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7 avril 2008 1 07 /04 /avril /2008 08:58

Philippe Ramos, le réalisateur, propose une variation autour de l'enfance et de la mort du capitaine Achab, le chasseur de Moby Dick. N'ayant pas lu le roman initial d'Hermann Melville, je ne peux pas effectuer de comparaison, et vous parlerez donc uniquement du film.

Le film, chronologique, est composé de 5 tableaux, chacun présentant le point de vue d'un important protagoniste. Le premier présente le père de Moby Dick, un chasseur amoureux tué par son rival. On suit ensuite Achab installé chez sa tante adoptive, puis recueilli par un pasteur chez qui il découvre la mer. Par la suite, on retrouve Achab plus âgé, déjà capitaine de navire et ayant perdu sa jambe droite alité chez une blanchisseuse. Enfin, c'est son second, Starbuck, qui narre la mort du capitaine.

Cette présentation en tableau rend le film plaisant, et très intéressant. On y suit l'évolution du capitaine, et le réalisateur a essayé d'imaginer comment le capitaine devient un terrible chasseur de baleines. Il assiste à la mort de son père, il est battu par le compagnon de sa tante et est déjà violent avec un chien à l'âge de 10 ans.

J'ai trouvé ce film très doux, très sensible même si le sujet est assez triste. Le premier tableau se déroule dans la nature, avec de très jolis paysages de rochers et de forêts. Et, petit à petit, on se rapproche du monde marin, d'abord avec la fugue en barque, puis avec la découverte de l'océan, qui fascine le petit Achab. Le film prend son temps, et on se laisse bercer par les aventures du capitaine.

La brochette d'acteurs est au diapason, sensible, sans ostentation. Virgile Leclair joue un parfait petit Achab, et Denis Lavant est très puissant dans celui d'Achab adulte. Les seconds rôles sont également très bien distribués, avec beaucoup d'acteurs que j'affectionne : Dominique Blanc, Jacques Bonaffé, Jean-François Stévenin. A noter aussi l'interprétation décalée et réussie de Philippe Katerine, qui joue l'odieux mari dandy de la tante adoptive.

Un film sensible, dont je suis sorti légèrement grisé par l'ambiance qui y règne. Autant vous dire que ce film m'a réconcilié avec le cinéma français que je trouvais un peu trop "intellectualisé" dernièrement.

Dasola en parle également.

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3 avril 2008 4 03 /04 /avril /2008 19:20

Jean-Michel Ribes, actuel directeur du théâtre du Rond-Point dont je vous ai déjà parlé ici, est aussi l'auteur de pièces de théâtre.

Ici c'est un ensemble de scènes, généralement à deux acteurs, qui composent l'ouvrage. Un thème commun : l'absurde. A partir d'une situation banale, un élément parvient à tout faire basculer : un stylo au milieu du salon dans Dimanche ou une perruque Louis XV dans Bronches. Dans d'autres, c'est un quiproquo qui lance la scène : un père qui oublie le prénom de sa fille dans Monique, un spectateur qui ne veut pas féliciter sa belle-soeur actrice,... Le tout se terminant par une visite dans un musée, qui tourne à la dissertation philosophique sur les carpes et l'animalité.

Je trouve ce recueil de pièces assez jubilatoire : on passe d'une situation rocambolesque à une autre, on est surpris à tout bout de champ par l'imagination de l'auteur. On pense aux situations que Dubillard met en scène dans les Diablogues (joués récemment au théâtre du Rond-point, quelle coïncidence !), mais aussi à Topor pour ce coté décalé qui permet à une situation anodine de prendre un aspect comique et irréaliste. On y trouve des sujets qui reviennent souvent d'une situation à l'autre, ce qui permet de faire le lien : les relations familiales, l'amitié, et bien sur le rapport aux animaux...

Il faut donc accepter de plonger dans un univers particulier en ouvrant ce livre, mais on y passe un agréable moment. Dans cette édition  est ajoutée Sans m'en apercevoir, qui fonctionne selon le même principe. J'ai une tendresse particulière pour la scène où une tomate ayant survécu à un accident est interrogée par un gendarme.

En espérant pouvoir ces pièces mises en scène un jour ou l'autre (au Rond-Point), leur lecture permet une évasion rapide et décalée... A découvrir pour ceux qui ne connaissent pas du tout Jean-Michel Ribes.

 

Théâtre sans animaux, suivi de Sans m'en apercevoir, de Jean-Michel Ribes

Ed. Actes Sud - Babel

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31 mars 2008 1 31 /03 /mars /2008 12:58

gondry.jpg

Dans un quartier paumé de Passaic, petite ville miséreuse des Etats-Unis, Mr Fletcher tient un magasin de location de cassettes vidéos. Il a pour assistant Mike, à qui il laisse la boutique durant son absence. Mais Mike a un ami un peu déjanté, Jerry, qui, suite au raté du sabotage de la centrale électrique, acquiert un pouvoir inattendu : celui de pouvoir effacer les bandes magnétiques des cassettes vidéos. Pour le magasin puisse continuer à tourner, Mike et Jerry décident de tourner les films demandés par le client...

Michel Gondry revient avec une comédie, après l'éblouissant The eternal sunshine of the spotless mind et le plus décevant La science des rêves. Le film est en fait composé de deux parties : dans la première, les deux amis tournent leurs films. La première adaptation est hilarante : c'est un remake de Ghostbusters, où ils reprennent notamment la scène de la bibliothèque. Des guirlandes de Noël font office de rayons laser ! Pour vendre leurs films, ils prétendent qu'ils viennent de Suède, et qu'ils sont donc "suédés". Les films suédés remportent alors un franc succès : Rush Hour 2, Miss Daisy et son chauffeur, Le roi Lion (avec de très beaux costumes)...

La deuxième est plus traditionnelle : afin d'aider Mr Fletcher qui va se faire expulser, toute le population décide de réaliser un film sur la star du jazz local. On assiste donc à la réalisation d'un film à grande échelle. 

Le film est donc très drôle dans sa première partie, un peu plus convenu sur la fin, mais cela reste un bon moment de dérision et de parodie. Danny Glover est très bien en Mr Fletcher, Mia Farrow et Sigourney Weaver font des apparitions remarquées, mais les prestations de Jack Black (Jerry) et de Mos Def (Mike) sont assez irrésistibles. Je ne connaissais pas Jack Black, mais sa prestation de looser qui cherche à attirer la couverture sur lui est très amusante.

Michel Gondry parvient également à traiter du problème de la cinéphilie, du poids des majors américains au sein de l’industrie cinématographique, ce qui est relativement rare. Mais sa force réside selon moi dans la capacité qu'il a de créer un univers en quelques minutes. Et rien que pour ce pouvoir d'imagination énorme, je vous recommande ce film, qui fait voir de nouveaux horizons...

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29 mars 2008 6 29 /03 /mars /2008 07:03

Voici la critique publiée hier sur le biblioblog, puisque ce roman a fait l'objet de la célèbre énigme du dimanche soir. D'ailleurs, je vous rappelle que demain à 18h dans la journée seront annoncés les romans sélectionnés pour le prix biblioblog 2008 ! (Merci Laurence pour cette correction)

bove.gifPierre Neuhart, industriel spécialisé dans la vente de graviers, mène une vie paisible dans le Paris des années 20. Trop paisible. Alors, quand Madame Aspi lui propose d’assister à l’une de ses soirées mondaines, il se réjouit de pouvoir élargir le champ de ses connaissances.

 

Lors de cette soirée, il fait la connaissance d’Eliane, beaucoup plus jeune que lui. Après une cour insistante, il parvient à attirer ses regards, et son amour. Mieux, il réussit à ce qu’elle quitte l’appartement maternel pour s’installer avec lui. Mais cet amour, qu’il avait cru partagé, est unilatéral, et sa vie étant intenable, il va de déception en déception.

 

Ce court roman d’Emmanuel Bove traite d’un sujet assez commun en littérature : une histoire d’amour, de la rencontre à la séparation et ses conséquences, entre un homme déjà installé et une adolescente. Présenté comme cela, Lolita apparaît dans un coin de la tête, et bien que je n’aie pas lu le roman de Nabokov, je crois pouvoir dire que Bove en fait un traitement très différent.

 

Le style est très dépouillé : une écriture simple, sans trop d’effet de style. J’ai tout de même mis quelques paragraphes avant de m’habituer au style, composé pour le début du roman de nombreuses phrases longues, avec beaucoup de subordonnées. Et c’est vrai que lire des textes au passé simple n’est plus très courant !

 

Ensuite, l’auteur nous présente cette relation amoureuse de manière elle aussi très simple, sans chercher à émouvoir à outrance le lecteur. Il a un style presque scientifique, où on sent que chaque mot est pesé, chaque structure de phrase réfléchie. C’est aussi un récit avec de nombreuses ellipses, où l’auteur s’attache aux moments marquants de la vie de ce couple.

 

Plus le livre avançait, plus je l’appréciais : cette description méthodique, mais qui fait saisir les sentiments essentiels m’a plu. Alors que je ne suis pas un fervent adepte des romans où l’amour est le seul moteur de l’intrigue, j’avoue que je me suis laissé avoir par celui-ci.

 

Voilà donc un auteur oublié (Emmanuel Bove a écrit dans les années 20 et 30), que j’ai découvert par l’adaptation cinématographique d’un de ses romans par Jean-Pierre Darroussin (Le pressentiment), et que je vous conseille de découvrir à votre tour.

 

Extrait :

 

"En arrivant rue de Sèvres, Pierre Neuhart se sentit un peu gêné. L’immeuble qu’habitait Mme Aspi était assez imposant. Le porche, formant passage, était éclairé par des torchères qui, quoiqu’elles fussent neuves, appartenaient à une autre époque. « J’aurais dû envoyer un mot d’excuse et ne pas y aller ». Ne connaissant personne, il devinait qu’il se trouverait mal à l’aise. Il craignait d’être mêlé à un monde brillant, ayant de la conversation, auprès duquel il eût fait figure d’imbécile. Mais ce qui, en réalité, lui était le plus désagréable, c’était la pensée que les invités savaient quels faibles liens l’attachaient à Mme Aspi. Néanmoins, il se fit violence. Il y avait trop longtemps qu’il rêvait de pénétrer dans la bonne société pour que l’appréhension du dernier moment eût la force de l’arrêter."

 

L'amour de Pierre Neuhart, d'Emmanuel Bove

Ed. Points

 

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28 mars 2008 5 28 /03 /mars /2008 07:31

trondheim.gifAprès les aventures de Marco, jeune photographe un peu désorienté dans le Combat ordinaire, voici le travail de Lewis Trondheim. Cette BD, intitulée Approximativement, est un travail autobiographique et revendiqué comme tel. On y suit les aventures de Lewis, dessinateur de BD, connu notamment pour ses animations avec La Mouche.

On le suit dans son travail, ses relations avec ses collègues, avec sa compagne, son aventure au Japon. On le suit également dans les difficultés de la vie quotidienne, notamment lors d'une soirée où il doit faire avec le poivrot et la nymphomane de service. Le rapport au passé et aux souvenirs est également un sujet important de ce livre, notamment lorsqu'il est question de son futur déménagement.

Mais les moments que j'ai préférés dans cette BD sont ceux où Lewis nous fait part de ses rêves. A la fois ses aspirations, mais aussi ses cauchemars. On le trouve ainsi aux prises avec un autre lui-même à plusieurs têtes. Cet ouvrage est un travail d'introspection de l'auteur, dans lequel il essaie de découvrir qui sont ses différents moi, avec la difficulté pour savoir lequel de ces moi est vraiment le sien.

Un de mes passages préférés est celui où il se revoit enfant en train de faire peur à de es camarades. Mais celui-ci, crédule, pense vraiment que Lewis et ses copains sont possédés comme dans l'Exorciste, et risque une chute mortelle pour échapper à ces démons. Aventure qui fait prendre conscience à Lewis du pouvoir des uns sur d'autres, plus naïfs, plus faibles.

Le dessin est sobre, en noir et blanc. Le parti pris de représentation des personnages est le zoomorphisme, chacun étant représenté par un animal. Ainsi Lewis est un canard, les autres un blaireau, un dogue...

Enfin, cette BD se termine de manière assez originale, puisque chaque protagoniste représenté dans cette autobiographie donne sa vison des faits. Ce qui donne lieu à des démentis, des corrections assez amusantes. et qui donne à réfléchir sur le vrai et le subjectif.

Voilà donc un joli travail de réflexion sur soi, qui m'a moins touché que le Combat ordinaire, mais qui vaut le coup d'oeil. 

 

Approximativement, de Lewis Trondheim

Cornelius Eds.

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27 mars 2008 4 27 /03 /mars /2008 09:02

ladjali.gifDans un palais vénitien, deux troupes de théâtre sont invitées à présenter leur travail. L'une joue Britannicus, tragédie classique signée Racine. L'autre Othello, du dramaturge anglais Shakespeare. Au-delà de cet affrontement de styles, ce sont les deux metteurs en scène qui vont essayer d'asseoir leur suprématie. Mais la partie s'annonce difficile, quand les deux metteurs en scène sont frère et soeur, qui plus est jumeaux,  et qu'une terrible histoire familiale les relie. Mais, chacun aidé de son souffleur, ils vont se battre jusqu'au bout pour triompher...

Le début du roman annonce la couleur : on retrouve Candice, la jumelle, dans la chambre d'un hôpital psychiatrique. De là démarre le récit de cette aventure fantastique. Fantastique car il y a tout d'abord ces deux souffleurs, deux têtes (une fille et un garçon) qui sont là pour aider les acteurs qui ont un trou de mémoire. Bientôt, elles seront au centre d'une histoire d'amour, avec un troisième protagoniste, Nathan. Fantastique aussi car les répétitions se succèdent dans un joyeux bazar, avec la mort des principaux acteurs de Britannicus, dans des situations rocambolesques.

On est donc de suite plongé dans un univers onirique, où le théâtre occupe la place centrale. Avec cette histoire entre les jumeaux, ce rapport sexuel qu'ils ont à l'âge de 15 ans et qui a créé un fossé entre eux (Je ne dévoile rien, c'est sur la quatrième de couverture !). 

Bon, même si on sent rapidement  qu'on est plongé dans un monde irréel, ce livre ne m'a pas pris. Je n'ai pas cru une seule minute à cette histoire (même si l'objectif n'est pas forcément d'y croire). Cette idée de souffleurs, que je trouve plutôt bonne au demeurant, m'a paru mal présentée. Le récit est décousu, sans véritable continuité, et j'ai pris chaque partie comme un morceau indépendant, sans la lier à l'ensemble. Je suis resté à quai, regardant partir sur les canaux de Venise l'intrigue.

L'auteur a certainement voulu rendre hommage au théâtre, mais, alors que c'est un art que j'apprécie, je n'y ai pas ressenti grand chose. Et en voulant rendre hommage au théâtre, Cécile Ladjali mélange les styles de narration : on passe aussi d'une écriture romanesque, avec narrateur et dialogues, à une écriture théâtrale, où chaque réplique  est précédée du nom de l'intervenant. Je n'ai pas trouvé ce mélange très heureux, et il a certainement nui à ma compréhension de l'ensemble.

Bref, un roman décevant dans l'ensemble. J'avais découvert Cécile Ladjali par le biais d'un dialogue avec Georges Steiner, intitulé Eloge de la transmission (Albin Michel). J'avais aimé cette rencontre entre une jeune agrégée et un universitaire renommé. Mais la découverte de son travail romanesque ne m'a pas touché cette fois-ci. Peut-être la prochaine !

 

Lou devrait bientôt vous en parler, puisqu’elle a acheté ce livre au Salon du Livre !

 

Les souffleurs, de Cécile Ladjali

Ed. Actes Sud

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25 mars 2008 2 25 /03 /mars /2008 11:23

prix.pngAujourd'hui, un peu de réclame pour le prix Biblioblog qui va bientôt être lancé. En effet, Laurence et son équipe ont décidé de lancer une deuxième édition de ce prix somme toute assez original. Chaque membre du jury choisit un ouvrage francophone publié en 2007 et critiqué sur le biblioblog. Cela donne donc une sélection de sept romans. Mais la liste est confidentielle jusque dimanche ! L'an dernier, le prix a été attribué à Jean-Philippe Blondel pour Passage du gué.

L'autre rendez-vous est celui du prix de la critique : comme pour les romans, chaque membre choisit une critique publiée en 2007, et ces critiques font partie de la sélection de la critique de l'année ! Comme pour les romans, le mystère sera levé dimanche !

Si je vous en parle, c'est parce que les internautes (et les blogueurs, bien entendu) peuvent participer. Au prix de la critique, bien entendu. Mais également au prix biblioblog. En effet, un vote est mis en place pour que chaque internaute puisse voter. Et comme il y a 3 mois entre l'annonce de la sélection et et le verdict, cela laisse le temps de lire quelques-uns des ouvrages...

Alors, pour limiter le suspense, rendez-vous dimanche à 18h pour l'annonce des livres sélectionnés !

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22 mars 2008 6 22 /03 /mars /2008 09:52

Ayant découvert le théâtre sur le tard, je n'avais encore jamais eu l'occasion d'assister à une représentation d'une tragédie classique signée par Racine. J'en ai enfin eu l'occasion, avec cette représentation de Bérénice aux Bouffes du Nord, à Paris.

Je vais m'éviter un trop long résumé : Antiochus aime Bérénice qui aime Titus, l'Empereur, mais ce dernier ne peut l'épouser car un Empereur ne peut épouser la reine de Judée.

Voilà, et pendant cinq actes et deux heures trente, on assiste aux tergiversations, aux négociations, aux difficultés d'exposer clairement ses sentiments à la personne qu'on aime et à laquelle on sait qu'on va faire du mal.

J'avais gardé un très bon souvenir de la lecture de la pièce il y  a quelques années, et j'ai retrouvé ce plaisir à entendre le texte. C'est une pièce construite en crescendo, avec un quatrième acte époustouflant, entre le monologue de Titus et la séparation finale entre l'Empereur et Bérénice.

La force de Racine est aussi de décrire la situation en quelques vers : ainsi, la première intervention d'Antiochus permet de tout de suite comprendre où nous sommes : à Rome, dans l'antichambre de la Reine, avec un Empereur qui vient d'accéder au pouvoir. Cette capacité à présenter si rapidement les éléments de l'intrigue est une vraie prouesse.

La mise en scène était très simple et classique : des drapés, un décor nu. Seule la scène d'ouverture était très originale et m'a bien plu : Titus se fait habiller d'une toge par deux de ses hommes, et cette scène permet d'entrer très vite dans la solennité du lieu et de l'action.

Enfin, j'avoue que j'ai également été attiré par cette pièce à cause de la distribution : Lambert Wilson met en scène et incarne Titus, Carole Bouquet reprend le rôle de Bérénice qu'elle a déjà tenu, notamment pour une version télévisée avec Gérard Depardieu. Et si ces deux acteurs sont impressionnants (notamment la voix de Lambert Wilson qui occupe l'espace avec une force extraordinaire), le reste de la distribution est également  très bien choisi. Antiochus notamment, joué par Fabrice Michel. A noter également la présence sur scène de Georges Wilson.

Et je tiens à signaler aussi le travail des maquilleurs pour cette mise en scène, que j'ai trouvé tout à fait réussi.

Bref, une première expérience racinienne réussie, et je ne me gênerai pas pour y retourner !

Malheureusement pour cette pièce, la dernière a lieu ce soir...

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21 mars 2008 5 21 /03 /mars /2008 08:16

blood.jpg

Aux États-Unis, au tournant des XIXe et XXe Siècle. Daniel Plainview, prospecteur en pétrole, décide d'acheter des terrains susceptibles de receler des ressources importantes. Il s'installe donc, sur les conseils d'un jeune homme, sur la terre d'une famille de fermiers. Mais cette terre est aussi le récent lieu d'implantation d'une église, dont le pasteur n'est autre que le fils du propriétaire...


Paul Thomas Anderson revient avec un film d'un genre assez commun : le portrait d'un ambitieux misanthrope. Ce type de long-métrage est assez surprenant dans sa filmographie atypique, qui compte Boogie Nights (pas encore vu), le foisonnant Magnolia et sa mémorable pluie de grenouille, et le déjanté Punch-Drunk Love.


Une grande fresque historique, avec Daniel Day-Lewis qui porte une moustache : forcément, Gangs in New-York de Scorcese revient en tête. Mais Paul Thomas Anderson arrive à apporter une touche, un je ne sais quoi qui fait que ce film cadre avec le reste de sa filmographie.


Commençons par le début, magnifique. Pendant une bonne dizaine de minutes, aucune parole, juste une musique stridente qui servira l'ensemble du film et qui participe pleinement de sa réussite. On y voit un mineur, seul en train de creuser un trou, avec l'impression qu'il creuse sa propre tombe : on se demande comment il va s'en sortir après sa chute, avec sa jambe cassée. Mais cet épisode est le début de la gloire. Sa recherche se focalise par la suite sur le pétrole, et il y réussira, seul contre la mainmise des grandes compagnies. 

 

Daniel Day-Lewis, de tous les plans, est flamboyant : pas très bavard, les rares paroles qu'il prononce marquent le spectateur. Que ce soit pour persuader les paysans de vendre leur terre ou lorsqu'il expose sa profonde misanthropie, il arrive à convaincre les foules.

 

Face à ce personnage taciturne et mégalomane, le jeune pasteur essaie de profiter de la situation pour enrichir son église. A la froideur de Daniel Plainview s'oppose l'ardeur mystique et inquiétante du jeune pasteur. On assiste donc à la lutte de ces deux personnalités, avec des parallélismes dans la construction qui donnent l'avantage une fois à l'un, une fois à l'autre. Paul Dano, le frère mutique de Little Miss Sunshine, explose l'écran lors de ces prêches enflammés.

Paul Thomas Anderson signe donc un grand film, très juste, porté par deux magnifiques acteurs, et avec une touche qui lui est personnelle. Ainsi, une image furtive sur l'écran fait apparaître des taches de pétrole sur l'objectif de la caméra. En choisissant de laisser cette image lors du montage final, le réalisateur montre bien la distance qu'il met dans cette œuvre de fiction. Mais les scènes d'explosion et la scène finale sont vraiment de grands moments de cinéma.

Mention spéciale à la bande originale, qui marque le début du film et est ensuite très souvent présente. Elle est signée par un membre de Radiohead, Jonny Greenwood. Et la musique du générique de fin, qui est le troisième mouvement du concerto pour violon et orchestre de Brahms, cadre parfaitement avec le film.

Enfin, mention aussi pour la bande annonce, qui est assez courte et assez intense pour donner envie de voir le film sans en dévoiler le scénario. Ce que peu de bandes-annonces font actuellement.

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18 mars 2008 2 18 /03 /mars /2008 09:01

Une fois n'est pas coutume, je vais vous parler aujourd'hui d'un documentaire diffusé mardi dernier sur Arte, qui avait pour sujet la multinationale Monsanto.

Pour faire vite, Monsanto est une entreprise de plus d'un siècle, spécialisé au départ dans la chimie, puis qui s'est ensuite tourné vers les pesticides et les OGM. Aujourd'hui, Monsanto est le leader sur le marché des pesticides avec Round-Up, et 90 % des OGM cultivés dans le monde sont sous leur contrôle, par l'intermédiaire des brevets.

Le film, à travers des recherches sur Internet, essaie donc de savoir comment Monsanto à réussir à devenir une firme aussi puissante. Marie-Monique Robin fait ainsi un excellent travail de journalisme sur la vie de cette entreprise.

Et le résultat est édifiant. De nombreux scientifiques sont en partie liés à Monsanto. Le scandale des PCB, matière toxique qui était utilisée dans les installations électriques, ou les hormones de croissance bovine, utilisées pour faire produire plus de lait aux vaches, ont été promues par Monsanto. 

Dans tous ces cas, Monsanto s'est entendu avec l'administration américaine pour faire passer cela sous silence. Alors que le ministre de l'agriculture ou le responsable de l'agence de l'alimentation connaissaient les risques liés à ces productions, ils se sont tus devant les intérêts économiques américains. Un autre élément hallucinant est le jeu de chaises musicales entre les postes à Monsanto, et ceux de ces administrations. Du copinage à grande échelle !

Mais ce que j'ai trouvé très frappant et très inquiétant, ce sont les pressions qui pèsent sur les chercheurs qui questionnent le travail de Monsanto. Ils sont systématiquement placardisés, leurs financements sont coupés, car Monsanto arrive à taper assez haut pour couper tous les robinets. Et comme ce qui dit Monsanto est généralement nié quelques années après (La biodégradabilité du Round-UP, par exemple), il est difficile de leur faire confiance quand ils annoncent que leur recherches actuelles, notamment sur les OGM sont sans danger.

Et le documentaire dénonce aussi la situation en Inde, où le nombre de paysans endettés qui se suicident augmente de manière vertigineuse. Et ceci en lien avec Monsanto, puisque c'est à elle que les paysans doivent acheter leurs semences. La situation au Mexique, où le maïs local est infecté par les OGM, non pas ceux cultivés mais ceux importés pour la consommation. Et la forme des plantes OGM, de vrais Freaks.

Un documentaire à voir, qui fait froid dans le dos mais qui est nécessaire pour se rendre compte des risques que la science peut faire courir à l'humanité, à l'environnement et à l'équilibre économique de la planète, lorsque la science devient un pur produit commercial. Vraiment, n'ayez pas peur de vous pencher sur ce beau travail de journaliste.

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