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23 mai 2009 6 23 /05 /mai /2009 07:39

Blacksad est détective. Un chat qui mène des enquêtes parmi toutes autres espèces animales, dans les milieux marqués par le luxe et la misère, mais surtout par la peur de l’autre. Dans ces trois aventures (les seules actuellement publiées), Blacksad devra enquêter sur des meurtres ou des disparitions concernant des individus qui lui sont plus ou moins proches.
  

Dans Quelque part entre les ombres, Blacksad doit retrouver le meurtrier de son ex-compagne, et se sent constamment menacé. Il cherche donc à se protéger, mais les ruses qu’il est obligé d’utiliser pour remonter au riche commanditaire le mettent souvent en danger. Première intrigue classique, dans un cadre pas forcément innovant, ce premier épisode semble l’occasion pour les  auteurs Diaz Canales et Guarnido de mettre en place leur personnage.

 

Artic Nation s’attaque à un sujet plus ambitieux. Toujours dans le cadre d’une enquête, Blacksad, chat noir au museau blanc, doit faire face à deux groupes prônant des thèses raciales, les blancs d’un coté, les noirs de l’autre. Aidé par un journaliste, il affrontera une secte digne du Ku Klux Klan, et son enlèvement lui permettra de découvrir enfin la vérité.

 

Le troisième épisode est intitulé Ame rouge. Dans celui-ci, Blacksad retrouve un professeur qui l’a marqué lorsqu’il était étudiant. Connu pour ses sympathies communistes, il est sous surveillance du gouvernement. Mais ses amis, qui partagent ses convictions, sont retrouvés assassinés, les uns après les  autres. Le passé va les rattraper…

 

Plus que les intrigues, ce sont les décors utilisés et l’ambiance instillée qui sont épatants. Avec des arrières plans très différents, les deux auteurs parviennent à rendre une atmosphère de tension et de violence, avec quelques sc ènes où le sang giclent et où les coups pleuvent. Surtout, l’utilisation de physiques animaux rend la bestialité des personnages flagrante. Blacksad, chat placide, n’hésite pas à sortir ses griffes quand il le faut. Les caractères des autres personnages transparaissent aussi dans le choix animalier : le journaliste est incarné par une fouine, les tueurs à gage par un lézard ou un gavial, et les nazis blancs d’Artic Nation par entre autres un ours blanc et un renard. Ce choix de représentation fait penser aux Disney d’il y a quelques années (le plus marquant étant certainement Robin des Bois, avec renards, ours, loups, serpent et autres tigres), mais dans une ambiance totalement différente, beaucoup plus sombre et angoissante.

Une belle réussite que cette bande dessinée, avec une préférence pour le second tome (Artic Nation), à l’intrigue plus fouillée et plus ambitieuse. Reste à savoir si d’autres tomes sont prévus prochainement…

 

Edit octobre 2010 : Un quatrième tome des aventures de Blacksad vient de paraître... Affaire à suivre !

 

Blacksad : Quelque part entre les ombres ; Artic Nation ; Ame rouge

de Juanjo Guarnido et Juan Diaz Canales

Ed. Dargaud

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21 mai 2009 4 21 /05 /mai /2009 16:08

Poursuite de la découverte de l’opéra avec une représentation de Tosca. Représentation attendue, car ratée l’an dernier pour cause de grève. Comme quoi, tout arrive à qui sait attendre (et ce n’est certainement pas moi qui leur jetterai la pierre sur le raté de l'an dernier !)


Floria Tosca est une cantatrice, vivant à Rome au début du XIXeme Siècle. Son amant, le chevalier Cavadarossi, peintre de son état, vient en aide à Angelotti, insurgé qui vient de s’échapper du Château Saint-Ange, et l’aide à se cacher. Scarpia, le despote qui tient la ville sous sa coupe, est prêt à tout pour capturer Angelotti, et utilise la jalousie de Tosca pour retrouver les fuyards. Il en profite pour que ses fantasmes envers Tosca se réalisent enfin.


Tosca est inspiré d’une pièce de Victorien Sardou, créée avec Sarah Bernhardt. L’intrigue est on ne peut plus appropriée à l’opéra : une histoire d’amour, de vengeance et de mort, le tout sur fond des ituation politique complexe, entre le pouvoir arbitraire de Scarpia et Napoléon qui, hors scène, remporte la victoire de Marengo.


Composé de trois actes, l’opéra met un peu de temps à se mettre en place. Le premier acte, le plus long et celui qui m’a le moins accroché, se déroule dans une église où Cavadarossi peint une fresque de Marie-Madeleine, dont les traits sont inspirés par une croyante venue prier. Ce qui irrite profondément Tosca, femme jalouse comme une teigne et très préoccupée par sa petite personne. Pas de grands airs dans ce premier acte, hormis un chant des deux amoureux. Le début de l’opéra, très direct (cela débute par la fuite d’Angelotti), est saisissant. Je suis un peu plus sceptique sur l’utilisation des chœurs, avec une mise en scène fastueuse pour un résultat assez limité.


Le deuxième acte se déroule dans le bureau de Scarpia. Le début est vraiment prenant, avec le mélange des voix de Scarpia et de Tosca, venant de l’extérieur, puis avec l’apport de Cavadarossi. L’intrigue est haletante, la mise en scène rend bien la torture que subit Cavadarossi, et le trouble de Tosca face au dilemme qu’elle affronte. Le personnage de Scarpia, utilisant « le faucon de la jalousie » qui étreint Tosca, est détestable, cynique et sans scrupule, et incarne à merveille le mal. Ce début de deuxième acte est fort réussi, et traduit bien la montée en puissance de l’opéra.


Le troisième débute par un long morceau musical, l’un des seul de l’opéra, puis arrive l’air le plus connu de Tosca, celui de l’amour désespéré de Cavadarossi. Acte court, qui a pour objet la fausse exécution de Cavadarossi, il permet de clore en apothéose un opéra à l’intrigue classique, mais assez surprenant sur la forme.

 

La mise en scène, signée Werner Schroeter, est très christique. Entre le premier acte qui prend place dans une église et qui se termine par un Te Deum et le décor du troisième acte qui rappelle explicitement le thème de la croix qui engloutit Tosca, les personnages voyagent dans un décor très marqué par la religion. Je n'arriverai pas à expliquer pourquoi ce choix a été fait, mais il m'a sauté aux yeux.

 

Concernant la distribution, Adina Nitescu incarne une Tosca torturée et James Morris un Scarpia détestable. Mais ma préférence va à Aleksandrs Antonenko, Mario Cavadarossi dévoué à sa cause politique et qui accorde plus d’importance à sauver son ami qu’à satisfaire Tosca.  


Opéra à  la frontière des XIXeme et XXeme siècle, Tosca est selon moi (et mes connaissance actuelles) un bon exemple de la transition entre l’opéra wagnérien, verdien ou romantique, et ce qui va arriver par la suite. Un joli spectacle, mais pas l’opéra le plus bouleversant que j’ai vu.

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19 mai 2009 2 19 /05 /mai /2009 07:09

Le 25 août 1988, un violent incendie éclate à l’aube dans un des quartiers du centre historique de Lisbonne, le Chiado. La population évacue les lieux, mais au moment de monter dans l’autobus, un vieil homme se retourne et se précipite dans le quartier, car il souhaite sauver son appartement. L’imiteront un touriste français intrigué par ce vieil homme, un photographe portugais qui cherche désespérément la  gloire, et une mère qui a rendez-vous avec sa fille dans le quartier. Ces quatre personnes passeront plusieurs jours au milieu du quartier dévasté, seuls, jusqu’à l’arrivée d’un cinquième protagoniste qui va bousculer leurs habitudes. Surtout, il va obliger chacun de ses compagnons à faire face aux raisons profondes qui les ont poussés à entrer dans cette zone interdite.

 

François Vallejo a vécu cet incendie lors d’un voyage à Lisbonne. Cet événement traumatisant est donc le prétexte de son dernier roman. Par cette histoire d’enfermement volontaire, il met en scène la manière dont ces individus, sans eau, sans réserves, doivent se résoudre au pillage et faire face à cette pénurie. Cette première partie m’a d’ailleurs beaucoup fait penser à L’aveuglement de Saramago. Je ne sais pas si c’est dû au Portugal, mais la situation de ce groupe, soudé mais aux intérêts divergents, m’a rappelé celle de ces aveugles contraints de faire preuve d’inhumanité pour survivre.

 

Si le début est intéressant, il est un peu longuet. L’intrigue ne prend vraiment tout son sens qu’à partir du moment où le groupe se sent suivi par une cinquième personne, et surtout lorsque cette personne va les rejoindre. Juvenal est alors l’élément perturbateur du récit, celui qui pousse l’intrigue plus loin. Par sa curiosité, par ses questions, il oblige ses compagnons à réaliser leurs failles, à mettre en avant ce qui les a vraiment poussé à braver l’interdit, à dévoiler les secrets que chacun voulait enfouir en s’enfuyant. Je ne dévoilerai pas ces secrets ici, chacun ayant le sien (même Juvénal, ce qui donne d’ailleurs lieu à un passage d’une terrible violence psychologique, serai-je tenté de dire).

 

Vallejo poursuit les thèmes déjà rencontrés dans ses précédents romans : celui de la mise à l’écart du monde, du retrait qui met en exergue les véritables motivations de chacun, comme celle de L’Aubépine dans Ouest. On retrouve également le thème du secret et de son dévoilement, très présent dans Groom. Surtout, on retrouve la patte de l’écrivain, avec sa manière très personnelle de présenter les dialogues : pas de ponctuation spécifique, pas de verbes indiquant l’interlocuteur. C’est au lecteur de jouer à deviner qui prend la parole, ce qui n’empêche en aucun cas une lecture fluide.

 

Si L’incendie du Chiado m’a moins emballé que mes précédentes lectures de Vallejo, cet ouvrage reste un moment agréable de lecture, une fois l’intrigue réellement lancée. Un nouveau moment globalement réussi avec cet auteur, surprenant et capable de varier les intrigues sans perdre son écriture. Vraiment à découvrir !

 

Autres romans de François Vallejo : Groom, Ouest

 

L'incendie du Chiado, de François Vallejo

Ed. Viviane Hamy

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17 mai 2009 7 17 /05 /mai /2009 12:44

Dans les Etats-Unis de 1918, Babe Ruth est une vedette du base-ball. De retour d’un match, le train qui le transporte s’arrête en pleine campagne. C’est l’occasion pour Babe de rencontrer une équipe de noirs qui jouent au base-ball. Parmi eux, il remarque Luther Laurence, au physique et à la rapidité hors norme. Alors qu’il prend plaisir à échanger quelque balles avec ces noirs, il voit débarquer le reste de son équipe, qui se fait un malin plaisir à humilier les partenaires de Babe. Ce comportement écoeure Babe, mais aussi Luther, convaincu que les relations entre noirs et blancs ne pourront jamais changer.

 

Puis Luther, mêlé à la mafia locale, quitte la ville de Tulsa pour s’implanter à Détroit. Là, il est embauché chez Thomas Coughlin, capitaine de police. Avec son fils, Aiden Coughlin, dit Danny, lui aussi policier, ils sont confrontés à la montée des thèses d’extrême gauche, du communisme à l’anarchisme, dont certains partisans recourrent à la violence et n'hésitent pas à commettre des attentats. 

 

Ce relativement long résumé ne présente qu’une infime partie de l’intrigue du dernier roman de Dennis Lehane, qui est une large fresque du Boston de l’après-guerre. Ville où les relations entre noirs et blancs sont celles d’un maître avec son serviteur, comme dans l’ensemble des Etats-Unis. Mais c’est l’époque où les premières contestations noires se mettent en place, ce qui attire le regard de certains policiers peu scrupuleux, comme McKenna, une véritable ordure et meurtrier de sang froid.


L’intrigue principale se noue autour de la montée des idées contestataires, en particulier à l’intérieur de la Police. Pour demander des conditions de travail décentes, des lieux de repos salubres, les policiers tentent de monter un syndicat, et de s’allier avec le puissant AFL (American federation of labor). Danny, malgré la tutelle de son père, se rapproche de ce groupe, car il ne supporte pas les conditions réservées à ses collègues. Il participe donc, avec d’autres policiers, à l’organisation d’une grève qui aura des conséquences funestes pour un certains nombre de belligérants. L’aspect le plus intéressant, et le plus inquiétant également, est l’amalgame que fait le pouvoir entre ces grévistes qui demandent de meilleures conditions de travail, et les "rouges" qui veulent détruire les symboles du pouvoir. Amalgame qui sera bien utile pour déloger les éléments estimés gênants.

 

A cet aspect politique et social s’ajoute les histoires de cœur de Danny et de Luther, les deux personnages principaux. Pour Luther, l’absence de sa femme, qu’il a laissée à Tulsa, lui pèse, et son amitié avec Nora, l’irlandaise, l’aidera à prendre la décision qui lui fera affronter son passé. Danny est d’abord dans une situation délicate suite à sa liaison avec Tessa Abbruzze, terroriste. Puis il s’oppose politiquement à sa famille. Mais en plus de cette opposition politique, il aime Nora, qui est promise à son frère, ce qui constitue un élément supplémentaire de désaccord.

 

Hormis la toute première partie du roman, avec cette partie de base-ball décrite dans les moindres détails et à laquelle je n’ai pas tout compris, j’ai été happé par ce pavé. Lehane nous ballade dans le Boston de l’époque, fait revivre l’explosion d’un silo de mélasse qui envahit les rues de la ville et la manifestation qui provoque un véritable déchaînement de violence. Hormis le lieu des événements, ce livre différe des productions précédentes de Lehane, qui étaient des intrigues policières avec meurtres et ce qui s’en suit. Un pays à l’aube voit bien des policiers intervenir, mais pas dans les situations attendues. Ici, il ne sont pas les chercheurs de coupables, mais dans bien des cas les responsables des cadavres.

 

La présentation du livre en tant que Thriller me semble d'ailleurs quelque peu fausse. Car ce livre est un livre noir, haletant, une description fouillée d’une certaine société américaine qui reproduira plus tard cette chasse aux sorcières communistes, mais en aucun cas un thriller comme je l’entends. Mais je ne peux que vous conseiller de vous y plonger, et ce pour un bon moment étant donné l’épaisseur de la chose. Car comme le dit Thom, Lehane fait partie des plus grands…

 

Les avis de Thom (enchanté), Brize (emballée), Michel (qui a abandonné).

Autres billets sur Dennis Lehane : Mystic River, Un dernier verre avant la guerre

 

Un pays à l'aube, de Dennis Lehane

Traduit de l'anglais par Isabelle Maillet

Ed. Rivages - Thriller

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15 mai 2009 5 15 /05 /mai /2009 10:14

Passionné par les romans et par les films, donc par les histoires souvent hors normes qui y sont racontées, ce livre est une approche intéressante pour comprendre cet attrait des histoires, et voir comment elles sont détournées dans les milieux économiques et politiques, soit les milieux de pouvoir, pour conditionner les citoyens.

 

Le storytelling est l’art de raconter des histoires. Pas nécessairement à travers un scénario ou un roman, mais plutôt dans un but économique ou politique. Dans cet essai sur ce thème à la mode, Christian Salmon raconte comment les histoires ont pris une place prépondérante dans de nombreux aspects de la société actuelle, et pourquoi elles rencontrent un tel succès.

 

La première partie de l’essai s’intéresse à l’aspect économique du storytelling. Ou comment les entreprises les plus influentes ont commencé à raconter des histoires pour attirer des clients en créant de l’empathie. Conscient de la baisse d’influence des marques et des symboles (ou logos) les caractérisant (le plus célèbre étant le swoosh de Nike), elles ont réalisé le potentiel d’adhésion qu’ont les histoires auxquelles le consommateur peut s’identifier. Suite à cette prise de conscience, toutes les entreprises ont fait appel à des « spins doctors », spécialistes de la narration se faisant grassement rémunérés pour leurs interventions. Un autre but du storytelling, pratique aux origines anglo-saxonnes qui a largement essaimé, est de créer une communauté parmi les clients ou les salariés d’une même marque. Derrière l’image donnée par ces fictions, les dirigeants souhaitent créer un sentiment d’appartenance fort.

 

Outre l’aspect économique, les histoires occupent une place importante dans le domaine de la politique. Lancée par Nixon et reprise ensuite par tous les présidents américains (de Reagan, ancien acteur de son état et grand stratège du storytelling à Bush, en passant par Clinton, qui a repris une partie de l’équipe  chargée de la communication de Reagan lorsqu’il est arrivé au pouvoir), cette méthode imprègne toutes les pratiques politiques actuelles. Et ceci a été jusque lors de la dernière campagne présidentielle Obama / Bush, avec la mise en avant de Joe le plombier, qui s’est révélé être au final un imposteur. Et s'étend à la France, comme le montre le déroulé de la dernière campagne présidentielle, qui a relégué les idées au placard pour mettre en avant quelques slogans et des images fortes.

 

Si ces méthodes, pas toujours parfaitement connues, ne sont guère étonnantes, l’aspect le plus inquiétant du storytelling est la place qu’il occupe dans le milieu militaire. Dans le chapitre consacré à cette question, Christian Salmon montre bien les liens qui unissent Hollywood, créateur d’histoires s'il en est, et le milieu militaire américain.  La mise au point de jeu vidéo de simulation guerrière, en privilégiant le réalisme et les histoires crédibles, sont l’un des points culminants de cette collusion pas si neutre que cela. Et Jack Bauer, héros qui sauve l’Amérique par des moyens assez peu légaux comme la torture, est une des images qui montre bien la dérive qui existe, où l’on confond réalité et fiction. Au point qu’un juge de la Cour Suprême des Etats-Unis en est venu à utiliser l’exemple de Jack Bauer pour justifier les méthodes des soldats en Irak. Evidemment, puisque Bauer réussit à sauver San Francisco d’une bombe atomique, pourquoi les GI ne sauveraient-ils pas la démocratie en Irak en utilisant les mêmes méthodes ?

 

Au final, essai instructif et stimulant sur les relations que nous pouvons avoir avec les histoires qui nous entourent, et qui bien souvent prennent les pas sur l’information et l’analyse. Car des faits et des histoires individuelles ne peuvent pas suffire à comprendre les évolutions de la société dans laquelle nous vivons. Veillons donc à ne pas trop souvent nous faire abreuver d’histoires, mais à ne pas gâcher son plaisir quand on sait clairement qu’on est dans une fiction, comme dans un roman ou dans un bon film…

 

Storytelling, de Christian Salmon
Ed. La découverte

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13 mai 2009 3 13 /05 /mai /2009 10:06

Jean-Louis Fournier, l’auteur de ce roman, est le père de Thomas et Mathieu, les héros. Mais Thomas et Mathieu ne sont pas comme les autres enfants : ils sont tous deux handicapés. Un handicap mental, qui fait qu’ils ne grandiront jamais vraiment. Un handicap physique également, qui leur rend le dos bossu. C’est cette relation avec ces deux enfants handicapés que nous raconte leur père, avec distance, ironie et tendresse.

 

Mathieu est le premier des enfants à naître. Handicapé, les deux parents sont sous le coup de cette annonce redoutée mais heureusement assez rare. Quel n’est pas leur choc lorsqu’à la naissance de Thomas, les médecins annoncent aux parents que Thomas est lui aussi touché par le handicap. Ne voulant provoquer la pitié ni chez ses proches, ni chez le lecteur, Jean-Louis Fournier a adopté une position de prise de distance vis-à-vis de ses enfants. Il n’hésite pas à faire des plaisanteries au sujet de ses enfants qui ne deviendront jamais adultes. Il plaisante également Josée, qui s’occupe des enfants, et qui après une phase d’incrédulité, comprend le fonctionnement du père.

 

Jean-Louis Fournier ne cache pas ses peurs,  ni le fait qu’il n’ait pas forcément été un père très attentif pour ces deux fils, souvent à l’institut médical. Il raconte sa rupture avec son épouse, son amour pour les voitures de collection, tout en regrettant le fait que ses enfants ne connaîtront jamais Bach, Chopin, Wagner,…

 

Jean-Louis Fournier utilise des formes courtes pour décrire chaque saynète, chaque réflexion sur la situation de ses enfants ou des handicapés en général. Le format, s’il permet de condenser le récit et de faire jouer le ressort comique de nombreuses situations, dessert néanmoins le livre sur le plan strictement littéraire. Si cet ouvrage est un témoignage intéressant (et construit, tout de même) d’un père qui a du mal à assumer le handicap de ses enfants, je suis plus sceptique quant aux louanges qui font de cet ouvrage une des meilleures productions de la rentrée littéraire. Où on va, Papa ? est un roman sensible, qui crée de l’empathie chez le lecteur, et qui vaut la peine d’être lu pour découvrir l’humour dont fait preuve Fournier sur ce sujet difficile. De là à faire des tombereaux d’éloges, il y un pas que je ne franchirai pas...

 

Les avis de Karine (mitigée), Ys (emballée, et qui l’a lu avant la déferlante), Cathe (tout pareil que pour Ys), Laurent (intéressé), Philippe (sceptique) et bien d’autres…

 

Où on va, Papa ?, de Jean-Louis Fournier

Ed. Stock

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11 mai 2009 1 11 /05 /mai /2009 17:08

Carl est renvoyé du lycée et sa mère l’envoie auprès d’un de ses amis, Quentin. Ce dernier est à la tête d’une entreprise florissante : une radio pirate qui émet au Royaume-Uni depuis la Mer du Nord. Avec huit DJ qui rendent fous (et folles) tous les britanniques, et qui sont tous plus loufoques les uns que les autres, Carl va découvrir les joies du passage à l’âge adulte. Mais le gouvernement britannique n’entend pas que les choses puissent se passer de cette façon, et fait tout pour stopper la diffusion de ces émissions jugées obscènes.

 

Good Morning England est le prototype du film qui fait du bien au moral. Des personnages aux caractères très affirmés (le niais, le gugusse, le tombeur de ses dames, le timide, …), une bande originale rock et pop de la fin des années 60, une intrigue qui mêle comédie, histoire d’amour et naufrage titanesque, le tout avec la patte de l’humour britannique servent un film réjouissant. C’est également typiquement le film qui recueillera de très bonnes critiques dans les premiers jours de sa sortie, créant chez ceux qui ne l’ont pas vu une attente forte, dont il ressort souvent de la déception. Donc, je plante tout de suite le décor : film très agréable et divertissant, mais qui ne révolutionnera pas le monde du cinéma.

 

Mais comme il est plaisant de se laisser embarquer sur  Radio Rock. On y découvre l’engouement orgasmique des fans de tous ces DJ’s, considérés comme des idoles. On suit l’apprentissage de Carl, coincé entre les préceptes très libéraux de Dave et ceux plus raisonnables de Simon, qui perdra rapidement ses dernières illusions sur l’amour éternel. Les combats d’ego du Comte (Philip Seymour Hoffman) et de Gavin (Rhys Ifans) donnent lieu à une scène intense de poule mouillée, avec la montée au sommet du bateau. Le tout contrôlé par la poigne ferme de Quentin (Bill Nighy), qui s’occupe de tout ce petit monde.

 

Les séquences à terre sont également très réussies, notamment tous ces moments où on découvre les auditeurs de Radio Rock dans des positions plus ou moins surpenantes. Et le ministre (Kenneth Brannagh, avec un terrible accent qui roule les r) est typique du fonctionnaire conservateur et borné, qui tente de déployer toute sa haine envers ceux qui dérangent ses habitudes.

 

Richard Curtis parvient à faire de cette comédie riche en musique un très agréable divertissement, qui se termine en clin d’œil à Titanic avec une fin relativement éloignée. Le tout est un hommage à cette époque où quelques intrépides bravaient les interdits fixés par des gouvernements passéistes qui refusaient de voir et de considérer les évolutions de la société, enfermés dans leur repas de Noël insipides et ridicules (je me réfère à une scène du film, bien entendu). Vraiment, il y a de quoi passer un bon moment à bord de Radio Rock !

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9 mai 2009 6 09 /05 /mai /2009 07:14

Nicolas Sarkozy, lors de la campagne présidentielle, a fait beaucoup usage de références historiques parfois logiques et attendues (De Gaulle, Verdun,...), mais aussi surprenantes, les plus fameuses étant celles de Jaurès et de Guy Môquet. Avec l'aide des éditions Agone, le collectif de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH), qui s’exprime notamment contre les lois dites mémorielles et plus largement contre toute intrusion politique dans le travail de l’historien, reprend les thèmes ou personnages utilisés par Sarkozy dans ses discours lors de la campagne de 2007, et confronte l’utilisation politique qui en est faite avec la vision des historiens.

Une préface introduit le texte, et l’un des éléments les plus marquants est le classement des références par nombre d’itérations : le personnage historique le plus cité est Jaurès, devant De Gaulle, Ferry et Blum. Trois de gauche, pour un de droite. Première surprise de taille. Ce qui participe au brouillage du clivage droite / gauche, sur lequel joue Sarkozy. Un autre point de cette préface met le doigt sur la volonté de non-repentance de Sarkozy face à l’histoire. Il prend ainsi le contre-pied de Chirac, qui avait reconnu le rôle de la France dans les déportations. Surtout, et ceci est flagrant à la lecture des articles qui suivent, on voit que Sarkozy fait un usage quasi marketing de l’histoire, en associant selon ses besoins des personnages qui n’ont rien à voir entre eux, et que parfois tout oppose, hormis le fait d’être français. Une des phrases souvent citée décrit la France comme celle « de Saint-Louis et de Carnot, celle des croisades et de Valmy, celle de Pascal et de Voltaire, celle des cathédrales et de l’Encyclopédie, celle d’Henri IV et de l’Edit de Nantes ». Par cette accumulation, qui n’interroge pas les faits mais ne fait que les juxtaposer, Sarkozy (et les rédacteurs de ses discours) essaie de donner son idée de la Nation, qui ne semble pas réellement faite d’histoire.


Par la suite, chaque thème est décliné, comme dans un dictionnaire, par différents historiens, selon leur spécialité. On y trouve des hommes de droite (De Gaulle, Barrès), de gauche (outre ceux déjà cités, Clemenceau), des rois de France ou des empereurs (Charlemagne, Napoléon, Napoléon III), des historiens ou des philosophes (Marc Bloch, Condorcet). De nombreuses entrées sont liées à des thèmes, comme communautarisme, Fin de l’histoire, ou à des événements (Révolution Française, Commune, Vichy).

 

J’ai noté quelques passages très intéressants qui donnent un éclairage instructif sur l’utilisation que fait Sarkozy de l’histoire, et sur sa manière de penser. L’article sur l’Afrique reprend son discours de Dakar, et dénonce plus largement la vision fantasmée que Sarkozy a de ce continent, parlant à plusieurs reprises de terre « mystérieuse », de « sagesse ancestrale » ou d’ « âme africaine ». Il ne manque plus que « les Africains jouent bien au foot et ont le rythme dans la peau » ! Liée à sa volonté de ne pas se repentir des méfaits de la colonisation, l’auteur y dénonce les relents colonialistes de ces discours. Dans « les Croisades », Françoise Micheau met en question l’opposition faite par Sarkozy entre une histoire de droite et une histoire de gauche, entre lesquelles il n’hésite pas à décrire un mur infranchissable, hermétique. Frontière une nouvelle fois fantasmée, car les historiens ont leur préférence et leurs interprétations, personne ne nie les conséquences historiques des Croisades ou de la Commune.

En fait, ce sont généralement les articles les plus généraux (comme Féodalités ou Lutte des classes) que j’ai trouvé les plus intéressants, car ils explorent non seulement les approximations ou les omissions historiques, mais surtout ils montrent la cohérence conservatrice des discours de Sarkozy. Il ne voit l’histoire que par des figures, et non par un déroulement logique de faits. Comme s’il avait l’intention de mettre sous le tapis l’histoire de France. Les personnalités sont constamment rattachées à leur région d’origine, pour flatter l’auditoire (Godefroy de Bouillon à Metz, Kléber à Strasbourg, Jean Moulin à Lyon) et jamais remises dans leur contexte politique. Ceci est flagrant pour Jaurès et Blum, que Sarkozy utilise en dépit des réalités historiques, mais également pour Jules Ferry, dont il ne garde que la loi sur l’école et laisse de côté sa politique coloniale (comme tout le monde, d’ailleurs). Les personnalités historiques sont là pour un panthéon, et rien ne sert de vouloir comprendre pourquoi elles y sont, l’objectif étant de créer chez l’électeur un lien culturel et psychologique suffisant pour qu'il glisse le bon bulletin dans l'urne. Malheureusement, Sarkozy semble y être arrivé…

Sur Jaurès, voir ce billet consacré au Découvertes Gallimard signé Madeleine Rebérioux.

 

Comment Nicolas Sarkozy écrit l'histoire de France, sous la direction de L. De Cock, F. Madeline, N. Offenstadt, S. Wahnich

Ed. Agone - Comité de vigilance des usages publics de l'histoire

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7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 07:01

Hubert Bonnisseur de la Bath, alias OSS 117, revient pour une nouvelle mission : échanger avec un ancien nazi réfugié au Brésil une somme d’argent contre un microfilm compromettant certains collaborationnistes français. Armé de son sourire et de sa bêtise, il rejoint Rio, où sa mission se complique lorsque les services secrets israéliens s’en mêlent : ils veulent capturer Heinrich Von Zimmel pour le juger en Israël, comme ils l’ont fait pour Eichmann. OSS 117 fait donc équipe avec une israélienne, Dolorès, pour retrouver le nazi, aidé par le fils de ce dernier, devenu hippie.


Personnage maintenant connu, OSS 117 fait à nouveau preuve lors de cette mission d’un grand sens de l’idiotie et du chauvinisme. Cette fois, ce ne sont plus les arabes qui font les frais de son inculture, mais les israéliens (voire les deux, lorsqu’il n’arrive pas à faire la différence entre les deux religions). L’objectif d’OSS : réconcilier les nazis et les juifs, car il ne comprend pas vraiment la rancœur qui existe entre ces deux entités. Ce qui donne lieu à diverses remarques antisémites, souvent bien choisies mais pas toujours bien amenées.


La majorité de ces blagues ont lieu au début du film, partie malheureusement assez ratée : pas de vraie intrigue, ni vraiment d’énergie, des plaisanteries qui tombent à plat, et une systématisation de l’écran divisé (très utilisé dans les années 70) pas toujours judicieuse. Les ressorts comiques ne sont pas forcément renouvelés, et Jean Dujardin est le seul à supporter l'aspect humoristique du film, ce qui est très dommageable. Dans le premier opus, Bérénice Béjo ou les autres agents secrets avaient un rôle comique non négligeable. Ici, Louise Monot est sur une partition uniforme, sans surprise, et ne sert que de faire-valoir à Dujardin.


Heureusement, le film se rattrape dans la seconde partie, une fois la recherche de Von Zimmel vraiment lancée. Le vrai moment hilarant du film est cette chevauchée dans la jungle, ponctuée par la découverte des talents culinaires de la Bath, tentant de faire cuire à la broche un crocodile. Les courses-poursuites sont souvent réussies (notamment celle de l’hôpital ou celle au bord des chutes d’Iguaçu). Dans le Christ du Corcovado, la référence finale à Vertigo est audacieuse, bien que le spectateur l’attende depuis le premier flash-back sur le passé de trapéziste de Hubert.


Film au budget beaucoup plus fourni que le premier épisode (mais est-ce un avantage ?), OSS 117 ne réussit pas à totalement convaincre. Trop de répétitions (comme ces fusillades qui se répètent, desquelles OSS sort à chaque fois miraculeusement vivant, ou ce gimmick chinois), plus d’effet de surprise car le personnage est connu et toutes ses bourdes attendues, mais surtout trop de poids sur les épaules de Dujardin. Efficace, il ne parvient pas à tenir la distance, malgré son rire inimitable. Seul Pierre Bellemare, son supérieur lui vient un peu en aide. Mais c’est trop peu pour faire oublier ses aventures au Caire.


L'avis de Neph.

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5 mai 2009 2 05 /05 /mai /2009 07:27

Non, avec ce billet, je n’évoquerai pas le clip de la chanteuse qui a laissé un souvenir impérissable à tous les jeunes garçons des années 1990, mais un ouvrage atypique signé Joy Sorman.

 

Mi-roman mi-essai, Boys, boys boys raconte la tentative d’une femme pour échapper à son sexe. Pas pour changer de sexe, mais pour s’affranchir de l’image sociale qui colle à toute femme. Mais aussi pour se rapprocher des groupes qu’elle n’est pas habituée à côtoyer : celui des hommes. On suit donc cette trentenaire qui se cherche, qui tente de briser les conventions sexuées. Cela ne se fera pas sans mal, et bien entendu, aucune réponse ne sera livrée en fin d’ouvrage. Ce serait trop facile !

 

Dès l’entrée en matière, le lecteur ne comprend pas trop le statut de cet ouvrage, notamment par le flou qui règne sur le narrateur. Femme trentenaire, oui, mais parfois présentée comme « elle » ou « la femme », parfois introduite par un « je ». Mélange entre autobiographie et fiction qui permet à cet exercice de ne pas constituer un simple témoignage, mais de tenter une réflexion plus approfondie sur les relations masculines et féminines, et sur ce qui fixe les codes de chaque groupe.

 

Agacée de la prévenance de ses amies qui tentent de la protéger, elle décide de se tourner vers des groupes masculins, des hommes qui n’hésitent pas à parler de politique, à refaire le monde autour de liqueurs ou autres breuvages, quand les dames discutent chiffons, font attention à leur ligne et à ce qu’elles boivent, et se séparent sagement à minuit. Plus généralement, elle préfère les discussions générales et sans tabous des hommes aux réflexions intimes et psychologiques des femmes. Femme dans un monde d’hommes, elle ne s’impose pas, mais tente d’apprendre les codes, même si elle sent qu’elle est toujours renvoyée à son statut féminin. Pour ses amies, en revanche, elle devient une sorte d’ovni, qui s’éloigne d’elles.

 

La seconde partie du livre s’attarde sur la notion de couple, et sur la confrontation des sexes au sein de celui-ci. Plutôt que de renverser les références sexuées du couple (l’homme à la cuisine, la femme devant la télé), elle a pour objectif de brouiller les repères sexués, de faire en sorte que cette séparation des tâches soit abolie. Le couple est pour elle le moyen d’exprimer dans l’intimité ce que qu’on doit cacher en public. Un couple ouvert, où chacun apprend de l’autre.

 

Petit livre intéressant pour réfléchir aux relations entre hommes et femmes, mais qui n’échappe pas complètement aux clichés qu’il prétend dénoncer (car dans ce cas, je suis plutôt une fille. Pas sur tous les aspects, mais en tous cas, je ne suis pas un garçon tel qu’elle les décrit). Ouvrage non dénué d’intérêt donc sur la prise de conscience d’une femme qu’il est nécessaire de se détacher des images toutes faites, et sur son parcours pour atteindre la virilité et incarner une nouvelle forme de féminité, qui d’une expérience forcément restreinte géographiquement et temporellement tente une analyse plus générale.

 

Boys, boys, boys, de Joy Sorman

Ed. Folio

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