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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 20:15

le-pouvoir-des-grands.gifIl est parfois des discriminations qui passent inaperçues. Comme celles envers les petits, par exemple (je m'en rends d'autant moins que je suis assez loin d'être petit). Car plus on est grand, plus on a de chances d'être marié ou d'avoir des enfants. Plus on est grand, plus on on a un salaire élevé (en moyenne, bien entendu). A partir de différentes études menées dans des pays développés, et notamment anglo-saxons, qui ont traité ce sujet depuis longtemps, Nicolas Herpin réussit à dresser un portrait assez flatteur et optimiste pour les grands. Mais attention, car tout le monde n'a pas la chance d'être grand.

 

La  première partie de l'ouvrage s'intéresse au fait d'être grand. Car qui est grand ? Si des raisons génétiques sont indéniables, il ressort des travaux de Herpin que la condition sociale et l'environnement de l'individu sont déterminants dans le fait d'être grand. Si, au XIX et XXeme siècle, la taille moyenne a augmenté, celle des classes ouvrières était toujours inférieure à celle des classes aisées. Herpin explique qu'il existe une taille potentielle, qui est atteinte ou non selon les conditions de vie de l'individu. Car un ouvrier qui débute à travailler à 14 ans a moins de chances d'atteindre sa taille maximale. De là, il y a eu une forme inconsciente de primat au grands, vus comme venant d'un milieu aisé, et donc mieux acceptés dans la société.

 

Ce qui est assez troublant, c'est une étude qu'utilise Herpin et qui montre que les mieux payés ne sont pas forcément les grands à l'âge adulte, mais les grands à l'âge de 16 ans. Ainsi, un grand à l'âge de 16 ans, mais qui arrrête de grandir, gagne en moyenne mieux sa vie qu'un grand adulte, qui était petit à 16 ans. Il y a là une prime au fait d'être grand dès l'adolescence, comme si les grands à 16 ans avaient été mieux formés car plus repsonsabilisés que les petits. Je trouve cette étude tout à fait éclairante sur le phénomène de cette prime aux grands.

 

Autre information que je trouve passionnante : les hommes sont beaucoup plus gênés d'être en couple avec  une femme plus grande qu'eux (50 % environ) qu'une femme d'être en couple avec un homme plus petit (10 %). Comme si le fait d'avoir une compagne plus grande était une atteinte à la virilité de l'homme. D'ailleurs Nicolas Herpin ne se limite pas à une approche économétrique, mais essaie de découvrir les ressorts psychologiques qui amènent cette prime aux grands, et notamment comment ceux-ci se traduisent dans notre vie quotidienne.

 

Un petit ouvrage très documenté, avec de nombreux tableaux et graphiques, pas forcément aisé à la lecture (certains tableaux ou explications sont présentés de manière très statistique), mais qui permet de découvrir qu'être grand n'est pas seulement pas un avantage dans les concerts ou dans les rayons des magasins !

 

Le pouvoir des grands, de Nicolas Herpin

Ed. La Découverte - Repères

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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 19:30

the townA Boston, le quartier de Charlestown est connu pour ses bandes de jeunes violentes. C'est de ce quartier que sont originaires Doug Mc Ray et James Coughlin, qui avec deux de leurs compères, sont devenus spécialistes dans les braquages, de banque ou de convoyeurs de fond. Lors d'un de leurs délits, ils sont contraints de prendre en otage la directrice, qu'ils abandonnent sur la plage. Mais ils souhaitent s'assurer qu'elle n'a aucune information à fournir à la police. En  s'approchant de la jeune femme, Doug tombe sous son charme. Mais elle a du mal à digérer cet événement traumatisant, et il est alors obligé de jongler entre mensonges et histoire d'amour.

 

Si ce résumé peut sembler assez banal, j'ai trouvé que le dernier film de Ben Affleck avait quelques qualités. Bon, passons sur les fusillades, les attaques à main armée ou les poursuites en voiture, qui si elles sont au coeur du film, ne m'ont pas spécialement plues (je ne suis certainement pas le public pour ces scènes-là). En revanche, le personnage de la jeune femme, Claire, est hautement intéressant, car assez rare dans les films d'action américain. Sa relation d'amour avec Doug n'est pas celle qu'on peut imaginer : elle ne cherche pas à se rapprocher du caïd du quartier, mais plutôt à panser des plaies qu'elle a beaucoup de mal à soigner. On découvre cette jeune femme, bien installée dans son milieu professionnel avec un poste de directrice de banque, qui ne parvient pas à oublier ces moments de doute. Ainsi, lorsqu'elle raconte qu'à la fin de son enlèvement, on lui a dit de marcher tout droit les yeux bandés jusqu'à sentir l'eau sur ses pieds, elle a cru qu'elle n'allait trouver que le vide d'une falaise. Par cette simple narration, on cerne tout à fait le portrait de Claire, prête à tout, même à quitter son boulot, pour oublier cet épisode. Rebecca Hall, la brune de Vicky, Cristina, Barcelona, est tout à fait juste dans ce rôle inattendu pour un film de ce genre.

 

Ensuite,c'est du classique. La police ne parvient pas coincer ce groupe qui les mène en bateau depuis en moment, et il est dommage que Jon Hamm, le Don Draper de Mad Men, ait choisi un look mal rasé, car cela gâche un peu son physique d'homme sûr de lui, mais ne compromet pas sa performance d'acteur. On plonge dans la violence du quartier, abandonné par les politiques, et où les règlements de compte sont légion. Le personage incarné par Pete Postlethwaite, un fleuriste dirigeant la mafia locale, est inquiétant à souhait, et cadre parfaitement avec cette ambiance de violence. La fin est attendue et malheureusement très hollywoodienne. Voilà donc un film de genre plutôt classique, mais qui se distingue par le personnage de Claire, inattendu ici. Mais aussi pour la plongée dans cette bonne ville de Boston, déjà rendue célèbre par Dennis Lehane, et que Ben Affleck filme très bien.

 

L'avis de Pascale

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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 11:20

le vaisseau fantômeMa première rencontre avec Wagner date d'il y a déjà longtemps. Dès avant ma naissance, en fait, quand je donnais des coups de pied pendant que ma maman suivait des cours où il était question du compositeur allemand (enfin, d'après la légende familiale me concernant). Alors, j'ai toujours eu en tête de voir un jour une oeuvre wagnérienne. Et comme il faut un début à tout, j'ai commencé par le début, soit le premier opéra de Wagner, Le vaisseau fantôme.

 

Le vaisseau fantôme, c'est l'histoire du hollandais volant (oui, le même que chez Jack Sparrow). Il est condamné à errer sur la mer avec son équipage, et n'a le droit de revenir sur terre que tous les sept ans. Le seul moyen de se délivrer de cette damnation est de rencontrer une femme qui lui sera fidèle. Alors, à l'occasion d'un de ses débarquements sur la terre ferme, il entreprend un marin norvégien, Daland, pour savoir s'il a une fille à marier, en échange d'un trésor somptueux. Apre au gain, Daland promet sa fille Senta à l'étranger, et cela tombe bien car Senta est elle-même éprise d'un portrait représentant ce hollandais volant.

 

Mais Le vaisseau fantôme reste une grande tragédie, car si l'amour semble possible et réciproque entre les deux amants, c'est sans compter Eric, jeune homme qui rêve d'épouser Senta. Il manoeuvre tellement bien qu'il arrive même à la faire tomber dans ses bras, ce qui provoque la poursuite de la damnation du hollandais.

 

L'opéra est découpé en trois actes, qui ne sont pas très distincts, les entractes n'étant pas matérialisés par des arrêts de la musique. Le premier acte est un peu âpre, avec une discussion entre hommes, d'abord avec les marins, puis entre Daland et le hollandais. Passage certainement le moins intéressant, que ce soit en terme musical ou de mise en scène, l'ensemble étant assez statique. Mais cela a le mérite de planter le décor pour permettre ensuite de découvrir une oeuvre plus consistante.

 

Cela débute dès le début du second acte, avec très beau un choeur de femmes autour d'un linge à tisser tout à fait remarquable, et servi par une jolie mise en scène. Ensuite, les duos entre Senta et Eric, puis entre Senta et le hollandais sont de très beaux moments musicaux et vocaux. Mais Wagner s'appuie beaucoup sur les choeurs, qui  ouvrent chaque acte. Je retiens particulièrement celui du troisième acte, qui voit s'affronter les marins norvégiens heureux de revenir à terre et ceux du hollandais volant condamnés à errer, dont la musique prend peu à peu le pas sur les chants guillerets de leurs collègues.

 

Concernant les chanteurs, pas de grande émotion, mais un ensemble assez cohérent avec Adrianne Pieczonka en Senta et Klaus Florian Vogt en Erik. Il est un peu dommage que la voix du hollandais, James Morris, ait par moment été largement couverte par l'orchestre. Mais sinon, j'ai passé une très bonne soirée, même si les galeries de côté, en haut de la salle, ne sont pas ce qu'il y a de plus confortable pour avoir une vue d'ensemble du spectacle.

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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 18:15

histoire bling bling

Nicolas Offenstadt, historien spécialiste du Moyen-Age, a décidé de donner un sens citoyen à son activité professionnelle. Il reprend une à une les références historiques utilisées par les milieux politiques, en particulier par le locataire de l'Elysée, et décide d'en montrer l'exemple abusif qui en est fait. Il replace les événements dans leur contexte historique, ce qui permet de se rendre compte de l'utilisation que Sarkozy veut en faire.

 

Il revient sur dix événements qui ont plus ou moins fait parler d'eux, et tente d'expliquer pourquoi les politiques ont utilisé ces références. Cela va la lettre de Guy Moquet à la question de l'Identité nationale, en passant par la volonté de créer un grand musée de l'histoire de France ou les lois mémorielles.

 

Quelques exemples sont assez frappants pour qu'en puisse les détailler un peu. Le premier est celui des derniers poilus qui ont bénéficié, en dépit de leurs souhaits, de funérailles nationales. L'Etat a orchestré seul ces grandes funérailles, sans réfléchir en même temps à une possible recontextualisation de ce qu'était la Grande Guerre. C'est un événement patriotique, vendu comme tel par les média, et ceux qui interrogeaient ce choix étaient rapidement traités comme des ignares. L'Etat et le discours médiatique dominant ont pris le pas pour mettre en scène ces hommes, et non pour faire un retour sur la grande guerre.

 

Autre exemple, autre cas de figure, avec Brice Hortefeux, qui avait décidé d'organiser une journée consacrée à l'intégration à Vichy, arguant qu'il y en avait "ras le bol" de réduire Vichy au simple fait que la ville ait été le coeur de la France pétainiste. Il rejette toute la symbolique de cette ville, alors que le poids de Vichy est encore fort dans les représentations mentales des français. Tout ceci est d'ailleurs très lié avec la politique de cet été, pendant lequel on aura entendu Besson dire que la politique d'expulsions crée des remous parce que les français n'ont pas digéré le passé vichyste. C'est donc un pouvoir qui joue sur les symboles historiques, soit en les niant ou les surexploitant, en tout cas en les considérant comme des éléments politiques et non des faits historiques.

 

Deux autres thèmes traversent l'ouvrage, qui sont d'ailleurs liés. L'un est la forte tendance à un retour à un "roman national", c'est à dire une histoire qui serait partagée par tous les français et qui devrait être enseignée à tous. L'idée sous-jacente est celle d'une France éternelle, ou presque, unifiée depuis longtemps et dont il n'est pas nécessaire de souligner les particularismes. C'est un peu le retour à la vision historique de la Troisième République, avec "Nos ancêtres les gaulois".


En parallèle, les mêmes historiens luttent contre les mémoires, c'est à dire les commémorations de minorités qui revendiquent aujourd'hui une place particulière dans l'histoire française, comme les descendants d'esclave par exemple. Pour certains historiens, ces vélléités seraient incompatibles avec une bonne assimilation dans la société française, thèse que récuse fortement Offenstadt. Pour lui, ce n'est pas en niant leur histoire qu'on les intégrera, mais bien en leur laissant de la place. Pas la peine pour cela d'avoir recours à la repentance à outrance, il faut simplement être lucide et accepter de présenter l'histoire de la France avec ses réussites et ses échecs. Un petit essai fort stimulant, qui permet de voir d'un oeil un peu plus expert les gesticulations présidentielles.

 

Autre ouvrage de Nicolas Offenstadt (collaboration) : Comment Nicolas Sarkozy écrit l'histoire de France

 

L'histoire bling bling, de Nicolas Offenstadt

Ed. Stock - Parti pris

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28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 08:00

les soeurs brelan

[Billet paru sur Biblioblog] Les sœurs Brelan sont inséparables, et ont toujours fait en sorte de ne pas être éloignées les unes des autres. Même lorsque la situation se complique, elles parviennent à prendre toutes leurs décisions ensemble.

 

Dans la famille, Marthe, Sabine et Judith sont les trois sœurs Brelan. Orphelines après la mort de leur père, elles auraient dû être confiées à leur tante Rose. Mais grâce à diverses mesures dilatoires, elles arrivent à faire se tenir le conseil de famille le jour anniversaire de Marthe, l'aîné ; le jour de ses 21 ans, celui de la majorité, qui rend inutile la mise sous tutelle par la tante. Elles conservent donc leur indépendance, et cette vie à trois, possible grâce à l'héritage qu'elles récupèrent et aux travaux qu'elles effectuent successivement, se poursuivra coûte que coûte.

 

Car si Grand-mère Madeleine, au petit rire permanent et à la mémoire défaillante, accepte de les aider, ce n'est pas le cas de la Tante Rose, qui garde un mauvais souvenir de ce conseil de famille où elle a été ridiculisée. Mais l'aide de Madeleine est limitée. Marthe puis Sabine trouvent bien un poste chez Cicéro, le cabinet d'architectes co-fondée par leur père, mais la menue monnaie apportée toutes les semaines par Madeleine reste anecdotique.

 

La vie commune des trois sœurs est pourtant loin d'être un long fleuve tranquille. Marthe, atteinte de tuberculose, sera contrainte de vivre quelques mois au sanatorium. Sabine et Judith doivent alors subvenir à leurs besoins, puisque Marthe était la seule à apporter de l'argent. Puis Sabine ira vivre un Allemagne, pour suivre un homme qu'elle a rencontré dans le cadre de son métier. Enfin, Judith, qui n'a jamais été à l'école et s'est instruite dans les essais d'architecture utopique de la bibliothèque de son père, deviendra visiteuse de prison et fera une rencontre qui va bouleverser sa vie. Et bien entendu, les événements qui surviennent à l'une d'entre elles auront des conséquences sur la vie des autres.

 

Leur osmose n'empêche pas ses femmes d'avoir leur vie propre. Chacune aura une histoire avec un homme, qui ne mettra jamais en danger leurs relations. Même le départ de Sabine pour Berlin, au moment de la construction du Mur, n'aura que peu d'impact sur leur vie commune. Ce qui les tient, ce sont leurs échanges, leurs expériences communes, comme ces ballades dans la voiture de leur père sur les Champs-Elysées, Le grand moment reste ce périple en voiture de Paris à Berlin, avec traversée des zones occupées dans l'Allemagne d'après-guerre.

 

François Vallejo se consacre ici à un type de narration qu'il n'avait que peu abordé jusque-là : la destinée d'une famille sur plusieurs décennies. Car l'air de rien, les trois héroïnes vieillissent au fil des pages. Le lecteur les suit, et se prend d'amitié pour ces femmes, de la sérieuse Sabine à la révoltée Judith. Pas de grand recours aux événements historiques comme auparavant (si ce n'est la référence à plusieurs endroits au Mur de Berlin), mais un focus sur ces personnages qu'on ne quitte jamais. Une descente au niveau de la fratrie qui fait de ce roman une belle réussite, littéraire et narrative.


Autres romans de François Vallejo : Groom, Ouest, L'incendie du Chiado, Vacarme dans la salle de bal, Madame Angeloso, Dérive

Et vous pouvez lire ici l'interview de l'auteur accordé au Biblioblog.

 

Les soeurs Brelan, de François Vallejo

Ed. Viviane Hamy

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26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 09:52

a l'ouest rien de nouveau1917. Paul a décidé, avec quelques camarades, de quitter le collège et de s'engager dans l'armée allemande. Un de leur professeur, par son discours militariste et patriotique, les a poussé à prendre part à cette grande guerre qui oppose l'Allemagne à la France et l'Angleterre. Les jeunes feront donc l'apprentissage douloureux de la guerre, dans tous ses aspects.

 

Remarque signe avec ce roman une très belle et pathétique fresque de cette jeunesse qui a été sacrifiée sur les fronts de la Somme ou des Flandres. En prenant le parti de suivre des jeunes gens, il accentue l'aspect scandaleux de cette guerre, car hormis quelques moments de détente, ces jeunes-là y perdent leur temps, et très souvent leur vie.

 

Mais Remarque ne se contente de décrire les combats. Si les batailles dans les tranchées, les assauts au front côté allemand ou français ou les attaques au gaz asphixiant sont très bien rendues et poignantes, elles n'occupent qu'une part de l'ouvrage. Celui-ci s'ouvre d'ailleurs à l'arrière du front, où les jeunes soldats répondent aux ordres imbéciles d'un de leur supérieur, qu'ils auront d'ailleurs l'occasion de ridiculiser par la suite, comme si toute cette folie ne pouvait pas anihiler les blagues potaches de ces jeunes adultes. On se retrouve également souvent dans les hôpitaux, que ce soit avec Paul quand il rend visite à un de ses camarades dont on a amputé la jambe en vain, ou lorsque Paul est lui même hospitalisé suite à une attaque venue des lignes ennemies.

 

C'est d'ailleurs pour moi une des grandes qualités du livre. En sortant de la zone des combats, l'auteur parvient à faire ressentir cette peur, cette angoisse qui étreignent ceux qui sont à l'arrière ou en permission, et qui savent pertinemment que ce sera très bientôt leur tour de retourner au front.  D'autant que la hiérarchie ne semble pas porter une grande attention à leur devenir, comme l'illustre le télégramme qui donne son titre au roman et qui tombe le jour d'une nouvelle hécatombe dans les rangs allemands.

 

C'est également intéressant de lire le récit du côté allemand. Même si je ne doutais pas une seconde que la guerre fut aussi terrible d'un côté comme de l'autre, cela illustre bien la boucherie que fut ce conflit. Remarque y fait part de son grand pacifisme, et j'aurai bien aimé savoir comment le livre fut reçu en France, dans ces années 30 où le pacifisme a encore un poids important, mais où il doit faire face à la montée des régimes autoritaires dans les pays voisins. Il est d'ailleurs à noter que la traduction du texte  (et visiblement première publication) en français pour cette édition date de 1956... Ce qui semble tardif pour un roman publié en Allemagne en 1928. defi classiqueRéticences des français à montrer que la guerre fut  également une horreur en Allemagne ?  En tout cas, un livre à lire pour (finir de) se convaincre que cette guerre fut une horreur sans nom (comme beaucoup d'autres, d'ailleurs).

 

A l'ouest rien de nouveau, de Erich Maria Remarque

Traduit de l'allemand par Alzir Hella et Olivier Bournac

Ed. Le livre de poche

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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 19:14

des-hommes-et-des-dieux.jpgDes hommes et des dieux raconte l'histoire des moines de Tibirihine. En 1996, sept membres de la communauté ont été décapités par des hommes armés qui les avait pris en otage. Les responsables du massacre n'ont jamais été clairement identifiés, mais ce n'est pas l'angle qu'a choisi Xavier Beauvois pour ce film. Plutôt qu'un film documentaire sur les raisons de cet assassinat collectif, il a choisi de montrer la vie au sein de la communauté, parmi les frères qui sentent la menace terroriste monter mais qui décident de rester sur place.

 

C'est la vie des frères qui est le coeur de ce film. Leur vie, ils la passent au contact de la population du village, de tradition musulmane. Ils se mêlent d'ailleurs parfaitement à elle, participant aux fêtes religieuses, travaillant au quotidien avec eux. Celui qui est le plus en contact avec eux, c'est Frère Luc. Médecin, il reçoit la visite de plusieurs dizaines de malades par jour, parfois jusque 150.

 

Mais les frères consacrent également une partie de leur journée à la prière. Ils chantent ensemble, préparent Noël, et vivent dans la foi qui les a amenés dans cette région montagneuse. On se saura jamais pourquoi ils sont venus ici, précisèment, mais cela ne nuit en rien au propos de Beauvois.

 

Car l'essentiel, pour le réalisateur, est de montrer que la vie au sein du monastère se poursuit malgré tout. Malgré la  menace terroriste, palpable dehors avec les assassinats des ouvriers croates du chantier voisin, ou les barrages qui jalonnent les trajets en voiture. Pourtant, Frère Christian, qui dirige la communauté, a choisi de rester sur place. Ce qui crée des discussions dans le groupe, et donne lieu à deux très belles scènes de discussion collective, avec expression par chacun des frères des raisons pour lesquelles ils souhaitent rester ou partir. Scène collective, qui permet d'entendre chaque voix de manière individuelle, et qui m'a furieusement fait penser à Notre terreur, ou au dernier roman de François Vallejo, qui fait parler trois soeurs en conservant à chacune son individualité. Ce film s'inscrit directement dans cette lignée d'un collectif qui s'exprime en ne niant pas les individualités.

 

Pour revenir au film, il faut souligner l'excellente distribution du film. Derrière Lambert Wilson et Michael Lonsdale (tous deux très bons), les autres acteurs, moins connus, sont au diapason. Par touches, gestes simples et légers, ils parviennent à exprimer des sentiments d'une intensité inattendue. Il faudrait tous les citer, de Olivier Rabourdin à Xavier Maly, mais j'ai vraiment été touché par l'interprétation très juste et retenue de Jean-Marie Frin, en particulier lors de ce dernier repas autour d'un verre de vin et de Tchaikovski.

 

En quelques scènes d'une grande justesse, que ce soit lors de la première intervention d'un groupe armé ou lors de la prière commune pour combattre l'hélicoptère, Xavier Beauvois parvient à rendre toute la tension de la situation. Et signe un très beau film, qui rend hommage à ces hommes et à cette communauté qui a cru jusqu'au bout au pouvoir de la fraternité.

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21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 07:01

hictchock par exemple

Un jour, il y a quelque temps, un magazine de cinéma a demandé à Tanguy Viel de faire la liste de ses dix meilleurs films. Comme chacun d'entre nous, il a hésité avant de faire sa liste, et revient dans ce court essai sur les pensées qui l'ont parcouru lorsqu'il y réfléchissait.

 

C'est un petit plaisir de se plonger dans ces réflexions, et de découvrir les références cinématographiques de cet écrivain que j'apprécie. Il place d'abord Hitchcock au dessus de tout, au point de faire à part des 10 meilleurs films du réalisateur pour être sûr qu'ils n'occupent pas la moitié des places du classement final. Ainsi, la scène de l'avion dans La mort aux trousses occupe une place toute particulière. Ce qui est très amusant, c'est de naviguer dans des univers très divers, passant ainsi de Cary Grant à James Dean, sans oublier Louis de Funès, puisque Viel tient en haute estime (et à raison) ce monument de la comédie qu'est Rabbi Jacob, ou Jean Renoir et La règle du jeu.

 

Après s'en être pris au classement de l'American Film Institute qu'il juge inadapté (Rendez-vous compte, Voyage au bout de l'enfer de Cimino est classé après Rocky !), il parvient enfin à dévoiler ces films préférés : on y retrouve notamment Qui a tué Liberty Valance..... Je vous laisse découvrir son classement complet. Il en profite également pour remettre en place certains réalisateurs dont il trouve le style surfait. Orwell et son Citizen Kane, Lynch et Kubrick ne figurent donc pas dans le panthéon de l'auteur !

 

Le tout est très agréablement illustré par Florent Chavouet, qui parsème l'ouvrage de dessin illustrant les films dont parle Tanguy Viel. C'est donc avec plaisir que j'ai découvert ce petit livre, qui permet de se rendre compte que l'établissement des listes est un exercice difficile, et pas seulement pour les blogueurs qui tentent de faire leur palmarès de l'année !

 

A noter que ce texte a donné lieu à une adaptation radiophonique (merci pour l'info, Laetitia !)

 

Autres romans de Tanguy Viel : Insoupçonnable, Paris-Brest

 

Hitchcock, par exemple, de Tanguy Viel et Florent Chavouet

Ed. Naïve - Livres d'heure

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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 19:02

complot contre lamerique

[Billet déjà paru sur Biblioblog] Et si, en 1940, Roosevelt avait perdu les élections présidentielles américaines, battu par un candidat proche des milieux nationalistes et refusant l'entrée en guerre auprès des alliés ? Si ce président avait, par ses actes ou déclarations, fait comprendre qu'il fallait mettre les juifs à l'écart de la société américaine ?

 

Cette hypothèse est le point de départ de ce roman d'utopie historique de Philip Roth. Il imagine qu'en 1940, Charles Lindbergh, aviateur célèbre pour avoir franchi en 1927 l'Atlantique et proche des milieux les plus droitiers du pays, remporte les élections. Dans la famille juive du jeune Philip Roth, cette élection est une catastrophe. Car Lindbergh est connu pour ses rapports amicaux avec le régime nazi, dont il a obtenu des mains de Goering la Croix de l'Aigle Allemand, et pour le peu de cas qu'il fait des persécutions nazies contre les juifs. La période trouble de la présidence Lindbergh sera donc vécue de l'intérieur par la famille Roth, qui vit dans le quartier juif de Newark.

 

Dans la famille, il y a le père, agent d'assurance qui ne supporte pas l'idée de voir Lindbergh à la présidence, et écoute et lit tout ce qui critique le Président et sa politique. Son neveu, qui partage ses idées, s'engage lui dans l'armée canadienne pour aller combattre en Europe, mais revient frustré avec une blessure qui l'a empêché de vraiment défendre ses idées. Il y a la mère, plus effacée, qui tente de sauver les apparences et ne parvient pas toujours à cacher ses peurs, mais dont la sœur Evelyn se rapproche du rabbin Bengelsdorf qui appuie la politique de Lindbergh.


Et il y a surtout les enfants. Sandy, l'aîné, pris sous son aile par la tante Evelyn qui essaie de le soustraire à sa famille, en l'envoyant notamment faire un stage dans le Kentucky. Et Philip, le plus jeune, qui saisit peu à peu les conséquences de la présidence Lindbergh, et qui essaie de défendre coûte que coûte sa collection de timbres.

 

Toute l'intrigue sera vécue par les yeux de Philip. Le fait de vivre les péripéties de la vie d'un jeune garçon apporte beaucoup de légèreté et d'humour à ce texte politiquement sombre. Car bien que jeune, il réalise que ce qui se joue dépasse de loin le seul cadre familial. Les repas de famille sont houleux, et les retrouvailles entre son père et son neveu se finiront même dans le sang. Il ressent également la distance que les non-juifs mettent vis à vis des juifs. Celle-ci est particulièrement sensible lorsque la famille visite Washington. Le voyage était prévu depuis longtemps, et l'arrivée de Lindbergh ne pouvait pas l'empêcher. Mais ils réalisent vite que le fait d'être juif devient un vrai handicap, et qu'on n'hésite plus à leur mentir, à les considérer comme des moins que rien pour les faire partir. Ce qui se traduit par une paranoïa croissante dans la communauté juive, qui se demande si l'exil vers le Canada est nécessaire, et qui se repose sur la mafia locale pour mettre en place des milices de protection contre les descentes de nazis américains. Roth décrit admirablement le climat de tension, de peur qui touche ce quartier de Newark, alarmé par les informations venant des villes voisines.

 

Ce roman est différent des autres ouvrages historiques de Roth, dans le sens où il invente une alternative à l'histoire officielle. Il conserve néanmoins les noms de tous les protagonistes de l'époque, que ce soit le vice-président Wheeler ou le journaliste opposant Winchell qui enthousiasme le quartier juif tous les dimanches soirs. Heureusement, l'auteur a ajouté une biographie des principaux protagonistes, afin que le lecteur démêle à la fin de sa lecture, la vérité historique de la fiction de Roth. Une plongée intrigante dans les États-Unis des années quarante, fiction prenant place entre le New Deal et la chasse aux sorcières de McCarthy et qui montre les angoisses des juifs américains, pleinement intégrés mais rapidement mis sur la sellette par le pouvoir en place.

 

Autre roman de Philip Roth : Un homme

 

Le complot contre l'Amérique, de Philip Roth

Traduit de l'anglais par Josée Kamoun

Ed. Folio

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17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 07:50

notre terreurChouette ! C'est la rentrée théâtrale dans les théâtres parisiens publics. Pour débuter la saison, le théâtre de la Colline reprend un spectacle déjà accueilli l'an dernier, Notre terreur. Le spectacle a été créé et joué par le collectif d'ors et déjà, qui avait présenté Le père Tralalère, et qui laisse dans ses spectacles une grande part à l'improvisation.

 

Notre terreur, c'est la plongée au coeur du Comité de Salut Public, gouvernement de neuf individus qui était au pouvoir au moment de la Grande Terreur. Parmi les membres du comité, il y a notamment Robespierre et Saint-Just, les plus connus aujourd'hui, mais leurs collègues ne sont pas tous proches de ces deux figures : Lindet est un ancien proche de Danton, et d'autres partagaient certaines idées des hébertistes, les gauchistes de la Révolution.

 

La première partie du spectacle est époustouflante. Après un monologue un poil longuet de Saint-Just, on plonge pendant un peu plus d'heure dans les discussions de ce gouvernement. Même si on ne connaît pas grand chose à cette période, la teneur des échanges et les rivalités personnelles sont passionnantes. On comprend vite que chacun a son secteur privilégié : Carnot s'occupe de la guerre, Couthon de la justice ou Lindet du ravitaillement. Les membres évoquent les problèmes de la famine qui menace, de la guerre avec les ennemis qui sont aux portes du pays. Les échanges sont également musclés quant il s'agit de savoir si la mort de Danton était nécessaire ou jusqu'ou il faut aller pour réprimer les contre-révolutionnaire (faut-il emprisonner toute la famille d'un journaliste qui a eu des propos contre le Comité ?).

 

On y ressent toute la force de ce groupe, dont les membres ont beaucoup de diifférends, mais où les décisions sont finalement prises, et souvent dans le sens des plus répressives. Les votes sont mécaniques et les opposants sont rapidement soumis au silence.

 

La seconde partie du spectacle s'intéresse plus particulièrement à l'image de Robespierre. Pour celle-ci, je pense qu'il est nécessaire d'avoir des connaissances plus importantes, ou de lire la note d'intention du metteur en scène, Sylvain Creuzevault. La thèse de ce dernier est de montrer que Robespierre n'a pas eu une influence aussi importante qu'on a pu le dire. Enfermé chez lui, il se pose des questions sur son rôle, son action, et même si ses collègues tentent de le persuader de revenir à la Convention Nationale, il reste  droit dans ses bottes. Pour Creuzevault, Robespierre (et à un moindre degré Saint-Just) sert de bouc émissaire aux thermidoriens, les opposants au Comité qui prennent le pouvoir après la mort de Robespierre. Si cela m'a permis d'y voir un peu plus clair sur cette période historique trouble, j'ai été moins convaincu par la deuxième partie du spectacle.

 

Mais, si le spectacle passe par chez vous (et il devrait le faire, car il part en tournée en Belgique et en France jusqu'au printemps), je vous invente vivement à découvrir cette oeuvre forte, parfois dérangeante, mais toujours inteligente. Elle met le spectacteur au coeur du dispositif, et on ne peut en sortir sans avoir ressenti ce spectacle. Alors, il ne vous reste plus qu'à en guetter le passage !

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