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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 18:50

princesse de montpensierAprès une incursion dans le bayou de la Louisiane, Bertrand Tavernier renoue avec un genre qu'il affectionne : celui du film historique en costume. Pour son dernier film, il a pris comme point de départ le nouvelle de Mme de Lafayette, La Princesse de Montpensier, qui nous plonge à la fin du XVIIe Siècle, en plein cœur des guerres de religion.

 

Avant de se marier, la Princesse était promise au frère d'Henri de Guise, jeune homme fougueux et prompt au combat. Le souci, c'est qu'elle aime Henri, et non son frère. Mais des arrangements entre deux familles mettent à terre cette union : elle épousera finalement le Prince de Montpensier, et s'installe dans son château. Ce dernier charge le comte de Chabannes, ancien combattant des rangs protestants, de prendre soin d'elle alors qu'il part combattre aux côtés des catholiques. La Princesse s'instruit donc auprès de cet homme sage, et ne se doute pas que les passions amoureuses autour d'elle se déchaînent : elle se trouve au carrefour de quatre ambitions, qui ne peuvent cohabiter.

 

Bertrand Tavernier revient donc à un genre qu'il prise, et il le fait fort bien. Sur un sujet qui pourrait être complexe (les querelles entre protestants et catholiques, les luttes amoureuses de combattants qui sont finalement tous dans le même camp, hormis Chabannes qui a quitté la lutte armée), il réussit à donner un élan, un souffle et à décrire les tourments de ces jeunes gens avec beaucoup de brio.

 

Il s'appuie pour cela sur les décors magnifiques autour d'un château perdu entre Cantal et Aveyron (château de Messilhac, qui domine effectivement cette très belle vallée du Carladès), sur les combats qu'il arrive toujours à très bien chorégraphier, loin des standards actuels faits d'images de synthèse et de sang giclant. Ici, c'est la boue, des manières de tuer peu conventionnelles, et la rage de ces hommes qui se haïssent sans se connaître.

 

Surtout, il a pour lui un groupe d'acteurs qui donnent chacun une couleur spécifique à leur personnage, et qui existent donc. Mélanie Thierry, que je connaissais pas, est assez épatante dans le rôle de cette princesse : parfois espiègle, parfois tourmentée par un amour qu'elle désire mais que la convention lui refuse, elle porte brillamment sur ses épaules ce très beau rôle. A ses côtés, Grégoire Leprince-Ringuet est un mari de tragédie, un homme profondément jaloux et blessé par les regards que les autres portent sur sa femme. Les autres, ce sont Gaspard Ulliel, tout en bestialité et animalité en Henri de Guise, et Raphaël Personnaz, ambigu à souhait, entre autorité et affection, dans le rôle du Duc d'Anjou, futur Henri III après la mort du roi Charles IX.

 

Enfin, il y a Lambert Wilson, qui incarne merveilleusement Chabannes, cet homme meurtri par un assassinat qu'il a commis sans le vouloir, et qui a choisi de quitter une guerre qu'il ne comprend pas. Il s'éprend de la Princesse, et sacrifie son amour au bonheur de cette dernière. Homme savant, intègre, il incarne la raison face à la fougue et la démence de la jeunesse. Mais son altruisme finira par le perdre.

 

Sur une histoire universelle, Tavernier signe donc un très beau film historique. Les costumes et les décors sont d'ailleurs à souligner, car ils rendent parfaitement l'ambiance de cette fin de Renaissance, de cette période de trouble entre le faste de François 1er et les débuts de l'absolutisme avec la dynastie des Bourbons. Hormis l'affiche, qui ne lui rend pas vraiment hommage, il n'y a rien à enlever au film : il est intelligent, sensible et émouvant. La Princesse de Montpensier est vraiment une œuvre à découvrir.


Autre film de Bertrand Tavernier : Dans la brume électrique

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14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 10:52

Laffaire WinstonDe la seconde guerre mondiale, nous connaissons beaucoup de lieux sur lesquels se sont déroulés les combats : France, Angleterre, URSS, Afrique du Nord, Hawaï, Pearl Harbor, Pacifique. Mais la guerre menée en Birmanie de 1942 à 1944 est beaucoup moins connue. C'est ce cadre que choisit Howard Fast pour y implanter l'intrigue de ce roman, entre polar et chronique judiciaire, et surtout dans une ambiance poisseuse et hostile.

 

L'histoire, c'est celle de Charles Winston, officier américain accusé d'avoir tué un officier anglais. Le nom du meurtrier ne fait de doutes, et les autorités militaires souhaitent s'emparer de cette affaire pour faire condamne Winston de manière exemplaire et ainsi  réchauffer les relations américano-britanniques. Pour que Winston soit condamné au procès, il faut tout de même donner l'illusion qu'il a eu lieu dans les formes. Un avocat est donc nommé  pour défendre Winston : le capitaine Barney Adams. Mais ce dernier va prendre des initiatives inattendues, qui font que le procès prend une direction qui ne plait pas trop à la hiérarchie.

 

Fast signe un roman assez original, avec ce roman. En suivant Adams, l'avocat, de sa nomination pour la défense de Winston à la conclusion du procès, le lecteur découvre à la fois l'enquête menée avec ses interrogatoires, le procès avec le tribunal militaire, mais aussi une plongée dans les petites villes de garnison de Birmanie, où les soldats tentent de survivre en attendant des jours meilleurs.

 

J'ai assez peu connaissance de romans mettant en scène des procès. Si le genre est assez fructueux au cinéma ou à la télévision (Philadelphia, par exemple, ou les séries se passant dans des tribunaux), il me semble un peu délaissé en littérature. Il faut dire que chez Poirot, on ne s'embarasse d'un tribunal pour désigner le coupable. Pourtant, Fast montre que le genre peut être passionnant en littérature. En mettant ici en scène Winston, un homme que tout accuse, qui s'accuse lui-même, mais que Adams pense fou et donc non condamnable, il arrive à tenir une tension pendant l'ensemble de l'ouvrage.

 

L'autre point passionnant est cette plongée dans le tribunal militaire. Chacun est pétri de certitudes, et tous sont prêts à juger de manière expéditive Winston. Puis, les failles apparaissent, certains témoignages apportent le doute, et on voit chacun vaciller. Un peu à la manière de Douze hommes en colère, où Henry Fonda parvient à instiller le doute dans un jury populaire.

 

Décidemment, Howard Fast est un auteur épatant. Sylvia était un roman noir passionnant, et cette plongée en Birmanie se révèle tout aussi palpitante. Un auteur à découvrir.

 

L'affaire Winston, de Howard Fast

Traduit de l'anglais par Charles Meaux

Ed. Les Belles Lettres - Le Cabinet Noir

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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 13:00

etrangere[Billet déjà paru sur Biblioblog] La reconnaissance littéraire est une notion difficile à cerner. Si certains auteurs arrivent à l'obtenir de leur vivant, il n'est pas rare que d'autres passent inaperçus aux yeux de leurs contemporains et ne deviennent des références qu'une fois leur vie finie. C'est exactement ce qui est arrivé à Sándor Márai, auteur hongrois du XXe Siècle, dont l'œuvre a été découverte depuis le début des années 1990. Et son dernier roman paru en français, L'étrangère, confirme le fait que Márai a été un grand auteur.

 

Viktor Henrik Askenazi est le héros de cette intrigue. Il est professeur de langues orientales, et cherche à échapper, durant un voyage, aux pressions qui l'assaillent de toutes parts. Car Askenazi est un homme troublé. Par sa femme, qui est parti avec un autre homme. Par une ancienne maîtresse, danseuse, avec qui il a vécu une histoire passionnelle intense. Mais aussi par ses collègues et ceux de son milieu social qui, plus ou moins subtilement, lui indiquent ce qu'il doit faire ou non. Mais le plus grand trouble chez Askenazi, c'est une interrogation, qui le taraude : que cherche-t-on dans le plaisir, le désir ? Quand atteint-on la satisfaction ? Cette obsession métaphysique sera la cause de la déchéance de ce professeur, car il n'y trouve pas de solution.

 

Askenazi est un homme dont il est difficile de dire qu'il est sympathique. Il contrôle tout, ou en tout cas, en donne l'illusion. Son monde vacille lorsqu'il réalise que son épouse lui raconte qu'elle part avec un autre. Car si lui avait une aventure, réprouvée par tous, avec une danseuse, il réalise que parfois, il doit subir le choix des autres. Surtout, il n'arrive pas à trouver la réponse à la question qui le mine, lui fait parcourir d'Europe dans tous les sens, pour finir dans un hôtel de la côte dalmate, dans lequel son existence va prendre un tour nouveau.

 

L'ouverture du roman, dans cet hôtel surchauffé, au milieu de cette aristocratie aisée, presque décadente, est un très beau moment de littérature. On se promène dans les jardins, dans les salles à manger, sans but ni orientation, comme ces oisifs qui se demandent comment tuer le temps. Puis la figure d'Askenazi apparaît, celle d'un homme honni par ceux de son milieu, qui ne peuvent s'empêcher de juger les comportements de leurs semblables, avec pour but de leur faire prendre la seule voie qui leur semble être la bonne.

 

Avec une plume élégante, et en n'hésitant pas à construire des phrases longues et tortueuses comme peuvent l'être les réflexions d'Askenazi, Márai signe un roman dont l'ambiance évoque un univers et clos et faisandé comme celui de Mort à Venise, et un personnage poursuivi par des démons dont il n'arrive pas à se défaire, comme le sont souvent ceux de Stefan Zweig. Le rapprochement entre ce dernier et Márai n'est d'ailleurs pas anecdotique, quand on sait que les deux auteurs, originaires d'un empire austro-hongrois en pleine déliquescence, ont été contraints à l'exil et se sont suicidés. Ce pessimisme, cette description d'une fin de règne où les conventions l'emportent, sont présents dans ce roman, et en font toute la saveur.

 

L'étrangère, de Sándor Márai

Traduit du hongrois par Catherine Fay

Ed. Albin Michel

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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 19:20

the americanIl y a parfois des films dont on n'attend pas grand chose, dont on se dit qu'on y va, pour voir, ou pour profiter de George Clooney. Et parfois, on tombe sur une oeuvre plus riche, plus ambitieuse que ce pour quoi on était venu. L'inverse est souvent vrai également, mais j'avoue que je préfère quand ça se passe dans ce sens là.

 

De The American, je ne savais rien, hormis le présence de George Nespresso Clooney au générique. J'avais bien vu la bande-annonce, mais celle-ci avait plutôt eu un effet repoussoir, donnant l'impression d'un énième film boum-boum sans queue ni trop de tête. Et puis, quelques critiques positives, et une envie d'aller au cinéma le plus proche ont fait pencher la balance pour l'histoire de ce tueur à  gages en fin de carrière, dont la dernière mission en Italie est théoriquement simple, puiqu'elle consiste à fournir à une acheteuse une arme sur mesure. Et là, George/Jack/Edward (on s'y perd) est un expert, et on le verra démonter, visser, percer, assembler, ajuster une armée de précision.

 

Sur l'intrigue, c'est on ne peut plus lieu commun. Le tueur à gages, l'histoire d'amour, la dernière mission, la trahison,... Ce n'est pas dans l'originalité du scénario que vous trouverez votre bonheur. Mais pour ce qui est de la mise en scène, c'est un autre sujet. Derrière la caméra, Anton Corbijn sait ce qu'il veut filmer, et le fait bien. L'image donne l'impression que tous les cadrages ont été réfléchis, que rien n'a été laissé au hasard. En plus, il se sert admirablement bien des décors dans lesquels il a choisi de tourner, soit un petit village des Abbruzes perché sur un pic, avec rues et escaliers qui vont avec. Et quand nos héros s'éloignent de la ville, que Corbijn montre dans de superbes panoramas par temps variés, il réussit à les installer dans un coin de nature au bord d'un cours d'eau, dans les hautes herbes.

 

Film vraiment surprenant, dans lequel la tension est finalement toujours présente car on ne sait jamais ce qui va arriver à Jack/Edward, et dans lequel le réalisateur s'amuse avec les nerfs du spectateur, dans une grande économie d'hémoglobine mais pas de mise en scène, tout en évitant l'exercice de style vain. De plus, voir Henry Fonda en gros plan dans un trioquet italien ne fait qu'ajouter au plaisir. Une belle surprise.

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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 19:15

les doigts dans le nezCertains personnages littéraires deviennent des images de la culture populaire, C'est le cas pour le policier créé par Frédéric Dard, San-Antonio. Pourtant, il n'est pas rare de connaître le personnage sans avoir jamais lu les romans mettant en scène le commissaire. Lacune réparée, avec cette aventure qui plonge San Antonio dans les périodes troubles du début de la seconde guerre, entre espions et contre-espions.

 

Ce qui est très agréable dans la lecture de San-Antonio, c'est de découvrir l'inventivité de l'auteur, qui parsème son récit d'argot, de figures de style improbables et de comparaisons absolument décapantes. Non seulement les personnages sont hors-norme, comme San-Antonio, flic qui a pour unique objectif de découvrir qui est celui dont on a découvert le cadavre décomposé dans un voiture abandonnée sur un terrain vague, et qui utlisera tous les stratagèmes en sa possession pour y parvenir, mais  le style fait beaucoup  dans cette impression de démesure, de burlesque. Ainsi, le héros n'hésite pas à prétexter un voyage en amoureux à Grenoble avec une femme rencontrée depuis peu, pour en fait plonger dans cette histoire sur les lieux même de l'intrigue.

 

San Antonio est un commissaire qui joue avec les limites imposées par ses supérieurs, ce qui lui permet ici d'avoir toujours une longueur d'avance sur l'enquête. Mais il prend des risuqes, et manque de se faire étrangler dans une petite demeure isolée de la campagne savoyarde. L'intrigue policère reste cependant secondaire, face aux efforts déployés par Dard/San Antonio pour pimenter son récit.

 

Voici deux petits exemples du style de Frédéric Dard, le premier dans lequel il évoque un militaire avec lequel il a rendez-vous :

"Ce gnard doit être un sang bleu... Il s'exprime avec courtoisie, mais sans descendre de sur ses grands chevaux... Un rescapé de 89 quoi ! Un des pensionnaires du Temple qui n'est pas resté sur le carreau".

 

Et lors d'une drague improvisée à la caisse d'un cinéma :

"La caissière est pliée en deux sur son tiroir. Elle se bidonne (comme dirait Fellini).

C'est bon signe. Lorsque vous faites poiler une femme, vous êtes prêt d'obtenir d'elle l'opération inverse."

 

Deux exemples qui sont assez à l'image de l'ensemble de l'ouvrage : un langage fleuri, souvent drôle, parfois facile, mais qui permet de passer un moment agréable. Il est vrai que Frédéric Dard fait aujourd'hui l'objet d'une petite réhabiliation par le monde des critiques, et il ne serait pas étonnant que des auteurs actuels, s'inscrivant dans cette veine, soit aujourd'hui dénigré avant de passer ensuite à la postérité. Ah, qu'il est difficile d'être reconnu par ses contemporains, et Dard en a fait l'expérience ! Malgré tout, je ne suis pas assez convaincu pour me plonger dans les oeuvres complètes du commissaire.

 

Lu dans le cadre du challenge San Antonio organisé par Daniel Fattore

 

Les doigts dans le nez, de Frédéric Dard (mais signé San-Antonio).

Ed. Fleuve Noir

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5 novembre 2010 5 05 /11 /novembre /2010 18:16

Depuis son éviaff portection de l'antenne de France Inter sous le prétexte d'avoir fait dire à un ex-Premier Ministre qu'il souhaitait sodomiser le Président (pour faire politiquement correct), Didier Porte a perdu une grande part de son exposition médiatique. Car même si Daniel Schneidermann a eu la bonne idée de lui proposer une chronique hedbomadaire sur Arrêtsurimages.net, cela ne comble pas le déficit d'exposition de l'humoriste. Alors, dans ce cas, il reste une solution : la scène. Porte a donc choisi de multiplier les représentations et ma foi, il a bien fait.

 

Je ne suis pas un grand adepte des spectacles à sketches, car j'ai souvent du mal avec le passage du coq à l'âne, d'un personnage à un autre, avec une impression de butiner sans avoir rien à retenir. L'avantage avec Porte, c'est qu'il ne cherche à jouer un personnage, ce qui donne une cohérence au propos de son spectacle. Bien entendu il manie le second degré, mais avec efficacité. Son entrée en matière avec un sketch sur les fonctionnaires, sujet éculé des spectacles humoristiques s'il en est, est mordante dans la caricature qu'elle donne de ceux qui caricaturent les fonctionnaires. Ce passage donne le ton au spectacle, qui sera une charge nette et franche contre les puissants.

 

Car Porte ne laisse personne de côté. Bien entendu, il a des sujets de prédilection ; les religieux sous toutes leurs formes, le gouvernement actuel,... Il ne se gêne d'ailleurs pas pour nous faire nous souvenir de cassseroles de certains membres du-dit gouvernement, oubliées car elles sont de plus en plus nombreuses.

 

Porte s'en prend également au pouvoir des média. Au coeur de sa charge : TF1. Dans une saynète où il tente de contacter Laurence Ferrari pour mettre en place un prolothon (un téléthon pour les pauvres), il parvient de manière détourner à faire passer l'idée que toutes les théories à la base de la lutte des classes sont niées par les instances médiatiques. On sent bien que Porte met cette notion au coeur de  sa conception de la politique, et cela est assez réjouissant de l'entendre pendant une heure trente.

 

Chacun a droit à son petit passage : Johnny, que Porte déteste, les chanteurs du concert de la Concorde après la victoire de Sarkozy, Hortefeux,... Mais aussi les socialistes, pour qui être de gauche et riche est possible, à condition d'être désolé. J'ai beaucoup ri à ce spectacle, engagé et volontaire. Une forme de pamphlet de gauche qui fait du bien à entendre. Et qui n'est pas une pose, car il est rare de voir un comédien laisser la place en fin de spectacle à des cheminots pour qu'ils annoncent qu'ils font une collecte à la sortie pour alimenter la caisse de grève, qui a duré trois semaines. Merci, Didier Porte, de nous montrer qu'on peut être drôle, engagé, franc, dans un monde de l'humour souvent aseptisé.

 

Tournée dans toute la France, et au Café de la Gare tous les premiers lundi du mois.

 

PS : si l'un d'entre vous souhaite un abonnement d'un mois offert sur le site d'arrêt sur image, qu'il me fasse signe : il y des possibilités de parrainage pour découvrir le site (qui possède notamment une émission littéraire souvent fort intéressante)

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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 12:19

social networkThe social network raconte les origines de ce qui est actuellement le réseau social le plus utilisé sur Internet, Facebook. Mais plus que l'histoire de Facebook, c'est également celle de celui qui en fut à l'origine, Mark Zuckerberg. Et la force du film de David Fincher est de montrer Zuckerberg sans le juger, ce qui en fait un héros à la fois froid mais aussi  très intelligent.

 

Facebook est né à l'université d'Harvard. Zuckerberg, un soir où il vient de se faire plaquer par sa petite amie, décide de pirater les trombinoscopes de l'université et de mettre en ligne un jeu permettant de comparer les filles et de dire laquelle est la mieux foutue. Cette première expérience est un succès, et apporte une renommée indénaible à Zuckerberg. Là, il est contacté  par les frères Winklevoss qui souhaitent monter un réseau sur le campus. Mais Zuckerberg leur coupera l'herbe sous le pied en utilisant leur idée et en l'améliorant : c'est la création de The Facebook. Entouré d'un groupe de fidèles, il tente de développer son outil, mais cela se fera par des ruptures avec ses premiers soutiens et des procédures judiciaires qui s'accumulent.

 

Zuckerberg est un être foncièrement intelligent, et c'est ce qui ressort le plus du film de Fincher. Mais il est tellement intelligent qu'il ne comprend pas que les autres ne le soient pas autant que lui, ce qui fait de lui un être imbu de sa personne, et assez antipathique. Sa vengeance première contre son amie qui le laisse tomber est pitoyable de bassesse et témoigne du peu de cas que Zuckerberg fait de l'être humain. Mais Fincher ne le condamne pas pour autant, et la personnalité de Zuckerberg devient du coup est un des attraits principaux du film.

 

L'autre point fort tient à la construction narrative : par un mélange chronologique des passages à l'université, du procès avec les Winklevoss et de celui avec son ancien ami et soutien financier Eduardo Saverin, Fincher parvient à rendre passionnant une histoire qui n'est au final que celle de quelques étudiants qui tentent de développer un nouvel outil informatique. Mais les voir s'enfermer dans une maison de Californie où les potacheries se mêlent à l'alcool et au développement informatique de Facebook permet de mieux se rendre compte de la jeunesse des protagonistes et de leur envie de faire sauter, à leur manière, un système d'information vérouillé. La présence du créateur de Napster aux côtés de Zuckerberg est d'ailleurs significative de cette envie de bousculer les codes en vigueur.

 

Enfin, l'interprétation des différents acteurs est à mentionner, en particulier celle de Jesse Eisenberg en Mark Zuckerberg, qui parvient à donner au personnage un côté détaché, au dessus de tous les jeux de pouvoirs qui se dessinent autour de lui, alors qu'on saisit très bien qu'il est attentif à toutes les luttes de pouvoir. Justin Timberlake est étonnant dans le rôle du cérateur de Napster, Sean Parker, jeune homme décomplexé qui n'a pour objectif que de développer Facebook. Mention enfin pour Andrew Garfield, qui joue le rôle de la poire, soit celui qui a investi une maigre somme indispensable au départ, et qui se trouve évincé du projet, certainement en raison de son côté gendre idéal qui ne colle pas tout à fait avec l'ambiance Facebook.

 

Fincher signe donc un film très intéressant, très bien construit, sur l'origine d'un phénomène planétaire dont on sait aujourd'hui qu'il aura du mal à être arrêté.

 

L'avis de Pascale, de Edisdead

 

Autre film de David Fincher : L'étrange histoire de Benjamin Button

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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 13:36

Le dindonFeydeau est actuellement un auteur très à la mode, notamment dans le théâtre public. De grands metteurs en scène s'en sont emparé, dans des salles renommées pour leur avant-garde comme Les Amandiers à Nanterre ou la Colline. Pourtant, je n'ai jamais été convaincu de la force des pièces de Feydeau. Ce sont des mécanismes très précis, huilés à la perfection, mais je trouve que les pièces se ressemblent beaucoup, et disent finalement peu de choses sur leur époque ou sur la nôtre. J'ai tenté de me débarasser de cette impression en allant voir le Dindon mis en scène par Philippe Adrien au théâtre de la Tempête, mais mon opinion a peu évolué.

 

Sur l'intrigue, c'est du classique : Lucienne Vatelin et son mari Crépin sont fidèles. Hormis une aventure londonnienne pour ce dernier, sa vie conjugale est sans nuage. Mais Lucienne a des prétendants : Rédillon, un jeune homme, et Pontagnac, un ami de son mari. Elle leur assure qu'elle ne trompera pas son mari, à moins qu'elle ne surprenne celui-ci dans les bras d'une autre femme. L'arrivée de Maggie, la maîtresse anglaise de Crépin, semble l'occasion rêvée pour Pontagnac d'amener Lucienne dans ses bras.

 

La scène d'ouverture, sur un plateau tournant, avec Lucienne se faisant courir après par Pontagnac, est d'une iventivité et d'une justesse admirable. L'ensemble de la mise en scène de Philippe Adrien est d'ailleurs très réussie.  Elle est enlevée comme il le faut, joue sur les aspects caricaturaux des personnages et des décors, et n'hésite à être très suggestive quand il le faut. C'est certainement une des originalités de la mise en scène, car là où beaucoup laissent à penser, Adrien souligne et surligne les envies et émois sensuels et sexuels des personnages. On quitte donc le monde bien sous tout rapport de la bourgeoisie parisienne pour laisser apparaître la bestialité et l'appétit sexuel des personnages. Une scène, dans l'hôtel, est néanmoins un peu moins bonne à mon avis, car Adrien en rajoute dans l'aspect stupide, et le personnage du mari anglais déguisé en lapin perd alors un peu de sa force.

 

Les acteurs sont également au diapason, plein de fougue et d'envie de nous faire entrer dans ce tourbillon de portes qui claquent. Si Vatelin (Pierre-Alain Chapuis) est surprenant avec une petite voix perchée, assez loin de l'image que je me faisais de ce mari presque parfait, les personnages masculins de Pontagnac (Eddie Chignara) et Rédillon (Guillaume Marquet) sont très réussis. Pour les femmes, elles étaient également toutes en grande forme, et si Luce Mouchel (Mme Pontagnac) a un rôle un peu ingrat, elle s'en est bien sorti. Mention néanmoins pour Alix Poisson en Lucienne Vatelin, brillante dans sa composition de femme du monde en proie à un dilemme insoutenable pour elle.

 

Une soirée plaisante donc, où on rit et sourit, mais je reste assez sceptique quant à l'enthousiasme qui entoure actuellement les pièces de Feydeau. Car si on passe un bon moment en assistant au spectacle, je trouve que le fond est trop limité pour en faire une oeuvre riche et ambitieuse.

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30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 07:06

les sept fousRemo Erdosain vient de se faire prendre les doigts dans le pot de confiture : il a détourné de l'argent dans l'entreprise où il travaille. Il essaie alors de s'en faire prêter, et se rapproche d'un groupe mené par un personnage mystérieux, l'Astrologue. Ce dernier a un projet fou : monter une société secrète, sur le modèle du Ku Klux Klan,  en Argentine. Il a pour objectif de diriger l'extraction de minerai, et de financer son projet en mettant la main sur les maisons closes. S'entourant de Haffner, appelé aussi le Ruffian Mélancolique, il compte sur Erdosain, qui doit notamment lui présenter le cousin de sa femme, Barsut, que l'Astrologue souhaite dépouiller.

 

Voilà un roman très étrange que ce livre signé Roberto Arlt. Auteur argentin du début du XXeme siècle, il est connu pour avoir exploré les milieux des sans grades de Buenos Aires. Dans ce roman,  suite à un vol et à une rupture avec sa femme, son héros se retrouve à faire partie d'un groupe qui a de  grands projets mafieux. Mais Erdosain ne semble jamais prendre la mesure du projet dans lequel il met les pieds. D'ailleurs, avec lui, on divague beaucoup, on prend des trains sans aucune raison vers des destinations lointaines, et on suit Erdosain dans ses rêves.

 

Car Erdosain est un grand rêveur. Il pense toujours à sa femme, se remémore leur rencontre. Il pense également à l'avenir, et surtout l'avenir proche, le moment où il devra extorquer de l'argent à Barsut avant de le tuer. Cette perspective, qui lui paraît au départ très banale, prend de plus en plus de place dans son esprit. Le moment précis lui fait peur, et un retournement final accentuera cette impression qu'Erdosain vit à côté du monde réel.

 

Il faut accepter de se laisser entraîner dans ce roman, car suivre les pensées d'Erdosain, qu'on ne quittera que peu, n'est pas toujours aisé. L'intrigue se perd en disgressions avant de revenir au sujet principal, mais on se demande assez régulièrement si on est dans la  vie ou dans les rêves d'Erdosain. . Le temps semble se dilater en sa présence, puisque du projet initial, on en restera à l'enlèvement de Barsut. On ne verra pas, en tout cas dans cet opus, ce que donnera cette société secrète. Mais Roberto Arlt a rédigé un autre roman, Les lance-flammes, qui semble une suite à ce première ouvrage. L'occasion de retourner sur les pas d'Erdosain qui s'il n'est pas un héros attachant, est un

defi classique

personnage lunaire et paumé dont on a envie de découvrir la vie.

 

Les sept fous, de Roberto Arlt

Traduit de l'espagnol par Isabelle et Antoine Berman.

Ed. Belfond

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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 07:27

les amours imaginairesFrancis et Marie sont jeunes et amis. Lors d'une soirée, ils font la rencontre de Nicolas, dont ils tombent tous les deux amoureux. Nicolas, en revanche, n'en aime aucun des deux. C'est cette histoire d'amour impossible que nous propose le jeune Xavier Dolan, qui incarne Francis dans le film. 

 

Me voici bien embêté pour parler du film. J'aimerai en dire du bien, car je suis convaincu que Dolan sait utiliser une caméra, qu'il connaît très bien le monde du cinéma, vu le nombre de références présentes dans le film (Hitchcock, Wong Kar Waï,...). Pourtant, j'ai eu l'impression d'assister à un exercice de style loin d'être réussi, car imprégné de trop d'artifices cinématographiques. L'usage abusif de ralentis, de filtres de couleur, mais aussi des changements de cadre lors des entretiens en face à face qui ponctuent le film, sont un signe trop évident que Dolan a voulu montrer qu'il savait faire. Or, quand le faire devient trop flagrant, le film perd de sa force.

 

Je crois que mon problème est d'avoir attendu un film réaliste sur une situation qui pourrait bien se produire. Le terme "Imaginaires" du titre avait pour moi le sens d'impossible, avec un amour non réciproque. Mais en sortant, et en y réfléchissant, je pense que ce film est une grande histoire abstraite et désincarnée sur un prototype de relation amoureuse. Le film gagne alors en crédibilité, mais n'emporte toutefois pas mon adhésion.

 

Alors, pourquoi une histoire abstraite ? Parce que les trois personnages, Francis, Marie ou Nicolas, n'ont à aucun moment des réactions réalistes. Les histoires d'amour font souvent surgir l'irrationnel, mais ici, il est poussé à l'extrême. Dans la vie, Francis et Marie sont amis, sauf qu'ils n'abordent jamais ensemble leur relation à Nicolas, et ne se comportent jamais comme des amis. Leur bataille dans la forêt, leur réconciliation finale et la chute du dernier plan vont dans ce sens : incapables de retenir la leçon de cette histoire, ils replongent aussi sec. L'élément déterminant qui me fait pencher pour cette version est d'avoir vu Marie avec son 43eme costume à la fin du film. Cette diversité de la garde-robe, seul élément tangible de la vie des protagonistes dont on ne sait strictement rien (ah si, Marie doit travailler un dimanche, mais on ne sait pas où) me fait irrémédiablement pencher pour une version onirique de l'histoire d'amour.

 

Je pense que ceci est d'autant plus vrai que Dolan incruste à plusieurs moments des témoignagnes de personnes ayant vécu des ruptures amoureuses délicates, qui sont en décalage complet avec l'histoire des trois jeunes amis. Voilà donc un film dont je suis sorti très partagé, et auquel je trouve toujours plus de défauts et de scories dans la fabrication que de qualité dans la narration ou la construction. Les acteurs ne sont pas en cause (Niels Schneider, Xavier Dolan ou Monia Chokri), même si les multiples ralentis ne mettent pas en évidence la subtilité de leur jeu. Je vous conseille tout de même de vous faire une idée, car le film ne laisse pas indifférent, mais je crains que ce qui plaît à ceux qui aiment soit ce que je reproche au film. Comme souvent.

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