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15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 23:06

Mon Dieu ! Il ne me reste que quelques minutes avant l'heure fatidique ! Heureusement que m'est revenue en tête que le 15 octobre est une grande date pour ce modeste lieu.


Car cela fait exactement deux ans que le premier billet a été publié ici ! Ce blog, ouvert pour compenser mon arrêt d'activité sportive suite à un lâche abandon de mon genou droit sur un terrain synthétique de Choisy-le-Roi, a permis de compenser cette perte de passe-temps, et de manière tout à fait avantageuse. En lieu et place, des livres toujours plus nombreux, des films et des pièces, découvertes auxquelles j'ai pris et je prends toujours beaucoup de plaisir.


Et puis il y aussi toutes les rencontres, virtuelles réelles, extrêmement riches et souvent pleines de surprises, et surtout les relations un peu suivies avec quelques un(es) d'entre vous qui me font vraiment très plaisir ! Vivement que cela dure !!!


Voilà, pas de bilan particulier sur les lectures ou les films marquants (cela attendra le bilan annuel), si ce n'est un chapeau particulier à deux auteurs qui me tiennent vraiment à cœur : l'incontournable et merveilleuse Annie Ernaux, et le mystérieux et intrigant François Vallejo.


Et c'est donc reparti pour un tour (sans Harlequinades, ça c'est sûr, mais on ne sait jamais dans quel autre défi loufoque je pourrai me lancer !).

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14 octobre 2009 3 14 /10 /octobre /2009 07:34

Après une première rencontre ratée avec cet auteur, puis une séance de rattrapage qui a largement compensé ce départ manqué, voici mon troisième rendez-vous avec Lyonel Trouillot. Et par bonheur, il a fait pencher la balance du bon côté !


Mathurin D. Saint Fort est un haïtien qui a réussi. Il a passé sa vie dans un petit village rural, et a réussi à devenir un avocat renommé à Port-au-Prince. Pour arriver à ce sommet, il a peu à peu oublié d'où il venait, et s'est habitué aux conditions d'existence privilégiées qui lui sont offertes, à lui et ses collègues. Mais l'arrivé inopportune de Charlie, qui l'appelle par le prénom utilisé au village, Dieuthor, rompt le charme et la bulle dans laquelle s'est enveloppée l'avocat. En hébergeant Charlie, en écoutant son histoire et en l'aidant, il replonge dans cette vie qu'il a tout fait pour oublier, et ce contre son gré...


Comme pour les précédents romans, l'intrigue de Yanvalou pour Charlie se situe à Haïti. En l'occurrence, plus précisément entre la capitale et la campagne, lieu de tous les dangers, où les peurs s'expriment et où le moindre événement inattendu peut tourner au drame. C'est d'ailleurs ce qui se produit dans cette histoire : en voulant aider Charlie, Mathurin / Dieuthor se trouve confronté à une situation imprévue, et ses souvenirs l'emmènent bien plus que loin que là où voulait l'amener Dieuthor, auprès de Anne notamment, son premier amour.


J'ai retrouvé, avec ce roman, ce qui m'avait beaucoup plu dans Bicentenaire, et le trouble qui avait pu me saisir à la lecture de L'amour avant que j'oublie, sans les aspects désagréables que j'avais alors ressentis. L'aspect social de ce roman est indéniable, et l'apport de ce roman est justement la confrontation de deux mondes que tout oppose, et ce à travers le même personnage aux deux prénoms. Cette dichotomie que ressent Mathurin / Dieuthor est celle de quelqu'un qui a réussi en faisant abstraction de son passé, comme s'il n'existait pas. Malheureusement, comme souvent, celui-ci ne se prive pas pour vous sauter à la figure dès qu'il en a l'occasion, et souvent quand on ne s'y attend pas. C'est ce retour en arrière, cette mise à l'épreuve de Dieuthor qui est le coeur du récit.


Et il y a le style de Trouillot, sa manière de raconter. On sent la poisse qui envahit le monde des misérables voyous de Charlie, on est plongé dans les bas-fonds de cette ville, qui puent et dans lesquels les individus sont obligés de vivre. Et puis il y a ces passages où le lecteur avance dans le récit sans trop savoir où il est, avant de peu à peu rassembler les éléments. Ce procédé, qui m'avait perdu dans L'amour avant que j'oublie, est ici surtout utilisé dans la troisième partie, et cela lui donne toute son intensité. Les personnages n'ont plus de prénom, ils sont présentés physiquement, et le lecteur se démène pour renouer les fils de l'intrigue, qui deviennent de plus en plus solides.


Le personnage de Mathurin est le coeur du récit, mais les camarades de Charlie, Nathanael et ses acolytes, occupent une place centrale dans l'intrigue. Car ce sont leurs petites magouilles qui sont à l'origine du retour de Mathurin dans ce passé honni. Il y a également la figure du père Edmond, qui s'occupe d'un centre où sont recueillis les orphelins et enfants abandonnés, dont a fait partie Mathurin. C'est par ses souvenirs que Mathurin est mêlé à cette histoire et renvoyé à ses racines...


Bref, un très opus de Lyonel Trouillot, qui confirme que j'ai bien fait de lui donner une seconde chance (il faut dire qu'il avait de très bons défenseurs !)

Les avis de
Dédale (Biblioblog), Mango, Chiffonnette

Autres romans de Lyonel Trouillot :
L'amour avant que j'oublie, Bicentenaire

 

Yanvalou pour Charlie, de Lyonel Trouillot

Ed. Actes Sud

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12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 12:35

Voici un film d'animations en pâte à modeler, mais pour adulte. Chose assez rare pour être soulignée, d'autant plus que le film en question est une très belle réussite.


Cette histoire pour adultes est donc celle de Mary et Max, et de la correspondance qui va les relier entre Australie, où habite Mary, petite fille de 8 ans, et New York, la ville de Max, monsieur d'une quarantaine d'années souffrant d'importants troubles assez divers : asociabilité, hyperphagie et obésité, et de nombreuses crises d'angoisse qui l'empêchent de vivre normalement. Ce qui réunit ces deux personnes, ce sont leurs difficultés à communiquer. Si chez Max, elle sont dues à une maladie psychique que son étrange médecin tente assez peu de résoudre, elle sont dues chez Mary à un rejet de la part des gens de son âge, notamment à cause de la tache de naissance couleur caca qu'elle a sur le front.


Présentée ainsi, cette histoire de personnes en difficultés sociales ne paraît pas spécifiquement destinée aux adultes. Sauf que le réalisateur choisit de ne rien cacher des troubles et de leurs conséquences sur les personnages. Cela commence chez Mary, dont la mère est accroc aux bouteilles de sherry et au chapardage dans les magasins, et son père passionné par l'empaillage des oiseaux. Pour Max, cela se traduit par un rapport compliqué avec sa voisine qui tente de l'aider ou par une répulsion envers celle qui tente de le draguer lors des soirées des hyperphages anonymes. Surtout, la correspondance, si elle part d'un bon sentiment, n'est pas sans conséquences négatives pour les deux personnages. Rien n'est épargné au spectateur de la déchéance de ces individus, meurtris par la vie.


Heureusement, tout cela se fait avec un humour présent tout au long du film. Les échanges donnent lieu à des envois de plus en plus fournis, contenant chocolats et autres surprises, ainsi que des interrogations plus ou moins loufoques. Les émotions sont là également, notamment lorsque Mary et Max tentent de se soutenir.


L'autre force de ce film tient aux couleurs : marron pour Mary, dont c'est la couleur préférée, noir pour Max et la grande ville de New York. Le tout agrémenté de rares pointes de couleur rouge, soit le pompon sur la kippa de Max ou la barrette de Mary, ou une langue qui dépasse. La musique est également à mettre à l'honneur, avec des choix très judicieux, que ce soit en termes de musique originale ou additionnelle.


Film très riche, qui traite de la solitude, de la maladie, de l'alcoolisme, de la transmission ou de l'antisémitisme, et encore de bien d'autres choses, et qu'il serait vraiment dommage de rater, tellement les trouvailles visuelles ou de scénario sont nombreuses. Vraiment un excellent film d'animation que celui-ci, réalisé par Adam Elliot, venu d'Australie.


L'avis de Laetitia

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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 07:36

Geoffrey Braithwaite est un médecin anglais, épris de Gustave Flaubert. Lors d’une visite en Normandie, il se rend à Rouen et Croisset, l’habitation de l’auteur de L’éducation sentimentale. Mais cette visite sème le trouble chez le visiteur. Il découvre à l’hôtel Dieu de Rouen un perroquet empaillé, qui aurait inspiré Loulou, celui d’Un cœur simple. Mais à Croisset, un second perroquet empaillé est présenté comme étant celui que Flaubert loua au muséum d’histoire naturelle pour servir de modèle. Ceci est le point de départ d’une enquête qui dévoilera des aspects méconnus de la vie de Flaubert.

 

Avant que Philippe Doumenc n’invente une suite à Emma Bovary, Julian Barnes signe avec Le perroquet de Flaubert une bien troublante et stimulante biographie iconoclaste et fictionnelle de l’auteur. En une quinzaine de chapitres, Barnes tente de circonscrire la personnalité de cet auteur mystérieux. Il convoque par exemple plusieurs chronologies de la vie de Flaubert, qui le présentent de manière très différente selon l’angle choisi : soit très sage, soit quasiment libidineux. Ou bien il scrute les différentes références animalières qui jalonnent l’œuvre flaubertienne, pour dessiner un portrait bestial de l’écrivain qui se décrivait lui-même comme un ours.

 

Braithwaite (ou Barnes, car c’est parfois assez compliqué de choisir) a une telle attirance pour Flaubert qu’il en arrive à pasticher son dictionnaire des idées reçues : de Achille, frère aîné de Gustave, à Zola, Emile, chaque entrée du dictionnaire permet d’appréhender un peu mieux l’auteur. Mais la parole est également donnée à Louise Colet, le grand amour de l’auteur, qui raconte sa vision des choses, ou à un professeur américain qui dit avoir brûlé les lettres de Juliet Herbet, une maîtresse présumée de l’auteur.

 

Chaque chapitre est une approche originale, qui rend ce roman très riche. Celui que j’ai préféré est celui qu’il consacre aux yeux d’Emma Bovary, en remettant en cause une critique britannique qui a un peu vite déduit de différents extraits que Flaubert avait peu de suite dans ses idées, arguant du fait que les yeux d’Emma changent de couleur dans le roman. En reprenant les extraits dans leur globalité, Barnes montre que Flaubert ne change pas d’avis sur la couleur des yeux de son héroïne, et renvoie la critique à ses chères études..

 

Le perroquet de Flaubert, malgré sa forme particulière est bien un roman. Cette forme biographique, si elle utilise beaucoup de textes ou de citations, que ce soit les romans ou les lettres de Flaubert, n’empêche pas Barnes d’inventer des histoires, de supposer, de supputer. Ce qui fait que le lecteur ne sait jamais trop quelle est la part de vérité du texte, d’autant que la limite entre le narrateur et l’auteur est certainement assez peu étanche.

 

Un livre très plaisant que cette digression normande en compagnie de Gustave, qui met en avant les qualités d’écrivain de Julian Barnes. Une découverte intéressante et intrigante, et qui donne envie de se plonger dans L’éducation sentimentale ou Salammbô.

 

Extrait :  

 

« L’OURS

 

Gustave était l’ours. Sa sœur Caroline était le Rat – elle signe elle-même « ton cher rat », « ton rat fidèle » ; il l’appelle « petit rat », « ah ! rat, mon bon rat, mon vieux rat », « vieux rat, vieux coquin de rat, mon bon rat, mon pauvre vieux rat » - mais Gustave était l’Ours. Quand il n’avait que vingt ans, les gens trouvaient que c’était « un drôle d’original, un ours, un jeune homme, comme il n’y en a pas beaucoup » ; et avant même sa crise d’épilepsie et sa réclusion à Croisset, l’image s’était imposée d’elle-même : « Je suis ours et je veux rester ours dans ma tanière, dans mon antre, dans ma peau, dans ma vieille peau d’ours, bien tranquille et loin des bourgeois et des bourgeoises ». Après sa crise, la bête s’est confirmée en lui : « Le vis seul comme un ours (Dans cette phrase, le mot « seul » est défini ainsi : « seul, sauf pour mes parents, ma sœur, les domestiques, notre chien, la chèvre de Caroline, et les visites régulières d’Alfred Le Poittevin ».) »

 

Billet déjà paru sur Biblioblog.

 

Le perroquet de Flaubert, de Julian Barnes

Traduit de l'anglais par Jean Guiloineau

Ed. Stock - La Cosmopolite

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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 09:31

Dans plusieurs siècles, l’Europe sera recouverte par plusieurs mètres de glace et de neige, qui auront enseveli toutes les traces des civilisations passées. Un groupe d’humains, survivant au changement climatique brutal, accompagné de chiens croisés avec des cochons au flair époustouflant, tente de trouver des vestiges érigés par leurs ancêtres, et de comprendre leur mode de vie, leurs croyances, leur manière de pensée. Ils cherchent surtout à retrouver la cité perdue indiquée sur leur carte. Au fil de leur marche et de leurs disputes, ils découvrent des vestiges de ce temps révolu. Jusqu’à ce qu’un petit groupe tombe par hasard dans un bâtiment qu’ils ne connaissent pas. Ce qu’ils y découvrent (peintures, sculptures) leur laisse présager une source primordiale pour comprendre ces civilisations. Mais le Louvre, même recouvert de neige, recèle de nombreux secrets…

 

A la suite de la lecture de la BD de Marc-Antoine Mathieu, Les Sous-sols du Révolu, je me suis plongé dans cette autre BD qui met elle aussi au centre de l’histoire le musée du Louvre. L’intrigue ne démarre vraiment que lorsque les membres de l’équipée tombent dans cet endroit à leur yeux étrange. Auparavant, Nicolas de Crécy en profite pour décrire les querelles qui minent le groupe, et les raisons pour lesquelles il se trouve seul dans cet immense étendue blanche et inquiétante.

 

La première découverte est celle d’un bâtiment de Rungis, qui permet aux scientifiques de s’extasier devant l’art rupestre de nos contemporains (leurs tags, pour aller vite). Le moment le plus convaincant, et qui vaut à lui seul de lire cette BD, est le passage central : un des scientifiques, perdu dans le Louvre glacé, utilise les images qu’il a devant les yeux pour retracer la vie de la civilisation du XVe au XXe siècle. Il en déduit que cette civilisation est une civilisation de l’image et non de la parole ou des mots, que les hommes sont capables de voler (déduction due aux anges), et que cette possibilité est liée à leur mort prochaine. En redessinant dans la BD les œuvres qui permettent d'écrire cette histoire de notre civilisation, Nicolas de Crécy rend l’ensemble extrêmement convaincant, et totalement jubilatoire de par les contresens faits à partir des œuvres regardées. Avec eux, Delacroix devient le nom d’un établissement pour femmes aux mœurs légères, et l’eau est au centre de toutes nos préoccupations.

 

La dernière partie de la BD, plus fantastique, donne vie aux statues du musée et aux personnages des tableaux. Si elle est intéressante, elle ne vaut pas ce qui précède, et n’est malheureusement que le prélude à une fin en queue de poisson, avec un discours attendu et un brin convenu sur l’art qui triomphe et permet de surmonter tous les obstacles.

 

Néanmoins, ces quelques réserves n’empêchent pas de faire de Période glaciaire une approche originale et réussie de nos relations avec les civilisations passées, en nous mettant à leur place et en utilisant comme élément d’explication et de compréhension de notre époque des œuvres qui pour nous ont un sens tout autre.

 

Les avis de Dédale (Biblioblog), Chiffonnette (toutes deux beaucoup plus enthousiastes que moi !)
Période glaciaire, de Nicolas de Crécy
Ed. Futuropolis - Musée du Louvre
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6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 08:04

Antoine, 42 ans, vient de se séparer de sa femme, qui a conservé la garde des enfants, Mathilde et Léo. Devant cette remise en question, Antoine décide de prendre les choses en main : il va se débarrasser de tous les objets qui encombrent son passé lors de la brocante (par chez moi, on ne dit pas vide-grenier). Mais voir ces objets le quitter ne le laisse pas insensible, et les souvenirs lui reviennent par bouffées. Mais chacun trouve un nouvel acquéreur, avec qui il vivra une nouvelle vie…

 

L’inventaire dont il est question dans le titre est celui de cet homme, professeur d’anglais qui ne sait plus trop quelle direction doit prendre sa vie. Croyant faire le ménage dans sa vie, il réalise que son passé lui colle plus à la peau qu’il ne l’imaginait. Les boucles d’oreille, achetées lors du dernier voyage organisé avec ses amis du lycée, ou le livre qui est indirectement à l’origine de sa rencontre avec Annick, la libraire chez il fut embauché et dont il s'est épris, le plongent dans un passé quasi oublié mais qui l’émeut toujours. La couverture jaune rappelle des souvenirs moins heureux, comme ce cadre rouge en bois peint qui évoque le poids de la famille et le départ de son épouse. Les souvenirs liés au hamac m’ont moins touchés. Le stylo plume à fines dorures le renvoie à son statut de père (ou presque).

 

Au moment où le lecteur ressent une forme de systématicité dans le procédé romanesque, Blondel a la bonne idée de changer son point de vue. Les objets vendus sont maintenant non plus vus par le vendeur, mais par l’acquéreur. Les conditions d’achat, souvent très éloignées de l’objet lui-même, sont racontées au lecteur, qui se plonge avec plaisir dans cette nouvelle relation, beaucoup plus sentimentale que matérielle.


Quatrième roman de Jean-Philippe Blondel, Un minuscule inventaire permet à l’auteur de raconter par le biais d’objets l’histoire d’Antoine, quadragénaire perdu dans cette vie qu’il a accepté presque sur un coup de tête, pour suivre Anne, son épouse. Plutôt que de narrer uniquement l’histoire de ce personnage, les objets ouvrent des portes sur les gens qui l’entourent, et permettent de manière détournée d’encore mieux connaître Antoine.

 

Un minuscule inventaire est donc un roman tout à fait intéressant, qui est je trouve une bonne introduction au merveilleux roman suivant de Blondel, Passage du gué.

 

Lecture commune avec Bladelor, Abeille et Karine

 

Les avis de Amanda, Laurence, Les Chats, Restling, Clochette,  et d’autres…

 

Autres romans de Jean-Philippe Blondel : Passage du gué, Accès direct à la plage

 

Un minuscule inventaire, de Jean-Philippe Blondel

Ed. Pocket

 

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5 octobre 2009 1 05 /10 /octobre /2009 07:33

Ce court essai, lu en une vingtaine de minutes, est une approche très intéressante et éclairante des politiques actuellement mises en œuvre dans le monde de l’Education Nationale. En quelques pages, le lecteur comprend que toutes les lois et mesures votées depuis 2002 par les gouvernements successifs ont un sens, et qu’il va malheureusement vers le moins-disant.

 

L’auteur de cet ouvrage est Bastien Cazals, directeur d’une école maternelle de l’Hérault, et connu pour être une des figures de proue du mouvement de désobéissance qui a cours dans ces écoles.  Son parcours est intéressant : scientifique, il passe par les classes prépa avant d’intégrer une école d’ingénieur. Puis, mal à l’aise dans le monde de l’entreprise privée, lieu de la concurrence à tout crin, il se tourne vers un milieu qui lui semble plus coopératif et humain : l’éducation. Depuis 2002, il est donc professeur des écoles, et directeur depuis 2004.

 

Son propos est de remettre en perspective l’ensemble des mesures gouvernementales, et de monter leur cohérence. De la diminution des effectifs, élément le plus visible (16 000 suppressions encore annoncées en 2010) à la transformation du mode de recrutement et de formation (le stage avec horaires adaptés (6 heures au lieu de 18h) est supprimé, et on envoie les nouveaux professeurs à temps plein dans des classes), en passant par la tentative de réforme du lycée qui va revenir sur le tapis ou le changement des maternelles, toutes ces mesures ont un seul objectif : réduire les dépenses, sans réfléchir un seul instant aux pertes que celui induit, notamment en terme de services publics. Car il est bien entendu que ce qui n’est plus fait par l’Etat, comme l’accueil des enfants en maternelle dès 2 ans, permet à des entreprises privées de s’emparer des marchés juteux qui le gouvernement lui offre.


L’autre élément qui ressort est cette destruction d’un système qui fonctionne globalement correctement, pour montrer que ça ne marche pas et qu’il faut tout casser. Ce qui a lieu pour la Poste  ou la Sécurité Sociale s’applique également à l’enseignement. Symbole de cette dérive, le statut des professeurs remplaçants, qui connaissent aujourd’hui des conditions de travail difficiles (informations reçues au dernier moment), et qui sont parfois nommés en dépit du bon sens. Ce qui conduit à ce que des élèves se retrouvent sans professeru à la rentrée, le système fonctionnant quasiment à flux tendu. C’est en presque à croire qu’en ne permettant pas aux enfants d’avoir une école digne de ce nom, hormis pour les plus aisés, on cherche à les écarter de la vie démocratique et de la vie en société, en les laissant se dépatouiller seul dans leur gadoue. Malheureusement, de telles situations se retournent souvent contre ceux qui souhaitent en profiter, et pas toujours de la manière la plus pacifique qui soit…

 

Sur l’aspect désobéissance, Bastien Cazals ne s’étend pas, mais le portrait qu’il dessine est assez éloquent pour justifier sa volonté de ne pas répondre à toutes les demandes académiques, qui sont loin de toutes être fondées !

 

Je suis prof et je désobéis, de Bastien Cazals

Ed. Indigène - Ceux qui marchent contre le vent

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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 19:05

Il y a des événements qui se répètent, à des fréquences plus ou moins élevées. Après une pause dans les swaps, voici que je me suis inscrit à deux d’entre eux récemment : le swap Mémoires d’enfance d’Emmyne (et je remercie encore Rondine pour son très beau colis) et le swap Books inside organisé par Ys. Le principe : envoyer des livres qui parlent de livres, d’auteurs, d’éditeurs, de littérature, de mots,… Thème attrayant, auquel j’ai succombé, et je me suis donc trouvé embarqué dans un nouvel échange sur ce thème.

 

Et voici donc qu'en ce début de week-end, je trouve dans la cuisine un colis, dont je reconnais le nom et l’adresse de l’éditeur. Chic ! chic ! chic ! Voilà mon colis, et c’est Fashion qui m’a envoyé cette nouvelle surprise, bien garnie.

 

Dans la boite, différents paquets, certains entourés d’un papier crépon marron et qui ont pour la plupart d’entre eux des formes de livres, et d’autres, qui laissent par leurs formes deviner des plaisirs moins intellectuels.

 

Commençons par les nourritures intellectuelles, pour lesquelles Fashion est très bien tombée. J’avais souhaité, dans le questionnaire, découvrir des auteurs étrangers, et je suis comblé avec un voyage aux Etats-Unis et en Italie, avec détour en Grande-Bretagne. Pour les Etats-Unis, deux ouvrages étaient glissés dans le colis, tous deux d’Edith Warton : un roman, avec Xingu, et un essai (auparavant article paru dans une revue littéraire), Le vice de la lecture. Pour l’Italie, c’est un auteur classique de ce pays que je n’ai pas encore lu : Italo Calvino, avec Si par une nuit d'hiver un voyageur, livre qui me fait très envie. Et pour l’auteur anglais, ce sera une poursuite avec Ian McEwan, avec qui j’avais promis de persévérer après Samedi : le roman sera donc Expiation. Enfin, petite incursion hexagonale avec un livre d’Annie François, intitulé Bouquiner, et dont Fashion m’a précisé qu’il décrivait très bien l’attitude de lectrice compulsive anonyme !

 

Pour accompagner les livres, un carnet illustré par … des livres et des marque-pages magnétiques pour être certain de ne pas perdre le fil.

 

Au rayon gourmandise, des nougats (la moitié du paquet y est déjà passé), des crayons de couleur qui se révèlent être des chocolats, sur le même principe que les cigarettes de mon enfance, mais en moins nocif, et un pot de confiture artisanale saveurs d’automne, qui mêle pomme, poire et noix. Tout ceci me semble très engageant, n’est-ce pas ?

 

Je remercie donc Fashion pour ce très beau colis, car elle n’a fait aucune erreur ;-) Merci beaucoup pour les découvertes qui m’attendent, et merci à Ys qui a accepté de masculiniser son swap pour me laisser participer !

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3 octobre 2009 6 03 /10 /octobre /2009 18:40

En plein hiver, un directeur d’entreprise organise un séminaire pour ses collaborateurs. Alors que la réception semble banale, elle constitue en fait un moyen pour la direction de noter les cadres. Chacun, au fil de la soirée, va devoir jouer un rôle, devant quelqu’un qu’il pense connaître, mais dont il ignore tout. Les masques tombent, et l’issue de la soirée est loin de celle pressentie…

 

Pour un premier film, Mathias Gokalp signe une œuvre qui m’a intéressé. On peut la qualifier d'exercice de style, mais elle vaut le coup d’œil. Pas exempte de défauts, certes, mais qui a le mérite de l’ambition, tout en restant abordable. Le film se déroule en chapitres, chacun centré sur un des personnages qui composent cette Cour des temps modernes. Des scènes se répètent dans différents chapitres, vues sous des angles différents, et apportant à chaque fois des éléments d’explication supplémentaires : des dialogues ajoutés, une scène rallongée. Si le procédé est intéressant, il est malheureusement un peu trop systématique pour emporter une réelle adhésion. Car ce qui marche sur certaines scènes (celle dans les toilettes, le moment où Darrousin mange son verre) fonctionne moins bien sur d’autres (la discussion entre le syndicaliste et la jeune cadre).

 

L’intrigue du film a pour objectif de dénoncer le jeu de dupes qui a cours dans les entreprises actuelles. Sous couvert d’ouverture et de transparence, chacun essaie de paraître le plus honnête possible. En fait, chacun tente de dissimuler sa malhonnêteté, sa fourberie et ses mensonges, comme ce responsable administratif qui n’ose avouer à son épouse ce qui attend l’entreprise, et l'information tourne à la communication. Ce discours sur les classes dirigeantes des entreprises privées est assez nouveau, le cinéma français s’étant beaucoup plus attardé sur les relations entre patrons et ouvriers (avec par exemple les très bons Ressources humaines de Laurent Cantet, Violence des échanges en milieu tempéré de Jean-Marc Moutout ou La raison du plus faible de Lucas Belvaux).

 

La vraie réussite de ce film est son casting, irréprochable. Jean-Pierre Darroussin est un acteur merveilleux, et il le confirme avec ce rôle de cadre pressé par sa direction, stressé au point de répéter son texte dans les toilettes. Denis Podalydès, en syndicaliste dépassé, excelle également. Mélanie Doutey, Zabou Breitman, Bouli Lanners sont également très bons. Une mention pour Pascal Greggory, pour la scène où il chante du Emmanuel Chabrier devant les autres cadres, avec un froncement de sourcils et un jeu de rides du front tout à fait mémorable. Un grand numéro d’acteur !

 

L’avis de Pascale (qui s’est ennuyée).

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2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 07:52

Les nuits  blanches est un court roman à l’intrigue assez simple : un jeune homme, romantique et qui se définit comme un rêveur, rencontre par hasard dans les rues de Saint-Petersbourg une jeune femme seule. Ils passent la nuit à discuter et se reverront, lors d’autres nuits blanches. Mais alors que le jeune homme est amoureux depuis la première minute, la jeune femme tombe doucement amoureuse de cet inconnu car son amant, qu’elle attend, ne vient pas. Jusqu’à son retour, où elle tombe dans ses bras.


Ce petit opus de Doistoievski est un roman d’amour, pour la vie nocturne qui permet aux êtres de se dévoiler, mais aussi entre les deux personnages, qui se découvrent, échangent, se rapprochent pour finalement se séparer. Le jeune homme, qui dans une longue description se présente comme un rêveur, un être qui voit le réel d’une manière particulière, est celui qui attire le plus de pitié pour le lecteur. Seul, abandonné, presque malade, cette relation nocturne avec cette inconnue est pour lui un point d’accroche important. Elle, plus distante, attend désespérément celui qu’elle aime et qui ne vient pas. Elle se berce d’illusions, et entraîne avec elle son interlocuteur, pris dans des fantasmes qu’elle brisera sans aucun scrupule.

 

Les nuits blanches sont donc l’occasion le lecteur de suivre ce couple provisoire, dont la relation ne survivra pas à l’irruption d’un tiers, qui n’a pas à beaucoup agir pour disloquer le duo. Petit roman de jeunesse de Dostoievski,  il permet une entrée en douceur dans l’œuvre de l’auteur, avant de se plonger dans les sommes qui ont fait sa renommée.

 

A noter que ce roman a servi de base à James Gray pour son dernier film, Two lovers.

 

Les nuits blanches, de Fedor Dostoïevski

Traduit du russe par André Markowicz

Ed. Babel

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