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29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 08:30

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/grandes110/6/0/4/9782878582406.gifDans Ouest, Lambert est le garde chasse employé par M. de L'Aubépine, dont le rêve est de faire tomber Napoléon III et de rejoindre Victor Hugo. Mais ce rêve ne se réalisera jamais.


Pourtant, François Vallejo a imaginé cette rencontre entre l'Aubépine et Hugo, mais elle n'a pas été retenue dans le manuscrit final. Son éditrice, Viviane Hamy, a décidé de publier ce récit dans un ouvrage à part, qui donne un nouvel éclairage à l'œuvre initiale.


On retrouve donc Lambert, sa fille Magdeleine et le baron de l'Aubépine au moment où ils quittent la propriété pour se rendre à Guernesey, chez Victor Hugo. Alors que le baron est persuadé d'être attendu par l'opposant au régime, Lambert ne partage pas l'optimisme de son patron. Le voyage est fatigant, difficile, et la traversée du petit bout de Manche n'est pas de tout repos. Néanmoins, ils arrivent à destination, et sont reçus par Hugo. Mais, alors que Lambert attend des instructions pour mener la révolte, Hugo ne lui dit rien. Lambert comprend que, malheureusement, Hugo n'a aucunement l'intention de donner des responsabilités à ce baron de province.


Dans cette échappée loin du manoir qui au coeur de l'intrigue de Ouest, François Vallejo donne une autre dimension aux rêves du baron. Alors que ceux-ci sont toujours vus comme des possibilités lointaines, ils deviennent ici une possibilité tangible, avec la présence de l'écrivain. Mais la présence ne suffit pas, et la désillusion du baron est rendue de manière beaucoup plus sensible. La pitié éprouvée pour le baron est d'ailleurs beaucoup plus forte.


L'autre élément très intéressant de ce court texte est de voir comment François Vallejo traite la figure de Hugo. S'il est habitué aux recours à des personnalités historiques dans ses autres romans, l'auteur aborde la personnalité de l'écrivain de manière assez surprenante. Hugo n'est pas un écrivain et un homme politique de grand intérêt, mais c'est un être qui a des désirs, et qui cherche à assouvir même les plus vils d'entre eux. Cette image de Hugo, assez iconoclaste pour un maigre connaisseur de Hugo comme moi, déroute et apporte du piment à cette rencontre ratée.


Voilà donc un petit apport supplémentaire à l'œuvre de Vallejo, qui n'a pas vocation à être lu de manière indépendante, mais qui est un éclairage et un angle supplémentaire dans la lecture de Ouest.

 

Autres romans de François Vallejo : Groom, Ouest, L'incendie du Chiado, Vacarme dans la salle de bal, Madame Angeloso

 

Dérive, de François Vallejo

Ed. Viviane Hamy

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 09:40

Salim Bachi, dans ce court roman, se glisse dans la peau d'un des terroristes du 11 septembre. Exercice délicat, et si l'auteur évite les caricatures et les raccourcis simplistes, le tout n'est pas totalement convaincant.

 

Le héros du roman, si on peut l'appeler ainsi, est un jeune musulman, récemment converti. La raison de son adhésion à l'islam : une envie de tourner la page de sa vie en France, dans les banlieues. Mais sa conversion n'est pas sans critique. Il ne partage pas la foi aveugle de ses coreligionnaires, et doit à plusieurs reprises étouffer ses scrupules pour mener à bien la mission qui lui a été confiée : piloter un avion et l'envoyer dans l'une des tours du World Trade Center.

 

L'intrigue se déroule majoritairement avant que le terroriste ne prenne place dans l'avion. L'idée n'est pas de raconter comment il s'est glissé dans le cockpit, mais de faire part des questionnements internes qui secouent ce terroriste. On le suit, la veille de l'opération, entrant dans un bar ou faisant une rencontre féminine inattendue. On le voit également se souvenir de sa période de formation, en Afghanistan, pendant laquelle il a été confronté à des croyants beaucoup plus radicaux que lui.

 

Entre les lignes, on lit la thèse défendue par Salim Bachi : il existe bien entendu des musulmans radicaux, prêt à l'usage de la violence, mais ceux qui se font sauter ne sont pas les plus fidèles aux préceptes de Mahomet. A l'inverse, des musulmans modérés, dont on sent que l'auteur fait partie, sont souvent plus proches du Coran que ces terroristes qui font la une des journaux. On ressent la difficulté pour Salim Bachi de devoir partager la même religion que ceux qui se disent musulmans et se font exploser au nom du Prophète.

 

Mais l'ensemble n'est pas totalement convaincant. La thèse prend parfois le pas sur l'intrigue ou sur la narration, et la lecture est de ce fait par moment fastidieuse. Mais heureusement, le roman est court, ce qui évite de l'abandonner en route.

 

Autre ouvrage de Salim Bachi : Les douze contes de minuit

 

Tuez-les tous, de Salim Bachi

Ed. Folio

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22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 19:15

inconnue-du-terrain-vague[Billet déjà paru sur Biblioblog] A Neugate-sur-Touques, petite bourgade du Calvados, tous les regards sont tournés vers le terrain vague situé au milieu du village. Chacun a une grande idée pour qu'il devienne un centre d'attraction, et fasse ainsi concurrence à Lisieux, Pont-L'Evèque ou Caen. Le maire veut implanter un grand jardin public, les dames patronnesses une imposante cathédrale, les bouchers un abattoir,... Mais ce sont les professeurs de médecine qui ont finalement gain de cause : un sanatorium sera construit.

 

Enfin, presque gain de cause, car la mort de la caution scientifique du projet remet en cause le projet. La mort paraît accidentelle, mais les détails laissant penser à un meurtre sont nombreux. Et comme une asiatique, Dam-Van, vient d'arriver dans le village avec son cuisinier et sa servante, les villageois trouvent en elle une cible parfaite. Mais Nicolas Niel, architecte-décorateur en charge du projet, se prend d'amitié pour la belle asiatique, et fait tout son possible pour trouver le fin mot de cette énigme.

 

Pierre Véry est considéré comme l'un des inventeurs du roman de mystère, avec notamment Goupi Mains-Rouges ou Les disparus de Saint-Agil. Ici, il choisit pour cadre une petite bourgade toute droit sortie de son imagination, et il profite de cet intrigue sur fond d'affaire immobilière pour dépeindre les mœurs de ce village. L'arrivée de cette femme d'un pays lointain, l'Indochine, au moment même où deux morts suspectes ont lieu sur le terrain vague, est suffisante pour créer un climat de tension. La rationalité des habitants est mise à mal, et la folie s'empare de chacun, les uns après les autres. Les premières à céder à cette folie, ce sont les femmes, qui craignent que cette étrangère ne leur pique leur mari. Heureusement, elle peut compter sur l'appui de certains habitants, dont Nicolas Niel et les médecins, tous fascinés par cette personnalité hors norme.

 

L'intrigue passe finalement au second plan, car on se moque un peu, finalement, de savoir si le professeur a été victime d'un accident ou d'un meurtre. Le vrai sujet du roman, c'est Neugate-sur-Touques. La vie tourne autour du bar-cinéma de Malissart, qui a des mots avec le maire à propos d'un film qu'il souhaite diffuser, mais que les autorités censurent. On y découvre tous les jeux d'influence, notamment ceux des femmes de la bonne société qui, sous des masques de vertu, cachent une méchanceté inouïe.

 

L'écriture de Pierre Véry est sans fioritures. Il donne une grande place aux dialogues, et le rythme de defi classiquel'intrigue est assez relevé. Mais le plus étonnant reste que ce roman, paru en 1943 et rapidement épuisé, traite d'un sujet très à la mode à l'époque, la dénonciation et la suspicion envers ceux qui sont considérés comme différents. Une courte lecture édifiante sur le climat qui pouvait régner à l'époque.

 

L'inconnue du terrain vague, de Pierre Véry

Ed. Joëlle Losfeld

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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 20:00

http://img718.imageshack.us/img718/9344/36171499.jpgHarry Quincey habite dans une petite ville industrielle avec ses deux sœurs, Lettie et Hester. Il travaille comme dessinateur de motifs pour tissus, et l'arrivée de Deborah Brown, qui a pour objectif de moderniser la production, l'inquiète. Mais dès l'arrivée de la jeune femme, il est évident que Harry et Déborah ne peuvent que vivre une grande histoire. Tout cela n'est pas du goût de Lettie, jeune femme malade, à l'hypocondrie avérée, et elle fait tout pour garder la main sur son frère.

 

Ce film de 1945 réalisée à Hollywood par Robert Siodmak, démarre comme une gentille comédie sentimentale. Deux êtres se rencontrent et s'aiment, mais leur amour est confronté à la jalousie de l'une des sœurs de Harry. Cette trame vaut pour la première moitié du film. On suit avec intérêt l'histoire de cette famille étrange, dans laquelle les tensions sont visibles. Ainsi, Hester, la plus âgée, ne supporte pas la présence de la cuisinière qui lui refuse l'entrée de sa cuisine. Deborah découvre donc vite que tout n'est pas rose chez les Quincey. Mais la véritable source de tension, c'est Lettie. Femme indécise, frivole, aux envies qui changent chaque matin, elle sait que son frère fera tout pour la protéger, et elle en joue de manière outrancière. Elle est vraiment l'élément perturbateur de ce début de film.

 

Puis l'atmosphère bascule avec d'abord la mort du chien de la famille, puis le départ de Déborah, lassée des tergiversations de Harry qui préfère aller au chevet de sa sœur comédienne plutôt que de partir sur le lieu de leur future union. Harry apprend alors que Déborah s'en mariée à un autre homme, et sa rancœur envers Lettie, qu'il adorait, prend le dessus. Débute alors un second film,, marquée par une forme d'amoralité tout à fait réjouissante. Malheureusement, celle-ci ne va pas jusqu'au bout, et la dernière scène (visiblement ajoutée par les studios pour satisfaire le puritanisme de l'époque) fournit un renversement dont l'effet est plaqué.

 

Dans cette seconde partie, le centre d'intérêt devient Harry (Georges Sanders) : c'est à son tour de manipuler, d'assouvir son besoin de vengeance, au risque d'en faire subir les conséquences aux innocents. L'acteur est très bon dans ce rôle, et répond au très bon jeu de Geraldine Fitzgerald, qui incarne Lettie, et qui dirige le premier acte. Autour d'eux, Ella Raines (Deborah) ou Moyna McGill (Hester) ne font pas fausse note dans cette partition.

 

Un film très intéressant donc, à la fin un peu décevante et plaquée, mais qui vaut pour sa seconde partie, très jouissive, et le jeu des acteurs, parfait.

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18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 19:47

Olga, Macha et Irina, trois sœurs, vivent avec leur frère Andreï dans une grande demeure, dans une ville de garnison en province. Depuis la mort de leur père, le rêve d'Irina, la plus jeune, est de retourner vivre à Moscou, ville qu'elle et ses sœurs ont dû quitter. C'est là qu'elles pourront travailler, car, comme le dit Touzenbach, un jeune militaire qui fréquente leur demeure, rien ne vaut le travail. Malheureusement, quelques années plus tard, tout cela s'est évanoui. Andreï, le frère aux rêves pleins de musique et d'université, est devenu un mari acariâtre, dont l'épouse fait tout pour récupérer le demeure familiale. Les trois sœurs, allant de déceptions amoureuses en insatisfactions professionnelles, vivent mal cette chute sans fin...


J'ai découvert Tchekhov sur le tard, il y a seulement trois ans, mais plus je me plonge dans son œuvre, plus je suis enthousiasmé par ce qu'y trouve. Ce qui est encore plus intéressant, c'est que je suis loin d'avoir fait le tour de ses œuvres, même les plus connues. Oncle Vania ou La mouette me sont toujours étrangères.


Mais revenons à ces trois sœurs, qu'Alain Françon met ici en scène (après avoir monté la Cerisaie l'an dernier). Comme dans cette dernière pièce, l'objet central de l'intrigue est une demeure, qui est le centre de toutes les attentions. Mais alors qu'elle est dans la Cerisaie le retour aux sources, elle est ici l'endroit que l'on veut quitter. En revanche, elle stigmatise toujours la lutte de pouvoir entre ancienne aristocratie et nouvelle bourgeoise. En lieu et place d'un ancien moujik dans La cerisaie, c'est ici Natalia Ivanovna, la femme d'Andreï, jeune bourgeoise parvenue et sans style au début de la pièce, qui prendra le contrôle et évacuera les anciens locataires.


Les soeurs sont seules, perdues dans cette lutte qu'elles ne souhaitent pas mener. Alors que les autres se positionnent et manigancent, elles ne pensent qu'à s'amuser et à rêver à des temps meilleurs. Même l'incendie qui ravage leur village ne leur permet pas de prendre du recul et de s'assumer un peu plus. Le grand repas avec tous les invités, en particulier le médecin qui vit sur place ou les militaires qui cherchent à leur plaire, est le symbole de cette insouciance. Elle est d'ailleurs partagée par Touzenbach, qui quittera son poste de militaire pour aller à la quête du travail, qu'il voit comme une activité presque romantique. A l'inverse, le cynique et brutal Saliony, qui convoite comme Touzenbach Irina, ne se laisse pas bercer par ces douces illusions.


La mise en scène d'Alain Françon est sobre, très classique et inspirée de (voire calquée sur) celle de Stanislavski, qui a créé la pièce à Moscou en 1901. Il donne toute leur place aux acteurs, qui ne se font pas prier pour le prendre. Le trio des trois soeurs, Florence Viala, Elsa Lepoivre et Georgia Scalliet, fonctionne très bien, et à leur côté, des duos se forment et marquent par leur présence. Il y a tout d'abord le duo amoureux Michel Vuillermoz – Elsa Lepoivre (déjà Comte et Comtesse dans Le mariage de Figaro), et le duo des militaires rivaux, Eric Ruf parfait en cynique Saliony et Laurent Stocker très juste en militaire rêveur. A leurs côtés, le reste de la distribution est très bon, avec notamment Guillaume Gallienne, Michel Robin ou Coraly Zahonero, à gifler dans son rôle de peste arriviste.


Une bien belle soirée donc, dans une mise en scène qui si elle ne révolutionne pas le genre, met en valeur ce très beau texte et ces très bons comédiens.

 

Autres pièces de Tchekhov : La cerisaie, Ivanov

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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 16:50

Rosa et José Maria, deux émigrés colombiens, vivent de petits boulots en Espagne. José Maria est ouvrier dans le bâtiment, et Rosa domestique dans une famille bourgeoise. Ils s'aiment, mais leur relation est mise en péril par le caractère sanguin (c'est peu dire) du jeune homme. Dans un accès de colère, il tue accidentellement son chef de chantier. Il se réfugie alors dans la maison où travaille Rosa, sans qu'elle le sache. Il sera alors témoin de la vie de cette maison, découvrira les habitudes des bourgeois chez qui il vit, et fera tout pour rester le plus longtemps caché.

 

Le début du film est une rapide exposition de la situation, pas totalement convaincante. On suit ces deux émigrés, dont on imagine qu'ils se sont rencontrés à cause de leur provenance géographique commune. Ils ne se connaissent que depuis peu, et lorsque José Maria fuit pour échapper à la police, Rosa n'a aucun élément pour savoir où il est. Elle se retrouve donc seule, dans cette grande maison, avec ses espoirs enfouis et sa vie de domestique.


Commence alors véritablement le film, dont le sujet central est la vie de cette maison. Une fois entré, on n'en sortira pas, hormis une échappée au bord de la peur pour permettre aux dératiseurs de faire leur travail. Moment qui permet d'ailleurs une très belle scène, dans laquelle les ouvriers de dératisation font penser aux cavaliers de l'apocalypse, avec leur attirail et la brume qu'ils répandent.

 

Cette maison, c'est celle de Marimar Torres, la maitresse de maison qui fait tout pour oublier son penchant pour l'alcool. Elle essaie d'être douce, compréhensive avec Rosa alors que son mari a un rapport aux relations de classe plus ancien : il n'hésite à parler de Rosa à la troisième personne alors qu'elle est dans la pièce. C'est aussi le repère d'Alvaro, le fils aîné qui vit aux crochets de ses parents et qui lui n'a pas abandonné sa relation avec la bouteille. Tout ce petit monde gravite autour de Rosa, et des événements qui marqueront sa vie.


Le huis-clos instauré par Sebastian Cordero fonctionne très bien. La caméra visite les moindres recoins de la demeure, permet aux spectateurs d'en connaître tous les espaces. La proximité de ces personnages, qui n'ont rien à voir les uns avec les autres, crée un climat de tension tout à fait efficace. Si la mise en scène ou certains passages de l'intrigue sont un poil démonstratifs, l'ensemble est très prenant, et on s'attache très vite à Rosa, à sa vie et son désarroi. Quant à José Maria, on le suit, tel un rat dans son trou, qui tente de se dépêtrer de cette situation improbable. Le tout est servi par des acteurs assez intéressants, et une bonne bande originale. Un film hispano-colombien que je recommande donc.


L'avis de Pascale.

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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 07:59

Pierre, Paul et Hélène étaient amis, de très bons amis, il y a 20 ans. Ensemble, ils ont acheté une maison à la campagne. Aujourd'hui, Pierre est l'unique locataire, et verse un loyer à Paul et Hélène. Mais cette dernière a envie de vendre pour récupérer l'argent investi. Les trois amis se retrouvent donc pour discuter de cette éventualité. Mais le temps a passé, ils ne se sont pas vus depuis longtemps, et les rancoeurs sont tenaces. Sous les regards d'Antoine, le mari d'Hélène, de Lise, leur fille, et d'Anne, l'épouse de Paul, les trois protagonistes rejouent leur histoire.

 

J'ai une tendresse particulière pour cette pièce de Jean-Luc Lagarce, car ce fut l'un de mes premiers coups de coeur théâtral. J'y avais assisté au théâtre 71 de Malakoff, et le collectif DRAO (acronyme de Derniers remords avant l'oubli) avait investi le foyer du théâtre. Ici, le collectif In vitro prend place sur la scène du Studio-théâtre d'Asnières, dans un décor minimaliste qui laisse toute la place aux comédiens.

 

Ce qui m'attire, dans cette pièce, c'est la confrontation des caractères des différents personnages. Chacun a une personnalité bien trempée, et c'est leur opposition qui donne toute sa profondeur et sa densité à la pièce. Pierre (Eric Charon) est celui qui est resté dans la maison commune. Professeur dans un collège, il estime incarner la fidélité aux idéaux de jeunesse. Cette radicalité est sensible dès les premiers mots prononcés, en particulier lorsqu'il est exaspéré par le mot "taciturne" qu'utilise Hélène à son égard. Hélène (Julie André) est quant à elle devenue mère de famille. Visiblement en difficulté financière, elle compte sur cet argent mais n'arrive pas à expliquer les raisons qui la poussent à demander la vente de la maison. Accompagnée de sa fille, Lise (Annabelle Simon), qui tente de s'imposer dans ce monde d'adultes mais qui refuse de jouer leur jeu, et d'Antoine (Olivier Faliez), son mari bonasse qui ne comprend pas toujours les réactions de son auditoire, elle est une pile électrique que rien ne peut calmer, et qui finira par perdre son sang-froid. Elle avait anticipé toutes les réactions de Pierre, et refuse la moindre indulgence à son égard. 
 

Paul (Gwendal Anglade), lui, est au milieu. Indécis, sans caractère fort, il essaie d'arranger les morceaux et laisse les deux autres se disputer au sujet de la maison. Il essaie de ménager l'un et l'autre, mais son passé commun avec Hélène et son amitié forte avec Pierre ne l'aident pas forcément. Cette dernière est d'ailleurs sujet de reproche pour Hélène, qui estime qu'il n'avait pas à tout raconter à Pierre. Paul est venu avec Anne, sa femme (Agnès Ramy), persuadée d'avoir déjà rencontrée Pierre alors qu'il est incapable de s'en souvenir. Un peu délurée, elle tente de s'imposer, elle aussi, mais son côté femme légère, parfois naïve, fait qu'elle reste à l'écart du groupe.

 

Julie Deliquet, dans cette mise en scène très sobre, offre toute la place aux acteurs, et elle a plutôt bien fait car ils sont effectivement très bons. En quelques secondes, ils arrivent à changer d'expression, de sentiment, passant du reproche à l'agacement, ou de la bonhomie à l'incrédulité. Pour cette deuxième rencontre avec cette pièce, ce fut un moment très réussi.

 

Le spectacle a fini d'être joué à Asnières, mais il sera repris, en octobre-novembre, au théâtre Mouffetard (Paris 5eme) puis en mai à Vanves. A découvrir !

 

Autres pièces de Jean-Luc Lagarce :  Juste la fin du monde, L'apprentissage, Nous les héros

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 23:48

Après une carrière dans la police, Matt Shannon a pris un boulot de chef de la sécurité dans une compagnie de transatlantiques. Ce travail n'est pas trop éreintant, d'autant que Matt n'y accorde pas une vigilance extrême. Sa route va croiser celle de Jack Fontana, un ancien collègue. Le souci, c'est que Fontana sort de prison, et que ses intentions ne sont pas toutes honnêtes. Après avoir fait exploser un bateau, sans faire de victime, dans le port de Miami, il embarque Matt et quelques uns de ses amis à bord d'autres embarcations, avec pour objectif de détourner un navire de croisière.

 

L'intrigue, par certains aspects mais également par le caractère farfelu, déjanté et parfois illogique des protagonistes, évoque les romans de Westlake mettant en scène Dortmunder. Ici, on retrouve Matt, embringué dans une histoire dont il ne connaît quasiment rien, si ce n'est qu'il doit obéir aux ordres de Fontana pour des raisons anciennes. A ses côtés, ses camarades ne sont pas tous des flèches et certains laisseront leur peau dans l'assaut du bateau de croisière. Julia, call-girl, accompagne également le groupe.

 

Malheureusement, je trouve que l'ensemble manque de liant. Si la première partie, consacrée à la mise en place du coup et sa réalisation, est assez enlevée, avec plus ou moins de péripéties et une longue digression pas inintéressante mais dont on se demande ce qu'elle vient faire là, j'ai trouvé que la deuxième partie du roman se traînait un peu. La confrontation de Matt, Julia et Myriam Benages, la baronne de la drogue qui veut coûte que coûte récupérer sa mise, est traitée de manière trop légère pour être crédible. On ne ressent pas vraiment la peur qui devrait étreindre Matt et Julia, et la méchante de l'affaire ne reste qu'un ectoplasme dont on a du mal à saisir la dangerosité.

 

Globalement, le problème que j'ai eu avec ce roman est un manque d'envie de connaître la vie de ses personnages, de les suivre dans leur histoire. Beaucoup de choses sont laissés dans l'ombre et ce qui pourrait créer du mystère laisse la place à un manque d'intérêt de ma part. Alors, le tout se lit sans déplaisir, mais il manque de folie et de profondeur à cette histoire pour qu'elle accroche véritablement le lecteur.

 

Je remercie néanmoins Bob, qui m'a fait parvenir ce roman, et qui recensera bientôt les billets des autres lecteurs.

 

Fever, de Sean Rowe

Traduit de l'anglais par Philippe Loubat-Delranc

Ed. Buchet-Chastel

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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 19:45

James Miller, essayiste anglais, présente dans une ville de Toscane son dernier ouvrage, Copie conforme. Il y traite des copies dans l'art, et de leur statut qu'il considère comme supérieur. Lors de son séjour, il rencontre une jeune femme avec qui il échange sur son ouvrage. Mais rapidement, leur discussion quitte le domaine artistique pour traiter de problèmes bien plus intimes.


Le film est, dans sa première partie, très bavard. On ne cesse d'entendre les protagonistes parler, James pendant sa conférence, elle avec son fils (passages assez mauvais, d'ailleurs) ou avec James. Hormis pendant la scène d'ouverture, on croule sous les mots. On dirait du Rohmer, époque Ma nuit chez Maud, mais en moins intéressant. Car voir James signer des autographes sur des bouquins alors qu'elle conduit la voiture n'a vraiment rien de passionnant. Heureusement que les paysages toscans, aperçus furtivement, permettent d'échapper à ce huis clos voiturier. Ensuite, les suivre dans un musée à la recherche d'une copie d'une fresque d'Herculanum n'est pas beaucoup plus enthousiasmant.


Mais, au milieu du film, cela s'arrange. Une scène dans un bar, avec une longue discussion entre elle et la tenancière de l'établissement, montre enfin les failles du personnage incarné par Juliette Binoche. Ensuite, on découvre ce couple sous un oeil neuf. On vit avec eux leur vie passée, les reproches qu'ils ont à se faire, entre l'absence de l'un et la faiblesse de l'autre. Quelques scènes, comme celle dans la trattoria ou celle autour de la statue, permettent de donner un coup de fouet au film.


 Mais dans l'ensemble, Copie conforme est un film assez bancal, parfois lassant, par moment plus prenant, mais qui n'a pas de quoi stimuler le spectateur. Côté acteur, Juliette Binoche et William Shimmel s'en sortent bien, et l'apparition de Jean-Claude Carrière est assez plaisante. Mais Abbas Kiarostami passe un peu à côté de cette étrange histoire d'amour décousue en pays toscan.

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8 juin 2010 2 08 /06 /juin /2010 18:25

Benjamin était un écrivain à succès, et son suicide a ébranlé sa famille et ses amis. Deux de ses amis proches, Ronan et Ninon, sont devenus légataires de son œuvre, notamment de son journal intime qu'il n'avait auparavant montré à quiconque. Mais ce journal, caché, convoité ou symbole d'une vie qu'on veut oublier, est au cœur de la vie des proches de Benjamin Lorca, malgré eux. Ce sont eux qui vont nous parler de Benjamin, à différentes époques de leur vie, par le biais de ce journal. C'est par les yeux de Ninon, son ancienne petite amie, Ronan, son frère et son éditeur qu'on découvre la personnalité de celui qui a disparu. Mais également une part de chacune de leur vie.

 

Le dernier roman d'Arnaud Cathrine est un roman choral, donnant la parole à quatre individus ayant côtoyé Benjamin de près, et ayant eu avec des liens plus ou moins forts. A ceci près que chacun s'exprime dans un temps particulier. Si Edouard, l'ami éditeur qui tente par tous les moyens de faire publier le fameux journal intime, parle 15 ans après le suicide de Benjamin, Ninon s'exprime de son côté juste après le décès. Le changement de narrateur entraîne un changement temporel, ce qui rend la construction du roman particulièrement intéressante et brillante. Temporalité d'ailleurs sensible dans la narration elle-même, car elle se fait de plus en plus dure, de plus en plus hachée au fur et à mesure que le temps entre narration et décès diminue.

 

Au-delà de la construction, le roman permet de nous faire découvrir les proches de Benjamin, chacun avec son angle de vue. Le plus poignant est certainement celui du petit frère, qui a grandi dans l'ombre de celui qui est parti à Paris vivre sa vie d'artiste, alors que lui végète dans son métier d'enseignant à Caen. Son frère, qui lui rend parfois visite chez ses parents qui possèdent une maison près de Deauville, il le perçoit comme distant, attendant de sa part un geste de sympathie, de compassion envers lui, le petit. Personnage intéressant et complexe que celui de Martin.

 

Les trois autres narrateurs nous parlent de Benjamin vu du côté amical et professionnel, en particulier Ronan, mais aussi amoureux, avec pour l'un un amour qui a été vécu intensément et pour l'autre un amour resté fantasme. Le parallèle entre ces histoires, qui nous parlent du même homme, est frappant. L'idée commune à tous est de réussir à conserver un peu de la mémoire de Benjamin, que ce soit en récupérant le maximum d'objets chez lui avant le passage des huissiers ou en assurant une postérité littéraire à ses écrits. Mais si les objectifs sont communs, les tensions existent.

 

Arnaud Cathrine signe donc un très bon roman autour de cet écrivain, qui a connu le succès et qui s'est essayé, avec Ronan, au spectacle sur scène. C'est d'ailleurs un point commun étonnant entre Benjamin et l'auteur, qui a également joué sur scène avec Florent Marchet. Espérons juste qu'il ait un destin moins tragique...

 

Autre roman d'Arnaud Cathrine : Frère animal (avec Florent Marchet), Les vies de Luka

 

L'avis de Juliette (libraire aux Buveurs d'encre), Antoine, Lau, Angel-a

 

Le journal intime de Benjamin Lorca, d'Arnaud Cathrine

Ed. Verticales

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