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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 18:42

strindberg.jpgActuellement à la Colline, on peut voir deux pièce de Strindberg, auteur suédois du XIXe, mise en scène par Christian Schiaretti. Si Mademoiselle Julie et Créanciers peuvent sembler de prime abord abruptes, le travail du metteur en scène et des acteurs permet de très bien entendre les deux oeuvres, et de passer ainsi un excellent moment.

 

Mademoiselle Julie est une jeune aristocrate. Le soir de la Saint-Jean, elle est exaltée, certaine que ses domestiques l'adorent. Or, il n'en est rien, et bien que Jean, le garde-chasse, la prévienne, rien n'y fait : elle est persuadée d'être aimée. Lorsque le danger devient trop flagrant, Jean parvient à manipuler la jeune fille et lui faire croire en un avenir radieux, loin des terres ancestrales.

 

Créanciers est également l'histoire d'une manipulation. Amoureuse, cette fois. Mais aussi une vengeance. Gustaf, professeur de lettres classiques, donne des conseil à Adolf, son ami peintre devenu sculpteur. Ils parlent également de Tekla, la femme d'Adolf, que ce dernier estime avoir ouvert à l'art et à la création, et être ainsi son créancier. Mais le principal créancier n'est pas forcément celui qu'on croit, et lorsque Gustaf décline sa véritable identité, le drame est déjà noué.

 

Dans les deux pièces, vues à la suite l'une de l'autre, Strindberg fait jouer des trios. Dans le premier, ce sont deux domestiques, vaguement amants (Jean et Christine) et leur maîtresse. Mais si Christine est finalement assez effacée, hors scène au moment de l'affrontement, Jean est lui peu tendre avec sa maîtresse. A l'image du serin auquel il tord le cou, il agrippe Mademoiselle Julie pour la faire répondre à ses désirs. Mais, serviable comme doit l'être un domestique, il rentre vite dans le rang lorsque son maître le sonne. Pièce sur la domination, maître/domestique et ambition/passion, Mademoiselle Julie emmène le spectateur sur toute la gamme des sentiments.

 

Pour Créanciers, c'est un peu plus classique, même si le retournement du dernier tiers est tout à fait saisissant. Affaire de trio, une nouvelle fois, mais le trio ne se verra jamais : la pièce est constituée de trios duos, qui font toute l'intrigue. La grande idée de Schiaretti, c'est de faire apparaître le troisième, sensé être hors champ. De ce fait, le duo est souvent placé sous l'oeil du troisième, qui se trouve bourreau ou victime.

 

L'ensemble est admirablement servi par une très belle scénographie, très simple et forte comme ce long couloir qui sert d'entrée aux personnages. Et les quatre acteurs sont remarquables. Wladimir Yordanoff et Clara Simpson sont présents dans les deux pièces, et à leur côtés, Clémentine Verdier en Mademoiselle Julie et Christophe Maltot en Adolf sont très bons. Un diptyque tout à fait réussi pour cette première incursion dans l'univers de Strindberg !

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 22:20

le-probleme.jpgDe François Bégaudeau, j'en étais resté à Entre les murs, version écrite et filmée, après une première expérience réussie avec Jouer juste. Depuis, son personnage médiatique m'avait agacé, homme qui navigue sur les sujets à la mode, partout, tout le temps, avec un avis sur tout. En ce début d'année, il revient, mais avec une production littéraire. Un ouvrage, que je n'ai pas lu mais assez bien reçu, et une pièce de théâtre, jouée en ce moment au théâtre du Rond-Point. Et après avoir vu la pièce, il semble que Bégaudeau se soit assagi pour reprendre en main un vrai travail d'auteur.

 

Dans cette pièce, Bégaudeau adopte une posture réaliste. L'histoire racontée est celle d'une femme, la quarantaine, infirmière, qui décide de quitter le foyer, soit son mari, son fils et sa fille, pour aller vivre avec un chirurgien. C'est le court moment qu'elle passe chez elle pour reprendre ses affaires qu'on découvre. La matin, elle a laissé une lettre expliquant son départ, et son retour est le premier moment avec sa famille après que son mari a découvert la lettre

 

Sur une sujet banal et rebattu, François Bégaudeau signe une oeuvre intéressante, avec des personnages en difficulté face à ce qu'ils vivent. Mais tout cela reste feutré, sans grands éclats de voix. Il faut dire qu'on est dans un milieu aisé : un mari écrivain qui a du mal à écrire, un fils qui tente d'entrer à Normal Sup. Les positions sociales des femmes sont moins intellectuelles, avec une mère infirmière et une jeune fille lycéenne. Il ne faut pas s'attendre à une grande pièce sur un sujet novateur, mais l'ensemble est bien écrit et rythmé comme il faut.

 

Surtout, la mise en scène d'Arnaud Meunier est très efficace. En choisissant un cadre habituel (un intérieur, avec cuisine américaine, un immense canapé et un vélo d'appartement), il plante immédiatement le décor. Il laisse également les personnages se dépatouiller de cette situation complexe. Les silences s'entendent parfaitement et sont très justifiés. Le rythme, avec quelques accélérations notamment liées aux interventions des enfants (avec un dialogue savoureux au téléphone de la plus jeune) est bon. Bref, le cadre définit par le metteur en scène est adéquat.

 

Là dedans, ce sont de très bons acteurs qui prennent place. Pour les parents, la confrontation entre un mari bafoué et incréduble, cynique malgré lui, et une femme qui souhaite s'émanciper est très justement interprétée par Jacques Bonnaffé (un excellent acteur, malheureusement trop méconnu) et Emmanuelle Devos. Pour les enfants, ce sont l'adorable Anaïs Demoustier et Alexandre Lecroc (l'inconnu du casting pour ma part) qui s'y collent. Ils prennent tous place dans cette pièce d'une heure qui est une variation juste sur le thème de la séparation et de l'éclatement du foyer. Voilà qui donne envie de découvrir le dernier roman de Bégaudeau, pour confirmer cette bonne impression.

 

Roman de François Bégaudeau : Entre les murs

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26 février 2011 6 26 /02 /février /2011 14:30

la-maladie-de-la-famille-M.jpgFausto Paravidino est un jeune auteur de théâtre italien. Il a signé notamment Nature morte dans un fossé, pièce qui m'avait enthousiasmé lorsque je l'avais vu à Avignon. La troupe de la Comédie-Française s'est emparée d'un autre de ses textes, La maladie de la famille M., et quand j'ai appris cela, je n'ai pas hésité une seconde à prendre des places.

 

Et bien m'en a pris, car le spectacle était vraiment de grande qualité. Pourtant, l'intrigue est assez mince : un médecin raconte l'histoire d'une famille M, composée d'un père veuf qui vit entouré de ses trois enfants : Marta, Gianni et Maria. Trois enfants aux caractères très différentes : Maria tient la maison, Gianni est un jeune homme immature qui passe ses nuits dehors, et Marta hésite entre deux prétendants, Fulvio et Fabrizio.

 

Malgré l'aspect minimaliste des péripéties (même si des événements surviennent), j'ai été emporté par l'histoire de cette famille et leur façon de vivre. Les relations entre frères et soeurs sont conflictuelles, et le père incontinent semble n'accorder aucun répit à sa fille aînée, qui dirige le foyer. Les amourettes de la plus jeune créent des tensions entre Fulvio et Fabrizio, les deux amis, que tout le monde confond. Sur un fond assez tragique (il y a tout de même un mort, et ne rien éclairer la vie des protagonistes), Fausto Paravidino signe une pièce aux multiples facettes, jouant sur de nombreux registres, par petites touches. La mise en scène, assurée par l'auteur, et les décors rendent très bien hommage à ce beau texte.

 

Et, cerise sur le gâteau, quel plaisir de voir une troupe de comédiens de cette qualité. Chacun dans un registre différent, les acteurs ont réussi à rendre toute la finesse de la pièce. Entouré de Christian Blanc, qui fait figure de patriarche, et de Pierre Louis-Calixte, les jeunes acteurs de la troupe sont brillants : Marie-Sophie Ferdane et Suliane Brahim jouent les deux soeurs, le subtil et enfantin Benjamin Jungers est parfait dans le rôle du frère, et Félicien Juttner et Nazim Boudjenah incarnent les deux prétendants.

 

C'est quand je vois des spectacles de cette qualité que je comprends pourquoi j'aime aller au théâtre (au risque d'être parfois déçu, mais c'est le jeu) !

 

Autre pièce signée Fausto Paravidino : Nature morte dans un fossé

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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 17:25

et-l-enfant-sur-le-loup.jpgDepuis le temps que j'entends parler du travail de Pierre Notte, il fallait bien que je découvre une de ses pièces sur scène. Mon entrée dans le monde nottien s'est donc fait avec Et l'enfant sur le loup, pièce sous forme de conte qui traite de sujets absoluments joyeux : l'inceste et la vengeance.

 

Heureusement, la pièce écrite par Pierre Notte, si elle peut paraître au premier abord sinistre, est traitée avec beaucoup d'humour. Mais noir, l'humour. L'utilisation de la forme du conte fait beaucoup dans la distance qui est mise. Avec la présence de parents artistes de cirque, grotesques au possible (Jean-Jacques Moreau et Judith Magre, surprenante), on sait d'emblée qu'on entre dans un univers particulier. Quand Pierre Notte débarque et nous fait comprendre qu'il incarne le loup de l'histoire, on se retrouve plongé au fond des bois avec le Chaperon rouge.

 

Mais Notte n'en fait une histoire abstraite. Car cette histoire d'inceste et d'avortement forcé, c'est excatement ce qui est arrivé à Natacha Kampusch, la jeune autrichienne sequestrée et violée pendant des années. En transposant ce célèbre fait divers sur scène, Pierre Notte ne se contente pas de présenter l'histoire, mais renvoie le spectateur à son propre statut, celui de voyeur : quel plaisir peut-il prendre à voir cette histoire de fille violée, de petit-fils à l'esprit vengeur (Julien Alluguette), qui réussit à punir ses grands-parents en les condamnant à revêtir une tunique semblable à celle qui a tué Héraclès ?

 

En ayant recours à l'humoir noir, Pierre Notte parvient à faire passer son sujet, à le rendre audible au spectateur. Et la mise en scène de Patrice Kerbrat souligne bien à la fois l'horreur et le comique des situations. Un conte de fée macabre, mais n'est-ce pas au fond la réalité de nombreux contes de fées ?

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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 07:25

Bulbus.jpgA Bulbus, il fait froid, la vie est tranquille, sans surprise, depuis que les bus ont cessé de circuler et qu'il est impossible de gravir la montagne. Pour les quatre habitants du village, enfermés là, les journées se passent autour de la piste de curling, à ressasser le passé, et à rêver à des histoires d'amour impossible. Alors, quand deux jeunes gens arrivent au village, l'un en bus, l'autre pour faire un reportage, le village retrouve de la vie. Enfin, devrait, car l'agitation provoquée par les nouveaux venus n'arrive pas jusqu'aux spectateurs, aussi glacés que les habitants de Bulbus.

 

Sur le fond, la pièce d'Anja Hilling, n'est pas inintéressante. Elle m'a fait penser aux rats-kangourous d'Estelle Nollet, avec cet enfermement d'individus arrivés là pour des raisons diverses, mais toujours à cause d'une faute qu'ils tentent d'oublier. Si la pièce a sa logique, elle est malheureusement trop narrative par endroit, et l'ouverture avec un long monologue n'est pas la meilleure entrée en matière qu'on puisse imaginer.

 

Le problème, c'est que l'aspect statique du début n'est jamais remis en cause dans la suite de la pièce. Daniel Jeanneteau, le metteur en scène, fait le choix d'une en scène très (trop) sobre, et jamais la vie, l'émotion ou la douleur des personnages n'atteignent le spectateur. Quelques tentatives (une scène de patinage, un bus dans le décor, avec Dominique Frot) m'ont brièvement réveillé, mais cela reste trop décousu, trop hétérogène pour emporter l'adhésion. Un spectacle glaçant dans un monde glacé, c'est un peu trop en cette période de températures polaires.

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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 16:07

AndromaqueMonter une tragédie classique est loin d'être d'une grande facilité. Muriel Mayette a choisi Andromaque pour entrer dans l'œuvre de Racine. Mais la vision de la pièce illustre le fait que si tout n'est pas au même niveau, l'impression est globalement positive, mais la pièce ne crée pas un enthousiasme débordant.

 

Petit retour sur l'intrigue. Au retour de la guerre de Troie, Andromaque, femme d'Hector, est prisonnière de Pyrrhus, fils d'Achille. Mais pour les fils des héros, la vie amoureuse est complexe. Car Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, qui aime Andromaque. Ce cercle d'amour impossible est ici au coeur de l'intrigue.

 

Muriel Mayette choisit un cadre très classique pour la pièce. Dans un décor assez dépouillé (quelques colonnes grecques), les héros luttent, entre l'amour qu'ils ont les uns pour les autres et les raisons d'Etats de ces enfants des héros grecs. Car c'est un des éléments très intéressants de la pièce : on ne s'attache pas aux héros de la guerre, mais à ce qui ont vécu dans leur ombre. Andromaque, femme d'Hector, n'arrive pas à oublier l'image de son mari traîné aux pieds des remparts de Troie. Et l'amour que lui porte Pyrrhus, fils d'Achille le meurtrier de son mari, est pour elle inconcevable. Mais pour sauver son fils Astyanax, elle décide de se plier aux volontés du vainqueur. Hermione est elle la fille d'Hélène et de Ménélas, et Oreste, le fils d'Agamemnon. On sent donc comment les jeux de pouvoir et les conséquences de la guerre de Troie influent les destins des descendants.

 

Le problème que j'ai trouvé à cette mise en scène, encore une fois très classique, avec des personnages hiératiques et fidèles aux images que je me fais du théâtre racinien, c'est un problème au niveau d'un des personnages, Oreste. Cécile Brune mais surtout Eric Ruf et Léonie Simaga, qui incarnent respectivement Andromaque, Pyrrhus et Hermione, sont très convaincants dans la représentation de leurs dilemmes. Chacun est traversé par des sentiments contraires, doit faire avec, et les acteurs font bien voire très bien ce qu'ils ont à faire. Pour Oreste, interprété par Clément Hervieux-Léger, je suis plus sceptique. Même s'il est évident que son homme de compagnie n'est pas qu'un simple conseiller et en souhaite plus, je n'ai pas senti chez lui l'amour qu'il porte à Hermione, et les affres dans lequel doivent le plonger les péripéties amoureuses de cette dernière. Peut-être est-ce un contrepied à d'autres interprétations beaucoup plus outrées du personnage, mais ce n'est en tout cas pas une réussite pour le spectateur. Surtout, l'impression finale est assez mitigée, puisque c'est Oreste qui clôt la pièce.

 

Cette mise en scène de Muriel Mayette est très fidèle à ce que je pouvais attendre de la Comédie-Française en ce qui concerne Racine, mais c'est dommage que l'ensemble n'est pas été plus enthousiasmant, car cela tient à vraiment pas grand chose.

 

Autre pièce de Racine : Bérénice

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2 janvier 2011 7 02 /01 /janvier /2011 18:00

cabaretSi on m'avait dit que je passerai un réveillon de nouvel an au Cabaret, je n'y aurai pas cru un instant. Pourtant, c'est ce qui s'est passé cette année. Enfin, quand je dis cabaret, c'est un peu trop simple, comme expression : il s'agissait de Cabaret New Burlesque, comme celui que présente Mathieu Amalric dans son dernier film, Tournée. Mieux, les artistes sur scène étaient celles du film, et j'ai pu découvrir en direct les numéros de Mimi Le Meaux ou de Dirty Martini. Et ce fut une franche partie de plaisir !

 

Le principe : une maîtresse de cérémonie, Kitten on the Keys, introduit ses camarades par le biais d'intermèdes toujours décalés, parfois en chanson. Ensuite, on découvre chacun des numéros, qui se terminent invariablement par un mise à nu de l'artiste (au sens propre), mais le tout dans un chorégraphie souvent recherchée et avec des idées assez folles.

 

Ainsi, si certains sont plus dans un esprit classique, comme ceux de Evie Lovelle, d'autres sont de véritables shows, comme le clou du spectacle, avec Dirty Martini jouant dans un costume représentant la bannière étoilée la corruption des Etats-Unis. Ou comme le strip-tease de l'homme de la troupe, Roky Roulette, en équilibre sur un cheval sauteur (numéro bluffant au possible).

 

Julie Atlas Mutz présente elle deux numéros plus proches du cirque, notamment avec celui du ballon dans lequel elle parvient à entrer (une scène marquante du film). Mais la star, c'est incontestablement Mimi Le Meaux, vedette de Tournée, et qui signe notamment un numéro en danseuse à pagne hallucinant.

 

Spectacle totalement asexué, les femmes prenant autant de plaisir que les hommes, il fait plaisir à voir car les artistes ont des corps loin des canons habituellement vus dans les média, et il est assez clair qu'elles assument leurs formes plus rondes que celle des mannequins anorexiques sans aucun problème. D'ailleurs, il serait dommage qu'elles s'en privent, car le spectacle est d'une sensualité et d'une sexualité folle, tout en n'en cachant pas les effets pervers, avec le numéro de la main violant l'intimité de l'artiste.

 

La suite de la soirée, dans le cadre de la Cité Universitaire, a vu la tenue d'un concert de Jessy Evans, puis une soirée dansante sur place. Et vu que le tout était accompagné de quelques coupes et d'une excellente compagnie (merci à tous, la soirée était vraiment très agréable !), je peux dire que ce cabaret new burlesque fut l'occasion de l'un des mes réveillons les plus réussis et inattendus ! 2011 démarre sur de bonnes bases !

 

Le spectacle se  joue jusqu'au 15 janvier au théâtre de la Cité Internationale, et passera 2-3 jours au 104, vers le 20 janvier. Bien entendu, courrez-y !

 

Et bien entendu,

meilleurs voeux à tous pour cette nouvelle année !

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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 07:12

naufrages du fol espoirAvant de quitter la région parisienne (ce n'est pour demain, mais cela ne va plus tarder), il y a quelques endroits que j'ai envie de découvrir. Parmi eux, la Sainte-Chapelle, le château de Versailles ou la salle Pleyel. Il y en a au moins un que je peux rayer de la liste, c'est le théâtre du Soleil. Installé à la Cartoucherie de Vincennes (très bel endroit), j'ai eu l'occasion de voir le dernier spectacle mis en scène par Ariane Mnouchkine, Les naufragés du fol espoir. Et je ne regrette aucunement de m'être rendu à l'autre bout de Paris, bien au contraire.

 

Car outre un lieu de spectacle, le théâtre du Soleil est un véritable endoit qui vit et respire le théâtre. Tout y fait référence, de la façade repeinte aux couleurs du spectacle joué actuellement à la salle elle-même, dans laquelle on voit les coulisses, les décors et les loges où se maquillent et s'habillent les comédiens. Dès l'entrée, on est accueilli par Ariane Mnouchkiine en personne, qui nous invite à choisir notre place dans la salle : pas de places attribuées a priori, mais on choisit celle qu'on souhaite, en fonction de son heure d'arrivée. Autant dire qu'il vaut mieux ne pas arriver trop tardivement. Mais avant le spectacle, il faut profiter du lieu, de cette grand esalle dans laquelle sont dressées de grandes tablées pour dîner, dans un décor reprenant une carte de la Terre de Feu (élément essentiel du spectaacle à venir) et les affiches de grands films muets (autre élément primordial). Bref, c'est une immersion complète dans le spectacle, dès le seuil de la salle franchie. En plus, ajoutez à cela que le chauffage était un poil faiblard, et que des couvertures ont été distribuées afin de se couvrir les jambes, et vous pouvez imaginer que l'ambiance était vraiment très particulière.

 

Puis, on passe au spectacle. Dans cette dernière création, Ariane Mnouchkine raconte l'histoire d'une équipe de cinéma, en 1914, qui utilise le grenier d'une guinguette, le Fol Espoir, pour tourner de grandes fresques historiques. Le film qu'ils tournent parle d'une grande utopie : les protagonistes, en 1889, rêvent de construire un monde solidaire, plus juste, mais les conservatismes et la finance seront plus forts que leur espoir. Et l'argent conduira au désastre, puisque les passagers d'un bateau seront victimes d'un naufrage provoqué par l'avidité d'un capitaine d'industrie qui souhaitait absolument passer au large du Cap Horn. Mais le tournage est compliqué, car en Europe, tout le monde craint la guerre et la mobilisation générale : entre les différentes scènes muettes, on suit l'actualité, funeste, de Jaurès demandant des grèves européennes pour la paix, à son assassinat.

 

La grande force du specctacle, c'est la mise en scène de ces moments de tournage du film muet. On assiste en effet à la mise en place des scènes, dans lequel aucun protagoniste ne dira un seul mot. Ariane Mnouchkine met de côté l'oralité pour laisser une place immense au visuel. Et les scènes de neige, dans la Terre de feu, ou celles à bord du bateau, notamment avec l'expulsion d'une famille italienne qui tente de fuir la pauvreté de la Sicile sont magistrales et merveilleuses.

 

Si le sujet est riche, avec un fond historique passionnant, Ariane Mnouchkine n'en fait pour autant une oeuvre cérébrale. C'est une pièce qu'on vit, qu'on voit avec bonheur car l'humour et le second degré ne sont jamais loin. Mais que d'émotions lorsque retentit l'Internationale sur ce bateau rempli d'immigré,s ou lorsque l'urgence de terminer le film devient extrème. Vraiment, c'est un merveilleux spectacle que signe Ariane Mnouchkine, servi par des artistes épatants (ils sont une trentaine sur scène), et au service d'un texte admirable. Et le mieux, c'est qu'on ne peut pas dire que la troupe a été opportuniste en abordant un sujet aussi actuel, celui de la lutte acharnée pour monde plus juste et en paix, quand on sait qu'elle a été de toutes les manifestations de cet automne contre la contre-réforme des retraites. Vraiment, un grand chapeau à toute la troupe, et à Ariane Mnouchkine pour l'esprit qu'elle arrive à insuffler à ce lieu, qui respire et vit pour le théâtre.

 

Le spectacle se termine à Paris, mais sera en tournée ensuite à Lyon et à Nantes. N'hésitez pas une seconde !

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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 17:00

luluDe Frank Wedekind, dramaturge suisse germanophone de la fin du XIXe, je ne connaissais que son oeuvre la plus célèbre, L'éveil du printemps. Avec le choix de Stéphane Braunschweig de monter cette saison à la Colline une autre pièce de l'auteur, Lulu, j'ai pu découvrir une nouvelle oeuvre. Sulfureuse, poignante, parfois dégoûtante, Wedekind nous emmène dans les tréfonds de l'âme humaine.

 

Lulu est une jeune femme, et ce qu'on appellerait aujourd'hui un objet sexuel. Personne n'arrive à la voir autrement que comme un être qu'on manipule pour assouvir ses envies. Cela est vrai de ses différents maris qui meurent tous dans des conditions plus ou moins terribles, mais également de la Comtesse, une amie homosexuelle qui ne rêve que d'une chose, une histoire avec Lulu. Elle est d'ailleurs prête à tout accepter pour y parvenir.

 

Ce qui est d'autant plus terrible, c'est que Lulu n'a pas conscience de ce rôle que lui assigne toutes ses connaissances. Elle semble au début ravi de cette position, jouant les ingénues devant un peintre, ou profitant de la jalousie d'un de ses maris, et organisateur de ses mariages précédents, pour le mettre à l'épreuve lors d'une rencontre libertine. Jamais Lulu, élevée par un père incestueux, n'aura l'idée qu'elle peut sortir de cette position. Losque la misère s'abat sur elle et ses proches, elle ne trouve que la prostitution pour améliorer l'ordinaire, prenant des risques inconsidérés lors de ces rencontres nocturnes : elle est prostituée à Londres, au moment où un criminel se spécialise dans le meurtre de ces dernières.

 

Cette image de femme soumise par les autres et qui admet inconsciemment cette soumission tranche avec celle évoquée dans la précédente création de Braunschweig, Nora dans Une maison de poupée. Alors que cette dernière prend conscience qu'elle peut devenir autonome, Lulu est dans un sentiment totalement opposé.

 

Lulu est au centre de la pièce, et Chloé Réjon est tout à fait à l'aise dans ce rôle sombre et faussement joyeux. Autour d'elle, Philippe Girard fait planer avec brio une violence sourde et Claude Duparfait (un homme) est une admirable Comtesse von Geschwitz, androgyne à souhait et totalement paralysée par son amour impossible. Le tout prend place dans un décor tournant très baroque, allant de l'Allemagne à Londres en passant par Paris.

 

Mais si Wedekind met Lulu au centre de la pièce, il n'omet pas pour autant une forme de dénonciation politique de son époque. Ceci est sensible dans l'acte se déroulant à Paris. Lors d'une soirée pendant laquelle les invités jouent des sommes folles au jeu et où la liberté sexuelle est de mise, l'auteur met en scène un homme d'affaires qui met volontairement en faillite une partie des convives en boursicotant avec des actions qu'il vient de leur vendre. D'un coup, la déchéance de Lulu s'incarne dans celle de cette société qui en quelques instants vient de tout perdre.

 

Alors, si le sujet peut sembler difficile, je trouve que cette pièce mérite qu'on s'y attarde, car Stéphane Braunschweig fait preuve de beaucoup d'ambition et d'inventivité pour raconter cette tragique histoire. Le style, notamment des décors, est parfois déroutant, mais tout ceci prend son sens au fil de cette belle pièce, que le metteur en scène a choisi de monter dans sa première version. La plus violente. La plus crue. Et donc certainement la plus forte, ce qui justifie son sous-titre : une tragédie-monstre.

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 18:55

Enfants-Du-SiecleAlfred de Musset a eu pour projet d'écrire une grande pièce en cinq actes, intitulée Enfants du Siècle, mais la mort du dramaturge a fait que le projet n'a jamais abouti. A partir de cette tentative avortée, Benoît Lambert a réuni deux pièces de Musset pour tenter de rendre ce qui aurait pu être la création de Musset.

 

Ces deux pièces, ce sont Fantasio et On ne badine pas avec l'amour. Si les sujets des deux pièces sont a priori assez différents, la combinaison de ces deux oeuvres est finalement assez convaincante.

 

Fantasio est un homme endetté, qui remplace au pied levé le bouffon du roi tout juste décédé pour garder une place à la Cour. Alors que le Roi de Bohême prépare le mariage de sa fille avec celui qu'il pense être le Prince de Mantoue (et qui n'est en fait que son aide de camp), Fantasio va peu à peu prendre place dans cet univers, avant de le flanquer par terre par une blague d'adolescent.

 

On ne badine pas avec l'amour est au premier abord plus légère. Perdican et Marianne ne sont pas vus depuis longtemps, et le père du premier rêve que son fils épouse sa nièce, mais chacun des deux protagonistes trouvera des stratagèmes pour tester l'amour de l'autre. Le problème, c'est que leurs jeux amoureux feront une victime innocente.

 

Dans les deux pièces, on retrouve les scènes de séduction, versant comique dans Fantasio avec un Prince totalement déjanté, et beaucoup plus profond dans la seconde. Dans les deux cas, Emmanuel Vérité, qui incarne le Prince et Perdican, est d'une justesse incroyable. Plein de fougue puis en amoureux qui refuse de se l'avouer, il occupe la scène. A ses côtés, l'ensemble de la distribution est au diapason, que ce soit Pierre Ascaride en Roi autoritaire ou en père dépassé, ou les jeunes filles, Morgane Hainaux et Marion Lubat. Car il est intéressant de noter que ce sont les mêmes comédiens qui reviennent dans les deux pièces, jouant des personnages différents, ce qui permet de se rendre compte de leur puissance de jeu.

 

L'exception, c'est Fantasio, grimé comme le Joker dans sa version Heath Ledger et tout aussi inquiétant, qui sera des deux pièces. D'élément perturbateur dans la première pièce, il devient le narrateur de la seconde, imposant sur l'ensemble du spectacle l'inquiétude qui émane de ses traits. Mais celle-ci est balancé par le pouvoir humoristique des autres comédiens, notamment par cette scène hilarante dans laquelle le précepteur de Perdican (Stéphane Castang) fait part au roi des ragots autour de la gouvernante de Marianne, dans une scène où il prend ses doigts pour des marionnettes.

 

Un dyptique qui vaut donc tout à fait le déplacement, notamment pour On ne badine avec l'amour, auquel Benoît Lambert donne une couleur tout à fait intéressante, entre farce et conte cruel. Et l'ensemble est servi par une utilisation admirable de la musique, signée Jean-Pascal Lamand, qui transforme certaines scènes en séquences cinématographiques, et finit  de convaincre le spectateur quant au choix du mettteur en scène et à la cohérence de l'ensemble.

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