte Wetter von Strahl. Ce dernier ne comprend ce que lui veut la jeune fille, et tente de se défaire d'elle. Le père de Catherine, qui ne comprend pas l'amour de sa fille pour cet homme, croit au pouvoir démoniaque de Strahl. A l'issue d'un jugement qui ouvre la pièce, avec un monologue un poil pesant du père (Fred Ulysse) et des juges qu'on ne fait qu'entendre, il est décidé que Catherine doit laisser libre Strahl, et le père renoncer à ses accusations.

Mais Strahl a un secret : lors d'une nuit d'agonie où tout le monde a cru qu'il allait mourir, il a vu, en rêve, l'image de la femme qui lui est destinée. Fille de l'Empereur, elle aura sur le cou une tache rouge. Cunégonde, Baronne von Thurneck, femme fatale et ennemi du Comte von Strahl, se fait passer pour cette femme. Mais lorsque la supercherie est découverte par Catherine, qui revient auprès du Comte, l'objectif est alors de prouver que Catherine est bien celle qui lui était destinée.

L'intrigue de cette pièce est à la fois onirique, notamment avec le rêve qui dévoile au Comte les caractéristqiues de sa bien aimée, et mystique. On asssiste donc à une forme de conte, dans lequel on retrouve les personnages de conditions modestes (Catherine et son père), les nobles, la méchante usurpatrice qui cache son âge sous de nombreuses fanfreluches, et l'Empereur, avec un rôle qui semble presque celui d'un démiurge. Mais ce conte n'a eu que peu d'effets sur moi. L'ensemble est lourd, pesant, et surtout, il manque de rythme. Le décor, composé d'éléments qui se déplacent et forment des lieux toujours différents (une église, une salle avec cheminée, un château,...) est une bonne idée, mais la lenteur et le nombre des déplacements casse le rythme de la pièce.

Heureusement, le couple central de la pièce est très intéressant, avec Jérôme Kircher et Julie-Marie Parmentier. Tous les deux font entendre une voix singulière, celle d'une quête qui le hante pour le premier, celle d'un amour qu'il faut arriver à faire entendre pour la seconde. Dans le rôle peu évident de Catherine, Julie-Marie Parmentier est très convaincante, et la présence de ce couple a sauvé ma soirée. Pour le reste, les acteurs sont pas mal, sans plus, sauf Hélène Filières, en Baronne von Thurneck, que j'ai trouvé à côté de son personnage. Non pas en terme de posture, mais en terme d'éloctution. J'ai toujours eu l'impression qu'elle prononççait les phrases d'une manière fausse à chaque fois.

Bref, une soirée dont je sorti déçu, car certains passages sont assez ennuyeux. Il faut dire que ce texte de Kleist, que je ne connaissais pas, n'est pas non plus à proprement parler ma tasse de thé. Je préfère donc conserver la très bonne impression que m'avait faite La famille Schroffenstein, montée par Stéphane Braunschweig il y a quelques années, et qui m'avait vraiment beaucoup plu.

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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 09:35

Il est parfois des pièces dont on sort avec un sentiment mitigé, dont on sent que le spectacle est intéressant mais qu'il manque un je ne sais quoi qui l'aurait rendu très bon. En même temps, le fait de s'interroger sur le spectacle, et sur les ressentis qu'il a provoqués, montre qu'il n'a pas laissé indifférent. Et cela, c'est déjà une forme de réussite, dont peut se targuer We are l'Europe.


Sur scène, une troupe répéte un spectacle, intitulé We are l'Europe, ou projet WALE. La première partie est l'installation de la scène, l'attente de l'arrivée des comédiens, avec les discussions pour passer le temps (comme celle lancée par Manu sur l'intérêt des cuisines équipées, assez édifiante d'ailleurs !). Puis c'est le spectacle lui-même qui est présenté : il traite de l'Europe, de son étonnante capacité à toujours se considérer à la pointe de la culture mondiale alors que celle-ci est assez sclérosée. La situation sociale est loin d'être faramineuse, et l'adaptation au capitalisme a pris le pas sur toutes les autres formes de pensées, qui sont aussi caricaturales que le capitalisme forcené. A travers les chansons interprétées par les comédiens puis les discussions plus ou moins vives des acteurs, on découvre les tensions qui régissent le monde actuel, et les difficultés pour continuer à vivre dans ce dernier.


Le premier terme qui me vient à l'esprit pour parler de We are l'Europe est : gonflé. Gonflé, car le spectateur est directement pris à parti par ce qui est présenté sur scène. En mettant en question les comportements mercantiles actuels, en particulier culturels, le metteur en scène Benoît Lambert sait qu'il parlera à ceux qui ont pris place dans la salle, quitte à les bousculer dans leurs habitudes. Et le roller ou l'I-phone sont les exemples pris sur scène, mais ils sont bien entendu transposables à beaucoup de nos comportements.


Car ce qui est également gonflé, c'est de ne pas donner de pistes claires et toutes faites au spectateur. Bien entendu, le capitalisme en prend pour son grade, mais l'idéal communiste défendu par un des comédiens ne ressort pas vainqueur de cet affrontement. Le spectateur a beau chercher, il ne trouvera pas de réponses aux questions posées, et la clôture du spectacle, sur Viva la vida de Coldplay, démontre que le divertissement passe par une forme de coupure avec la réalité.


Servi par un texte de Jean-Charles Masséra, Benoît Lambert fait de ce spectacle une réflexion sur le monde qui nous entoure, en évitant de flatter le spectateur. Sur scène, tous les comédiens évoluent dans des costumes moulants aux couleurs chatoyantes. Effet garanti ! Les acteurs masculins sont néanmoins plus convaincants que les femmes, et ceci est certainement dû aux rôles des uns et des autres. En revanche, si la bande-son est éclectique (Coldplay donc, mais aussi Zazie, Balavoie, Renaud,...) la nécessite de chanter en intégralité les titres retenus n'est pas flagrante, et allonge quelque peu l'ensemble. Surtout quand il s'agit de chansons aussi connues que Mistral Gagnant.


We are l'Europe est néanmoins un spectacle largement recommandable, mais il n'est malheureusement plus à l'affiche à Malakoff. Mais rassurez-vous, il sera en tournée dans toute la France, avec des passages à Auxerre, Evry, Dijon, Châteauroux,... (plus d'adresses ici).

 

L'avis des Trois coups, de Marsupilamima.

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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 22:31

Dans le genre « grand classique du théâtre français », voilà certainement une des pièces qui rentre le mieux dans cette catégorie. Tout le monde connaît Harpagon, et chacun a une idée bien précise de son caractère : est-il fou ? Méchant ? Inconscient du mal qu'il fait ? En tout cas, la troupe de la Comédie-Française a décidé de monter cette année une nouvelle version de l'Avare, dans une mise en scène de Catherine Hiegel, en donnant une dimension assez originale du personnage.


Pour les quelques lecteurs qui ont du mal à retenir l'intrigue de cette pièce (c'est mon cas, donc je comprends votre désarroi), voici un rapide résumé. Harpagon, vieil avare, a deux enfants : Élise et Cléante. Élise souhaite épouser un jeune homme qui l'a sauvé de la noyade et est employé dans la maison de son père. Cléante, quant à lui, souhaite épouser Marianne qu'il vient de rencontrer. Mais Harpagon ne l'entend pas de cette oreille : il destine Élise au riche Anselme, qui accepte de la prendre sans dot, et il envisage d'épouser lui-même Marianne. Mais les contrariétés des jeunes amants seront levées, notamment par l'intervention des serviteurs d'Harpagon...


Dans cette mise en scène, la première chose qui marque, c'est le décor. Une grande entrée, avec un escalier monumental qui monte vers la droite, et les fenêtres sur la gauche donnant sur le jardin. Cette entrée de la demeure d'Harpagon sera le lieu où vont se nouer toutes les intrigues, où les personnages, nobles comme valets, vont se croiser, s'épier, s'espionner et manigancer.


Dans un style classique (costumes d'époque, notamment) mais non pas sans inventivité (notamment le final de la pièce, surprise agréable), Catherine Hiegel dépeint un Harpagon volontairement méchant, sans compassion aucune pour ses enfants ou ceux à qui il fait du mal. Pas une méchanceté cynique, mais bien une méchanceté involontaire, qui n'est dû qu'à une chose : la seule chose qui intéresse Harpagon, c'est de favoriser ses intérêts, sans chercher à forcément nuire à ses proches. De ce fait, Harpagon incarné par Denis Podalydès, est quelqu'un d'assez joyeux, sans aucun scrupule face au désarroi de ses enfants.


L'un des moments les plus attendus de la pièce, le monologue d'Harpagon se plaignant de s'être fait dérobé sa cassette, est également l'un des moments les plus réussis. Harpagon, meurtri, s'adresse dans le texte au public, croyant voir parmi les spectateurs le voleur de son bien. Ici, Denis Podalydès s'adresse littéralement au public, et en fait même partie, puisque le comédien quitte la scène pour escalader les fauteuils du parterre. Cette incursion hors-scène donne à ce monologue une force supplémentaire, rendue très justement par l'acteur.


Face à Harpagon, personnage central de la pièce, les autres personnages arrivent à lui donner le change. Pour l'affronter, les enfants (Benjamin Jungers et Suliane Brahim), malgré leur naïveté, convoquent tous les stratagèmes possibles pour arriver à leur fin. Ainsi, ils n'hésitent pas à faire appel à Frosine (Dominique Constanza, très bien), vieille intrigante au bandeau, qui se prend d'amitié pour les amours de jeunes gens. Le seigneur Anselme (Serge Bagdassarian) a ici une dimension assez inattendue : arrivant comme le Roi Soleil, il est la risée de Marianne, la destinée d'Harpagon dont il apprend qu'il est proche. Surtout, ce sont les valets qui donne une dimension tout à fait intéressante à la pièce. La Flèche (Pierre Louis-Calixte), Valère (Stéphane Varupenne) et Maître Jacques (Jérôme Pouly) sont à la hauteur de leurs rôles, car ce sont eux qui donnent le tempo à l'intrigue. Parfois sacrifiés, ces personnages sont ici parfaitement incarnés, le plus surprenant étant la densité que prend Maître Jacques, souvent insignifiant, à qui Jérôme Pouly donne du corps et une véritable existence, en particulier dans la scène l'opposant à Valère.


Cette version de l'Avare est donc tout à fait réussie, et le spectacle fut longuement applaudi le soir où j'y ai assisté. Des passages classiques, quelques trouvailles bienvenues servent admirablement cette pièce dont le seul défaut est certainement d'être un peu longue à démarrer, puisqu'il faut attendre le troisième acte pour que l'ensemble prenne du coffre. Mais à cela, ni le metteur en scène ni les acteurs n'y peuvent grand chose !

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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 15:20

La compagnie D'ores et déjà investit le théâtre de la Colline pour tout ce mois d'octobre. Après Notre terreur (pièce que je n'ai pas vue), ils représentent une création collective tout à fait digne d'intérêt (et même plus), Le père Tralalère, mis en scène par Sylvain Creuzevault.


Difficile de résumer cette pièce, tant elle évolue au fil de la représentation. Au début, les spectateurs, répartis des deux côtés de la salle, encadrent une grande table dressée. Autour de cette table viennent s'installer les invités du repas de mariage de Lise et Léo. Autour d'eux, il y a la famille de Lise (Eric, le père, Antoine son frère), des amis (Pierrot, Lionel et son épouse Caroline), ainsi qu'un des associés d'Eric, Samuel, qui arrive tardivement. Début très conventionnel, mais la réception va vite se transformer pour devenir un champ de bataille...


L'originalité de cette pièce est liée au fait que l'explosion du groupe n'est pas dû à la révélation d'un secret ou à des animosités qui se révèlent enfin, mais au fait que le metteur en scène choisit de montrer la vie de ce groupe par le biais de différents repas auxquels il assiste. Le seul élément commun, outre les invités, sera la table centrale, lieu autour duquel tout s'exprime : la violence verbale ou physique, l'amour,...


Difficile donc de parler du contenu, extrêmement riche et intéressant. Il est un peu plus aisé de parler de la forme. La violence inhérente au groupe est clairement montrée sur scène, à travers des passages simulant la torture ou exposant la nudité des personnages. Quelques moments forts, peut-être difficiles pour certains spectateurs, mais qui ont toute leur place dans ce spectacle.


L'élément le plus intéressant et le plus réussi du spectacle est lié à la méthode de travail des acteurs. La scène inaugurale, autour de cette grande table, est une vraie réussite : chacun parle à son voisin, les discussions se chevauchent, se terminent sans véritable conclusion,... Par la suite, de nombreux passages tentent à faire penser qu'il y a une part d'improvisation dans le jeu et le texte, car il me paraît impossible d'avoir ce rendu en partant d'un texte. Et effectivement, la documentation disponible indique bien qu'une grande part des textes est improvisée. Bien entendu, il existe des passages du scénario obligés que les acteurs doivent respecter, mais le texte est ensuite l'objet d'une improvisation tous les soirs. Ainsi, un passage de la pièce est un journal télévisé, présenté par un des comédiens. Et comme c'est improvisé, il a pu nous présenter les infos de la journée (allant jusqu'à mentionner le changement d'heure à venir, en passant par l'Iran, la grippe A,...).


Le père Tralalère (titre dû, certainement, aux comptines adaptées et joliment interprétées sur scène), est donc une création tout à fait réussie, et que je conseille vivement (en prévenant toutefois les âmes sensibles, car si les artifices sont visibles, le tout peut être au final assez éprouvant. Mais j'espère que ce n'est pas cela qui vous retiendra !)

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