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16 juin 2008 1 16 /06 /juin /2008 07:11

Fred Vargas accompagnée pour une aventure du Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg ? Oui, par un dessinateur, car cet épisode n'est pas seulement un roman, mais une bande dessinée. Et cet alliage entre les histoires policières de Vargas et le dessin est très plaisant.

L'intrigue ? Deux jeunes, Vincent et Grégoire, vivent des braquages qu'ils commettent. Mais après s'en être pris à un vieux, comme ils disent, ils découvrent dans son sac 30000 francs, mais aussi des restes humains : cheveux, dents cassés,... L'inquiétude monte, jusqu'à l'assassinat de Vincent. Assassinat d'autant plus inquiétant qu'on trouve sur la cuisse du macchabée un signe évoquant le bélier, tueur en série qui sévit dans la région.

Le scénario est très classique pour un Fred Vargas : Grégoire est un jeune homme qui vit dans une famille coupée du monde. Tous sont obnubilés par le rêve de leur père : reconstituer la fontaine des Quatre fleuves de Rome, à l'aide de canettes et de capsules. On se retrouve donc plongé dans cette famille, avec le père, les quatre fils (quatre comme les fleuves) et les deux belles-soeurs. Famille qui se sert les coudes et fait tout pour protéger Grégoire.

On y retrouve également l'aspect ésotérique déjà présent dans un roman comme Pars vite et reviens tard : un homme qui se prend pour l'élu, qui a mis sous sa coupe une jeune fille qu'il utilise à son gré. Un grand maniaque qui marque l'histoire de sa sombre stature.

Mais plus que l'histoire de Fred Vargas, j'ai apprécié le dessin de Baudouin, que je ne connaissais pas : un dessin âpre, parfois tourmenté, comme je m'imagine les héros de Vargas. Adamsberg le solitaire, visage émacié, (et ne ressemblant pas à José Garcia qui a tenu le rôle dans le film tiré de Pars vite et reviens tard). Danglard le père de famille alcoolique, bouffi, parfois perdu par les raisonnements labyrinthiques d'Adamsberg. Même les bâtiments sont tordus, comme l'amphithéâtre d'Orange. Le dessin en noir et blanc sert parfaitement cette histoire, et apporte une plus-value indéniable à celle-ci.

Une nouvelle approche de l'oeuvre de Fred Vargas par cette BD, un travail à deux qui permet un oeil nouveau sur des personnages déjà familiers.

Déjà lu de Fred Vargas :
Debout les morts, sans Adamsberg.

 

Les quatre fleuves, de Fred Vargas et Baudouin

Ed. Viviane Hamy

 

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14 juin 2008 6 14 /06 /juin /2008 07:44

Un homme vient d’être enterré. Autour de lui sa famille proche : son frère, venu de San Francisco, sa fille Nancy et sa seconde épouse, ses deux fils,… Alors que certains rendent hommage à ce membre de la famille, d’autres ne disent rien. Car la vie de cet homme est marquée par des événements qui l’ont profondément marqué : trois mariages, dont un gâché, trois enfants, dont deux qui le détestent, et un frère vu comme un modèle inatteignable.

 

Mais surtout, cet homme a vécu sa vieillesse comme une lente déchéance, et un combat contre la maladie, qui l’a forcé à passer sur le billard tous les ans ces dernières années. Et la mort, qui l’a entouré toute sa vie, a fini par s’abattre lentement sur lui.

 

Le héros de Philip Roth est un anonyme. A aucun moment on ne connaît son nom ni son prénom, même si sa vie et sa famille sont présentées de manière très détaillée. Le fait de ne pas connaître le principal protagoniste de ce roman provoque un effet de détachement qui en rend la lecture troublante. En effet, à plusieurs moments, la voix utilisée, celle d’un narrateur omniscient, est semblable à celle du héros inconnu. Et la narration, qui mêle éléments passés et présents, qui navigue entre différents âges du héros, crée une impression de flou, alors que le roman tourne autour du même personnage principal.

 

Mais au final, la construction du roman fait apparaître une réelle unité : celle d’un homme, qui a vécu sa vie de manière insouciante, et qui en fin de vie doit combattre la maladie. Ce livre n’est pas tant un livre sur la mort, même si elle ouvre le roman, qu’un livre sur la vieillesse, la maladie et la déchéance. Ceci est notamment sensible lorsque le narrateur présente la vie du héros dans les pavillons réservés aux personnes âgées. On y sent toute la détresse du personnage principal, qui voudrait retrouver sa jeunesse mais qui sait pertinemment qu’elle est inaccessible.

 

Philip Roth, éternel nobélisable, signe un livre très émouvant, où la sensibilité affleure à tout moment. Et il ne s’éloigne pas non plus de manière radicale de ses livres précédents, dans lesquels  l’histoire des Etats-Unis tient une grande place. Les passages où il décrit le travail de bijoutier de son père m’ont fait penser à ceux qui décrivent le travail du cuir dans Pastorale Américaine.

 

Un grand livre donc que cet opus sur la maladie et la vieillesse, émouvant sans être dramatique. Et c’est là que réside la force de Philip Roth.

 

L’avis de Laiezza et celui de Thom, qui a découvert le titre de ce roman qui a fait l’objet de la dernière énigme du Biblioblog (qui je vous le rappelle, décerne à la fin du mois le prix Biblioblog 2008).

 

Extrait :

« Quand il avait fui New York, il avait élu domicile sur la côte parce qu’il avait toujours adoré nager dans les rouleaux et braver les vagues, et puis parce que cette partie du littoral était associée pour lui à une enfance heureuse ; en outre, même si Nancy ne venait pas vivre auprès de lui, il ne serait qu’à une heure de chez elle ; enfin, vivre dans un environnement relaxant et confortable ne pouvait qu’être bon pour sa santé. Il n’avait pas d’autre femme que sa fille dans sa vie. Le matin, avant de partir au travail, elle ne manquait jamais de l’appeler ; mais par ailleurs, son téléphone sonnait peu. L’affection des fils qu’il avait eus en premières noces, il avait cessé de la rechercher ; il n’avait jamais bien agi envers eux, ni envers leur mère, et, pour résister à leurs sempiternels griefs et à leur version du roman familial, il aurait fallu une combativité qu’il n’avait plus dans son arsenal. Une combativité qui avait fait place à une immense tristesse. S’il cédait, certaines longues soirées de solitude, à la tentation de les appeler, l’un ou l’autre, il en ressortait plus triste encore, et défait. »

 

Un homme, de Philip Roth

Traduit de l'anglais par Josée Kamoun

Ed. Gallimard

 

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11 juin 2008 3 11 /06 /juin /2008 20:15

"Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi" : cette phrase rythme le premier chapitre, puis revient à plusieurs reprises dans le texte. Sur toi ? Sur la mère du narrateur, qui vient de mourir. Et cette mort plonge le narrateur dans des abîmes de perplexité : que se passe t-il une fois le cercueil fermé ? Et comment vit-on avec le chagrin qui suit la mort de sa maman ?

Pour continuer, il se réfugie dans un monde où il rencontre les personnages qui pourront le soulager : le géant Jack, qui lui prête un bout d'ombre pour tenir le coup, un acacia qui tiendra compagnie à sa mère. Et peu à peu, il parviendra à prendre le dessus.

Ce roman du chanteur du groupe Dionysos est vraiment un très beau moment de lecture. Sur un sujet très délicat, Mathias Malzieu parvient par le biais du fantastique à écrire une oeuvre intime, personnelle, émouvante. L'ensemble est sensible, sans aucun temps mort, et le tout se lit d'une traite.

J'ai été touché par cette écriture, par cette autobiographie originale qui traverse tous les sentiments et toutes les périodes difficiles qui accompagnent un deuil. La rencontre avec le géant Jack, "docteur en ombrologie", permet de prendre la distance nécessaire vis à vis de l'événement fondateur du livre. On suit ainsi un jeune homme, en train de s'épanouir dans sa passion musicale, redevenir un enfant perdu dans un monde d'adulte qu'il ne comprend pas. Les réactions, pleines de force et de retenue, de son père ou de sa soeur lui paraissent ainsi surhumaines. L'incursion du fantastique permet également de faire naître des moments poétiques, comme celui où Jack fait tomber de la neige dans le jardin en plein été.

C'est vraiment un ouvrage que je recommande chaudement, car il est modeste, très personnel et aucunement voyeur. Un beau témoignage d'une période traumatisante.

On retrouve d'ailleurs Giant Jack dans la première chanson du disque de Dionysos, Monsters in love

L'avis du Biblioblog, emballé aussi par cet ouvrage.

 

Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi, de Mathias Malzieu

Ed. J'ai Lu

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9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 11:13

Sofia, gamine de dix ans, habite avec ses parents, sa grande sœur et son petit frère en Picardie. Avide de savoir, elle est bonne élève et heureuse de vivre en France. Mais des soucis financiers obligent ses parents à partir au Maroc, d'où ils sont originaires. Ce que Sofia ne comprend pas. Elle n'aura ensuite plus qu'un rêve : revenir en France, pays dont elle possède la nationalité.

Voici un film intéressant, qui porte un regard sans concession sur l'immigration et la tradition. Sans concession car ce film ne fixe pas là où se situent le bien et le mal, mais laisse le spectateur avec ses interrogations, ses doutes.

Sofia fait tout ce qu'elle peut pour retourner dans ce pays qu'elle a quitté de force : elle étudie beaucoup, et son rêve de retour est son seul moteur. Elle appuie ses envies de départ en adoptant une attitude contraire aux traditions marocaines : elle quitte autant que possible la maison, endroit féminin, pour aider son père aux champs, n'hésitant pas à prendre place sur le tracteur. Elle refuse le mode de vie proposé par sa mère et sa sœur, et s'insurge contre Amar lorsque celui-ci parle de mariage à son père sans lui demander son avis.

On y sent l'attraction que peut exercer la France sur une jeune fille qui rêve de changements, mais aussi la répulsion que ce pays exerce sur ceux qui y ont vécu. Ainsi, comment ne pas donner (en partie) raison à ceux qui disent à Sofia de profiter de la vie au Maroc, car elle ne sera jamais considérée comme une vraie citoyenne en France. Que doit-elle donc faire : partir ou rester ? On se situe tout au long du film dans un sentiment d'entre-deux, légèrement dérangeant, avec un regard de spectateur occidental qui a envie que cette gamine ne succombe pas aux traditions jugées réactionnaires de ce côté-ci de la Méditerrannée, comme les mariages arrangés, mais qui en même temps ressent une légère honte vis à vis du sort réservé aux immigrés. D'autant plus que dans le cas de Sofia, malgré sa nationalité française et sa volonté de réussite, on sait très bien qu'elle n'échappera pas aux stigmatisations liées à son nom ou à son physique s'elle revient dans le pays où elle est née. Et il est vrai que notre gouvernement ne fait rien pour nous aider à effacer cette honte, vu la manière dont il traite les immigrés, avec cette chasse aux sans-papiers immonde.

A souligner également dans ce film la présence magnétique de Hafsia Herzi, qui après la réussite de La graine et le mulet, confirme son talent et montre qu'elle a le potentiel pour devenir une figure majeure du cinéma française. Prestation également très impressionnante de Farida Khelfa, qui joue une mère intransigeante et aimante. Et également à la réalisatrice et scénariste, Souad El-Bouhati, qui malgré une fin rapide mais intelligente, parvient à maîtriser un sujet aussi difficile pendant une heure et demie. Pour un premier long-métrage, c'est une belle réussite !

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7 juin 2008 6 07 /06 /juin /2008 22:35

Manu Larcenet poursuit les aventures de Marco, le héros du Combat ordinaire, dans un quatrième tome, Planter des clous.

On y retrouve donc Marco, installé avec sa compagne vétérinaire, mais surtout avec une petite fille, Maude, venue emplir son quotidien. Dans ce tome, il retourne aux chantiers navals où a travaillé son père, pour suivre la lutte des ouvriers qui veulent sauver leurs emplois.

Présents dans les épisodes précédents, Marco n'a pas perdu ses vieux démons : les rencontres avec le psy rythment en effet le récit. Néanmoins, les crises d'angoisse, mémorables dans les trois premiers tomes, sont cette fois absentes. Un effet positif de la paternité ?

L'essentiel de l'ouvrage a néanmoins pour cadre ce chantier qu'il connaît par coeur, que ce soient les lieux ou les ouvriers. Et il est sensible qu'il n'arrive pas à considérer ce reportage comme un reportage classique. Il sait que c'est l'avenir des anciens camarades de son père qui est en jeu. Certains craignent d'ailleurs l'arrivée d'un "Mickeyland" !.

Ce tome est dans la même veine que les précédents : lucide, parfois désabusé, mais avec une pointe d'humour qui rend tout ceci extrêmement émouvant. Et l'implantation du récit dans la réalité ne fait qu'aider l'immersion dans cette excellente série. Par exemple, l'annonce des résultats de la présidentielle dans un bar du chantier le plonge dans un profond désarroi, quand il entend les futurs licenciés se réjouir de l'élection de Sarkozy qui doit permettre à "la France de se relever". Désarroi que je partage complètement, et que je trouve très bien rendu.

Bref, comme je vous avais recommandé les trois premiers tomes, je ne peux que faire de même pour cette suite.

Tamara en a parlé également.

 

Planter des clous, Le combar odinaire T.4, de Manu Larcenet

Ed. Dargaud

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3 juin 2008 2 03 /06 /juin /2008 10:41

Quatrième aventure de l'homme au fouet et au chapeau, qui a cette fois pour cadre les civilisations d'Amérique du Sud. Le brillant archéologue est à la recherche d'un objet disparu, un crâne de cristal, alors qu'il sous la menace des troupes du KGB qui espèrent mettre la main dessus...

Etant trop jeune pour avoir vu les premiers épisodes au cinéma, je me faisais un plaisir de voir sur grand écran Harrisson Ford éviter au moins 300 tirs qui le visent directement, sauter au dessus des ravins, échapper à tous les pièges possibles, tout en réflechissant aux énigmes qui le mèneront à ce crâne. Malheureusement, ce plaisir est loin d'avoir été totalement trouvé.

Tout d'abord, le scénario est faiblard. Ce n'est rien dévoiler du film de dire que ce quatrième volet pourrait s'intituler "Indiana rencontre ET". Et l'utilisation des extra-terrestres dans une telle aventure est souvent la preuve du manque d'imagination des scénaristes. Bah oui, puisqu'il y a des extra-terrestres, tout est possible, donc pas besoin de se poser trop de questions. En plus, on assiste à une explosion atomique dans une ville en plastique : pourquoi cette explosion ? Comment cette ville a été construite ? On peut toujours attendre !

Deuxième point négatif, la recherche de l'archéologue se fait en deux minutes chrono. Hormis une scène devant sa bibliothèque, et une autre dans la cellule d'un sanatorium, tout le reste du film est une longue course poursuite entre communistes et capitalistes. Ce qui fait relativement peu.

Enfin, les personnages sont relativement caricaturaux : Cate Blanchett, qui joue l'ennemi communiste, ne sort jamais de son rôle de grande méchante avide de connaissance. A part une trahison au début du film, pas la moindre trace d'agents double, de coups tordus. Bref, on suit cette quête qui se résume à dompter les éléments naturels (chutes d'eau, fourmis,...) sans véritable passion.

La seule scène que j'ai apprécié, et qui fait naître un peu de crainte est celle dans le vieux cimétière péruvien, plutôt bien mise en scène. Et heureusement qu'Indiana a toujours un minimum d'humour, et que le fils qu'il se découvre parvient à apporter de la légereté à un ensemble un peu boursouflé.

Bref, malgré quelques moments intéressants, l'ensemble m'a paru fade, et tiré par les cheveux. Dommage !

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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 14:55

Ce sont sept histoires de filles. De filles, parfois de femmes, des africaines du nord, dans leur pays ou immigrées, et à des époques différentes. Mais ces sept histoires ont un point commun : raconter l'enfermement de ces filles, dans la tradition, dans l'histoire de leur pays. Sept nouvelles émouvantes qui racontent chacune une histoire singulière.

Dans plusieurs nouvelles, il est question de l'honneur de la femme : que ce soit l'honneur remis en cause par la rumeur des villageoises (La fille avec des Pataugas, la fille des collines), par la prostitution (La fille et la maison close). Il est aussi question des violences faites aux femmes, physiques (La fille dans l'arbre) ou psychologiques (La fille et la photo). Leila Sebbar n'hésite pas non plus à fustiger la fermeture des femmes qui ne jurent que par la religion, le voile étant l'élément le plus important de leur vie (La fille au hijeb). Et le recueil se termine par une nouvelle plus poétique et optimiste, avec des rêves de mariage et d'évasion (La fille en prison).

Ces sept nouvelles sont aussi émouvantes les unes que les autres. On ne peut s'empêcher d'éprouver de l'empathie pour ces filles, abandonnées souvent dans un milieu hostile et qui trouvent les secours qu'elles peuvent, dans la religion ou la fuite dans le maquis (mais n’est-ce pas au fond la même chose ?). Une vraie belle découverte avec ce recueil, à la fois très poétique et très contemporain, car si certaines nouvelles sont datées, le message véhiculé par l'ensemble est universel.

Vraiment, un recueil à ouvrir sans hésitation si vous le croisez un jour.

Merci à Dédale d'en avoir parlé sur le Biblioblog, ici et , car ses billets m'ont donné envie de découvrir cet auteur, et je l'en remercie.
 

 

Sept filles, de Leïla Sebbar

Ed. Thierry Magnier

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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 08:19

Avec Entre les murs (et La frontière de l'aube de Philippe Garel), le dernier film d'Arnaud Desplechin (le frère de Marie, la romancière) était un des films français présentés à Cannes. Il n'est pas reparti totalement bredouille, puisqu'il a permis au jury d'offrir un prix spécial à l'une des actrices du film, Catherine Deneuve. Et surtout, il est sorti en salles avant la remise des prix, ce qui a permis de se faire sa propre idée auparavant. Et de savoir de quoi on parle, puisqu'on l'a vu. Contrairement à Entre les murs, que personne n'a vu, mais que beaucoup ont déjà jugé (je parle du film, pas du livre). Mais je m'égare, et revenons à notre féerie roubaisienne.

Pourquoi roubaisienne ? Car c'est le sous-titre du film, et car c'est là que se situe l'action du film. Dans une grande demeure, habitée par Abel et Junon. Malheureusement, Junon est atteint d'une maladie grave, et espère qu'un de ses trois enfants encore vivants, ou un de ses petits-enfants, sera compatible pour une greffe. La maladie de Junon est donc une occasion rare de réunir toute la famille : la fille aînée et son fils dépressif, le frère banni par sa soeur, et le benjamin insouciant.

Arnaud Desplechin s'accompagne de sa troupe habituelle, à laquelle il adjoint quelques nouveaux venus, comme Anne Consigny. Dans ce film familial, le réalisateur essaie de figurer les rouages qui peuvent amener une famille à avoir des relations conflictuelles. Entre le poids du frère aîné mort à six ans et que personne n'a pu sauver, les amours enfouis et les haines incomprises, des fantômes hantent ce film. Mais ces fantômes restent invisibles, et découvrir la source du malaise est presque impossible.

Quelques uns essaient de se voiler la face, jusqu'à l'explosion, comme Hippolyte Girardot (le mari de la soeur ainée). D'autres continuent à vivre, sans se poser trop de questions, comme Melvil Poupaud le benjamin, ou Emmanuelle Devos, la nouvelle compagne du cadet. Et il y a ceux au centre du conflit, Anne Consigny et Matthieu Amalric, la soeur et le frère qui se détestent. Au dessus, les parents essaient de coller les morceaux, tant bien que mal.

Ce film parle de la transmission, de parents à enfants mais aussi d'enfants à parents. Parle d'amour, parfois en l'abordant par la haine, mais ce n'en est que plus troublant. Ainsi, lorsque la mère dit ne pas aimer son fils, et que celui-ci lui annonce que c'est réciproque, la situation est tragique et burlesque, mais elle questionne sur notre rapport à l'amour. Surtout l'amour familial : est-il normal ? Est-il dû ? Est-ce une honte de ne pas aimer sa famille proche ? Questions qu'il m'arrive parfois de me poser...

La force de Desplechin est également d’insinuer beaucoup de rires et de sourires dans cette histoire très sombre. Les personnages, notamment celui de Matthieu Amalric, sont tellement outrés qu'ils en sont drôles. Il y a bien une petite longueur sur une histoire annexe avec Chiara Mastroianni, mais c'est vraiment le seul reproche que je ferais. Tous les acteurs sont d'ailleurs formidables, avec une palme à Jean-Paul Roussillon, émouvant en père perdu entre des enfants qui ne s'aiment pas et une femme capricieuse, mais qu'il aime profondément. Cela se sent à l'écran !

Je ne suis pas sorti bouleversé du film, mais il a mûri et après une semaine d'infusion, je pense que c'est un grand film. Pas d'esbroufe, juste des humains, qui se battent comme ils peuvent. Vraiment, un film à voir ! Et certainement à revoir !

Et le joli commentaire de Rob Gordon ici .

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28 mai 2008 3 28 /05 /mai /2008 11:50

Première rencontre avec Patrick Kenzie et Angela Gennaro, deux détectives privés de Boston. Patrick Kenzie reçoit du travail de la part du sénateur Mulkern. Ce dernier accuse une femme de ménage, Jenna Angeline, d'avoir dérobé des documents confidentiels. Il demande donc à Patrick de mener l'enquête pour retrouver les documents. Mais le meurtre de Jenna, et les documents découverts font que Patrick se sent obligé de poursuivre son investigation, à ses risques,et périls, et à ceux de Angela...

Quel plaisir que de se plonger dans ce livre ! On se retrouve dans une ville déjà rencontrée dans Mystic River (enfin, pour l'ordre de ma lecture, pas celui de parution), mais le traitement y est complètement différent. Les ambiances de poisse, d'humidité et de délabrement sont présentes, le thème du livre fait bien sûr penser à Mystic River, mais les deux traitements sont très différents.

Ici pointe surtout l'humour du narrateur, Patrick, et de sa comparse. Alors qu'ils se mettent dans des situations désespérées, qu'ils risquent leur vie quatre ou cinq fois dans le roman, ils ne cessent de prendre la situation au second degré. Même lorsqu'il a un revolver sous le menton, Patrick plaisante de la sucette dans la bouche de son agresseur. Certainement pour fuir la peur, mais cela rend le ton du roman très original.

Lehane est très fort pour créer des atmosphères. Ici, on y sent la peur d'être suivi, l'angoisse du gibier qui ne sait pas quel est le prédateur le plus dangereux : Socia, le leader de la bande des Saints, dont un des membres a déjà cogné Patrick ? Ou son fils de 16 ans, Roland, qui dirige la bande rivale ? A moins que ce ne soient leurs clients ou les flics qui les aident. Même ceux censés les aider ne sont guère rassurants, tel Bubba, monstre asocial fait de muscle et de peu de cervelle.

Le fait que l'histoire soit racontée par un des héros est également surprenant. Alors que je m'attendais soit à un récit à deux voix, soit à un narrateur omniscient, l'histoire est racontée du point de vue d'un des deux protagonistes. Ce qui donne au roman une patte inhabituelle pour un roman policier.

Je n'avais pas lu grand chose avant d'ouvrir cet excellent roman, et le titre peut emmener le lecteur sur de multiples pistes : roman de guerre, mais laquelle ? Et alors qu'on ne sait pas trop à quoi s'attendre, la piste suivie par Lehane est très intéressante.

Maintenant, place aux remerciements : tout d'abord, à Emeraude qui m'a offert ce livre dans le cadre du swap Noir c'est noir, lors duquel j'avais dit avoir envie de découvrir l'univers de Lehane. Merci aussi aux deux organisatrices, Stéphanie et Fashion, qui ont fait cela d'une main de maître.

Et mention aux Chats de Biblio, puisque Dennis Lehane est encore pour quelques jours l'Aristochat des mois d'avril et mai. (où se trouve même la bio de Lehane, rédigée par Thom). La critique du livre par Gaël, Laiezza, Sandrounette et Sandriiine ici, et celui de Thom et Claude . (Bah oui, chez les chats, ils font deux articles pour le même roman ! Comment gonfler les stats !)
Et également à Tamara, qui l'aussi reçu lors du swap, et qui a également aimé.

 

Un dernier verre avant la guerre, de Dennis Lehane

Traduit de l'anglais par Mona de Pracontal

Ed. Rivages - Noir

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26 mai 2008 1 26 /05 /mai /2008 10:55

Quoi de plus intéressant pour un blog qui parle de livre et de cinéma qu'un film basé sur un roman ? Et qui reçoit la palme d'or au festival de Cannes ? D'autant plus lorsqu'on connaît l'oeuvre originale (Entre les murs de François Bégaudeau) et qu'on a une affection pour le réalisateur (Laurent Cantet qui a signé le remarquable Ressources humaines, qui a permis de découvrir Jalil Lespert) ? Pas grand chose me direz-vous ? Et je suis bien d'accord.

Comme je n'ai pas le privilège d'assister aux projections cannoises, je ne peux pas vous parler du film qui n'est pas encore sorti en salles. Mais je peux vous parler du livre que j'ai lu l'an dernier, mais dont je n'ai pas parlé ici, car lu avant l'ouverture de ce blog.

Entre les murs est une fiction avec une base autobiographique. Pour être plus clair, François Bégaudeau a été professeur pendant presque dix ans en collège, et il raconte la vie d'une classe de ZEP tout au long de l'année scolaire. Bien sûr, il utilise certainement des anecdotes ou des situations vécues mais tout ceci est une fiction. Nous ne sommes pas ici en présence d'un travail documentaire ou d'un étude sociologique (pas plus que le film d'ailleurs).

Entre les murs, car l'auteur prend le parti de ne décrire que ce qui se passe dans le collège : pas de présentation des vies personnelles en dehors de ce qui se dit en salle des professeurs, les vacances ne sont considérées qu'en tant que cible à atteindre, etc. L'action se déroule donc entre salle de classe et salle des professeurs : on est dans un monde clos, parfois un peu enfermé, mais où transparaissent toutes les composantes de la société actuelle : les problèmes familiaux, sociaux, les difficultés liées au racisme,... Ce lieu, même s'il est fermé, est le réceptacle de toutes les tensions sociales.


Le narrateur est ici le professeur, qui parle alternativement de sa classe ou de ses collègues. Il est parfois distant, parfois cynique, et n'hésite pas à charrier les élèves. Pourtant, je ne peux pas dire que j'ai senti de l'antipathie de la part de ce prof vis à vis de ses élèves : j'ai trouvé qu'il avait avec eux un rapport d'adulte, qu'il n'essayait pas d'être misérabiliste. Cette forme de relation, parfois grinçante, est plutôt une façon pour le prof de se protéger face aux élèves et, pour certains d'entre eux, leur détresse sociale. En revanche, le fait de toujours identifier les élèves par leurs vêtements a un côté répétitif qui devient lassant.

Mais ce que j'ai trouvé encore plus intéressant dans ce livre, c'est la vie dans la salle des professeurs. On se rend compte que ce métier est dur, usant. Même en le prenant un peu légèrement comme ici, c'est fatigant de tenir la distance face à des classes de 25, de trouver la bonne réplique au bon moment à chaque instant. On y voit également la difficulté de travailler ensemble et surtout, j'y ai senti que Bégaudeau détruit un mythe qui a actuellement la vie dure : non, on ne devient pas enseignant par vocation. Pas plus qu'on ne devient inspecteur des impôts ou éboueur pour cette raison ! La majorité des profs qui sont là le sont pour avoir de quoi remplir la gamelle, et seraient bien ailleurs s'ils le pouvaient.

Je sais que ce livre est loin de faire l'unanimité, dans le corps enseignant notamment (je n'en fais partie mais le connaît relativement bien), mais je trouve qu'il a le mérite d'ouvrir des débats intéressants. Il ne faut pas tant y voir une aggression contre le métier d'enseignant, ou contre les enseignants, qu'une tentative de description de ce métier si particulier. Description parfois outrée, bien entendu, comme tout ouvrage de fiction. Car ce livre est avant tout une fiction, et je l'ai pris comme cela. Bien sûr, il a quelques défauts, mais ils ne sont pas rédhibitoires. Et, même si c'est une fiction, j'ai refermé ce livre avec le sentiment d'avoir appréhendé une réalité qui m'avait jusque là échappée. Ce qui est un très bon point pour un roman.

Thom en a parlé, mais il a beaucoup moins aimé (c'est peu dire !), et Sylvie avec qui je serai plutôt d'accord.

 

Entre les murs, de François Bégaudeau

Ed. Verticales

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