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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 18:00

la-couleur-des-sentiments.jpgJackson, Mississippi. Dans les années 60, les hommes blancs apportent l'argent du ménage, les femmes blanches gèrent leur foyer, les hommes noirs triment pour apporter quelques deniers et les femmes noires astiquent les intérieurs des maisons des blancs.

 

C'est dans ce cadre qu'on va voir vivre les protagonistes de ce roman assez agréable à lire, mais qui me laisse une interrogation finale. Commençons par les points positifs. Ce qui est assez plaisant, c'est la galerie des portraits présentés ici, que ce soit du côté des maîtresses blanches ou des domestiques noires. Pour les maitresses, il y a la figure de Skeeter Phelan, qui ne se sent pas très à l'aise dans le milieu dans lequel elle évolue. Il y a également la figure de la garce, Miss Hilly, détestable à souhait, tellement qu'on souhaiterait presque lui flanquer des gifles. Mais aussi la blanche qui boit en cachette ou celles qui subissent les codes du groupe de femmes.

 

Côté des domestiques, des figures attachantes également, comme Aibileen qui aide Skeeter Phelan à écrire son roman sur le quotidien des domestiques noires, ou Minny, souvent renvoyée car elle parle trop. Une galerie de portraits, servie par une intrigue à rebondissements prenante. Et on découvre surtout le quotidien de ces femmes noires, parfois en difficulté dans leur couple, et qui doivent souvent répondre aux moindres envies de leurs maîtresses. 

 

Pourtant, je reste avec une grave interrogation, qui gâche finalement un peu le plaisir de lecture. Kathryn Stockett, dans le roman, n'est-elle pas trop complaisante avec l'image de cette femme blanche qui choisit de décrire dans un livre le quotidien des femmes noires ? J'ai l'impression que d'un côté, la description dans l'ouvrage du quotidien des domestiques est assez précise et forte. De l'autre, je reste avec une impression d'une forme de glorification du travail et de la compassion de cette blanche, humaniste et capable d'aider ceux qui en ont besoin. C'est un roman qui développe peut-être trop le côté positif et naïf de l'intrigue, même si la fin est assez maline pour ne pas tomber dans la grosse guimauve. Un roman que je n'ai eu aucun déplaisir à lire, au contraire, mais qui me laisse une impression de reconstruction un poil idyllique des conflits raciaux et des réactions des blancs dans les années 60. Mais cela reste au final un roman efficace.

 

La couleur des sentiments de Kathryn Stockett

Traduit de l'anglais par Pierre Girard

Ed. Jacqueline Jambon

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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 19:06

le-havre.jpgVoir un film de Kaurismaki est une expérience déroutante. Autant, devant L'homme sans passé, je pouvais me dire que cette perte de repères étaitliée à la langue ou aux paysages finlandais qui me sont inconnus. Ces explications ne fonctionnent plus avec Le Havre, puisque le réalisateur finlandais a choisi de tourner en France, en français, avec une majorité d'acteurs locaux.

 

Pourtant, le phénomène de déroute fonctionne encore. Mais ce manque de repères, loin d'être un défaut, donne au film une tonalité et un relief très original. Et ce pour plusieurs raisons.

 

Il y a tout d'abord le fait de se retrouver au Havre, aujourd'hui, mais avec un décor des années 60. Le métier même du héros, cireur de chaussures, est symbolique de cet aspect rétro. Plus globalement, tout ce qui concerne le mobilier ou les moyens de locomotion (ah, cette porte de bus à deux battants qui se replient l'un sur l'autre) est daté. Dans le même temps cohabitent des personnages sortis de cette période (comme le flic joué par Darroussin) et d'autres tout à fait contemporains (les migrants, les CRS, les pêcheurs,...). C'est cette confrontation entre évocation du quotidien des années 70 et problématique contemporaine (le sort des immigrés qui rêvent d'aller à Londres, avec le jeune Miguel Blondin) qui fait tout le sel de ce film.

 

On est donc loin de Welcome, même si le thème est proche. D'autant plus éloigné que le jeu des acteurs est résolument non réaliste. André Wilms, au jeu très hiératique, signe une remarquable performance d'acteur. Si ce qu'il fait paraît simple, il y intègre toute une palette de sentiments, sans quoi le film pourrait être assez plat. A ses côtés, les acteurs sont au niveau, avec le rôle de flic ambigu joué par Darroussin, la femme malade (Katie Outinen) ou une petite apparition glaciale de Jean-Pierre Léaud. Kaurismaki n'oublie pas, dans cette évocation du drame de l'immigration, une pointe d'humour qui ajoute un plus indéniable au film (comme lorsque Marcel Marx, le héros, fait face au directeur de la prison, ou lors du concert de soutien de Little Bob).

 

Une très belle incursion au Havre, à la fois proche et différente de celle du duo Abel/Gordon il y a peu : tout aussi non réaliste et onirique, mais plus convaincante dans le traitement du sujet principal, celui de l'immigration.

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 16:45

Tout d'abord, je commence avec les cérémonies d'usage en ce 1er janvier, et tout est dit dans le titre.

 

Ensuite, puisque je ne l'ai pas fait en 2011, voici un rapide bilan de l'année culturelle 2011.

 

Pour le cinéma, pas de grand discours, mais je vous renvoie au billet précédent pour y retrouver mes films préférés de cette année, avec une mention spéciale à La nuit du chasseur, vu à l'occasion de sa ressortie cette année.

 

Au niveau de la lecture, je vous renvoie cette fois-ci au bilan publié sur Biblioblog.

 

Et au niveau théâtral, année un peu double. Une activité de spectateur assez intense en début d'année, avec notamment de très bons spectacles à la Comédie-Française (Un tramway nommé désir, L'opéra de quat'sous, La maladie de la famille M). Je mentionnerai également l'excellent spectacle de Benoît Lambert à la Colline, Que faire ? (le retour). Et puis une activité théâtrale limitée depuis la rentrée, notamment en raison d'un déménagement et d'une prise de repères un peu longue à ce niveau. Mais janvier s'annonce prometteur, avec des spectacles prévus : celui de Philippe Duquesne sur Gainsbourg, la trilogie de Wajdi Mouawad ou Les amis du Président au théâtre du Nord.

 

Au niveau exposition, je retiendrai Monumenta 2011, avec cette grande structure gonflable au coeur du Grand Palais.

 

Au niveau du blog, la grande nouveauté a été la mise en place de jeux, qui devraient se poursuivre cette année. (il y a encore un à terminer ici, d'ailleurs)

 

Voilà, je ne sais pas encore de quoi sera précisément fait 2012, mais la surprise fait partie des petits plaisirs de la vie culturelle.. Et à nouveau, une excellente année à tous !

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30 décembre 2011 5 30 /12 /décembre /2011 08:07

habemus papam

Avant les dernières heures et agapes de 2011, voici un nouveau petit jeu pour passer au mieux le réveillon (cela peut faire office de substitut à Détresse amitié pour ceux qui sont seuls le 31).

 

Petit rappel des règles : trouver le film dont est tiré le bout d'images ci-dessous. Une réponse à la fois, et on rejoue une fois que c'est validé ! Amusez-vous bien !

 

Restent à décourvir la 1 et la 6 !

 

1 Melancholia

Trouvé par Béatrice

8 1

melancholia

 

 

 

2 Incendies

Trouvé par Laëtitia

8 2

 

incendies


3 Le gamin au vélo

Trouvé par Julie

8 3

 

le-gamin-au-velo

4 Les neiges du Kilimandjaro

Trouvé par Béatrice

8 4

 

les-neiges-du-kilimandjaro

5 Habemus papam

Trouvé par Erwan

8 5

 

habemus papam

6 Avant l'aube

Trouvé par Hermine

8 6

Avant-l-aube

 

7 L'exercice de l'Etat

Trouvé par Julie

8 7

l-exercice-de-l-etat

8 Tomboy

Trouvé par Florence

8 8

 

tomboy

9 Polisse

Trouvé par Pascale

8 9

 

polisse

10 Pater

Trouvé par Julie

8 10

 

pater

 


11 Tous au Larzac

Trouvé par Julie

8 11

 

Tous-au-Larzac

12 La  nuit du chasseur

Trouvé par Fredmjg

8 12

 

la-nuit-du-chasseur

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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 19:00

touriste.jpgA l'heure du tourisme de masse, où il devient parfois moins cher de se déplacer en avion à l'autre bout de l'Europe que de prendre un train pour faire 200 km, il est intéressant de réfléchir un peu à nos comportements d'occidentaux. C'est ce que permet Julien Blanc-Gras avec son ouvrage consacré à diverses expériences de voyage. Avec l'avantage d'écrire un récit prenant, drôle et avec un recul instructif.

 

Julien Blanc-Gras voyage d'abord comme touriste lambda, et raconte une de ses virées en Angleterre, dans la petite ville industrielle et paumée de Hull. Après cette première expérience de routard, il arrive à se faire engager comme journaliste spécialisé dans les questions de voyage. Il parcourt le monde, et est même payé pour cela.

 

Le point fort du roman est la capacité de l'auteur à mêler les épisodes comiques et ceux qui incitent à la réflexion. Ainsi, lorsqu'il établit la liste des pays ridicules à visiter, il se place typiquement dans le second degré, et donne presque envie de se rendre au Liechtenstein, le premier exportateur au monde de prothèses dentaires. Mais quand il se rend à Rio dans les favelas ou en Chine où les autorités mettent en scène les peuplades typiques du pays, il quitte le costume de l'amuseur et donne des pistes de réflexion à l'occidental amateur de destinations lointaines. Il se permet de théoriser le comportement du riche touriste face à la pauvreté des pays visités : cela va de la compassion à l'indifférence, en passant par la culpabilité.

 

Outre cet aspect sur le tourisme et le statut du touriste occidental, Julien Blanc-Gras décrit subtilement les pays qu'il traverse, de manière souvent décalée. Que ce soit son escapade en Polynésie pour observer les surfeurs ou sa virée à Madagascar où il rencontre une population en grande difficulté, tous ces voyages sont l'occasion de présenter ces contrées en faisant un pas de côté. Un ouvrage très plaisant, rythmé et alerte, qui permet à la fois distraction et réflexion. Une bonne lecture avant de préparer ses prochaines vacances.

 

Touriste de Julien Blanc-Gras

Ed. Au Diable Vauvert

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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 09:31

l-heure-du-roi.jpgCe roman est une vraie prouesse : en un peu plus de cent pages, l'auteur parvient à traiter des thèmes aussi forts que la dictature, la guerre ou le rapport au pouvoir. Et tout cela avec une grande force littéraire.

 

Cédric est le souverain d'un petit pays de l'est de l'Europe. Il doit faire face, son peuple avec lui, à l'invasion du pays par le voisin nazi. Jamais on ne saura précisément quel est le pays dirigé par Cédric, proche de la Bordurie ou de la Syldavie inventés par Hergé. Mais cela importe peu, tellement ce qui est raconté est universel.

 

Cédric ne sait pas trop comment réagir face à cette invasion. Au final, peu d'actions dans ce roman, si ce n'est cette promenade finale dans les rues de la capitale qui est une véritable provocation pour l'occupant. Mais de nombreuses réflexions de la part du souverain, concernant sa place au sommet de la tête ou sur sa vieillesse et sa possible mort qui pourrait amputer le budget de l’État. Beaucoup de rêves du souverain parsèment également le récit, et apportent une dimension onirique séduisante.

 

La force de ce roman est aussi lié à la présentation rapide des coutumes du pays. En relatant les mythes fondateurs (l'histoire de Saint Sire Cédric) ou les traditions actuelles (la promenade du roi à cheval dans le jardin), le lecteur plonge immédiatement dans ce pays, comme s'il en était un visiteur régulier et averti.

 

Rien que l'histoire de ce roman vaut le détour. Boris Khazanov a quitté l'URSS en 1982 pour l'Allemagne. Dans sa jeunesse, il a pris part aux mouvements antisoviétiques et a été condamné à huit ans de travaux forcés. Il publie cette nouvelle en 1977 dans un recueil édité en Israël, avant d'être publié en Allemagne en 1990 et en France en 2005. Un roman qui a pris le temps pour nous arriver, mais qui mérite vraiment le détour, car sa puissance politique et littéraire est indéniable.

 

L'heure du roi de Boris Khazanov

Traduit du russe par Elena Balsamo

Ed. Viviane Hamy

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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 11:12

17-filles.jpgA Lorient, la jeunesse a peu d'occasions pour s'amuser. Quelques soirées dans les blockhaus de la côte sont les seules sorties amusantes. La vie de nombreuses adolescentes bascule lorsque Camille tombe enceinte et décide de garder le bébé. Elle convainc ses amies que le fait d'être mère sera le début de l'indépendance, et qu'elles pourront construire ensemble une vie différente de celle offerte par leurs parents. 16 camarades tombent ensuite enceinte, et créent avec Camille le groupe des 17 filles.

 

La bande-annonce du film m'avait laissé un peu sceptique, avec la crainte que le traitement soit pop, décalé. J'ai pourtant bien fait de me laisser entraîner, car j'ai beaucoup aimé cette chronique adolescente bretonne. Inspirée d'un fait divers américian, l'intrigue présente la volonté d'émancipation des jeunes filles et tous les stratagèmes développés pour échapper aux contraintes parentales. La jeune Clémentine est même hébergée dans un mobil-home car son père devient menaçant. Les réactions des adultes sont dans l'ensemble assez lamentables, comme celle du principal qui ne trouve rien de mieux que de diffuser le film d'un accouchement pour éteindre les envies de grossesse des lycéennes.

 

Delphine et Muriel Coulin, pour leur premier film, impriment également un rythme très particulier au film. De nombreux plans, sur les immeubles ou sur les lycéennes silencieuses, ponctuent le récit et donnent une dimension supplémentaire à la simple présentation du fait divers. Avec une économie de moyens, quelques mélodies bien choisies, les deux réalisatrices signent un film touchant, se situant à la bonne limite pour ne pas condamner ses jeunes filles ni justifier inconditionnellement leur geste. Unne bonne surprise !

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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 11:11

carnage.jpgRoman Polanski, après son excellent Ghost Writer l'an dernier, s'offre une petite récréation avec Carnage. Le film est adapté de la pièce de Yasmina Reza, Le Dieu du carnage, que j'avais vu lors de sa création à Paris. Polanski garde exactement le même rythme et la même histoire, et mes impressions sont identiques : un film plaisant, très bien servi par un excellent quatuor d'acteurs, mais dont le propos reste trop limité pour en faire une oeuvre forte.

 

Les quatre excellents acteurs incarnent deux couples de parents : le premier (Jodie Foster - John C. Reilly) reçoit le second (Christoph Waltz - Kate Winslet, épatante) chez lui pour régler un problème de bagarre entre leurs enfants. Si tout semble pouvoir se régler rapidement, les reproches cachés sortent les uns après les autres, et ce sont finalement les personnalités enfouies qui jaillissent : le beauf lâche, l'homme d'affaires libéral, la femme propre sur elle et réduite au silence, la dame patronesse qui se donne bonne conscience.

 

Polanski reprend la même trame, et hormis les scènes d'ouverture et de fermeture qui mettent en scène les enfants, on reste dans le huis-clos de l'appartement. La tension monte petit à petit, le vernis craque, et quelques scènes risquent de devenir culte. Comme celles où Christoph Waltz dévore un crumble pomme-poire-pain d'épice en parlant au téléphone. Ou lorsque Kate Winslet jette le téléphone dans le vase de tulipe.

 

Film assez réussi dans le genre, mais qui restera certainement une oeuvre mineure dans le parcours cinématographique de Polanski.

 

Autre film de Polanski : The ghost writer

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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 19:35

cartographe.jpg[Billet paru sur Biblioblog] Lazare, jeune homme vivant de petits boulots est ravi lorsqu'on lui propose d'accompagner un groupe de rock à Sarajevo. Persuadés que ces concerts en Bosnie marquent le début d'une tournée en Europe de l'Est, les deux musiciens et Lazare sont impatients. Sauf que les concerts sont plus que moyens, et que leur camionnette de location et leurs instruments sont volés au milieu de la nuit. Lazare laisse alors les deux hommes rentrer en France, et démarre, contre son gré, un long périple dans les Balkans.

 

Sur les pas de Lazare, qui se déplace principalement en auto-stop, on découvre la vie de nombreux pays des Balkans, souvent peu connus par ici : Albanie, Macédoine, Moldavie. Pourtant, rien de documentaire dans ce roman, car Lazare s'y rend souvent de manière totalement inattendue : une perte de portefeuille qui l'empêche de prendre le bus pour Paris, une tempête en mer qui retarde son arrivée dans le port ou une beuverie qui lui fait rater l'heure de départ du ferry pour l'Italie.

 

Hormis toutes ces péripéties qui rythment parfaitement les aventures de Lazare, ce sont également les rencontres que fait Lazare qui sont intéressantes. Quelques femmes, qui lui apportent réconfort alimentaire et sexuel. Beaucoup d'hommes surtout. comme cet albanais obligé de rester chez lui pour échapper à la mafia. Ou Martin, ce suisse rencontré en Ukraine qui lui apprend à vivre de larcins au terrasse des restos et qui lui empêche de terminer dans les prisons d'Odessa.  

 

Le cartographe est le premier roman de Guillaume Jan. Il est vraisemblablement inspiré de ses propres voyages. Le titre est lié à l'habitude qu'il a pris de rédiger au dos de sa carte routière quelques notes sur ses aventures. Notes qui lui rappellent sa vie à Paris, Elena et son loyer en retard et le risque d'explusion de son misérable logement. Un très plaisant voyage dans les Balkans, en écho à la précarité du monde occidental.

 

Le cartographe de Guillaume Jan

Ed. Intervalles

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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 18:23

anatolin.jpgUn homme cherche à revenir sur les lieux où ont grandi ses parents. Après s'être rendu en Ukraine pour voir le village de son père, il part en Pologne pour découvrir celui de sa mère. Ses parents ont à la fin de la guerre quitté leurs villages pour rentrer en Allemagne, devant l'avancée des troupes communistes. Lors de ce retour, ils ont perdu leur fils. On ne sait pas s'il est mort, s'il a été recueilli par une autre famille. Le retour aux origines est aussi un moyen pour le héros de tenter de retrouver la trace de ce frère disparu.

 

Le roman démarre comme une quête personnelle, un poil burlesque. La description du voyage en train direction la Pologne est déroutant, mais pas autant que celle de son retour en Ukraine, où il a dû se débrouiller seul dans un pays inconnu. Puis, Hans-Ulrich Treichel déroute le lecteur, en se mettant en scène au milieu du roman. Il évooque ses deux romans précédents (Le vol humain, Le disparu), qui sont des fictions mâtinées d'événements personnels. Il évoque sa difficulté à passer du côté de l'écriture et prête à ses personnages les actes qu'il n'ose pas faire, comme celui de s'adresser à cet homme que la Croix Rouge pense pouvoir être son frère. De ce fait, on se demande si ce qu'on est en train de lire est une fiction comme on peut le penser au premier abord, ou un récit.

 

Roman-récit assez court, l'écriture de Hans-Ulrich Treichel est très plaisante, agréable. L'intrigue se complexifie par endroits, devenant presque une réflexion psychanalytique, mais on retombe toujours finalement sur l'intrigue principale, celle de la recherche des origines et de ce frère. Pourtant, si le retour aux origines est un thème fréquent en littérature, Treichel l'aborde avec un certain scepticisme. Rien pour lui de vraiment innovant dans cette quête : que trouver dans un village ukrainien presque à l'abandon, si ce n'est une série de maisons dont il ne sait pas laquelle est celle de son père ou le plaisir de découvrir un panneau indicateur décoré des étoiles du drapeau européen. 

 

Réflexion personnelle sur sa famille et universelle sur la quête des origines, Anatolin est un récit qui donne envie de se plonger dans les romans précédents de l'auteur. Le disparu et Le vol humain devraient bientôt faire partie de mes lectures.


Anatolin de Hans-Ulrich Treichel

Traduit de l'allemand par Barbara Fontaine

Ed. Gallimard

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