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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 21:29

feuilleton.jpgLa revue est une forme d'édition qui revient à la mode, avec un nombre de titres de plus en plus nombreux. Si la plus connue est XXI, de nombreuses autres ouvrages ont pris le chemin tracé. C'est le cas notamment de Feuilleton.

Je dois toutefois immédiatement avouer que j'ai eu du mal à m'approprier cette revue. Si XXI est clairement de l'ordre du documentaire, je n'ai pas réussi à identifier la ligne éditoriale fixée par les rédacteurs de Feuilleton. Il y a des reportages, des inédits comme celui qui traite du culte du cargo sur l'île Vanuatu, ou des traductions, comme l'histoire de ces amants figures de l'art new-yorkais et qui se sont suicidés au faîte de leur gloire. Et puis, il y a des œuvres littéraires, dans le registre de la chronique, parues dans des revues. Ici, on peut trouver des textes d'Aharon Appelfeld (très beau texte sur Prague) et de Joan Didion.

Au milieu de l'ouvrage, on trouve un dossier sur Israël. On peut lire l'interview d'un musicien palestinien militant pour la paix par la musique, le récit d'un échec des services secrets et une description du quotidien des bédouin du Néguev. Plusieurs approches complémentaires, mais qui semblent plus juxtaposées que réfléchies.

Certains reportages sont très sérieux avec une approche vraiment intéressante. Ainsi, l'un des meilleurs articles est celui qui clôt la revue, consacré au jugement Loving versus Virginia. D'autres sont plus légers, comme celui consacré au Tour de France, avec un regard décalé. Puis il y a des textes dont j'ai eu du mal à cerner l'enjeu. C'est notamment le cas du témoignage de ce jeune homme, accro aux jeux vidéo et la cocaïne. Le récit est plutôt prenant, mais le fond du texte est très léger.

Au final, si le traitement est parfois intéressant, il est aussi de temps en temps trop léger. Et cela crée une hétérogénéité dans le traitement qui est assez dommageable, car le lecteur (en tout cas moi) a du mal à se situer. Une expérience en demie-teinte, donc.

 

Ma chronique sur XXI, qui m'a beaucoup plus séduit.

 

Je remercie Libfly et Yomu, qui m'ont permis de recevoir cette revue et de rencontrer la secrétaire de rédaction de la revue, qui a pu m'éclairer sur les ambitions des fondateurs.

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 08:06

atterrir.jpgAlors qu'elle rentre d'Espagne, une jeune néerlandaise est assise à côté d'un vieil espagnol qui va rendre visite à son fils. Elle entame une discussion, coupée par une collation et une sieste. Au moment de descendre, elle pense reprendre la conversation interrompue. Malheureusement, l'homme est mort, d'un arrêt cardiaque. C'est cette mort qui débute le roman de Laia Fabregas.

 

Atterrir est un roman à deux voix. Celle de la jeune femme, qui parcourt l'Europe pour retrouver cent personnes. Ces personnes ont leur nom sur une liste, et on ne découvre que petit à petit le point commun de toutes ces personnes. Car qu'y a-t-il en commun entre une journaliste néerlandaise, une jeune tenancière de bar ou un jeune berlinois ? C'est une part du mystère qui parcourt le roman.

 

L'autre voix est celle du vieil espagnol, mort dans l'avion. Il raconte son histoire, son départ d'Espagne un peu par hasard, avec une simple valise en carton, pour être embauché dans une usine aux Pays-Bas, comme beaucoup de ses compatriotes. Il évoque sa vie dans les campements dédiés aux immigrés espagnols, sa rencontre avec Wilemine, qui deviendra sa femme. Puis son retour en Espagne, à Figueras, pour essayer d'améliorer la santé de son épouse.

 

Le texte est à deux, mais il donne également l'occasion de voyager dans deux sociétés différentes. On navigue constamment entre les Pays-Bas d'aujourd'hui, où une jeune femme tente de répondre à une énigme de son passé, et l'Espagne , pays d'origine et lien indéfectible pour un homme qui a choisi temporairement de partir. Evidemment, ces deux histoires vont se croiser, se rapprocher et se séparer, dans une construction habile et efficace qui évite tout pathos excessif.

 

Laia Fabregas est d'origine espagnole, comme son nom le laisse penser. Mais elle a choisi de vivre aux Pays-Bas et écrit dans la langue de son pays d'accueil. Elle mêle donc dans le roman les deux pays qui ont marqué son parcours et donne à lire une intrigue prenante, servie par une jolie plume.

 

Atterrir de Laia Fabregas

Traduit du néerlandais par Arlette Ounanian

Ed. Actes Sud

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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 18:16

acting.jpgGepetto partage sa cellule carcérale avec Horace. Horace n'est pas très loquace et Gepetto passe son temps devant la télé, constamment allumée. Leur quotidien est bousculé par l'arrivée de Robert, un acteur qui tente d'expliquer son métier et d'en apprendre les rudiments à Gepetto, qui a bien des difficultés à tout assimiler.

 

Du théâtre dans le théâtre, ce n'est pas forcément original. Au cours de la lecture, j'ai pensé à Diderot et à son Paradoxe du comédien, ouvrage élémentaire pour tout comédien, même amateur. Ici, on se retrouve plongé dans l'intimité d'une cellule et Robert va tout faire pour initier son collègue à la magie du métier d'acteur. Mais la conception de l'acteur des deux personnages n'est pas la même : quand Robert se réfère à Hamlet et à Orson Welles, Gepetto répond en parlant des acteurs qu'il voit dans les téléfilms.

 

L'ensemble de texte joue sur cette opposition entre un homme cultivé qui a donné sa vie pour le théâtre et un autre qui ne comprend les subtilités de ce métier, par ignorance. Quand Robert demande à Gepetto de faire des exercices, ce dernier prend toutes les indications au pied de la lettre. Ceci donne au texte une tonalité humoristique, visible notamment dans la discussion sur Laurence Olivier : comment peut-on s'appeler Laurence et être un homme, ce qui déconcerte Robert, abasourdi qu'on puisse ne pas connaître ce grand acteur anglais.

 

Xavier Durringer profite de ce beau texte pour faire part de son approche du métier de comédien et du désarroi des acteurs, souvent obligés de cachetonner dans des productions indigentes pour pouvoir se nourrir, et par là même de renier leur vision du métier. En plaçant son intrigue dans le milieu carcéral, il laisse entendre que ce métier peut mener au pire. En ayant une vision idéale du métier d'acteur, Robert en est malheureusement la triste illustration. A conseiller à tous les comédiens, amateurs, professionnels ou aspirants.

voie-des-indes.jpeg

 

Film de Xavier Durringer : La conquête (dont je persiste à penser qu'il n'a pas mérité l'accueil très négatif qu'on lui a réservé !)


Ouvrage lu dans le cadre de l'opération La voie des Indés (merci Libfly et Yomu !)

 

Acting de Xavier Durringer

Ed. Théâtrales

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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 07:10

nanine.jpgPour le théâtre français du XVIIIe Siècle, on parle souvent de Marivaux et de Beaumarchais, les deux grands auteurs du siècle. On oublie des auteurs souvent considérés comme mineurs, notamment car ils ont touché à d'autres matières, comme Diderot. C'est également le cas de Voltaire, qui s'est essayé au théâtre. Il a en particulier écrit une pièce en décasyllabe, titrée Nanine. C'est cette pièce que Laurent Hatat et sa compagnie Anima Motrix ont choisi de monter.

 

L'intrigue est celle d'une histoire d'amour empêchée par les situations sociales, les amours autres et les quiproquo. Au coeur de la pièce, on trouve le Comte d'Olban. La marquise de l'Orme a des vues sur lui, pour des raisons financières et aristocratiques, mais lui aime Nanine, une servante. La pièce, en faisant intervenir les parents des protagonistes ou d'autres domestiques, raconte la querelle entre le Comte et la Marquise pour s'attirer les bonnes grâces de Nanine, l'un pour l'épouser, l'autre pour l'envoyer au couvent.

 

Si l'intrigue peut paraître classique, l'apport de Voltaire est de transgresser les relations maîtres/domestiques. Car le Comte est amoureux non pas d'une noble, comme cela est souvent le cas chez Marivaux, mais d'une domestique. Il essaie d'abord de la convaincre de son amour, avant de la contraindre par la force. La pièce rend bien cette relation ambiguë qui unit les deux personnages, avec des sentiments nobles vite oubliés pour assouvir le plaisir du maître.

 

Laurent Hatat a intégré cette trame classique dans sa mise en scène. La pièce s'ouvre par un passage chanté (deux ou trois viendront rythmer la suite de la pièce) qui évoque les comédies musicales, autre genre qui joue constamment sur les amours impossibles. La pièce est servie par un quintet d'actrices pleines d'énergie, qui jouent l'ensemble des rôles, qu'ils soient masculins ou féminins. Ce fut donc un vrai plaisir de découvrir cette pièce, dans une configuration inhabituelle : la scène était au centre d'un carré de chaises, et les acteurs se trouvaient entourés par des spectateurs de tous les côtés. La pièce sera jouée en juin 2013 au théâtre du Nord, je vous invite à la découvrir !

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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 07:49

Camille a la quarantcamille-redouble.jpgaine et une vie qu'elle doit repenser : Eric, son mari, la quitte pour une jeunette et son alcoolisme l'a isolé de son entourage. Après un réveillon (trop) arrosé, elle s'éveille à l'hôpital. Et retrouve ses parents, morts depuis plusieurs années. Camille n'a plus 40 ans, mais 16 ans. Elle reprend sa vie d'adolescente, va au lycée et fait le rencontre d'Eric, celui dont elle sait qu'elle va tomber amoureuse et qu'ils vont passer plus de 20 ans ensemble avant une rupture douloureuse. Mais comment réagit-on quand on doit lutter contre ses sentiments pour éviter d'être malheureux 20 ans plus tard ?

 

Le film de Noémie Lvovsky est une vraie réussite. Dès le générique (très beau, avec des gouttes qui tombent, des montres qui volent et des chats qui traversent l'écran au ralenti), j'ai été embarqué dans cette histoire et son ambiance particulière. Avant sa retombée en adolescence, l'apparition de Jean-Pierre Léaud en horloger intemporel laisse entrevoir le mystère de ce film et de son intrigue.

 

Le retour à l'adolescence est un vrai bonheur. Noémie Lvovsky met en scène les années 80, avec baladeur et musique du moment. Ses trois copines et elle forment une bande tout à fait typique. Judith Chemla, India Hair et Julia Faure donnent à ces personnages une fraîcheur et une énergie communicative. L'ensemble du casting est d'ailleurs globalement très réussi, avec des profs aux apparitions courtes mais marquantes (Matthieu Amalric, Anne Alvaro). Et les diverses expériences de drague entre ados donnent lieu à des scènes très drôles

 

Mais le force du film est de ne pas se résumer à une simple représentation comique des années 80. Le personnage d'Eric (Samir Guesmi), au coeur de l'intrigue, pose la question de savoir comment réagir face au bonheur qui éclate, tout en sachant que tout cela ne finira pas bien. Mais c'est surtout visible par le biais des parents de Camille (Yolande Moreau et Michel Vuillermoz, remarquables). Camille ne s'est jamais vraiment remise de la mort de sa mère. Elle sent qu'elle n'arrivera pas à éviter son décès brutal et fait en sorte de garder des traces d'elle. Cela passe par quelques discussions, des mots échangés ou des voix enregistrées. Noémie Lvovsky transcrit avec beaucoup de subtilité et de finesse ces moments de recherche de conservation du souvenir et de désarroi, et la scène de la mort de la mère est vraiment poignante.

 

Noémie Lvovsky signe un film grand public qui marie drôlerie, burlesque et gravité. En s'accordant le rôle-titre, elle trouve peut-être le grand rôle de sa carrière, qui ne fait que confirmer tout le bien que je pensais d'elle, comme actrice ou comme réalisatrice (j'ai été un peu mitigé pour Faut que ça danse !, mais Les sentiments était une belle réussite.)

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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 17:00

la_piscine.jpgC'est bien l'été, surtout quand à côté de chez soi, il y a un cinéma qui consacre une salle aux rétrospectives (Merci au Majestic, à Lille !). Car si l'offfre ciné de l'été n'a pas été très affriolante, ce fut l'occasion de faire quelques séances de rattrapges. Au menu, Romy Schneider et Luchino Visconti.

 

Démarrons avec Romy, dont j'ai vu trois films. Le premier est certainement le plus populaire, le plus facile d'accès, notamment en raison de la présence de Romy Schneider aux côtés d'Alain Delon. C'est donc La piscine, de Jacques Deray, qui a ouvert ma rétro cinématographique. Si le film ne m'a pas complétement emballé (peut-être à cause d'Alain Delon, dont je ne suis pas un grand amateur), le film vaut pour l'ambiance vénéneuse qu'il arrive à installer. A l'origine du malaise ambiant, on trouve les personnages de Maurice Ronet (formidable en producteur bling-bling) et de Jane Birkin (convaincante en jeune ingénue mais pas tant que ça). La force du film est de tout laisser hors champ : qu'ont fait Delon et Birkin à la plage ? Et Ronet veut-il renouer avec Romy. Un film au final plaisant.

l-important-c-est-d-aimer.jpg

 

Dans un autre registre, Romy Schneider est étincelante dans L'important c'est d'aimer d'Andrzej Zulawski. On entre dans un univers totalement différent. La scène d'ouverture, un tournage sur un film érotique/pornographique, donne le ton. C'est un film qui refuse tout réalisme, où les personnages ont des comportements souvent étranges. L'intrigue est complexe à résumer, car le film ouvre diverses pistes : l'amour à trois, le désir, la jalousie, la dépression; la représentation théâtrale,... C'est un film déroutant où on découvre Romy Schneider dans un rôle de femme amoureuse et dépressive, avec à ses côtés Fabio Testi, Jacques Dutronc ou Michel Robin.

 

 

affiche-Ludwig.jpg

Et pour être certain de la diversité des rôles joués par Romy, j'ai également vu Ludwig ou le crépuscule des Dieux, de Visconti. Elle retrouve le rôle d'impératrice d'Autriche qu'elle incarnait déjà dans Sissi, mais avec un tout autre traitement. Mais elle n'est finalement qu'un second rôle dans cette grande fresque qui montre la folie des grandeurs et la décadence de Louis II de Bavière. Au centre du film, on trouve Helmut Berger, totalement halluciné, qui joue avec fureur et énergie la lente descente vers la folie du monarque. On y découvre ses relations privilégiées avec Wagner (pour qui il fait construire Bayreuth), ses folies architecturales (la château de Neuschwanstein, notamment) et son homoséxualité difficilement assumée. Visconti signe une grande fresque sur la folie de l'aristocratie, pointant l'incapacité de la cour à entourer ce roi. 

le_guepard.jpg

 

Enfin, pour continuer avec Visconti, j'ai également eu le bonheur de voir une autre fresque sur la décadence et la fin d'un monde, Le guépard. Ici, on se trouve en Italie, au moment crucial de l'unité italienne. J'ai beaucoup aimé ce film, grande fresque sur la fin d'un monde, celui de l'aristocratie italienne qui voit arriver les militants de la République. Le personnage de Salina (Burt Lancaster) est très intéressant, et celui de Tancrède (Alain Delon) vaut pour son évolution politique, significative de ces opportunistes qui finissent toujours par retomber sur leurs pieds, quel que soit le régime en place. Il y a également Angelica, la jeune fille très libre, fille d'un maire républicain, qui joue un rôle non négligeable. Le film est fastueux, avec notamment cette immense scène de bal, et c'est un vrai plaisir de plonger dans cette intrigue. Le guépard est un grand film.

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3 octobre 2012 3 03 /10 /octobre /2012 08:13

dans-ma-peau.jpgProfessionnellement, Guillaume de Fonclare est le directeur de l’Historial de la Grande Guerre, à Péronne. Le musée retrace la vie des soldats de 14-18, leurs conditions d’existence et de survie dans ce moment de négation de l’humanité. Guillaume de Fonclare est atteint d’une maladie rare, qui rend ses mouvements chaque jour plus douloureux. Ce récit est celui de sa lutte, indispensable mais vaine, contre cette maladie qui aura à terme raison de son amour pour son métier et de sa vie.


Le roman est d’entrée placé sous le signe de cette maladie qu’il ne peut oublier et qui occupe une majorité de ses pensées. Car elle le fait souffrir de plus en plus,

Je bataille pour marcher, pour parler, pour écrire, pour mouvoir des muscles qui m’écharpent à tout moment

Mais la maladie bouche son horizon professionnel et affectif.

je ne vois plus les sourires de mes enfants, ni les tendres regards de celle que j’aime

Ce récit est l’histoire d’une déchéance annoncée, physique et morale. Alors, forcément, le ton est pessimiste, morbide, mais Guillaume de Fonclare refuse l’abattement. Il continue à espérer, pour sa femme, pour ses deux enfants cités dans le texte et à qui il rend hommage, ou pour ses collègues de l’Historial.


Même s’il éprouve des difficultés croissantes dans son métier, au point de parfois devoir quitter précipitamment son bureau à cause de la douleur, il attache beaucoup d’importance à son activité. On sent que le jour où il sera remplacé, ce sera pour lui la fin d’un lien important avec la vie active. Le récit est d’ailleurs parsemé de références à la Grande Guerre, avec des anecdotes ou des informations historiques. Ainsi, il se souvient du jour où il a rencontré des vétérans australiens, et de cette discussion sur un coin de trottoir avec l’un d’entre eux, en hommage à son ami resté dans les tranchées.


Il raconte également sa visite dans quelques cimetières militaires. Il se souvient plus particulièrement de l’un d’entre eux, le Railway Hollow Cemetery, où les soldats britanniques enterrés venaient presque tous du même village et où il souhaite se rendre avant qu’il ne soit trop tard. Ce fut également pour moi l’occasion d’apprendre que chaque pays traite de manière différente les corps retrouvés sur les champs de bataille. Pour les français, le corps est renvoyé dans son village s’il est identifié, envoyé à l’ossuaire sinon. Pour les allemands, la question de l’identification ne se pose pas, et c’est direction l’ossuaire directement. Les anglo-saxons ont une approche différente : les corps restent à l’endroit où ils ont été trouvés, identifiés ou non. Ce qui explique le nombre important de cimetières britanniques dans la Somme, autour de Péronne, ou dans les Flandres.


Le fait de côtoyer l’histoire de ces soldats, considérés comme de la chair à canon, est un moyen pour Guillaume de Fonclare de relativiser sa situation d’infirme en devenir. Les images des gueules cassées ou des estropiés sont pour lui habituelles. Mais cela ne suffit pas à lui faire oublier la douleur, vive, permanente, qui secoue son corps et le marque. C’est un récit dense et intense que livre l’auteur sur sa maladie, sa confrontation avec elle au quotidien et ses angoisses, naturellement compréhensibles.

 

Dans ma peau de Guillaume de Fonclare

Ed. Stock

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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 08:11

CherchezHortense.jpg Après une adaptation ratée d'Agatha Christie, Pascal Bonitzer revient avec un film contemporain, mais qui reste dans le monde bourgeois. Au centre de l'intrigue, on trouve Damien, spécialiste de la civilisation chinoise, à qui sa femme demande un grand service : demander à son père, magistrat au conseil constitutionnel, d'aider une jeune femme sans papier. Mais les relations entre Damien et son père sont complexes, et il a du mal à lui faire sa requête. Du coup, il s'enfonce dans le mensonge et sa lâcheté éclate au grand jour.

 

Le film est la chronique de cet homme, perdu dans le monde moderne. Il s'occupe quasiment seul de son fils ; sa femme, metteur en scène, s'apprête à le quitter pour un jeune comédien ; il n'arrive pas à surmonter la crainte qu'il a de son père, homme délicieux et malicieux qui adore jouir de la vie, alors qu'il est lui-même un peu austère. Jean-Pierre Bacri incarne parfaitement cet homme qui tente de se rassurer en fréquentant le troquet du coin, seul endroit où il se sent en sécurité. Il parvient aussi à prendre sous son aile la jeune immigrée menacée d'expulsion qu'il n'a pas pu aider plus tôt.

 

Si le casting est intéressant (Isabelle Carré, Kristin Scott-Thomas, Claude Rich), le traitement des personnages est assez hétérogène. Les hommes sont globalement bien traités (Claude Rich est formidable, il pétille de malice et de roublardise), mais les femmes sont un peu délaissées. C'est en particulier le cas pour Kristin Scott-Thomas. Alors que le film s'ouvre sur une scène de répétition au théâtre, cette dimension disparait presque totalement dans la suite du film.

 

Cela donne un film bancal, comme si Bonitzer ne voulait pas assumer le fait qu'il réalise un film qui parle des errances d'un homme. Au lieu de centrer le film sur Damien/Bacri, il se ménage des intrigues secondaires qu'il ne creuse pas. Et du coup ne creuse pas non plus totalement l'intrigue centrale. Cela dit, certaines scènes sont très efficaces (tous les duos Bacri-Rich, ou cette scène de réveil où Bacri se demande ce qu'il a fait la nuit précédente) et retonne un peu de tonus au film. Car sinon, c'est une forme de langueur, pas désagréable, que j'ai le plus souvent ressenti. Signe que le film ne m'a pas totalement convaincu.

 

Autre signe de Pascal Bonitzer : Le grand alibi

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28 septembre 2012 5 28 /09 /septembre /2012 08:50

a-melie-sans-melo.jpgMélie est une vieille dame de 72 ans. Encore vive, elle prépare les vacances qu’elle va passer avec Clara, sa petite-fille de 10 ans. Deux mois ensemble, c’est l’occasion de faire de nombreuses rencontres, d’autant plus que l’entourage de Mélie est riche. Et même si l’horizon de Mélie est menacé par un examen médical, rien ne pourra assombrir cette parenthèse de deux mois.

 

Clara, lors de ses vacances, va faire la rencontre de Marcel, un ancien mécano qui se déplace aujourd’hui en fauteuil roulant. Pour le faire sortir de la maison de retraite, Mélie invente des pannes qu’il vient réparer. Mais Marcel n’est peut-être pas aussi faible qu’il le laisse paraitre.

 

Clara va également retrouver Georges, le médecin de sa grand-mère, qui est également un ancien amour de sa mère. Il y a également Pépé, un immigré espagnol qui sert de chauffeur à Marcel, Fannette, la mère de Clara, ou Bello, son parrain par adoption, un musicien qui adore s’entourer de filleuls.

 

Mais il y a surtout Antoine, le copain de Clara. Ou plutôt le petit copain. Il a peur des araignées, et des vacances à la campagne ne sont pas forcément le bon endroit pour éviter les petites bêtes à longues pattes.

 

C’est dans un décor champêtre que ces personnages prennent place, surmontent leurs failles et affichent leur amour au grand jour. On sent dans ce roman beaucoup d’affection, de sympathie et de tendresse, avec la volonté de ne rien cacher, de toujours dire ce qui doit être dit. C’est une récréation littéraire tout à fait agréable, dans laquelle Barbara Constantine alterne avec bonheur les styles de narration (récit, lette, coup de téléphone, confession à un dictaphone). Ce roman permet de passer un moment sympathique en compagnie de personnages haut en couleur. (ce qui n’est pas sans rappeler quelques bons ouvrages d’Anna Gavalda)

 

A Mélie, sans mélo de Barbara Constantine

Ed. Calmann-Lévy

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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 22:37

Killer-Joe.jpgDe William Friedkin, je ne connaissais que L'exorciste, film culte dont j'avais gardé un plutôt bon souvenir alors que ce n'est pas mon genre cinématographique de prédilection. Suite aux bonnes critiques entendues au sujet de son dernier opus, je suis allé voir Killer Joe, film détonant à la fois par sa cruauté et par son humour noir, très noir. Un film troublant qui ne laisse pas indifférent, et c'est positif.

 

L'histoire est celle de Chris, 22 ans, qui vit dans une baraque vétuste avec son père, sa belle-mère et sa sœur. Endetté à cause d'activités peu légales, il pense avoir trouvé la solution miracle : faire tuer sa mère pour toucher l'assurance-vie, qui devrait revenir à sa jeune sœur. Il embauche donc un tueur à gage, shérif à ses heures perdues. Mais le plan ne se déroule pas si bien que cela, et c'est peu de le dire.


Ce film est cruel. Cruel envers ses personnages, aucun ne parvenant à devenir sympathique et humain aux yeux du spectateur. La froideur et la perversité du shérif (étonnant Matthew McConnaughey), la bêtise du fils (toujours convaincant Emil Hirsch), la naïveté de la fille (Juno Temple, une découverte pour moi), la lâcheté du père ou la cupidité de la mère empêchent tout sentiment d'empathie avec les personnages. Film cruel aussi par ce qu'il montre. Friedkin ne ménage pas son spectateur et propose des choses inimaginables (la scène du pilon de poulet restera certainement comme une grande scène de cinéma). Pourtant, ce climat malsain ne passe jamais par des scènes gratuites. Il évite la facilité et s'appuie constamment sur une mise en scène de haute tenue.

 

Et c'est la force de la mise en scène, associée à un second degré constant, qui donne tout son intérêt au film. Que ce soit la première apparition de Joe (gros plan sur les bottes, la ceinture, les gants) ou celle de la course-poursuite entre deux motos et un homme seul, on sent tout le plaisir de construction des scènes et de montage qu'a eu Friedkin. Et la force du film, c'est qu'il réussit à rendre ce plaisir au spectateur, qui oscille entre l'effroi que lui inspire l'intrigue et le rire provoqué par le ton décalé du film. Un œuvre originale et convaincante.

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