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5 décembre 2010 7 05 /12 /décembre /2010 19:23

le nom des gensArthur Martin, vétérinaire spécialisé dans les épizooties chez les oiseaux, souffre de son nom, commun, qui rappelle à tous ceux qu'il rencontre une marque d'électro-ménager. Bahia Benmahmoud, avec son nom de ville brésilienne, a du mal à exliquer sa double origine arabe et française à ses interlocuteurs. Ces deux-là, cet homme sérieux admirateur de Jospin et cette jeune fille délurée, qui a pour objectif de coucher avec les mecs de droite pour les faire voter à gauche, n'ont a priori rien à partager. Sauf que leur histoire prend un tour qu'aucun des deux ne soupçonne.

 

Michel Leclerc signe une des belles surprises cinématographiques de cette fin d'année 2010. En abordant sous l'angle de la comédie des sujets aussi difficiles que le génocide des juifs ou les difficultés d'intégration des immigrés algériens, il parvient à les rendre dans tout ce qu'ils ont de complexe, sans jamais donner l'impression de donner des leçons. L'une des bonnes idées du film tient à ses face caméra d'Arthur et de Bahia, qui prennent la parole pour expliquer leur histoire et les problèmes qu'il rencontre. Une autre très bonne idée est de montrer Arthur à différents âges de son existence (enfant, lycéen, adulte), et de faire dialoguer le personnage avec ce qu'il était ou ce qu'il deviendra.

 

Le scénario, signé Michel Leclerc et Baya Kasmi, est une très belle réussite. Les répliques font mouche, les situations comiques s'enchaînent sans jamais tomber dans le graveleux ou la facilité. Et même lorsque Bahia se retrouve nue dans le métro, la situation est amenée de telle manière qu'on ne peut que sourire face à cette farce.

 

Enfin, la grande force du film, c'est son casting. Quels plaisir, joie, jouissance de voir Sara Forestier s'emparer du rôle de Bahia, de lui insuffler une fraîcheur, une candeur et un volontarisme qu'on avait peu vu jusque là. On a envie de suivre cette fille dans tout ce qu'elle a d'excessif ou d'irraisonnable, et on est séduit par la merveilleuse prestation Sara Forestier, qui confirme enfin tout le bien montré dans L'esquive. Arthur est incarné par le toujours très bon Jacques Gamblin (je crois que cet acteur ne m'a jamais déçu). Et les quatre parents sont également à mentionner, car ils participent à l'mabiance joyeuse et engagée du film : Zinedine Soualem, Carole Franck, Jacques Boudet et Michèle Moretti. Enfin, mention à Lionel Jospin, qui fait des premiers pas remarqués au cinéma.

 

Si vous avez froid, que décembre vous semble déjà long, ou que la situation sociale et politique actuelle vous sort par les yeux et que vous avez déjà vu Potiche (l'autre comédie réussie du moment), allez voir Le nom des gens, qui est vraiment une très bonne comédie qui n'élude pas les questions politiques et sociales. C'est vraiment un très chouette film !

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2 décembre 2010 4 02 /12 /décembre /2010 00:00

L-angoisse-du-roi-SalomonSalomon, le roi du pantalon, aujourd'hui en retraite, n'aime pas vivre seul. Pour s'occuper, il a monté une assistance téléphonique pour les personnes en détresse. Pour l'aider, il s'entoure de trois taximen, dont Jean le narrateur, qui se partagent le même véhicule et qu'il emploie pour qu'ils rendent visite aux personnes en détresse. Il demande à l'un d'eux d'amener des fleurs à Cora Lamenaire, ancienne chanteuse réaliste en vogue qui a tout perdu après guerre pour avoir aimé un collabo. Cette femme est pour Salomon une déchirure qu'il tente de soigner, mais tous ses efforts ne lui permettront pas de dissiper toutes ses angoisses.

 

Je ne connaissais Romain Gary que par La vie devant soi, autre roman qu'il a signé de son pseudo Emile Ajar. A la lecture, j'ai ressenti un vrai lien entre les deux textes, avec notamment cette envie de dépeindre l'intrigue du point de vue d'un personnage, Jean, ayant un regard naïf sur ce qui se passe. Ici, notre narrateur profite de l'maitié du roi du pantalon pour se rapprocher de Cora, avec qui il aura une liaison, liaison qui rentre en conflit avec l'histoire qu'il vit avec Aline, une libraire. Gary/Ajar nous promène donc dans cette histoire avec des individus meurtris, en particulier Salomon et Cora, séparés par un événement qu'ils n'arrivent pas à surmonter.

 

ronde.jpg

Pourtant, je n'ai pas été vraiment captivé par cette histoire, que j'ai trouvée un peu facile, par moments douceureuse. Surtout, j'ai été gêné par l'écriture de Gary, que je trouve ici beaucoup plus forcée et moins naturelle que celle qu'il utilise dans La vie devant soi. Mais je remercie tout de même Yueyin pour ce maillon de la chaîne, car il m'a remis le pied à létrier de l'oeuvre d'Ajar. Et cela me donne envie de voir l'autre côté de l'auteur, soit Romain Gary.

 

L'angoisse du roi Salomon, d'Emile Ajar (Romain Gary)

Ed. Folio

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 22:30

dernier-guerillero m[déjà paru sur Biblioblog] L'histoire ne s'écrit pas seulement avec des héros, des personnages hors normes ou aux facultés supérieures à la moyenne. L'histoire, c'est aussi celle de ceux qu'on oublie, et qui à leur façon, en écrivent une partie. Car chaque individu peut écrire l'histoire ou y être confronté, sans s'attendre à ce qu'elle surgisse. C'est en parlant de ceux qui vivent l'histoire que Didier Daeninckx aborde différents événements de notre passé collectif célèbres ou non.

 

S'il y a un point commun à presque toutes les nouvelles de ce recueil, c'est ce rapport à l'histoire. Dans certaines, comme les deux premières, on y plonge aux côtés des protagonistes. On partage ainsi la vie d'Antoine Varlot, soldat de la guerre de 14-18, condamné à mort et fusillé pour avoir chanté un air interdit. Puis c'est l'histoire d'un jeune ouvrier, qui vit les grèves de 1936, les espoirs et les désillusions qui ont suivi. Mais à chaque fois, Daeninckx ne se limite à une simple description de ce passé, mais évoque les conséquences de ces actes dans un futur proche, par l'intermédiaire d'un monument aux morts ou par l'action d'une enfant lors de mai 1968.

 

Dans d'autres nouvelles, l'histoire parvient jusqu'aux personnages de manière inattendue. Dans Gare aux enchères, alors que les nouveaux propriétaires d'une ancienne gare pensent avoir trouvé l'endroit rêvé, ils découvrent que les rails ont servi autrefois à conduire les convois dans les camps de détention de Pithiviers ou de Beaune-la-Rolande. Dans Vestiaires, la découverte d'ancien casiers des ouvriers d'une usine sucrière fait remonter l'histoire de ce passé industriel. Et parfois, les recherches historiques n'aboutissent pas, comme dans la dernière nouvelle, où un personnage cherche à retrouver un homme ayant porté son nom quelques années auparavant.

 

Mais la marque de fabrique est également de mettre en avant le destin d'hommes oubliés. Comme celui de Jacques Benzara, jeune tunisien invité à venir à jouer au football au Red Star, en banlieue parisienne, qui deviendra une vedette de l'équipe de France d'avant-guerre, mais qui sera victime des lois racistes du régime de Vichy. Personnage fictif, il est néanmoins inspiré du destin d'un boxeur, Young Perez, qui a connu le même parcours. Dans Le dernier guérillero, on découvre la rencontre entre un jeune homme et le gardien de son foyer de jeunes travailleurs, qui s'avère être un ancien combattant républicain espagnol. Homme qui a combattu pour la liberté, et qui se verra refuser la nationalité à la fin de sa vie, alors que son fils a réussi à devenir député.

 

Toutes les nouvelles n'ont néanmoins pas cet aspect historique. On passe ainsi d'une histoire inspirée de la vie de Jean-Dominique Bauby, cet handicapé qui ne s'exprime qu'en clignant des paupières, à celle d'un tueur en série d'autostoppeur, en passant par celle d'un Père Noël perdu en Nouvelle-Calédonie. Daeninckx ne se prive d'ailleurs pas pour avoir un regard sur le société contemporaine, comme dans cette nouvelle, En attendant Rodolphe..., dans laquelle il fustige la rigidité de l'éducation et de la pensée bourgeoise et militaire. Un recueil qui fait voyager, dans le temps et l'espace, et qui porte un regard sans concession sur notre société, en essayant de faire appel à notre histoire, pour que le lecteur n'oublie pas d'où il vient.

 

Le dernier guérillero, de Didier Daeninckx

Ed. Folio

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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 13:11

rubberRubber, c'est l'histoire d'un pneu. Au beau milieu du désert californien, Robert (notre pneu) se réveille, prend vie, trébuche en apprenant à rouler, et découvre son pouvoir de destruction. Après avoir écrasé une vulgaire bouteille d'eau en plastique, il s'attaque à un scorpion puis à un lapin, qu'il parvient à tuer en le faisant exploser. Mais Robert ne s'arrête pas là, et tous ceux qui se mettront en travers de son chemin seront des victimes potentiels de sa folie tueuse.

 

Pendant que Robert le pneu tue, il est observé par une bande de touristes à jumelles qui épient ses faits et gestes. Surpris par la violence de ce dernier, ils cherchent à découvrir ses motivations. Mais eux aussi sont abandonnés en plein désert, et s'ils ne sont pas des victimes directes de Robert, on peut dire que c'est la société du spectacle qui sera leur bourreau.

 

Voilà un drôle de film, qui d'un postulat totalement ahurissant, soit suivre un pneu tueur pendant 1h25, parvient à être une analyse critique assez poussée du monde de loisir et de consommation dans lequel nous vivons. Et qui interroge notre position de spectateur, capté et happé par cette histoire complètement loufoque, craignant ce qui va advenir à la femme de ménage qui a osé sortir Robert de la douche, alors que tout ceci n'a aucune portée réaliste ou rationnelle. Comme le dit le policier de l'histoire au début du film dans une séquence hilarante, tout ceci n'a aucune explication, le "no reason" étant le point de départ du long-métrage.

 

En jouant avec les codes du thriller, Quentin Dupieux signe un film assez jouissif et déroutant : comment peut-on être intéressé par la vie d'un pneu qui roule ? Jusqu'où la fiction emmène le spectateur ? Et quand le  policier, essayant de montrer à ses collègues qu'ils sont en train de jouer, se fait tirer dessus et ne meurt pas, le spectateur est plongé dans un abîme entre réalité et fiction que Dupieux parvient à subtilement mettre en place, pour faire tenir cette histoire pendant 1h30.

 

Film résolument drôle et décalé, mais aussi mise en abîme de la position du spectateur qui se voit en train de regarder le pneu, Rubber est une  oeuvre à découvrir, car je suis certain que vous ne verrez plus jamais les pneus de la même façon !

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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 07:51

troisfemmespuissantesFanta, Nora, Khady Demba. Trois femmes au destin malheureux, partagées entre leur solitude et leurs liens complexes avec leur terre d'origine. Trois femmes que Marie NDiaye nous fait découvrir, parfois au travers des yeux de leur mari, comme pour Fanta, professeur au Sénégal mais rien en France, ayant suivi son mari, ancien professeur devenu vendeur de cuisine. Nora, elle, retourne après plusieurs années voir son père et son frère, en Afrique. Une Afrique qu'elle a quittée il y a longtemps, tout comme son père l'a quittée, lui qui a fui le domicile familial en emmenant son frère. Quant à Khady Demba, elle est celle qui souhaite quitter l'Afrique, partir coûte que coûte pour arriver en Europe, pays où elle pense pouvoir avoir une vie décente.

 

Ces trois femmes, différentes mais qui se retrouvent dans leur lutte contre un monde hostile, font preuve de courage pour surmonter cette vie qu'on leur impose. Loin de chez elles et de leur position sociale antérieure, comme Fanta, ou loin d'une famille qu'on a hâte de retrouver, comme pour Nora et son frère. Ou encore loin de la terre vu comme un elodrado.

 

Ces trois histoires, qui constituteraient presque trois nouvelles indépendantes s'il n'y avait pas un lien géographique ténu, m'ont surtout beaucoup plu par l'écriture de Marie NDiaye. Les intrigues, en soi, n'ont que peu d'importance, finalement. L'histoire de Khady Demba, celle d'une femme qui tente d'arriver en Europe par tous les moyens, devient un thème assez fréquent en littérature, même si Marie NDiaye prend ici l'histoire du côté féminin. Ce qui permet une approche du thème souvent négligé dans ces cas-là, comme la prostitution.

 

Mais vraiment, j'ai savouré ce livre, par petits bouts, car je me suis laissé bercé par cette écriture, poétique et aux frontières du fantastique, avec un ensemble plus réaliste que l'intrigue de Rosie Carpe. Marie NDiaye donne de l'ampleur à son récit, à toutes ses phrases, et par là même à ses personnages. Car on se prend finalement d'amitié pour ces trois femmes, dont on ne connaît finalement que peu de choses. Et l'écriture de Marie NDiaye n'est pas pour rien dans cette empathie qui prend le lecteur, heureux d'avoir rencontré ces trois destins hors du commun, et ravi d'avoir croisé la plume de Marie NDiaye.

 

Autre roman de Marie NDiaye : Rosie Carpe

 

D'autres avis chez Bob

 

Trois femmes puissantes, de Marie NDiaye

Ed. Gallimard

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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 19:00

venus noireSaartjie Baartman, jeune femme originaire d'Afrique du Sud et aux caractéristiques physiques hors norme, se produit à Londres, dans un spectacle exploitant son aspect soit-disant sauvage. Lors de représentations dans un cabanon, elle joue à la femme cannibale, ne sachant pas parler, et doit se laisser toucher par les spectateurs, sur ordre de son producteur, Hendrick Caezar. Si quelques précurseurs des défenseurs des droits de l'homme tentent de la protéger, Saartjie ne réussira pas à sortir de son rôle de négresse étrange. Et que ce soit le public peu fortuné, les salons parisiens ou l'Académie royale de médecine, tout le monde est fasciné par ce personnage qui sort de l'ordinaire. Mais  pour Saartjie, c'est malheureusement un enfer.

 

Comme j'aurai voulu adhérer totalement à ce film ! Comme j'aurai aimé que Kéchiche réussisse à m'émouvoir, à me questionner sur mon rôle de spectateur, sans retenue ! Pourtant, je suis sorti de la salle assez déconfit, car si le réalisateur parvient à donner de l'ampleur à son film pendant presque deux heures, je trouve que la dernière est de trop.

 

Commençons par le début, donc, le plus intéressant à mes yeux. Que les scènes de spectacles dégradants pour Saartjie (Yahima Torres, exceptionnelle dans ce rôle) se succèdent et se répêtent ne m'a pas gêné, au contraire, c'est un des éléments constitutifs du film. Que les plans durent, s'allongent, est également une des marques de fabrique de Kéchiche, et cela fonctionne dans de nombreuses scènes, comme celle dans la taverne. Ce qui est frappant, c'est qu'en plus de nous apprendre la vie malheureuse de cette femme, Kéchiche en profite pour nous questionner en tant que spectateur. Certains y ont vu une forme de voyeurisme imposé, et je ne partage pas du tout ce sentiment. On voit un spectacle humiliant, dégradant, bien sûr, mais je ne vois pas en quoi le speectateur est voyeur en allant à cette projection. Kéchiche le remue, le bouscule, mais on est prévenu dès le début du film (magnifique d'ailleurs, avec ces plans sur la statue qu'on s'attend à voir bouger).

 

Deux autres points m'ont beaucoup intéressés. Le premier concerne ces défenseurs des droits de l'homme avant l'heure, qui prennent fait et cause pour la jeune femme sans jamais lui demander son avis. Ils sont désavoués, et cette scène au tribunal illustre bien les dérives d'une certaine forme d'ingérence, au nom de principes tout à fait honorables, mais qui a surtout pour but d'alléger le coeur de ses protagonistes plutôt que de l'améliorer la vie de la femme bafouée. L'autre point concerne les scientifiques, autour de Georges Cuvier. Ont-ils le droit, au nom de la science, de faire subir à Saartjie Baartman tout une batterie de tests, uniquement parce qu'elle a un physique particulier ? Kéchiche répond par la négative, en peignant les médecins comme les spectateurs du cabanon, prêts à payer pour voir le tablier hottentot (les organes génitaux, donc), de la jeune femme.

 

Malheureusement, j'ai trouvé que la fin du film, après cette séance médicale éprouvante, tombe dans une description assez misérabiliste de la vie de Saartjie. Utilisée par son nouveau producteur (Olivier Gourmet, inquiétant au possible) dans les salons libertins ou prostituée, seule ou dans une maison, elle erre, en utilisant son corps, unique objet qu'elle a à vendre. Le message est moins clair, hormis pour montrer que la vie de Saartjie, a vraiment été un calvaire. J'ai trouvé cette fin longue, avec une scène d'orgie sexuelle notamment qui dure, dure, dure...

 

Mais le générique permet de redonner du crédit au film, avec des images d'archives du discours de Scharwtzenberg et celles du retour du corps de Saartjie Baartman en Afrique du Sud. Tout cela après que ses organes génitaux et sa statue en plâtre ont été exposés pendant 150 ans au musée de l'homme, à Paris.

 

Alors, difficile de recommander ce film sans réserve, mais c'est néanmoins un film à découvrir. Mieux vaut être averti de ce qu'on va voir, car certaines scènes peuvent être dures, mais je pense vraiment que le film aurait gagné à être un peu plus court, surtout pour les scènes de la dernière heure. Mais allez-y, tout de même !

 

Autre film d'Abdelhatif Kéchiche : La graine et le mulet

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22 novembre 2010 1 22 /11 /novembre /2010 20:00

double amourCeci est un billet de cinéma prétexte pour vous parler d'une rétrospective qui a lieu actuellement à la Cinmathèque française. Le thème : la maison de production Albatros, qui a permis à des auteurs russes installés à Paris et à des français (Epstein, L'Herbier), de réaliser des films.

 

Le double amour est un film de Jean Epstein, réalisé en 1926, qui raconte l'histoire d'une femme, qui doit renoncer à son amant qui a des dettes d'argent pour cause d'une dépendance au jeu. Mais notre jeune héroïne est enceinte de ce même homme, et son fils, une fois atteint l'âge de vingt ans, aura les mêmes inclinations que son père.

 

Le film ne vaut pas vraiment pour son intrigue, assez moraliste, ni pour le jeu des acteurs, qui comme souvent dans les films muets est assez outré. Le véritable intérêt, c'est que le film est accompagné par un musicien, sur scène. L'alliance des images et du son, improvisé en direct, est au final assez intéressant. Et si on fait au début attention au musicien, ou l'onblie peu à peu, tant la musique devient un complément au film. En ce qui me concerne, le film était accompagné au piano par Jean-François Zygel, bavard comme toujours mais très bon musicien.

 

Si donc vous n'avez jamais assisté à un ciné-concert, cette rétrospective qui dure jusque dimanche 28 novembre est l'occasion pour vous y rendre. C'est à la fois un documentaire sur les films des années 1920, et une expérience artistique très intéressante.

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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 15:00

roms-tsiganes-voyageurs

[Billet déjà paru sur Biblioblog] Durant tout l'été, les Roms ont été, malgré eux, à la une de l'actualité. Et les différentes sorties politiques ont montré à quel point nos responsables n'avaient qu'une connaissance partielle et partiale de cette communauté. Dans ce petit essai paru au printemps, donc avant les polémiques estivales, Claire Auzias ne prétend pas décrire l'ensemble de l'univers des Roms, mais offre une introduction éclairante sur le sujet.

 

Claire Auzias connaît bien l'univers des Roms, puisqu'elle y a déjà consacré plusieurs ouvrages. Ici, en quatre chapitres, elle donne les grands éléments fondateurs de l'identité rom. Le premier chapitre est consacré à l'origine de ce peuple. Venu d'Inde, on ne sait pas grand chose des origines du peuple : les raisons de leur départ, la date précise de celles-ci restent inconnues. Les recherches historiques fournissent des informations plus précises à partir du Moyen-Age, puisqu'on parvient ensuite à suivre le parcours des Roms, en particulier en Europe. Mais la légende n'est jamais loin qu'elle soit persane au Moyen-Age ou qu'elle parle des Roms comme des membres de la garde du roi de Bohême, d'où leur appellation de "bohémiens" en France.

 

Le second chapitre est d'ailleurs consacré à l'histoire de la dénomination de Roms. Car si les termes de roms, tsiganes, gitans, bohémiens... sont souvent utilisés de manière indifférenciée, chacun a sa raison d'être. Certains sont liés à un territoire particulier, comme les Gitans qui ne sont présents qu'en Europe du Sud. Ou leur origine, comme les manouches, roms originaires d'Allemagne et arrivés en France. Claire Auzias expliquent que le choix de ces différents termes n'est pas neutre, car en politique, nommer, c'est classer, différencier. Mais si les noms différent, elle est convaincue que la culture rom existe, et qu'il faut donc se placer dans ce contexte, qu'on parle des Gitans, Manouches ou Tsiganes.

 

L'auteur aborde ensuite des thèmes politiques, qu'ils soient historiques comme l'esclavage et l'extermination dont furent victimes les roms, ou actuelles, concernant l'intégration des Roms dans les sociétés occidentales. Claire Auzias semble avoir un regret, dans ce qu'elle expose : que les Roms ne se soient pas pleinement emparés de leur histoire, de leur représentation politique. Il ne sera pas possible qu'ils soient pleinement intégrés s'ils ne font pas le choix de s'intéresser eux-mêmes à ce qui les touche. Car si les Roms sont théoriquement protégés contre les discriminations, cela n'est dans les faits pas le cas. Et ils ne pourront sortir de la vision que les dominants ont d'eux qu'à condition de s'approprier la construction de cette vision. Processus en cours, mais qui n'a pas encore abouti.

 

Cet essai est court, et ne permettra pas de découvrir en profondeur l'histoire et les problèmes actuels des Roms. Mais il constitue une très bonne introduction, et a le mérite de fournir une bibliographie qui devrait assouvir les envies de découvertes de chaque lecteur.

 

Roms, Tziganes, Voyageurs : l'éternité et après ?, de Claire Auzias

Ed. Indigènes - Ceux qui marchent contre le vent

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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 12:48

poticheFrançois Ozon est un réalisateur ecclectique : il passe avec une aisance et une rapidité assez folle du drame (Le temps qu'il reste, Sous le sable, Le refuge) au film en costume léger (Huit femmes, Angel), en passant par des propositions plus fantastiques (Ricky). Potiche se situe dans cette seconde catégorie. Comme pour Huit femmes, Ozon est parti d'une pièce de théâtre. Et il est accompagné par Catherine Deneuve, la potiche du titre, tout comme dans Huit femmes.


Catherine Deneuve incarne Suzanne Pujol, épouse de Robert Pujol, industriel du parapluie aux méthodes d'encadrement peu appréciées par ses salariés. Il ne supporte d'ailleurs pas la grève menée par ses ouvriers, et doit céder sa place à la tête de l'usine en raison de soucis de santé. C'est Suzanne qui s'y colle, en incarnant un patronat ouvert, à l'écoute, même si cela n'empêche pas les conflits.

 

Ozon ne fait pas oeuvre de réalisme, et se serait se tromper de croire que cette histoire, avec un patronat souriant, inventif et presque fun, a la moindre prétention de décrire la vie d'une usine. Ici, l'usine de son père, reprise par Suzanne, n'est qu'un prétexte pour suivre l'émancipation de cette femme, qui se libère du pouvoir dominant de son mari, mais qui n'en oublie par pour autant sa féminité, comme le montre son flirt constant avec le députe-maire de la ville et ancien amant.


Le film vaut en fait surtout pour sa galerie de portrait, même si Ozon n'oublie pas quelques références bien senties à l'actualié. Car voir Jérémie Rénier en blondinet artiste fils à sa maman, et Judith Godrèche en femme soumise à son mari et à ses dogmes libéraux, avec une coiffure incroyable, est un vrai plaisir. On se promène avec eux dans cette usine où on aperçoit tout de même les ouvriers, dans la campagne de Saint-Amand-les-Eaux où Catherine Deneuve prtaique le jogging dans un merveilleux survêtement rouge. On se laisse prendre par cette histoire, emmener par Ozon et Deneuve qui porte une grande partie du film, au fil des références à son parcours et des amours perdus de cette femme qui se découvre sur le tard. Un joli moment de détente, et ce serait dommage de s'en priver, car Ozon sait rendre les sujets à priori futiles plus profond qu'il n'y paraît.

 

Autre film de François Ozon : Le refuge

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 18:55

Enfants-Du-SiecleAlfred de Musset a eu pour projet d'écrire une grande pièce en cinq actes, intitulée Enfants du Siècle, mais la mort du dramaturge a fait que le projet n'a jamais abouti. A partir de cette tentative avortée, Benoît Lambert a réuni deux pièces de Musset pour tenter de rendre ce qui aurait pu être la création de Musset.

 

Ces deux pièces, ce sont Fantasio et On ne badine pas avec l'amour. Si les sujets des deux pièces sont a priori assez différents, la combinaison de ces deux oeuvres est finalement assez convaincante.

 

Fantasio est un homme endetté, qui remplace au pied levé le bouffon du roi tout juste décédé pour garder une place à la Cour. Alors que le Roi de Bohême prépare le mariage de sa fille avec celui qu'il pense être le Prince de Mantoue (et qui n'est en fait que son aide de camp), Fantasio va peu à peu prendre place dans cet univers, avant de le flanquer par terre par une blague d'adolescent.

 

On ne badine pas avec l'amour est au premier abord plus légère. Perdican et Marianne ne sont pas vus depuis longtemps, et le père du premier rêve que son fils épouse sa nièce, mais chacun des deux protagonistes trouvera des stratagèmes pour tester l'amour de l'autre. Le problème, c'est que leurs jeux amoureux feront une victime innocente.

 

Dans les deux pièces, on retrouve les scènes de séduction, versant comique dans Fantasio avec un Prince totalement déjanté, et beaucoup plus profond dans la seconde. Dans les deux cas, Emmanuel Vérité, qui incarne le Prince et Perdican, est d'une justesse incroyable. Plein de fougue puis en amoureux qui refuse de se l'avouer, il occupe la scène. A ses côtés, l'ensemble de la distribution est au diapason, que ce soit Pierre Ascaride en Roi autoritaire ou en père dépassé, ou les jeunes filles, Morgane Hainaux et Marion Lubat. Car il est intéressant de noter que ce sont les mêmes comédiens qui reviennent dans les deux pièces, jouant des personnages différents, ce qui permet de se rendre compte de leur puissance de jeu.

 

L'exception, c'est Fantasio, grimé comme le Joker dans sa version Heath Ledger et tout aussi inquiétant, qui sera des deux pièces. D'élément perturbateur dans la première pièce, il devient le narrateur de la seconde, imposant sur l'ensemble du spectacle l'inquiétude qui émane de ses traits. Mais celle-ci est balancé par le pouvoir humoristique des autres comédiens, notamment par cette scène hilarante dans laquelle le précepteur de Perdican (Stéphane Castang) fait part au roi des ragots autour de la gouvernante de Marianne, dans une scène où il prend ses doigts pour des marionnettes.

 

Un dyptique qui vaut donc tout à fait le déplacement, notamment pour On ne badine avec l'amour, auquel Benoît Lambert donne une couleur tout à fait intéressante, entre farce et conte cruel. Et l'ensemble est servi par une utilisation admirable de la musique, signée Jean-Pascal Lamand, qui transforme certaines scènes en séquences cinématographiques, et finit  de convaincre le spectateur quant au choix du mettteur en scène et à la cohérence de l'ensemble.

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