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13 septembre 2009 7 13 /09 /septembre /2009 07:20

Emmanuel Carrère est un type drôlement intéressant. Alors que pleins de choses chez lui devraient m’en éloigner (Son égocentrisme, son inclination politique à droite, son coté bourgeoisie parisienne ma-mère-est-secrétaire-perpetuelle-de-l’Académie-Française), son activité artistique me fascine. Que ce soit sa production fictionnelle, romans ou film, ou celle plus personnelle comme Un roman russe. Avec D’autres vies que la mienne, il ouvre de nouvelles portes qui ne me font qu’apprécier encore plus cet étrange auteur.

 

Tout commence au Sri Lanka, en décembre 2004. En vacances, alors que son couple avec Hélène est sur le point de rompre, il subit le traumatisme du tsunami qui, s’il les épargne, eux et leurs enfants, touche de plein fouet une famille française. Alors que le grand-père surveille la petite Juliette sur la plage, cette dernière est emportée, avec son amie sri lankaise. S’en suit un rapprochement avec Emmanuel et Hélène, puis une recherche à travers tout le Sri Lanka pour retrouver le corps de Juliette, transporté d’hôpital en hôpital. 

 

Cet épisode difficile sauve le couple de Carrère. Par la suite il apprend la grave maladie de Juliette, la sœur d’Hélène, atteinte d’un cancer. Juge à Vienne, connue pour son action dans les affaires de surendettement, le sort de Juliette touche Carrère, qui décide de rencontrer ses collègues et de raconter son histoire, sans rien cacher.

 

Ce qui est troublant dans ce récit, qui a été relu et amendé par les protagonistes (en particulier Etienne, le collègue de Juliette au tribunal), c’est la raison de sa naissance. Tout part d’une question du grand-père de Juliette, celle du Sri Lanka, qui connaissant le travail de Carrère, lui demande s’il a l’intention d’écrire un roman de cette histoire. Carrère, d‘abord perplexe, choisit de prendre des notes au Sri Lanka, puis en France sur la vie de Juliette. Point de départ surprenant dans l’œuvre de Carrère, quand on connaît son attirance première pour ce qui le concerne.

 

Outre le fait que ce roman est une description réaliste et terrible des situations de surendettement qui broient des familles (exemples frappants présentés dans le roman), c’est également l’occasion pour l’auteur de faire un point sur son travail d’écrivain (où l’on retrouve donc un peu la tendance égocentrique de Carrère). Il établit notamment de nombreux rapprochements avec l’affaire Romand, qu’il décrit dans L’adversaire et qui se passe non loin de Vienne. L’écriture de ce roman, la confrontation avec la maladie de Juliette, avec Etienne, le juge boiteux qui tente de coincer les entreprises de crédit, avec Patrice, le mari de Juliette qui vante les bienfaits d’ATTAC et de la Taxe Tobin, semblent avoir produit des transformations chez Carrère, visibles dans son roman. Sa relation avec Hélène, apaisée, est également un symbole de cette évolution qu’il donne à lire.

 

Ce récit est vraiment un très beau livre, touchant, émouvant, poignant lors des scènes plus difficiles décrivant la lente agonie de Juliette. Sans concession, Carrère se montre changer, mais n’occulte en aucune manière les véritables héros de cette histoire : ceux dont on ne parle habituellement pas, et qui sont là mis en avant par la plume d’un écrivain reconnu : un juge boîteux, une juge atteinte d’un cancer, une victime du tsunami, et tous ceux qui les entourent. Travail de commande, qu’il a laissé reposer avant de le rendre public, qui rend un magnifique hommage aux deux Juliette évoquées dans le récit.

 

L’avis de Franck Bellucci, Cuné, Flora, Clochette

Autres romans d'Emmanuel Carrère : Un roman russe, La moustache

 

D'autres vies que la mienne, d'Emmanuel Carrère

Ed. P.O.L

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11 septembre 2009 5 11 /09 /septembre /2009 09:45

La fin du monde est proche : plus personne n’achète de journaux (de toutes façons, il n’y a plus de papier pour les fabriquer) les incinérateurs rejettent des nuages de cendres qu’on imagine toxiques, une guerre fait rage, et l’Ukraine a déjà été dévasté. Dans ce monde apocalyptique, Robinson tente de s’échapper, de se protéger. Sa fuite lui fait se souvenir des épisodes importants de sa vie : la rupture avec sa femme, la perte de son bras droit. Mais elle l’emmène surtout dans des endroits inattendus : Pampelune, Toulouse en état de siège, un château dans le Lot,…

 

Il est assez difficile de parler de ce film, qui est le prototype du film bancal. Film long (2h30), avec des nombreuses séquences, certaines très bien mises en scène, d’autres inutiles, et c’est la même chose pour les personnages. Mais, allez, parlons donc du dernier film des frères Larrieu (dont j’ai plutôt aimé le foutraque Un homme, un vrai, et apprécié Peindre ou faire l’amour)

 

Ce film sur la fin du monde explore beaucoup de pistes, mais laisse surtout le spectateur dans un flou artistique pas déplaisant concernant la ou les causes du cataclysme en cours. On obtient des bribes d’explication, mais jamais une vision globale. La seule chose globale que l’on voit, c’est Robinson Laborde (Mathieu Amalric), dont on détaille les étapes importantes de la vie. Celle-ci est marquée par une relation extra-conjugale avec une sorte de mannequin étranger, rectiligne et assez laid, Laé, qui attire irrémédiablement l’homme qu’est Robinson. Cette relation met fin à son couple, et retrouver Laé sera son seul but.

 

Malheureusement, j’ai trouvé que ce personnage de Laé est assez mal dessiné, et de plus assez mal joué par la comédienne (ou plutôt le mannequin) qui a le rôle. Malheureusement, car c’est une grande partie du film que cette relation fusionnelle, irrationnelle. Par opposition, le personnage de Catherine Frot, ancienne vendeuse de parapluie à Biarritz et amante du père de Robinson, est bien plus intéressant. Déjà, l’actrice est convaincante, certainement la meilleure du casting, et donne du relief à cette femme abandonnée dans un Pampelune en pleine feria et qui suivra Robinson. C’est d’ailleurs une scène avec Catherine Frot, celle à l’opéra où chante Sergi Lopez (casting surprenant, et on découvre dans ce film la puissance de tous les organes de Sergi !) qui est l’une des plus réussies du film. A coté de cela, les personnages de Karin Viard, et plus encore de Clotilde Hesme (que j’aime toutes les deux) sont transparents et sans grand intérêt.

 

Mais le plus surprenant avec ce film, c’est que je ne me suis pas ennuyé. On se demande où les Larrieu nous emmènent, pourquoi ils filment cette scène d’orgie châtelaine assez inutile, si ce n’est pour la chute, bien sentie. Pourquoi aussi il y a tant de scènes de feria, pourquoi il y a cette échappée très courte au Canada, celle à Taiwan, mais je n’arrive pas à dire que ce film est raté. Il est surprenant, inégal, déroutant, mais il y a des idées à conserver, comme ce début à Biarritz où cette fuite dans un Paris nocturne, où Robinson et son mannequin courent nus. C’est un peu comme un brouillon, qu’il faudrait retravailler, sauf que les Larrieu nous montre leur film terminé. Un peu comme s’ils s’étaient fait plaisir avec cette œuvre inclassable, sans attention particulière aux codes en vigueur. Et cela fait plutôt du bien, finalement !

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9 septembre 2009 3 09 /09 /septembre /2009 07:22

A Versailles, des employées découvrent sur le bâtiment en face de leur bureau une banderole : "Homme seul". Rapidement, l’information gagne toute l’entreprise, et chacun tente de trouver une explication : un pervers ? un homme proche du suicide ? Un groupe tente d’en savoir plus, mais n’arrive à obtenir plus d'informations. La pause du déjeuner se fait dans un jardin, où se croisent les générations, les personnes seules, celles qui cherchent l’amour,… Puis, dans le magasin de bricolage tout proche, Brico Dream, les employés sont aux petits soins pour fournir aux clients ce qu’ils attendent. Mais ils prennent un peu de liberté avec la déontologie de leur métier.

 

Comme le laisse penser ce résumé, le film est divisé en trois parties distinctes, qui sont d’ailleurs assez inégales. La première, dans cette société où les secrétaires s’occupent avec Pac-man ou sur Meetic, avec deux patrons loufoques où les présentations avec diaporama sont incompréhensibles, introduit un mystère bienvenu. Cette banderole, « homme seul », attire toutes les attentions, et permet d'échaffauder les hypothèses les plus farfelues. Dans cette première partie, on remarquera que Michel Vuillermoz porte magnifiquement le catogan, que Josiane Balasko est une inquiétante secrétaire revêche et qu’Hippolyte Girardot est impeccable (comme bien souvent !).

 

La seconde partie, dans le jardin avec ses bancs publics, est la plus réussie. A la fois loufoque avec ce personnage de SDF, tendre avec le joueurs de Backgammon, espiègle avec les enfants ou pitoyable avec cette femme en pleurs, ce lieu est la concentration de toutes les émotions, de tous les caractères. C’est d’ailleurs le moment où les acteurs sont les plus remarquables. Eric Elmosnino est un inquiétant SDF, Claude Rich et Michel Aumont des sensibles vieux joueurs qui citent Jean-Pierre Marielle, Isabelle Candelier une pathétique femme en détresse draguée par Elie Semoun en grande forme et lachée par Hippolyte Girardot (encore lui !), sans parler de Chiara Mastroianni, Emmanuelle Devos, Nicole Garcia, Vincent Elbaz, Denis Podalydès, Florence Muller, … Un grand moment de cinéma que cette suite de situations qui prennent doucement sens, en faisant se rencontrer des personnages seuls, en attente de l’amour, perdu dans ce monde.

 

La dernière partie, simplement loufoque, perd la tendresse du début, et est donc moins intéressante. Les gags s’enchainent (l’employé qui boit du liquide pour nettoyer les aquariums, celui qui s’endort sur les paillassons, la machine qui explose,…), sans qu’on comprenne vraiment leurs finalités. Olivier Gourmet, Denis Podalydès tentent de donner vie aux employés, comme Catherine Deneuve ou Michael Lonsdale aux clients, mais la sauce ne prend pas dans cette partie. Néanmoins, la chute du film est savoureuse, et lève le voile sur le mystère de la banderole.

 

Une relative réussite que ce dernier opus versaillais de Bruno Podalydès, qui aurait gagné à être raccourci sur sa dernière partie, pour que le bénéfice des premières soit encore dans la mémoire du spectateur.

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7 septembre 2009 1 07 /09 /septembre /2009 09:10

Voici un court essai très intéressant, qui aborde les questions économiques, écologiques et technologiques, en montrant leurs interactions. L’auteur, journaliste au Monde, aborde de nombreux sujets, plus ou moins attendus, et son analyse est pertinente et convaincante sur un certain nombre de points.

 

Le premier point intéressant est lié aux références d’Hervé Kempf. Son analyse du système capitaliste utilise les réflexions de Thorstein Veblen, économiste qui a mis en avant le caractère de compétition de ce système. Non la compétition des entreprises, mais celles des individus qui essaient de ressembler, de s’approcher d’une image dominante. De là, la consommation n’est plus rationnelle ou dictée par les réflexions poussées de l’homo economicus, mais répond à des besoins d’identification. Ce phénomène, d’abord restreint géographiquement, a pris une dimension planétaire avec les nouveaux modes de communication, et met en péril à la fois les cultures, mais aussi la planète qui ne pourra pas répondre indéfiniment à ces demandes souvent superficielles (et que les occidentaux pourraient avoir la bonne idée d’abandonner également).

 

Après un passage un peu plus attendu sur la montée de l’individualisme, et une illustration via le passage du landau à la poussette assez surprenante, l’auteur montre que la psychologie a pris le pas sur la sociologie. Dans l’analyse d’un phénomène, la responsabilité incombe immédiatement aux individus, sans réflexion sur l’environnement dans lequel cet incident s’est produit. Il cite ici l’exemple connu de Jérôme Kerviel, condamné sans que le travail des traders ne soit questionné.

 

Le passage le plus convaincant concerne la dénonciation de la croyance en une possibilité technique de mettre fin aux rejets de carbone de l’atmosphère, et ainsi de sauver le capitalisme et la planète (idée saugrenue, qui est de moins en moins défendable). Un à un, il démonte les différents systèmes vantés par les autorités pour montrer les progrès effectués en terme de protection de la planète : le nucléaire (passage qui m’a convaincu que cette technologie est loin d’etre la solution, alors que mon avis n’était pas tranché), les éoliennes (alors que Kempf en a été un ardent défenseur), car leur production est bien trop minime, la captation de CO2 dans le sous-sol, les agro-carburants ou les pétroles bitumineux de l’Alberta au Canada.

 

Il évoque également un pénomène très inquiétant lié à la pêche : au large de la Namibie, il y avait une zone fortement poissonneuse, qui a été largement vidée suite à la pêche intensive. S’apercevant de la diminution du nombre de poisson, la pêche a été réglementée, mais trop tardivement : les méduses, animaux carnivores qui mangent les petits poissons, avaient pris la place, et les poissons n’ont jamais pu se réapproprier cet espace. La même situation a eu lieu au large de Terre-Neuve, où les morues n’ont pas pu se reproduire de manière aussi importante qu’avant malgré l’arrêt de la pêche. L’homme ne sait pas précisément quelles sont les conséquences d’un changement infime de l’éco-système, mais semble croire qu’il est facile de revenir à la normale, même avec une augmentation de la température de deux degrés.

 

Après une anecdote symptomatique lors d’un débat avec Guillaume Sarkozy, du Medef, qui lui demande si sa solution est le retour à la bougie (l’argument classique et imbécile de ceux qui ne se posent pas de question !), Hervé Kempf termine son ouvrage en prônant la coopération plutôt que la concurrence, la taxation des riches, l’éloge de la lenteur et la volonté d’une paix perpétuelle. Si ses souhaits semblent utopiques, ils me paraissent la meilleure et seule solution face aux changements radicaux auxquels nous devrons faire face dans quelques décennies, ou plus rapidement…

 

Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, de Hervé Kempf

Ed. du Seuil - Histoire immédiate

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5 septembre 2009 6 05 /09 /septembre /2009 11:50

Winston Smith est employé au ministère de la Vérité, un des quatre ministères qui composent l’administration de l’Océania en 1984. Les autres ministères sont les ministères de l’Amour, de la Paix et de l’Abondance, et trois devises dictent leur action : « La guerre, c’est la paix », « La liberté c’est l’esclavage », « L’ignorance c’est la force ». Ce gouvernement est dirigé par Big Brother, homme à moustaches dont l’image est affiché sur tous les murs de la ville, rappelant aux  habitants qu’ils les regardent constamment grâce à un système de caméras installées dans tous les endroits : sur les places, dans les appartements.

 

Winston, réalisant peu à peu que le gouvernement pour lequel il travaille est une dictature prête à tout pour faire taire les opposants, décide de consigner ses pensées jugées criminelles dans un journal. Se marginalisant petit à petit, il rencontre Julia, jeune femme qui partage une partie des ses idées et a décidé de profiter au maximum de ce qu’il est possible de faire. Mais lorsque Winston se rapproche d’O’Brien, il ne sait pas encore qu’il a ouvert la porte du piège qui va refermer sur lui.

 

Grand classique de la littérature d’anticipation, le livre d’Orwell est à la fois une utopie dictatoriale, mais également une charge contre les régimes communistes. Utopie, car ce livre écrit à la fin des années 40, se déroule en 1984, dans un monde totalement contrôlé par l’Angsoc, parti se réclamant du socialisme, et constamment en guerre. Le plus impressionnant dans ce monde imaginaire, hormis le fait d’être sous surveillance à n’importe quel moment par le biais des télécrans, est la volonté de falsification du gouvernement, qui transforme l’histoire afin d’assurer aux habitants que Big Brother a toujours défendu les mêmes positions. Ainsi, le travail de Winston consiste à modifier les anciens journaux pour faire disparaître tout élément compromettant. Lorsqu’un ennemi de la nation est enlevé par le gouvernement, il fait en sorte que plus aucun journal n’en fasse mention. Lorsqu’une prévision économique se révèle erronée, on transforme cette prévision. De même, lors des guerres successives contre l’Eurasia ou l’Estasia, Winston transforme tous les articles afin de laisser penser que l’ennemi a toujours été le même. C’est d’ailleurs cette propension des citoyens à oublier que l’ennemi a changé qui met à la puce à l’oreille de Winston quant au statut du régime de l’Océania.

 

L’autre point, plus pragmatique, est la dénonciation des régimes communistes, qu’on trouve déjà dans La ferme des animaux. Le fait de supprimer des photos les anciens camarades devenus ennemis a été une pratique courante de l’URSS stalinienne des années 30. De même, la dénonciation de la bureaucratie qui affleure ici est à mettre en lien avec l’appareil étatique étouffant de l’URSS. Dans ce cadre de fiction, Orwell fait également preuve de dénonciation envers un système qui a dévoyé les idées auxquelles il a cru (il s’est engagé dans les rangs républicains pendant la guerre d’Espagne, auprès des communistes).

 

Si le fond est très intéressant (la trahison, la capacité à oublier ce qu’on veut faire oublier, le contrôle systématique et la suspicion généralisée avec le crime par la pensée), la forme m’a moins emballé. Le début est très riche, très rapide avec la mise en place de ce monde de 1984, une sorte de Brazil,  puis on plonge dans les textes théoriques rédigés par le chef de l’opposition, que Winston a dans les mains. Cette partie, moins romanesque et qui reprend ce qui a pu être compris auparavant m’a moins intéressé, et sa lecture fut assez laborieuse. La fin, où le romanesque est de retour avec des scènes éprouvantes de torture digne de l’Aveu de Costa-Gavras, redonne un peu de souffle au roman.

 

Malgré ces quelques remarques formelles, 1984 est un roman important. Il y aurait encore beaucoup d’éléments à évoquer (la novlangue, la présence de trois classes sociales qui ne mélangent pas, la capacité de torturer en convoquant le pire cauchemar de l'interrogé). Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est que ce roman n'est pas si éloigné que cela de la réalité de dictatures qui ont pu commettre différents méfaits au cours du Siècle dernier. Mais l’Océania reste encore de l’anticipation. Pour l’instant…

 

1984, de George Orwell

Traduit de l'anglais par Amélie Audiberti

Ed. Folio

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3 septembre 2009 4 03 /09 /septembre /2009 08:53

Le colonel Hans Landa est un chasseur de juifs. Sa mission : traquer les juifs de France pour les éliminer. Lors d'une descente dans une ferme française, il retrouve la famille Dreyfus, dont il tue les membres. Tous, sauf Soshanna, qui parvient à fuir. Face à ces nazis exterminateurs de juifs, des juifs américains ont décidé de former un groupe qui exécute un à un les soldats nazis. Leur chef, le Lieutenant Aldo Raine, recrute les meilleurs éléments anti-nazis pour arriver à ses fins : obtenir de chacun des membres de son groupe cent scalps nazis. Pendant ce temps, Soshanna, qui a repris le cinéma tenu par sa tante, est courtisée par un héros de guerre allemand proche de Goebbels, et les anglais envoient un de leurs agents pour aider le groupe de Raine à tuer Hitler.

 

Tarantino qui parle des nazis et des juifs ? Après une mauvaise expérience avec Kill Bill (film que je trouve gratuitement violent) et un manque d’envie pour voir son dernier film (Boulevard de la mort), je n’étais pas forcément très enthousiaste. Mais les présences au générique de Mélanie Laurent et surtout de Brad Pitt (qui, on ne le dira jamais assez, fait depuis trois ans un très bon choix dans les films qu’il tourne) ont attisé ma curiosité. Et bien m’en a pris, puisque cet opus est extrêmement jubilatoire, et m’a convaincu que Tarantino pouvait encore faire des choses intéressantes sans se noyer dans la citation ou la référence à la série B ou Z.

 

Inglorious Basterds est construit en cinq parties. La première donne immédiatement le ton, et est certainement la plus réussie du film. Un fermier français voit arriver sur la route les autorités allemandes, sur une musique jouant la Lettre à Elise version Morricone. On découvre alors Hans Landa, officier obséquieux et rusé, qui parvient à piéger le fermier en l’obligeant à parler anglais. Tout est réussi dans cette ouverture : l’attente créée par l’arrivée des allemands, l’introduction de Landa qui ne boit que du lait, la musique, le tempo. Un vrai régal.

 

Puis on plonge ensuite dans une description rythmée et efficace des autres protagonistes du film, les camarades d’Aldo Raine, dont certains sont des juifs allemands ayant réussi à fuir leur pays. Quelques scènes de scalp sont un peu dures, mais assez courtes pour ne pas noyer le spectateur dans le gore. La violence est plus suggérée que montrée, et Tarantino a bien fait de prendre cette option. Tous les personnages sont intéressants, souvent doubles, mais le plus intrigant et effrayant reste Landa, homme apparemment bien sous tous rapports et qui n’hésite pas à user de ses talents de polyglotte pour exercer une pression psychologique constante. Christoph Waltz, récompensé à Cannes, incarne à merveille cet homme haïssable dont on ressent néanmoins tout le charisme. Tous les autres acteurs sont au diapason, avec des prestations tout à fait convaincantes, que ce soit Mélanie Laurent avec parfois des airs de Marion Cotillard, Daniel Brühl (vu dans Good bye Lenin), Diane Kruger et bien entendu Brad Pitt, qui livre une scène d’anthologie lorsqu’il essaie de prononcer son nom d’emprunt dans une langue qu’il maitrise mal.

 

Car si ce film porte sur la guerre, il donne lieu à des scènes hilarantes ou écoeurantes, comme celle où Landa et Soshanna mangent un Strudel recouvert de crème. Film jubilatoire, qui s’amuse des langues et montre leur pouvoir (chacun s’exprime dans sa langue d’origine, sauf Landa le polyglotte), film qui n’est pas étouffé par les références, qui aurait pu, petit bémol, être raccourci sur certaines scènes comme dans la taverne, mais qui laisse un excellent souvenir.  Vraiment un très bon opus deTarantino, qui revient très bien avec ce film inattendu de sa part.


 Les avis de Pascale, de Sandra M.

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1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 08:34

Scarborough, petite ville d’Angleterre. Y vivent deux frères, français, qui ont l’habitude de faire leur gym ensemble dans la cour. Un matin, une jeune fille se jette d’une fenêtre, mais ils parviennent à la rattraper. Félicités par les habitants de la cour, ils ne voient pas la jeune fille monter dans un autre escalier, escalader une autre fenêtre, et cette fois réussir à se tuer. Les deux frères sont chassés par les habitants de la cour, mais la mère de la jeune fille, prise de pitié, vient les rechercher et les invite à vivre chez elle.

 

En même temps que scénariste et réalisateur (le merveilleux Les chansons d’amour, le polémique la Belle personne), Christophe Honoré est aussi écrivain. Dans ce court roman, il met en scène deux frères, thème important chez lui, qu’il a déjà porté à l’écran avec Dans Paris. Ici, ils se trouvent en Angleterre, et doivent faire face au drame auquel ils ont assisté et à l’hostilité des habitants de la cour.

 

Ces deux frères ont une relation ambiguë (qui ne sera pas vraiment éclaircie, inceste ? simple amitié fusionnelle ?), ils ont fui la France pour se réfugier en Angleterre (on ne sait pas non plus pourquoi), les personnages dissipent une partie de leurs problèmes et de leurs difficultés à vivre dans des relations sexuelles souvent dégradantes, comme la mère qui s’offre aux SDF, ou le frère qui se réfugie à Paris.

  

Scarborough est un livre étrange, qui malgré quelques passages bien écrits et prenants, ressemble à un grand n’importe quoi. Le quatrième de couverture parle d’un roman stylisé loin de tout naturalisme. Je confirme et je dois avouer que ce n’est pas du tout ma tasse de thé.

 

Cette déception est d'autant plus grande que j'aime bien ses derniers films (j'avais été moins convaincu par Dans Paris). A noter le sortie dans les jours à venir de son dernier film, Non, ma fille, tu n'iras pas danser, que je devrai aller voir malgré cette mauvaise expérience littéraire !

 

Scarborough, de Christophe Honoré

Ed. de l'Olivier

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30 août 2009 7 30 /08 /août /2009 07:36

Un taxi, un soir d’orage. Il quitte la ville, mais se trouve pris sous des trombes d’eau. Aveuglé, il s’arrête au milieu de la chaussée : il a perdu son chemin et se demande où il va.

Flash back : fin des années 40, Israël vient d’être créé et la guerre fait rage entre israéliens qui veulent s’installer et les arabes, les anciens occupants. On suit la vie de Fuad Suleiman et de sa famille, soldat palestinien puis père de famille qui vit à Nazareth. Autour de lui sa femme, et son fils, Elia, qui va grandir et découvrir avec stupéfaction l’état de son pays. Elia, le client du taxi. La boucle est bouclée.

 

Voilà  un film très réussi, subtil et intelligent, qui décrit rien moins que 60 ans de la vie d’un pays, ou plutôt de la minorité (arabe) d’un pays (Israël). Après un début de film presque digne d’Amos Gitai, qui montre la guerre dans les rues de Nazareth, on retrouve ensuite la patte politique et sensible de Suleiman. De façon suggérée, il décrit l’évolution de son pays, dans lequel les militaires sont constamment présents (quand on téléphone dans la rue, avec une scène drôlatique avec un char israélien, ou quand on s’amuse en boite), où la fibre patriotique israélienne est exacerbée, même dans une école à majorité arabe comme dans cette chorale applaudie par tous, et où il n’est pas bon traiter les Etats-Unis de colonialistes ou impérialistes. Par touches, Elia Suleiman parvient à faire sourire d’événements tragiques, comme avec ce voisin qui tente désespérément de ce suicider.

 

En dehors du tour de force de raconter une telle histoire avec aussi peu de paroles et de gestes, l’aspect remarquable du travail de Suleiman est son art de la mise en scène. Par les choix des cadres, toujours avec des caméras fixes, il parvient à suggérer énormément de choses. Ainsi, quand sa mère mange une glace alors qu’elle n’en a pas le droit à cause de son diabète, le plan ne montre que la glace, objet de la faute, en cachant la fautive derrière le chambranle de la porte. L’autre force est de souvent montrer sur un double plan : une action principale se déroule, pendant laquelle un autre événement s’incruste, via la télévision, la radio, ….

 

Il serait dommageable et faux de considérer ce film comme burlesque. C’est avant tout un film politique, qui montre l’évolution malheureuse d’un pays. Malgré des tentatives pour traverser le mur qui sépare les territoires (très belle scène que je vous laisse découvrir), Elia, clown triste, assiste impuissant à l’évolution de son pays qu’il ne semble plus en mesure de comprendre. Assis sur son banc, à l’hôpital où est sa mère, il voit les individus passer, sans comprendre leurs motivations ni chercher à les connaître. Le personnage d’Elia ne parle pas, mais laisse transparaître par son visage, son corps las, cette détresse si poignante.

 

Film non récompensé à Cannes (et malgré mon amour pour Isabelle Huppert, je dois dire que c’est une grave erreur), Le temps qu’il reste est une œuvre intelligente et intelligible sur un pays qui ne l’est pas toujours. Plus calme et réservé que Intervention divine, son précédent film, Le temps qu’il reste est posé, mélancolique, mais pas nostalgique. Car l’important est d’utiliser le temps qui vient pour tenter de remédier à ce dialogue de sourds…

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28 août 2009 5 28 /08 /août /2009 14:48

C’est l’histoire d’un trajet. D’un aller entre Brest et Paris pour fuir une famille qui revient après un exil forcé dans le Languedoc-Roussillon, et pour profiter de son argent. D’un retour, entre Paris et Brest, où il revient pour passer les fêtes en famille et leur présenter un roman familial. Mais l’accueil ne sera pas forcément très chaleureux pour le fils venu de la capitale...


Ce roman est construit en deux parties. La première se situe à Brest, où le narrateur sert de concierge à sa grand-mère, qui a bénéficié du gros héritage de son compagnon. Avec le fils Kermeur, le fils de la femme de ménage de sa grand-mère, il passe ses soirées à boire du vin et à faire croire à sa mère par téléphone interposé qu’il est seul. Car sa mère ne sent pas le fils de Mme Kermeur, certaine qu’il va faire un mauvais coup. Alors quand l’argent de la grand-mère disparaît, elle décide de rentrer à Brest avec son mari, qui a dû fuir Brest après avoir été accusé de corruption lorsqu’il dirigeait le Stade Brestois (histoire véridique qui n’est toujours pas passée, puisque Brest se débat actuellement en deuxième division). Ce qui précipite le départ du fils, ne voulant pas se retrouver avec cette famille qu'il n'apprécie que modérément.


Le retour temporaire à Brest, seconde partie du roman, est marquée par la tension larvée dans cette famille. Un malaise, qui fait que le père insulte la grand-mère lorsqu'elle casse une assiette. Puis il y a la révélation : le fils a écrit un roman, quelque chose « sur nous ». Branle-bas de combat, et la mère fera tout pour découvrir ce qu’a à cacher son fils.


L’important dans l’écriture de Tanguy Viel n’est pas tant l’intrigue (ici, un vol à la petite semaine, comme dans ses précédents ouvrages et une histoire familiale) que l’atmosphère qu’il transcrit. Maison au bord de la mère mer (lapsus révélateur et pas totalement idiot, merci Sybilline !), Brest ville laide que la reconstruction d’après-guerre n’a pas arrangé (très belle première page), tension avec son ami Kermeur, avec sa famille. En plus des petits délits qu’il affectionne, et qu’on retrouve au moins dans Insoupçonnable, il ajoute une description acerbe de la famille, monde d’hypocrisie qui n’arrive pas à se parler, qui se méprise. Le dédain que porte le narrateur sur sa mère, en particulier sur la période qu’elle a passé à vendre des bibelots à Palavas-les-flots, fait froid dans le dos.


Paris-Brest est un roman dont il faut s’imprégner, dans lequel on se sent bien au fur et à mesure, un peu comme un crachin breton qui mouille au début, puis qu’on oublie tellement on est mouillé (Oh, je ne vais pas me faire que des amis sur ce coup-là). Bref, une plume à découvrir, car ce monsieur a en plus le mérite d’offrir un vrai style à ses lecteurs.


Autre roman de l’auteur : Insoupçonnable


Merci à Olivier et Claire qui m’ont offert ce roman (Maintenant, Olivier, il faudra qu’on en discute. En plus, je connais une brestoise avec qui ce sera possible. Comme cela tombe bien !).

 

Paris-Brest, de Tanguy Viel

Ed. de Minuit

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26 août 2009 3 26 /08 /août /2009 07:50

A Raussel, petite ville de l’est de la France, toute la vie tourne autour de la Kos, comme l’appellent les ouvriers. Cette usine est l’un des principaux employeurs du coin, et l’une des dernières grandes entreprises. Alors, quand il s’agit de défendre l’outil de travail pour faire face à une inondation, Rudy, Lorquin et les autres n’hésitent pas à littéralement se sacrifier. Lorsque, après plusieurs mois d’efforts pour relancer la machine, les ouvriers apprennent qu’un plan social est prévu, c’est toute la population qui se mobilise pour sauver l’activité et les salaires indispensables à la survie des habitants. Mais quand la machine est en marche, il est malheureusement bien difficile de l’arrêter…

 

Les vivants et les morts est l’un des meilleurs romans qu’il m’ait été donné de lire récemment. Dans cette grande fresque ouvrière et populaire, Gérard Mordillat parvient à insuffler un souffle romanesque qui permet au lecteur de ne pas être submergé par le pessimisme de la situation. Ce souffle, c’est également celui de ces ouvriers, comme Rudy et sa femme Dallas, Mickie, Franck ou Lorquin, l’emblème de l’usine qui sera sacrifié par ses patrons. Ils incarnent l’espoir, la volonté de vivre face à ceux qui tentent de réduire à néant leurs illusions, de les raisonner, comme le préfet et son jeune adjoint, ou les responsables administratifs qui minimisent le désarroi de ces personnes en souffrance.

 

Pour ce qui est de la narration d’un conflit social contemporain, Gérard Mordillat est très bien informé. On y retrouve tous les éléments qui constituent une négociation : ceux qui acceptent les propositions car c’est mieux que rien, ceux qui les refusent car c’est tout le monde ou personne. Cette opposition, qui suit généralement une phase d’unanimité, est symptômatique de nombreux conflits sociaux. Ici, les syndicats ne sont pas dépeints sous leur meilleur jour, avec un responsable CGT plus timoré que ses syndiqués, FO qui joue d’une ambiguïté certaine et la CFDT, dont le responsable qui prône la préférence régionale pour sauvegarder les emplois est un militant du Front National (il n’a pas été épargné, celui-ci !). On découvre également tous les montages qui font qu’on ne sait jamais à qui s’adresser pour discuter : entre rachats, fusion, et changement de responsable, les ouvriers se retrouvent comme dans Louise Michel à ne pas savoir qui interpeller. Et quand Format, le patron de la Kos, fuit la ville, l’usine et sa famille, cela n’arrange rien au problème.

 

Mais la force de Mordillat est de mêler ces considérations prosaïques avec des aventures amoureuses, des drames familiaux qui dépassent le strict cadre de l’usine. Ainsi, les histoires d’amour plus ou moins fortes sont nombreuses. La relation entre Lorquin et Florence, journaliste venue couvrir le conflit, est pleine de tristesse et drame, alors que celle de Rudy et Mickie est uniquement sexuelle. L’autre grand aventure est la grossesse de Gisèle, la fille du patron, enceinte à 17 ans d’un ouvrier de l’usine, ce que sa mère ne peut concevoir, et qui la jette hors de chez elle.

 

Ecrit dans un style oral, avec beaucoup de dialogues au sein de courts chapitres, ce roman se lit avec une grande facilité, mais est loin d’être simpliste. Quelques scènes tiennent le lecteur en haleine, comme l’organisation de la manifestation qui réunit les jeunes femmes sacrifiées par le plan social (très juste description de ce groupe qui se rassemble parfois pour surmonter la solitude), personnes des quartiers et camarades de la grande usine d’à côté. Dans une magnifique scène, on se trouve à leurs côtés, dans cette foule qui doit faire face aux CRS. La scène d’ouverture suffit à donner le ton, avec cette inondation qui laissera un ouvrier sur le carreau.

 

Une très belle lecture que ce roman de Gérard Mordillat, qui donne la parole à ceux qui ne l’ont habituellement pas, qui se battent pour boucler les fins de mois, et qu’on voit peu dans les romans (en dehors de visions misérabilistes, comme c’est loin d’être le cas ici).

 

Et comme dirait Maurice, le père adoptif de Rudy : « Sois le plus rouge possible, ça rosira toujours. »


L'avis de Sylvie (très bonne remarque sur le collectif et l'individuel)

 

Les vivants et les morts, de Gérard Mordillat

Ed. Le Livre de Poche

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