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24 février 2008 7 24 /02 /février /2008 19:20
kustu.jpgVoici le nouvel opus de Emir Kusturica, intitulé Promets-moi !

Un rapide résumé : dans un petit village de Serbie, un grand-père demande à son petit-fils d'aller en ville vendre la vache, et lui fait promettre trois choses : apporter une icône de Saint Nicolas, un souvenir et une fille pour se marier.

Ce nouveau film est dans la lignée des deux précédents, Chat noir chat blanc et La vie est un miracle. L'action se passe dans la Serbie d'aujourd'hui, et démarre dans un joyeux délire, fait de musique (toujours très présente chez Kusturica), d'inventions dignes de Géo Trouvetou et de trognes extraordinaires. Le lancer de chat est l'un de mes passages favoris de ce début de film. On retrouve une ambiance loufoque, Kusturica nous perd en ne dévoilant pas son intrigue, et en mettant en place l'intrigue secondaire avant la principale. Comme dans ces deux films précédents, on navigue donc à vue en ce début de film, mais avec une jubilation liée aux différentes inventions scénaristiques.

Puis le film prend corps : on comprend l'intrigue (au final très simple), même si le plus intéressant n'est pas l'intrigue en elle-même, mais comment Kusturica la traite. On y trouve des mafieux (très drôle Miki Manojlovic, vu récemment dans un tout autre registre dans Irina Palm), des hommes de main idiots, qui n'espèrent qu'une chose, c'est de ne pas violer ou se faire violer par un sanglier. Un nombre de coups de feu incalculable sont tirés, mais ils ne tuent personne, le seul mort visible se faisant tuer par une pendule. 

En cela, le film est assez proche de Chat noir chat blanc. La scène du mariage est présente comme dans quasiment tous les films de Kusturica, les animaux y jouent un rôle important (le sanglier, la vache, le boeuf, la dinde,...) comme habituellement. Bref, on est dans un terrain connu.

Mais Kusturica, tout en inventant de nouvelles manières de raconter l'histoire et de nouveaux gags, traitent aussi des sujets nouveaux. Du côté sérieux, il parle notamment de prostitution, de proxénétisme, dans un pays qui semble aux mains des mafieux. Il s'intéresse également à la religion, à travers l'image du grand-père qui construit seul son église, et à la vie urbaine dans la Serbie d'aujourd'hui. Souvent habitué au cadre campagnard, une grande partie de son film se déroule cette fois en ville. Et apporte un visage nouveau à son film. Et côté loufoque, une attention particulière est apportée à tout ce qui touche à la zoophilie, et à la castration des mâles.

Ce Kusturica est donc un bon cru, digne de ses précédents, et clairement dans leur lignée. Alors pour ceux qui n'ont pas aimé du tout les précédents, autant s'abstenir, et pour ceux qui ont apprécié, ne bouder pas votre plaisir et aller vous offrir un bon moment de rire avec ce film ! 
 
 
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20 février 2008 3 20 /02 /février /2008 07:48

ernaux.jpgComme je vous l'ai dit il y a quelques jours, l'écriture d'Annie Ernaux me plaît. Et quand ça me plaît j'essaie de découvrir l'ensemble de l'oeuvre de l'auteur. Après L'Événement, Une femme et La Place, je me suis donc plongé dans ce Journal du dehors.

Entre 1986 et 1993, l'auteur recueille dans différents lieux publics les remarques de ses contemporains, et les retranscrit dans son journal. Les passagers du RER, le ramasseur de caddies du centre commercial, les clients de la boucherie sont donc les personnages involontaires de cet ouvrage.

Une grande partie de l'ouvrage a pour lieu les transports en commun, notamment entre Paris et Cergy (où habite Annie Ernaux), d'abord dans le train vers Saint-Lazare, puis dans le RER A. J'ai donc lu ces lignes sur les trajets autrefois empruntés par Annie Ernaux, et lors desquels elle a recensé toutes ces anecdotes. et c'est une lecture qui m'a paru vraiment appropriée pour les transports, alors que je lis d'habitude assez peu dans ces conditions-là (sauf journal ou magazine). Appropriée car ce qui est rapporté dans l'ouvrage est tout à fait susceptible de se produire à proximité.

Ce sont donc de petites notes, étalées dans le temps, que l'auteur ne fait pas que reproduire. Par petites touches toujours sensibles, elle essaie d'en ressortir des généralités sur cette époque. Ainsi, les passages chez le boucher sont l'occasion de réfléchir sur les différentes positions sociales à travers le prisme de la consommation et de la connivence avec le vendeur.

On ressort de cette petite lecture avec l'idée que ces petits riens, parfois insignifiants, font sens, et que c'est un ensemble duquel il est difficile de séparer les situations les unes des autres. C'est à la fois assez réjouissant et angoissant, comme l'impression d'être pris dans un mécanisme dont il est impossible de sortir.

Bien sûr, la forme choisie risque de laisser certains lecteurs (ou lectrices) sur leur faim : une centaine de pages, vite lues. Elle-même explique dans l'ouvrage que la forme la frustre, car elle ne peut pas se lancer comme dans un roman. Mais elle considère cette écriture comme nécessaire.

 

Enfin, ces situations sont celles d'il y a plus de dix ans. On y retrouve donc des éléments aujourd'hui disparus, comme la célèbre enseigne Mammouth. Mais l'écriture d'Annie Ernaux et ses analyses rendent cette lecture intéressante et intemporelle.

Je sens que son dernier livre, Les années, qui vient de sortir, ne tardera pas à être le sujet d'un billet ici...

 

Journal du dehors, d'Annie Ernaux

Ed. Folio

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18 février 2008 1 18 /02 /février /2008 07:13

Je n'ai pas encore parlé ici de ma grande affection pour Isabelle Huppert. Je profite donc de la pièce Le Dieu du carnage, jouée en ce moment au théâtre Antoine, pour en faire état.

Véronique et Michel, parents du petit Bruno, reçoivent Annette et Alain, les parents de Ferdinand. Ils ne se connaissent pas, mais veulent s'arranger à l'amiable pour les blessures que Ferdinand a infligées à Bruno, et notamment ses deux dents cassées. Mais la conciliation n'arrive pas à son terme, chacun cherchant à démontrer la responsablilité de l'autre.

Bon, voilà, Isabelle Huppert joue le rôle de Véronique, et si elle ne figurait pas dans le casting, je pense que je n'aurai pas été voir cette pièce. Deuxième motivation : l'auteur de la pièce est Yasmina Reza, réputée pour ses pièces précédentes (Art notamment) dont je ne connaissais pas l'oeuvre.

Au final, si je n'ai pas été déçu par Isabelle Huppert, je ne m'attendais pas à ce que la pièce ait une tonalité aussi comique. Car la pièce est drôle : on rit, les situations sont amusantes, les personnages sont chacun une caricature des personnages de leur époque. Bref, la mécanique marche. Le texte est efficace, les répliques s'enchaînent bien, etc... Les acteurs arrivent également à tirer leur épingle du jeu, notamment André Marcon, très crédible en représentant commercial cynique et désabusé. 

Je suis plus réservé sur la mise en scène (je ne suis pas un spécialiste, mais quand même !). en dehors de certaines situations assez drôles (notamment où Isabelle Huppert se jette sur le canapé), j'ai eu l'impression que la mise en scène reposait sur les seuls acteurs, et qu'elle se limitait au strict minimum. C'est un choix, mais je pense que la pièce aurait gagnée à être un peu plus vivante, en s'appuyant moins exclusivement sur le texte.

Concernant le texte, il est vrai qu'il est efficace, mais si la réputation de Yasmina Reza tient uniquement à des textes de ce genre, je pense malheureusement qu'elle sera vite oubliée. A moins qu'elle ne devienne historiographe du Roi, euh du Président, comme un certain Jean Racine en son temps... Mais je ne tiens pas à faire un procès d'intention à l'auteur, et attendrais de lire d'autres textes ou de voir d'autres pièces avant de rendre mon jugement plus définitif...

En bref, si vous avez l'occasion d'y aller pour pas trop cher ou si vous n'avez pas le vertige (les places au deuxième balcon, à 17 euros, les moins chères, sont très hautes !!!!), c'est une pièce que vous pouvez voir. Mais pour 50 euros par place, je pense que ça n'en vaut pas le coup (même pour Isabelle Huppert !)

Pour un autre avis, mais au final assez proche de celui-ci, vous pouvez aller voir ici.

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17 février 2008 7 17 /02 /février /2008 10:01

9782070782161.gifJ'ai découvert cet auteur par hasard, et son roman La Kahéna m'avait subjugué, à la fois par sa structure narrative, mais également par sa complexité grammaticale. J'étais tombé sous le charme.

Pour continuer ma découverte de cet auteur, je me suis donc fait offrir son dernier livre, un recueil de nouvelles intitulé Les douze contes de minuit. C'est le dernier volet d'un triptyque débuté avec Le chien d'Ulysse et poursuivit par la Kahéna

L'auteur nous emmène donc à Cyrtha, ville imaginaire qui sert de cadre à ses romans précédents. Cyrtha est une ville algérienne, marqué par le colonialisme. L'auteur nous propose donc douze nouvelles, qui ont pour point commun cette ville, et ses nouvelles sont intimement liées entre elles.  Elles sont liées car elles font toutes référence à ce passé colonial, au poids de l'histoire, et la plupart sont marquées par la mort. Je ne ferais pas un résumé de chacune des douze nouvelles, mais il est très difficile de ne pas en lire une sans se souvenir des autres.
On y retrouve donc cette ville, pleine de soleil le jour et de mystères la nuit. Le langage est parfois crû, mais toujours adapté aux situations.

Toutefois, je n'ai pas retrouvé le souffle qui m'avait emporté dans la Kahéna. Dans cet ouvrage, à la fois historique et contemporain, la longueur et la complexité des phrases rendent compte des tourments du narrateur. Ici, la forme choisie (la nouvelle) ne permet pas d'insuffler au texte toute cette folie, à la fois narrative et stylistique. J'ai donc été charmé par certaines nouvelles, mais d'autres m'ont laissé relativement froid. 

Salim Bachi utilise néanmoins toujours une écriture très riche, à la fois de sens, d'images, ... Cet ouvrage n'altère donc pas le souvenir que j'ai de la Kahéna (vraiment un livre magnifique, je sais que je me répête, mais à lire au calme !). Ces retrouvailles un peu mitigées ne m'empêcheront pas de plonger dès que possible dans Le chien d'Ulysse, le premier roman qui se déroule à Cyrtha.
 

 

Les douzes contes de minuit, de Salim Bachi

Ed. Gallimard

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15 février 2008 5 15 /02 /février /2008 11:04

fabrique.jpgUne femme, peu avant la quarantaine, cherche un compagnon. Afin que ses recherches soient les plus fructueuses possible, elle décide d'utiliser le speed dating : sept hommes, sept femmes, sept minutes pour se rencontrer et toute la vie pour se retrouver, comme l'annonce l'animatrice. Cette expérience est une réussite : elle rencontre un homme, avec qui elle pense pouvoir construire une vie commune. Malheureusement, elle n'arrive pas à sortir de ses différentes pressions (professionnelles, familiales, amicales), et son histoire vacille. D'autant plus que son corps devient capricieux.

C'est le deuxième film de Jean-Marc Moutout, après Violences de séchanges en milieu tempéré, qui m'avait séduit. Il a donc décidé de poursuivre son exploration du monde contemporain en faisant le portrait d'une jeune femme. Elle est seule, veut avoir un enfant et trouver un futur père pour celui-ci. Malheureusement, malgré quelques moments intéressants, je n'ai pas trop accroché à cette description du monde moderne.

Pour les aspects positifs, les acteurs sont très intéressants. Elsa Zylberstein tient un grand rôle, qu'elle exploite bien et Jacques Bonnaffé est délicieux en cynique, très lucide sur son temps et en même temps pris au piège de celui-ci. La scène où il expose tout le mal qu'il pense du speed dating, et de la société en général, alors qu'il y participe est remarquable. Les scènes concernant les symptômes de la maladie d'Elsa Zylberstein sont également très bien rendus, et notamment les séquences où elle s'interroge sur les éventuelles conséquences. La séquence avec sa grand-mère est également touchante.

Ah oui, le titre du film est très bien trouvé aussi ! Il permet de comprendre rapidement ce qu'a voulu décrire le réalisateur : sentiments fabriqués par la société, par des rencontres organisées, par des pressions amicales,...

Mais il m'a manqué quelque chose, un je ne sais quoi qui m'aurait le film plus intelligible. Sa relation avec Bruno Putzulu, l'homme du speed dating, prend fin de manière assez étrange : rêve ou réalité ? La partie rêvée, lors de son IRM, est également assez confuse : elle y revoit bien entendu plusieurs phases de sa vie, mais cela manque de liant. Et la scène finale, très pessimiste, me paraît une pirouette trop simple pour clore le film.

Au final, le sentiment que le film aurait pu donner quelque chose de très intéressant, mais j'ai ressenti une forme de frustration : j'adhère en grande partie à ce que veut exposer Jean-Marc Moutout, mais je n'ai pas été conquis par la forme, contrairement à Violences des échanges en milieu tempéré.

Je me rends compte que cela fait plusieurs films français que je vois et qui me déçoive en partie, après des premières expériences plutôt heureuse :
Actrices, de Valeria Bruni-Tedeschi, Faut que ça danse !, de Noémie Lvovsky et maintenant celui-ci. Même impression pour La question humaine de Nicolas Klotz, vu récemment.


Un début d'allergie au cinéma français ? Non, quand même pas. En tous cas, j'espère que les prochaines tentatives seront plus abouties, même si les précédentes n'ont pas non plus été des échecs complets. 

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12 février 2008 2 12 /02 /février /2008 16:05
la-place.jpgDès les premières pages, la narratrice perd son père. Sa mort lui permet d'évoquer dans ce livre la vie de celui-ci : comment il a voulu échapper à sa condition de paysan piuis d'ouvrier en accédant au statut de commerçant, comment elle a vécu son adolescence, tiraillée entre l'amour qu'elle a pour ses parents et les milieux bourgeois qu'elle côtoie. Car pour elle, il est très difficile de concilier les deux, et ce fossé est difficilement surmontable. Les conventions, les habitudes de ses compagnons sont en effet très différents de celles de la cellule familiale.

Dans ce livre, Annie Ernaux évoque sa propre histoire : comment, fille de commerçant, elle accède au monde de la culture et du savoir  à travers l'école. Et ce passage d'un monde à l'autre, cette évolution n'est pas sans tourment : elle peine à écrire son roman, en fait part au cours du récit.

J'apprécie beaucoup l'écriture d'Annie Ernaux, en particulier dans ses œuvres plus intimes. Je l'ai découvert par hasard  grâce à son ouvrage L'Événement, puis j'ai poursuivi avec La place et Une femme (où elle parle de sa mère). Je me suis replongé dans La Place pour des raisons personnelles, ayant en ce moment le même ressenti qu'Annie Ernaux vis à vis de son père : un écart se crée, qu'il est de plus en plus difficile de combler, car chacun des protagonistes a du mal à comprendre comment l'autre a évolué. Mais je pense que tout ceci est au final assez universel, et que beaucoup de lecteurs peuvent retrouver un peu de leur histoire dans ce livre.

J'apprécie également cette intimité qu'elle crée entre elle et son lecteur. elle utilise une écriture simple, qu'elle revendique d'ailleurs, et nous fait part de ses difficultés d'auteur. On partage ses sentiments de doute, de désarroi. 

Mais au final, cette lecture n’est pas triste : elle est tout simplement forte, émouvante et touchante, comme si la mort de son père lui faisait comprendre qu'elle était passée à côté d'une relation, mais qu'elle gardera toujours quelque chose de son père. D'ailleurs ce livre est un hommage à celui-ci, en dépit de leur distance. Distance qui se crée souvent de manière naturelle et inconsciente, mais qui a des impacts sur ces relations qu'on souhaiterait souvent privilégiées.

Pour d'autres avis positifs, voir
Laurence (qui en a choisi un extrait très parlant), Sylvie, Hervé, Caro[line], et celui plus mitigé de Stéphanie.
La place, d'Annie Ernaux
Ed. Folio
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11 février 2008 1 11 /02 /février /2008 11:08

sweeney.jpgTim Burton revient avec un nouveau film, son acteur fétiche, Johnny Depp, et son actrice préférée, qui est aussi sa femme, Helena Bonham Carter.

A Londres, un barbier, Benjamin Barker, est envoyé au bagne par le juge Turpin. Celui-ci n'a rien à lui reprocher si ce n'est d'être le mari de la femme qu'il convoite. Quelques années plus tard, Sweeney Todd arrive à Londres après s'être échappé du bagne : son objectif est de se venger de ceux qui ont fait du mal à Benjamin Barker. Et il sera aidé en cela par une jeune femme qui tient un magasin de tourtes à la viande, denrée rare à cette époque...

Tim Burton s'attaque à un nouveau genre : la comédie musicale. Johnny Depp et Helena Bonham Carter poussent donc la chansonnette (assez bien, d'ailleurs !) tout au long du film. La musique est  omniprésente, et cette gaieté parvient à faire passer les moments plus difficiles.

Car Sweeney Todd est barbier, et le moyen le plus simple de se venger de ses ennemis est de profiter de son métier : il leur coupe donc la gorge avec son rasoir. Cela donne lieu à deux séquences intenses, où le rouge ressort sur le fond grisâtre que donne Burton à l'ensemble de son film. On assiste donc à une succession d'égorgement, et bizarrement, lors de la première, c'est la chute des corps de plusieurs mètres qui m'a plus troublé que la coupure en elle-même. Allez savoir pourquoi.

Le côté sanguinolent est donc pour moi au final assez anecdotique, car tout le début du film se passe sans crime : l'installation de Sweeney Todd à Londres, sa rivalité avec le senior Pirelli (très drôle Sacha Baron Cohen, l'acteur de Borat). Et tout cela est entrecoupé de scènes romantiques (parfois mièvres) entre le jeune premier, Anthony, qui a sauvé Sweeney de la noyade, et Johanna, la fille de Benjamin Barker recueillie par le juge Turpin. 

La chanson "Johanna" m'a d'ailleurs furieusement fait pensé à "Maria", la chanson entendue dans West Side Story, mais avec une préférence pour la seconde. Les autres chansons donnent un côté décalé au film, et permettent au spectateur de rentrer doucement dans ce conte morbide. La chanson sur les plus mauvaises tourtes de Londres est très drôle, et celle que Sweeney Todd chante à ses rasoirs fait froid dans le dos.

Même si Burton revient à un univers plus noir, qui peut faire penser à Batman, Beetlejuice ou Edward aux mains d'argent, il parvient à se renouveler à travers la comédie musicale. Et le héros, aveuglé par la vengeance, ne fait pas éprouver de pitié comme cela pouvait être le cas avec Edward.

Voilà donc un beau film noir, à la fois dans la tonalité et dans le thème, à aller voir en sachant qu'il y a des scènes un peu sanglantes. J'avoue que j'appréhendais un peu (une mauvaise expérience avec Kill Bill), mais je me suis laissé embarquer par l'histoire. Pour les allergiques au rasoir, il est quand même préférable de s'abstenir ! 

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10 février 2008 7 10 /02 /février /2008 00:00

Voici une série de romans qui sont dans ma bibliothèque depuis très longtemps. Depuis petit, je suis intéressé par l'histoire, et j'ai repéré très jeune cette série de romans. Mais, après avoir entendu que ce n'était pas forcèment de mon âge, je les avais un peu oubliés. Je m'y suis donc plongé très récemment, le souvenir ayant été avivé par l'adaptation télévisuelle de cette série.

1er tome : Le roi de fer 
L'intrigue débute par une description assez large de la France du début du XIVeme Siècle. Philippe le Bel règne en maître sur le pays,  à la tête d'un gouvernement efficace : Marigny, Nogaret, son frère Charles de Valois et ses trois fils. Mais le pays vacille lorsque les belles-filles du roi sont prises en flagrant délit d'adultère. Et bascule lorsque le chef des templiers jette un sort sur le Pape, le Roi et Nogaret.

2eme tome : La reine étranglée
A la mort de Philippe le Bel, son fils Louis prend la succession. Mais de constitution faible, chacun craint pour sa vie. Et certains ne seraient pas malheureux d'une mort rapide.


3eme tome : Les poisons de la couronne
Tout est fait pour que le roi ait une femme, et Clémence de Hongrie est choisie pour être son épouse. Mais le roi doit faire face à des menaces à la fois étrangères et très familières.

Quatre tomes suivent ces trois premiers, mais je ne les ai pas encore lus.

Ces romans se lisent vite : c'est écrit de manière très fluide, assez simplement sans grands effets stylistiques. Ce qui est plus compliqué est l'intrigue : les jeux d'influence, les relations familiales qui interfèrent avec les relations de pouvoir. Une petite connaissance préalable de cette époque est bienvenue.

Mais cette série vaut surtout pour l'aspect documentaire : Maurice Druon a essayé de retranscrire quelle pouvait être la vie quotidienne d'aristocrates à cette époque, comment se faisaient les voyages, avec des indication étymologiques assez intéressantes. On en reste néanmoins au niveau des aristocrates, sans entrer dans le quotidien des serfs, des paysans et autres personnes de petite condition. Les plus pauvres restent des nobles, qui cherchent par tous les moyens à éviter une mésalliance.

Une lecture distrayante, qui permet de se documenter sur certains aspects de la vie de cette époque, et de comprendre un peu mieux les tenants et aboutissants politiques de ces intrigues.

Pour plus d'informations sur les Templiers, le magazine l'Histoire leur a consacré un dossier dans le numéro de septembre 2007.
 

Le roi de fer, Les rois maudits T.1

La reine étranglée, Les rois maudits T.2

Les poisons de la couronne, Les rois maudits T.3

De Maurice Druon

Ed. du Livre de poche.

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6 février 2008 3 06 /02 /février /2008 10:01

loach.jpgKen Loach, après un film consacré à la guerre en Irlande (Le vent se lève), revient à son sujet de prédilection : la description du tissu social du Royaume-Uni. Après par exemple My name is Joe (film très glauque, avec des personnages sans espoir) ou The navigators (sur la privatisation du réseau ferré britannique et ses conséquences sur les employés), il traite cette fois de la question des immigrés et des exploitants de cette main d'oeuvre.

Angie, jeune employée d'un bureau de recrutement, est chargée de prospecter dans les pays de l'Est pour trouver des travailleurs à bas coûts. Elle leur fait miroiter un travail, mais précise qu'il ne correspondra pas à leur qualification : une infirmière sera fille au pair, un professeur employé sur un chantier. Mais, en voulant se révolter contre le machisme de ses supérieurs, elle se fait renvoyer. Elle décide donc de monter sa propre agence de recrutement, en violant tous les règlements en vigueur.

Ce film est très dur car il ne donne pas de sortie positive : Angie est exploitée dans sa boîte, par des hommes sans scrupules, qui profitent de la détresse des immigrés. Mais au lieu de se révolter contre cette exploitation, elle se range du côté des exploiteurs : elle profite à son tour de la misère des immigrés pour gagner sa vie. 

Aucun scrupule ne l'arrête, et même lorsqu'une relation plus intime semble se dessiner, par exemple avec une famille iranienne, elle n'hésite à détruire cette confiance pour s'imposer. On a l'impression qu'elle est dans une spirale sans fin, où son seul objectif est d'apporter un peu de bonheur à son fils. Objectif qu'elle atteint d'ailleurs de manière très relative.

Et les remarques des personnes indignées par son comportement n'y font rien : son père et sa collaboratrice peuvent émettre des doutes, elle s'en moque et préfère se passer d'eux plutôt que de remettre en cause son attitude. Elle est guidée par l'appât du gain, et celui-ci prend le pas sur toute relation sociale.

Et plus le film avance, plus son attitude est exécrable. Lorsqu'elle se fait frapper par des ouvriers qui attendent leur paye, on passe de l'immoralité à l'amoralité : rien ne la retient. Et le scène finale ne fait que confirmer cette nécessité de l'exploitation de l'autre pour répondre aux exigences de ses propres exploiteurs.

C'est un film social très fort, car il ne se place pas du côté des "victimes", mais au niveau intermédaire : Angie est à la fois "victime" et "bourreau", mais le deuxième aspect l'emporte chez elle.

Une scène m'a marqué : celle où Angie et son fils regardent la télévision. Le film projeté est extrèmement violent, avec de nombreux coups de feu, de détonations.  Cette violence sur l'écran de télévison et l'attitude d'Angie vis à vis de cette violence est selon moi l'une des clés du film : elle ne réagit pas à la violence armée, car elle est elle-même plongée dans une violence psychologique de tous les instants. Et que son fils assiste à ces scènes ne la gêne pas, puisque la violence est pour elle banale.

Ce film donne à la fois à réfléchir sur notre position au sein de la société ( sommes-nous victimes, bourreaux, ou tous un peu des deux ?), sur la violence qu'elle engendre et que nous n'apercevons plus. Et cela permet de comprendre pourquoi dans un pays où la situation sociale est de plus en plus difficile, ce sont les représentants des plus riches qui sont au pouvoir : chacun cherche à être un peu bourreau, pour oublier sa propre position de victime.

Même si ce n'est pas le meilleur film de Ken Loach, c'est un film qui a selon moi le mérite d'ouvrir la réflexion. Ce qui arrive assez rarement, finalement. 

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3 février 2008 7 03 /02 /février /2008 20:59

Après la découverte de la Comédie Française avec Le Mariage de Figaro, j'ai découvert une nouvelle grande salle de théâtre parisienne : l'Odéon théâtre de l'Europe. Et pour cette découverte, un grand classique de Molière, L'Ecole des femmes, avec un grand acteur, Daniel Auteuil.

Un résumé (très rapide) de l'intrigue : Arnolphe, bourgeois qui a la hantise d'être trompé par sa future femme, décide d'enfermer une jeune paysanne, Agnès. Cet enfermement a pour but de la rendre bête, afin qu'elle n'ait même pas l'idée de le tromper. Mais ses plans vont un à un tomber à l'eau...

Je n'avais pas le souvenir que le personnage d'Arnolphe tenait une part aussi importante dans la pièce : il est de toutes les scènes, ne sort quasiment jamais de scène, et sa présence est donc très physique. Les autres personnages ne sont donc que des seconds rôles : Agnès, l'ingénue, intervient dans trois ou quatre scènes uniquement, alors qu'elle est au centre de toutes les intrigues d'Arnolphe. Horace, Chrysalde ne sont donc que des subalternes qui permettent de mettre en valeur la bêtise d'Arnolphe.

La mise en scène de Jean-Pierre Vincent prend un part pris que j'ai trouvé très intéressant : il décide de rendre à la pièce son aspect comique, aspect que lui avait donné Molière à sa création. Daniel Auteuil parvient donc à rendre ce personnage drôle : on rit à la fois aux vers très subtils de Molière, mais également à la prestation scénique de Daniel Auteuil. Du coup, le second aspect de la pièce, la prise de conscience d'Arnolphe qu'il est amoureux, est un peu laissée de côté. Mais je préfère ce parti pris de mise à scène à celui d'une intellectualisation excessive des pièces de Molière.

Certaines scènes m'ont néanmoins paru un peu ratées, en particulier la scène où Agnès lit les maximes que lui demande de lire Arnophe. On écoute le défilement des maximes, en se demandant combien il y en a, en espérant qu'il y en ait pas trop... 

Malgré ce petit aspect négatif, j'ai passé une belle soirée de théâtre dans une belle salle parisienne : une pièce à la fois subtile et drôle, de bons acteurs (notamment Lyn Thibault, une très bonne Agnès, dont le caractère et le jeu évoluent tout au long de la pièce). Enfin, quel plaisir d'entendre des vers en alexandrin et de se laisser bercer par la musique de cette belle langue française, parfois un peu compliquée mais qui se laisse écouter avec plaisir...

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