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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 07:45

Anton Tchekhov est un auteur vraiment passionnant. Alors que l'intrigue semble parfois se répêter (comment les propriétaires fonciers gèrent les terrains qu'ils possèdent, sujet traité dans La Cerisaie, Les trois soeurs ou Oncle Vania), il décrit des personnages absolument captivants, complexes et très modernes. Et quand tout cela est associé à une mise en scène inventive, la soirée ne peut qu'être bonne.

 

Au coeur de l'histoire, on trouve Ivan Petrovitch, surnommé Vania. Avec sa nièce Sonia, il gère le territoire que leur a laissé sa soeur défunte. Les visites d'Astrov, le médecin, viennent apporter un peu d'animation dans une vie de labeur, mais là, c'est la venue du père de Sonia et de sa belle-mère qui est au coeur des discussions.

 

Durant la pièce se nouent différentes relations d'amour impossible. La belle-mère, Elena, est l'objet des convoitises de Vania et d'Astrov, aucun des deux ne trouvant son vieux mari, un intellectuel  sûr de sa position et ne supportant la campagne, digne d'elle. Sonia, elle, n'a d'yeux que pour Astrov, mais elle découvre par l'intermédiaire d'Elena que ses venues fréquentes n'ont aucun lien avec elle.

 

Derrière ces intrigues centrales, deux sujets très modernes sont abordés par Tchekhov. D'abord, il y a le thème de l'écologie, défendu ici par Astrov. Homme proche de la nature, il défend la présence des bois dans les alentours, dénonçant son utilisation pour le chauffage; Il avoue également ne pas consommer de viande. Il est assez rare de rencontrer de telles thématiques pour le signaler, surtout dans les pièces datant d'il y a plus d'un siècle.

 

Le deuxième sujet, abordé en fin de pièce, est celui de la confrontation de milieux sociaux, entre paysans et monde intellectuel. Cette thématique, latente, n'appaarait vraiment qu'à la fin car c'est à ce moment que le personnage de Vania se dévoile. Incarné par David Clavel, Vania est un être complexe, d'abord pointé du doigt pour sa jalousie mais qui a bien des raisons pour ne pas aimer son beau-frère. D'ailleurs, l'ensemble de la distribution est très intéressante, avec Marie-Hélène Roig (Sonia) ou Rodolphe Dana (Astrov).

 

La mise en scène est également très intéressante. La public est accueilli par un verre de vodka orange et des cornichons, et il prend place de part et d'autre de la scène. Au centre, les acteurs prennent place, autour d'une table ou sur un tapis. Les changements se font à vue, les lumières changent (très beau deuxième acte presque totalement éclairé à la bougie). Le fait de parfois voir certains acteurs de dos permet de se concentrer sur ceux qui sont en face, qui reçoivent la parole, et cette expérience de spectateur est toujours saisissante. Alors si vous avez l'occasion de voir la mise en scène d'Oncle Vania par le collectif Les Possédés, vous pouvez y aller, vous ne raterez pas votre soirée !

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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 12:15

trilogie-de-la-villegiature.jpgQuand on réside en province, assister à une représentation de la Comédie-Française devient un événement, notamment car la troupe a peu l'occasion de se produire en France hors de Paris. Outre la mise en scène de la trilogie de la villégiature de Goldoni avec une distribution alléchante, cette représentation valait également lecoup d'oeil pour la découverte du nouveau  théâtre en bois, installé dans la cour du Palais Royal pendant les travaux de la  salle Richelieu.

 

Commençons par ce théâtre éphémère qui prend place entre les colonnes de Buren et le jardin du Palais Royal. Esthétiquement, de l'extérieur, il est très beau. Je trouve que son insertion dans le Palais-Royal est une belle réussite, et son démontage à la fin des travaux de la grande salle est presque regrettable. A l'intérieur, cela sent le bois, on peut apercevoir l'architecture des gradins et on est confortablement installé. La vision sur la scène est bonne, ainsi que l'acoustique. Bref, une belle réussite.

 

Venons-en à Goldoni. La trilogie, comme son nom l'indique, est une combinaison de trois pièces. On y suit la vie de bourgeois de Livourne avant, pendant et après leur séjour en villégiature, dans les maisons secondaires. L'oeuvre est très intéressante, car cette construction en trois temps permet de donner trois couleurs vraiment différentes. La première pièce est celle des préparatifs. Derrière une histoire d'amour et de rivalité entre Leonardo (Laurent Stocker) et Guglielmo (Guillaume Gallienne) pour s'attirer les faveurs de Giacinta (Georgia Scalliet), on se retrouve presque dans un vaudeville. Les portes claquent, les caprices de Vittoria (Anne Kessler) ou de Giacinta fusent (que de dicussions autour de la dernière robe à la mode !) et les valets (Eric Ruf et Jérôme Pouly) ne savent plus où donner de la tête (très belle utilisation de l'action récurrente de faire ou défaire les valises). La vitesse est au coeur de l'action et elle permet de mettre en exergue la futilité de ce monde.

 

Le deuxième tableau est celui de la séduction et de la paresse. La villégiature est l'occasion de s'amuser, de jouer aux cartes mais aussi de batifoler. Outre les querelles amoureuses déjà citées s'ajoutent celle de Sabina (Danièle Lebrun) et de Ferdinando (Michel Vuillermoz), pique-assiette qui ne voit dans la séduction que le moyen d'obtenir une donation. S'ajoutent également les amours des deux plus jeunes (Adrien Gamba-Gontard et Adeline d'Hermy) ou celle des valets (très beau duo Eric Ruf - Elsa Lepoivre). Autour d'eux, Filipo (Hervé Pierre), l'organisateur un peu naïf, a du mal à saisir toutes les intrigues qui se mênent pendant cette villégiature.

 

Le troisème tableau est celui de la déchéance. Les bourgeois de la villégiature sont assaillis par les créanciers, et les histoires d'amour ont du plomb dans l'aile. Fulgenzio (Bruno Raffaelli), autorité morale, tente de remettre les choses en bon ordre, mais se heurte à la lâcheté de ces riches dans le besoin. On ressent ici l'apport du travail d'Alain Françon, grand metteur en scène de Tchekhov : comme dans La Cerisaie ou Les trois soeurs, on voit un monde qui s'effondre, et les protagonistes n'arrivent pas à comprendre leur propre chute.

 

Toute la distribution est épatante (en particulier Danièle Lebrun, Hervé Pierre ou Eric Ruf, mais il faudrait presque tous les citer). J'avais déjà vu nombre des comédiens dans d'autres productions de la troupe, mais ils sont ici à un excellent niveau. La lecture de la pièce de Françon est un régal et il arrive à rendre ces intrigues intelligibles. En plus, les nombreux costumes sont magnifiques et les décors bien utilisés. C'est donc une très belle production, qui s'arrête bientôt pour cette saison mais qui devrait sûrement être reprise dans les années à venir. A voir sans hésitation.

 

Autres mises en scène d'Alain Françon : La Cerisaie, Les trois soeurs

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 16:40

le-suicide.jpgSémione Podsékalnikov en a assez de sa vie de mari rangé. Il se sent sous la coupe de sa femme, Maria, qui apporte l'argent au ménage, et de sa belle-mère, Sérafima. Même la consommation d'un saucisson de foie devient une affaire d'état. Alors, pour échapper à sa condition d'homme dominé, il décide de se suicider. L'annonce de ce suicide met en émoi tous les habitants du village (le voisin, le prêtre, l'intellectuel révolutionnaire, le militaire...), qui trouvent tous un intérêt dans le suicide de Sémione. Mais le suicide prend beaucoup de temps à se conclure.

 

Nicolaï Erdman a écrit la pièce en 1932 et ne la verra jamais sur scène. Censurée par le régime soviétique, elle ne sera autorisée que sous Gorbatchev. Avec sa galerie de personnages loufoques et son intrigue alignant les péripéties à un rythme effréné, l'auteur signe une comédie enlevée, drôle et qui pointe subtilment les travers du régime sovitéique.

 

Patrick Pineau, dans sa mise en scène, parvient en rendre la vitesse et le tourbillon des événements qui s'abattent sur Sémione, homme perdu qui se laisse mener par la foule qui l'entoure. Le tout dans un décor modulable qui s'adapte parfaitement à l'intrigue. Jérôme Derre, dans le rôle du suicidé, donne au personnage une profondeur de plus en plus importante au fil de la pièce, rendant parfaitement son trouble et passant du comique le plus loufoque à la réflexion presque métaphysique. D'ailleurs, toute la distribution est excellente et amène sur le plateau l'énergie de la pièce. Tous les comédiens seraient à citer, mais les prestations de Manuel Le Lièvre en militaire et d'Anne Alvaro en belle-mère survoltée sont épatantes. Cette dernière pousse également la chansonnette, et propose une partition délurée surprenante. Une très belle pièce à découvrir, avec une distribution vraiment épatante.

 

En tournée au mois de mars 2012 à Nantes, Perpignan, Miramas, Chateauvallon.

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 08:27

soleil-couchant.jpgIsaac Babel, vous connaissez ? Pour ma part, je ne connaissais pas avant de voir une mise en scène d'une de ses pièces, Soleil couchant, par Irène Bonnaud au Théâtre du Nord. Babel est juif et a vécu à Odessa, en Ukraine, au début du XXe siècle. Soleil couchant nous entraîne dans la vie de la communauté juive de la ville, dans la famille Krik, où le père tortionnaire refuse tous les prétendants pour sa fille et où les deux fils, l'un voyou, l'autre militaire, rêvent de mettre fin à la tyrannie paternelle.

 

La pièce est constituée de plusieurs tableaux, nous faisant passer de l'intérieur de la maison Kirk à la synagogue, en passant par un cabaret où on fait la rencontre de la truculente Potapovna. Malheureusement, je ne sais pas si c'est dû au décalage d'époque (Odessa en 1900) ou à la différence de culture (culture juive), je n'ai jamais compris les tenants et aboutissants de cette pièce. La mise en scène d'Irène Bonnaud, qui joue beaucoup sur la transformation du décor à base de rideaux qui montent et descendent, n'arrive pas à rendre lisible les élements prinicpaux de la pièce. Elle s'attarde trop sur la forme et laisse le fond, parfois complexe à saisir pour un spectateur contemporain, se déployer tout seul.

 

De plus, j'ai trouvé que la pièce manquait de rythme. Hormis la Potapovna (Laurence Mayor) et quelques passages musicaux, l'ensemble manque de fluidité. Jacques Mazeran, dans le rôle du promis à la fille Krik, est assez juste, mais les autres sont toujours un peu à côté. Peut-être est-ce dû au fait que chaque acteur change régulièrement de costume pour incarner des personnages diférents. Au final, une pièce assez décevante, tant sur la forme que sur le fond, alors qu'Irène Bonnaud avait signé une belle mise en scène d'une pièce tout aussi complexe, La charrue et les étoiles de Sean O'Casey.

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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 10:10

les-amis-du-president.jpgC'est une fin de soirée festive. Celle où Jonathan Mano vient de célébrer son élection comme député. Alors que les cadavres de bouteilles traînent sur les tables, Jo se croit seul et pousse la chansonnette. Il croise Blaise Padirac, sur le point de partir. Avec Blaise, Jo est un des proches du président actuel, dont ils sont les hommes de main. Ces trois-là se connaissent depuis l'adolescence et ont vécu ensemble des épisodes traumatisants, comme la mort d'un de leurs amis lors d'une virée en montagne. Pourtant, cette soirée est la dernière où les deux amis seront comme cul et chemise. Car l'un des deux est encombrant et il faut, mine de rien, l'écarter.

 

La pièce d'Alain Gautré est assez intéressante dans sa construction. Tout débute dans les restes d'une fête, où les deux amis se remémorent les bons moments passés et leur amitié indéfectible avec le président. Et puis, peu à peu, l'alcool aidant, les deux amis ressortent les vieilles histoires, qui ont pu les diviser. Mais aussi celles qui ne sont pas encore connues, et qui risquent de les éclabousser, eux et le Président. Mais l'histoire, un scandale sexuel, est loin d'être aussi simple que peut le penser le principal accusé.

 

La pièce est un crescendo bien rythmé, et parfaitement servie par les deux comédiens, Stephan Wojtowicz (qui a l'allure parfaite du politicien aux méthodes limites) et Thierry Gimenez (plus lisse, affable, peu enclin aux feux des projecteurs mais qui adore l'odeur du sang et de la merde des basses manoeuvres, comme il le dit). La mise en scène de Pierre Pradinas, assez simple, permet de décrire parfaitement l'ambiance de trahison, de mise au ban et de déclassement qui peut parfois exister dans le monde politique. Car les intérêts du pouvoir sont plus importants que ceux d'un simple lieutenant, dont il faut se débarrasser habilement car il a pris goût aux dorures de la République. Et la curée lancée contre lui n'a alors plus de limites...

 

Pièce encore en tournée à Annecy (7-9 fév.), Villeneuve-sur-Lot (14 fév.), Dax (16 fév.), Tulle (21 fév.).

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 18:15

des-femmes.jpgWajdi Mouawad s'est fait connaître par ses propres pièces, traitant à la fois de thèmes assez ancestraux que la filiation, les origines familiales ou les relations avec la terre d'origine. A chaque fois, ces pièces s'inscrivent dans une trame moderne rappelant les grandes tragédies antiques, l'exemple le frappant étant certainement Incendies (encore au cinéma cette semaine grâce au festival Télérama). Que Mouawad adapte les tragédies de Sophocle n'est donc pas surprenant du tout.

Le metteur en scène canadien s'est lancé dans un vaste projet : mettre en scène les sept tragédies de Sophocle qui nous sont parvenues, en trois épisodes. Le premier consacré aux femmes héroines, le deuxième aux héros masculins, le troisième aux hommes en fin de vie. Première étape donc avec l'intégrale des pièces consacrées aux femmes : Les trachiniennes, Antigone et Electre.

Les trachiniennes raconte l'histoire de Déjanire, la femme d'Héraclès. Maladivement jalouse, elle veut s'assurer de la fidélité son mari en utilisant un filtre d'amour obtenu auprès du centaure Nessus, tué par Héraclès. Ce filtre sera la cause de la mort du héros.

Antigone est la fille d'Oedipe et de Jocaste. A Thèbes, c'est son oncle Créon, un tyran, qui gouverne. Les deux frères d'Antigone se sont entretués. Alors que l'un a droit à des funérailles officielles, le second n'a pas droit à une inhumation. Antigone va tout faire pour rendre hommage à son frère.

Electre est la fille d'Agamemnon, tué par sa femme Clytemnestre et son amant Egisthe. Electre n'attend qu'une chose : pouvoir venger son père. Pour y parvenir, elle attend le retour de son frère Oreste.

Mettre en scène une tragédie, antique qui plus est, est toujours une exercice délicat. Notamment car il n'est évidemement de rendre la tension et la force des ces textes, connu de la plupart des spectateurs. Pourtant, Mouawad réussit à rendre ces trois tragédies assez passionnantes. Il permet également de faire entendre au spectateur contemporain les textes fondateurs du théâtre occidental. Et rien que pour cela, il est important de saluer son travail.

La succession des trois pièces est un événement très intéressant, car Mouawad a réussi a donné une couleur à chaque des pièces. Electre, la dernière jouée, est la plus proche du style habituel metteur en scène, avec l'utilisation des corps, des liquides. Si ces dimensions ne sont pas absentes des deux autres pièces, c'est dans Electre qu'elles sont le plus présentes. Les trachiniennes est la pièce la moins connue, et l'interprête du rôle titre, Sylvie Drapeau, est assez impressionnante dans le rôle de Déjanire. Dans Antigone, plus que la jeune fille, c'est Créon qui est au cœur de la pièce. Patrick Le Mauff est là aussi un très bon tyran. Globalement, toute la distribution est au diapason, en particulier Raoul Fernandez, un fascinant Coryphée dans Antigone.


Mais la grande idée de Mouawad, c'est l'incarnation du choeur. Intervenant de façon régulière pour ponctuer le récit, il est ici interprété par Bertrand Cantat, avec un groupe de musiciens très rock. Cette confrontation des deux univers, risquée, se révèle être une très bonne idée de mise en scène. Et Bertrand Cantat revient sur scène dans une œuvre assez éloignée de sa production antérieure. Première étape réussie, reste à découvrir les deux prochaines (qui seront normalement présentées à Mons et ailleurs, avant une intégrale des sept pièces en 2015 à l'occasion de la désignation de Mons comme capitale européenne de la culture)

 

Le spectacle se joue demain dimanche 22 janvier à Namur, puis sera en tournée au Canada (Ottawa, Montréal) au printemps et à la Réunion en septembre.

 

Autres pièces de Wajdi Mouawad : Littoral, Forêts, Ciels, Seuls et Incendies, de Denis Villeneuve

 


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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 22:45

par-hasard-et-pas-rase.jpgComme c'est plaisant de retrouver les salles de théâtre ! Alors que le second semestre de 2011 a été marqué par une abstinence scénique un peu forcée (déménagement et prise de repères oblige), l'année 2012 démarre en fanfare. Pour commencer, une petite fantaisie musicale autour de Serge Gainsbourg.

 

Lucien prépare un nouveau tour de chant, consacré à Gainsbourg. Avec ses trois musiciens et deux choristes, il peaufine son spectacle. Mais désabusé et entouré de camarades un peu dilettantes, il est assez mal à l'aise. Pourtant, lorsque le spectacle commence, Lucien reprend ses aises, et les chansons de Gainsbourg lui servent de tremplin.

 

Philippe Duquesne, ancien Deschiens, est au centre du spectacle. Il incarne un chanteur en tournée en peu minable, puis se transforme progressivement pour rejoindre l'image de Gainsbourg. Le début du spectacle est pourtant un peu inquiétant, car on sent que le rythme et l'alchimie entre les comédiens n'est pas là (peut-être est-ce volontaire, peut-être dû au fait que certains sont plus musiciens que comédiens, peut-être dû à la jeunesse du spectacle). Mais l'ensemble prend  de la consistance, et le prétexte du début de la pièce (répétitions, puis présentation du spectacle) disparait au profit d'une approche plus intimiste.

 

Mais ce qui est le coeur et la force du spectacle, ce sont les chansons de Gainsbourg. Accompagné au piano par Joël Bousquet, à la contrebasse par Patrice Soler, à la batterie par Guillaume Arbonville et par deux choristes (Célia Catalifo et Adeline Walter), Duquesne est un bel interprète du répertoire de l'homme à tête de chou. Quelques grands classiques (La javanaise, Requiem pour un con, Harley Davidson dans une très belle version réarrangée, l'ami Cahouette), mais aussi des chansons que je ne connaissais pas (Black trombone, variations sur Marilou). Un spectacle très agréable, malheureusement un peu desservi par l'acoustique du Phénix, pas très bonne, mais qui donne à entendre la poésie, l'inventivité et la science musicale de Gainsbourg.

 

Spectacle de passage à Marseille pour 15 jours en janvier (La Criée), puis en tournée, notamment à Malakoff, Reims, Cebazat, Sénart, Châlons-en-Champagne...

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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 18:34

opera-de-quat-sous.jpgL'opéra de quat'sous, signé par Brecht avec une musique de Kurt Weill, est entré dans le panthéon du monde théâtral. En adaptant un opéra de John Gay écrit deux siècles plus tôt (L'opéra des gueux),  Brecht actualise l'histoire de ces exploiteurs de mendiants dans les bas-fonds de Londres. Pourtant, si Brecht a déjà été joué à la Comédie-Française, c'est la première fois que l'Opéra de quat'sous y est présenté. Version montée par Laurent Pelly, et que j'ai trouvé très réussie.

 

Brecht a rafraîchi l'intrigue en la situant dans le Londres de l'époque victorienne. Pelly en fait de même en introduisant des éléments contemporains (livreur de pizza, portable) de manière parcimonieuse. Mais le thème de la pièce de Brecht reste universel : l'homme ne vit que par l'exploitation de l'homme, et tous les moyens sont bons pour asseoir son pouvoir. Les dominants, ici, ce sont les Peachum, qui déguisent des hommes pour les faire passer pour des mendiants. Il y a aussi Mackie, en cheville avec le chef de la police, qui contrôle tous les brigands du quartier. Sous leurs ordres, des femmes, mais aussi des paumés qui tentent de survivre en trichant. Mais les vrais dominants restent dans l'ombre, simplement évoqués par Mackie lors de la scène finale ou par la police : la reine, qui se fait couronner, et les banques. Ici, on restera dans les bas-fonds, qui ont eux aussi leur organisation hiérarchique et injuste.

 

La pièce de Brecht a un contenu politique évident, mais reste un grand spectacle. Notamment grâce à l'utilisation permanente des chansons, puisant dans différents registres (cabaret, chanson populaires, tango,...). Ajoutez à cela les changements de décor à vue, et un dénouement en happy end annoncé comme tel, et vous plongez dans un spectacle tout en sachant que c'en est un.

 

Mais la grande force de la pièce, hormis son sujet et sa mise en scène (que j'ai trouvé sobre et éclairante), est la formidable prestation de la troupe. Ce sont les acteurs habituels qui entonnent toutes les chansons, pour certaines d'entre elles assez difficiles. Et ils le font tous avec brio. Au premier rang, Léonie Simaga, qui incarne une merveilleuse Polly Peachum. Son duel avec sa rivale (Marie-Sophie Ferdane), en prison, est un grand moment de théâtre. Mention aussi à Véronique Vella, irrésistible dans le rôle de Mme Peachum, petite femme acariâtre qui a elle son morceau de bravoure lors d'une descente dans un bordel. Bordel où règne en maîtresse Sylvia Bergé, surprenante prostituée.

 

Mais les hommes ne sont pas en reste, car Thierry Hancisse est un Mackie tout à fait savoureux, jouant merveilleusement de la force sensuelle qui lui est caractéristique. Son rival, Mr Peachum, est incarné par Bruno Raffaeli qui use de sa haute stature pour asseoir son pouvoir sur les mendiants. Et les rôles secondaires (Laurent Natrella en Tiger Brown, Jérôme Pouly, Christian Gonon ou tous les jeunes comédiens de la troupe) apportent une fraîcheur dans leurs personnages. 

 

Et l'orchestre, dirigé par Bruno Fontaine, reprend les musiques de Kurt Weill, en laissant la place aux chanteurs. Ce qui rend la pièce tout à fait audible, et je n'ai eu aucun problème de compréhension lors des parties chantées. Un grand spectacle, qui permet de passer une excellente soirée et de se familiariser avec le théâtre de Brecht de manière abordable, car l'auteur allemand peut parfois impressionner.

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2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 17:00

lettres-damour-a-Staline-copie-1.jpgMikhaïl Boulgakov, auteur entre autres de Le Maître et Marguerite, a entretenu des relations complexes avec le pouvoir politique. En particulier avec le premier représentant du pouvoir soviétique des années 30, Staline. Ce spectacle, écrit par Juan Mayorga et mis en scène par Jorge Lavelli, retrace  à partir de leur correspondance la relation entre les deux hommes, le tout arbitré par Mme Boulgakov.

 

Boulgakov se plaint en effet que ses pièces de théâtre, autrefois encensés par les autorités et par Staline lui-même, sont aujourd'hui censurées. Il décide donc d'écrire à Staline pour en comprendre les raisons. Bien que sa femme s'entête à lui dire que cela est inutile, il insiste. Jusqu'à un coup de fil de Staline, coupé en cours de conversation, et dont Boulgakov attendra vainement la reprise. Puisqu'il ne peut voir Staline en chair et en os, il le verra en songe.

 

Voilà une pièce avec un point de départ intéressant : comment l'artiste parvient-il à s'exprimer dans une dictature ? Quels compromis doit-il faire ? Ici, Boulgakov fait tout pour que ses pièces soient jouées, et demande même à quitter l'URSS, comme l'a fait un de ses confrères. Mais Staline lui répond qu'il n'a rien à faire hors de son pays, posant la question de la relation entre l'artiste et sa terre natale.

 

Malheureusement, l'ensemble n'est pas complétement convaincant. Ce n'est nullement à cause des acteurs (Luc-Antoine Diquéro, Marie-Christine Letort et Gérard Lartigau), mais plutôt à un rythme, dans le déroulement de la pièce. Le début est notamment un peu long, avec une imitation de Staline par Mme Boulgakov qui dure un peu trop. L'arrivée de Staline, sous forme de spectre, redonne de l'énergie au spectacle, et permet à l'ensemble de rebondir. Un spectacle que j'aurai aimé plus aimer, et qui s'il reste une production de qualité, manque de ce petit supplément qui fait les très bonnes pièces. Toutefois, il donne envie de lire Boulgakov, dont les titres des oeuvres reviennent souvent dans le spectacle : La garde blanche, Coeur de chien, L'île pourpre,... Et ce n'est déjà pas si mal !

 

Roman de Mikhaïl Boulgakov : Le Maître et Marguerite

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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 07:24

un-tramway-nomme-desir.jpgAprès le désastreux Tramway présenté l'an dernier au théâtré de l'Odéon (et malgré la présence d'Isabelle Huppert), j'avais pour objectif de vaincre le signe indien en découvrant la version de Lee Breuer, à la Comédie-Française. Si j'ai pu avoir quelques craintes (notamment l'usage de micros), j'ai été très séduit par la mise en scène proposée, qui laisse la place au texte et à l'intrigue tout en permettant les tentatives scéniques.

 

Car on retrouve bien Blanche et Stella, dans cette version. Les deux soeurs, la première rendant visite à la seconde après la perte de la demeure familiale, Belle-Rêve. Blanche, qui a également pris du recul par rapport à son métier de professeur de lettres. Mais chez sa soeur, à la Nouvelle-Orléans, elle découvre son beau-frère, Stanley Kowalski. Et la force, la bestialité qu'il dégage ne seront pas sans conséquence sur la vie de Blanche, même elle tente de lui donner un autre sens grâce à Mitch.

 

Dès le début de la pièce, on est plongé dans l'ambiance de la Nouvelle-Orléans. Un orchestre joue quelques morceaux, la fête est au centre du plateau, et la narration démarre avec le voisin (Bakary Sangaré, avec sa merveilleuse voix grave). Ensuite, on est plongé dans l'appartement  de Stella et Stanley, et on va voir ces personnages évoluer. Blanche, dépressive, mythomane, tente de se soigner en prenant d'innombrables bains chauds. Stanley, qui ne saisit pas sa maladie, s'en moque, pensant plus aux poker avec ses amis qu'à passer du temps avec sa femme, enceinte. Côté acteurs, j'ai trouvé l'ensemble tout à fait cohérent, avec au centre du dispositif Anne Kessler en Blanche exaltée, qui minaude, tente de se sauver mais n'y parvient jamais. A ses côtés, Eric Ruf, Françoise Gillard, Grégory Gadebois sont tout à fait dans le ton, et les seconds rôles ne déméritent pas (Léonie Simaga, Bakary Sangaré, Christian Gonon, Stéphane Varupenne).

 

Mais le tout est réhaussé par une mise en scène aventureuse, qui si elle m'a ébloui, peut certainement décontenancer quelques spectateurs. Car Lee Breuer, s'il conserve le cadre de la Nouvelle-Orléans, utilise de nombreux éléments japonisants dans le décor, les attitudes (en particulier pour Stanley). Le décor est sans cesse mouvant, avec des panneaux, qui tombent, des modules qui se déplacent sur scène, le tout s'intégrant parfaitement dans l'ensemble et ne le ralentissant jamais. Le summum est atteint lors d'une partie de poker, où les panneaux figurent les cartes, et où les acteurs font eux-mêmes les bruit des cartes imaginaires.

 

Mise en scène très intelligente également de par l'utilisation des accessoires : ils ne sont pas sur scène, mais apportés, au fur et à mesure par des hommes en noir surgissant des coulisses, et qui les reprennent dès que leur présence est superflue. Un peu comme s'il ne fallait pas s'encombrer des accessoires pour se concentrer sur les personnages, coeur de la pièce. Outrance aussi parfois, mais que j'ai totalement accepté, comme dans le passage de séduction forcée de Stanley, maquillé comme le Joker, et apparaissant en cinq exemplaires sur scène.Et pour une fois, même les micros ne m'ont pas gêné une seconde !

 

Une entrée au répertoire de la Comédie-Française très réussie pour l'oeuvre de Tennessee Williams, qui est une proposition riche, et tranchant habilement avec le film de Kazan, dans la mémoire de nombreux spectateurs.

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