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4 août 2009 2 04 /08 /août /2009 08:29

 

Vish Puri est détective privé, installé à New Delhi. Spécialiste des enquêtes prénuptiales, soit la vérification de l’honnêteté du ou de la mariée, il se voit confier une mission délicate par un important avocat de Jaipur, Jay Kasliwal, qui doit faire face à une tentative de déstabilisation : il est accusé d’avoir tué une de ses domestiques qui a disparu. Vish Puri mène l’enquête, avec l’aide de ses collaborateurs, mais doit également faire attention à sa propre personne, puisqu’il est régulièrement l’objet de tentatives d’assassinat. Heureusement que sa maman veille sur lui…

 

Le mérite de ce polar est de permettre la plongée dans l’Inde du Nord, entre New Dehli, Jaipur, dans le Rajahstan et le Jharkhand, province de l’ouest du pays connu pour ses mines d’uranium. On découvre une vision de la société indienne très clivée entre les maîtres et les serviteurs, mais également en proie à des difficultés religieuses incessantes, entre hindous, musulmans et chrétiens. On y découvre également la corruption de l’ensemble de l’administration indienne, et l’arrangement entre les familles pour organiser les mariages, souvent liés à l’importance des castes. Cette virée indienne, de la part d’un anglais marié à une indienne (d’après l’éditeur) m’a paru assez convaincante.

 

Sur l’intrigue policière en elle-même, rien de bien nouveau. Une enquête prénuptiale qui se révélera beaucoup moins explosive que prévu, un complot mafieux que Vish Puri démêle, et dévoile un peu à la manière d’Hercule Poirot, car il enquête avec des comparses, mais ne leur fait jamais part de ses conclusions (donc a fortiori, le lecteur n'en sait pas plus que les dits comparses). Ses collaborateurs apportent d’ailleurs une touche de loufoque bienvenue : entre Handbrake (Frein à main), son chauffeur, Facecream et Tubelight (crème de beauté et néon) ses informateurs, il s’entoure de manière à pouvoir déléguer et ainsi avoir un peu de bon temps. Soit, déguster dans le dos de son épouse des plats indiens épicés et gras ou des piments forts interdits par son médecin.

 

Le rôle de la mère de Vish Puri est également assez réussi, avec cette femme intrusive, ancienne institutrice qui veut exercer la même profession palpitante et exaltante que son fils. Son entregent lui permet d’avoir des renseignements sur tout le monde, et notamment sur ceux qui ont tenté d’assassiner son fils. Mais elle garde cette information pour elle, de peur de blesser l’orgueil de son rejeton.

 

Si l’ensemble se lit relativement bien, il y a un choix de l’auteur qui m’a beaucoup gêné : celui de laisser des expressions en hindou ou autres dialectes utilisés en Inde pour faire « couleur locale », et de renvoyer à un lexique en fin d’ouvrage. Bien entendu, il est difficile de traduire les noms des plats cuisinés (pakoras, seekh kebab,…). Mais ne pas traduire les jurons ou certaines formules de politesse me semble excessif. Si je dis que c’est un choix de l’auteur, c’est uniquement lié au fait que l’ouvrage original est en anglais, et j’imagine donc que la traductrice, Anne-Marie Carrière, a laissé en hindou ce qui figurait dans cette langue dans le texte anglais. Une volonté trop marquée de montrer qu’un anglais peut parler de l’Inde ?

 

Néanmoins, un ouvrage plaisant qui s’il ne révolutionne pas le genre policier, permet de découvrir les aspects souvent peu connus de ce grand pays qu’est l’Inde. Pour une première tentative, Tarquin Hall s’en tire plutôt bien !

 

Les avis de Belledenuit, Cécile, Mazel
Merci à BOB pour cette découverte !

 

L'homme qui exauce les voeux, de Tarquin Hall

Traduit de l'anglais par Anne-Marie Carrière

Ed. 10/18 - Domaine policier

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2 août 2009 7 02 /08 /août /2009 07:32

Cet été est propice aux ressorties de films. Au mois de juin, ce sont deux longs métrages de Ettore Scola qui ont le droit à une nouvelle vie en salle : Une journée particulière et Affreux, sales et méchants. Je n’ai pas vu le second, mais le premier le mérite vraiment.

 

La journée particulière dont il est question est le 6 mai 1938, jour de la visite de Hitler dans l’Italie mussolinienne. Ce jour est une fête pour les italiens qui participent en masse aux rassemblements organisés à Rome. Dans un ensemble d’immeubles ne restent qu'Antonietta, mère d’une famille nombreuse, Gabriele, un homme de radio écarté à cause de ses préférences sexuelles, et la concierge. Antonietta et Gabriele se rencontrent pour la première fois, et découvriront le mode de vie de l’autre. Si Gabriele connaît les milieux pro mussoliniens, Antonietta va découvrir que certains de ses compatriotes ne partagent pas son admiration pour le Duce.

 

Le film est admirablement construit. Les premières images sont celles de documents d’époque, évoquant le trajet effectué en train par Hitler pour rejoindre Rome. La foule est massée le long des voies, Hitler est satisfait de l’accueil qui lui est fait, des drapeaux aux croix gammées fleurissant sur l’ensemble du parcours. Puis on entre dans l’intimité de la vie d’Antonietta, qui doit préparer ses enfants et son mari à cette grande journée. On la suit en train de trimer pour que tout soit prêt, et on saisit le sacrifice qu’elle fait en n’assistant pas au défilé lorsqu’elle ouvre le livre contenant toutes les photos du Duce qu’elle collectionne. Ensuite, par l’intermédiaire de l’envol de l’oiseau domestique dans la cour, Antonietta est obligé de rencontrer Gabriele, l’oiseau s’étant posé sous ses fenêtres. On découvre cette relation à deux, de deux personnes qui n’ont rien à échanger et qui se côtoient pour quelques instants.

 

Ces rencontres donnent lieu à des scènes formidables, en particulier dans la cuisine d’Antonietta, ou sur le toit de la construction où les femmes étendent le linge. On y sent à la fois l’attirance physique des deux personnages et le fossé culturel et politique qui existe entre eux. Cette distance ne sera résolue que par un événement pénible et douloureux, qu’Antonietta peut comprendre grâce à ses discussions avec Gabriele.

 

L’un des points forts du film est la bande-son. Pendant tout le film, le spectateur entend la radio (celle d’Antonietta, de la concierge, ou via les hauts-parleurs) qui relate la rencontre entre Duce et Hitler. Jamais on ne peut oublier l’événement historique qui se joue alors que ces deux personnages se découvrent. Cette astuce de Scola est formidable car elle permet de conserver au premier plan cette trame de fond.

 

L’autre point fort est lié à l’interprétation de Sofia Loren et de Marcello Mastroianni. Tous les deux utilisés dans des emplois bien différents de leur jeu habituel, ils excellent par leur retenue et la violence qui sourd. Dans cette Italie joyeuse et unanime, on ressent la puissance politique qui étrangle le pays et pousse les citoyens dissidents à se taire ou à mourir.

 

Ettore Scola signe un film original et merveilleusement maîtrisé, sur un épisode historique vu par la petite fenêtre, mais qui n’est jamais relégué au second plan. Du grand art !

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31 juillet 2009 5 31 /07 /juillet /2009 16:40

Bérangère et Vincent se marient. Tous deux issus de familles aisées dans lesquelles les conventions importent, ce mariage est un moment où rien ne doit dépasser, où tout doit se dérouler conformément aux prévisions. Mais des détails échappent aux protagonistes, certains moments-clés de la cérémonie ne se déroulent pas totalement comme prévu. Par conséquent, le bonheur et la joie inhérents au mariage disparaissent peu à peu face aux événements inattendus.

 

La narration de cette journée particulière est écrite du point de vue de neuf protagonistes : les deux mariés, le prêtre, un des enfants d’honneur, le beau-frère, un pique-assiette... Cette narration éclatée, telle celle d’un film choral, permet de voyager dans tous les moments de cette cérémonie. Le premier personnage qui prend la parole est la petite Pauline, une des enfants d’honneur, qui se prend d’amitié et de compassion pour une petite fille atteinte de trisomie, et qui réalise peu à peu que tout sera fait pour l’éloigner des photos. Cette première prise de parole donne le ton de l’ouvrage, du regard critique et ironique porté sur ce monde de conventions.

 

Les personnages des mariés, et plus spécialement de la mariée et de sa sœur (pas la mal fagottée, l'autre), sont peints de manière à ce qu’on ne puisse éprouver qu’un sentiment en lisant : celui de les secouer, de les faire redescendre sur terre et de leur mettre le nez dans leur hypocrisie. Les hommes sont relativement mieux traités, même si entre le nouveau riche qui s’affiche au volant de sa nouvelle voiture et le pique-assiette qui vient uniquement non pas pour se goinfrer, mais pour avoir une conquête supplémentaire, le tout pour un concours idiot, la gent masculine n’est pas épargnée. 

 

Un autre passage intéressant est celui du prêtre. Homme plein de foi, heureux de marier ce couple, il se sent menacé par une puissance maléfique lors de la cérémonie. Ce qui le pousse à accélérer la cérémonie, à expédier ce couple dont il sent à présent les mensonges, la fausseté. Il va même jusqu’à se tromper sur le nom du marié. Cérémonie dont les autres personnages reparlent plus loin dans le roman, évoquant le trouble du curé et la mauvaise impression globale de cette cérémonie.

 

Cette plongée dans un mariage aristocratique fut une vraie expérience. N’ayant pas eu l’occasion d’assister à ce type de cérémonie, il est toujours difficile de s’imaginer comment se déroule un mariage de ce type. L’impression de lecture est que Blandine Le Callet connaît relativement bien ce milieu, et décrit avec plaisir les petites et grandes méchancetés de ce monde bien propre sur soi. Hormis la grand-mère, qui, à la veille de mourir, parvient enfin à faire parler sa vraie nature et à se dévoiler, les autres personnages sont engoncés dans leur position sociale. Finalement, je n’ai pas tant envie que cela d’assister à ce genre de mariage !

 

Au final, une plongée dans un milieu inconnu qui permet de faire naître quelques sourires, parfois jaunes. Un bon roman pour les vacances, idéal entre deux mariages pour les voir d'un autre oeil …

 

Les avis de Calepin, Caroline, Clarabel, Tamara, Thom et beaucoup d’autres, aux avis très majoritairement positifs…

 

Une pièce montée, de Blandine Le Callet

Ed. Le Livre de Poche

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31 juillet 2009 5 31 /07 /juillet /2009 16:24

Ah ! Que cela fait du bien de débrancher pendant trois semaines, qui furent néanmoins bien occupées. Un mariage (pas dans le genre de celui dont je parle juste après, heureusement !), deux jours de théatre à Avignon (billets à venir) et repos, promenades et lectures dans les Pyrénées.

Tout cela me donne l'occasion de billets que vous découvrirez dans les jours et semaines à venir, et je souhaite à tous ceux qui partent en vacances de bien en profiter, et aux autres d'agrémenter le mieux possible leur quotidien. Allez, c'est reparti pour un tour !

PS : je n'ai pas encore fait un tour complet des blogs, mais il me semble avoir vu des défis harlequinesques qui ont pointé le bout de leur nez. Je crois que je vais céder (une nouvelle fois) à la tentation...

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11 juillet 2009 6 11 /07 /juillet /2009 07:40

Voilà, c'est le moment de partir pour trois semaines, loin de toute connexion informatique (Oh, ce n'est pas que c'est impossible, mais je n'en aurai certainement pas très envie).

De la lecture, du théatre avec une escapade de deux jours à Avignon, un peu de randonnée et des siestes, beaucoup de siestes !

Je serai de retour début aout pour que ce modeste endroit continue à vivre !

A très bientot !

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10 juillet 2009 5 10 /07 /juillet /2009 08:03

Au Grand Hôtel et des Palmes réside un client particulier : le Baron. Ancien membre de la mafia locale, il a échappé à une mort certaine en acceptant de rester cloîtrer dans l’hôtel pour le restant de ses jours. Personne, hormis quelques salariés de l’hôtel, ne sait qu’il est présent. Et le Baron hésite à sortir de sa chambre, car le visage de son ennemi ne cesse de le suivre. Jusqu’au jour où il entreprend de sortir dans le couloir, puis dans la salle à manger, où il rencontre une chanteuse aux traits d’Ava Gardner, qui va occuper tout son esprit.

 

Palermo Solo fait entrer le lecteur dans l’intimité feutrée de ce Baron, réduit à la solitude dans un hôtel de luxe. Au début du roman, on partage son inquiétude face aux menaces qui pèsent sur lui, son appréhension à affronter le monde extérieur. Puis, peu à peu, il reprend courage et confiance, il rentre dans ce monde qui lui paraissait interdit. Le personnel de l’hôtel lui permettra de renouer avec la société, lui qui ne pouvait sortir qu’une fois par an, le deux novembre pour se rendre au cimetière.

 

La seconde partie du roman m’a paru plus convenu : cet amour pour une femme croisée par hasard, et il doit quitter la Sicile pour retourner aux Etats-Unis. La folie saisit petit à petit cet homme perdu dans sa réclusion dorée et son amour perdu. Le Baron commence par se promener pieds nus (comme la Comtesse de Mankiewicz, incarnée par … Ava Gardner.), avant que cette folie ne prenne la forme d’accès de violence.

 

Je ne suis en fait pas très friand de toutes ces histoires de mafias et de tueurs professionnels en littérature, je n’ai jamais été transporté (Malavita de Benaquista m’avait laissé assez froid, Journal d’un tueur sentimental de Sepulveda également). Peut-être suis-je mal tombé, mais cette accumulation me laisse penser que ce sujet n’est pas trop pour me plaire. Néanmoins, Palermo Solo est un livre qui se lit bien, même si la forme (phrases courtes avec beaucoup de retours à la ligne) ne m’a pas spécialement enthousiasmé.

 

Livre lu dans le cadre de la chaîne des livres (proposé par Leiloona).

 

Palermo solo, de Philippe Fusaro

Ed. La fosse aux ours

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9 juillet 2009 4 09 /07 /juillet /2009 15:37

Boris Yelnikoff est un vieux monsieur misanthrope. Il ne supporte pas ses compatriotes, ni les enfants idiots à qui il donne des cours d’échecs. Alors, quand Melody Celestine, jeune fille un peu naïve débarqué du Sud, sonne à sa porte pour se faire héberger temporairement, on se dit qu’elle n’est pas tombée sur le bon numéro. Mais Boris va peu à peu céder à cette intrusion, au point d’entamer une relation pérenne. Relation qui sera à peine perturbée par l’arrivée de la mère coincée et du père furieux, qui eux aussi vont voir leur caractère lentement se modifier.

 

Wahtever works m’a permis de renouer, non sans une légère appréhension, avec Woody Allen après sa virée barcelonaise qui m’avait passablement ennuyée. Si ce  nouvel opus est loin d’etre un chef d’œuvre, c’est un film agréable, mais dont, je le crains, il ne reste plus grand-chose au bout de quelques heures.

 

La thèse du film : soyez optimiste, n’hésitez pas à perturber vos habitudes si vous sentez qu’elles vous enferment, et cédez à vos tentations les plus profondes. Vous n’arrivez plus à supporter votre mari ? Acceptez votre penchant artistique qui vous mènera dans un improbable ménage à trois (prétexte aux scènes les plus drôles du film). Vous n’avez connu que des femmes dans vos relations amoureuses ? Pourquoi ne pas se laisser tenter par un homme ! Et si vous tombez (au sens littéral du terme) sur une femme, soyez certains que c’est le début d’une grande aventure.

 

Au milieu de cet optimisme peu habituel chez Allen, on trouve la figure centrale de Yelnikoff, décalé dans ce milieu, presque Prix Nobel de physique qui prend le spectateur à témoin des scènes qui se déroulent devant lui. Portrait craché de Woody Allen, l’acteur Larry  David incarne cette désillusion de l’être humain à travers un bavardage incessant, qui personnellement m’a lassé. J’ai été beaucoup intéressé par l’aspect déjanté de Patricia Clarkson, la mère de Melody (Evan Rachel Wood, nouvelle actrice dénichée par Allen).

 

Bref, un film plaisant, qui se voit bien, mais qui au final ne dit malheureusement pas grand-chose ni sur New York, ni sur la nature humaine. Au moins, ne me suis-je pas ennuyé devant ce retour new-yorkais de Woody !

 

L’avis de Pascale (bien plus emballée que moi).


Autre film de Woody Allen : Vicky Cristina Barcelona

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8 juillet 2009 3 08 /07 /juillet /2009 07:27

Nathalie et Alain sont les parents de Lucien, un enfant quelque peu turbulent. Alain, ancien GO au Club Med, a du mal à tenir la distance face à son beau-frère, Jean-Pierre, avocat de profession, sa femme Catherine et leur fille polyglotte, chanteuse et musicienne, le tout à huit ans. Malheur pour Alain : son épouse est très proche de son frère, mais également de sa petite sœur, complexée de ne pas avoir d’enfants. Sa rencontre avec Bruno lui permettra de pouvoir aspirer à combler ses désirs. Mais dans cette famille, tout se détraque très vite, et les masques tombent, faisant apparaître les défauts et les mensonges de chacun.

 

Dans le genre comédie, cet essai de Eric Toledano et Olivier Nakache est plutôt réussi. Le début m’a fait craindre le pire : une sortie dans un grand magasin de meuble suédois qui vire à la catastrophe, puis le repas de famille à Créteil, cela sentait le réchauffé. Mais là où beaucoup de scénaristes se seraient arrêtés et auraient exploité cette maigre exposition, ils ont décidé ici d’aller au bout des situations. Lucien, totalement incontrôlable, va céder la place à sa mère et sa ribambelle de pakistanais qui envahissent l’appartement, à son père et son grand-père amateur de dancing et de perruques, à son oncle l’avocat de la mafia locale et sa tante qui tente de s’intégrer dans l’école juive où elle a inscrit sa fille.

 

Le tout est outré, exagéré, mais cette exagération m’a beaucoup plu. On comprend d’ailleurs à la fin du film, dans la dernière scène, la raison de cette exagération (qui n’est d’ailleurs que suggérée, un peu mollement à mon goût). Ce trop plein de situation absurde et déjantée est totalement justifié par le retournement final, car il fait partie intégrante du métier de ce protagoniste qui apparaît à la fin du film. Je ne souhaite pas dévoiler l’intrigue, c’est pourquoi mes propos peuvent paraitre abscons, mais, sans vouloir paraître immodeste, je trouve que ceux (et certains critiques professionnels) qui parlent d’outrance comique n’ont pas forcément compris la nature du film. Mais le débat est ouvert.

 

Cette comédie est également servie par de bons acteurs. Isabelle Carré et Vincent Elbaz (jamais aussi bon que dans la comédie) jouent les parents de Lucien, François-Xavier Demaison et Audrey Dana (vue dans Welcome) incarnent les parents pas si parfaits, cette dernière dansant dans un spectacle digne de Rabbi Jacob. A noter également la présence de Jean Benguigui en père aigri et solitaire, et Omar Sy (d’Omar et Fred), très juste dans un role de médecin noir que tout le monde prend pour le brancardier (seul vrai moment de réalisme dans le film, mais bien entendu exagéré comme l’ensemble).

 

Ce petit film sans prétention permet de passer un agréable moment, de rire et de prendre plaisir à voir cette famille névrosée se décomposer petit à petit. Mais je vous invite vraiment à vous attarder sur cette dernière scène, qui donne un peu rapidement les clés de ce long métrage. (à moins que ce ne soit évident et que je sois long à  la détente, ce qui est une autre possibilité)

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7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 07:40

Je n’en ai pas encore parlé ici, mais j’ai vécu il y a deux semaines un merveilleux moment. J’ai en effet eu le plaisir d’assister à une représentation de Carmen à l’Opéra Comique. C’est grâce à Joël que j’ai appris que l’opéra serait joué cette année, et dès que je l’ai su, j’ai acheté des places. Et je ne regrette pas d’avoir parcouru Paris pour avoir deux places en troisième rang de baignoire, car ce fut trois heures formidables.

 

Bien entendu, il y a l’opéra en lui-même, les airs connus de tous (Toréador, L’amour est un oiseau rebelle). D’ailleurs, Bizet semblait avoir conscience de la réussite de ses airs, puisque l’introduction est une sorte de pot pourri des moments les plus connus. Mais, de manière assez surprenante, ce ne sont les airs les plus connus qui ont obtenu le plus d’applaudissements. Les deux chants de Micaëla, l’amie d’enfance de Don José, furent très appréciés, tout comme les scènes avec les chœurs (le Monteverdi Choir était merveilleux, ainsi que les jeunes chanteurs de la Maîtrise des Hauts de Seine). L’ensemble était servi par Sir John Elliot Gardiner, un des meilleurs chefs d’orchestre actuel.

 

Outre l’orchestration, la mise en scène d’Adrian Noble rendait vraiment hommage à l’œuvre. Le début de l’opéra, avec cette déambulation des soldats sur la place et la vision des cigarières à travers un miroir posé en oblique sur la scène permet d’introduire immédiatement les protagonistes. Avec un très beau décor (une rampe qui monte dans le fond de la scène) et  des costumes à l’avenant, l’ensemble était parfait. Une mention pour la très belle scène de danse qui ouvre le deuxième acte, pour la mise en scène en forme de mise à mort du duel final entre Carmen et José, pour le campement des brigands, pour les courses à Séville. Et mention encore plus importante pour un moment que j’apprécie beaucoup, et qui a été très bien rendu, celui où les cigarières fuient l’usine à cause d’une bagarre entre Carmen et une de ses consoeurs.

 

Et que serait Carmen sans de bons interprètes ? Au premier rang d’entre eux, la chanteuse qui incarnait la bohémienne était époustouflante. Flamboyante, amoureuse, blessée, pleine de charme et de ruse, Anna Caterina Antonacci est une merveilleuse interprète de ce rôle. Plus encore que sa voix (qui ne m’a pas emballé outre mesure), c’est sa présence sur scène et son jeu qui est admirable. Et pour ne rien gâcher, elle parle un français presque sans accent. Elle fut la reine de la soirée. Mais à ses côtés, ses camarades ne furent pas ridicules, loin de là. Anne-Catherine Gillet était une émouvante et pathétique Micaëla, et Nicolas Cavallier un fier Escamillo. Je suis un peu plus réservé sur Andrew Richards, qui incarne Don José. Il a semblé mal à l’aise dans les deux premiers actes, avant de monter en puissance et de vraiment de libérer dans la scène finale. Je tiens également à mentionner les deux hommes et les deux femmes du groupe des brigands, qui accompagnent Carmen dans l’air des femmes, nécessaires à la duperie, la tromperie, la volerie : Virginie Pochon, Annie Gill, Francis Dudziak, Vincent Ordonneau.

 

Vraiment, un très grand spectacle, dont je suis sorti le sourire aux lèvres (il parait qu’il n’a pas quitté mon visage de toute la soirée). Il faut dire qu’avec un orchestre qui s’appelle « révolutionnaire et romantique », je ne pouvais être que comblé !

 

L’avis de Joël

La nouvelle de Mérimée, dont est tiré l’opéra.

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6 juillet 2009 1 06 /07 /juillet /2009 22:41

Eduardo Rymar est au service du Roi du Portugal. Face à l’avancée de l’armée napoléonienne qui menace son pays, une partie de la Cour se rend au Brésil, possession de l’autre côté de l’Atlantique. Rymar reçoit l’ordre d’accompagner la cour, contre son gré : il voudrait combattre, défendre sa patrie face aux envahisseurs. Il est d’autant plus aigri que sa seule mission est d’accompagner les instruments de musique de la Cour lors de la traversée, et de les livrer sans dommages au Brésil. Sa carrière militaire est mise entre parenthèse, mais il transpose sur ses enfants les rêves de gloire qu’il n’a pas pu réaliser.

 

Le colonel désaccordé est Eduardo, cet homme qui rêve d’être connu pour ses exploits militaires et de redonner son lustre au nom qu’il porte. Mais, pour des raisons obscures, il est mis à l’écart, condamné à surveiller ces pianos, lui qui ne connaît rien à la musique. Son aigreur augmente, et il abandonne peu  à peu ses missions en les laissant à son homme de main, Querubim. Il n’arrive pas à se faire à ce pays, où les indiens et les métis sont en grand nombre et se mélangent aux blancs, où rien ne ressemble à son ancienne patrie chérie. Le prince lui propose alors d’épouser une femme, et c’est avec Rosalia qu’il fondera une famille, composée de deux fils et un enfant.

 

La deuxième partie du récit s’attarde sur le personnage d’Angelo, le fils de Rosalia qu’Eduardo Rymar prend sous son aile après le mariage. Mais le fils s’éloigne rapidement de la carrière militaire voulue par son père, et se tourne vers la musique, au grand dam de ce dernier. Cette seconde partie, avec la formation d’Angelo à l’Académie militaire et les campagnes dans les régions du nord du Brésil, est assez passionnante. Le début de l’ouvrage, s’il donne l’occasion de scènes intéressantes (notamment la traversée en mer), est plus long à se mettre en place. Cette difficulté est certainement liée au personnage d’Eduardo Rymar, homme sûr de son pouvoir et de sa force, assez antipathique. Mais peu à peu, le récit prend de l’ampleur, et le lecteur se laisse emporter par l’écriture un peu surannée et très classique d'Olivier Bleys. Petit regret : deux dernières pages un peu décevantes (voire de trop), qui suivent de très belles scènes dans la salle à manger d’une maison en ruine et de remontées de fleuves en pirogue.

 

Ce roman est surtout l’occasion d’une très instructive plongée dans le Brésil du début du XIXeme Siècle. Période pendant laquelle le Brésil prend son indépendance, événement qui ne transparaît que par instants, en toile de fond, et qui ne modifie pas fondamentalement la vie des protagonistes de ce roman. En laissant de coté cet événement historique, l’auteur prend le parti d’indiquer que l’indépendance, si elle est importante pour les autochtones, est sans grande conséquence pour les colonisateurs. Mais l’histoire finit par rattraper la famille Rymar, par là où elle l’attend le moins…

 

L’avis de Choupynette.

 

Livre lu dans le cadre de l’opération Masse Critique de Babelio.

 

Le colonel désaccordé, d'Olivier Bleys

Ed. Gallimard

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