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10 juillet 2012 2 10 /07 /juillet /2012 19:22

les-mauvaises-gens.jpgComme dans Rural, un de ses albums précédents, où il raconte la naissance et la vie d'agriculteurs, Etienne Davodeau se plonge dans la région des Mauges. Les Mauges se trouvent entre Angers et  la Vendée, avec comme point central Cholet. Après la vie des paysans, Davodeau consacre cet opus à la vie de Marie-Jo et Maurice, connu dans le pays pour avoir mené une vie de militants.

 

Ils sont tous les deux nés dans cette terre marquée par un fort traditionalisme catholique, résidus des guerres de Vendée qui ont marqué la région. Ils sont d'extraction modeste, Marie-Jo ayant rapidement intégré un pensionnat de jeunes filles tenu par des soeurs, et Maurice a rapidement été embauché. Le quotidien de Maurice est marqué par l'alcoolisme de son père : il est incapable de coller les affiches pour le cinéma municipal et c'est sa femme et son fils qui doivent le suppléer en secret.

 

Marie-Jo est vite employée dans une usine de chaussures, où elle encolle des talons. Maurice travaille lui dans une usine de lampes. Leur vie reste marquée par la religion catholique, mais les rencontres qu'ils vont faire seront déterminantes. En effet, un jeune vicaire arrive dans le village. Il pousse les jeunes garçons a monter un club de basket, les filles à partir ensemble à la mer. Dans ce groupe amical se tissent des liens qui dépassent rapidement le cadre religieux. Maurice et Marie-Jo participent en effet à la naissance de la JOC (jeunesse ouvrière catholique) dans la région, et cela transforme leur vision de la vie.

 

En parallèle, ils prennent leur carte à la CFDT et participent aux réunions avec les patrons. Leur vie est rythmée par les réunions à la maison, les discussions sans fin. Tout cela pour le plus grand plaisir de leur fils ainé qui ne comprend pas tous les enjeux mais est fier de participer passivement à cette vie politique et syndicale.

 

Etienne Davodeau conte avec beaucoup de justesse et de tendresse la vie de ces deux amants qui ont consacré une grande partie de leur vie au militantisme. Il se replonge dans certains documents d'époque, comme ces journaux écrits par les gamins du village pour tenir informés les appelés en Algérie. On y découvre les premières manifestations ouvrières, et en fond, les enjeux politiques nationaux avec la lente mais sûre prise du pouvoir à gauche par le PS du Mitterrand face au PC de Marchais. C'est une tranche de vie personnelle absolument passionnante qui est décrite ici, avec peu d'effets et une grande sensibilité. Une excellente BD documentaire pour se plonger dans la construction du militantisme et la vie de ceux qui y consacrent leur vie.

 

Les mauvaises gens - Une histoire de militants d'Etienne Davodeau

Ed. Delcourt

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8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 19:30

le-boucher-des-hurlus.jpgJean Amila (aussi connu sous le nom de Jean Meckert) s'attaque à un épisode peu glorieux de la guerre de 14-18 : celui des mutins fusillés par l'armée française, pour des raisons arbitraires et scandaleuses. Si Stanley Kubrick traite le sujet dans Les sentiers de la gloire, il le fait à hauteur de soldats : on suit la vie d'un régiment, dans les tranchées, en alternance avec le quotidien plus opulent des généraux.

 

Ici, Jean Amila choisit de traiter le sujet en prenant comme personnage principal un enfant et situe l'action juste après la guerre. Michou est le fils d'un mutin tué en 1917. Dans le quartier de Paris où il vit avec sa mère, il est montré du doigt par les voisins pour être le fils d'un traître à la  nation. Dans la lignée de sa mère qui défend bec et ongles la mémoire de son mari, Michou prend la défense de son père. Même lorsqu'il reste seul suite à l'internement de sa mère, il n'a qu'une pensée en tête : venger l'honneur de son père. Et le plus simple pour lui est de s'attaquer à celui qui est l'origine du meurtre de son père, le général des Gringues, surnommé le boucher des Hurlus (il dirigeait  les opérations sur la région de Perthes-les-Hurlus, village détruit situé entre Reims et Verdun)

 

Le roman raconte donc la recherche du général. Michou s'attaque à cette recherche avec ses amis de l'orphelinat, qu'il a rejoint après l'internement de sa mère. Jean Amila en profite d'ailleurs pour décrire les conditions de vie difficile de ces institutions, juste après la guerre, alors que la menace de la grippe espagnole pèse sur toute la population. Avec ses trois amis, Michou décide donc de s'enfuir de l'internat pour tuer le général. Pour cela, il faut trouver une arme. Ils décident de rejoindre les anciens lieux de bataille, certains de pouvoir trouver une arme sur un cadavre abandonné au bord de la route. Tout ce périple donne lieu à des séquences savoureuses, comme celle où les enfants sont invités par une mère maquerelle et ses filles à savourer une choucroute à la gare de l'Est.


Sous couvert d'un roman plein de rebondissements et d'une intrigue menée par un enfant, Jean Amila signe une oeuvre politique sur le sort réservé aux mutins et à leurs survivants (femme  et enfants). Plus largement, il montre les différences qui secouent la population française, entre ceux persuadés du bien-fondé des actions des généraux et ceux qui dénoncent dès 1917 cette boucherie. Un court roman qui fait plonger le lecteur dans l'horreur de la guerre et dans le Paris populaire de 1920, avec une utilisation de l'argot et du parler populaire très réussi. Un beau petit roman à découvrir.

 

Le boucher des Hurlus de Jean Amila

Ed Folio - Policier

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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 18:29

adieu-berthe.jpgLes frères Podalydès ont un monde bien à eux. Fait de burlesque et de rêverie, ils arrivent toujours à raconter des histoires tendres, souvent inspirées de leur biographie. Ici, le point de départ du film est la mort de la grand-mère. Et sur ce thème funèbre, Bruno Podalydès signe un film touchant, drôle, émouvant.

 

Armand (Denis Podalydès, lunaire et très bon, comme toujours) est pris entre deux femmes. Son épouse, avec qui il tient une pharmacie (mais il y est finalement peu présent), doit gérer le commerce et sa mère qui habite l'appartement au dessus. Sa maîtresse, elle, se consacre à la vocation de magicien d'Armand, qui s'entraine pour un goûter d'anniversaire. Le drame est donc la mort de la grand-mère, qui plonge Armand dans un grand désarroi. Non pas tant lié au chagrin, car il avait un peu oublié cette parente installée dans une maison de retraite, mais plutôt au fait de devoir organiser cet enterrement. Car Armand n'est pas pragmatique, et c'est peu de le dire.

A partir de là, le film prend plusieurs directions, toutes intéressantes. Il y a d'abord l'aspect comique, lié aux histoires d'amour compliquées de notre héros (qui font irrémédiablement penser à celle d' Albert Jeanjean dans Dieu seul me voit, des mêmes Podalydès). Pris entre Valérie Lemercier (pétillante, comme toujours) et Isabelle Candelier (trop rare à l'écran), Denis Podalydès incarne avec bonheur l'indécision.

 

Il y a ensuite l'humour lié à la recherche des pompes funèbres adéquates, entre une vision moderne et branchée (avec Michel Vuillermoz, épatant) et une vision plus artisanale et modique (Bruno Podalydès et Samir Guesmi). Ajoutons à cela l'insistance de la belle-mère avec une agaçante Catherine Hiegel, et toute cette recherche du bon cercueil et de la bonne manière d'enterrer (incinération ou inhumation ?) est un vrai plaisir.

 

Puis, dans la seconde moitié, le film prend une tournure plus intime, plus tendre. On découvre les secrets de la grand-mère, femme qui a longtemps dissimulé ses amours de jeunesse et ses déceptions. On retrouve dans ce film le thème de la magie, déjà entrevue dans l'adaptation du Mystère de la chambre jaune. Cela donne lieu à de très jolies scènes dans la maison de retraite (où circulent Michel Robin et Judith Magre, et où le père d'Armand, Pierre Arditi aux fraises, aurait toute sa place) avec une belle utilisation de la musique de Moustaki.

 

L'enterrement de la mémé des Podalydès donne donc un film réussi, agréable et drôle. Je conseille de vous plonger dans ce nouvel épisode de la filmographie des Podalydès, qui s'inscrit pleinement dans la lignée des précédents, en abordant un nouveau sujet.

 

Autre film de Bruno Podalydès : Bancs publics (Versailles rive droite)

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1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 11:27

Il n'y a pas forcément d'occasion pour lancer un jeu, mais je profite de l'ouverture des deux mois d'été pour lancer celui qui devrait être le dernier avant la rentrée.

Comme d'habitude, il faut découvrir le film qui se cache derrière les morceaux d'affiches présentées ci-dessous. Et comme d'habitude, une seule réponse à la fois, et vous pouvez rejouer quand la réponse est validée.

 

Bon dimanche à tous !

 

1 Cendrillon

Trouvé par Sibylline

11_1.jpg

 

cendrillon.jpg

 

2 Gosford Park

Trouvé par Ys

11_2.jpg

 

gosford park

 

3 Les visiteurs

Trouvé par Flo

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les-visiteurs.jpg 

 

4 Mary Reilly

Trouvé par Flo

11_4.jpg

 

mary-reilly.jpg

 

5 La Cérémonie

Trouvé par Hermine et Hugues

11_5.jpg

la-ceremonie.jpg

 

6 La règle du jeu

Trouvé par Flo

11_6.jpg

 

la-regle-du-jeu.jpg

 

7 Les adieux à la reine

Trouvé par Anjie

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les-adieux-a-la-reine.jpg

 

8 Le Limier

Trouvé par Flo

Indice : je suis le dernier film de mon célèbre réalisateur.

11_8.jpg

 

   11_8bis-copie-1.jpg

 

9 The servant

Trouvé par Hermine

11_9.jpg

 

the-servant.jpg

 

10 Les vestiges du jour

Trouvé par Flo

11_10.jpg

 

les-vestiges-du-jour.jpg

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30 juin 2012 6 30 /06 /juin /2012 12:21

serenade.jpgCela devient une véritable tradition : le mois de juin est celui de la remise du prix Biblioblog. Pour la première fois, ce n'est pas un roman qui est récompensé, mais deux. En effet, les votes des membres du Biblioblog, Des membres du jury des lecteurs et Des internautes n'ont pas pu départagé deux des six sélectionnés. Ont donc été récompensé La sérénade d'Ibrahim Santos, de Yamen Manai et Le premier été, d'Anne Percin.

 

Je suis globalement assez satisfait du résultat final. En effet, La sérénade d'Ibrahim Santos est un joli conte sur la dictature et les conséquences désastreuses de décisions politiques arbitraires. Tout se passe dans la ville de Santa Clara que tout le monde a oublié et qui a continué à vivre sa vie sans prendre en compte les changements politiques. Mais la vie qui y est menée, traditionnelle et proche de la nature, ne rentre pas dans les plans du gouvernement en place, qui ne jure que par le productivisme et la science. C'est une jolie histoire, bien menée, qui fait penser à Isabel Allende premier-ete.jpgou à Carole Martinez, mêlant histoire politique et fantastique.

 


Pour Le premier été, mon impression est positive mais un peu plus  mitigée. Cette histoire raconte les émois amoureux d'une adolescente, captivée par  un jeune homme dont elle ne connaît rien et qui occupe son esprit. Si les atermoiements amoureux et les relations entre adolescents sont bien rendus, je n'ai pas été totalement emballé par la construction du roman. On sait très vite que l'histoire se termine mal et cela crée un suspens artificiel.

sollicciano

 

 

 

Dans cette sélection, mon roman préféré reste celui que j'ai proposé dans cette sélection, Solliciano, d'Ingrid Thobois. Je garde en tête les personnages inventés par l'auteur, le traitement de la folie et cette construction en puzzle très travaillée et réussie. Un excellent roman qui est malheureusement passé un peu inaperçu.

jeu-du-pendu.jpg

 

 

Un roman policier figurait également dans cette sélection : Le jeu du pendu, d'Aline Kiner. Plus que l'intrigue policière (on recherche le meurtier de jeunes femmes), c'est l'ambiance qui est particulièrement bien rendue. L'action se déroule en Lorraine, sur les anciens sites miniers, et le paysage est marqué par les failles qui apparaissent dans le sol et par les crassiers qui créent des collines artificielles. Le lecteur plonge dans une ambiance ouvrière, sombre, poisseuse et c'est finalement très agréable à lire.

 

 

assommons-les-pauvres.jpgLes deux derniers romans ont été beaucoup plus difficile à lire. Assommons les pauvres, de Shumona Sinha, m'a dérouté. Le personnage principal et narrateur est une traductrice d'indien qui intervient dans les centres de rétention. Au début du roman, elle annonce qu'elle a été violente. Ensuite, pendant tout le livre, on perd de vue cette agression pour découvrir des chroniques de le vie d'une traductrice, en proie avec les migrants et l'administration. Mais je n'ai jamais réussi à déceler ce que voulait dire l'auteur. Je n'y ai vu qu'une accumulation d'épisodes divers, sans unité. Une déception.


avant-silence.jpg

 

Avant le silence des forêts, de Lyliane Beauquel, m'a encore plus pesé. Elle raconte la vie de jeunes soldats allemands pendant la 1ere guerre mondiale. Au niveau du style, elle utilise des tournures très péotiques, métaphoriques, en totale opposition avec l'horreur de la guerre. Si le début de l'ouvrage est prometteur, j'ai trouvé l'ensemble trop long, trop poétique et ai abandonné le roman en cours de route.

 

C'est en tout cas une nouvelle belle édition du prix, qui se terminera le 22 septembre, avec la venue des auteurs lauréats dans la librairie partenaire, la librairie Tirloy à Lille. En espérant vous y voir nombreux !

 

La sérénade d'Ibrahim Santos de Yamen Manai, Ed. Elyzad

Le premier été d'Anne Percin, Ed. du Rouergue

Solliciano d'Ingrid Thobois, Ed. Zulma

Le jeu du pendu d'Aline Kiner, Ed. Liana Levi

Assommons les pauvres de Shumona Sinha, Ed de l'Olivier

Avant le silencce des forêts de Lyliane Beauquel, Ed. Gallimard

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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 19:57

le-grand-soir.jpgNot est le plus vieux punk à chien d'Europe. Parfois, il rend visite à ses parents, qui tiennent la Pataterie, dans le centre commercial. Il y retrouve Jean-Pierre, son frère, commercial dans un magasin de literie, qui a des aspirations totalement différentes. Mais lorsqu'il est viré, Jean-Pierre s'accroche à son frère pour ne pas sombrer. Il devient Dead et écume le centre commercial.

 

Voilà un film à l'ambiance atypique. D'ailleurs, j'ai au début été troublé par la présence d'Albert Dupontel, car j'avais l'impression de voir un de ses films. Mais si le style de Delépine et Kervern est tout aussi foutraque, il est plus poétique, contemplatif que celui de Dupontel, souvent en cascades et gesticulations.

 

On retrouve dans cette escapade fraternelle dans un centre commercial l'ambiance d'errance qui parcourt les films précédents du duo. Comme dans Louise-Michel, ils cherchent à trouver un responsable, à se venger de la société dans laquelle ils vivent. Ils n'arriveront qu'à se retrouver à deux dans un hangar désaffecté. Comme dans Mammuth, on ressent cette lutte vaine, imprécise, marquée par des rencontres improbables (un homme qui tente de se suicider, un responsable de la surveillance improbable taillant une bavette surréaliste avec le père des deux héros). C'est la lenteur, le temps pris par les personnages qui est caractéristique du cinéma des deux complices.

 

Mais le film est également parcouru d'instants très drôles. Outre la discussion déjà évoquée, il y a la lutte de Not (Benoît Poelvoorde, méconnaissable et absolument impeccable) contre un panneau publicitaire, celle de Dead (Albert Dupontel, remarquable également) qui combat avec un jeune arbre. Le moment le plus drôle est certainement celui où les deux frères décident de marcher tout droit, en dépit des clotûres fermant les pavillons privés ou de spiscines placées sur leur chemin.

 

Puis il y a toute une galerie de personnages secondaires, du devin baba cool (Gérard Depardieu) aux parents occupés par la découpe des pommes de terre (Brigitte Fontaine et Areski Belkacem). Un film à l'univers très marqué, où il est très agréable de prendre son temps malgré la noirceur de la situation des protagonistes. Delépine et Kervern continuent leur parcours atypique dans le cinéma français.

 

Autre film de Delépine et Kervern : Louise-Michel , Mammuth

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22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 07:13

affaire-du-chien-des-baskerville.jpgLe chien des Baskerville est une des créatures les plus célèbres de la littérature policière. Sherlock Holmes, dans une de ses plus célèbres enquêtes, parvient à dénouer le mystère de cette bête légendaire de la lande de Dartmoor. Mais Pierre Bayard n'est pas convaincu par la démonstration du détective. Il reprend donc les éléments de l'enquête, ceux de la vie de Holmes et de l’œuvre de Conan Doyle pour signer un ouvrage stimulant sur la réflexion littéraire et la littérature policière.


Dès l'entame de l'ouvrage, la thèse de Pierre Bayard est claire : Sherlock Holmes s'est trompé dans son enquête sur la mort de Charles Baskerville, et le coupable désigné n'est pas le bon. Il reprend donc l'ensemble des éléments du roman pour appuyer son raisonnement. Après un résumé détaillé de l'intrigue, il s'applique à décrire les méthodes utilisées par le détective. Pour Bayard, deux éléments sont au cœur de cette méthode, l'observation et la déduction.


Néanmoins, la rigueur scientifique qui entoure les actes et les réflexions de Holmes est remise en cause. Pierre Bayard fouille dans les nombreuses autres enquêtes de Sherlock Holmes pour trouver différentes failles. Il recense de nombreuses aventures où Holmes soit s'est trompé, soit n'a pas résolu l'énigme qui s'offrait à lui. De ce fait, pourquoi ne pas imaginer que pour cette affaire de chien maléfique, Holmes s'est fourvoyé ?

 

Ensuite, c'est sur l'histoire de Conan Doyle que se penche Pierre Bayard. Il revient sur les conditions d'écriture de cette aventure, la première après la mort présumée de Holmes dans des chutes en Suisse. Un retour réclamé haut et fort par les lecteurs assidus de l'auteur britannique, qui a dû céder. Il élabore alors une typologie des lecteurs de romans policiers. D'un côté, il décrit les ségrégationnistes, ceux qui revendiquent l'existence d'une frontière imperméable entre la fiction et la réalité. De l'autre, il y a les intégrationnistes, qui affirment que les passages entre ces deux mondes sont fréquents. Pour eux, les mouvements de migration des personnages de fiction vers le réel, et inversement des personnes réelles dans le monde littéraire, existent nécessairement et sont le cœur de la relation entre auteur, lecteurs et héros littéraires. Pierre Bayard se revendique de cette philosophie, et c'est cette hypothèse qui est au centre de ses réflexions.

 

Une fois expliqués ces différents éléments, Pierre Bayard se plonge dans une passionnante et brillante réécriture de l'histoire du chien des Baskerville. En reprenant tous les éléments écartés par Holmes et par Watson dans leur enquête, en ne prenant pour argent comptant aucun témoignage, il aboutit à une conclusion différente qui n'est pas totalement dénuée de sens.

 

C'est finalement un exercice intellectuel et spéculatif pour la beauté du geste, mais qui permet à la fois une vision nouvelle de ce bel ouvrage qu'est Le chien des Baskerville et une réflexion globale sur la critique littéraire des romans policiers. Un ouvrage à découvrir après avoir lu le roman originel de Conan Doyle.

 

L'affaire du chien des Baskerville de Pierre Bayard

Ed. de Minuit - Double

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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 19:55

nu-rouge.jpgLes nus rouge, ce sont les grandes toiles qu'Edouard Pignon a peintes à la fin de sa vie. Ce peintre originaire du bassin minier autour de Lens est la raison de la venue de Camille dans cette région inconnue pour elle. Elle termine sa thèse sur le peintre et se rend à Bully-les-Mines, ville de l'enfance de Pignon, pour essayer de s'empreigner de l'ambiance locale et de retrouver des traces de l'écrivain (le café tenu par sa mère, des souvenirs des habitants,...).

 

Par hasard, elle rencontre Jean, un lillois qui décide de lui faire découvrir la région. Elle se promène donc en sa compagnie dans la ville de Cassel, au musée de la Piscine à Roubaix ou dans les monuments consacrés aux soldats de la première guerre mondiale. Mais son escapade dans le Nord est marquée par sa rencontre avec les sans-papiers qui tentent à tout prix de traverser la Manche à Calais.

 

C'est un roman très plaisant que signe Frédéric Touchard. Il promène son héroïne comme son lecteur dans les recoins du Nord et du Pas de Calais et accorde une attention toute particulière au patrimoine ouvrier (les mineurs, les travailleurs du textile à Roubaix) et aux artistes (Marguerite Yourcenar, Breton et Nadja,...).Les descriptions qu'il fait des lieux visités sont d'ailleurs très originales, avec un parti-pris presque encyclopédique, comme s'il voulait persuader le lecteur que le Nord est une terre de culture, ouvrière et académique. Il n'en oublie pas pour autant l'escapade belge, sur la grande plage d'Ostende.

 

A côté de cela, il parvient à mener habilement son intrigue, amoureuse pour Jean et presque charitable pour Camille. Jean est constamment en attente de cette femme qu'il ne connait que peu et qui semble lui échapper. Un roman qui se termine de façon très inattendue, et qui marque l'entrée remarquée de Frédéric Touchard dans le milieu du roman. Un premier roman réussi.

 

Nu rouge de Frédéric Touchard

Ed. Arléa - 1er/mille

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16 juin 2012 6 16 /06 /juin /2012 12:15

moonrise-kingdom.jpgJe ne suis pas à la pointe de l'actualité mais je tenais à parler du dernier film de Wes Anderson, Moonrise Kingdom. Car c'est un très chouette film. Car il est une nouvelle étape dans l'oeuvre que construit patiemment le surprenant Wes Anderson.

 

Moonrise Kingdom est la nom d'une plage sur une petite île au large de la côte est des Etats-Unis. Sur l'île est installé un camp scout, dont  Sam est membre. Il est un peu le souffre-douleur de la bande et décide de quitter le camp pour retrouver Suzy. Elle vit sur l'île avec ses frères et ses parents et elle entretient une correspondance secrète avec Sam depuis l'été précédent, quand ils se sont rencontrés dans les coulisses d'un spectacle de fin d'année. Depuis, les deux enfants n'ont vécu que pour leurs retrouvailles, et ils déjouent tous les stratagèmes montés par les adultes, à leur recherche mais qui paraissent finalement bien benêts.


Wes Anderson choisit de mettre au centre de son film des enfants, une nouveauté pour lui. Il décrit la relation de Sam et de Suzy, pleine d'amour enfantin et d'attention, avec une grande sensibilité. C'est notamment le cas lorsque Sam offre des boucles d'oreille vivantes à Suzy et qu'il est obligé de lui percer les oreilles, desquelles coule une petite goutte de sang, Le film vu par les enfants est également très drôle. Sam, formaté par les enseignements scouts, tente à tout prix d'appliquer les recettes. Mais souvent, dans la pratique, un peu de bon sens est bien plus efficace qu'une méthode digne des Castors Juniors.

 

Autour d'eux, les adultes sont tous plus inconséquent les uns que les autres. La père de Suzy (Bill Murray) ne comprend rien aux émois de sa fille et sa femme (Frances McDormand, très drôle) est uniquement occupée par le fait de retrouver discrétement son amant, le policier de l'île (Bruce Willis, étonnant). Le chef du camp scout (Edward Norton) est totalement désemparé face à l'imprévu. Et la responsable des services sociaux (Tilda Swinton) est le plus inquiétant des adultes. Finalement ce sont les enfants les plus débrouillards.

 

Ce qui est très intéressant dans le film, c'est son inscription dans la filmographie de Wes Anderson. Comme souvent, mais plus encore ici, il accrode un soin précieux aux détails (un tourne-disque, des élements de décor) et de nombreux plans sont dignes de films d'animation (les plans de la maison familiale, la scène finale sur le toit de l'aglise par temps d'orage). Un très joli film, à la fois pour l'histoire racontée et pour les choix de mise en scène d'Anderson.

 

Autres films de Wes Anderson : A bord du Darjeeling Limited, Fantastic Mr Fox

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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 07:26

immoralisteAucune hésitation, André Gide est un auteur essentiel du début du XXe Siècle. Il a contribué à la vivacité de la littérature française par ses écrits et a été récompensé par un prix Nobel en 1947. Je garde un bon souvenir de cet ouvrage mystérieux qu'est Les faux-monnayeurs et l'image d'un train inquiétant dans Les caves du Vatican. Pour cette troisième lecture de Gide, je me suis plongé dans L'immoraliste. Une rencontre moins passionnante, mais qui livre des enseignements sur la société du début du XXe Siècle.

 

L'histoire est celle de Michel. Historien, il n'a vécu que pour le savoir et la culture, niant son corps et l'activité physique. A la mort de son père, il épouse Marcelline. C'est un mariage pour répondre aux dernières volontés de son père et non un mariage d'amour. Lors d'un voyage en Tunisie, Michel tombe malade : la tuberculose. Pour se soigner, il prend  soin de lui, de son corps, prend son temps et jouit de la vie. Son existence est bouleversée par cette épreuve, puisqu'il laisse peu à peu de côté tous ses savoirs pour s'occuper de lui, au point d'en oublier totalement sa femme.

 

Le personnage de Michel est le centre du roman. C'est un être qu'on imagine faible au début du roman, un rat de bibliothèque qui ne parvient pas à penser autrement que par les livres qu'il lit. Son évolution est dépeinte de façon très précise. Ce sont d'abord en Tunisie de jeunes garçons qui lui donnent goût à la vie. Il s'amuse de les voir jouer, venir prendre de ses nouvelles. Puis, en Normandie, dans sa maison de campagne, il se prend d'amitié pour le fils du gardien. Mais toutes ces personnes, qu'il retrouvera plus tard, le décevront. Il n'accepte pas que les autres vieillissent, il donne l'impression de vouloir conserver les choses en l'état pour continuer d'en jouir, sans aucune considération pour eux.

 

C'est certainement cet aspect là de Michel qui donne son titre au roman. Il devient de plus en plus égoïste, ne prend aucun soin des autres et se moque totalement de la maladie de sa femme, mal en point après une fausse couche. Néanmoins, il est indéniable que ce roman a vieilli, plus que les autres œuvres de Gide dont j'ai parlé au début. On retrouve des thèmes fréquents chez Gide (l'homosexualité, notamment), mais je n'y pas retrouvé le mystère des autres romans. C'est ici un examen presque clinique d'une pathologie mentale que nous offre Gide, avec la froideur qui y correspond. Froideur accentuée par le fait que l'histoire de Michel est racontée a posteriori, dans une lettre. Ce n'est pas pour autant un mauvais roman, mais je trouve que ce n'est pas le meilleur pour débuter avec cet auteur. J'ai également pu lire que l'ouvrage répond à La porte étroite, autre roman de Gide, qu'il a écrit en même temps. Je sais donc ce qu'il me reste à faire.

 

Lu dans le cadre du 12 d'Ys

 

L'immoraliste d'André Gide

Ed. Le livre de Poche

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