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7 septembre 2008 7 07 /09 /septembre /2008 08:50

Un homme (il me semble qu’on ne sait jamais son nom) décide de se couper la moustache, et d’en faire la surprise à Agnès, sa femme. Malheureusement, sa surprise tombe à l’eau : Agnès ne remarque pas que la moustache a disparu. Alors qu’il croit que sa femme lui fait une blague, il réalise qu’il y a vraiment un problème lorsque ses amis et collègues ne lui font aucune remarque. Il va alors tout mettre en œuvre pour se persuader qu’il n’est pas fou…

 

Emmanuel Carrère, dans ce roman, nous plonge aux limites de la folie : à aucun moment, le lecteur n’est capable de dire qui d’Agnès ou de l’homme à la moustache a raison. Les arguments de l’un et de l’autre se succèdent, s’appuyant sur photos, témoignages d’amis et poils de moustache retrouvés dans la poubelle. Le flou est d’autant plus présent qu’Agnès a des précédents de mythomanie, ce qui n’aide pas l’homme à découvrir la vérité.

 

Cette question omniprésente de la vérité empêche de réfléchir, l’ancien moustachu étant obnubilé par la disparition passée inaperçue de sa moustache. Il est pris dans un tourbillon de pensées, échafaude des scénarii invraisemblables pour donner une explication rationnelle à ce qu’il prend pour un complot. (ce qui lieu à quelques pages d’une très belle intensité)

 

La deuxième partie de l’ouvrage n’apporte pas non plus de réponses. Alors que l’homme fuit à Hong-Kong pour échapper à ses proches, il vit de manière fantomatique dans cet univers inconnu, jusqu’à ce que sa femme le retrouve de manière totalement inattendue : elle n’a en effet aucun moyen de le contacter, et son arrivée constitue une nouvelle source d’interrogations. La fin du roman est très difficile, et je pense que ce sont les pages les plus terribles que j’ai lues depuis longtemps (j’ai vraiment eu du mal à aller au bout, et les énucléations de Françoise Guérin ou les tortures de Villon sont (presque) de la rigolade à coté !!!).

 

Une belle lecture, qui met dans un trouble qu’il est assez difficile de faire disparaître.

 

A noter que ce livre a été adapté au cinéma par Emmanuel Carrère lui-même, avec deux acteurs extraordinaires (Emmanuel Devos et Vincent Lindon), et dont il a délibérément transformé la chute. Mais il n’apportent pas non plus de réponse à toutes les questions posées par ce roman !

 

Du même auteur : Un roman russe

 

La moustache, d'Emmanuel Carrère

Ed. P.O.L

 

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5 septembre 2008 5 05 /09 /septembre /2008 07:03

A Reykjavik, une poétesse renommée s’adonne à une activité annexe lucrative mais prohibée : elle vend de l’herbe à presque toute la ville. Sa maison est un véritable magasin, où la foule des consommateurs ne cesse de défiler. Ce trafic est rentable, mais elle souhaite y mettre fin : elle vend donc tous les contacts de son portable à un autre dealer de la ville. Mais en revenant du premier rendez-vous qui fixe les modalités de la vente, elle est embarquée dans la campagne islandaise par son frère qui se prend d’amitié pour une auto-stoppeuse irlandaise. Suite à un arrêt chez un membre de sa famille qui habite une ferme (si, si, la ferme a son importance…), elle perd l’élément qui lui sert de transaction : son portable. C’est le début d’une quête effrénée, mêlée de la tentative de rejoindre son chez-soi….

 

Ce film est déjanté. Il faut dire que l’activité de la poétesse n’est pas pour apporter beaucoup de clarté à son existence. Cela démarre d’ailleurs assez fort, puisqu’on voit Anna (très bien interprétée par Didda Jonsdottir) écrire ses vers directement sur le carrelage mural de la cuisine. Ensuite, presque pas un moment de répit, entre son frère, qui refuse que sa sœur fume dans le voiture en souvenir de leur père mort d’un cancer du poumon et l’abandonne en rase campagne, et l’irlandaise mystique qui cherche à rejoindre son petit ami enfermé dans un prison islandaise pour une bagarre dans un bar.

 

Entre ces passages dans la campagne islandaise, la caméra revient régulièrement dans la maison d’Anna, où les clients s’entassent et s’occupent comme ils peuvent pour tuer le temps, en attendant leur herbe. Ils dorment dans les endroits les plus incongrus, et certains s’exposent à des réveils brutaux.

 

Parmi tous ces islandais sont perdus Joy, la jeune irlandaise, et Raphaël, un étudiant français qui fait une thèse sur Anna. Lui n’est pas venu chez Anna pour les mêmes raisons que les fumeurs, mais il est contraint d’essayer le cake aux champignons (pas des gentils petits bolets, bien entendu). Ce qui donne lieu à une scène très comique où il ne se rend plus bien compte de ce qui l’entoure. Le passage le plus drôle est tout de même celui où Anna et Raphaël comprennent où se trouve le portable tant recherché, mais je vous laisse la surprise….

 

Je suis allé voir ce film un peu par hasard (j’avais une place à utiliser avant expiration !), surtout sur le nom de la réalisatrice, Solveig Anspach. Je n’avais jusque là vu qu’un film de cette réalisatrice, le très touchant et émouvant Haut les cœurs, avec une épatante Karin Viard. Autant vous dire que le ton de ce nouveau film est radicalement différent, et que j’ai apprécié ce petit moment de délassement qui m’a fait rire et sourire.

 

Pour ceux qui ont l’occasion de voir ce film, c’est vraiment un bon moyen de penser à autre chose (en ne touchant pas à des produits illicites, bien entendu…)

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2 septembre 2008 2 02 /09 /septembre /2008 07:33

Au Chili, au début du XXeme siècle. Une famille, les Del Valle. Le père est homme politique, la mère et sa fille ont des dons surnaturels, comme celui de pressentir l’avenir. Le prétendant de la fille aînée de la famille veut devenir riche, et cherche la fortune dans les mines du nord du pays. Malheureusement, sa fiancée meurt, et il décide de se réfugier dans la propriété familiale, ferme qu’il va remettre sur pied...

 

Ces événements marquent le début de la fresque que peint Isabel Allende dans ce roman. On y traverse tout le vingtième siècle, avec les événements mondiaux vus de loin (les deux guerres mondiales ont lieu loin du Chili, et sont donc vécues à travers les informations) et les soubresauts politiques du pays, avec la montée des socialistes et des communistes face au pouvoir conservateur.

 

On est plongé très rapidement et clairement dans les contradictions de la société chilienne, entre propriétaires terriens qui ne pensent que par l’accomplissement individuel, et fermiers soumis à leurs patrons, qui tentent, dans de rares cas, de se révolter. Il est d’ailleurs intéressant de voir comment les révoltés se disputent pour défendre différents moyens d’action (certains réformistes, d’autres beaucoup plus velléitaires ; cette opposition est d'ailleurs toujours vive aujourd'hui...).

 

Cette grande saga m’a emmené très loin, dans un pays étranger, dans un temps passé, avec les espoirs suscités par l’arrivée au pouvoir d’un nouveau gouvernement et les déceptions liées au renversement de celui-ci par les conservateurs, soutenus par les américains. Isabel Allende y montre de manière très précise comment les opposants à Allende (l'oncle de la romancière (Merci Emmyne pour la correction), tué par la junte suite au renversement de son gouvernement) tarissent les ressources du pays de manière délibérée, en imputant la faute aux dirigeants socialistes.

 

On croise donc dans ce roman toute une humanité qui sera mise au pas par les conservateurs, incarnés dans le roman par le sénateur Trueba, au profit d’une minorité. Et comment les plus altruistes sont laissés pour compte dans cette guerre qui ne dit pas son nom. On croise dans ce roman Allende, mais aussi Neruda qui l’a soutenu dans ce combat.

 

Isabel Allende parvient à parfaitement mêler le fantastique, au travers des pouvoirs surnaturels de certaines femmes, et la dimension historique et politique de la situation chilienne. Un très beau roman, mais malheureusement pas très optimiste pour toute personne qui souhaite que les puissants n’écrasent pas la majorité.

 

Je remercie Lucie qui m’a offert ce roman dans le cadre du swap Eternel féminin organisé par Anjelica. Un très bon choix !!!  


P.S : sur l'arrivée au pouvoir d'Allende et le renversement de son gouvernement, je vous conseille le très bon documentaire intitulé "Salvador Allende", de Patrico Guzman 
P.S 2 : Et pour les suites de ce putsch militaire, le film troublant et poignant de Costa Gavras, Missing, avec Jack Lemmon et Sissy Spacek.

 

La maison aux esprits, d'Isabel Allende

Traduit de l'espagnol par Claude Durand et Carmen Durand

Ed. Le Livre de Poche

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31 août 2008 7 31 /08 /août /2008 07:14

Plongée dans la mafia napolitaine grâce à ce film de Matteo Garrone. Difficile d’en faire un résumé, tant ce film ne tient pas sur une intrigue, mais sur une ambiance instillée pendant les 2h15 du long métrage. Le spectateur est plongé immédiatement dans le vif du sujet avec une scène d’ouverture digne des plus grands films de gangsters et mafieux américains. Mais la force de Garrone réside justement dans la distance qu’il parvient à prendre avec le modèle de ses illustres prédécesseurs américains, tout en montrant l’influence qu’ils ont pu avoir. Scarface est d’ailleurs cité dans le film par les plus jeunes comme une référence ultime.


L’action se déroule entièrement dans la ville de Naples et ses environs, dans un décor que le pire architecte n’aurait pas pu inventé (Ah pardon, c’est un véritable quartier de la ville) : des passerelles métalliques sur plusieurs niveabux permettent l’accès aux habitations situées de part et d’autre. L’ensemble est aujourd’hui rouillé de toutes parts et absolument sinistre. Le critique de Télérama fait d’ailleurs une comparaison très juste avec l’architecture d’une prison.


Dans ce décor se déroule la guerre entre le gang installé, et un nouveau gang sécessionniste. Tous les coups sont donc permis pour toucher l’autre. En parallèle, deux jeunes tentent de faire leurs affaires à part. A travers toutes les intrigues (car le film est composé de plusieurs histoires qui se croisent plus ou moins mais ont un lieu commun) on ressent la force du clan et l’obligation de ne pas s’en échapper. D’ailleurs, dès qu’un pas vers l’ennemi est fait, les sanctions tombent. Que ce soit vers les chinois qui prennent pied dans la région ou pour monter sa propre affaire. L'autre élément frappant est que tout est bon pour faire des affaires : l'enfouissement des déchets toxiques dans des conditions très limites, la suppression des personnes genantes. Et quand un membre du groupe estime ne pas avoir sa place dans ce milieu inhumain, il est renvoyé sans aucun ménagement.

Ce que j’ai trouvé assez épatant dans ce film est que pendant presque 1h30, on vit dans une tension très forte sans qu’il y ait de véritables règlements de compte. Ceux-ci interviennent plutôt vers la fin du film. Pendant le film, on ne saura d’ailleurs jamais quels sont les tenants et aboutissants de la scène d’ouverture. Cette longue première partie (hormis l’ouverture, qui donne en quelque sorte le tempo du film) permet de transmettre ce sentiment de peur et d’exaltation qui dirige ces mafieux plus ou moins aguerris. Car les plus jeunes sont pris au piège de ces organisations qui contrôlent tout et leur font miroiter l’impossible : argent, voitures, filles,…


Gomorra est un film dur, pessimiste quant à l’avenir de la jeunesse napolitaine, et ne donne pas vraiment envie de passer ses vacances près du Vésuve. C’est d’ailleurs plus un documentaire qu’une fiction, sauf bien sûr que les scènes ont été jouées et non réalisées sur le vif. Mais c’est une œuvre qui vaut vraiment le coup d’œil, car même si je n’ai pas été transporté par ce film, il y a une manière de raconter et de filmer les événements qui est très parlante. Quand le film s’est terminé après 2h15, j’ai eu l’impression de n’y avoir passé qu’1h30, tellement l’ensemble est maîtrisé.


A noter que ce film a été tiré d’un roman du même nom, signé Roberto Saviano. Depuis la publication du roman, il est sous protection policière permanente, car menacé par les organisations mafieuses peintes dans l’ouvrage. Ce film a également reçu le Grand prix au dernier festival de Cannes.

La critique de Dasola.

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29 août 2008 5 29 /08 /août /2008 07:52

A Medallion, petite ville du Nord des Etats-Unis, la ville est coupée en deux quartiers : les blancs vivent dans la vallée, et les noirs dans le Fond (paradoxalement, ce terme désigne la Colline). Dans la communauté, Sula et Nel, deux petites filles du meme âge, grandissent ensemble. Malgré leur passé commun, elles s’éloignent peu à peu, du fait de leurs parents très différents et de leurs expériences…

 

Voilà une idée de l’histoire que conte ce roman. Je n’ai pas l’habitude de reprendre le quatrième de couverture pour faire un résumé, et je le fais d’autant moins ici car dans l’édition que j’ai lu (Christian Bourgeois), celui-ci me parait trompeur par rapport au texte. Du coup, je n’y ai pas trouvé ce que j’y attendais, et je suis resté très loin de cette histoire.

 

Ce roman débute par le récit de l’expérience de la guerre d'un habitant de Medallion, et les conséquences sur le psychisme de ce soldat. Mais ensuite, on perd de vue ce personnage, qui ne revient qu’à de rares moments dans ce récit. Car même s'il est un peu l'élément perturbateur du roman, je n'ai pas vu les liens entre cette expérience militaire et la suite de l'histoire.

 

Par la suite, je n’ai eu aucune empathie pour l’histoire de ces deux jeunes filles. Leurs familles sont antipathiques, les relations sont constamment conflictuelles, il y a la mort d’un enfant par d’autres enfants qui reste impuni (enfin, presque)...

 

La quatrième de couverture évoque un règlement de comptes entre ces deux jeunes filles lorsqu’elles ont 50 ans. Malheureusement, les rencontres entre les deux femmes sont rarissimes, et c’est bien dommage car elles constituent les rares moments qui m’ont un peu accrochés.

 

Je n’ai pas l’habitude de lâcher un livre en cours, et heureusement que celui-ci était cout, sinon, je crois que j’aurai cédé. Un gros raté, donc !

 

Sula, de Toni Morrison

Traduit de l'anglais par Pierre Alien

Ed. Christian Bourgois

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27 août 2008 3 27 /08 /août /2008 09:00

José Saramago, auteur portugais, prix Nobel de littérature en 1998, déjà ça impressionne. Mais ce qui impressionne encore plus avec ce roman, c’est quand on ouvre le livre : le lecteur se trouve face à 300 pages sans aération, sans sauts de ligne (ou alors un toutes les trois pages). Même les dialogues ne permettent pas de donner de la légèreté à la présentation, car ils sont intégrés au récit, avec une présentation originale : l’intervention d’un personnage est introduite par une virgule suivie d’un majuscule, majuscule réapparaissant dès qu’il y a un changement de locuteur.

 

Bon, voilà donc un ouvrage grand format de 300 pages, très peu aéré. Mais j’ai entendu tellement de bien de Saramago qu’il faut bien que je me lance.

 

Et c’est ce que j’ai fait. L’intrigue est très simple : un pays entier est frappé d’une épidémie de cécité. Le premier individu atteint perd la vue alors qu’il attend au feu rouge dans sa voiture. Puis le mal se répand, de manière contagieuse : tous les personnages que croisent l’aveugle le deviennent à leur tour, et cette réaction en chaîne fait qu’un nombre de plus important de citoyens deviennent aveugles. Le gouvernement décide dans un premier temps d’enfermer les aveugles dans un ancien hôpital psychiatrique, pour protéger les individus sains. On suit donc les tribulations de ces nouveaux aveugles, sans repères, dans un univers hostile, où les instincts les plus vils vont resurgir…

 

A partir de ce point de départ (l’aveuglement des citoyens d’un pays), Saramago parvient à traiter une multitude d’aspects liés à cette cécité, et à déborder ce simple problème de vision. La lâcheté des gouvernants est la première attitude qui saute aux yeux : on préfère sacrifier quelques aveugles et protéger la masse, plutôt qu’essayer de soigner les malades. Les aveugles eux-mêmes, qui ont tous un statut de victime, reproduisent le schéma qu’ils ont connu à l’extérieur : des meneurs, des dociles,… Un racket se met en place au sein de l’asile, qui ira jusqu’à des paiements en nature (ce qui donne lieu à des descriptions terribles). On ressent également la vulnérabilité de l’être humain vis-à-vis de son environnement : abandonné en pleine nature, comment peut-il faire pour trouver à manger, boire ou se laver ?

 

Toutes les scènes sont rapportées par la femme d’un ophtalmologiste, qui a la chance de ne pas perdre la vue quand tous les autres tombent malades. Et avec elle, on suit l’évolution de la maladie, tout en partageant sa crainte de devenir elle-même aveugle. Cette femme incarne à elle seule la volonté de ne pas se laisser dépasser par la situation : de peur d’être exploitée par les aveugles, elle garde pour elle (et son mari) le fait qu’elle voit. Elle fait tout ce qu’elle peut pour aider la communauté, mais est contrainte de se replier sur elle-même pour ne pas être submergée par les demandes des aveugles.

 

Ce livre est tout à fait palpitant, très bien écrit et confronte le lecteur à une situation totalement inédite. Il m’a questionné sur mon rapport au monde, et sur les capacités qu’a l’être humain à réagir à des situations imprévues. Car c’est l’une des forces de cet ouvrage : à partir d’un événement anormal, parvenir à présenter tous les aboutissants de cette nouvelle situation, sans laisser échapper le moindre détail. Par exemple, le narrateur présente à plusieurs reprises les difficultés des aveugles, difficultés auxquelles je n’avais souvent pas pensé, notamment celles liées à l’hygiène.

 

Au fait, je pense que je n’ai besoin de vous préciser que la mise en page n’est finalement pas du tout gênante, tant le roman est passionnant de bout en bout…

L'avis d'
Emeraude, pour qui ce roman a servi de déclic à l'ouverture de son blog, et qui m'a donc aidé à faire mon choix pour me lancer dans les romans de Saramago.

PS : Je remercie les
Chats qui ont accepté d'héberger ce billet il y a quelques jours déjà !
PS 2 : Comme peut le faire penser le visuel de la couverture du livre, ce roman a été adapté au cinéma par Fernando Meirelles (réalisateur entre autre de l'engagé The constant gardener), avec Julianne Moore (que j'aime beaucoup depuis Loin du paradis), Mark Ruffalo, Danny Glover (qui revient en force sur les écrans) et Gael Garcia Bernal entre autres. Sortie prévue à l'automne 2008 ! Je suis curieux de voir ça (sans jeu de mots vaseux, ben entendu) !

 

L'aveuglement, de Jose Saramago

Traduit du portugais par Geneviève Leibrich

Ed. Points

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25 août 2008 1 25 /08 /août /2008 07:06

Plongée dans un classique de la littérature policière, avec un bon Maigret de derrière les fagots. Et le charme désuet du personnage de Simenon n’est pas sans me plaire. 


Le commissaire Maigret, averti par un courrier anonyme, apprend qu’un crime sera commis dans la ville où il a grandi. Il décide donc, de manière officieuse, de se rendre dans le village qu’il a connu enfant pour tirer au clair le contenu de cette lettre. Il retrouve des habitudes qu’il avait perdues, des personnes qu’il avait oubliées, comme Marie l’aubergiste. Et il décide de se rendre à l’église pour assister à la première messe de la journée. C’est à ce moment-là que le crime est commis : on retrouve à la sortie de l’office le corps sans vie de la comtesse de Saint-Fiacre. Le comble, pour Maigret, est qu’il connaît très bien la comtesse et son entourage, car son père était l’ancien régisseur du domaine. Maigret se trouve donc plongé dans une enquête sur un crime sans arme, et dans une ambiance où il doit distinguer l’affectif du professionnel…

 

Ce qui est notable dans cet ouvrage, c’est l’ambiance que réussit à mettre en place Simenon : on sent l’humidité qui prend les personnages dès qu’ils passent le pas de la porte, le froid de la chambre de l’auberge où loge Maigret. Il y a une atmosphère très provinciale (l’action se situe dans l’Allier), où on sent l’humus et les chaussures crottées.

 

L’autre point positif de cet ouvrage est la confrontation entre Maigret et son passé. Il retrouve des souvenirs qu’il avait perdus, il évoque son père, les connaissances de son enfance. On le suit se débattre à essayer de trouver le coupable en oubliant ce qu’il sait a priori des protagonistes de l’affaire. Et il ne traite pas de la même manière ceux qu’il connaît, et les nouveaux arrivés au château, comme le nouveau régisseur ou le secrétaire et amant de la comtesse.


Enfin, l’intrigue est digne d’un bon Hercule Poirot. La scène finale évoque la fin des romans d’Agatha Christie, où Poirot rassemble tous les protagonistes pour démonter un à un les mensonges de chacun et finalement accuser le coupable. Sauf qu’ici, Maigret est en position d’un spectateur lambda, puisqu’il ne mène pas le jeu et la valse de accusations. Le lecteur est à la place du commissaire réputé infaillible, qui se laisser guider par le meneur (je ne dirai pas qui c’est, cela enlèverait une partie du suspense !). Cette scène finale dans une salle obscure du château est emplie de mystères, de tension que Simenon transcrit de manière très juste. C’est un aspect de l’écriture de Simenon difficile à imaginer, quand on a en tête la série télévisée avec Bruno Crémer, qui est très souvent placide et froid (mais qui donne, pour le seul épisode que j’ai vu, un plaisant divertissement).

Je remercie Emeraude, qui m'a envoyé ce roman dans le cadre du swap Noir c'est noir. Je pense que je me plongerai dans d'autres aventures du commissaire, de temps à autre !

 

L'affaire Saint-Fiacre, de Georges Simenon

Ed. Le Livre de Poche

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23 août 2008 6 23 /08 /août /2008 07:47

Batman est de retour sur les écrans, et celui-ci ne s’annonce pas de tout repos. Car Batman est de plus en plus contesté à Gotham City : il y a de plus de plus de quidam en quête de reconnaissance qui tentent de l’imiter, et les bandits font preuve d’une violence croissante pour déjouer les pièges de l’homme chauve-souris. D’autant qu’en ville, un nouveau procureur, Harvey Dent, semble être en passe de ramener le calme. Mais c’est sans compter sur un nouveau bandit, un homme au maquillage inquiétant : Le Joker, qui va faire trembler Gotham…

 

Des films avec Batman pour héros, j’en étais pour l’instant resté aux images des réalisations de Tim Burton, avec Michael Keaton en Batman, Nicholson en Joker, Danny de Vito en pingouin et Michelle Pfeiffer en Catwoman. Les suivants, réalisés par Joel Schumacher, ne m’ont jamais inspirés (même celui avec George, eh oui !). Et je n’avais pas vu Batman begins, réalisé par Christopher Nolan, qui signe également cet épisode.

 

C’est une vision très différente de celle de Burton. Le Joker, pantin hilare chez Burton, prend ici une dimension de terreur et de crime qu’il n’avait pas ou peu. Le Joker, interprété par Heath Ledger (formidable, notamment par ce mouvement de langue angoissant), est un être froid, attiré non par l’argent ou le pouvoir, mais par le simple fait de vouloir détruire. Et le décor est posé dès la scène d’ouverture du film.

 

Face à lui, Bruce Wayne / Batman (très bon Christian Bale, dont la voix en VO est formidable, avec une variation avec Bruce Wayne et Batman bienvenue) est un super héros en plein questionnement introspectif. Ce qu’il fait est-il justifié ? Quelle légitimé a-t-il pour débarrasser la ville des méchants ? Heureusement qu’Alfred, son majordome (Michael Caine, que je n’avais pas reconnu) est là pour le remettre dans le droit chemin…

 

Toute la distribution est d’ailleurs aux petits oignons, que ce soit Aaron Eckhart dans le rôle du procureur, Morgan Freeman dans celui du créateur des instruments technologiques de Batman ou Gary Oldman dans celui de l’inspecteur. Tout cela est malheureusement très (trop) masculin, la seule peronnalité féminine intervenant de manière consistante dans le scénario est Maggie Gyllenhaal, mais elle reste pâle face à tous ces mâles.

 

Sur l’intrigue, on assiste à un film d’action rondement mené, avec une scène de poursuite avec un camion renversante (d’ailleurs, le camion ne s’en remet pas !) et une scène d’une tension terrible, où le Joker met les nerfs des occupants de deux ferries à très rude épreuve, en mesurant ce qu’il leur reste d’humanité. L’image de ce grand noir sorti de prison qui se dirige vers un des gardiens dans le ferry est frappante et très angoissante.

 

Christopher Nolan (dont j’avais une très bonne image grâce au très bon film Insomnia) signe un divertissement pour adultes (quand même, évitez d'y emmener les moins de 12 ans, voire de 15 ans !) qui vaut son pesant de cacahouètes. Je crois que le Joker racontant l’histoire de l’origine de ses cicatrices me restera longtemps en tête !!!

 

L’avis de Gilles Penso.

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21 août 2008 4 21 /08 /août /2008 07:56

Je ne suis pas un habitué des romans de science-fiction. J'en lis très peu (je ne sais pas de quand date le dernier, ni de quoi il parlait), et ne suis donc pas habitué aux canons du genre. Alors, quand Catherine a proposé de faire suivre le relais de L'instinct de l'équarisseur, livre lancé par Coeur de chêne, je me suis proposé pour aborder ce genre. Et j'ai passé un bon moment avec ce roman.

L'histoire du roman est très iconoclaste : Arthur Conan Doyle n'a rien inventé en narrant les aventures de Sherlock Holmes. Il n'a fait que reproduire, en les adoucissant, les aventures vécues par Sherlock Holmes et son assistant Watson dans un monde parallèle. Dans ce monde parallèle, Sherlock voyage dans Londen et affronte Moriarty, mais surtout ce monde est occupé par les Worsh, créatures d'une intelligence supérieure qui cohabitent avec les humains.

Le roman est iconoclaste également car il détruit l'image du Sherlock Holmes fumant tranquillement sa pipe, jouant du violon et impassible. Ici, c'est un détective pervers qui n'hésite pas à faire usage de la violence. Sherlock applique la loi du talion, et n'en éprouve aucun remord.

Pendant ma lecture, j'ai assez peu eu en tête l'image habituelle de Sherlock. J'ai vraiment pris ce roman comme une aventure à part, peut-être pour ne pas écorner cette image justement. Thomas Day nous plonge à la fois dans le Londres victorien de Conan Doyle, où il croise notamment Oscar Wilde et Jack l'éventreur, mais aussi le Londen de Sherlock, avant une scène d'affrontement impitoyable entre Moriarty et Sherlock au fin fond de l'Amazonie (cela m'a d'ailleurs fait penser au dernier Indiana Jones).

Le seul petit défaut à mon goût est un problème de construction, puisque que le roman est en deux parties, séparées par un entracte (présenté tel quel dans le roman). Si je saisis le lien entre l'entracte et la deuxième partie, j'ai eu l'impression que la première partie et la seconde auraient pu faire deux livres différents. Car hormis l'instinct de l'équarisseur qui donne son titre au livre, peu d'éléments sont communs aux deux intrigues.

Néanmoins, un bon moment passé avec ce livre, qui m'a entraîné vers des horizons nouveaux.

Maintenant, il prend la route de chez Joël...  

Sur le biblioblog, vous retrouvez le billet de Coeur, ainsi que les impressions de Laurence, Arsenik et Catherine chez qui le livre est déjà passée

 

L'instinct de l'équarisseur, Vie et mort de Sherlock Holmes, Thomas Day

Ed. Folio - SF

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19 août 2008 2 19 /08 /août /2008 08:32

Le commandant Lanester, policier spécialisé dans le profilage, tombe subitement aveugle alors qu’il enquête sur un tueur en série. Cette cécité soudaine n’a pas de cause mécanique : Lanester décide donc de se tourner vers une psychiatre, spécialiste de ce genre de cas. En parallèle, il tente de dénicher qui est ce tueur en série, qui continue à faire des victimes selon un rituel très particulier : il leur enlève les yeux avant de les tuer. Mais cette cécité complique l'investigation de Lanester, qui se retrouve dans un univers hostile, et ses collègues et ses supérieurs ne l’aident pas tous dans cette épreuve…

 

Voilà un premier roman policier extrêmement bien troussé : un héros déboussolé, un tueur en série aux pratiques assez barbares, et de nombreux personnages secondaires qui donnent tout son relief à cette œuvre : le chauffeur de taxi polonais, la psychologue, les collègues de bureau, le médecin légiste. S’y  ajoute une partie plus intime, avec un frère interné en hôpital psychiatrique qui de temps à autre fait le mur. En plus, l'action se passe à Montrouge, ville de banlieue parisienne où j'habitais il y a encore peu de temps ! 

 

J’ai vraiment beaucoup apprécié cette lecture. Il y a une ambiance très particulière liée à l’aveuglement du personnage principal, ce qui donne une écriture qui s’attarde beaucoup sur les sons. Les scènes chez la psy sont des passages très réussis de ce roman. J’ai beaucoup apprécié aussi cette kyrielle de personnages qui gravitent autour de Lanester. On y ressent le travail en équipe, nécessaire pour mener à bien une investigation aussi difficile que celle-ci. Cet élément fait que j’ai plus apprécié ce livre que les Vargas qui mettent en scène Adamsberg, que je trouve froid et qui est à distance des lecteurs. J’ai eu beaucoup plus d’empathie pour le personnage de Lanester, mais sa cécité a peut-être joué pour lui ! 


C’est donc un très bon premier roman que je ne peux que conseiller. Je ne sais pas si Françoise Guérin a prévu d’en faire un personnage récurrent, mais vaudra la peine d’être lu si c’est le cas.


Merci à Bladelor pour le prêt de ce roman.

Ce livre a été beaucoup critiqué sur les blogs : Tamara (débordante de superlatifs), Karine (contente de n'avoir pas cherché trop vite la solution), Fashion (hésitante), Dominique (perplexe) et bien d'autres...

 

A la vue, à la mort, de Françoise Guérin

Ed. du Masque

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