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25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 07:22

ils-ne-sont-pour-rien-dans-mes-larmes.jpgEst-ce qu'un film peut changer la vie d'un spectateur ? Pour Olivia Rosenthal, la réponse est oui. Dans ce court ouvrage, quatorze personnes prennent la parole pour présenter le film qui a changé, de façon infime et en profondeur, le cours de leur vie.

 

Pour presque tous ces témoignages, le plus flagrant est que le cinéma n'est pas sans lien avec la vie du spectateur. Surtout, la réception d'un film est fonction du moment où le spectateur le voit. De son état émotionnel à ce moment précis, de sa situation amoureuse, de sa santé, de sa fatigue. Pour chacun de ces spectateurs, les conditions de visionnage du film, largement décrites, sont primordiales.

 

Cette balade dans les biographies cinématographiques de ces spectateurs est très hétérogène, pour le plus grand plaisir du lecteur cinéphile. On plonge dans la Nuit américaine, de Truffaut, dans Douze hommes en colère ou Le dernier tango à Paris. De grands films, de grands réalisateurs (Alain Resnais, David Lynch) pour un voyage dans des intimités cinéphiles, entre grande œuvre et vie personnelle. Malheureusement, et c'est certainement le lot de beaucoup d'écrits de ce type, les récits sont tellement courts qu'ils sont vite oubliés. C'est vraisemblablement un ouvrage qu'un cinéphile ouvrira régulièrement, notamment à chaque fois qu'il verra un film dont il est question dans l'ouvrage.

 

Ce qui est troublant, c'est qu'on ne sait pas si ces témoignages sont fictifs ou documentaires. A aucun moment, Olivia Rosenthal ne donne la clé pour répondre à cette question. L'ouvrage peut donc se lire de plusieurs façons : soit un travail d'écriture assez intéressant, car il permet à l'auteur d'aborder des écritures très différentes  soit un travail de transcription d'entretiens, qui donne à voir la multiplicité des façons d'aborder le cinéma et les films. Si l'ouverture de l'ouvrage avec Vertigo et la fermeture avec Les parapluies de Cherbourg (très beau passage) penchent clairement du premier côté, le reste de l'ouvrage est plus ambigu.

 

Ils ne sont pour rien dans mes larmes d'Olivia Rosenthal

Ed. Verticales

 

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23 août 2012 4 23 /08 /août /2012 07:54

laurence-aniways.jpegMa relation avec Xavier Dolan n'a pas commencé sous les meilleurs auspices. Les amours imaginaires, son précédent film, m'avait ennuyé et les effets de style du réalisateur exaspérés. Dans Laurence anyways, Dolan ne s'affranchit pas certaines afféteries esthétiques (ralentis, gros plans,...) mais arrive à emmener son lecteur pendant 2h30 grâce à un sujet passionnant et deux acteurs principaux magnifiques, Melvil Poupaud et Suzanne Clément.

 

Laurence (l'homme) vit en couple avec Fred (la femme). Prof de littérature dans le secondaire, il subit sa vie. Son envie est d'assumer enfin ce qu'il souhaite faire depuis très longtemps : dévoiler son identité de femme. Il annonce donc à Suzanne qu'il va franchir le pas, et ce changement d'identité de genre (car il ne change de sexualité, continuant à aimer les femmes) met en péril son couple et son univers.

 

Le film de Dolan n'est pas sans défaut, mais il réussit à s'imposer par son sujet. Cette question de l'identité de genre est ici traitée de façon subtile. Plutôt que de montrer comment Laurence se travestit, comment il choisit ses robes, etc,... Dolan insiste sur le regard des autres, qui finalement est assez bienveillant. Seule la famille de Fred a du mal à comprendre ce choix.

 

Surtout, le scénario s'intéresse autant aux évolutions qui touchent Laurence qu'à la dépression qui touche Fred. La compagne est ici au coeur du récit, jamais oubliée, ni par le spectateur, ni par Laurence qui fera tout pour la réconquérir. Le fait de s'attarder sur le personnage de cette compagne délaissée, noyant son chagrin dans la construction d'un couple modèle qui la rend malheureuse, est un choix très intelligent de scénario.

 

La durée de ce film, un peu plus de 2h30, aurait pu me freiner. Mais je suis content d'avoir surmonté ma légère appréhension pour découvrir ce film parfois bancal, de temps à autre excessif mais totalement captivant. Et le clin d'oeil de Melvil Poupaud (certainement un de ces plus grands rôles, et qui confirme que même s'il tourne peu, il tourne presque toujours bien) et l'énergie foutraque de Suzanne Clément sont pour beaucoup dans la réussite du film (avec également de belles prestations de Monia Chokri et de Nathalie Baye, très convaincante en mère qui n'aime pas son fils). Une oeuvre avec beaucoup de culot.

 

Autre film de Xavier Dolan : Les amours imaginaires

 

L'avis enthousiaste (et plus si c'est possible) de Pascale

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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 19:07

les-grandes-blondes.jpgRetrouver Jean Echenoz est un vrai plaisir. J'avais beaucoup aimé Je m'en vais, faux polar passionnant avec une histoire de vol de tableau et une scène mémorable dans une camionnette friigorifique. Plus tard, j'ai lu Ravel, vision romancée  du compositeur. J'en étais resté là. Je reprends donc avec un ouvrage assez ancien, paru en 1995. Mais le bonheur de lecture est toujours présent.

 

Ce qui est agréable avec Echenoz, c'est qu'il arrive ici, avec un histoire somme toute très rocambolesque, à garder l'attention du lecteur grâce à son style. Il faut dire qu'on est pris à parti dès le début du roman, avec une phrase qui donne le ton :

"Vous êtes Paul Salvador et vous cherchez quelqu'un"

 

Ce tutoiement ne sera pas constant dans le roman, placé sous le signe d'un narrateur omniscient qui s'amuse à émettre des hypothèses, à parfois revenir en arrière pour modifier le sens de l'intrigue. Cette narration flottante, qui me fait inévitablement penser à celle de François Vallejo, est un grand plus du roman.

 

Mais venons-en un peu à l'intrigue. L'histoire est donc celle de Paul Salvador, producteur d'émissions de télé. Son prochain projet est un documentaire consacré aux blondes, de toutes sortes. Pour étayer son sujet, il essaie de reprendre contact avec une blonde disparue, Gloire Abgrall. Du temps de sa splendeur, cette blonde qui a défrayé la chronique judiciaire était une chanteuse de variété. Quelques tubes et puis s'en va. Un retrait du monde volontaire, pour essayer de couper avec ceux qui l'ont jugé, regardé de travers. Quand Salvador met sur ses traces un détectiive privé pour la retrouver, Gloire va tout faire pour rester cachée

 

L'intrigue, qui peut paraitre au premier abord assez logique, est totalement folle. On voyage beaucoup, en Bretagne, Normandie, Australie, Inde. On rencontre des personnages étranges, comme un millionaire indien qui fait du trafic par l'intermédiaire de chevaux. Certains personnages font des plongeons involontaires de hauteurs telles que la mort est assurément au bout. Et puis, il y a le personnage de Béliard, l'homoncule comme il est appelé. Petit être, il vit  sur l'épaule de Gloire et ne se manifeste que l'orsqu'elle est seule. A moitié âme soeur et guide spirituel, il a une influence non négligeable sur la vie de la narratrice.logo-2012 d'Ys 

 

Si l'ensemble est au final assez décousu, avec une fin tellement positive que c'en   est drôle, Jean Echenoz gagne son pari grâce à son écriture. Il confirme donc tout le bien que je pensais déjà de lui, et m'incite donc à me plonger dans ses ouvrages plus récents.

 

Livre lu dans le cadre du 12 d'Ys (on est le 21, mais ça marche aussi !) 

 

Les grandes blondes de Jean Echenoz

Ed. de Minuit

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17 août 2012 5 17 /08 /août /2012 16:25

millenium-1-copie-1.jpgJe ne suis pas toujours à la pointe de l'actualité, loin de là. Pour Millenium, j'ai maintenant quelques années de retard et séries, films tirés de la trilogie sont déjà apparus sur les écrans. Mais je suis resté hermétique à tout cela et ai donc abordé, cet été, le premier tome de la trilogie vierge (ou presque) de toute information sur l'intrigue. Et j'ai été surpris.

 

Surpris en bien d'abord par la capacité qu'a Stieg Larsson de tenir en haleine le lecteur. Cela fonctionne assez bien car l'intrigue est à plusieurs niveaux. Au centre, il y a la recherche de ce qui est arrivé à Harriet, il y a 40 ans. Alors qu'elle était en vacances sur une île avec toute sa famille, elle a subitement disparue. Son corps n'a jamais été retrouvé et les recherches poussées de son oncle, capitaine de l'une des plus grandes entreprises suédoises, ont été vaines. Il demande alors à Blomkvist, journaliste connu pour avoir révélé quelques scandales, de faire à son tour son enquête. Blomkvist s'installe sur l'île et découvre la vie de cette étrange famille, marquée par les accointances de certains membres avec les thèses fascistes. Le fait de situer cette intrigue dans un lieu presque clos, cette île, est un excellent point de départ et permet à Larsson de pimenter agréablement son intrigue.

 

Un intrigue secondaire importante a pour actrice principale Lisbeth Salander. Jeune femme solitaire, elle vit de sa capacité à pénétrer les systèmes informatiques et à en retirer les informations les plus utiles à ses clients. Mais elle a le malheur d'être une proie pour les hommes. Heureusement pour elle (et malheureusement pour eux), s'il y a une chose qu'elle ne supporte pas, c'est qu'un homme s'en prenne à une femme. Cela donne lieu notamment à deux scènes mémorables, l'une de viol mis en scène version SM, l'autre à une vengeance toute aussi violente et macabre. Le personnage de Lisbeth Salander apporte une touche d'exotisme et de nouveauté tout à fait bienvenue.

 

Enfin, troisième point de l'intrigue qui m'a bien plu (mais que j'aurais aimé voir plus développé) concerne la manière dont une revue parvient à vivre entre nécessité d'attirer des annonceurs, qualité de la rédaction et déontologie journalistique. L'arrivée d'un grand groupe industriel dans la direction permet en effet de sauver financièrement la revue, mal en point après les attaques d'un puissant industriel mis en cause, mais empêche l'ancienne direction, dont Blomkvist, de traiter de façon neutre tous les sujets (Et quand on voit qu'en France, Libération est tenu par Rothschild, Le Monde par le trio Bergé-Pigasse-Niel et le Figaro par Dassault, on ne peut qu'être inquiet sur la liberté de totale expression de ces quotidiens...)

 

J'ai pris pas mal de plaisir à la lecture de Les hommes qui n'aimaient pas les femmes, mais je trouve au final que cela reste un polar de facture assez classique, avec certes l'introduction de méthodes informatiques poussées, mais le personnage de Blomkvist est au final assez peu novateur. Je reste néanmoins déçu par la résolution d'une des intrigues secondaires, qui met en cause un des membres de la famille Vanger. J'ai trouvé cette porte de sortie invraisemblable et suit donc resté sur ma faim. Mais cela reste un très bon divertissement !

 

Millenium 1 - Les hommes qui n'aimaient pas les femmes de Stieg Larsson

Traduit du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain

Ed. Babel Noir

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12 août 2012 7 12 /08 /août /2012 07:47

le-temps-ou-nous-chantions.jpgJe ne suis pas un grand lecteur de roman fleuve. Pourtant, j'ai pris beaucoup de plaisir à me plonger dans le roman de Richard Powers, Le temps où nous chantions. Sur près de 50 ans, l'auteur invite le lecteur à découvrir la vie de la famille Strom, famille mixte dans l'Amérique marquée par les conflits raciaux. La musique semble être un refuge pour les membres de la famille, mais l'entité familiale subira les soubresauts des conflits qui secouent l'Amérique.

 

Il est difficile de résumer facilement les 750 grandes pages de ce roman, tellement les événements narrés par l'auteur sont nombreux. Le lecteur suit la construction du couple composé par Delia Daley et David Strom. Une femme noire ; un juif allemand ayant réussi à fuir l'Allemagne nazie. Leur histoire débute par une rencontre impromptue sur le Mall, à Washington, lors d'un concert d'une grande cantatrice noire, Mlle Anderson, donné en faveur de la cause noire. Tout le roman est construit sur cette double trame, celle de la musique et celle de la question raciale.

 

Outre les relations complexes avec la famille Daley, qui ne comprend pas ce mariage mixte (ni les enjeux des activités professionnelles de David, physicien à l'Université), les questions raciales se posent surtout avec les enfants du couple, métis. Trop noirs pour les blancs. Trop blancs pour les noirs. Jonah, l'aîné, a des capacités musicales exceptionnelles. La qualité de sa voix est reconnue par tous, et il entraîne dans son sillage son jeune frère, Joey, qui devient son accompagnateur attitré. Le troisième enfant du couple, la jeune Ruth, ne suit pas le même chemin : elle épouse la cause du Black Power, et rompt avec cette famille qui a voulu les faire grandir dans l'idée que la couleur de peau n'importe pas.

 

Richard Powers réussit à mêler de façon magistrale les interrogations intimes de ces personnages et les enjeux politiques et sociaux. La plus marquant est certainement le lien fait entre les grands événements et les enjeux intimes, comme autour de la rencontre entre Delia et David. Ceci se reproduit également avec un rassemblement ultérieur à Washington, celui où un pasteur noir fait un célèbre discours.

 

C'est aussi un très grand roman musical. Très jeunes, les enfants passent leurs soirées à improviser avec leurs parents autour du piano familial. Tout le roman parle de musique, et toutes les musiques : les classiques du XIXe, la musique contemporaine des années 1950, le jazz, le be-bop, le rap ou la musique baroque. Tout cela donne envie de se plonger dans les oeuvres évoquées.

 

Enfin, je crois que c'est le premier roman que je lis qui traite de cette manière des problèmes raciaux qui ont secoué les Etats-Unis dans les années 1950-1960. Les soulèvements urbains qui secouent toutes les villes apparaissent en filigrane, mais ce sont surtout les conséquences intimes de ces conflits raciaux qui sont admirablement rendus. Si Jonah Strom réussit sa carrière musicale, sa mère a échoué quelques années auparavant, au même endroit, en raison de sa couleur de peau.

 

Le temps où nous chantions est un roman magistral, qui traite admirablement et avec un grand romanesque de politique, de la question raciale et de musique. Une grande et belle oeuvre.

 

Le temps où nous chantions de Richard Powers

Traduit de l'anglais par Nicolas Richard

Ed. le cherche midi - Lot 49

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7 août 2012 2 07 /08 /août /2012 19:45

avignon offMême sans être accompagné d'un enfant, j'aime bien de temps à autre aller voir des spectacles destinés aux petits. Il y a souvent beaucoup d'inventivité, d'énergie, ce qui les rend accessibles et plaisants pour tous. Mais le plus, avec un enfant, c'est qu'on a droit à ces réactions en même temps. Et quand le spectacle fonctionne, il y a en a autant à voir sur scène que dans la salle.

 

Avignon propose de nombreux spectacles pour les enfants de tous âges. Voici donc un petit aperçu.

 

Commençons par un spectacle qui m'a totalement réjoui, Peau d'âne. La compagnie Hangar Palace est partie du conte de Perrault et du splendide film de Jacques Demy (Amour, amour, je t'aime tant...) pour en faire une adpatation théâtrale assez réjouissante. Sur le plateau, quatre acteurs donnent vie aux différents protagonistes : la reine qui décède rapidement, le roi qui veut épouser sa fille, Peau d'âne qui fuit son père incestueux, la fée, le prince et deux saltimbanques qui présentent un spectacle de magie. Avec beaucoup de trouvailles (comment rendre sur scène la robe couleur du temps ou couleur du soleil ?), de très beaux costumes, de magnifiques chansons (celles du film de Demy) et un vrai travail d'adaptation (excellente idée d'avoir eu recours à ce couple de magiciens et d'introduire un tour de magie qui a laissé ma nièce très perplexe : elle est où, la dame ?), la troupe signe un vrai spectacle pour toute la famille : les petits sont embarqués par le conte quand les grands fredonnent les chansons qui leur rapellent Catherine Deneuve et Jean Marais. Vraiment un beau spectacle !

 

Pique-nique est dans un autre genre, celui du théâtre burlesque et sans paroles. La compagnie Sortie de secours théâtre présente ce spectacle très drôle et au message écologique subtilement amené. Affublés dun masque de carton et d'un corps fort rebondi, Viviane Fougereux et Bruno Denecker incarnent un couple qui a l'habitude d'aller pêcher dans la rivière. Malheureusement, les chaussures trouées ont pris la place des poissons et les vieux vélos traînent sur le rivage. On assiste donc à un vrai spectacle de gags burlesques, avec pieds coincés dans des boîte de conserve, vélo qui fait de la musique et poubelle qui sert à tout. Un excellent spectacle, avec une très belle énergie des deux comédiens qui se donnent totalement, comme on a pu le voir sur les jambes de l'actrice après le spectacle, pleines de bleu ! Pique-nique est vraiment un spectacle qui plaira aux petits.

 

La vie de Galilée n'est pas nécessairement destiné aux enfants (il s'agit tout de même d'une adaptation de Brecht), mais cette version est accessible aux petits. La compagnie du grand soir propose une adpatation de la pièce. Alors, on est loin du texte complet et du ton brechtien, mais la version proposée, avec une bonne dose de comédie italienne, est très plaisante. Galilée essaie de démontrer à ses serviteurs, aux autres savants, aux gouvernants, que la terre n'est pas au centre de l'univers, mais qu'elle tourne autour du soleil. Avec là encore uniquement quatre comédiens et un guitariste, le spectateur découvre toute une galerie de personnages, aussi loufoques les uns que les autres. Mention aux trois jeunes acteurs qui insufflent un vent de fraîcheur et d'humour dans la pièce (très raccourcie) de Brecht. Une belle proposition.

 

Venons-en à une proposition assez originale dans le festival : le Manipuloparc. A côté de la maison du théâtre pour enfant, un peu à l'extérieur des remparts, le Manipuloparc propose aux enfants de s'initier au théâtre d'objet. A l'arrivée, chaque enfant reçoit une chenille, faite d'un corps de mousse et de deux grandes antennes rigies à chaque extrémité. C'est cette chenille que les enfants apprennent à manipuler, d'abord derrière un pupitre puis dans le parc d'attraction à chenille mis à disposition. La proposition de la compagnie Le Montreur, avec Louis-Do Bazin et Sylvie Pilloud, est vraiment très intéressante et permet de devenir un peu acteur du festival.

 

Enfin, une autre propositon au même endroit, celui de la compagnie théâtre de cuisine qui propose La femme aux allumettes, une variation à partir de la petite fille aux allumettes d'Andersen. Sur scène, une actrice (Katy Deville) et quelques objets. Elle donne à voir et à entendre l'histoire de la petite fille aux allumettes et essaie de remonter à la source de l'oeuvre  : Andersen a-t-il tout inventé ? A-t-il été inspiré par une petite marchande installée en bas de chez lui ? Par sa grand-mère ? Le spectacle donne lieu à de jolis moments (notamment celui où les petites maisons de bois s'allument), mais l'ambition initiale est  vraiment très haute. Du coup, je ne sais pas si le spectacle parle beaucoup aux enfants (je n'étais alors pas accompagné de ma nièce, donc pas de témoin à mes côtés). Le spectacle est de qualité, mais d'un niveau vraiment très élevé.

 

Voilà donc pour ma troisième visite àn Avignon, plus longue et donc plus riche que les années précédentes. C'est toujours l'occasion de se plonger dans un univers très particulier, un peu hors du temps, où la seule préoccupation est d'organiser au mieux son programme pour espérer voir tout ce qu'on souhaite (et avec un budget un peu conséquent, car les spectacles ne sont pas toujours donnés, même dans le off). Mais cela laisse toujours des souvenirs très forts !

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 18:52

avignon off C'est toujours un grand plaisir d'aller à Avignon au mois de juillet. Car quelle joie de plonger dans le programme, de choisir des spectacles à voir parmi le choix très large proposé, de voir des oeuvres qui relèvent de registres très différents. Après deux ans de pause, ce retour à Avignon et au festival Off (pas eu la possibilité de prendre des places pour le In) laisse une nouvelle fois une marque importante.

 

Cette année, nous avons passé trois jours et pu assister à 10 spectacles et une initiation à la manipulation d'objets pour les enfants. Parmi ces 10 spectacles, quelques spectacles pour enfants (car nous avons passé une journée avec une fille de 5 ans, et il a fallu adapter le programme), des retrouvailles avec des auteurs ou des compagnies et une déception.

 

Pour les spectacles les plus marquants, je dois noter une nouvelle fois le travail formidable du collectif DRAO. Après Dernier remords avant l'oubli de Lagarce et Nature morte dans un fossé de Fausto Paravidino, le collectif s'est attaqué à des textes de Ingmar Bergman, de Jon Fosse, de Lars Noren et de Maurice Pialat, pour construire la pièce Shut your mouth. En une heure, ils donnent à voir des relations de couple qui se déchirent, et arrivent à donner à ses textes une dimension physique qui est la marque de leur théâtre. Assis au premier rang, aux côtés des acteurs lorsqu'ils ne sont pas sur scène, on vit vraiment ce spectacle tout à fait fascinant.

 

Autre belle réussite, celle de la compagnie picarde L'instant précis, qui a mis en scène un texte de Jean-Luc Lagarce, J'étais dans la maison et j'attendais que la pluie vienne. Cinq jeunes et talentueuses actrices vont vivre avec intensité ce beau texte, qui raconte l'histoire de cinq femmes (une mère, une grand-mère et trois filles) qui attendent le retour du frère/fils/petit-fils qui est parti. On sent à chaque instant cette attente, cette tension, et toutes les interprètes sont formidables.

 

A la suite, autre histoire de famille avec Lars Noren et sa pièce Automne et hiver. Dans un autre registre (deux parents et deux filles qui dînent ensemble et ne se comprennent pas), on assiste une nouvelle fois à une histoire de famille. Là encore toute la distribution est formidable (avec notamment Patrick Larzille, qui joue un père absolument remarquable), la mise en scène est très réussie mais mon ressenti a certainement été influencé négativement par la succession avec le spectacle précédent. Mais le travail de la compagnie de l'Arcade (encore une compagnie picarde) est vraiment à souligner.

 

Un peu plus au nord, la compagnie nordiste des langages s'est attaqué à un texte de Michel Vinaver, Dissident, il va sans dire. Une mère et un fils vivent ensemble et voient leur relation lentement se distendre. Ils se comprennent de moins en moins, et leur chemins vont définitivement se séparer. Avec l'aide d'un batteur qui rythme certains passages de la pièce, notamment pour des passages dansés, les deux acteurs de la pièce rendent la fragilité, la difficulté de compréhension qui assaille ces deux personnages.

 

Ensuite, un spectacle plus léger avec celui joué par Trinidad, intitulé Maudit Karma. A partir d'un roman de David Safier, Trinidad signe une adaptation pour le théâtre. L'histoire est celle d'une présentatrice de télévision qui meurt et se voit réincarner en divers animaux. Si le début de la pièce est un peu longuet, l'énergie de Trinidad prend le dessus et sa prestation en hamster ou  en chien est tout à fait réussie. Un spectacle drôle, très agréable.

 

Pour finir avec ce premier billet, ma déception du festival est lié au spectacle du clown Mademoiselle Maria K., qui décide de jouer seule Médée de Sénèque. Si le personnage du clown est attachant, j'ai trouvé qu'il disparaissait trop rapidement derrière l'envie de jouer une version déjantée et décalée de Médée. Au final, le spectacle s'essouffle et perd en intensité. La volonté de l'interprète, Cécile Gheerbrant, n'est pas à mettre en doute, mais le résultat final est très foulli.

 

Le prochain billet se penchera sur le théâtre à destination des plus petits, et il y a de forts belles choses !

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4 août 2012 6 04 /08 /août /2012 15:19

faust.jpgPour ce retour de vacances, un petit aperçu d'un film sorti et vu il y a quelques temps, mais que je pouvais difficilement passer sous silence. Car Sokourov investit le thème faustien avec brio et signe un film troublant et esthétiquement original.

 

Petit retour sur le sujet du film. Le personnage principal est un médecin, le docteur Faust, qui cherche à découvrir le secret de l'âme en disséquant des cadavres. En manque d'argent, il se tourne d'abord vers son père qui n'est d'aucun secours, puis vers un usurier, auprès duquel il emprunte de l'argent. Mais cet usurier a une réputation de démon, et Faust ne se méfie pas assez. Outre un apport financier, il l'emmène voir de jeunes femmes, et Faust s'éprend de l'une d'elle, Marguerite. C'est pour Faust le début d'un piège qui va se refermer lentement et irrémédiablement sur lui.

 

Sokourov reprend donc à son compte le thème classique de Faust, médecin qui contracte avec le diable et en perd la vie. C'est un sujet classique que je connais assez mal, n'ayant pas lu Goethe ou les autres versions littéraires du sujet, et n'ayant qu'une approche sommaire des opéras consacrés au sujet, en particulier celui de Gounod (avec le célèbre air des bijoux mondialement connu grâce à la Castafiore). Plus que sur le fond, c'est le traitement cinématographique que fait Sokourov qui attire l'attention.

 

D'entrée le spectateur est mis en position d'attente. Le film débute par un plan large qui descend sur terre et laisse découvrir un village, celui de Faust. Puis on assiste à une dissection, où Faust discute avec son second de la présence de l'âme. J'ai été dérouté et captivé par cette approche, car le récit, s'il est linéaire, laisse constamment planer des zones d'ombres qui, si elles ne rebutent pas le spectateur (plusieurs sont sortis de la salle), piquent sa curiosité.

 

La curiosité est avivée avec le personnage de cet usurier, aux pouvoirs magiques et au physique étonnant. Il se met nu dans une scène avec des lavandières et dévoile un corps proprement monstrueux, qui inquiète les jeunes filles mais pas Faust, prêt à tout pour atteindre son objectif. Il faut ajouter à cela une femme hallucinée, amoureuse de cet usurier (interprêtée par Hannah Shygulla), des personnages secondaires toujours étonnants, et une scène finale grandiose, faite de geysers et de terres rocailleuses. Servie par deux excellents acteurs principaux, Johannes Zeiler et Anton Adasinskiy, la version de Sokourov laisse une impression vive dans l'esprit du spectateur, troublé par cette relecture originale du mythe. Le film clôt la tétralogie du mal du réalisateur, et a obtenu le Lion d'Or à Venise en fin d'année dernière. Un grand moment de cinéma.

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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 11:09

avignon-off.jpgAvant le départ en vacances, il est bien de laisser les choses en ordre. Et c'est pareil pour le blog. Petit billet donc pour compiler tout ce dont j'aurai voulu parler depuis quelques semaines.

 

Commençons par le cinéma, avec la très belle initiative lancée par le collectif La septième salle. Le principe permet aux spectateurs de choisir les films qu'ils veulent programmer, parmi des films ayant bénéficié d'une faible exposition médiatique. Pour l'instant, ceci fonctionne surtout dans le Nord-Pas de Calais, notamment en métropole lilloise. Ce fut l'occasion pour moi de voir Bullhead, que j'avais malheureusement raté lors de sa sortie. Un film très fort, violent, âpre, porté par une galerie de personnages passionnants et avec surtout la présence physique et magnétique de Matthias Schoonaerts. Un film que je suis ravi d'avoir vu sur grand écran, car c'est un vrai coup de poing.

 

Côté lectures, deux petits ouvrages intéressants. Juke-Box, de Philippe Blondel, retrace la vie de Yoann par le biais des chansons qui ont marqué sa vie. C'est un des premiers romans de Blondel, et on y retrouve les thèmes qui traversent l'ensemble de son oeuvre : l'attirance homosexuelle, le ménage à trois, la force des souvenirs et des retrouvailles, le poids du deuil. Si le principe est un peu systématique, on découvre avec plaisir l'histoire et les errements de ce jeune héros.

Dans un autre genre, j'ai lu mon premier ouvrage chinois, La bonne fortune de Monsieur Ma de Qiu Xialong. On se retrouve ici dans la Chine des années 60, celle de Mao et de la Révolution culturelle. Monsieur Ma possède une librairie. Pour son malheur, Mao voit dans les romans des ouvrages propres à la traîtrise. Le libraire découvre donc les prisons chinoises et au moment de la libéralisation des années 80, il doit réinventer un commerce. Ce court roman permet de se plonger dans la Chine rurale, oppressée par la politique dictatoriale, et de suivre la vie de ce libraire qui trouvera les moyens de rebondir.

 

Enfin, petit détour par le théâtre. Un ouvrage d'abord, signé Philippe Torreton : un lexique amoureux du théâtre. Torreton, sous la forme classique d'un lexique, traite des termes techniques du théâtre. Mais il se permet également de donner sa vision politique et culturelle du théâtre. Son entrée sur le ministre de la Culture est une prise position de l'acteur pour un nouveau développement de l'art et de la culture en France. Un lexique qui mêle donc approche technique et militante.

Et puisque je serai de passage à Avignon très bientôt, je vous conseille deux spectacles présents au Off et que j'ai déjà pu voir. D'abord La balade des noyés par la Compagnie L'interlude T/O, un spectacle visuellement réussi sur les réflexions existentielles de deux tueurs à gage espagnols.

Surtout, je vous invite fortement à découvrir La compagnie des langages, qui met en scène un texte de Michel Vinaver, Dissident, il va sans dire. Cette pièce met en scène des relations mère/fils compliquées. Grâce au texte, à la batterie présente sur scène et aux moments dansés, Françoise Demory et Judicael Vattier donnent à voir et à entendre le drame qui se joue. La pièce est à voir tous les jours jusqu'au 27 juillet, à 18h30, au théâtre de l'Albatros.

 

 

Juke-Box de Jean-Philippe Blondel, Ed. Pocket

La bonne fortune de Monsieur Ma de Qiu Xialong, traduit de l'anglais par Fanchita Gonzalez Batlle , Ed. Liana Levi – Piccolo

Petit lexique amoureux du théâtre de Philippe Torrenton, Ed. Livre de Poche

 

Dissident, il va sans dire de Michel Vinaver, par la Compagnie des langages

Jusqu'au 27 juillet, 18h30, Théâtre de l'Albatros à Avignon

 

La balade des noyés de Carlos Eugenio Lopez, par la Compagnie L'interlude T/O

Jusqu'au 27 juillet, 15h30, Théâtre de la Manufacture à Avignon

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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 19:34

ame-des-guerriers.jpgBeth vit dans la cité des Pins, une banlieue presque banale pour une Maorie comme elle. Elle se débrouille pour faire tourner le foyer, avec ces enfants aux âges et aux orientations diverses et un mari plus réputé pour faire le coup de poing que pour apporter une aide matérielle. Comme les autres maoris, elle vit en marge de la société néo-zélandaise. Et comme les autres membres de la communauté, elle est persuadée de devoir faire face à l'adversité du monde entier : celle des blancs, les anciens colonisateurs ; celle de son mari, qui n'hésite pas à la frapper même devant ses amis ; celle de l'alcool qui détruit tout lien social. Dans cet univers bien sombre, c'est au comble de l'adversité que Beth va trouver le moyen de redonner un sens à sa vie.

L'âme des guerriersest un roman âpre, dur et violent. Rien ne semble apporter de la joie aux maoris qui vivent dans le ghetto. Et la moindre petite escapade en voiture, qui doit se conclure par un pique-nique avec le fils placé en institution, tourne rapidement au cauchemars. Les hommes boivent, les femmes font parfois de même et les enfants livrés à eux-mêmes parcourent les rues sans but. Ils se réfugient dans la colle ou rêvent d'intégrer l'une des bandes violentes du quartier, pour pouvoir une fois faire la loi et écraser les autres, croyant ne plus être écrasés eux-mêmes.

 

Tout ceci est bien loin de l'image que nous nous faisons des maoris, uniquement vu par ici comme un peuple capable de fournir l'équipe de Nouvelle-Zélande de rugby en éléments physiquement impressionnants. Si cela est vrai pour quelques uns qui deviennent des vedettes (tout comme la cantatrice Tiri Te Kanawa, réputée pour être l'une des rares à avoir su s'imposer dans le monde occidental), les autres continuent leur vie dans ces quartiers, sans but, avec des vies réglées comme du papier à musique, avec beuveries, bagarres et recherche d'argent.

Mais le roman d'Alan Duff, dans sa noirceur, est un très bel ouvrage. Car il donne à découvrir des personnages touchants, attachants  pour certains d'entre eux. Outre Beth, on ne peut que pleurer sur le sort de Grace, sa fille. Elle ne rêve que d'une chose : le piano qui se trouve chez les Trambert, les riches propriétaires blancs du voisinage. Le petit Boogie, envoyé en institut, ou Nig, celui qui veut entrer chez les Brown Fists, sont des personnages marquants. Dans cette société très masculine où le sens de l'honneur a un rôle primordial, les personnages féminins sont très puissants.

 

Surtout, Alan Duff ne perd de vue le style. Le fond est fort, mais la forme est très intéressante. Sans aucun dialogue, il donne à entendre les voix des divers protagonistes qui s'expriment dans le roman. Avec un art particulier de la construction de son texte, il rend magnifiquement le polyphonie de ces bistrots glauques de fin de nuit. C'est un style un peu exigeant mais qui vaut le temps de s'y attarder. Mention pour Pierre Furlan, le traducteur, qui n'a pas du alogo-2012-d-Ys.jpgvoir la tâche facile.
 

Roman lu dans le cadre du 12 d'Ys (merci de m'avoir poussé à lire un roman néo-zélandais, je ne l'aurai pas fait autrement  ;-)

 

L'âme des guerriersd'Alan Duff

Traduit de l'anglais par Pierre Furlan

Ed. Babel

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