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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 07:33

l-art-d-aimer.jpgEmmanuel Mouret signe avec L'art d'aimer un joli film sur les différentes façons d'aimer, et de concevoir la vie amoureuse. Par le biais de sketchs, dans lesquels les personnages finissent par se croiser, il dépeint des histoires parfois compliquées, souvent tendres, mais toujours pleines d'amour et de désir.

 

Au rang de mes préférés, il y a celle de ce couple (Gaspard Ulliel - Elodie Navarre) qui décide de vivre une histoire parallèle. Mais les scrupules les étreignent, et ils finissent dos à dos dans un café, sans se voir. Il y a également l'historie de ce couple mûr (Ariane Ascaride - Philippe Magnan). L'épouse ressent de subites bouffées de désir pour tous les hommes qu'elle croise, avec l'envie d'y répondre. En en parlant à son mari, qui accepte les pulsions de son épouse, elle se libère, et son histoire d'amour avec son mari peut alors continuer.

 

On y trouve une femme soumise à un mari ignoble (Judith Godrèche - Louis-Do de Lencquesaing, détestable à souhait), qui apprend que son meilleur ami est fou d'elle (Laurent Stocker). Elle accepte de coucher avec lui, mais dans le noir. Et elle réussit à mettre en place un stratagème qui ne la compromet pas, jusqu'il soit découvert. Et puis il y a cet homme, en recherche d'histoires sans lendemain (François Cluzet), qui ne comprend pas le jeu de sa voisine, qui veut puis ne veut pas (Frédérique Bel), trouvant toujours les approches non spontanées. On ressent beaucoup de plaisir dans ce film, finalement très sobre, et dans lequel les acteurs semblent tous s'être beaucoup amusés. Un très bon divertissement du dimanche soir.

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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 18:00

l-homme-qui-valait-35-milliards.jpgRichard est un artiste belge. Un peu raté. S'il expose, c'est grâce aux institutions locales qui tentent de lui donner un petit coup de pouce. Pour lancer véritablement sa carrière, il compte sur l'obtention d'un poste  à l'Académie Royale des Beaux-Arts. Afin de l'obtenir, il se lance dans ce qu'il considère son grand oeuvre : utiliser Lakshmi Mittal, de passage en Belgique, pour donner de l'envergure à son travail. Mais le travail avec Mittal ne sera pas sans heurt, car le milliardiaire indien, propriétaire des fonderies de la région, ne comprend pas vraiment pourquoi on s'en prend à lui.

 

Et pour cause : alors qu'il pense donner une interview à la télé belge, il se trouve enfermé dans une camionette, puis dans un hangar. Aux côtés de Richard, il découvre un homme cagoulé qui lui sert de chauffeur. Sans garde du corps, le replet indien ne saisit ce qu'on attend de lui, et se trouve encore plus décontenancé et troublé lorsqu'il se retrouve enfermé dans une cage avec un loup ou un animal du genre.

 

Avec cette intrigue principale, Nicolas Ancion joue un grand carnaval. Les habituels exploités deviennent les tortionnaires, et les milliardaires arriveraient presque à devenir sympathiques, tant le projet de Richard est idiot. Le début du roman est très enlevé, haletant, le lecteur ne sachant pas plus que Mittal ce que veut Richard. Un début prometteur, mais qui ne malheureusement laisse un peu sur sa faim.

 

Car si les personnages de Mittal et de Richard reviennent régulièrement, des histoires parallèles se greffent et troublent l'avancée du récit. Il y a ce vieux monsieur, racketté par son fils toxicomane qui décide de rendre visite à sa voisine à l'hôpital. Il y a également une serveuse de fast-food, qui rêve de cinéma mais ne se voit proposer qu'une prestation pornographique dans une cave glauque. Si ces récits secondaires viennent finalement se rejoindre à la fin de l'ouvrage, j'ai trouvé qu'ils ralentissaient l'action principale.

 

Mais Nicolas Ancion a peut-être eu besoin d'avoir recours à ces personnages secondaires car on sent  bien que son intrigue principale s'essouffle. Il semble ne pas trop savoir quoi faire de Mittal et de ses ravisseurs. La fin est d'ailleurs une pirouette macabre, laissant Mittal dans son rôle de milliardaire sympathique et Richard dans celui de l'artiste raté. Peut-être eût-il fallu plus de subversion pour faire de ce roman sympathique un très bon roman iconoclaste. A découvrir néanmoins pour tous les amateurs de la Belgique et de la région liégeoise (où les politiques locaux en prennent d'ailleurs pour leur grade.)

 

Livre lu dans le cadre d'un partenariat avec Newsbook ! Merci !

 

L'homme qui valait 35 milliards, de Nicolas Ancion

Ed. Pocket

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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 15:49

Train-de-vie.jpgUn recueil de nouvelles consacré aux voyages en train, voilà qui était pour me faire plaisir. Malheureusement, la quatrième de couverture m'a un poil trompé, et je suis déçu de ne pas avoir rencontré autant de trains qu'attendu. Et comme toutes les nouvelles n'ont pas la même force, la lecture de ce recueil a été assez mitigé.


Pourtant, cela démarre assez bien, avec Bonheur d'aiguillage. On y suit un jeune homme qui vient de réussir le concours de la SNCF, et occupe un poste de garde-barrière dans une campagne reculée, mais sur une ligne à grand trafic. Sa vie routinière et usante bascule le jour où il aperçoit à travers la vitre d'un train à l'arrêt une femme assommer un homme. Quelques minutes, la femme est à ses côtés, et demande à ce qu'il ne fasse rien, au risque de se mettre en danger. Première nouvelle réussie, qui mêle ambiance d'isolement et trame de roman noir.


Dans la suite, Complicata est aussi très réussie. Nouvelle assez longue, elle raconte l'histoire tumultueuse entre le narrateur et Laurent Apostolos. Alors que le premier est attiré sexuellement par le second, celui-ci le choisit pour être son témoin de mariage. Les deux amis se voient de loin en loin, et leurs vies basculent le jour où Laurent, nègre, démarre la rédaction des mémoires d'un basque fortuné. Mais la volonté de dévoiler des éléments cachés sur sa vie n'est pas du goût du commanditaire. Voyage en train jusqu'au pays basque, et nouvelle très intéressante, bien rythmée.


Les autres nouvelles sont un peu plus anecdotiques, même si certaines font presque preuve de romantisme. Ainsi, dans Arrêt du train en pleine voie, on suit une passagère et un contrôleur qui lui court après après un arrêt inopiné du train. Promenade dans la campagne et au bord d'un ruisseau, sans autre objectif que cette balade champêtre. Céleste et les garnements met en scène deux jeunes gens, un peu turbulents, attirés par Céleste, une femme plus âgée. Pour la retrouver, ils empruntent un bibliobus, ce qui donne lieu à une nouvelle étonnante. Dans la dernière nouvelle du recueil, Compilation, Jean-Marie Laclavetine utilise quatre faits divers lus dans les journaux pour écrire la trame de sa nouvelle. Si l'accumulation des faits divers étranges pour les mêmes personnes est un peu exagérée, l'exercice est intéressant.


Une nouvelle, Œil noir, m'a laissé de marbre, du fait de son écriture hachée, pas du tout mélodique. La chute ne m'a pas convaincu. Un recueil en demi-teinte donc, pour cette première rencontre avec Jean-Marie Laclavetine.

 

Train de vies de Jean-Marie Laclavetine

Ed. Gallimard

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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 07:47

tous-au-larzac.jpgLe Larzac est synonyme pour ceux de ma génération (ceux nés dans les années 1980) d'un mythe, d'une lutte acharnée de paysans dont on ne perçoit plus vraiment les tenants et les aboutissants. Après avoir retracé le combat des salariés des Lip, là aussi dans les années 70, Christian Rouaud revient sur les événements qui ont marqué le territoire aveyronnais.

 

En mêlant images d'archive, magnifiques panoramas de la campagne du Larzac et témoignages des acteurs du mouvement, Christain Rouaud signe un documentaire éclairant et enthousiasmant. Eclairant, car il parvient à donner les clés de ce combat, de la décision de Michel Debré d'agrandir le camp militaire du Larzac à l'abandon du projet suite à l'élection de Mitterrand. Soit une lutte de 13 ans ! On suit toutes les étapes, les premières manifestations en tracteur à Millau, Rodez ou Paris, les soutiens venus de la France entière ou la rédaction du journal qui est encore envoyé aujourd'hui à quelques abonnés.

 

Quelques moments frappants marquent le film. L'un d'entre eux est la venue de Mitterrand sur le plateau lors d'un des grands rassemblements. Le futur Président de la République manque de se faire lyncher, en partie à cause de trouble-fêtes venus casser le mouvement. Un autre moment fort est celui de la marche vers Paris, et le récit émouvant de ceux qui ont vécu cette arrivée dans la capitale, avec les bâtons et les pieds qui frappent le pavé.

 

On suit aussi la solidarité de ces paysans, traditionnellement à droite, conservateurs catholiques, avouant n'avoir rien compris à Mai 68 et aux actions de ces hippies chevelus. Ils changent d'avis lorsqu'ils réalisent que ceux en qui ils faisaient confiance les laissent tomber. Cette solidarité s'exprime entre eux (très beaux témoignages de tous les acteurs), mais aussi avec ceux qui arrivent pour les soutenir : les maoïstes, les pacifistes, les objecteurs de conscience, certains venant s'implanter sur le plateau. Un magnifique documentaire sur un mouvement long, fort, intense, dont on  ne connaît pas encore toutes les clés (qui a posé la bombe qui a manqué tuer toute une famille ?) mais qui confirme l'idée qu'il n'y a que la lutte, intelligente, pas forcément violente, qui peut faire reculer les projets les plus idiots.

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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 16:00

LesNeigesduKilimandjaro.jpgDans les milieux cinéphiles, Robert Guédiguian signifie Marseille ou le trio Ascaride-Darroussin-Meylan. Pourtant, ses deux films les plus populaires ont été tournés loin de la ville phocéenne, puisqu'il s'agit d'un film sur François Mitterrand (Le promeneur du champ de Mars) et sur la bande à Manoukian (L'armée du crime). Pourtant, retrouver Guédiguian à Marseille est un vrai bonheur, d'autant plus réjouissant qu'il signe un film lumineux, douloureux, subtil.

 

Déjà, qui oserait débuter un film par un tirage au sort désignant parmi les salariés les futurs licenciés ? Alors qu'on entend partout parler de crise, il est rare de voir de si près ceux qui sont les premiers concernés. Parmi les licenciés perdants de cette loterie figure Michel. Syndiqué CGT, il a mis son nom dans la boîte, alors qu'il aurait pu s'en dispenser. Mais cela n'aurait pas correspondu à son éthique. Alors, avec son épouse, il tente de vivre au mieux son statut de chômeur, et organise sa fête de mariage. Avec comme cadeau une boîte aux trésors contenant de l'argent et des billets pour découvrir le Kilimandjaro. Mais tout bascule lorsque Michel est cambriolé pour cet argent. Le voleur faisait partie des invités et des licenciés, et chaque spectateur de ce cambriolage (Michel, sa femme, sa belle-soeur et son mari, le meilleur ami de Michel) vit différemment les conséquences de cet événement traumatisant.

 

Le film est puissant, prenant, car Guédiguian reste au niveau des individus, chacun dans son identité. On y entrevoit la palette des réactions. Celle attendue de la volonté de vengeance, celle de la compassion ou de la colère, mais aussi celle de la personne qui ne s'en relève pas (avec une merveilleuse Maryline Canto, totalement convaincante dans ce rôle de dépressive. La dépression montrée comme rarement). Mais également du côté du braqueur, gamin responsable de l'éducation de ses deux petits frères pour pallier l'absence d'une mère. Le côté sérieux du jeune homme, cédant parfois aux demandes de ses frères (très belle et joyeuse scène d'ouverture du pot de Nutella) tranche avec celui du chef de famille, obligé de trouver de quoi faire vivre la famille à tout prix. Tous les personnages, auxquels il faut ajouter les enfants de Michel, permettent de peindre le portrait d'une société en proie avec les difficultés économiques et humaines.

 

Outre son trio habituel, porté par Jean-Pierre Darroussin décidemment de plus en plus admirable, Guédiguian a ouvert son univers à la jeune génération en s'entourant parfaitement. Grégoire Leprince-Ringuet (qui met à mal son image de jeune premier), Anaïs Demoustier, Adrien Jolivet, Robinson Stévenin (dans un rôle inattendu), Pierre Niney ou Julie-Marie Parmentier trouvent leur place dans l'univers marseillais. Un vrai plaisir de cinéma, avec un conte humain, intelligent.

 

Les avis de Pascale, Kathel

 

Autres films de Robert Guédiguian : Lady Jane, L'armée du crime

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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 22:20

polisse.jpgMaïwenn signe avec Polisse un film sur le quotidien de la brigade de protection des mineurs. Embarqué avec ses membres, une photographe les suit dans leur travail, dans les difficultés humaines liées aux affaires qu'ils rencontrent, comme dans les joies lorsqu'une affaire se termine bien.

 

Globalement, j'ai trouvé le film de Maïwenn réussi, notamment grâce au rendu du travail au quotidien de ces agents particuliers. On plonge dans la misère humaine lorsqu'une mère souhaite confier son fils car elle dort dans la rue (ce qui donne lieu à une scène de séparation déchirante) ou dans l'inconscience lorsqu'une mère ne réalise les conséquences de ses gestes envers ses enfants lorsqu'elle veut les endormir. Il y a des moments de désarroi, de désespoir, mais également de colère. Comment ne pas l'être par exemple devant ce père, coupable d'attouchements sexuels, qui n'éprouve aucun regret ? Et comment ne pas rire devant cette ado, incapable de réaliser que faire une fellation pour réucpérer son portable est aberrant ?

 

Puis il y a les contingences matérielles, les véhicules qui mamquent car réquisitionnés par les stups, ces arbitrages en leur défaveur, ces kébabs mangés dans la rue, en pleine nuit, à la recherche d'une mère et de son enfant. Tous ces moments du quotidien, avec des relations humaines fortes entre collègues, passant parfois de la complicité à la rancoeur, sont très bien rendus.

 

Si le personnage du photographe, interprêté par Maïwenn, n'est pas indispensable (une évocation lourdingue du film dans le film), tous les autres personnages sont très bien décrits. Chacun est campé, reconnaissable, et les acteurs qui leur donnent vie sont épatants. Il serait fastidieux de tous les citer, mais je nommerai tout de même Joey Starr, surprenant et poignant en homme ne supportant plus la souffrance humaine, Jérémie Elkaïm, Frédéric Pierrot, Naïdra Ayadi (dans une très dure scène face à un père musulman) ou Louis-Do de Lencquesaing. Je souhaiterai vraiment tous les citer car c'est une des forces de Maïwenn que de savoir parfaitement diriger les acteurs (en particulier ici les enfants). Un film intense, parfois difficile, mais qui mérite amplement le déplacement.

 

Les avis de Pascale, de Choupynette

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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 07:24

traitres.jpgAttention, billet paradoxal ! Car il sera question de sociologie, de la part d'un très bon sociologue actuel spécialisé dans les questions de la classe ouvrière et de l'accès au monde du travail des jeunes (Stéphane Beaud). Mais il sera aussi question de football, et tout cela dans le même ouvrage. Le sujet auquel Stéphane Beaud s'est attaqué : la grève des joueurs de l'équipe de France l'an dernier, lors de la Coupe du Monde 2010. Stéphane Beaud s'intéresse à la folie médiatique qui a suivi cet événement somme toute mineur. Cet événement, et les reprises faites par les média, m'avait à l'époque sidéré : pourquoi tomber à bras raccourcis sur des joueurs qui expriment un mécontentement contre des méthodes journalistiques plus que douteuses ? Stéphane Beaud plonge dans les relations footballeurs/journalistes et dans le cursus de formation des joueurs pour tenter d'expliquer (et non de justifier, nous sommes d'accord) ce mouvement et sa réception en France.

 

Je ne ferai pas une analyse détaillée de l'ensemble de l'ouvrage, mais deux sujets m'ont interpellé dans cet essai : le cursus de formation des journalistes et celui des footballeurs.

 

Stéphane Beaud explique l'incompréhension entre les deux catégories par une évolution de la sociologie des journalistes et par la condescendance latente qui en résulte. Dans les années 70-80, les journalistes étaient de la même origine sociale que les joueurs. Le football était considéré comme une activité peu intéressante, et les journalistes sportifs étaient souvent d'extraction modeste. Un des exemples pris est celui de Thierry Roland, ami des footballeurs qui parfois pouvaient loger chez eux. Côté footballeurs, Stéphane Beaud s'attarde notamment sur le cas d'Aimé Jacquet, qui a suivi des formations pour travailler en usine tout en débutant sa carrière. Une homogamie sociale donc, remise en cause sur deux points. Le premier a été la formation des journalistes qui passent pour la grande majorité d'entre eux dans les grandes écoles qui demandent des niveaux d'étude élevés. D'où un sentiment de supériorité intellectuelle face aux joueurs. Le second a été le fait que les footballeurs viennent de moins en moins de milieux ouvriers, mais des banlieues. On est passé d'une analyse de classe à une analyse par origine géographique. D'où le récisme latent, flagrant dans la recherche des traîtres, des meneurs de grève. Ont d'abord été accusés Ribéry (banlieue de Boulogne/Mer), Gallas, Evra, Abidal... des noirs, des arabes ou des musulmans. Et tous les commentateurs sont tombés de leur chaise quand ils ont appris que le texte avait été revu par Jérémy Toutalan, joueur blanc issu des classes moyennes de la banlieue nantaise. La banlieue a servi d'exutoire pour les journalistes en mal de bouc émissaire. Et encore, Raymond Domenech avait déjà fait un tri en écartant de la sélection Benzema, Ben Arfa et Nasri.

 

Le deuxième élément très intéressant mis en avant par le sociologue est le cursus de formation des joueurs, dont on ne réalise par à quel point il est déstructurant pour des gamins. Dès 13-14 ans, de nombreux enfants sont séparés de leur famille pour intégrer des centres de formation. Tout tourne autour du foot, et si les résultats scolaires sont généralement mis en avant par les clubs, ce n'est bien entendu pas le but premier (Elément révélateur : tout le foin fait par les média autour de la réussite au bac de Raphaël Varane en 2011, alors qu'il vient tout juste de signer au Real de Madrid. Un footballeur diplômé est vu par les journalistes comme une exception). Très tôt mis dans une bulle, rapidement rémunéré avec des salaires astronomiques pour des gosses de 17 ou 18 ans, on ne peut pas leur demander d'avoir des réactions d'adulte. Ils ont été couvés, choyés, n'ont jamais vraiment connu l'adversité en dehors du foot ou de blessures, et on attend d'eux qu'ils aient des comportements exemplaires. Une hérésie ! Il faudra certainement revoir ce système de transfert et formation dès le plus jeune âge, car on construit des machines qui ont ensuite  le plus grand mal à rebondir si la carrière footballistique tourne court.

 

L'ouvrage est bien entendu plus complet, avec notamment une analyse des joueurs d'origine algérienne ou un chapitre consacré aux bi-nationaux, avec les exemples de joueur ayant choisi la France comme Trésor ou Beretta (réponse intelligente au débat indigent né il y a peu sur cette question).

 

Un ouvrage passionnant que je recommande à tous les amateurs de football, qui auront peut-être un regard un peu différent sur ce mouvement de protestation finalement peut-être pas si idiot que cela (car comment protester contre une décision qu'on estime injuste, si ce n'est par un mouvement collectif ? Et si c'était pour certains leur première décision d'adulte ?)

 

Traîtres à la nation ? - Un autre regard sur la grève des bleus en Afrique du Sud de Stéphane Beaud, en collaboration avec Philippe Guimard

Ed. La découverte

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 07:24

sollicciano.jpg[Déjà paru sur Biblioblog] Sur sa chaise, Marco s'installe. En face de lui, Norma-Jean. Belle, intelligente (elle est professeur de philosophie à l'université), elle lui rend visite toutes les semaines à Sollicciano, la prison de Florence. Mais comment Norma-Jean en est-elle arrivée à venir régulièrement au parloir, à attendre impatiemment que Marco bénéficie d'une permission de sortie ? C'est ce que le lecteur découvre au cours de ce passionnant roman, labyrinthe qui conduit le lecteur dans les méandres de cette étrange histoire.

 

Norma-Jean. Comment ne pas penser à Marilyn et à son destin tragique. Comment imaginer une vie simple pour une femme au prénom si évocateur ? Alors, est-ce finalement si surprenant d'apprendre qu'elle vit avec Jean, son ancien psychanalyste ? Que Marco est un de ses anciens étudiants ? Et qu'elle au cœur des querelles entre Jean et son meilleur ami, Karl ?

 

Difficile de dire beaucoup plus sur ce roman que ces quelques interrogations sans réponse. Car la construction du récit repose sur ces blancs, ces trous dans l'histoire, qui ne seront comblés que petit à petit, de manière parfois inattendue. Se succèdent des scènes très différentes, allant d'un bateau convoyé dans un port du sud à une installation à Empoli, ville désolée de Toscane. Tout cela sur fond de drame, celui qui va mener Marco de l'université aux quatre murs de la prison.

 

C'est un vrai plaisir de découvrir cette histoire, de se laisser guider par la plume de l'auteur, qui nous embarque à chaque chapitre à un nouvel endroit inattendu. Ce billet sera volontairement court, car je ne vois rien d'autre à ajouter, si ce n'est de vous inviter à découvrir ce très bon roman.

 

Sollicciano d'Ingrid Thobois

Ed. Zulma

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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 11:25

le-silence-ne-sera-qu-un-souvenir.jpgAprès de longues années de silence, Miklus a décidé de parler. Le chef du camp gitan, installé sur une rive slovaque du Danube, retrace la vie du camp depuis 1942 et l'arrivée au camp de Lubcko, un gadjo arrivant avec son violon, à l'histoire de Dilino, le jeune garçon laissé de côté car un peu différent des autres.

 

Bon, je crois que je ne vais pas trop parler de l'intrigue, car j'ai lu l'ouvrage sur un laps de temps assez court, et de nombreux détails m'ont déjà échappé quelques jours après la fin de ma lecture. Retour donc sur quelques impressions de lecture, qui sont finalement assez bonnes.

 

Impressions bonnes, car j'ai trouvé que Laurence Vilaine arrivait de façon très impressionnante à nous plonger dans le monde gitan et slovaque en restant très abordable. Le lecteur sait qu'il est en terre inconnue, dans une culture qu'il ne connaît pas ou peu, et pourtant, je ne me suis jamais senti dérouté par cette intrigue. Et ce n'est pas parce que l'auteur simplifie l'histoire ou l'occidentalise, mais parce qu'elle parvient à transmettre cette culture aux néophytes de façon très subtile, sans didactisme ni obscurité.

 

Le deuxième bon souvenir que j'ai du roman est lié à cette plongée dans l'histoire d'un camp gitan. Pas de généralisations abusives ou de grands discours humanistes, juste la chronique d'un camp, marqué par les rivalités entre personnes, la folie de certains protagonistes ou le rejet de certains membres du clan. Le personnage de Chnepki, appelée la vieille et qui est à l'origine de l'histoire racontée dans ce roman, est passionnant. Il évolue de façon assez inattendue au long du roman, mais ces changements sont toujours justifiés par l'intrigue.

 

Le troisième bon souvenir est lié à l'écriture de Laurence Vilaine. Car ce premier roman est très agréable à lire. J'ai une petite réticence sur le choix en fin de roman d'intercaler un nouveau narrateur, alors que l'ensemble de l'histoire est vue auparavant par les yeux de Miklu s, mais c'est vraiment pour chipoter. Un roman à découvrir par ceux qui s'intéressent à la vie de la communauté gitane, mais aussi par ceux qui apprécient les romans sur fond historique bénéficiant d'une écriture prenante.

masse_critique.jpg

 

Le silence ne sera qu'un souvenir de Laurence Vilaine

Ed. Gaïa

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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 22:44

L-Exercice-de-l-Etat.jpgEn cette période pré-électorale, sortir un film sur le quotidien du ministre des Transports est assez culotté. Film certainement très franco-français dû au fonctionnement de l'administration, Pierre Schoeller n'en signe pas moins un très bon film sur ces drôles d'hommes que ce sont les politiciens et ceux qui les entourent au quotidien, les membres de leur cabinet.

 

Tout commence comme la chronique d'un politicien à qui tout réussit. Il sort d'une victoire sur la question de la privatisation des ports, et est une des valeurs montantes du gouvernement en place (qui est certainement de droite, même si ce n'est pas dit. De toute façon ce na changerait certainement pas grand chose au film s'il était de gauche). Pourtant, ça déraille : un accident de car dans les Ardennes qui fait de nombreuses victimes, surtout des enfants ; un projet de privatisation des gares auquel il s'oppose, mais que le gouvernement veut absolument faire passer ; des relations avec son chef de cabinet, ami de longue date, qui se distandent.

 

Sur la papier tout cela peut paraître austère, avec tous ces personnages en costume-cravate, très éloignés du quotidien de nombreux spectateurs. Pourtant, Pierre Schoeller réussit à faire de son film autre chose qu'une simple balade dans les couloirs d'un ministère. L'arrivée d'un nouveau chauffeur, bénéficiant d'un programme d'aide aux chômeurs longue durée, permet de s'échapper de l'austérité, notamment avec cette virée dans le logement en construction et la caravane de ce couple modeste.

 

Portrait très intéressant et passionnant de ce ministre, mais aussi de ses collaborateurs. Le directeur de cabinet ou les jeunes membres sont tout acquis à la cause du ministre, prêt à tout à tout moment pour venir en aide à ce dernier. Il y a aussi la conseillère en communication, capable de penser à changer la cravate du minstre à cause de sa couleur alors qu'il est à proximité des cadavres de jeunes victimes d'un accident. Tout est programmé, millimétré, jusqu'à l'inattendu, l'impensable, qui donne un coup de fouet à la seconde partie du film (avec une spectaculaire scène d'accident).

 

Enfin, difficile de parler du film sans évoquer le duo Olivier Gourmet - Michel Blanc, formidable, tout en jovialité et colère mêlée pour le premier, tout en acceptation de son rôle de commis de l'Etat pour le second. Deux physionomies différentes qui incarnent parfaitement les protagonistes de cette chronique des palais de la République. 

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