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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 08:20

venus-adonis.gifCela faisait un petit moment que je n'étais pas allé à l'opéra. Retour donc sur les bancs du paradis, pour ma découverte à la fois de l'Opéra de Lille (très belle salle) et de l'opéra baroque.

 

En effet, Vénus et Adonis, de l'anglais John Blow, est considéré comme le premier opéra anglais. Datant de la fin du XVIIe, il aurait inspiré Purcell pour son Didon et Enée. L'histoire est on ne peut plus classique et reprend le mythe d'Adonis. Vénus tombe amoureuse de ce chasseur mais leur amour sera de courte durée car il sera tué par un sanglier, lors de la chasse. L'opéra est court (trois actes brefs) et est très agréable à entendre. Les deux chanteurs principaux (Marc Mauillon et Céline Scheen) sont très intéressants et accompagnés par des enfants de la maîtrise de Caen qui incarnent une partie du choeur. Toutes les scènes de choeur sont d'ailleurs très réussies. A noter également que la mise en scène est ludique et donne beaucoup de lisibilité à l'oeuvre. Et les décors sur scène sont très réussis, avec un bel éclairage, majoritairement à la bougie.

 

Si je n'étais pas été totalement emballé par l'oeuvre (même si je suis content de l'avoir découverte), j'ai été bien plus convaincu par le spectacle présenté en première partie. Il s'agissait d'une ode à Sainte-Cécile, composée par John Blow. Les principaux passages sont chantés par le choeur et une vraie force émane de cette oeuvre. Une très belle mise en bouche, qui met dans de bonnes dispositions pour la suite.

 

Le spectacle, créé à Caen, sera en tournée à Angers, Nantes, Paris (Opéra Comique) et Grenoble.

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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 11:53

dans-la-maison.jpgJ'aime beaucoup le cinéma de François Ozon. Je trouve qu'il a l'art et la manière de toujours embarquer le spectateur dans des univers inattendus et nouveaux. Après le très drôle et sixties Potiche, le voici dans un film beaucoup plus littéraire, où le fantastique, déjà vu dans ses premiers films (Sous le sable, merveilleux) n'est jamais très loin. Et c'est vraiment du beau travail.


L'histoire est celle Germain Germain, professeur de français dans un lycée pilote qui teste le retour aux uniformes. Non l'histoire est plutôt celle de Claude Garcia, élève de Mr Germain, qui se fait remarquer grâce à une première rédaction dans laquelle il parle du parfum de la femme de la classe moyenne. Non, en fait, cette histoire est celle de la famille Rapha, qui compte Rapha père, la mère (la femme de la classe moyenne) et Rapha fils, camarade et ami de Claude Garcia. L'intrigue mêle ces différents protagonistes, et le spectateur est emporté, au fil des rédactions de Claude, dans une histoire de manipulation, d'intrusion et de voyeurisme, où il ne sait plus trop ce qui est vrai et ce qui est faux.

 

Retrouver Fabrice Luchini dans ce rôle de professeur n'est pas forcément surprenant, mais François Ozon parvient à en faire un personnage très intéressant. Professeur lassé par ses élèves, tous plus nuls les uns que les autres, il voit son intérêt éveillé par ce jeune garçon dont il ne sait rien. Petit à petit, en le poussant à écrire la suite de son histoire, il découvre les relations ambigües de ce jeune homme avec la famille de son ami Rapha. Que cherche Claude en s'introduisant dans cette maison ? Les fantasmes décrits sont-ils réels ? Passe-t-il vraiment à l'acte ? Germain, comme le spectateur, est embarqué dans cette histoire, et parvient heureusement mieux que le professeur à distinguer le vrai du faux.

 

Car si Claude (Ernst Umhauer, révélation du film) joue avec les Rapha, il s'amuse aussi avec son professeur, en réécrivant parfois son histoire. La femme de ce dernier, galeriste (Kristin Scott-Thomas) est un des moyens pour faire tourner en rond le professeur, écrivain raté. Le film est servi par un très joli casting (Denis Ménochet, toujours très intrigant, Emmanuelle Seignier, Jean-François Balmer) et ne cesse de multiplier les touches d'absurdes. Ainsi, l'apparition des propriétaires de la galerie, deux jumelles, est l'origine d'une scène décalée, qui est un peu à l'image de l'ensemble du film : comment faire déraper, par petites touches, la réalité, au point que tous les repères, même les plus solides, cèdent ? C'est ce climat parfois drôle, parfois angoissant, souvent déstabiblisant, que donne voir Ozon dans son dernier film, que je conseille vivement.

 

Autres films de François Ozon : Le refuge, Potiche

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 08:18

la-vie-peut-etre.jpgFlorian est un adolescent que tout le monde considère en difficulté psychologique. Ce n'est pas qu'il soit violent ou ingérable : il ne s'est pas remis de la mort de Sofia, sa meilleure amie. Il est donc interné dans un hôpital psychiatrique, celui où Sofia est morte.

 

L'internement est presque l'ultime tentative pour tenter de résoudre les problèmes de Florian. Pourtant, cela ne démarre pas sous les meilleurs auspices. Florian se sent seul, les souvenirs de Sofia le submergent et l'empêchent de prendre part pleinement au programme de soins prévu pour lui.

 

Mais il y a Medhi, son éducateur. C'est lui qui peu à peu va aider Florian à s'ouvrir, à accepter ses problèmes et à affronter le deuil. Pour Florian, les discussions avec Medhi et son escapade jusqu'au domicile personnel sont les moyens pour Florian de s'attaquer de front à l'absence de son amie.

 

Le livre est paru dans une collection jeunesse, mais cela n'empêche pas Arnaud Cathrine d'aborder des sujets difficiles, voire douloureux. Il y a le deuil et l'absence de l'amie disparue que doit affronter Florian. Il y a également l'anorexie, raison de la mort de Sofia. La maladie est ici abordée avec pas mal de recul, jamais frontalement, mais son ombre pèse sur l'ensemble du roman. Arnaud Cathrine fait une nouvelle fois preuve d'une grande sensibilité pour raconter l'histoire de ces ados, qui plaira à la fois aux jeunes adultes et aux adultes.

 

Autres ouvrages d'Arnaud Cathrine : Le journal intime de Benjamin Lorca, Frère animal (avec Florent Marchet), Les vies de Luka, La route de Midland

 

La vie peut-être d'Arnaud Cathrine

Ed. L'école des loisirs - Médium

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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 08:59

metamorphoses.jpgFrançois Vallejo fait partie des rares auteurs  dont j'attends chaque roman avec une grande impatience. Impatience car j'ai lu presque tous ses ouvrages et suis content d'en découvrir de nouveaux. Impatient aussi car on ne sait jamais dans quel univers il nous emmène. Métamorphoses ne déroge pas à la règle : François Vallejo aborde un thème contemporain et politique : le terrorisme.

 

Jusqu'à présent, François Vallejo ne s'était pas aventuré dans le traitement de sujets aussi polémiques. C'est donc la grande nouveauté du roman. Ce dernier met en scène Alix Thézé, une jeune femme restauratrice de fresques romanes. Elle a des relations distantes avec ses parents, voyagistes happés par leur travail. Elle est plus proche de son demi-frère, son "demi" comme elle l'appelle, Alban. Mais cela fait quelques temps qu'elle n'a pas eu de nouvelles de lui.

 

C'est par un ami commun qu'elle apprend sa conversion à l'islam. Si elle est immédiatement décontenancée, l'inquiétude prend le dessus quand elle apprend qu'il fréquente une mosquée radicale et qu'il a abandonné son nom français, Alban Joseph, pour Abdelkrim Youssef. C'est le point de départ d'une quête pour Alix, qui cherche à renouer avec son frère pour comprendre son parcours. Elle réussit à s'introduire dans son appartement, elle le revoit de temps en temps, mais tout cela ne met pas fin à son angoisse.

 

De ce point de départ, François Vallejo signe un ouvrage dans lequel l'urgence est constamment palpable. Que ce soit par les faits et gestes d'Alix, paniquée, ou par le biais de l'écriture, sèche, rapide, concise, le lecteur est pris dans le tourbillon qui emporte la jeune femme. C'est une des forces des romans de François Vallejo d'arriver à faire en sorte que la forme soit proche du fond. Et c'est une nouvelle fois une réussite. Ceci est également vrai car François Vallejo mêle les styles de narration. Outre l'introduction classique des dialogues dans le texte, il ajoute ici un journal intime qui tient un rôle de premier plan dans l'intrigue et qui ajoute au vertige de la lecture.

 

Mais François Vallejo ne se contente pas de décrire la réaction presque irrationnelle de cette jeune fille. Il signe également (et c'est une nouveauté vraiment surprenante) une œuvre politique et presque philosophique. Car en intégrant, en milieu de l'ouvrage, l'arrivée des services de renseignement, il donne une nouvelle tournure à l'ouvrage. D'autant plus qu'en plaçant son ouvrage du point de vue d'Alix, il ne décrit jamais ce que fait Alban/Abdelkrim, et laisse place aux fantasmes : a-t-il tué cet homme au Pakistan, comme il s'en vante ? qu'a-t-il fait pendant les trois jours où il a quitté le camp de vacances au Kenya ?

 

Fondamentalement, François Vallejo pose une question essentielle aujourd'hui : jusqu'où peut-on aller pour combattre le terrorisme ? Peut-on condamner uniquement des intentions ? Réflexion d'autant plus forte qu'au fil de la lecture, on découvre que les faits ne sont pas manichéens et que Alban/Abdelkrim, qui a certainement cru à la sincérité de sa conversion, n'a peut-être pas tout maitrisé. Métamorphoses est un ouvrage qui peut-être déroutant mais qui se révèle, au fil de la lecture, un tourbillon qui permet de dévoiler, peu à peu, les visages des protagonistes et les enjeux du récit. C'est une nouvelle fois une belle réussite.

 

Autres romans de François Vallejo : Groom, Ouest, L'incendie du Chiado, Vacarme dans la salle de bal, Madame Angeloso, Dérive, Les soeurs Brelan, Le voyages des grands hommes

 

Métamorphoses de François Vallejo

Ed. Viviane Hamy

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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 09:10

fakirs.jpgLe commissaire Guérin, ancien membre important de la préfecture de police de Paris, se retrouve dans un placard, celui des services des suicides. Avec le jeune Lambert, stagiaire un peu naïf, il intervient sur les scènes de suicides pour essayer de retracer leur histoire (et parfois découvrir un suicide déguisé). Il doit se pencher sur le cas d'Alan Mustgrave, un américain héroinomane qui vit de ses spectacles de fakir et retrouvé mort, suicidé en plein spectacle. En parallèle, on suit le périple de John, le meilleur ami d'Alan, qui quitte son refuge du Limousin pour tenter de retracer sa trajectoire funeste.

 

Le roman jongle constamment entre ces histoires qui se rejoignent autour d'une même intrigue. La partie concernant la quête de John est assez réussie. Antonin Varenne réussit à construire un personnage hors norme, un marginal fils de hippie qui arrive à Paris en 4L et qui passe son temps perdu à tirer à l'arc, même en plein jardin du Luxembourg. Cette partie de l'histoire amène le lecteur à passer quelques nuits dans la cabane d'un gardien du parc, ancien taulard qui devient un appui indéfectible pour John.

 

L'un des moments les plus intéressants du roman est l'arrivée de ce gardien dans le village rural de John. Les petits verres bus à la terrasse du bistrot ou le transport en tracteur donnent un ton pittoresque à cette intrigue très noire. On plonge également dans le monde de la diplomatie, avec ce conseiller diplomatique devenu amant de Mustgrave.

 

L'autre pan de l'intrigue m'a paru plus obscure. Elle concerne la vie de Guérin, mis au placard pour une ancienne dont on découvrira les tenants et aboutissants à la fin du roman. Mais en ne donnant pas immédiatement quelques clés, Antonin Varenne m'a perdu. Je n'ai pas réussi à m'intéresser à la vie de ce flic et ce n'est qu'en découvrant les raisons de sa déchéance (tardivement, donc) qu'il prend un peu d'épaisseur et d'intérêt. Du coup, j'avoue avoir eu un coup de mou au milieu du roman, perdu dans une intrigue qui stagne un peu et la vie de ce flic qui n'a pour seul qu'un perroquet, vestige de sa mère décédée.

 

Fakirs est néanmoins un polar à l'ambiance particulière. Les morts sont soit des suicidés, soit des victimes collatérales, le flic est loin d'être un foudre de guerre et doit se battre autant, si ce n'est plus, avec ses collègues qu'avec ses enquêtes. Il existe donc indéniablement des éléments positifs dans ce roman, mais l'ensemble manque un peu de rythme.

 

Fakirs d'Antonin Varenne

Ed. Points - Policier

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 08:42

quelques-heures-de-printemps.jpgDans son nouveau film, Stéphane Brizé aborde un sujet d'actualité, source de débats continuels : la mort volontaire ou suicide assisté. Il le fait dans ce très beau film, sans discours démagogique mais avec une grande douceur et tendresse et avec l'aide de trois merveilleux acteurs, Vincent Lindon, Olivier Perrier et surtout Hélène Vincent, magnifique, formidable, poignante.


L'histoire est à la fois celle d'une famille qui se détruit, et celle d'une vie qui touche à sa fin. Après un séjour en prison, Alain revient vivre chez sa mère Yvette et trouve des petits boulots. Les relations avec sa mère sont des plus complexes : il ne supporte pas sa maniaquerie, son envie forcénée de propreté et qu'elle le renvoie constamment à son statut d'enfant. Ce qu'il ne sait pas, c'est qu'elle est malade et qu'elle redoute le moment où l'avancée de la maladie sera irréversible.

 

Ce qui est formidable dans le film de Stéphane Brizé, c'est la description réaliste et convaincante de la vie de ces personnes âgées. Isolées, elles ne voient plus forcément beaucoup de monde et se concentrent sur le quotidien. La télé devient du coup un compagnon presque continuel. Pour Yvette, son seul soutien régulier est celui du voisin, pour qui elle fait des compotes. Les scènes où Hélène Vincent et Olivier Perrier se rencontrent sont bouleversantes car le réalisateur rend en quelques plans, quelques dialogues, la solitude et l'amitié. Les scènes autour du puzzle sont notamment très bien rendues. Ce sont surtout les silences qui sont éloquents, présents également lorsque Vincent Lindon rend visite à son voisin.

 

L'autre point très fort du film tourne autour de la maladie d'Yvette. Elle s'est jurée de ne pas souffrir et fait donc tout, contre l'avis de son médecin, pour abréger ses souffrances. Elle se rapproche d'une association suisse qui vient en aide aux personnes souhaitant bénéficier d'une assistance pour mourir. Ce qui est troublant, c'est qu'Hélène Vincent, si elle a quelques vertiges, est une personne relativement en forme, amère mais qui tente de faire face. Sauf qu'elle refuse la douleur et la déchéance.

 

Quelques heures de printemps n'est pas un film à thèse, mais la description d'une situation particulière. C'est une pierre au débat fréquent sur l'euthanasie ou le suicide assisté. Un film fort et magnifique, avec, au sommet de son art, Hélène Vincent.

 

Autre film de Stéphane Brisé : Mademoiselle Chambon

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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 18:34

supplication.JPGLe théâtre est parfois l'occasion de faire entendre des messages politiques. C'est le cas pour cette production du Théâtre du Nord, La supplication, qui emmène le spectateur dans l'enfer de Tchernobyl. La pièce, montée par Stéphanie Loïk d'après un texte de Svetlana Alexievitch, donne à entendre les paroles de différents acteurs, malgré eux, du drame nucléaire soviétique.

 

D'abord, ce sont les habitants, installés là depuis longtemps (voire toujours), qui racontent leur vie : celle d'avant la catastrophe, celle qui a été transformée suite à l'explosion de la centrale. Puis ce sont les soldats qui prennent la parole. Eux sont arrivés là forcés par le pouvoir. Après la guerre en Afghanistan, ils ont été envoyés en Ukraine pour participer à la construction du sarcophage censé éviter les fuites radioactives. Les témoignages sont divers mais nombre d'entre eux expriment la fierté et le sens du devoir qui ont guidé leur action. Enfin, ce sont les survivants qui parlent : ceux qui ont perdu leurs famille suite aux effets radioactifs, ceux qui ont eu de difficultés à avoir des enfants, ceux qui sont venus se réinstaller dans la région, même si la ville la plus proche de la centrale est restée une ville morte.

 

C'est un texte très fort, très poignant qui est est ici mis en scène. Malheureusement, le procédé de narration est un peu systématique (chacun des 14 comédiens a son moment de bravoure, mais il faut dire que ce spectacle est joué avec des élèves de l'école de théâtre du Théâtre du Nord, d'où ce choix). Toutefois, Stéphanie LoÏk a eu une excellente idée de mise en scène : les 14 sont constamment sur scène et jouent toujours, même quand les autres parlent. Surtout, certaines scènes collectives, très bien chorégraphiées, sont absolument magnifiques à voir. De même, les quelques passages chantés (de très beaux chants choraux) sont vraiment poignants. Du coup, malgré quelques réserves (notamment sur la durée, deux heures), je trouve que ce spectacle est très intéressant à voir et permet d'entendre les voix de ceux qui ont subi au plus près les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl. Et comme il est dit à la fin du spectacle, la catastrophe de Fukushima montre qu'on n'a pas pris en compte tous les enseignements de Tchernobyl...

 

Spectacle qui sera en tournée à Paris (en novembre au théâtre de l'Atalante) puis à Arcueil (Le lieu de l'autre, début décembre)

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 08:33

bulgometdeshommes.jpgAujourd'hui, la majorité des français vit en ville. Complétement imprégnés de la ville et de son langage, il ne voit plus forcément ce qui en fait la spécificité et les codes qui la régissent. amandine Dhée, en portant un regard décalé, satirique et subtil sur la ville, nous invite à repenser notre rapport avec le monde urbain.

 

L'ouvrage se présente sous la forme de courts chapitres, qui traitent chacun à leur tour les rapports d'une population avec la ville. L'ouverture se fait sous la forme de souvenirs d'une petite fille, rapportés de façon décousue. Elle se remémore les clefs qu'elle portait autour du cou, les bonbons achetés à la boulangerie ou ses camarades de classe.

 

Puis on commence à visiter la ville. D'abord de façon souterraine, en suivant le cours du métro. Amandine Dhée se livre à une description hilarante du fonctionnement des infrastructures de transport, ironisant sur les multiples messages constamment délivrés au passager, en imaginant d'autres qui pourraient être plus utiles. Elle interroge également le lecteur sur ses déplacements et leur but, se moquant au passage des enquêtes de satisfaction menées auprès des passagers.

 

Le ton de l'ouvrage est alors donné : c'est celui d'un regard neuf et iconoclaste sur le ville, qui se mêle à l'écriture très drôle de l'auteur. On visite ensuite la ville à travers les besoins des enfants. Amandine Dhée imagine à ce propos un dialogue savoureux où les têtes pensantes essaient d'imaginer comment concilier espaces de jeux et histoire sociale du Nord-Pas-de-Calais. Cela aboutit à un terril en bulgom, que le visiteur attentif de Lille pourra effectivement trouver au cœur du parc Jean-Baptiste Lebas, à quelques mètres de la mairie... Ce sont ensuite les personnes âgées qui ont droit à l'attention de l'auteur.

 

Mais fondamentalement, ce qui intrigue Amandine Dhée, ce sont les relations avec autrui. Elle y consacre un chapitre, essayant notamment de rencontrer l'homme de sa vie en laissant tomber son mouchoir. Elle tient alors un compte-rendu de ses diverses expériences, souvent non concluantes. Puis on s'intéresse à ce que mange la ville, là où elle se restaure et fait ses achats. La conclusion de cette première partie de l'ouvrage aboutit à une réflexion sur la volonté ou non de quitter la ville, trop vue, trop connue, trop parcourue.

 

L'ouvrage se termine par des portraits. Celui du boucher raciste, chez qui il y a la queue, qu'on veut boycotter par principe mais qu'on est obligé de côtoyer. Celui du primeur qui s'est implanté dans ce quartier, qui garde constamment un sourire béat mais dont on se demande pourquoi il a choisi cet endroit pour s'installer.

 

La lecture ce cet ouvrage est un vrai plaisir. Il est d'ailleurs augmenté par la version audio de l'ouvrage, disponible sur l'ouvrage de l'éditeur (gratuit pour tout détenteur de l'ouvrage, en échange d'une réponse à une question facile pour tout détenteur de l'ouvrage). La version audio est un mélange de lecture par l'auteur et de remarques sur sa construction. Un complément tout à fait judicieux. Ceci me permet de souligner le beau travail de la maison d'édition La contre-allée, dont je reparlerai très certainement par ici.


Du bulgom et des hommes d'Amandine Dhée

Ed. La contre-allée

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21 octobre 2012 7 21 /10 /octobre /2012 23:10

a-rebours.jpgA rebours est un ouvrage dont j'ai souvent entendu parlé mais que je n'avais jamais ouvert, un peu refroidi par sa réputation d'ouvrage difficile. J'ai franchi le pas, et si je suis plutôt satisfait d'avoir découvert la prose de Huysmans, la réputation de l'ouvrage est loin d'être usurpée.

 

L'histoire (si on peut considérer qu'il y ait une histoire) est celle de Jean des Esseintes. Cet homme a décidé de quitter la vie parisienne, qu'il juge décadente, pour vivre retiré dans une demeure de Fontenay-aux-Roses. Il occupe le rez-de-chaussée et laisse l'étage à ses domestiques.

 

L'ouvrage raconte ce retrait volontaire, sans s'attarder outre mesure sur les raisons de celui-ci. Huysmans s'attache à décrire la vie de des Esseintes, son quotidien et les sujets qui le passionne : la peinture et Gustave Moreau, ses lectures, ses croyances. Car si des Esseintes est seul, il estime également être seul à voir la beauté, à comprendre la dimension artistique des oeuvres. A rebours, il l'est donc par ses goûts, qu'il détaille par le menu dans certains chapitres (l'un d'entre eux est notamment consacré à la littérature latine, et on découvre une multitude d'auteurs, souvent obscurs et les plus connus sont les moins célébrés par des Esseintes).

 

Une des difficultés d'approche du livre est justement liée à ces chapitres très descriptifs, évoquant Bouvard et Pécuchet mais dans une version élitiste et esthétisante. Ici, ce ne sont pas deux naïfs qui se piquent de devenir scientifiques, artistes,... mais un aristocrate aigri, perturbé par des maux d'estomac récurrents, qui raconte ses petites folies et ses amours. Au rayon des amours, il y a avant tout Baudelaire qu'il vénère, mais également certains ouvrages de Zola (un des amis de l'auteur), de Barbey d'Aurevilly ou de Léon Bloy (écrivains réputés pour leur militantisme catholique, qui caractérise aussi des Esseintes).

 

Pour ce qui est des folies, des Esseintes est également un spécialiste. Un très beau chapitre de l'ouvrage est consacré à un voyage pour Londres qui s'arrête gare Saint-Lazare, des Esseintes étant rattrapé par ses (nombreuses) névroses. Une folie marquante concerne aussi ses goûts esthétiques. Pour agrémenter un tapis qu'il juge un peu terne, il choisit d'y déposer une tortue vivante. Mais pour plus d'éclats, il la couvre de feuilles d'or et la sertit de pierres précieuses. Autant dire que le pauvre animal n'y survivra pas.


logo-2012 d'Ys

A rebours est un ouvrage exigeant, qui se lit avec beaucoup de concentration. D'un abord peu simple, il mérite néanmoins qu'on s'y attarde, en sachant qu'on plonge dans une oeuvre hors-norme. Et il faut également accepter de ne pas comprendre toutes les références (le roman a été écrit en 1884), à moins de consulter toutes les notes de lecture, ce qui allonge sensiblement la lecture.

 

Livre lu dans le cadre du 12 d'Ys

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20 octobre 2012 6 20 /10 /octobre /2012 10:09

navez-rien.jpegAlain Resnais aime le théâtre. Il l'a déjà montré avec Mélo ou Smoking / No smoking. Dans vous n'avez encore rien vu, il renoue avec le genre théâtral en conviant les acteurs qui ont déjà travaillé avec lui. Il prend le prétexte de la mort d'un metteur en scène pour faire une déclaration d'amour aux acteurs, à tous les acteurs.

 

Pour commémorer le mémoire de ce metteur en scène (Denis Podalydès dans le film), tous les acteurs sont conviés à une projection. Ils doivent décider si les jeunes gens qui montent la pièce qu'ils ont joué ensemble par le passé méritent de reprendre le flambeau. Au cours de la projection, les acteurs reprennent le dessus et se mettent à réciter leur texte, à le jouer avec leurs camarades. Les époques se mêlent, les distributions se confondent et le film file dans un tourbillon d'illusion.

 

Comme toujours, Resnais refuse tout réalisme. Les décors sont clairement de carton-pâte et les réactions des comédiens, qui apprennent un à un la mort du metteur en scène au téléphone au début du film, sont convenues et clairement simulées. Mais ce n'est pas ce qui intéresse Resnais. Ici, il décrit les sensations qui étreignent les acteurs quand ils jouent, les réminiscences des pièces jouées (Antigone et Cher Antoine, de Anouilh) et le jeu constant des acteurs. Peu importe l'histoire finalement : Resnais aime ses acteurs et le montre.

 

C'est d'ailleurs un vrai plaisir de retrouver cette brochette d'acteur vu chez Resnais (ou chez Desplechin ou Podalydès, chez qui Resnais a été pioché). Mathieu Amalric, Anny Duperey ou Michel Piccoli sont touchants, et le couple composé par Lambert Wilson et Anne Consigny émouvants. Ils éclipsent d'ailleurs le couple Pierre Arditi / Sabine Azéma, qui a (comme toujours) les faveurs du réalisateur mais dont on sent ici l'outrance dans le jeu.

 

Si le film est par moment languissant (notamment dans un long dialogue Arditi-Azéma au milieu du film) et peut provoquer quelques assoupissements, Resnais parvient à réactiver la concentration du spectateur au cours du film. Un film qu'il faut que je revois, c'est certain, pour percevoir un peu mieux toutes les nuances qui m'ont échappé à la première vision.

 

Autres films d'Alain Resnais : Les herbes folles Providence, L'année dernière à Marienbad

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