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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 08:33

la-femme-du-Blanc.jpgLa femme du Blanc se nomme Beautiful. Dans les années 30, elle a épousé le colon chez qui travaillait son père. Cette union contre nature, pour l'époque, a beaucoup fait parlé  et a laissé une trace indélébile pour les habitants du village : Beautiful, la femme peul, la femme médecine, libre, indépendante, est une grande figure locale. Sa petite-fille, Astaï, décide d'aller sur ses traces, munie d'une boîte en carton qui contient des fragments de la vie de sa grand-mère.


Astaï va ainsi questionner son entourage, notamment ceux qui ont connu sa grand-mère lorsqu'elle était encore en vie. Elle tente de reconstruire cette personnalité atypique à partir des morceaux qu'elle recueille. Elle décide même de faire un voyage en France pour aller sur les traces de son grand-mère, René, le colon. Car on ne sait pas grand chose de lui, hormis la légende prétendant que c'est un poilu de la Grande Guerre, légende qui restera entière.


Rapidement, le roman sort du cadre habituel du roman sur la recherche des origines pour devenir un récit de rencontres. La quête d'Astaï est pour elle l'occasion de faire la connaissance de femmes, souvent blessées et meurtries par la vie, qui vont lui permettre d'avoir un autre regard sur sa grand-mère. Car si les femmes rencontrées n'ont pour la majorité d'entre elles aucun lien avec Beautiful, elles donnent à Astaï une autre vision de la vie. Ces femmes sont des prostituées, des sans domicile, des femmes internées dans un maison d'accueil, des femmes battues.


Si le propos est globalement intéressant, j'ai eu beaucoup de difficulté à entrer dans ce roman et à me prendre d'empathie pour les histoires contées. J'ai été accroché au départ par la vie de Beautiful, qu'on perd rapidement de vue. Par la suite, j'ai eu énormément de mal à me repérer dans la construction du récit. La narratrice change régulièrement (presque à chaque chapitre, voire en cours de chapitre), donnant la parole à ces femmes qu'on découvre, mais qui sont restées pour moi des personnages superficiels.


Peut-être n'étais-je pas dans une période propice à la lecture d'un tel ouvrage, fractionné, où les histoires s'enchaînent sans lien direct ou clairement explicité. Je trouve néanmoins que tout cela manque de liant et je n'ai pas pris beaucoup de plaisir à la lecture de cet ouvrage.

 

La femme du Blanc de Muriel Diallo

Ed. Vents d'ailleurs

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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 18:00

severe.jpgLa mort d'Edouard Stern, banquier français, avait défrayé la chronique en 2005. Il avait été retrouvé tué de plusieurs balles, couvert d'une combinaison en latex. C'est ce fait divers qui a inspiré Régis Jauffret pour son roman Sévère.

 

Jauffret a suivi pour le Nouvel Observateur le procès de la meurtrière de Stern, la maîtresse du banquier. Il prend comme figure de son roman cette maîtresse et son amant, et raconte leurs jeux érotiques et la relation qu'ils ont noué. Que Jauffret s'empare d'un sujet pareil est assez peu surprenant. Il  aime bien les personnages décalés, qui ont des attitudes hors norme. Et son goût pour la narration de scènes érotiques était également un point positif. Ce qui est surprenant, c'est le traitement qu'il en fait. L'écriture et la narration sont en effet très sobres, et les scènes de jeux érotiques ne sont que rapidement évoquées. Un peu comme si Jauffret n'avait pas eu besoin d'en rajouter, tellement les faits relatés étaient extraordinaires et éloquents. Du coup, il se concentre sur la jeune femme, qui prend en charge le récit. Elle raconte le début de cette histoire, comment elle en est arrivée à le tuer et pourquoi elle a tenté de fuir. Le récit est chronologiquement décousu, mêlant des scènes précédent et suivant le meurtre, mais tout à fait intelligible. 

 

On sent que Jauffret est très intéressé par le personnage de cette femme, avec un amant possessif, brutal, un mari lâche ou compréhensif, on ne sait pas trop. Il décrit le plaisir qu'elle prend à cette relation de domination entre elle et ce banquier et la jouissance qu'elle y trouve. Sévère est un roman que j'ai trouvé, malgré le sujet, assez facile à lire, car Jauffret reste très sobre, presque clinique. Et du coup, j'ai perdu de vue ce qui me marque d'habitude chez Jauffret, son outrance, ses comparaison osées parfois scabreuses et son goût de la provocation. Un peu comme si la réalité avait bridé son imagination. A noter que Jauffret avait à l'époque de la parution du livre fait face aux attaques de la famille de Stern, alors qu'il précise dans un préambule que cette histoire n'est qu'une fiction et qu'il faut la lire comme telle. Un avertissement insuffisant.

 

une-histoire-damour.jpgC'est de ce roman qu'Hélène Fillières s'est inspiré pour signer son premier film, Une histoire d'amour. On retrouve dans les rôles principaux Benoît Poelvoorde en banquier, Laetitia Casta en maîtresse et Richard Borhinger en mari. Le film est assez fidèle au roman, notamment dans la construction chronologique. Les acteurs sont assez bons dans leur registre, en particulier Poelvoorde dans une composition assez loin de ces rôles les plus connus. Mais le film manque de nuance. Car là où Jauffret met en avant la préméditation du meurtre, Hélène Filières laisse l'ambiguité. De même, le personnage de la femme est assez mal traité. On ne ressent jamais, dans le film, quel est le plaisir qu'elle trouve dans cette relation parfois source de violence. Ce n'est pas une victime, mais on ne comprend pas vraiment ses motivations. Enfin, le défaut principal du film est à mon sens un abus des effets de stylisation, avec ralentis ou gros plans très visibles. C'est d'autant plus dommage qu'elle avait choisi un décor neutre, froid, très géométrique, et qu'elle n'en utilise pas toutes les potentialités. Un premier film un peu décevant, donc.

 

Sévère de Régis Jauffret

Ed. du Seuil

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 18:44

otherworldly.jpgVoilà, Fantastic dans la métropole lilloise, c'est fini pour cette année. C'est donc le moment du bilan, un peu plus d'un mois après le bilan de mi-parcours.

 

Au niveau des expositions, Phantasia, présentée au Tri Postal, était vraiment le centre du dispositif. C'était une bien belle exposition, surprenante, parfois déroutante, parfois très ludique, qui méritait bien que nous y retournions pour tout revoir et la visiter de fond en comble. Autre seconde visite, celle à la gare Saint-Sauveur, que j'ai vu d'un oeil plus positif que ma première visite, notamment grâce à cette grande installation faite de scotch, très photogénique.

Pour ce qui est des expositions vues depuis la dernière fois, je tiens à mentionner celle du Muba, à Tourcoing. Intitulée Otherworldly - Des mondes iréels (voir affiche), elle présentait des dioramas, maquettes représentant des scènes réalistes ou non. L'un des éléments les plus intéressants était la présentation de photos faites de ces maquettes. Pour certaines, il était impossible de dire que c'était une construction en miniature, et pas un paysage réel. Bluffant.

A Roubaix, dans la magnifique cadre de la Piscine, l'exposition était consacrée à Chagall. Je ne conaissais rien ou presque à l'artiste, et l'exposition permet de découvrir toutes les facettes de l'artiste : peintre, sculpteur, dessinateur de costumes de théâtre,... Au Museum d'histoire naturelle (joli bâtiment), ce sont les étrangetés anatomiques qui sont mises en avant. Exposition rapide mais qui permet de découvrir des animaux fanstastiques et des étrangetés bien plus naturelles. Enfin, petite déception pour l'exposition présentée au LAM de Villeneuve-d'Ascq. Intiulée La ville magique, j'en attendais beaucoup. Ma déception est liée au fait que l'exposition était limitée à une période très précise, l'entre-deux-guerres. Du coup, si les éléments présentés ne sont pas initéressants (la verticalité de New-York face au foisonnement de Berlin, l'apport du cinéma dans le traitement de la ville), j'ai trouvé cela trop limité. Dommage.

 

Bien entendu, il y avait aussi toutes les installations dans la rue et les bâtiments de la ville. Outre la visite de la maison à l'envers (sensation de vertige), j'ai eu l'occasion de découvrir le dôme lumineux à l'Eglise Sainte-Marie-Madeleine. En s'approchant du dôme, la lumière se dirigeait vers nous et faisait s'écarter les feuilles qui le recouvrait, donnant une ambiance lumineuse très originale. Un terrain de foot bosselé se cachait également ans le quartier Moulins. Nous avons également découvert les cabinets de curiosités intimes, collections de théières, de schtroumpfs ou de vieilles radios.

 

En terme de spectacles, j'ai assisté à un très beau ciné-concert consacré au film de Robert Wiene, Le cabinet du docteur Caligari. La formation n'était pas l'orchestre national de LIlle comme pour Métropolis, mais un quartett très intéressant, avec percussions, accordéon, saxophone et basse. Pour ce qui est du théâtre, la très belle relecture de Cendrillon par Joël Pommerat mérite vraiment le coup d'oeil, pour les petits comme pour les grands.

 

Puis il y a eu les expériences aquatiques. D'abord celle des bains nordiques, installés dans le Pop-up, installation éphémère, de Lille-Sud. Ce fut l'occasion de très agréables et relaxantes baignades dehors, de nuit et par une température de 10 degrés,  dans une eau à 36°-40°. C'était tellement chouette que nous y sommes retournés deux fois ! Puis il y a eu le week-end de clotûre, avec la mise au fantastique de la piscine de Saint-André. Musique, objets flottants, lumières colorées, jeux de société dans le petit bassin : c'est une façon très originale de se baigner.

 

Je suis donc enchanté de cette édition Fantastic. C'est ma première expérience de ce type dans une métropole d'envergure, et c'est vraiment passionnant et enthousiasmant. La prochaine édition est a priori prévue pour 2015, en relation avec la capitale européenne de la culture qui sera Mons, en Belgique. Mais il y aura encore beaucoup de choses à faire d'ici là. Chouette, chouette, chouette  !

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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 08:30

Puisque je n'ai pas eu le temps, en décembre, de tenir régulièrement ce blog, je vais tenter de remédier au retard pris en utilisant quelques subterfuges. Au premier rang desquels le billet commun à plusieurs films. Retour donc sur les pellicules découvertes au mois de décembre, avec un petit détour par la programmation télé de Noël.

 

tabou.jpgSur grand écran, le film le plus intéressant et déroutant vu en décembre est l'oeuvre de Miguel Gomes. Le portugais signe avec Tabou un grand film romanesque, déroutant par sa construction assez surprenante. La première partie du film est actuelle. On suit une dame qui s'inquiète pour sa voisine qui perd tout doucement la boule. Elle tente de lui venir en aide, lui apporte à manger, va la rechercher dans un casino, mais elle sent qu'elle lui échappe. Lorsqu'elle décède, elle lui glisse un nom, Ventura. Une rapide recherche permet de retrouver ce Ventura, et c'est le début de la seconde partie : retour en arrière pour comprendre la relation entre Ventura et la jeune femme. Le film est servi par un très joli noir et blanc, avec une grain de pellicule assez grossier, notamment pour la partie en Afrique. Le trouble est lié à cette seconde partie, presque entièrement en voix off. On y découvre une histoire d'amour follement romantique, avec un mari glacial, un amant attirant et un mini crocodile. Une très belle surprise.

 

les-betes-du-sud-sauvage.jpg

 

Deux autres très bons films en ce mois de décembre. D'abord, Les bêtes du Sud sauvage de Benh Zetlin. Ce film qui prend pour cadre un ouragan qui s'abat sur une petite communauté marginale de Louisiane est rempli de réussites, notamment visuelles. Le travail du réalisateur sur l'eau, élément constamment présent dans le film, est très intéressant. Et puis il y a au coeur du film une actrice épatante, du haut de son jeune âge : Quvenzhané Wallis. Elle est presque de tous les plans, joue de façon assez fabuleuse, avec une grande subtilité d'expression. Une plongée aquatique dépaysante.

 

 

 

ernest-et-celestine.jpg

 

L'autre belle réussite est Ernest et Célestine. Le film est adapté des ouvrages de Gabrielle Vincent et scénarisé par Daniel Pennac. Avec les voix malicieuses de Lambert Wilson et Pauline Brunner, on suit l'histoire de cet ours et de cette souris qui se lient d'amitié, envers et contre toutes les conventions de leurs sociétés respectives. C'ets très joliment dessiné, c'est fin, drôle, émouvant. Bref, un excellent dessin animé, visible par les plus petits sans aucun problème (ils peuvent même en redemander !)

 

 

 

 

 

les-invisibles.jpg

 

Un passionnant documentaire est également venu ponctué ce mois de décembre. Réalisé par Sébastien Lifshitz, Les invisibles donne la parole aux homosexuels. A ceux qu'on n'entend jamais, ceux qui sont aujourd'hui âgés et qui ont dû se battre, faire taire les oppositions, pour exprimer leurs amours homosexuels. A travers des témoignages de personnes très différents (d'anciens militants, des convertis après un mariage, des bergers rêveurs), le réalisateur parvient à offrir une palette très large des situations possible. Et donne envie de s'engager, de lutter, pour que le choix du conjoint ne soit plus un objet de difficultés.

 

 

 

tele-gaucho.jpg

 

 

Puis il y a tout de même quelques films qui m'ont moins parlé. Le dernier film de Michel Leclerc, Télégaucho, raconte ses débuts dans une télé locale. Le film est plutôt agréable à voir, mais manque selon moi d'un point de vue plus aigu sur ce qu'il a vécu. C'est une chronique à laquelle il manque l'analyse. Une actrice est néanmoins une nouvelle remarquable sous la caméra de Leclerc, c'est Sara Forestier. Elle est étincellante, pleine de vie et totalement convaincante dans ce rôle de fille naïve.

 

 

 

populaire.jpg

 

 

 

 

Enfin, les déceptions. Concernant Populaire, de Régis Roinsard, je n'en attendais pas grand chose mais ai été attiré par quelques critiques assez bonnes. Je me suis finalement assez ennuyé avec ces histoires de concours de dactylo qui se succèdent sans véritable enjeu. Romain Duris et Déborah François défendent correctement leurs personnages, mais le film en reste au stade du simple divertissement.

 

 

 

 

 

main-dans-la-main.jpg

 

 

Puis il y a le film qu'on attend et à côté duquel on passe. C'est le cas de Main dans la main, le dernier film de Valérie Donzelli. Ayant vu récemment la reine des pommes, son premier film, et après le succès de La guerre est déclarée, j'étais assez optimiste. Pourtant, je n'ai pas été convaincu par cette histoire et son traitement. Donzelli a une idée (un homme et une femme ont un comportement mimétique après s'être embrassés) mais elle ne sait pas quoi en faire. Du coup, elle la perd de vue et ajoute dans son film des intrigues secondaires, traitant d'une manière ou d'une autre du couple (amoureux, amical, familial), mais je n'y ai pas trouvé de liant. J'attendrai donc le suivant !

 

 

Enfin, pour ce qui est de ce riche mois de décembre, je dois avouer que j'ai découvert quelques monuments à la télé : Sissi, Intouchables et Ed Wood. Pas la peine de chercher de point commun, si ce n'est que j'ai pris un certain plaisir à voir chacun d'entre eux, pour des raisons différentes. Voilà, j'ai presque rattrapé mon retard cinématographique, il faut que j'évite d'en prendre de nouveau.

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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 18:18

comme-au-cinema.jpgMêler la chronique judiciaire et le monde du cinéma n'est pas forcément chose aisée. Sauf si on considère que le travail d'avocat est proche de celui de comédien. C'est ce que fait Hannelore Cayre dans cette fable judiciaire drôle et enlevée. 

 

Le décor est assez original. L'intrigue se joue entre Chaumont, où se situe le tribunal, et Colombey-les-deux-églises, connue pour son mémorial consacré à de Gaulle. L'auberge, habituée à accueillir les vedettes de passages, rassemble les acteurs du procès d'Abdelkader Fournier, qui se tient à Chaumont, et les acteurs venus pour le festival Résistances. Jean et Anne Bloyé ont en effet pour mission de défendre Fournier, braqueur de plusieurs banques qui a refusé de dénoncer ses acolytes et qui passe pour un homme gentil et simple. Malheureusement, il va devoir se frotter au Président Anquetin, réputé pour son bon goût de fourchette et son intransigeance, en particulier envers ceux avec un nom à consonance étrangère.

 

En même temps se déroule un festival de cinéma avec pour invité principal Etienne Marsant, ancienne vedette adulée par les plus âgées, aujourd'hui reclus en Suisse aux côtés d'une femme qu'il cherche à fuir à tout prix. Le personnage fait indéniablement penser à Gérard Depardieu, par son physique et son évolution de carrière. Marsant s'ennuie donc un peu, flirte avec la serveuse de l'hôtel qui cherche à oublier une histoire d'amour terminée.

 

Ces deux mondes peuvent donc sembler éloignés. Mais dans une zone rurale, où les personnes les plus influentes fréquentent les mêmes lieux, il est facile de se rencontrer. C'est Jean Bloyé, l'avocat, obnubilé par le nombre de vues de la vidéo d'Augusteen Granger sur Internet (pourquoi cacher sous un pseudo peu efficace Justin Bieber), qui lance la grande idée : mélanger, au tribunal, le monde judiciaire et le monde du spectacle. C'est selon lui le meilleur moyen pour mettre en défaut le Président et se mettre les jurés dans la poche.

 

Le roman est visiblement bien documenté sur le plan judiciaire. Il faut dire que son auteur est avocate pénaliste. Elle réussit néanmoins à sortir de la rigidité et du formalisme de l'institution judiciaire pour y introduire de l'humour, des touches de drôlerie. Ainsi, elle signe un joli morceau de bravoure littéraire au moment du choix des jurés, où elle donne à lire les pensées d'Anne Bloyé qui explique les raisons des acceptations et récusations. C'est un roman très agréable, qui fait sourire avec une galerie de personnages bien campés.

 

Comme au cinéma d'Hannelore Cayre

Ed. Métailié

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1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 18:57

Ce blog tourne au grand ralenti ces derniers temps. Une moindre envie de rédiger des billets, un temps libre consacré à d'autres occupations font que cet endroit est un peu en jachère. Je l'avais ouvert il y a 5 ans quand j'avais arrêté le foot, et maintenant que j'ai repris une activité sportive régulière, le temps consacré au blog s'en ressent. Pourtant, je vais encore beaucoup au cinéma (je n'ai pas parlé ici de Tabou, très bien, de Les bêtes du sud sauvage, Ernest et Célestine, très biens également, ou de Télégaucho, de Main dans la main ou de Populaire, deux déceptions pour ma part) et poursuis mes lectures. Mais l'envie d'en parler par écrit n'est plus vraiment là pour l'instant. Du coup, je ne sais pas ce qu'il adviendra du blog cette année. Des articles rythmeront certainement l'année, mais de manière moins régulière que par le passé. Et les modalités de présentation seront certainement modifiées. Des changements à venir, donc !

 

Bref, tout cela ne me dispense pas du bilan traditionnel. Voici, en trois parties, la liste des films, livres et pièces qui me laissent un souvenir fort pour cette année 2010.

 

Cinéma

 

Je mets à l'honneur dix fictions, mais également deux documentaires passionnants et quelques vieilles bobines vues cette année.

 

 

Oslo 31 août, film norvégien troublant sur un jeune homme suicidaire

Laurence Aniways, une réussite signée du jeune Xavier Dolan, avec Melvil Poupaud, formidable

Faust, le mythe revu par Sokourov

Moonrise kingdom, un camp de vacances original vu par Wes Anderson

Louise Wimmer, la révélation d'une comédienne hors norme, Corinne Masiéro

Camille redouble, le film pétillant et eighties de Noémie Lvovsky

Tyrannosaur, film social de Paddy Considine avec le charismatique Peter Mullan

Tabou, une histoire romanesque en diable sur fond d'Afrique coloniale portugaise

Killer Joe, un pur plaisir de mise en scène signé William Friedkin, avec un surprenant Matthew McConaughey

Quelques heures de printemps, porté par la formidable Hélène Vincent

 

Traviata et nous, une plongée fascinante dans le travail de mise en scène

Les invisibles, la mise en lumière des homosexuels du troisième âge

 

Les enfants du paradis, avec sa sortie en version restaurée et l'exposition à la cinémathèque

Le guépard et Ludwig, deux films fleuve de Visconti

 

Côté livres

 

Pas mal de bonnes choses cette année, que ce soit en romans, BD, recueil de nouvelles ou livre pour les plus petits

 

 

Ici ça va de Thomas Vinau

Métamorphoses de François Vallejo

Le temps où nous chantions de Richard Powers

Rebecca de Daphnée du Maurier

Le roi n'a pas sommeil de Cécile Coulon

Le silence de l'opéra de Pierre Créac'h

Rémy Cooghe, combat de coqs en Flandre de Jean-Bernard Pouy

Chroniques de Jérusalem de Guy Delisle

Les mauvaises gens d'Etienne Davodeau

L'iguifou de Scholastique Mukasonga

 

Côté théâtre

 

De très belles représentations, pour un grand nombre à Lille, mais aussi à Avignon et Paris


 

Le roi Lear – Prologue, une belle relecture muette et musicale par une troupe ukrainienne

La vie est un rêve, encore en tournée

Nanine, de Voltaire, à venir en juin à Lille

Avignon : Peau d'âne, Shut your mouth, j'étais dans la maison et j'attendais que la pluie vienne, entre autres, avec toujours un plaisir renouvelé de découvrir tant de propositions diverses

My secret garden, avec le toujours remarquable Stanislas Nordey

Oncle Vania, entendre Tchekhov est toujours un plaisir

La trilogie de la villégiature, une belle production de la Comédie-Française

Des femmes, une relecture inspirée de Sophocle par Wajdi Mouawad

 

Enfin, 2012 a été marquée par la grande manifestation culturelle qui a animé la métropole lilloise en cette fin d'année 2012 : Fantastic, avec ses expositions, ses oeuvres de rues, ses spectacles (les ciné-concerts, notamment, avec Métropolis et Le cabinet du docteur Caligari).

 

Autant dire que 2012 fut riche et que 2013 ne devrait pas être moins intéressant !

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 15:00

une-famille-respectable.jpgQui est cet homme, qu'un taxi emmène loin de l'aéroport où il souhaitait se rendre ? Pourquoi est-il victime de la violence de ces hommes ? Ce sont les questions qui tourmentent le spectateur d'Une famille respectable après les premières minutes du film. Ces images restent en tête et donnent le ton du film, un très bon film noir iranien signé Massoud Bakhshi.

 

L'homme en question est Arash, un universitaire exilé en Europe qui revient pour une série de conférences. Parti depuis 20 ans, il a du mal à reconnaître le pays qu'il a fui. Les violences dans la rue le font se retourner et les moeurs administratives ne sont pas toujours de son goût. La censure à l'université lui est également incompréhensible. En Iran, il a retrouvé sa mère, installée dans une ville de province. Il refuse de voir son père, mourrant dans un hôpital de Téhéran. Il fait la rencontre de son neveu, Hamed, qui va lui faire voir les choses autrement. En fait, son retour en Iran le confronte à un pays qu'il a fui et à une famille qu'il pensait autrement. Car Arash va de découvertes et déconvenues.

 

J'ai beaucoup aimé le film de Massoud Bakhshi. Film noir, il emmène le spectateur dns la vie des iraniens, montre les rues, les lieux de vie et s'inscrit pleinement dans le quotidien. C'est également un film politique, qui s'inscrit dans une description parfois féroce du monde iranien. La corruption est de mise, la trahison courante et il est difficile d'échapper à cette souillure. La seule femme qui semble vouloir ne pas voir tout cela est d'ailleurs obnubilée par la propreté, au point de ne pas laisser dépasser le moindre bout de peau de ses vêtements et de passer son temps à nettoyer son intérieur à grand eau.

 

Film politique aussi car il revient sur les événements qui ont marqué l'Iran. Outre l'arrivée des islamistes au pouvoir, le personnage du frère d'Arash, mort pendant la guerre en Irak, ce qui a fait de lui un héros martyr, est très intéressant. C'est grâce à ce martyr que la famille a pu asseoir sa réputation de famille respectable. C'est avec ce prétexte que le demi-frère du défunt a pu prendre des positions élévées dans les intérêts financiers et économiques iraniens. C'est ce défunt qui au coeur des malheurs que va subir Arash, qui n'est prêt à vivre dans ce monde-là. C'est une autre vision de l'Iran que celle d'Ashgar Farahdi, et j'avoue que je préfère l'approche de Bakhshi, plus politique, plus sociale, plus éclairante.

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 19:30

roilearprologue.jpgDe Shakespeare, je ne connais rien, ou presque. Maintenant, je peux dire que j'ai vu une pièce de l'auteur anglais. Enfin, le prologue d'une pièce. Ou plutôt une version muette et musicale de ce prologue. Montée et jouée par une troupe ukrainienne, cette lecture du Roi Lear est une belle réussite.

 

De Shakespeare, on n'entendra pas les vers. On retrouve dans le spectacle la trame de la pièce, avec un roi qui demande à ses filles de lui faire un éloge. Les deux premières s'acquittent fort bien de la tâche, la dernière est plus timide. Elle sera rejetée, mais le roi se rend vite compte de son erreur lorsqu'il est mis à l'écart, lui aussi, par ses filles.

 

La mise en scène est pleine d'invention et d'idées. La première partie est centrée autour d'un festin où le roi est présenté comme une star du gangsta rap et où la seule nourriture est de la coke. Le rythme est enlevé, on danse, les musiciens chantent (fort bien d'ailleurs) et on a presque envie de monter sur scène avec eux. Tout cela est fortement expressif, malgré les masques portés par tous les personnages. C'est un très beau travail sur le corps et son expressivité, et cela rend très bien.

 

La deuxième partie, consacrée à la déchéance du roi, est bien plus crépusculaire. A la fête du début succèdent des lumières tamisées et des crânes prennent place en avant-scène. Les éclairages, noirs et rouges, sont magnifiques et tous les déplacements sont très bien chorégraphiés, donnant une impression de fluidité.

 

Je ne savais rien du spectacle et je l'ai beaucoup aimé. La mise en scène de Vlad Troitskyi est vraiment très surprenante et l'ensemble des acteurs, musiciens (DakhaBrakha, très beau groupe) et techniciens signe vraiment une belle performance. Une bien belle surprise.

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 12:55

enfants-du-paradis.jpeg Le film de Marcel Carné est à l'honneur en cette fin d'année. Il a bénéficié d'une sortie en version restaurée il y a quelques semaines, et la cinémathèque française y consacre une belle exposition. Retour sur ce très grand film et sur l'exposition, visible jusque fin janvier.

 

Les enfants du paradis, c'est la reconstitution d'un quartier de Paris au début du XIXe siècle, celui du boulevard du Temple (aujourd'hui autour de la place de la République). Surnommé le boulevard du crime, c'est le lieu des théâtres et des badauds, où se font et se défont les carrières. C'est là que Baptiste deviendra le roi du mime et que Frédérick Lemaître obtient ses lettres de noblesse grâce à Robert Macaire et à Othello. C'est également le lieu des relations amoureuses complexes, avec au centre d'entre elles Garance, jeune femme mutine, qui aime profiter de la vie et ne peut échapper à la cage dorée offerte par le Comte de Montray. Elle fait tourner le coeur des hommes, notamment celui de Baptiste. Mais c'est aussi le lieu des coups fourrés et des vols, avec au coeur du dispositf l'inquiétant Lacenaire.

 

Construit en deux parties (Le boulevard du crime puis L'homme blanc), le film montre d'abord l'ascension artistique des personnages et tisse les noeuds amoureux, avant de dénouer tout cela sur fond de meutre et de tragédie. Le film est formidable car il fait passer par toutes les émotions : le rire quand Lemaître détourne L'auberge des adrets, mauvais mélodrame, pour en faire une comédie ; la peur devant le personnage inquiétant de Lacenaire, froid, glaçant car prêt à tout ; l'émotion amoureuse devant l'histoire presque impossible entre Garance et Baptiste ; la compassion pour la pauvre Nathalie, éperdumment amoureuse de Baptiste mais qui ne peut lutter contre Garance. C'est également une formidable description du monde théâtral, avec ses vedettes, ses directeurs, ses auteurs et les luttes d'influence. Et puis le public est omniprésent, les riches installés au parterre, et les pauvres au Paradis, au sommet de la salle.

 

Mais comment parler du film sans parler des dialogues de Jacques Prévert, des décors, des costumes, de la musique (signée en par partie par Kosma) et des acteurs. C'est un casting formidable qui est réuni : la star, c'est Arletty, flamboyante en Garance, transformée par la rencontre du Comte de Montray (Louis Salou) qui en fait une femme du monde ; Jean-Louis Barrault est Baptiste, fragile, totalement consumé par son amour pour Garance, qui se noie dans son rôle de mime pour oublier celle qui est partie ; Pierre Brasseur est un magnifique cabotin quand il joue mais sait faire preuve d'une grande sensibilité, notamment dans cette grande scène au théâtre, où il retrouve Garance dans sa loge ; Maria Casarès, dont c'est le premier rôle au cinéma, est la naîve de l'histoire, celle qui va souffrir ; et Marcel Herrand fait un formidable Lacenaire, voleur, trafiquant, tueur. La combinaison de tous ces talents fait du film une eceptionnelle réussite.

 

La Cinémathèque retrace l'histoire du film, qui est loin d'être banale. Il a été tourné en pleine guerre, au début des années 40. La situation politique a d'ailleurs eu des conséquences sur les lieu de tournage (Nice avant Paris) et sur le casting : Pierre Renoir a remplacé Le Vigan, qui s'est enfui avant d'être arrêté pour faits de collaboration. On découvre les dessins préparatoires des décors, des costumes, l'histoire de ceux qui ont inspiré les personnages du film (le Mime Debureau, Lemaître, Lacenaire). On y voit quelques costumes (en couleur, ce qui fait un certain choc par rapport au noir et blanc) et quelques références cinématographiques (notamment dans Les demoiselles de Rochefort, de Demy). La scénographie est très agréable, de nombreux extraits sont diffusés, et cela donne une furieuse envie de se replonger dans le film. Une exposition à découvrir et un film à (re) voir, absolument !

 


 
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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 09:11

le-metro-est-un-sport-collectif.jpgLe métro parisien est l'un des endroits où l'on rencontre le plus de lecteurs. Il est vrai que se plonger dans un livre est un bon moyen de passer le temps subi des transports. Pourtant, il est parfois intéressant de jeter un œil autour de soi, pour saisir les originalités des autres voyageurs ou des situations inattendues. C'est ce qu'a fait Bertrand Guillot et qui lui a permis de rédiger ces chroniques de métro.

 

Bertrand Guillot prend la main du lecteur et l'emmène dans les couloirs et les rames du métro parisien. Il lui présente les personnes qu'il a rencontrées et dont il fait le portrait : des musiciens ou des personnes en détresse qui tentent de récupérer quelques pièces de monnaie, des femmes sur qui ils se retournent,... Parfois, il assiste à une scène violente, gratuite, qui détonne dans le milieu souvent anonyme et solitaire du métro.

 

C'est d'ailleurs contre cette solitude et cet isolement que combat l'auteur. Comme l'indique le titre, pour lui, le métro est l'endroit parfait pour faire des rencontres et pour découvrir des habitudes souvent inconnues. Ainsi, beaucoup de ses trajets se terminent au bout de la ligne 4, du côté de la Porte de Clignancourt et du XVIIIe arrondissement. Il y côtoient des jeunes qui tentent de faire les poches des voyageurs, des familles qui rentrent chez elles. C'est une vision très multiculturelle de la société qui fréquente le métro.

 

L'autre moyen de découvrir le monde par le métro est de côtoyer les touristes. C'est l'occasion de se rendre compte de la vision qu'ont les étrangers de la France. Un extrait d'un guide touristique anglais est d'ailleurs là pour indiquer que "Pardon" est le mot le plus important dans ce petit monde. Bertand Guillot profite également de quelques chroniques pour remercier certains chauffeurs qui font preuve de bonne humeur ou d'épingler les messages accusateurs sur les retards ou la publicité omniprésente.

 

Pour un habitué des transports en commun parisien, ce recueil de chroniques est un bon moyen de replonger dans ce monde très particulier. Car, en France, aucun système de transport en commun urbain n'a la dimension et la spécificité du métro parisien. Quatorze lignes, de multiples changements possible et un monde fou, avec qui on est parfois très proche, d'autres fois plus éloignés. Ce n'est pas forcément d'une très grande originalité, c'est parfois une vision très masculine (il y a un très grand nombre de portraits féminins) mais c'est une lecture très divertissante et agréable.

 

Le métro est un sport collectif de Bertrand Guillot

Ed. rue Fromentin

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