Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
24 mai 2008 6 24 /05 /mai /2008 15:16

Dans l'Espagne des années 80, les indépendantistes de l'ETA sèment la terreur par la biais d'attentats meurtriers. Dans la toute jeune démocratie espagnole, qui vient d'élire le socialiste Felipe Gonzales, un autre groupe commence lui aussi à commettre des attentats, le GAL, groupe antiterroriste de libération. Mais leurs attentats ont une cible précise : l'ETA. Entre ces deux feux, deux journalistes essaient de découvrir qui pilote ce mystérieux groupe des GAL. Et si c'est l'armée ou le gouvernement qui mène une campagne d'assassinats par le biais de cette organisation, le scandale est proche...

Cette intrigue est inspirée de faits réels qui se sont déroulés en Espagne dans les années 80 et 90, mais également en France. Une partie des activités des GAL ont eu lieu dans le pays Basque français, notamment à Bayonne, lieu de refuge pour l'ETA. Une situation de quasi guerre civile règne, et la tension est palpable dans le film. C'est d'autant plus sensible que les actions des GAL se trompent généralement de cible, en tuant des citoyens qui n'ont rien à voir avec l'ETA. Et l'on voit donc qu'une fois le cercle vicieux refermé, il est extrêmement difficile de s'en sortir par la haut.

Les deux journalistes du film, joués par Natalia Verbeké et José Garcia (avec une voix en espagnol plus douce que sa voix française, ce qui est assez intéressant car on oublie ce qu'on connaît déjà de l'acteur), prennent donc des risques pour découvrir ce qui se cache. Les accusations contre le ministre de l'Intérieur, puis contre le Premier Ministre les mettent en difficulté, et ils échappent plusieurs fois à des tentatives de meurtres. Ce que ne parviennent pas à faire leurs indics, ce qui ne fait qu'augmenter cette tension.

J'ai trouvé que ce film était plutôt un bon film pour le genre : une histoire un peu compliquée, entre ETA et GAL, qui ont des objectifs différents mais des cibles communes, mais que le scénario rend accessible. La description des salles de rédaction des journaux est intéressante également. On y voit comment le propriétaire d'un journal est amené, suite à des pressions, à évincer le rédacteur en chef qui a permis de dévoiler cette affaire. La chape de plomb est à tous les niveaux !

Félicitations aussi à Jordi Molla, qui joue le principal responsable des GAL, et qui est impressionnant de froideur et de cynisme. Dommage que les personnages de l'ETA ne soient pas traités de la même manière : ils sont barbus, patibulaires et ne parlent jamais. Ce que je trouve relativement simpliste.

Malheureusement, si le genre est respecté, le réalisateur n'a pu s'empêcher la figure imposée des deux journalistes qui travaillent ensemble et qui se tournent autour. C'est assez caricatural, ne sert pas beaucoup l'action et n'apporte donc pas grand chose au film. Quel dommage de s'être laissé prendre par ce cliché, qui est présent tout au long du film !
 

 

Repost 0
22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 09:17

Aujourd'hui, je vous parle d'un spectacle que j'ai vu en octobre 2006, Forêts. Pourquoi je vous en parle aujourd'hui ? Car il repris du 28 mai au 8 juin au théâtre 71 à Malakoff (Hauts de Seine), et qu’il m’a laissé un souvenir impérissable. Ce spectacle est extraordinaire, à la fois pour le texte et pour la mise en scène, signés tous deux par Wajdi Mouawad.

Cette pièce est ce qu'on peut appeler une "pièce fleuve" : cela n'atteint pas les 8 heures des spectacles de Mnouchkine ou du Soulier de satin, mais elle dure tout de même 4 heures. J'y étais allé reposé, dans l'idée qu'une pièce de 4 heures peut parfois être difficile à suivre, la concentration faisant parfois défaut.

J'ai été content d'être reposé, car si on peut décrocher à quelques moments dans la pièce, ce n'est par un manque de rythme. Cette pièce est foisonnante, on passe d'un sentiment à un autre tout au long du spectacle.
L'intrigue est complexe à résumer : une jeune fille d'aujourd'hui découvre qu'il y a un objet étrange dans son cerveau. Mais les examens passés pour savoir ce que c'est lui font découvrir son passé, et la replonge dans l'histoire de sa famille. La scène se transforme au fil des découvertes de la jeune fille : on passe d'un repas d'anniversaire en famille à une chambre d'hôpital, en passant par la vie au début du XIXeme Siècle dans une forêt.

Tout y est éclatant : cela explose constamment, on en prend plein la vue et les oreilles pendant 3h30 (il y a quand même un entracte !). Et ce dès la première scène, celle de l'anniversaire, jouée par des acteurs formidables. Dans cette scène, on entend des bribes de conversation, que le spectateur n'arrive pas à rassembler pour en faire un propos cohérent, tout cela sur une musique dansante. Puis, tout se remet en place, et ce qui paraissait des paroles anarchiques prend peu à peu tout son sens.

C'est vraiment un spectacle que je conseille à tout le monde, car il traite de thèmes aussi intimes que le rapport à la famille, à son passé. Ca se passe donc à Malakoff pour dix représentations, et c'est à voir. A noter que cette pièce est la troisième partie d'une trilogie composée également d'Incendie et de Littoral. Les pièces sont indépendantes, et il parait que les deux premières sont aussi voire plus intenses que Forêts. Mais je n'ai pas eu l'occasion de les voir, à mon grand regret ! 

Repost 0
18 mai 2008 7 18 /05 /mai /2008 19:34

Pascal Quignard, connu notamment pour Tous les matins du monde adapté au cinéma par Alain Corneau, signe ici un petit livre autour d'un problème que tout le monde connaît : le phénomène du nom sur le bout de la langue. Qu'est-ce que c'est embêtant de ne pas se souvenir d'un nom dont on s'en sent qu'on se souvient, mais qui parvient pas à être formuler. Cette sensation désagréable sert donc de trame à ce livre.

Ce livre est composé de trois parties : la partie centrale est un conte qui met en scène Colbrune, une jeune femme amoureuse d'un tailleur. Elle pourra épouser le tailleur à la seule condition de reproduire sa ceinture, une borderie d'une grande richesse. Elle désespère d'y parvenir jusqu'à ce qu'un cavalier se repose chez elle et lui offre une ceinture similaire. Mais ce don a une contrepartie : elle doit se souvenir de son nom lorsqu'il reviendra...

Ce très joli conte, qui pourrait être raconté aux enfants, et qui fait parfois pensé à Alice au pays des merveilles, est encadré par deux autres textes. Le premier présente les raisons de l'écriture de ce texte, le troisième est une réflexion sur l'oubli et la mémoire. Autant le conte est très bien écrit et agréable, autant les réflexions de Quignard sur le conte sont beaucoup plus indigestes. Ce n'est pas qu'il y dit des choses inintéressantes, c'est qu'il les dit d'une manière tellement alambiquée qu'il est difficile de le suivre.

Lors de la lecture de la troisième partie, j'ai failli lâcher le livre plusieurs fois, mais le faible nombre de pages m'a incité à poursuivre. Sa réflexion est intéressante :il y défend l'idée que le fait de ne pas se souvenir d'un nom montre bien que le langage n'est pas inné et qu'il est une construction. Il présente aussi l'angoisse qui nous saisit lors de l'oubli comme une peur de la mort, une crainte de ce qui se passera quand tout sera oublié. Mais que cela est dit de manière complexe ! Et c'est tellement complexe que j'ai du passer à coté d'un nombre innombrable de subtilités dans sa réflexion.

Néanmoins, le conte central est tellement bien écrit que je vous en conseille la lecture, même vous ne lisez pas le reste !


Voir également l'avis de Laurence.

 

Le nom sur le bout de la langue, de Pascal Quignard

Ed. Folio

Repost 0
16 mai 2008 5 16 /05 /mai /2008 07:43

Je n'en ai pas parlé ici, mais j'ai eu l'occasion l'hiver dernier d'aller au Grand Palais voir l'exposition sur la peinture de Gustave Courbet, auteur entre autres de l'Enterrement à Ornans ou de l'Origine du monde. Alors que le livre de François Dupeyron consacré à la fin de sa vie, Le grand soir, attend dans ma table de chevet, j'ai lu cet ouvrage signé Jean-Pierre Ferrini.

J'ai trouvé l'idée de cet ouvrage plutôt intéressante : l'auteur est originaire de Franche-Comté comme Courbet. Il connaît donc très bien les lieux peints par Courbet, en particulier les différentes sources qui traversent ce coin du Jura. La Source de la Loue, peinte plusieurs fois par Courbet, n'a donc aucun secret pour lui. L'auteur se met donc en scène dans ce livre, et raconte quels sont les liens qui le lient à Courbet. Outre cette même provenance géographique, Jean-Pierre Ferrini n'hésite pas à expliquer en quoi la peinture de Courbet lui parle, ce qui apporte un éclairage supplémentaire par rapport à une biographie classique.

 Il expose aussi de manière très intéressante comment la vie personnelle de Courbet a eu une influence sur sa peinture : son amitié avec Proudhon, sa relative solitude dans le milieu de la peinture de la deuxième partie du XIXeme. La partie la plus troublante de la vie de Courbet, qui est l'objet du roman de Dupeyron, est également évoquée : sa participation à la Commune, et la responsabilité qui lui a été mise sur le dos de la destruction de la colonne Vendôme. On voit clairement dans cet ouvrage comment cet épisode a eu un impact funeste sur la vie du peintre.

Bien sûr, il est préférable de connaître un minimum ou d'avoir en tête les oeuvres essentielles de la peinture de Courbet pour apprécier ce texte. L'auteur y fait référence aux sources, aux deux toiles citées plus haut, mais aussi Au retour de la foire des paysans de Flagey, à ses différents autoportraits, notamment celui de la prison de Sainte-Pélagie, ses peintures de chasse ou de truite. Cela a été pour moi une très belle poursuite de l'exposition, et ce livre m'a permis de continuer à appréhender l'oeuvre de Courbet.

A noter aussi, pour ceux qui ne connaissent pas ou peu Courbet, le très bon Hors série de Télérama consacré à Courbet. Si vous pouvez y jeter un oeil, il est très bien fait. 

 

Bonjour Monsieur Courbet, de Jean-Pierre Ferrini

Ed. Gallimard - L'un et l'autre

 

Cet ouvrage fait partie de la collection L’un et l’autre chez Gallimard. Le principe des ouvrages de cette collection semble être le même que celui évoqué ici : un auteur raconte les liens avec le personnage dont il narre la vie. Je pense me pencher bientôt sur d’autres ouvrages de cette collection.

Repost 0
14 mai 2008 3 14 /05 /mai /2008 08:15

Un jour normal dans la vie d'Antoine, quadragénaire avec un boulot qui paye bien, une femme attentionnée, deux beaux enfants et une belle baraque. Normal, jusqu'à ce qu'il lâche son boulot en insultant copieusement son client, qu'il fasse une déclaration de désamour à sa femme qui lui fait une scène, qu'il raconte à ses enfants que leurs cadeaux d'anniversaire sont moches et qu'il expose leurs quatre vérités à ses amis venus lui faire une surprise. Il plaque tout et part, pour retrouver dans un coin d'Irlande son père...

Le dernier film de Jean Becker pourrait etre qualifié de bon téléfilm, dans le sens où certains téléfilms sont vraiment bons. Il n'y a rien de transcendant dans ce film : un récit chronologique, un retournement de situation dont on se doute assez rapidement,... Mais j'ai marché. J'ai couru même (bon d'accord, c'est un film à pleurer, et comme d'habitude, la petite larme a coulé au moment où le réalisateur l'a voulu. Quelle faiblesse !).

Le film est fait de deux parties : dans la première, Albert Dupontel envoie tout valser, en dénonçant l'hypocrisie de ses amis bourgeois, dentistes, psychiatres ou rentières. Il y a de l'outrance, qu'on ressent lorsqu'il va s'excuser auprès de ses enfants, ou auprès de sa femme (Marie-Josée Croze, toujours formidable et qui mériterait vraiment un grand premier rôle). La deuxième partie est centrée sur ce voyage en Irlande, avec ce père disparu, qui passe son temps à pêcher dans le Connemara, et qui fait plus penser aux précédents films plus "ruraux" de Becker (Dialogue avec mon jardinier, Les enfants du marais).

Voilà, ce n'est pas un film exceptionnel, mais j'ai complètement marché, et je ne peux donc que tirer mon chapeau au cinéaste et à ses acteurs. Maintenant, je me doute que certains sont plus sceptiques, et je peux les comprendre. Mais j'ai passé un bon moment, meme si on ne ressort pas de la salle avec un sourire jusqu'aux oreilles, le ton du film étant plus dramatique que comique.

Repost 0
12 mai 2008 1 12 /05 /mai /2008 15:54

L'autre jour, en me promenant à la médiathèque, j'aperçois dans un bac ce titre, Maus. J'en avais beaucoup entendu parler en bien, et c'est donc avec un a priori positif que je l'ai mis dans mon sac.

Art Spiegelman raconte dans cette BD en deux tomes l'histoire de son père, juif polonais qui voit l'Allemagne nazie s'agrandir puis envahir son pays nouvellement créé suite au Traité de Versailles. On suit les parents de Art, Vladeck et Anja, qui essaient de survivre comme ils peuvent. On les suit dans le premier tome, entre 1939 et 1944, ils quittent leurs habitations pour habiter dans des quartiers juifs, vite transformés en ghetto, sont spoliés de tous leurs biens. Les conditions de vie y sont de plus en plus difficiles, et ils finissent par y vivre cloîtrer pour échapper aux rafles. Mais dénoncés, les membres de la famille vont un à un être envoyés dans les camps d'extermination.

Le second tome met l'accent sur la vie de Art et de Anja dans le camp d'Auschwitz. Même s'ils sont séparés car les hommes et les femmes vivent dans des camps différents, ils parviennent à garder contact tant bien que mal.

Toute une autre partie de l‘ouvrage est consacrée à la façon dont Art a recueilli le récit de son père : les difficultés pour faire parler un homme malade, la stupeur lorsqu'il apprend que son père a brûlé le journal écrit pendant la guerre par sa mère décédée. Chaque chapitre est ainsi encadré par ces retours à la réalité.

Il y a également des réflexions sur la représentation des personnages : Spiegelman choisit en effet de représenter chaque nationalité par un animal : les allemands sont des chats, les français des grenouilles, les américains des chiens, les polonais des cochons. Et il décide aussi de dessiner les juifs d'une autre manière : en souris. Les juifs sont donc de suite reconnaissables. Ce qui permet de montrer que dans les camps, il n'y avait pas que des juifs, et que des juifs ont participé aux rafles dans les ghettos polonais. Manière très habile et subtile d’appuyer son propos. Et manière un peu polémique de montrer que les juifs étaient d’abord considérés comme juifs et non comme allemands, français ou polonais.

Ce témoignage sur la vie des juifs polonais est assez troublant pour un français lambda, car si notre connaissance sur la situation des juifs français pendant la guerre est plutôt bonne aujourd'hui, celle des juifs polonais et de leurs conditions de vie abominables est plus floue. Roman Polanski a décrit une partie de cette histoire dans son film Le Pianiste, mais les sources grand public sur cette partie de l'histoire sont relativement minces. Ainsi, le récit de Vladek illustre combien les combines, les connaissances et aussi la richesse (au moins au début de la guerre, tous les juifs ayant rapidement été spoliés) ont pu constituer des éléments importants pour la survie.

C'est donc un témoignage important qu'offre Art Spiegelman dans cette bande dessinée. Ce livre a d'ailleurs le Prix Pulitzer en 1992, soit un peu l'équivalent d'un Goncourt. Ce qui parait inimaginable pour un auteur de BD français !

Maus, de Art Spiegelmann
Traduit de l'anglais par Judith Ertel
Ed. Flammarion
Repost 0
10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 07:12

Jacques Gamblin, acteur au cinéma et au théâtre, est aussi auteur depuis quelques temps. Et c'est après l'avoir vu sur scène que j'ai eu envie de lire sa prose. Et mon choix s'est porté sur ce petit opus, notamment pour son titre intriguant.

Résumer ce livre est difficile, je me contenterai donc d'exposer la situation initiale. Un homme, dont le femme est enceinte, a l'impression que sa voiture tire à droite. Il fait essayer sa voiture à sa femme et au garagiste, mais tout le monde trouve que la conduite est normale. Mais alors qu'il emmène sa femme à la maternité, notre homme, perturbé par cette sensation, sort de la voiture et court le long de la bande d'arrêt d'urgence...

Par la suite le roman expose les pensées et les réflexions de cet homme qui court, et qui voit différents épisodes de sa vie défiler. Des épisodes toujours très intimes, liés à sa famille, décrits dans un style où on sent la vitesse et le souffle court de celui qui cavale comme un dératé. Le tout dans une construction très libre, avec des sauts rapides d'une pensée à une autre.

Voilà, je serai plutôt court aujourd'hui, car j'ai assez de mal à expliquer ce qui m'a plu dans cette lecture. J'ai été emporté par cette lecture, j'ai lu ce petit ouvrage d'une seule traite, avec le plaisir de suivre les tribulations du cerveau de cet homme qui détale. Et l'idée de rythmer ce récit par la lecture des bornes kilométriques rencontrées est une bonne idée.

C'est un texte qui pourrait tout à fait être adapté au théâtre, je ne sais pas si Jacques Gamblin en a fait une adaptation ou pas. Mais cela mériterait le détour !

 

Entre courir et voler il n'y a qu'un pas Papa, de Jacques Gamblin

Ed. Pocket

 

Repost 0
8 mai 2008 4 08 /05 /mai /2008 06:50

Agatha Christie est à la mode. Surtout pour les Pascal ! Après les adaptations de Mon petit doigt m'a dit et l'Heure Zéro par Pascal Thomas, c'est Pascal Bonitzer qui s'y colle avec ce Grand alibi tiré de Le Vallon. L'auteur de Petites coupures, film qui m'avait enthousiasmé lorsque je l'avais vu sur ma petite télé (c'est dire ! ) répond à une commande pour ce film. Et ça se sent !

L'intrigue : extrêmement classique !  Le sénateur Pages et sa femme reçoivent quelques-uns de leurs amis : le professeur Pierre Collier et sa femme, Philippe et celle qui attire tous ses regards, Esther. Problème : Esther est la maîtresse du professeur ! Et c'est sans compter sur l'arrivée de Léa, actrice italienne en vogue, ancien grand amour de Pierre. Tout est réuni pour le drame : l'assassinat de Pierre Collier…

Voilà un début on ne peut plus classique et malheureusement le reste est de la même facture : un film relativement agréable, qui se laisse voir, mais qui ne réserve pas de surprises ! Scénario très classique, la seule question étant de savoir qui a tué le professeur, ce dont finalement on se moque souvent dans un film de ce type. L'ambiance ne s'installe pas, on navigue d'un hôpital à une chambre d’hôtel, pour revenir au manoir du départ. Là où l'Heure zéro avait le mérite de planter un décor et de s'y tenir, et de ce fait de créer une ambiance électrique (ce dès les premières scènes entre Melvil Poupaud et Laura Smet), tout se dilue ici dans une atmosphère bourgeoise et une enquête un peu pépère dont on attend tranquillement le dénouement. Même les personnages ne semblent pas très apeurés par ce qui leur arrive !

Le second meurtre du film, un peu cruel et qui aurait pu apporter du piquant, est très aseptisé. Contrairement à l'Heure Zéro, le plaisir de trouver le meurtrier est absent. Je suis resté très loin de cette affaire de meurtre.

Bon, il y a un point positif, qui est un casting intéressant, même s'il manque lui aussi parfois de surprise. Arditi joue un sénateur comme il en joue beaucoup, Lambert Wilson joue un peu trop de son charisme à mon goût, même s'il a de quoi faire, Caterina Murino joue un rôle très proche de celui qu'elle tient dans Ciao Stefano, à quelques nuances près. Et Valeria Bruni-Tedeschi semble jouer toujours le même personnage, ce qui commence à être troublant !

Je viens enfin aux points positifs : la découverte de Matthieu Demy, très drôle en trentenaire alcoolique et amoureux transi, la confirmation d'Anne Consigny, qui mériterait qu’on la voit un peu plus sur les écrans, et une prestation très amusante de Miou-Miou, certainement celle qui s'en tire le mieux. Mention aussi à Céline Salette, qui arrive à donner une épaisseur à son personnage.

Bon, voilà donc un film décevant car tout y est très prévisible, cela se laisse voir car les acteurs sont bons, mais le scénario est vraiment assez poussif. Si rien d'autre ne vous tente, allez-y, mais je pense qu'il y a d'autres films intéressants à voir en ce moment. Et dans le même genre, l'Heure Zéro est bien plus réussi !

Repost 0
6 mai 2008 2 06 /05 /mai /2008 17:52

Il y a quelques semaines, j'ai eu le plaisir d'assister à une représentation théâtrale lors de laquelle Jean-Louis Trintignant et trois autres acteurs (dont Clémentine Célarié) lisaient, ou plutôt jouaient, des textes du Journal de Jules Renard et de Jean-Michel Ribes. Connaissant un peu le travail du second et pas du tout celui du premier (hormis Poil de Carotte, lu dans ma jeunesse), j'ai été attiré par une BD de Fred qui a pour base de travail le dit Journal.

Dans cette version dessinée, puisqu'il s'agit d'une bande dessinée, Fred imagine les pérégrinations de Jules Renard à travers la campagne, et les discussions qu'il a avec un corbeau. (eh oui, les corbeaux parlent !). Au long des pages de cette BD, Jules nous fait part de ses petites réflexions sur l'existence, et n'hésite pas à être cruel envers ses semblables. Certaines sont prétexte à réflexion, comme cette réponse qu'il fait a corbeau qui lui reproche de trop réfléchir :

"Il faut toujours casser la glace qui se reforme dans le cerveau pour l'empêcher de geler".

Mais derrière l'aspect comique des réflexions se cache un certain pessimiste et une légère misanthropie. On sent un écrivain conscient de sa situation, un peu méprisé par ses contemporains et qui espère que sa postérité sera assurée. Ainsi, il se compare à un cochon : 

"Il y a des moments où je me sens très proche de lui (du cochon). Eh oui, cochon, toi et moi, on sera appréciés après notre mort".

Le trait noir et blanc et très simple de Fred sied particulièrement bien au sujet. Les seuls éléments de dessin sont le paysage, le corbeau, Jules Renard stylisé et les personnages qu'ils croisent. Outre le cochon cité plus haut, on y croise un borgne avec un chien borgne ou un chasseur qui tue les souris qui mangent les cerises sur les arbres.

Cette deuxième approche m'a donné envie de découvrir d'un peu plus près l'oeuvre de Renard (Pas Bertrand, Jules !) (Bon, je sais, cela n'en fera rire que quelques uns, mais il faut bien assumer quelques blagues moyennes, non ?). Je ne sais pas encore quels titres choisir, car peu ont laissé une trace aujourd'hui, mais je compte bien sur quelques propositions pour me guider...


Le Journal de Jules Renard, lu par Fred

Ed. Flammarion - Roman BD


Repost 0
4 mai 2008 7 04 /05 /mai /2008 07:12

Ma contribution pour le crossover de Thom a pris du retard, mais la voici enfin.  Merci Thom pour le mois de rab !

 

Voici donc un billet sur le texte de Stig Dagerman et son interprétation par les Têtes Raides.  Cela fait plusieurs albums que les Têtes Raides mettent en musique ou reprennent le texte d’un écrivain français ou étranger.  Mais celle présente sur leur dernier album est une oeuvre magistrale.

Notre besoin de consolation est impossible à rassasier est un texte d'une dizaine de pages. Ce texte a été écrit en 1952, et est le dernier ouvrage publié du vivant de l'auteur suédois, qui se suicide deux ans plus tard. Ce texte est sombre, et interroge notre relation à la vie terrestre, et aux petits plaisirs que nous y trouvons, aux "consolations" qui rythment notre existence. Dans ce texte magnifique, Dagerman expose la fatuité de la vie, du travail, de l’écriture, et s’insurge contre ce que l’homme a fait de sa vie : un moment de labeur. Pas de complaisance de la part de l'auteur envers ses congénères ni envers lui-même, comme vous pouvez le voir dans le petit extrait ci-dessous.

« Puisque je suis au bord de la mer, je peux apprendre de la mer. Personne n’a le droit d’exiger de la mer qu’elle porte tous les bateaux, ou du vent qu’il gonfle perpétuellement toutes les voiles. De même, personne n’a le droit d’exiger de moi que ma vie consiste à être prisonnier de certaines fonctions. Pour moi, ce n’est pas le devoir avant tout, mais la vie avant tout. Tout comme les autres hommes, je dois avoir droit à des moments où je puisse faire un pas de côté et sentir que je ne suis pas seulement une partie de cette masse que l’on appelle la population du globe, mais aussi une unité autonome. »


Dix pages lues pour un lecteur lambda, cela fait vingt minutes de musique pour les Têtes Raides, puisque le texte est lu dans son intégralité sur CD … et sur scène ! Et c’est une performance extraordinaire. Pendant vingt minutes, ce texte pessimiste nous emporte dans un autre univers, où l'auditeur est bercé par une musique lancinante avant que les saxophones ne fassent monter la rage et la colère. Une première fois, l'orchestre semble prendre l'ascendant sur le conteur, avant de se calmer. Puis c'est une rage terrible qui s'empare de tous les instruments, et qui laisse le spectateur ébahi. 

 

Ce texte mis en musique par les têtes raides est l’un de leur plus grands morceaux. Et avoir le culot de le jouer en intégralité sur scène est une preuve de leur intégrité artistique. Et un groupe qui commence un concert par le mot "Merde" ne peut être qu'un groupe formidable !


Petit historique des autres adaptations des Têtes Raides


A ma connaissance, la première adaptation est celle d’un poème de Robert Desnos, « L’amour tombe des nues », sur leur album Le bout du toit. Cette chanson met en scène une sorcière condamnée au bûcher, et qui parvient à y échapper grâce à une averse bienvenue (un peu comme Tintin et son éclipse de soleil !). Et tous ses détracteurs finissent par tomber sous le charme de cette sorcière, nue sur le bûcher. Une très jolie mise en musique de ce poème de Desnos.


Ils reprennent ensuite un texte de Kateb Yacine dans Chamboultou, « Dans la gueule du loup ». Ce texte est un coup de gueule de Yacine, écrivain algérien, sur le silence des français qui ont assisté aux répressions des manifestations des algériens, en les renvoyant à leurs propres révolutions. Dans l’album suivant, Gratte Poil, c’est un poème de Norge, poète belge, qui est mis en musique. « Ennemis » traite des relations avec les étrangers, ici entendus comme ceux qui ne sont pas du même village.


C’est ensuite Philippe Soupault, poète proche de Breton, qui est l’objet d’un montage sur l’album Qu’est-ce qu’on se fait chier. Les auteurs sont partis de différents textes de Soupault pour effectuer un montage sonore à partir de ces extraits. C’est déroutant au premier abord, mais cela me touche à chaque fois.


Pour l’album Fragile, ils ont repris une chanson de Boris Vian, « Je voudrais pas crever ». Dans un son plus électrique, cette chanson montre la révolte face à une vie trop courte, enfermée dans des convenances et un manque de curiosité. Ci-dessous un extrait plutôt "doux" de la chanson en question.


« Je voudrais pas crever

Sans savoir si la lune

Sous son faux air de thune

A un côté pointu

Si le soleil est froid

Si les quatre saisons

Ne sont vraiment que quatre… »

Comme vous l’avez certainement constaté, les choix des textes à adapter sont très cohérents : des textes critiques envers la société, ou des poèmes surréalistes, qui sont à leur manière aussi des espaces de contestation.


Je peux donc que vous inciter à découvrir ces textes, en particulier le premier cité, soit sur le dernier disque des Têtes raides, soit sur papier. Et j’espère qu’ils continueront longtemps à mettre en musique d’aussi beaux textes.

 

Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, de Stig Dargerman

Traduit du suédois par Philippe Bouquet

Ed. Actes Sud

Repost 0