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17 août 2008 7 17 /08 /août /2008 07:35

Depuis Toy Story et les débuts des studios Pixar, j’ai suivi quasiment toute leur production hormis les tous derniers opus (Cars, apologie de la voiture en contradiction avec le thème de ce film-ci, et Ratatouille). Je m’y suis remis avec la dernière production, Wall-E.

 

Wall-E est un robot spécialisé dans le compactage des ordures ménagères. Le problème, c’est qu’il est seul sur Terre (enfin, seul avec une blatte !). Tous les humains ont quitté la Terre, car l’amoncellement des déchets rendait la planète invivable. Il est seul jusqu'à ce qu’une sonde-robot femelle, nommée Eve, débarque pour essayer de trouver des traces de vie et permettre le retour des humains…

 

Si on accepte de regarder le film en oubliant qu’il est produit par Disney et qu’on se concentre sur l’histoire, le scénario et la technique, ce film est une formidable réussite. En particulier la première partie, où on suit la vie de Wall-E sur Terre, qui collectionne les objets abandonnés par les humains : ballons, briquets, canards pour le bain ou encore poisson qui chante « Don’t worry, be happy ». Cette première partie est truffée de scènes burlesques, la mise en scène des errements du robot sur cette la planète dévastée est formidable. Les paroles sont quasiment absentes mais cela ne nuit en rien, au contraire, à la beauté et au charme de cette première partie. Le seul défaut de cette première partie est scientifique : il faudra m’expliquer comment la photosynthèse peut avoir lieu à l’intérieur d’un frigo fermé et débranché (car il me semble que c’est là qu’est découverte la petite plante, non ?)

 

La seconde partie du film, sur le vaisseau spatial où se regroupent les humains est plus habituelle : on y retrouve les gentils contre les méchants, avec des êtres humains amorphes qui prennent fait et cause pour les gentils. Seuls les robots en réparation amènent un peu de piment dans cette seconde partie.

 

Le message du film est clair : si on ne fait rien pour sauver la planète, l’homme sera obligé de partir dans d’autres galaxies. La société de Wall-E est contrôlée par une unique entreprise, BNL (pour Buy and large) qui dirige à la fois les comportements des consommateurs et les milieux politiques.

 

Un message qu’il est bon d’entendre, mais qui risque d’avoir peu d’effets sur les spectateurs. Car si on prend par exemple Le cauchemar de Darwin, qui dénonçait la pêche des perches du Nil, je ne pense que, depuis, on en voit beaucoup moins chez les poissonniers. Mais plus que la portée du message, Pixar et Disney utilisent ici un créneau qui marche et fait vendre, comme l‘a déjà montré le documentaire de Al Gore. Mais, me direz-vous, c’est le but de Disney que son film soit vu. Soit ! Mais quand je vois dans le générique qu’une dizaine de personnes se sont occupées des produits dérivés et dix autres des parcs à thème, il y a quelque chose qui me trouble. Car comment concilier gestion des déchets et envoi de consommateurs dans des parcs où tout sera fait pour qu’ils achètent ce dont ils n’ont pas besoin ?

 

Bien sûr, j’aurai pu ne pas aller voir ce film produit et distribué par un géant du monde libéral. C’est vrai, mais j’aurai raté un grand moment de cinéma. Maintenant, où situer la limite entre production artistique et caution d’une vision mercantile du monde ? Question vaste et bien souvent sans réponse très précise...

Les impressions de Choupynette.

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15 août 2008 5 15 /08 /août /2008 09:29

L’ouvrage dont il est question aujourd’hui est un document sur la vie des femmes afghanes depuis 30 ans (grosso modo). C'est-à-dire qu’on traverse l’histoire de l’Afghanistan, histoire pour le moins mouvementée : le pays est une royauté, avant l’invasion des troupes russes à la fin des années 70, ce qui donne lieu à une première guerre. Puis on suit l’arrivée au pouvoir des moudjahiddins, avant celle des talibans. Enfin, fin 2001, suite à l’attaque américaine, la situation se libéralise…

 

Après huit ans passés à Kaboul au sein d’organisations humanitaires, Anne Lancelot a décidé de donner la parole aux femmes afghanes, pour qu’elles fassent connaître leurs situations, leurs modes de vie et la façon dont elles ont vécu tous les changements politiques du pays. Elle les laisse donc s’exprimer, même si on sent qu’il n’est pas aisé pour elles de se dévoiler. Anne Lancelot intervient très peu au cours du texte, s’immisçant à quelques minces reprises pour présenter un peu plus longuement ses interlocutrices.

 

Les témoignages sont présentés selon huit chapitres, chacun traitant d’un aspect particulier de la vie de ses femmes : la façon dont elles ont vécu la guerre, l’habillement, le mariage ou l’éducation…Le texte semble directement sorti de la bouche de ses femmes, sans mise en forme et sans stylisation inappropriée. Cette manière de rendre la parole de ses femmes est très honnête, même si cela n’a pas facilité ma lecture (deviendrai-je exigeant ?).

 

Ce livre est très intéressant car il permet d’entendre ce que ses femmes ont à dire sur la façon dont elles ont vu défiler ces trente années. Pour beaucoup, l’exil a été obligatoire, soit à l’intérieur du pays (toutes les provinces n’étant pas sous le joug des mêmes pouvoirs), soit au Pakistan voisin, soit plus loin (Les Etats-Unis pour quelques unes d’entre elles).

 

On sent dans leur propos la difficulté et la précarité de la situation, le fait qu’elles doivent endosser de nombreuses responsabilités vu l’absence des hommes, mais les rares présents continuent à contrôler leurs faits et gestes. Ce qui est surtout frappant est l’abnégation dont elles ont du faire preuve pour surmonter leur désespoir, et pour continuer à se former pour gagner leur vie.

 

Le seul petit reproche que je ferai est le choix des femmes qui témoignent, trop homogène à mon goût : elles sont pour la grande majorité d’entre elles plutôt aisées dans leur pays, travaillant dans des ONG ou au gouvernement. Le témoignage d’une boulangère, dont la vie dépend du tandoori, a été le bienvenu pour montrer une autre facette. Mais c’est un reproche presque anodin par rapport à la force qu’on ressent dans ces témoignages, car je comprends la volonté d’Anne Lancelot de présenter une autre facette de ce pays.

 

J’ai reçu cet essai dans le cadre de l’opération Masse critique organisée par Babelio. Je remercie donc Guillaume, qui s’occupe de cette opération, et les éditions Calmann-Lévy qui acceptent d’envoyer les livres dans le cadre de cette opération.

 

Burqas, foulards,et minijupes, paroles d'afghanes, d'Anne Lancelot

Ed. Calmann-Lévy

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13 août 2008 3 13 /08 /août /2008 07:52

Il y a quelques jours, je vous ai parlé d’un film que j’ai beaucoup aimé, Un millier d’années de bonnes prières. Ce film fait partie d’un diptyque consacré à la jeunesse chinoise immigrée aux Etats-Unis. Après l’opus centré sur Yilan et la visite de son père, voici le second film, La princesse du Nebraska. Et le moins que l’on puisse c’est que l’ambiance du film et mon ressenti ne sont pas exactement identiques !

 

Une jeune femme, Sasha, débarque à San Francisco pour se faire avorter : elle est enceinte d’un chanteur chinois resté à Pékin. Arrivée à San Francisco, elle est accueillie par un homme, qui s’avérera être l’amant du père de son enfant. On suit Sasha dans sa visite de San Francisco, au rythme de rencontres impromptues qui l’emmèneront dans les quartiers les plus misérables de la ville.

 

Le sujet du film est très différent du premier. Même si le réalisateur y intègre quelques similitudes (les deux films débutent par exemple dans un aéroport), la douceur d’Un millier d’années de bonnes prières fait ici place à une rudesse, un bousculement permanent. Sasha est une jeune femme perdue, abandonnée dans une ville inconnue et qui ne même pas trop si elle veut garder l’enfant qu’elle porte. Ce sentiment de perte, d’abandon est visuellement rendu par l’utilisation de la caméra à l’épaule, qui tranche avec les plans posés de Yilan dans l'autre film du diptyque.

 

Mais j’ai eu du mal à suivre et surtout à m'intéresser à cette histoire. D’abord car je n’ai pas réussi à m’attacher à l’héroine. On la suit de loin en loin, entre soirées dans un karaoké pour prostitués à ses rencontres avec de supposées amies très superficielles. J’ai l’impression que Wayne Wang n’a jamais creusé la personnalité de son héroine, qu’il la laisse vivre sans interrogation sur sa nature profonde. Autant Un millier d’années de bonne prière est un film humain, autant celui-ci est froid. Seule la scène avec la gynécologue, à l’hopital, a réussi à me toucher ! On entend enfin Sasha expliquer pourquoi elle est dans cette situation et exposer ses doutes. C’est le seul moment d’humanité que j’ai trouvé à ce long-métrage qui a trop privilégié la forme sur le fond.

 

Néanmoins, c’est intéressant de voir comment on peut réagir de manière aussi différente à deux films d’un même réalisateur ! Du coup, pour son (ou ses prochains films), je ne saurai pas sur quel pied danser !

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11 août 2008 1 11 /08 /août /2008 08:04

rosie carpeRosie, maman du petit Titi, arrive à l'aéroport où elle espère retrouver son frère Lazare qu'elle n'a pas vu depuis quelque temps. Mais c'est Lagrand, un ami de Lazare qui les récupère avant de mener Rosie et Titi à travers la nuit et les pistes vers leur point de chute dans ces contrées qu’ils découvrent...

Voilà le début surprenant de ce roman qui s’ouvre sur une attente (celle de Lazare), et qui, malgré de nombreux rebondissements, tournera toujours autour de cette absence de Lazare. Après ce prologue où Rosie et le lecteur se sentent perdus, on revit les moments décisifs de la vie de Rosie. Tout d'abord le départ de chez ses parents à Brive, la ville où tout a une couleur jaune. Puis son travail dans un hôtel à Antony, en banlieue parisienne, où elle retrouve brièvement Lazare, mais où elle rencontre surtout l'homme qui sera le père biologique de Titi. Et enfin, le départ vers les Antilles, où elle retrouve sa famille qui a quitté Brive, et où elle essaie de s'implanter.

Au niveau de l'écriture, c'est un style très recherché qui est utilisé par Marie NDiaye : des phrases assez longues, pleines de subordonnées, de relatives, etc. Après 50 pages pour entrer dans cette écriture exigeante, j'ai vraiment apprécié ce roman au niveau stylistique.

Au niveau du sujet traité, tous les personnages présentés sont des perdants, des individus perdus dans des environnements hostiles (la jungle, un appartement au bord de la nationale,...). Il y aussi les relations compliquées entre Rosie et toutes les personnes qui l'entourent : ses parents, son fils, son frère. Les relation amoureuses des personnages sont également très surprenantes : proches de l'inceste, entre belle-famille et neveu. On sent que tous les personnages sont indécis, soit insouciants et inconscients, soit un peu imités psychologiquement. Et le fait qu'ils se retrouvent dans des milieux inhabituels pour eux n'arrange pas leur situation.

Tout cela pour dire que j’ai un sentiment mitigé de ce livre : autant j'ai trouvé l'écriture de Marie NDiaye très évocatrice, recherchée sans être absconse, autant les personnages me sont restés antipathiques. Il faut dire que ce ne doit pas être l'intention de l'auteur de les rendre aimables aux yeux du lecteur. Seul Lagrand, seul personnage raisonnable du roman, a réussi à attirer ma sympathie.

Ce n'est pas la première fois que je ressens ce sentiment envers un auteur. J'ai à peu près la même impression quand je lis des romans de Régis Jauffret (Univers, Univers ou Asile de fous) : il y a un je ne sais quoi qui m'attire au niveau de l'écriture, mais l'histoire ne me parle pas totalement.

Ce roman m'a néanmoins permis de découvrir une magnifique plume, dont je devrais très certainement découvrir d'autres oeuvres ! Rien que pour voir si la noirceur qui enveloppe ce roman est une constante de l'écriture de Marie NDiaye !

 

Rosie Carpe, de Marie NDiaye

Ed. de Minuit

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9 août 2008 6 09 /08 /août /2008 18:44

Seconde et dernière journée au Festival d’Avignon, qui s’annonce sous les meilleurs auspices, deux spectacles prévus aujourd’hui étant (presque) des valeurs sûres, et les deux autres s'avéreront de bonnes découvertes.

 

La première valeur sûre débute d’ailleurs la journée : nous nous retrouvons au collège La Salle, pour assister à une représentation du spectacle de Trinidad. Certains d’entre vous ont certainement déjà entendu parler de cette artiste, qui tient régulièrement une chronique sur France Inter dans Le Fou du roi, l’émission de Stéphane Bern. Pour ceux qui ne remettent pas sa voix, c’est la chroniqueuse qui a le débit de parole le plus rapide de l’émission, et qui agrémente sa chronique de chansons détournées. Et ces deux éléments (paroles rapides et chansons) sont en bonne place dans le spectacle qu’elle nous a présenté : La conversion de la cigogne (ou de l’avantage de naître avec le sens de l’humour dans un milieu hostile) (Un titre beau comme du Jules Verne ! ) Et le spectacle vaut vraiment le déplacement. En incarnant des rôles très divers pendant presque 90 minutes ( elle enfant, une infirmière, un conquistador, sa grand-mère espagnole,…), Trinidad nous emmène dans son univers, à la recherche du secret qui hante les nuits des membres de sa famille. C’est drôle, inventif, enlevé. Je pense que j’aurai longtemps en mémoire le moment où elle incarne le vieux chinois (dont les proverbes sont hilarants), et notamment le moment où elle démêle les nœuds qui se créent dans certains éléments du décor. Je crois que belle-maman en rigole encore !

 

Suite à ce premier très bon spectacle, pause repas (il faut bien se sustenter !) avant de retrouver Patrick Cottet-Moine, dans un spectacle sans parole mais également très drôle. Avec un physique assez atypique (il est grand et longiligne, et a un cou d’une dimension assez prodigieuse), il donne vie sur scène à plusieurs sketches, dans lesquels son corps exprime autant voire plus que la parole. Il nous emmène ainsi au bord d’une rivière pour une partie de pêche, joue Zorro qui se prend les pieds dans sa cape ou un policier à moto. C’est une prestation physique très impressionnante pour un acteur seul en scène qui quasiment sans accessoires parvient à créer et à rendre réelles des situations (Il a notamment une manière d'imiter un poisson très réussie) C’est d’ailleurs une partie du plaisir de deviner où il nous embarque à chaque fois !

 

Changement de registre une nouvelle fois, avec un spectacle de Commedia dell’arte. Spectacle qui utilise un texte contemporain mis en scène par Gilbert Bourebia : L'incroyable histoire de Tang Tsé Kiang. Dans cette pièce, l’intrigue met aux prises deux familles, les Saint-Gervais et les Ben Ifri, qui se battent pour la possession d’une source. Schéma classique, avec relations compliquées entre les familles, avec des enfants qui s’aiment alors qu’ils ne le peuvent pas, des serviteurs qui font de même, et des hommes de main très loufoques. Si le spectacle met un peu de temps à se mettre en place (l’exposition de l’intrigue dure un peu), la deuxième partie du spectacle est réjouissante, avec une explosion de chanson, de danse et chorégraphie. Bref, cela va dans tous les sens, pour notre plus grand plaisir. A noter le fait que cette représentation avait lieu en plein air (chose rarissime à Avignon) et que la troupe était très cosmopolite. Félicitations d’ailleurs aux acteurs, et notamment à la comtesse Saint-Gervais qui campe une maîtresse de maison digne des contes de Perrault. C’est la première fois que je voyais ce type de représentation, et je pense que je réessaierai ! Malheureusement pour la troupe, le public était assez clairsemé. Dommage pour eux, et j’espère que cela s’est arrangé par la suite !

 

Dernier spectacle, et mon coup de cœur de ce festival : Nature morte dans un fossé, de Fausto Paravidino, joué par le collectif Drao. Je connaissais la troupe pour avoir vu leur première création, Derniers remords avant l’oubli de Jean-Luc Lagarce (qui donne son nom au collectif), et j’avais raté ce spectacle lors de son passage au Théâtre 71 de Malakoff. Et chance, une séance de rattrapage était possible puisque le collectif  jouait à Avignon. La pièce est en soi originale, puisque le texte de Paravidino est un polar théatral, chose assez rare pour etre signalée. Dans l’Italie d’aujourd’hui, une jeune fille est retrouvée morte dans un fossé, rouée de coups. L’inspecteur Saleti mène l’enquête dans un milieu de dealers et de prostitués, avec une mère effondrée. Cette pièce est digne des tous meilleurs polars écrits ou filmés, car les acteurs mettent dans leur jeu une puissance physique tout à fait remarquable. Pour avoir été assis au premier rang, je peux vous dire qu’on la ressent de manière très proche ! J’ai été complètement happé par cette représentation, riche en terme de texte, de thèmes (on y parle un peu de politique) et surtout d’idées de mise en scène. Car les acteurs, en plus de jouer, ont eux-mêmes mis en scène ce spectacle qui est truffé d’idées de représentation tout à fait extraordinaires, comme ce dealer dont la personnalité est dédoublée pour pouvoir rapporter ce qu’il ressent. J’ai vraiment rarement été aussi touché physiquement par une pièce de théâtre. Si vous avez l’occasion de voir ce spectacle près de chez vous, et que vous appréciez les polars, c’est vraiment un spectacle à voir, car il donne une représentation originale du genre.

 

Voilà donc la fin de mes aventures avignonnaises, avec vraiment deux spectacles magnifiques (Résister c’est exister et Nature morte dans un fossé), et six autres spectacles très divers, qui m‘ont tous plu, chacun dans leur domaine. Voilà donc un festival rondement mené, avec de très bons moments, même s’il faut se méfier de certains restaurateurs qui profitent de la manne financière que représente le festival pour pratiquer des prix parisiens, pour parfois pas grand chose ! Mais c’est malheureusement le lot de toutes les grandes manifestations, culturelles ou autres !!!

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7 août 2008 4 07 /08 /août /2008 08:37

Comme annoncé lors de mon retour de vacances, voici deux billets qui seront consacrés à mon passage au festival d'Avignon. Première en ce qui me concerne pour Avignon. Je suis passé au festival d'Aurillac l'an dernier, consacré au théâtre de rue (fin août) : si on peut y trouver quelques similitudes, les ambiances et les publics y sont sensiblement différents. Disons que c'est un peu plus guindé à Avignon. et le fait que tous les spectacles (ou presque) aient lieu dans des salles fermées ne permet pas comme à Aurillac d'investir le moindre lieu pour se produire. Enfin, le budget à consacrer aux deux festivals n'est pas vraiment le même : alors qu'à Aurillac, les spectacles (hormis ceux du in, ceux de la programmation officielle) sont a priori gratuits (chacun donne ce qu'il souhaite à la fin), il faut compter environ dix euros par spectacle à Avignon. Autant dire qu'il vaut mieux ne pas se tromper.

Mais venons-y à ce séjour dans la Cité des Papes. D'abord, cela commence par la recherche des points de vente des pass festival, qui permettent d'obtenir pour tous les spectacles le tarif réduit (- 30 %). Puis, pour faire le programme de la journée, entre le programme de tous les spectacles et les tracts distribués par les artistes, il faut bien une demi-heure pour s'organiser. Et ensuite, c'est parti pour 4 spectacles pour cette première journée.

Premier spectacle, et nous avons failli ne pas pouvoir entrer : la salle était grande, mais le spectacle avait bénéficié d'un bon bouche à oreille (et il le mérite). Premier spectacle donc, Résister c'est exister. Un seul acteur sur scène, qui jouera en 80 minutes une vingtaine de personnages différents. Le point commun de ces personnages : avoir fait preuve d'une manière ou d'une autre, de résistance pendant les années 1940 à  1944. Cela va du sabotage de ligne de communication à la simple insulte d'officiers allemands. L'acteur de ce spectacle, François Bourcier, est formidable : il saute de personnage en personnage, de la femme de ménage d'une caserne allemande à un pilote français, avec un dynamisme époustouflant. De plus, la mise en scène signée Isabelle Starkier est exceptionnelle. Rien que la scène d'ouverture est magnifique et déroutante : l'acteur se trouve dans un halo de lumière, avec autour le lui des vêtements qui pendent. Dans la pénombre, impossible de dire ce que cela représente, mais le doute crée chez le spectateur un sentiment d'incompréhension qui met immédiatement dans l'ambiance du spectacle. Et, dernière idée louable, c'est de relier par le dernier personnage interprété le spectacle à la situation actuelle, notamment celle que peuvent vivre les sans-papiers aujourd'hui. Un spectacle poignant, qui prend aux tripes, et qui laissait augurer un festival riche !

Après une pause repas, spectacle plus léger avec la Compagnie choc trio, qui propose un spectacle burlesque et musical sans parole, mais avec onomatopées, l'Odition. Un musicien vient passer une audition, mais il est gêné dans sa prestation par un ouvrier qui fait des travaux dans le studio. Le spectacle est truffé de gags visuels et de musique, et tous les éléments du décor servent à l'intrigue. Même la lampe rouge, qui sert à indiquer au musicien le début ou la fin de sa prestation, va être utilisée dans le spectacle. Spectacle musical, puisque le saxophone et les percussions résonnent à plusieurs moments dans cette représentation. Un joli spectacle, servi par deux acteurs touche à tout, et qui permet de rire pendant un petit moment.

Puis changement de registre immédiat avec un spectacle qui parle du même thème (les auditions), mais avec un traitement très différent. La compagnie Italique propose le spectacle La chance de ma vie - l'audition. Ici on croise six actrices qui viennent passer une audition devant un metteur en scène. Ce dernier est assis au milieu du public, on se retrouve donc au même niveau que lui. Défilent ensuite six femmes, très différentes, qui présentent les raisons de leur présence sur scène. Si certains passages sont très poignants (notamment celui avec Angèle), le spectacle est relativement inégal. Il y a notamment la présence du beau-père du metteur en scène qui est assez surprenante, et l'ultime prestation de l'actrice chevronnée m'a laissé perplexe. Malgré ces quelques défauts, certains passages valent vraiment le coup d'oeil.

Enfin, dernier spectacle de la journée avec un genre encore différent, le one-man show. Présents à Avignon avec mes beaux-parents (plus habitués à Avignon que moi), ils voulaient voir Manuel Pratt, qui proposait un best of de ses précédents spectacles. Je ne connaissais pas du tout cet artiste, qui ne passe jamais en radio ni à la télé. On m'avait prévenu que c'était assez cynique, mais la partie du best of était plutôt crue, car orientée sur les relations amoureuses et les liens homme-femme (assez loin de l'image de contestataire social qu'on avait pu me décrire). Un spectacle donc où Manuel Pratt n'hésite pas à être grossier, à utiliser des mots ou des images qui choquent. C'est personnellement quelque chose que je trouve assez sain, étant donné la pudibonderie hypocrite de notre société, qui est d'une vulgarité sans nom, mais qu'il faut cacher à tout prix. Regardez par exemple les kiosques à journaux, et les publicités pour les revues classées X ! On peut montrer, mais il ne faut pas en parler. Voilà donc une parole qui bat en brèche cette hypocrisie. Bien entendu, certaines images sont exagérées, mais c'est le propre de tout caricaturiste de choquer son auditoire. Même si mes beaux-parents n'y ont pas forcément trouvé ce qu'ils cherchaient, j'ai trouvé ce moment assez jouissif. Mais c'est à mettre entre des oreilles averties !

Sur ce, fin de cette première journée à Avignon, avec le programme du lendemain déjà prévu : Trinidad, Patrick Cottet-Moine, un peu de Comedia dell'arte et une pièce policière. Une très belle journée à venir ! 

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5 août 2008 2 05 /08 /août /2008 08:02

Yilan, trentenaire d'origine chinoise installée aux Etats-Unis depuis plus de dix ans, reçoit la visite de son père, venu spécialement de Chine. C'est la première fois qu'elle le revoit depuis le départ de son pays natal. Le père est venu réconforter sa fille qui vient de subir un divorce, et la prendre en main : il retrouve ses réflexes de père, la questionnant constamment sur ses activités. Mais la situation a changé : Yilan est adulte, elle gagne sa vie et souhaite conserver l'émancipation à laquelle elle a goûté grâce à son émigration. Les retrouvailles sont donc plus compliquées que prévues...

Je pourrai faire un long billet sur ce film tellement les sujets qu'il brasse sont nombreux et universels : les relations père-fille, l'indépendance des enfants vis à vis de leurs parents, les liens avec le passé et le mensonge, les difficultés liées à la vie dans une nouvelle culture... Je me restreins à faire court pour conserver aux lecteurs de ce blog la surprise que j'ai eu un visionnant ce film. 

Mais si les thèmes abordés sont très nombreux, cela n'empêche pas le réalisateur Wayne Wang de faire un film très sensible, tout en douceur, sans grands éclats de voix ni de sentiments. Le tout passe par des regards, des attitudes et quelques phrases qui ponctuent le récit. 

Le thème central de ce film reste néanmoins la rencontre de deux cultures, la culture chinoise du père et celle américaine de la fille. Elle renvoie d'ailleurs à la culture du réalisateur Wayne Wang, né à Hong-Kong et qui a ensuite rapidement émigré aux Etats-Unis. Contrairement à ce que laisse penser l'affiche, c'est bien le père qui est au centre de l'histoire, et c'est lui qu'on suit le long du film. Cela donne lieu à des rencontres savoureuses : avec la fille en maillot au bord de la piscine, qui l'intrigue car elle ne travaille pas. Ou avec ce marchand d'antiquités, qui manipule sans trop manipuler le héros de cette histoire.

Et il y a les très beaux passages entre le héros chinois de ce film et la femme iranienne sur le banc du square. L'un parle un américain brinquebalant, l'autre utilise plus de termes arabes (ou irainens, je ne sais pas) qu'américains. Malgré leurs difficultés de langage, les deux personnes âgées parviennent à se comprendre, et à partager leur désarroi par rapport à la solitude qui les guette.

Un fort joli film que ce millier d'années de bonnes prières, émouvant touchant et drôle (oui, car je ne l'ai pas encore dit, mais j'ai rigolé plusieurs fois dans mon fauteuil devant les manies de ce père déboussolé), et servi par deux très bons acteurs, Henry O et Faye Yu.

Au passage, je tiens à attirer votre attention sur la très jolie émission culturelle de l'été de France Inter, Escale estivale (à 18h en semaine), qui m'a donné envie de voir ce film. (Sur la route du retour de vacances, le réalisateur était invité dans cette émission). Et bravo à Emmanuel Kherad, qui anime cette émission par des interviews très souvent pertinentes.

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3 août 2008 7 03 /08 /août /2008 07:24

L'idée à l'origine de ce roman m'a tenté : le récit de la vie d'une romancière embauchée par Tobold, le roi du hamburger. Ou comment montrer les liens parfois difficiles entre les intérêts recherchés par un businessman et les volontés artistiques d'une romancière.

 

Les vingt premières pages ont répondu en partie à mes attentes, avec l’exposition des troubles la romancière. Malheureusement, par la suite, rien de bien neuf : le récit tourne en rond, le narrateur (et la romancière) ne semble(nt) pas avoir d’idée pour faire évoluer l’intrigue. Et la psychologie de notre amie romancière est quelque peu bancale : alors qu’elle explique constamment qu’elle veut se libérer du joug de son patron, elle lui est pieds et poings liés. Au niveau de l’intrigue, les rares éléments censés faire avancer le récit ne sont que des reprises des recettes qui fonctionnent dans le monde libéral actuel : pour décrire l’ascension de Tobold, elle nous expose comment Mc Do a réussi à s’imposer dans le monde. Pour faire part de son humanité, elle nous raconte que Tobold crée une fondation. Tiens, comme Bill Gates ! Quelle imagination !!!

 

Bon, déjà le sujet a été à mon avis sous-exploité. Mais en plus, la forme m’a déplu, et de plus en plus fortement au cours de ma lecture. Déjà, les dialogues prennent la forme des dialogues, mais sans la présentation liée à celle-ci. D'où une confusion entre propos du narrateur et ceux des protagonistes du roman. Ce qui passe chez Saramago sans problème (billet à venir) crée ici une difficulté de lecture assez désagréable.

 

Puis il y a cette mise en abîme complètement artificielle : le lecteur lit le journal que la romancière a écrit pendant son expérience, ou les impressions que celle-ci lui a laissé (je ne sais pas trop en fait). On est donc noyé dans un flou artistique déplaisant. Il y a enfin quelques petites phrases, du genre : "Attendez vous n’avez pas encore tout vu", qui m’ont irritées elles aussi. Ah, et il y a aussi cette fin entre deux eaux, où on laisse présager un retournement de situation qui ne viendra pas.

 

Bref, une lecture déplaisante, dont je n’ai rien retiré, et je me demande bien ce que certains ont pu y trouver. Si l’un(e)s d’entre vous est de ce cas, merci de m’en faire part !

 

Portrait de l'écrivain en animal domestique, de Lydie Salvayre

Ed. Seuil

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1 août 2008 5 01 /08 /août /2008 20:00

J’arrive un peu après la bataille, mais je tenais à évoquer ce très beau film belge réalisé par Bouli Lanners.

 

En rentrant chez lui un soir ordinaire, Yvan réalise que sa maison, implantée en rase campagne, a été cambriolée. Armé d’une arme de fortune, il décide de rentrer et de découvrir si le voleur est toujours a l’intérieur. Il le retrouve planqué sous son lit, duquel il ne veut pas sortir. Rapidement à bout face à ce cambrioleur de pacotille, il se prend d’amitié pour lui, et décide de l’accompagner chez ses parents, à l’autre bout de la Belgique. Un road movie qui donne l’impression de traverser la moitié de l’Europe, dans des contrées abandonnées, alors que l’intrigue se déroule de bout en bout en pays wallon. Cet effet d’optique est déjà une réussite !

 

Le début du film met immédiatement dans l’ambiance : une situation rocambolesque, où le voleur est tétanisé de peur face au propriétaire un peu balourd. Le début de ce long périple est à l’avenant de cette scène d’ouverture : entre une technique imparable, et quelque peu foireuse pour éviter de s’endormir au volant et la rencontre avec un tueur en série collectionneur de voitures de collection bosselées, on nage dans l’absurde typique de l’humour belge. Le clou de cette partie farcesque est néanmoins pour moi la scène de la caravane dans laquelle ils se réfugient pour se mettre à l’abri de la pluie.

 

Puis, doucement, le film bascule dans une autre ambiance. Les retrouvailles avec les parents sont la première scène qui fait transparaître l’émotion qui va ensuite se diffuser dans tout le film. On y découvre les fêlures de l’un et de l’autre, et le chien jeté du pont de l’autoroute servira de métaphore à cette amitié cabossée, éphémère et poignante. Bouli Lanners parvient aussi à offrir une fin digne, loin de tout sentimentalisme à ce film tout en douceur, qui emmène vers des sentiments inattendus a priori.

 

Une belle surprise que ce film, qui confirme la très bonne santé du cinéma belge : entre les célébrissimes frères Dardenne, la jeune pousse Joachim Lafosse ( Nue propriété) et le très doué Lucas Belvaux (dont il faut absolument voir la trilogie Un couple épatant / Cavale / Après la vie), nos voisins ont vraiment de nombreuses valeurs sûres !!!

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31 juillet 2008 4 31 /07 /juillet /2008 19:30

J'ai déjà fait part de mes impressions sur cette formidable journée. Mais comme j'y avais emmené Florence, je lui laisse cette page pour qu'elle puisse répondre à son tour au tag dédié à cet événement. A toi Florence !!!

Comme Laetitia réclame, je réponds (avec beaucoup de plaisir ;-) au tag « Books and the city ». Quelle formidable journée !

Merci à tout le monde, à nos « so glamourous organisatrices », à notre équipe Kay Scarpetta hyper dynamique (avec une chef pareille, pas le choix), et à Yohan , qui a la gentillesse de me prêter une page de son blog pour y faire part de mes impressions… et sans qui je n’aurais jamais pu participer à cette chasse au trésor !

  

Tag de Books and the City !!!

   

Quel est votre meilleur souvenir de Books and the city ?
Tout !!! (meme le Père Lachaise ! ;-) Faut vraiment en sélectionner un ?  Ce qui me vient : le kebab près de la Huchette le midi ! Non, je ne pense pas qu’à mon ventre ! (quoique…). Je m’explique : nous revenions du Père Lachaise, épuisés, trempés, après 2h de marche parmi les tombes, inquiets à l’idée que chaque étape nous prenne autant de temps, donc un tantinet découragés, et nous avions récupéré l’enveloppe donné par Fashion’s Dad à Shakespeare and Co. Et là miracle : une fois désaltérés et la panse bien remplie, nos cerveaux ont recommencé à fonctionner !!  Ce ne fut que révélations et illuminations : Mylène et les Halles, Yohan et la place des Vosges,…  Ah oui, le jeu était reparti de plus belle !!!


Quel a été votre pire galère/moment de doute/pas'd'chance etc. ?

Faut-il y revenir ? Cf. ci-dessus !

Bernardin, où es-tu ??!!!!

A quoi devez-vous votre plus gros fou-rire de la journée ?

« Bon, c’est qui, la vieille sorcière et le vieux beau là, sur les photos ?? » (mais je ne sais plus qui l’a dit en premier !)

Karine qui se met à hurler en pleine rue ( à coté des Halles, un samedi) : « Le joueur d’échecs ! Le joueur d’échecs ! »
 
Qu'aimeriez-vous dire aux organisatrices ?

 Que le sac offert lors du repas est méga top ! Vraiment glamour pour la plage, je ne le quittais plus. Je l’ai même baptisé, et je lui parlais … Extraits : « So glamourous, où es-tu ? », « So glamourous, où caches-tu les lunettes de soleil ? », « So glamourous, rends-moi les clés ! »,…

Donc bravo aux couturières, et pour l’idée aussi.

Sinon, à part ça, je ne vois pas quoi dire de plus… Naaaan, bien sûr ! Cette journée fut un vrai bonheur à tous points de vue, donc merci à vous. Et un grand bravo pour vos talents d’organisatrices, pour vos recherches, pour la conception des questionnaires, etc… Le résultat en valait la chandelle : c’était parfait !

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