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27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 19:10

damourAvec un bac+5 en poche, Julie Bataille n'arrive pas à trouver un boulot stable. Elle essaie différents emplois, tous plus précaires les uns que les autres : assistante dans une boîte de communication et baby-sitter contre son gré pour le patron le dimanche, vendeuse en porte à porte de revues, employé huit heures par semaine dans un labo photo... Lors d'un essai filmé, elle fait la rencontre de Ben, un jeune homme qui vit au jour le jour, et qui lui propose de passer quelques jours avec elle dans une maison qu'il retape dans le sud. Alors, quand elle réalise que sa vie parisienne et familiale est de plus en plus instable, elle prend ses cliques et ses claques et va retrouver Ben...

 

Quel joli film que l'histoire de cette jeune femme, en difficulté dans sa vie professionnelle, qui tente envers et contre tout de résister aux pressions qui l'entourent, mais qui ne s'en sort pas. Ses expériences sont calamiteuses, et il faut dire qu'elle tombe sur des individus aux habitudes assez étranges. Son premier entretien, dès le début du film, donne le ton. Une femme, élégamment habillée, lui présente succinctement son poste, avant de faire l'éloge du patron qui a une hygième irréprochable, car il ne fume pas ni ne boit. Et la seule solution pour Julie de s'imposer, c'est de dire oui à tout, même au dimanche à Disneyland, alors qu'on ne cesse de lui mettre des bâtons dans les roues.

 

La première partie du film, sur les pérégrinations de Julie dans le monde du travail, est très réussie. Avec quelques intermèdes dans sa vie privée dans laquelle elle récolte quelques billets après avoir passé une nuit avec des hommes de passage, on réalise que Julie est toujours en train de compter. Elle a du mal à payer son loyer, et ses relations familiales sont complexes. Son père vit seul, tel un ermite, et sa mère est liée avec son frère pour qu'elle trouve du travail. Mais pas n'importe quel travail : celui que son frère s'est démené pour trouver, et qu'elle a quitté. Ce qui donne lieu à une scène familiale glaçante autour d'un barbecue, car chacun se dévoile, et parfois violemment.

 

Heureusement, il y a Ben, jeune homme insouciant, qui offre quelques escapades forestières et tranquilisantes à Julie. Si la deuxième partie du film, dans le sud, est un peu moins convaincante, La réalisatrice Isabelle Cazjka a tellement bien travaillé la première partie qu'on accepte facilement les quelques événements surprenants. Surtout, elle bénéficie des très bonnes interprétations de Pio Marmaï et d'Anaïs Demoustier, formidable dans le rôle de cette jeune adulte perdue, qui tente de s'accrocher à ce qui lui reste mais qui voit ses appuis disparaître les uns après les autres.

 

Un film sensible, très juste sur le monde du travail et les répercussions personnelles de ces difficultés sur un jeune qui tente d'y entrer. Par petites touches, Isabelle Cazjka et Anaïs Demoustier imposent leur personnage, qui reste longtemps en mémoire. Julie Bataille n'est pas un personnage qu'on oublie facilement...


L'avis de Pascale

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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 19:08

voyage a perrosAnne a 13 ans. Elle a quitté le domicile de ses parents sans leur autorisation pour aller voir son grand-père. Elle a fait seule le voyage entre Paris et les Côtes-d'Armor, où a toujours habité son grand-père. Mais cette visite n'est pas simplement due à la courtoisie. Une question taraude Anne, et elle pense que son grand-père est le seul à pouvoir la rassurer.


L'idée du roman, c'est la rencontre de deux personnes de la même famille qui ne se connaissent que peu, séparées par l'âge et la distance. Le grand-père est seul, et la visite surprise de sa petite-fille est l'occasion pour lui de retrouver un peu de sa jeunesse. Il offre à Anne un dîner de réveillon dans le grand restaurant d'à-côté et la soirée se termine par une balade sur la plage, les pieds dans l'eau et sous les étoiles (c'est d'ailleurs l'une des jolies scènes de ce court roman).


L'ensemble n'est pas renversant ni follement novateur. Mais l'histoire entre Ambroise et Anne, liés par une question dont on se doute de la réponse bien avant la fin du roman, est surtout le prétexte pour Jacques Thomassaint à décrire le paysage breton et la vie de cet homme solitaire, qui vit avec le souvenir de son épouse décédée. C'est un peu cousu de fil blanc, mais je me suis laissé porté par cette petite escapade bretonne.

 

L'avis d'Emmyne, peu emballée, et ceux des autres membres de la chaîne, pour ce roman proposé par Bladelor.


Le voyage à Perros, de Jacques Thomassaint

Ed. du Petit Pavé - Obzor

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23 août 2010 1 23 /08 /août /2010 23:15

belle et bete

Voici un excellent petit roman policier. En quelques lignes, Thierry Jonquet parvient à instiller une tension, à installer une atmosphère pleine de mystère et d'angoisse. Si vous avez l'occasion de découvrir ce court roman, il ne faut pas vous en priver.


Tout commence par l'enterrement, sur les falaises normandes, du Coupable. Rolland Gabelou, en charge de l'enquête sur les crimes qu'il a commis, y assiste, et tente de se dépêtrer des pattes de l'Emmerdeur, un assureur qui tente de mettre sur le dos du Coupable d'autres crimes que celui pour lequel il a été accusé. L'enquête de Gabelou se fait avec l'aide de Léon, un vieux, moche et sans le sou, qui avait trouvé refuge chez le Coupable. Au fil des discussions avec le commissaire, Léon fait part de sa vie chez le Coupable, et dévoile les secrets de leur cohabitation.


Dans ce récit à deux voix, avec Gabelou et Léon, Thierry Jonquet parvient à jongler avec brio entre mystère, intrigue et dévoilement des événements. Surtout, ce qui est magistral, c'est l'ambiance qui happe le lecteur dès son entrée dans le roman. L'enterrement donne le ton, et les passages dans les locaux de la préfecture de police sont également très bien rendus. Mais les moments les plus forts et prenants (dans tous les sens du terme, car il faut parfois s'accrocher) sont ceux où Léon se dévoile. Il y raconte la passion du Coupable pour les chemins de fer miniatures, qui occupaient tout l'appartement et qui avaient fait du couloir un canyon. Avec sa grande naïveté, il décrit l'engrenage qui a fait plonger le Coupable dans le crime. Au départ, une banale affaire domestique, mais qui devient le début d'une paranoïa prononcée.


Je n'en dirai pas plus, sinon que c'est vraiment un roman que je recommande vivement, et en en sortant, vous ne verrez plus les sacs poubelle de la même façon...

 

Autre oeuvre de Thierry Jonquet : La vie de ma mère Face A / Face B (avec Chauzy)

 

La Bête et la Belle, de Thierry Jonquet

Ed. Folio - Policier

 

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19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 10:01

cite des jarresAvec son premier roman, Arnaldur Indridason a frappé fort, et a fait entrer son héros, le commissaire Erlendur, dans le cercle très fermé des policiers qui comptent dans le monde littéraire. Car La cité des jarres n'est que le début des aventures du policier islandais.

 

Tout commence par la découverte d'un cadavre, dans un pavillon de la banlieue de Reykjavik. Un crime dont le commissaire pense qu'il est gratuit, comme beaucoup de crimes islandais. Mais en se penchant sur la personnalité de la victime et sur son passé (en particulier dans son ordinateur), il va découvrir que les causes de ce meurtre sont beaucoup plus sordides qu'il ne le pense.

 

Alors, j'avoue être resté un peu sur ma faim avec ce roman. Indridason est excellent pour rendre l'ambiance de l'Islande, ce pays froid, avec un temps souvent humide. L'obscurité, l'aspect glacial de ce pays sont parfaitement décrits, tout comme l'aspect géographique de l'île, avec ses volcans et ses routes accidentées. Tout comme il rend très bien l'écoeurement de ses personnages face aux odeurs étranges et suspectes qu'ils découvrent chez la victime. C'est le point fort du roman, et tant mieux, car c'est généralement ce qui me parle le plus dans les polars.

 

Malheureusement, j'ai trouvé l'intrigue un peu légère. Si elle permet une plongée dans les moeurs de ces villages où tout le monde se connaît mais dans lesquels personne ne se confie jamais complètement, si la raison du meurtre renvoie à un événement dont les conséquences sont ici assez bien dépeintes, j'ai longtemps attendu cette cité des jarres du titre, qu'on ne découvre que tardivement et qui n'a finalement qu'un faible intérêt dans l'intrigue.

 

Je crois aussi que je suis assez lassé des personnages de commissaires seuls (ou presque), assez renfemés et bourrus. Erlendur vit avec sa fille junkie, dont il ne sait jamais si elle sera présente à la maison ou non, et n'a aucune nouvelle de son fils. Je trouve que cette image du flic seul, perdu dans sa vie privée comme dans le début de ses affaires, est une habitude du genre qu'il est parfois bon de dépasser. Indridason tente de le faire, en donnant à Erlendur des enfants, mais ne pousse pas sa (petite) trangression assez loin pour moi.

 

Un polar plaisant, qui vaut surtout pour le cadre de son intrigue, dans un pays qui nous est largement inconnu, l'Islande, avec ses nuits interminables, ses volcans, sa petitesse et ses meurtriers. Mais Erlendur ne m'a pour l'instant pas convaincu de le suivre dans ses aventures.

 

Au passage, je tiens à remercier la collègue qui m'a permis de faire la rencontre avec cet auteur dont on parle énormèment !

 

La Cité des jarres, de Arnaldur Indridason

Traduit de l'islandais par Eric Boury

Ed. Points policier

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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 07:05

un theatre qui marche

[Billet déjà paru sur Biblioblog] Philippe Fenwick a décidé d'aller sur les chemins, avec sa troupe de théâtre, pour rencontrer ceux qui habitent loin de toute salle de spectacle, ou qui ne savent pas qu'il en existe une à coté de chez eux. Ils ont décidé de joindre leurs différents lieux de représentation à pied. Mais ne lui parlez pas des tréteaux de Molière, car il a envie de parler du théâtre au présent, et non de se référer constamment aux glorieux anciens.

Philippe Fenwick est comédien. Il a joué avec des metteurs en scène reconnus, dans des pièces du Répertoire. Mais, confronté à un public qu'il trouve enfermé dans ses certitudes et des programmateurs qui se renvoient l'ascenseur, il a choisi une autre voie pour s'exprimer. Avec quelques comédiens, et une logistique impressionnante, au sein de la Compagnie du théâtre de l'Etreinte, il a choisi d'aller là où le théâtre conventionnel (et conventionné) ne va pas. Soit dans des petits villages, dans des salles improvisées dans des granges, où la rencontre avec le public ne se limite pas au seul spectacle, et se poursuit parfois tard dans la nuit autour de spécialités régionales. Mais en se déplaçant, comme les autres comédiens, à pied.

Ces marches l'ont amené à traverser la France, de Dunkerque aux Saintes-Marie de la Mer, puis de Barcelone à Bruxelles. A chaque fois, leur parcours est émaillé de multiples étapes, lieu où ils sont attendus. Enfin, pas toujours, car certains maires qui ont acheté leur spectacle 50 euros ont parfois oublié leur venue, et le public est de fait très réduit. Chaque arrivée dans un nouveau lieu est l'occasion de rencontres mais aussi d'inquiétudes, car les impondérables ne manquent pas. Certaines comédiens perdent le fil de leur marche dans les Pyrénées, parfois ce sont les villageois qui s'opposent à la représentation d'une pièce dans leur église.

Si les conditions de travail des comédiens semblent honnêtes, avec à chaque étape l'installation et le démontage des décors par toute une troupe d'assistants ou de compagnons rencontrés au bord de la route qui les suivent pour quelque temps, leurs conditions de vie sont plus modestes. Ils dorment sur des lits de camp, souvent dans la salle communale ou le foyer rural où ils ont joué, dans des endroits parfois très petits.

On ressent chez l'auteur une forte envie de vivre autrement le théâtre. Il a une dent contre les théâtres fermés sur eux-mêmes, qui ne vivent que par les venues des élèves poussés par leurs professeurs ou leurs abonnés qui se recrutent presque exclusivement chez ces derniers. Il fustige les programmations qui écartent le public non habitué des lieux, et qui ne viendra pas, intimidé par l'endroit ou peu attiré par des spectacles qui ne lui parlent pas. Philippe Fenwick en profite également pour prendre son temps, loin de la folie et de la rapidité ambiante, et se régale des paysages de l'Ariège ou de la Lozère. Si une pointe de rusticité lui vient parfois, il réalise rapidement que ce qu'il décrit est peu viable dans des régions désertées par les commerces et les services publics.

Un journal de voyage, non chronologique, qui incite à réfléchir à notre position de spectateur, surtout pour des habitués de la scène. Philippe Fenwick a en tout cas décidé de poursuivre dans cette voie, puisqu'il a décidé de monter un nouveau projet qui ira de Brest à… Vladivostok ! Un fort beau voyage en perspective.

Un théâtre qui marche, de Philippe Fenwick
Ed. Actes Sud - collection Le préau.

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15 août 2010 7 15 /08 /août /2010 07:15

En ce dimanche du 15 août, il faut marquer le jour férié qui passe inaperçu cette année. Donc un billet un peu spécial, inspiré d'une coutume de la dame de coin-là qui en a souvent de bonnes, des idées. Voici donc une liste de dix auteurs que j'apprécie particulièrement, et que je préfère ne pas classer selon un ordre précis. Allez, c'est parti !

 

- Annie Ernaux : certaienement l'une des auteurs les plus intéressantes de l'époque, même si cela fait plus de 30 ans qu'elle écrit. Elle a une manière particulière de raconter des événements marquants qui, si elle peut laisser quelques lecteurs indifférents, me touche profondèment. Et que dire de Les années, ce merveilleux roman chronologique qui réussit à faire la passerelle entre mémoire individuelle et collective.

 

- François Vallejo : l'autre auteur dont j'achète les ouvrages les yeux fermés. Ce qui est surprenant chez François Vallejo, c'est la faculté qu'il a à varier les styles d'écriture et les sujets, tout en restant (presque) toujours passionnant. Découvert avec Groom (mon préféré, car le premier ?), mais talent confirmé avec Ouest ou Vacarme dans la salle de bal

 

- Régis Jauffret : voilà un auteur avec lequel j'ai une relation étrange. Ces livres sont parfois dérangeants, peu agréables à lire en raison des sujets qu'ils abordent. Néanmoins, il ya dans l'écriture un style, une musique qui fait que j'accroche à ces histoires glauques et morbides. Et qui fait que je reviens régulièrement à Jauffret.


- Marguerite Yourcenar : Ma rencontre avec Marguerite Yourcenar est encore limitée, mais la lecture des Mémoires d'Hadrien justifie à elle seule sa présence dans cette liste. Un roman fabuleux, qui me pousse à découvrir plus avant l'oeuvre de Marguerite, mais je n'ai pas encore pris le temps. Le projet n'est toutefois pas abandonné.

 

- Emile Zola : Présence obligatoire, car à l'origine de mon défi personnel de lire la série des Rougon-Macquart. Au rythme d'un par an, je tiens. Et si quelques romans sont plus faibles (La faute de l'abbé Mouret, par exemple), c'est toujours un plaisir de se plonger dans l'écriture de Zola.

 

- Dennis Lehane : le premier étranger de cette liste. Lehane, c'est d'abord une rencontre par le cinéma, avec Mystic River, avant de plonger dans ses romans. Si Shutter Island est une meveille de construction diabolique, j'attends avec impatience la suite de son dernier roman, Un pays à l'aube, qui permettra de dresser une grande fresque de l'histoire de Boston.

 

- Emmanuel Carrère : Là aussi, c'est par le cinéma que j'ai rencontré Carrère, avec La moustache qu'il a lui-même réalisé. Puis plongée dans les romans. D'abord les plus récents, où l'autobiographie et le documentaire prennent le pas sur la fiction qui avait marquée ses premiers romans.

 

- Arnaud Cathrine : une découverte récente, qui a débuté là par la musique et sa collaboration avec Florent Marchet. Depuis, les deux romans de Cathrine que j'ai lu m'ont beaucoup plus, et je vais donc découvrir la suite très vite.

 

- Philip Roth : Je n'ai qu'un petit aperçu de l'oeuvre de Roth, qui se limite aux parutions les plus récentes. Mais rien que cela a fait de Roth un de mes auteurs préférés. Sa description de la ville de Newark, sous tous les angles, ses plongées dans l'histoire de son pays, permettent de découvrir les Etats-Unis sous un autre aspect. Tiens, cela fait longtemps que je n'ai pas lu Roth, et hop, dans la valise !

 

- Stefan Zweig : un dixième, et ce sera le seul auteur non francophone ou anglophone. Là, c'est un grand classique, que je découvre également petit à petit et qui me réjouit à chaque fois. Son autobiographie, le Monde d'hier, est une petite merveille, et ses nouvelles, comme Le joueur d'échecs ou La confusion des sentiments. A lire absolument.

 

Bon, il a bien fallu faire un choix, et certains n'ont pas été loin de faire partie de la liste, comme Jean Teulé, Jack London (mais je n'ai lu que Martin Eden, donc il faut que je confirme cette première attirance littéraire), Lyonel Trouillot ou  encore Tanguy Viel. Mais rien n'est définitif....

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13 août 2010 5 13 /08 /août /2010 07:08

sorciere de salemEn 1691, les colonies britanniques du nord du continent américain ne sont encore que des embryons. Composées essentiellement de protestants ayant fui l'Angleterre après le retour des rois catholiques, ce sont des petites sociétés qui mêlent immigrants et indiens, relégués au rôle de domestique. C'est dans la petite ville de Salem qu'arrive Loïs, jeune catholique qui rejoint une partie de sa famille. Elle a des soutiens à Salem, mais la famille qui l'héberge est loin d'en faire partie. Et quand la rumeur annonce la présence de sorcières sur le territoire, les nouveaux venus et les étrangers sont les premiers visés.


A partir d'un fait historique, Elizabeth Gaskell dépeint cette société très renfermée sur elle-même, les tensions qui la parcourent, en particulier religieuses. Surtout, elle décrit comment toute une communauté plonge dans l'irrationalité en condamnant à mort plusieurs villageois pour sorcellerie présumée. La première partie du roman est consacrée à l'arrivée de Loïs à Salem. Venu de Barford, elle a quitté l'Angleterre après la mort de ses parents. Elle retrouve le peu de famille qui lui reste, mais qui ne partage pas la même religion. Mais rapidement, l'exil se transforme en cauchemar. Elle habite dans une famille dont elle sent l'hostilité à son égard, bien que le fils, Manasseh, ait des attentions très différentes envers elle.


La seconde partie du roman s'attache aux accusations de sorcellerie, qui touchent d'abord les indiennes, souvent les domestiques dans les maisons des colons, puis ceux qui ne partagent la même religion. Loïs est alors accusée par Prudence, une des filles de la maison où elle loge, alors qu'aucun argument tangible ne pèse contre elle. Gaskell décrit minutieusement les moyens utilisés par la justice pour extorquer des aveux, avant de condamner lourdement les accusés qui n'ont aucun moyen de s'en tirer.


Si l'histoire de sorcellerie prend du temps à s'installer, la première partie du roman n'en est pas moins intéressante, avec cette présentation des colonies britanniques, et les relations complexes qui eronde.jpgxistent entre tous ces citoyens. En particulier, la querelle entre l'ancien et le nouveau pasteur est assez révélatrice de cette tension qui parcourt toutes les relations. Un roman très intéressant, ma foi, et qui est é  galement très bien écrit et traduit (même si la traduction, par deux auteurs différents, me semble meilleure, au niveau littéraire, dans sa première partie). Une plongée instructive et terrifiante dans les milieux  puritains des débuts des colonies britanniques.

 

L'avis d'Emmyne (je n'ai pas le courage d'aller chercher les précédents) pour ce roman proposé par Isil.

 

La sorcière de Salem, d'Elizabeth Gaskell

Traduit de l'anglais par Roger Kann et Bertrand Fillaudeau

Ed. José Corti

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11 août 2010 3 11 /08 /août /2010 07:50

Fait rarissime, je suis allé voir ce film deux fois. Et mal m'en a pris. Car si j'étais inceptionenthousiaste à la sortie de la première projection, cela est retombé assez violemment à l'issue de la seconde.

 

Mais prenons les choses dans l'ordre. Dom Cobb est un extracteur : il peut extraire de l'esprit d'un quidam ses rêves, et intervenir à l'intérieur. Mais lorsqu'on lui propose d'insérer une idée par le biais des rêves (faire une incpetion, donc), cela se complique. Car l'inception est beaucoup plus complexe que l'extraction.

 

Alors, pour ce qui de l'enthousiasme de la première fois, je dois dire que cela doit beaucoup à l'empathie que j'ai pu avoir pour les héros de cette histoire abracadabrantesque. Tous ont leurs raisons pour agir comme ils le font, et comme il n'y a pas de véritable méchant (ou alors pas identifié), j'ai éprouvé beaucoup de sympathie pour cette équipe de pros, et cela de Cobb, le leader, au chimiste Yussuf qu'on voit finalement très peu. Le casting est au petits oignons, avec un Di Caprio douloureux à souhait, Ken Watanabe cynique au possible, Cillian Murphy parfait en cobaye guindé, Thomas Hardy et Joseph Gordon-Levitt en duo électrique et les demoiselles Cotillard et Page qui ajoutent à ce casting réussi.

 

Ensuite, j'ai pris cela comme un vrai film d'action, qui avait un a priori intéressant (la manipulation des rêves), qui aurait certes pu être exploité plus profondément mais qui n'a pas posé problème plus que cela.

 

Et là, je crois que c'est mon drame, je suis tombé dans la volonté de chercher une explication au film. Et pour cela, une seule solution, revoir le film. Et c'est là que le bât blesse, car cette deuxième vision m'a fait sauter aux yeux toutes les astuces scénaristiques utilisées par Nolan pour instiller le doute chez les spectateurs. Que ce soit une alliance qui est parfois là, d'autres non, des phrases sibyllines ou un plan final malicieux, on ne peut que se rendre compte de ces choix un peu trop appuyés pour être vrai.

 

L'autre problème, c'est qu'on se rend compte du déséquilibre entre un début onirique réussi, où Nolan tente d'utiliser le rêve dans le scénario, et une deuxième partie qui tourne au James Bond, même si les scènes dans l'hôtel sont très réussies. Disparités qui posent aussi des questions sur le mécanisme de l'inception et de l'extraction (quel est le rôle des totems ? Pour ma part, je pense que c'est une mystification pour convaincre Ariane de les suivre, et ils ne servent donc à rien). Nolan ne les explique jamais vraiment, ce qui laisse assez de flou pour alimenter toutes les discussions (superfétatoires d'après moi, car je suis quasiment certain que seul ce qui est présenté dans le film peut se justifier sur tous les plans du scénario).

 

Voilà donc un film dont j'allais volontiers faire la pub, avant d'être beaucoup moins emballé. En fait, je vous conseille d'aller le voir, mais une seule fois. Et s'il reste des zones d'ombre, gardez-les pour vous et n'essayez pas de les combler, car c'est le début soit d'une désillusion, soit de discussions interminables qui ne connaîtront jamais de fin. Mais pour la maetria de Nolan et certaines scènes du film, je vous incite tout de même à y aller !

 

Les avis de Pascale (qui l'a vu deux fois, et que ça n'a pas gêné), et Thom (très réservé. Pour une fois qu'il parle cinéma !)

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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 14:01

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/Grandes110/6/9/6/9782846812696.gifAvant de partir en vacances, début juillet, j'ai assisté à une des dernières représentations du spectacle de Guillaume Gallienne, loué partout et en particulier ici (je remercie d'ailleurs l'auteur de ce billet, qui m'a incité à prendre les places). Et je comprends tous les éloges qui entourent ce spectacle, car c'est vraiment un très bonne production.

 

Guillaume Gallienne revient, en solo et pendant 1h30, sur certains événements marquants de sa vie, qui on fait de lui l'homme et l'acteur qu'il est devenu. Au centre de cette introspection publique se trouve la figure de sa mère, qui n'a pas considéré Guillaume au même titre que ses autres fils, en lui attribuant toutes les caractéristiques d'une petite fille. Ce qui a créé chez Guillaume une attirance involontaire vers tout ce qui est féminin : jouer à Sissi dans sa chambre est un de ses moments favoris, et le sport viril n'est pas pour lui. Longtemps, on a d'ailleurs considéré, malgré lui, qu'il était homosexuel. Par la suite, on découvre les péripéties de Guillaume dans une pension anglaise, chez les psychologues au début de son service militaire, à Munich lors d'un séjour en balnéo ou lors de ses expériences homosexuelles peu concluantes.

 

L'aspect marquant du spectacle est la distance qu'a réussi à prendre Guillaume Gallienne avec ces événements traumatisants. Il a fait le choix de les porter sur scène, ce qui est un premier pas, et le choix encore plus fort d'en rire, et on rit avec lui dans ce spectacle. Enormément. Avec un décor très simple, et quelques accessoires (dont un lit, qui est au coeur de la pièce), il réussit à mettre en place un univers et des paysages dans lesquels le spectateur plonge sans hésitation. Guillaume Gallienne confirme tous son talent d'acteur, admirablement mis en scène par Claude Mathieu. Si les portes du théâtre lui sont déjà grandes ouvertes, ainsi que celles de la télévision et de la radio, il lui reste à trouver des rôles intéressants au cinéma, pour devenir une figure importante.

 

Je crois que je n'avais pas autant ri à un spectacle depuis longtemps (je crois que cela date de Non solum, spectacle en solo de Sergi Lopez), et je vous recommande chaudement cette pièce si elle est reprise. Car d'un passé douloureux, l'acteur ne fait pas un spectacle austère sur un enfermement dans un rôle d'homosexuel qu'il n'est pas, mais une envolée comique de haute volée, non dénuée d'émotion.

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7 août 2010 6 07 /08 /août /2010 14:06

nueva konigsberg

Connaissez-vous Jean-Baptiste Botul ? Depuis la méprise de Bernard-Henri Lévy dans un de ses derniers ouvrages, il est presque impossible de ne pas avoir entendu parler de ce philosophe de fiction, inventé par un journaliste du Canard enchaîné. Mais le fait qu'il soit une fiction n'a pas empêché Paul Vacca de s'en emparer pour en faire l'un des héros de son second roman, Nueva Königsberg. Et cela quelques mois avant que le personnage ne soit médiatisé par BHL !

 

Nous sommes en 1946. Botul, philosophe reconnu, est contacté par un de ses confrères pour animer une série de conférences au Paraguay sur la question de la séxualité. Le souci, c'est qu'il s'adresse à une communauté d'adeptes de Kant, qui ont choisi de vivre selon les préceptes du philosophe. Et donc, en abandonnant toute idée de vie sexuelle. L'arrivée de Botul, accompagné de Sébastien Marot, un jeune cinéaste zazou, va remettre en question les choix de vie du groupe kantien.

 

Le livre de Paul Vacca n'est en rien une analyse philosophique qui aurait pour objectif de savoir si les préceptes défendus par Kant sont applicables dans la vie réelle. On se trouve plutôt ici dans le registre de la comédie, du roman léger qui d'une situation burlesque, essaie d'actionner tous les ressorts loufoques possibles. Car si Botul semble assez à son aise dans cette communauté, ce n'est pas le cas de Sébastien Marot, éloigné de son milieu habituel et qui s'interroge sur les raisons d'être de ce groupe, qui a choisi d'émigrer pour échapper à l'oppression.

 

Les idées comiques sont nombreuses et assez bien vues, qu'elles s'appuient sur les textes de Kant ou qu'elles s'inspirent du milieu cinématographique cher à Sébastien Marot. Ainsi, la mise en oeuvre de la synthèse, thème central de la philosophie kantienne se traduit au quotidien par des inventions comme le laivin, mélange de lait et de vin, qui peuvent dérouter celui qui n'est pas prévenu. La personnage de Sébastien, par son amour du cinéma, permet à l'auteur des entrées dans des univers très éloignés du monde kantien, comme la slapstick comedy, popularisée par Laurel et Hardy.

 

Un mélange de différents registres comiques qui fait mouche. Le tout est agrémenté d'une histoire d'amour entre Sébastien et une des membres de la communauté, mais leur relation est bien entendu totalement dépendante des conclusions des huit causeries de Botul sur la sexualité des kantiens.

 

Un roman plaisant et léger, qui n'a semble-t-il d'autre but que celui du divertissement, et qui y réussit assez bien. On est assez loin de l'univers de La petite cloche au son grêle, mais cela prouve que Paul Vacca en a sous la semelle !

 

Voir aussi les avis, dans le même registre, de Joël, Lily, Amanda, Florinette, Cathe, Cathulu, Keisha, Bellesahi, Sylire ou Aifelle

Nueva Königsberg, de Paul Vacca

Ed. Philippe Rey


 

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