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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 07:48

Célimène (enfin, quand elle veut qu’on l’appelle ainsi) est auteur de fictions, mais en mal d’inspiration. Sans idée, elle est poursuivie par Anaïs, élève d’hypokhâgne qui souhaite que Célimène écrive sa vie. Mais l’auteur, déboussolée et victime de troubles psychologiques, ne sait comment aborder cette relation. D’autant plus que ses relations avec sa mère et celles avec son ex petit ami ne sont pas des plus simples.

 

Un chat un chat est le premier film de Sophie Fillières que je vois, mais il correspond assez bien à l’image que je me faisais du travail de cette réalisatrice. Célimène est une femme de son temps, elle élève seule son fils, et a une activité professionnelle qui lui permet de voir un peu venir. Surtout, la vie de Célimène est marquée par ses maladies : celle de vouloir confectionner un gâteau en pleine nuit en y laissant les coquilles d’œufs, celle de ne plus pouvoir parler pendant un certain temps. Mais quand elle se porte bien, son comportement est étrange pour un non–averti, comme lorsqu’elle va dans un débit de tabac acheter un paquet de cigarettes, et qu’elle dit à la vendeuse de ne pas le lui donner car elle a arrêté de fumer.

 

Malheureusement pour elle, son entourage ne fait pas grand-chose pour l’aider à aller mieux. Anaïs la poursuit constamment, s’accrochant à elle de toutes les manières possibles pour que Célimène retrouve l’inspiration. Sa mère ne semble pas comprendre l’ampleur de la situation, et son ex petit ami essaie lui aussi de raviver le feu qui s’est éteint.

 

Les passages avec Célimène sont les plus réussis du film. Chiara Mastroianni donne à son personnage toute la loufoquerie qui lui convient, lors de ses crises ou lors de ses conversations avec son fils. Les personnages de la mère et du petit ami, incarnés par Dominique Valadié et Malik Zidi sont également bien cernés, et ne dénotent pas du ton général du film. J’ai beaucoup aimé l’emploi par Malik Zidi du terme « débibocher », contraire lexical de rabibocher. En revanche, j’ai trouvé que les passages avec la jeune groupie étaient moins percutants. Beaucoup plus froide, plus calculatrice, Anaïs, jouée par Agathe Bonitzer, tranche trop avec le reste du film. Seule une des scènes finales, dans la cantine de son lycée, est au diapason avec ce qui est fait et dit auparavant. Enfin, j’ai trouvé la fin du film est un peu longue, et il aurait peut-être gagné à être diminué de dix à quinze minutes, pour conserver sa force.

 

Le film est tout de même une œuvre très originale, qui a un ton et une poésie propre, et qui est servi par de très bons acteurs, en particulier Chiara Mastroianni, éclatante. On y retrouve également Sophie Guillemin, la compagne d’Harry dans Harry, un ami…, qui représente l’antithèse de Célimène : réaliste, pragmatique, et désabusée. Un film intéressant et décalé, sans être complètement réussi.

 

L’avis de Laetitia (qui elle aussi a beaucoup aimé le débibochage)

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1 mai 2009 5 01 /05 /mai /2009 11:18

Carmen est aujourd’hui plus connue pour sa version opéra signée Bizet et Halévy que pour sa version nouvelle contée par Mérimée. Avant d’assister, fin juin, à une représentation scénique à l’Opéra Comique, j’ai mis le nez dans la version première. Et si la trame de l’opéra y est présente, Mérimée y ajoute beaucoup de considérations personnelles.

 

Petit résumé. Un archéologue se rend en Andalousie pour retrouver les ruines de Munda, lieu d’une bataille livrée par Jules César. Lors de ses recherches, il rencontre Don José, brigand notoire réputé dans la région. Après lui avoir sauvé la vie, il le perd de vue. Dans une auberge, il rencontre une bohémienne, qui lui vole sa montre, et il y retrouve Don José, qui connaît très bien cette voleuse. Plus tard, notre archéologue rencontre une dernière fois Don José, en prison, avant son exécution. C’est là que Don José raconte les raisons qui l’ont amené là, et son histoire avec cette gitane, la Carmencita.

 

Le roman s’ouvre par un long prologue, caractéristique des romans du XIXeme siècle, où un personnage sera le dépositaire du récit qui sera le centre de l’œuvre. Ici, l’archéologue est le double de Mérimée, qui avait été nommé inspecteur des Monuments historiques. Lors de ce prologue, cet archéologue fait des rencontres qui seront décisives pour le récit, mais le lecteur oublie très vite l’objectif premier de ce voyage, la découverte de Munda, qui est pourtant un des sujets archéologiques les plus importants du moment, dixit l’archéologue.

 

Puis le récit avance, avec l’arrivée de cette bohémienne, pour le moment mystérieuse mais qui se dévoilera dans le récit de Don José une vraie diablesse. Car c’est bien ce récit du condamné à mort qui est le plus intéressant. Don José y raconte la passion subite qu’il a eu pour cette femme lorsqu’elle a jeté une fleur à ses pieds, comment il lui a permis de s’évader alors qu’elle devait aller en prison, son engagement parmi les contrebandiers. Surtout ce roman a pour sujet le combat entre la jalousie maladive de Don José, constamment soupçonneux envers Carmen, et la volonté de liberté de Carmen, femme magnétique mais qui utilise ses charmes pour rouler ses amants.

 

Cette jalousie atteindra son paroxysme lorsque le mari de Carmen rejoint la bande. Don José, ne pouvant contenir sa jalousie, le tue lors d’un duel. Ce qui n’effraie pas Carmen, plutôt flatté de cet acte de courage, même si elle raille constamment le sens de l’ordre et de la discipline de son « amant ».

 

Cette partie est celle qui sert au livret de l’opéra de Bizet. Il a conservé les éléments importants (le combat à la manufacture de tabac, l’évasion de Carmen et le rendez-vous chez Lilas Pastia, l’engagement de Don José chez les contrebandiers). Bizet n’a pas repris le personnage du mari de Carmen, mais a conservé celui du toréador, Lucas dans la nouvelle, Escamillo dans l’opéra, et lui a même donné un rôle plus important (pour faire simple, il rassemble le mari et le toréador de la nouvelle).

 

Mérimée fait avec cette nouvelle une plongée dans le monde des tziganes, ou rom, dont il reprend à de nombreuses reprises le vocabulaires spécifiques (rom pour mari, romi pour femme, minchorro pour amant). La dernière partie de la nouvelle est d’ailleurs surprenante, car le narrateur-auteur nous expose sa théorie sur le monde gitan. Quoique empreint d’une certaine condescendance, cette partie de la nouvelle a le mérite de mettre en scène un peuple très souvent dénigré.

 

A ce sujet, je vous conseille de lire le très bon dossier consacré au peuple tzigane paru dans le dernier numéro des Collections de la revue Histoire (en couverture, on y parle de la Renaissance). L’auteur, Henriette Asséo, y expose les origines de ce peuple, son implantation en Europe et l’évolution de la façon dont il a été considéré. Comme souvent, il a servi de bouc émissaire lors des périodes économiques difficiles, comme les juifs ou les étrangers. Malheureusement, cette période n’est pas terminée pour les tziganes, souvent vus de manière négative alors qu’eux aussi ont subi les atrocités nazies. Mais le fait que deux populations aient subi un même traitement barbare n’amène pas nécessairement une même considération aujourd’hui. Et dans la période actuelle de marasme économique, et de chasse aux sans-papiers (et aux Tziganes, comme en Italie), cette histoire est très instructive sur les mécanismes constamment utilisés pour créer une unité contre un « adversaire » commun, phénomène peu coûteux politiquement mais inadmissible pour toute organisation humaine se disant civilisée.

 

Carmen, de Prosper Mérimée

Ed. Pocket

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29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 07:27

http://images.allocine.fr/r_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/68/80/62/19051680.jpgPar un soir pluvieux, dans la banlieue parisienne, Ann suit la voiture de Thomas, son compagnon. Une fois arrivée à Choisy-le-Roi, elle aperçoit, dans le jardin, Thomas étreindre une femme. Pour Ann, c’est le déclic : elle décide de changer de compagnon, de lieu d’habitation, de vie en quelque sorte. Epaulée par Georges, un ami d’enfance retrouvé de manière impromptue, elle organise méticuleusement son départ, qui la mènera à travers l’Europe, pour finir sur une île italienne, où elle tombe amoureuse de la villa Amalia, qui surplombe la mer.

 

Isabelle Huppert, très prolifique au cinéma actuellement, tient sur ses épaules (qu’elle a solides) le dernier film de Benoit Jacquot, adapté du roman de Pascal Quignard. Ann est une femme blessée par l’infidélité de Thomas, troublée par le retour dans son existence de Georges, cet ami perdu de vue et qui débarque de manière mystérieuse dans cette banlieue parisienne, où il se rend suite au décès de sa mère. Ann, mise à mal dans son couple, face à Thomas qui ne reconnaît à aucun moment son erreur, au comportement lâche et fuyant. Dans sa vie familiale, avec un père parti alors qu’elle était jeune, et une mère mutique. Mais également dans sa vie professionnelle, où elle abandonne brutalement sa vie de pianiste (instrument récurrent dans la carrière d’Huppert, avec bien entendu la Pianiste d’Haneke mais aussi le troublant Merci pour le chocolat de Chabrol).

 

Benoît Jacquot décrit la manière consciencieuse avec laquelle opère Ann pour disparaître. Tous les éléments permettant d’effacer sa trace sont présentés, de la vente des pianos à la destruction des souvenirs personnels. Et même lors de sa fuite, elle brouille les pistes en changeant constamment de vêtements. Finalement, le repos (relatif) arrivera quand elle découvrira cette maison, et un nouvel élan sentimental éphémère.

 

Le film ne m’a pas totalement convaincu. La première partie, sur le départ d’Ann, est très réussie, rythmée, en particulier par les apparitions de Xavier Beauvois en mari inconséquent et surtout par celle de Jean-Hugues Anglade en ami fidèle et mystérieux. La seconde partie débute plutôt bien avec le périple qui passe par la Belgique, l’Allemagne et l’Italie, mais l’arrivée sous le soleil italien m’a laissé froid. Surtout j’ai du mal à comprendre la scène finale sur les plages bretonnes de son enfance, notamment cette longue discussion qui donne un éclairage dont le film n’avait pas besoin. Alors que le film consiste surtout en la transcription brute des gestes d’Ann, ce dialogue donne des éléments d’explication qui ne cadrent pas avec le reste du film.

 

Mais Isabelle Huppert est comme souvent très efficace dans ce rôle, même si je serai maintenant curieux de la revoir dans un registre un peu différent. Enfin, on voit qu’Isabelle Huppert avec des lunettes bleues de plongée dans une piscine (curieusement déserte, d’ailleurs) ressemble à n’importe quel nageur lambda. Et cela, c’est rassurant !

 

Les avis de Pascale (ennuyée), Laetitia (conquise)

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23 avril 2009 4 23 /04 /avril /2009 07:35

Sonia Bergerac est professeur de français dans un collège de la banlieue parisienne. Avec sa classe de quatrième, elle se rend à la salle polyvalente pour travailler Le Bourgeois gentilhomme. En difficulté face aux comportements plus que turbulents de ses élèves, elle n’arrive pas à se faire entendre. Et lorsqu’en voulant confisquer le sac à dos d’un élève, elle s’empare d’un revolver, c'est le début de la dégringolade pour cette prof qui prend une partie de sa classe en otage.


Film réalisé par Jean-Paul Lilienfeld et déjà diffusé sur Arte, La journée de la jupe m’a touché, comme cela faisait longtemps que cela ne m’était pas arrivé. Le sacrifice de cette fonctionnaire, abandonnée par sa hiérarchie (jusqu’à la ministre, d’un cynisme effroyable malheureusement vraisemblable), enfoncée par une partie de ses collègues, est assez éprouvant à suivre. Sonia Bergerac a, pour son malheur, refusé de faire des concessions face à ce qu’elle souhaite enseigner aux élèves. Programme exigeant, qui consiste ici à faire jouer du Molière à ses élèves, et auquel elle ne veut rien ôter. Elle-même produit de l’école républicaine (très émouvante scène à la fin du film au téléphone), elle aspire à ce que ses élèves connaissent le même destin qu’elle.


Les critiques entendues par rapport au film reprochait, pour certaines d’entre-elles, le fait que toute l’action ne se passe pas dans la salle où a lieu la prise d’otage. Je suis totalement en désaccord avec ce reproche. Bien entendu, d’un point de vue narratif, cantonner l’action à la prise d’otage et à sa résolution permet un ressort intéressant. Mais quelle perte cela aurait été de ne pas voir le comportement de ce principal lâche qui est là contre son gré, de ces collègues démagogues qui tentent d’amadouer les élèves ou de les défendre, même lorsqu’ils ont pris un coup de poing dans le nez. Et surtout le comportement des journalistes et celui des parents, qui exposent devant la caméra ce qui est tu dans la cité. En à peine deux heures, le scénario permet de brasser de multiples sujets, qui ouvrent la réflexion face à cet événement peu banal.


Les liens qui naissent entre la professeur et ses otages sont un autre aspect très intéressant du film. Les alliances évoluent au cours du film, on saute de surprises en révélations sordides, qui ne font qu’éclairer un peu plus le contexte global de la situation.

 

Isabelle Adjani, pour son retour à l’écran, est magistrale dans le rôle de cette professeur qui a totalement perdu les pédales, mais pas tous ses réflexes, comme le montre ce sursaut de lucidité à la fin du film, lorsqu’elle tente de protéger ses élèves. Elèves qui sont également criants de vérité. Jacky Berroyer est très bon en principal qui a abandonné toute ambition éducative pour réduire son établissement à de la garderie, et les flics du Raid sont incarnés avec talent, par Yann Colette et son physique atypique, et Denis Podalydès, dans un rôle très surprenant. Petite apparition de Marc Citti en mari effondré, hurlant sa douleur au principal incapable de réagir. Un casting aux petits oignons, pour un film fort, qui à partir d’un événement exceptionnel parvient à rendre un milieu social au bord de l’implosion. Et à mettre en images l’abandon de ces professeurs, de manière bien plus poignante que Entre les murs (qui n’avait pas le même objectif, il faut l’avouer). Professeurs dont beaucoup de monde plaint les difficultés, mais que personne ne soutient vraiment, les autorités politiques au premier chef. Un coup de poing !

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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 07:54

Eh oui, c’est cure de cinéma en ce moment, et cela devrait durer encore quelques jours. Il faut dire que je suis lancé dans un pavé, donc mes lectures n’avancent guère.

 

Aujourd’hui donc, le dernier dessin animé sorti de l’imagination de Hayao Miyazaki. Ponyo est une sirène, qui au fil de ses périples sous-marins, se retrouve dans le seau d’un enfant, Sosuke. Ponyo retourne à la mer, rattrapée par son père, mais son destin a changé : elle a bu du sang humain. Son corps va donc se transformer, pour passer de sirène à petite fille. Mais cette transformation l’oblige aussi à abandonner ses pouvoirs magiques.

 

Comme souvent, Miyazaki signe un dessin animé où il invente un univers. Ici, on se retrouve dans les bas-fonds en compagnie d’une déesse de la mer, d’un humain devenu maître des océans qui rêve de revenir à la période préhistorique pour faire disparaître les traces des humains, et cette sirène. Souvent dans les airs (Le château dans le ciel, Le château ambulant,...), Miyazaki s’attaque donc à ce nouvel élément avec beaucoup de réussite.

 

Il arrive également à mêler son univers onirique avec le quotidien de la famille de Sosuke, sa mère Lisa et son père engagé sur un navire. On plonge dans une société mi-japonaise mi-occidentale, avec son jardin d’enfants, sa maison de retraite et ses vieilles dames attachantes. Je rattacherai cet opus à Kiki la petite sorcière, autre œuvre de Miyazaki qui mélangeait les genres.

 

C’est un film très tendre, avec comme toujours ou presque des enfants qui tiennent les premiers rôles. L’arrivée de Ponyo dans la maison est d’une drôlerie formidable, la quête de Ponyo et Sosuke sur les flots qui ont envahi la ville est  attendrissante. Film plus simple dans sa narration que son précédent et magnifique Château ambulant, Ponyo sur la falaise est à destination de toute la famille. Film sans méchants, qui prône des valeurs d’amitié, de respect de la nature, c’est une belle réussite. Servi par une très belle musique de Joe Hisaishi, avec parfois des accents wagnériens comme lors de la course de Ponyo sur les immenses vagues-poissons, l’ensemble est vraiment très plaisant, et fait passer un très bon moment.

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19 avril 2009 7 19 /04 /avril /2009 15:31

New Iberia, petite ville de Louisiane, est le lieu d’un meurtre sordide : une jeune femme, Cherry LeBlanc, a été tuée et mutilée. Dave Robicheaux s’occupe de cette affaire, qui est loin d’être limpide. Au même moment se déroule le tournage d’un téléfilm produit par un parrain de la mafia locale. Lors du tournage, la vedette du film découvre dans les bayous le cadavre décomposé d’un noir. Cette découverte remue la mémoire de Robicheaux, qui va tenter de remettre tous les événements dans l’ordre pour stopper les meurtres de jeunes filles.

 

Dans la brume électrique est le dernier film en date de Bertrand Tavernier, et sa première réalisation aux Etats-Unis. Il a choisi pour cadre la Louisiane, déjà le lieu du roman de James Lee Burke Dans la brume électrique avec les morts confédérés, en y ajoutant des touches contemporaines liées au passage de Katerina. Le sujet de ce film ? Plus que l’enquête policière elle-même, c’est le personnage de Dave Robicheaux qui est l’objet premier du film. Quasiment de toutes les séquences, c’est cet inspecteur bourru, travaillé par ces deux macabres découvertes, qu’on suit dans son périple. Entouré par sa femme, sa fille adoptive et son ami noir qui l’aide à tenir un petit commerce, il utilise tous les moyens pour arriver à ses fins. Mais il se frotte à plus costaud que lui, et échappe à plusieurs reprises à des tentatives d’assassinat ou à des coups montés.


L’un des forces de ce film est que l’ennemi de Robicheaux est caché. Hormis lors de la révélation finale, ni Robicheaux ni le spectateur ne savent qui est ce tueur fou. On croise bien des intermédiaires, ou ce parrain de la mafia, adipeux et dégoulinant, mais jamais on ne sait qui est responsable de ces meurtres. Ce qui crée une impression de mystère et d’angoisse, amplifiée par les marais et les bayous de Louisiane, admirablement filmé par Tavernier ici, ou par l'ambiance glauque de ce club perdu au fin fond de la campagne.


Film de genre, Dans la brume électrique est une réussite car Tavernier réussit, un peu comme dans The Pledge de Sean Penn, à faire oublier l’intrique policière pour mettre au premier plan Robicheaux, admirablement incarné par Tommy Lee Jones. Personnage hanté par les démons de son passé, par ce noir lynché dans les marais, par ses rencontres avec le Général, dirigeant les confédérés lors de la Guerre de Sécession, on le sent blessé, mais on ne saura jamais vraiment ce qui le meut. Aux cotés de Tommy Lee Jones, on notera la présence de Mary Steenburgen, qui joue son épouse, et celle de John Goodman, merveilleux en baron de la mafia.


Servi par une très belle musique de Marco Beltrami et par de magnifiques paysages, cette première incursion de Bertrand Tavernier aux Etats-Unis est une belle réussite, pleine de tension, et une plongée dans la Louisiane, pays meurtrie par les tensions raciales, les inégalités sociales et l’alcool qui ravage bon nombre de vies.


L’avis de Pascale.

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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 20:00

Des hommes et des femmes sur la route, à la recherche d’un eldorado que chacun imagine différemment. Un jeune cadre, après avoir déménagé des machines dans une usine française, se rend à Budapest pour préparer l’arrivée du matériel. Une jeune femme, caméra DV à la main, sillonne la campagne allemande en train, en orientant son regard sur les marginaux. Des kurdes  traversent l’Europe pour tenter de rejoindre la Grande-Bretagne. Dans tous les cas, des individus déracinés, à la recherche d’un lieu où ils seront mieux, mais ils vont se confronter à l’adversité.


Nulle part, terre promise n’est pas un film évident. Peu de paroles, des choix de mises en scène intrigants, une narration alternée entre les protagonistes principaux, le tout sur fond de situations sociales inquiétantes et de migrations : ce n’est pas forcément très enthousiasmant, mais Emmanuel Finkiel instaure une atmosphère particulière, un mystère qui embarque le spectateur du début à la fin.


Le début est très social : entre les kurdes dans le camion qui tentent d’échapper aux contrôles à la frontière allemande et ce jeune cadre qui encadre le déménagement des machines avec en fond les banderoles et les slogans des ouvriers qui manifestent, on a l’impression d’entrer dans un film sombre, pessimiste. Si le ton n’est jamais enjoué, des détails réussissent à ne pas faire sombrer le film dans une noirceur trop appuyée.


Finkiel prend trois groupes de personnes très différentes : une personne installée, qui fait un boulot dont on sent qu’il a honte, et dont il essaie de se déculpabiliser à peu de frais. Cette jeune femme, voyageuse, curieuse, en prise avec le monde, qui se lie facilement et fait des rencontres improbables, comme ce vagabond dans un train, mais qui est piégée par sa naïveté. Toujours en attente qu’on réponde à ses appels téléphoniques, elle divague dans ce monde qu’elle n’ose regarder que par le biais de son écran de caméra. Et il y a ces kurdes, qui ont tout quitté pour tenter de traverser la Manche, qui sont abandonnés en rase campagne par leur chauffeur pour des raisons qu’on ignore, et qui décident coûte que coûte de rejoindre leur objectif.


Films sur plusieurs sujets, il m’a fait penser à Welcome, pour l’immigration (ici, on a ce qui précède l’arrivée des étrangers à Calais), à Ressources humaines de Laurent Cantet ou Violences des échanges en milieu tempéré de Jean-Marc Moutout sur le libéralisme qui broie les plus jeunes, à De l’autre côté de Fatih Akin sur le mélanges des cultures, l’arrivée dans des pays étrangers. De par ces différents niveaux, Nulle part, Terre promise n’arrive pas forcément à aller au fond de tous ses sujets, mais l’ensemble est très pertinent. En rapprochant des thèmes qu’on pourrait penser éloignés (délocalisation à l’est, immigration à l’ouest), Emmanuel Finkiel réalise un film cohérent, en touches légères, qui dessine un portrait de nos sociétés actuelles, mondialisées, en prise avec le monde, mais où l’humain se trouve souvent seul face à ses rêves. Ce film m’a touché, et si ce n’est pas le film de l’année, je vous invite vraiment à tenter cette expérience cinématographique très intrigante. Une jolie réussite, sur un sujet vraiment pas évident.

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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 07:35

Marguerite Duras se souvient. Elle se souvient de sa vie en Indochine, avec une mère distante, qui aimait son frère beaucoup plus qu’elle. Avec un petit frère aimé mais délaissé par les autres, décédé trop vite. Surtout, elle se souvient de l’histoire d’amour vécue à quinze ans et demi avec son amant, un chinois de Cholen. Plus agé qu’elle, il a été l’homme qui a éveillé ses sens, qui lui a permis de sortir du milieu familial et du carcan scolaire où elle était vu comme la blanche d’une communauté asiatique.


L’amant est un roman difficile à résumer. Sa dimension autobiographique est évidente, notamment lorsque Marguerite Duras évoque la plantation achetée par sa mère (thème d’Un barrage contre le Pacifique) ou la déportation de son mari (La douleur). Mais outre ce balaiement d’une partie de son œuvre par les thèmes qui l’irriguent, ce roman est surtout l’occasion de plonger dans les blessures intimes d’une adolescente, blessures qui seront à la base de la construction de la personnalité de l’auteur.


Les relations difficiles avec sa mère, et encore plus celles avec son frère, cet escroc à la petite semaine à qui sa mère passe tout,  sont au cœur de l’identité de Duras. Mais aussi la difficulté à s’adapter à ce pays indochinois, où elle est mal à l’aise. Blanche parmi les asiatiques ; elle qui veut devenir écrivain, alors que les autres nourrissent de toutes autres ambitions.


L’écriture de Duras est précise, très évocatrice, notamment de ce paysage et du climat asiatique. Elle arrive à donner du souffle à ce récit étouffant et sensuel. Je retiens notamment le passage où elle parle d’Hélène Lagonelle, sa camarade blanche de l’internat, qu’elle tente d’initier aux plaisirs de la vie, mais dont elle sent vite la réticence.


Malgré toutes ces qualités, je n’ai pas été complètement emballé par ce récit. C’est un travail personnel intense, qui a très certainement coûté beaucoup à l’auteur, mais je n’ai pas été constamment accroché par cette histoire. Certains passages sont marquants, la figure du grand frère est apeurante à souhait, mais il m’a manqué un petit quelque chose pour adhérer sans réserve. Adhésion que
Blue Grey a totalement vécue, ce qui l’a décidé à en faire un maillon de l’illustrissime Chaîne des livres.


Les avis d’
Emmyne (comme elle, je pense que je le relirai plus tard, après une lecture des autres romans de Duras, dont je n’avais jusqu’à présent lu que Moderato Cantabile, livre qui m’avait beaucoup plu, par ailleurs), Argantel (insensible à cette Duras-là)

 

L'amant, de Marguerite Duras

Ed. de Minuit

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13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 07:26

Une jeune fille de quinze ans reçoit d’une personne sur le point de mourir son dernier bisou. Une bulle. Un bisou de poisson rouge. Ce bisou lui permettra de surmonter la perte de cet être dont on devine qu’il lui est cher. Petit retour en arrière pour savoir qui est cette personne, et comment la situation en est arrivée là.

 

Une jeune fille de quinze apprend un jour, en rentrant de l’école, qu’un examen médical a donné un résultat à six lettres pour sa maman. Après un moment d’incompréhension et de colère, on suit la vie de cette collégienne avec un père et une sœur qui tentent d’apporter du réconfort à cette personne aimée qui vit avec eux. Le quotidien est bouleversé par cet événement, la dégradation de l’état physique de cette femme entourée se dégrade peu à peu, inexorablement.

 

La narratrice a quinze ans, elle vit comme une adolescente du début des années 90 avec les chansons d’Higelin, Téléphone, Noir Désir, mais elle doit « porter sa maman », comme elle dit, position qu’elle estime ne pas devoir revenir à une fille de son âge. Les occasions de s’enthousiasmer deviennent rares, et un pique-nique dans la chambre devient une cérémonie inoubliable pour elle. Elle tente d’oublier ce mal rampant, elle essaie de croire qu’une guérison reste possible. Mais rien n’y fait, et le lecteur sait déjà comment tout cela se terminera.

 

Dans ce court récit, aux paragraphes ramassés, Cécile Rossart raconte comment une enfant de quinze peut vivre un événement comme la maladie d’une mère. Jamais larmoyant, alternant passages tristement réalistes et épisodes plus joyeux, le roman est au plus proche des sentiments et des sensations de cette adolescente.

 

Dans la préface, Marie Desplechin laisse entendre que ce récit est celui de Cécile Rossart, qui avait été touché par son livre La vie sauve. Un peu comme Mathias Malzieu l’a fait dans Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi, Cécile Rossart tente d’exorciser sa douleur en le mettant par écrit. Néanmoins, les traitements sont différents, l’auteur accordant ici beaucoup de place à ce qui a précédé le départ de sa maman, quand Mathias Malzieu narre ce qui a suivi le décès.

 

Un ouvrage intime, touchant, servi par une écriture sobre et poétique. Un beau roman, servi par le joli travail de la maison d’édition Diabase, qui y a inséré les dessins de Bonnie Colin.  

 

Un bisou de poisson rouge, de Cécile Rossard

Ed. Diabase

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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 07:04

Le Studio-théâtre d’Asnières, dont j’ai déjà parlé ici ou , est un centre de formation pour comédiens. Tout au long de l’année, ils présentent des pièces du répertoire classique ou contemporain, et c’est à chaque fois l’occasion de découvrir de jeunes acteurs se frotter à ces textes. Et le plus souvent, la mise en scène permet d’apporter un éclairage intéressant sur ces pièces.


Dernière production : ces deux pièces de Molière. Loin du répertoire habituel de Jean-Baptiste Poquelin, Jean-Louis Martin-Barbaz a décidé de mettre en scène ces deux courtes œuvres. Ce ne sont pas des chefs d’œuvre de Molière, mais permettent d’aborder deux aspects de l’œuvre du dramaturge souvent méconnus.


Avec Le dépit amoureux, le spectateur se trouve pris dans un marivaudage avant l’heure. D’autres pièces de Molière mettent en évidence les difficultés d’un homme à épouser une dame, pour cause d’incompatibilités familiales, de rivalités, etc. L’aspect neuf dans cette pièce est le rôle important des femmes, avec un caractère affirmé. Souvent effacées chez Molière (que ce soit dans Dom Juan, mais aussi dans L’école des femmes ou d’autres), elles ne se laissent pas marcher sur les pieds, et offrent ainsi de répondant aux personnages masculins tournés en dérision à cause de leur naïveté. Toutes les femmes ont un rôle affirmé, que ce soit Marinette, la servante, ou sa maîtresse Lucile. On ne retrouve pas ici l’opposition servante / maîtresse, l’une rusée, l’autre manipulée et fade, comme dans Le malade imaginaire.


La jalousie du Barbouillé est une farce. L’intrigue est comique : un homme, démesurément jaloux, cherche à prendre conseil auprès d’un médecin pour savoir quelle position adopter. Mais le pauvre barbouillé, saoûl du matin au soir, est mené par le bout du nez. Courte pièce jouée sur un rythme effréné, elle met en scène un des personnages préférés de Molière, le médecin, ici totalement imbu de sa personne et qui cherche des étymologies scabreuses à tous les mots qu’il entend (pour lui, le mot bonnet vient du latin Bonum est, ce qui est bon, « car il protège des cathares et des fluxions »).

 

Deux pièces mineures de Molière, il faut l’avouer, mais une mise en scène tout à fait réjouissante. Tous les acteurs sont emplis d’une énergie folle, occupent très bien le plateau au milieu duquel trône une boîte qui leur permet des jeux scéniques tout à fait intéressants. Tous les acteurs sont bons, bien campés dans leur rôle, n’hésitant pas à en faire beaucoup, sans tomber dans le ridicule. Je retiens particulièrement Sol Espèche, espiègle Marinette et rusée Angélique, et Jonathan Salmon, bondissant Gros René et lubrique Valère. Mais tous les acteurs méritent vraiment d’être vus.

 

Autre bonne idée, l’introduction de musique avec deux saxophones et une flûte traversière, ce qui apporte une note un peu plus légère, et permet d’occuper l’entracte entre les deux pièces. Et comme ils ont choisi de reprendre musicalement un morceau de la Tordue, je ne pouvais qu’être ravi. La pièce se joue encore ce samedi soir et dimanche, donc si vous étés dans le coin, allez faire un tour, cela vous donnera une image nouvelle de Molière !

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