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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 12:05

index.jpgC'est un repas de famille, classique. Elisabeth, l'épouse de Pierre, reçoit son frère et son épouse, Vincent et Anna. A ce repas s'ajoute Claude, un ami d'enfance d'Elisabeth et Vincent. Ce repas est l'occasion pour Vincent et Anna de parler du fait qu'ils seront prochainement parents. Arrive sur la table le sujet attendu : le prénom du futur enfant. Vincent surprend tout le monde en l'annonçant, car il est chargé de références historiques très négatives. En effet, appeler son enfant Adolphe peut être source de confusion. A partir de là, le repas prend une direction inattendue, et les invités ne s'épargnent rien.

 

Le prénom est une pièce de facture assez classique, qui joue sur le registre du repas de famille qui tourne au vinaigre. Thème assez commun au théâtre ou au cinéma, que Bacri et Jaoui avaient déjà utilisé de façon magistrale dans Un air de famille. L'un des points forts de la pièce est liée à son rythme. Pas de temps mort ni de coupures (la pièce est en un acte), on sent la tension qui monte et les révélations, distillées au fur et à mesure de la pièce, viennent pimenter le récit de cette chronique familiale.

 

Tout débute sur cette histoire de prénom, qui met en conflit les personnages présents. Alors que l'un, Pierre, est très vindicatif contre le choix de son beau-frère, les autres sont plus dans une tentative de compréhension de ce choix. Si Vincent revendique pour le prénom une filiation littéraire (Benjamin Constant), il n'est en effet pas possible de ne pas penser au dictateur qui a porté ce même nom. C'est ensuite l'occasion pour chacun de raconter ce qu'il a sur le coeur (une relation amoureuse cachée car inhabituelle, les remarques sur le caractère de chacun : la radinerie, l'homosexualité supposée...) et de régler une fois pour toutes les conflits larvés.

 

Pièce plaisante et efficace, qui sera bientôt portée à l'écran (avec comme au théâtre Patrick Bruel, Valérie Benguigui et Guillaume de Tonquédec, et en plus Charles Berling). Pièce qui voit finalement l'attribution d'un prénom qui, s'il est moins polémique que Adolphe, m'interroge toujours : l'enfant portera le même prénom que celui de son grand-père. C'est un choix parfois fait dans les familles de donner à l'enfant le nom d'un parent, plus ou moins proche dans la généalogie. Je trouve cette tradition assez étrange, notamment quand on connaît le poids des relations familiales dans la construction psychologique des enfants. Utiliser un prénom déjà donné, qui renvoie à une image connue par tous les membres de la famille, est un choix qui me surprend toujours car il est loin d'être neutre. Mais fin de la petite digression patronymique, car c'est finalement un détail dans cette pièce, bien écrite et avec quelques phrases bien senties.

 

Le prénom, Matthieu Delaporte & Alexandre de la Patellière

Ed. Avant-Scène, n°1287

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 07:14

theoreme-de-kropst.jpgEmmanuel Arnaud signe un premier roman qui s'inscrit dans un milieu qu'il connaît bien : celui des classes préparatoires. L'intrigue est légère et l'écriture enlevée, mais je ne suis pas certain que ceux qui n'ont pas connu l'univers particulier du monde des classes prépa y trouvent leur bonheur.

 

Laurent Kropst est un élève relativement brillant. Après des études au lycée dans le haut de la classe, il intègre la classe de maths-sup de Louis-le-Grand, l'un des lycées les plus prestigieux. Il y fait la rencontre de ceux qui ont été programmés pour venir là après leur passage au lycée, déjà à Louis-le-Grand. Puis il y a ceux qui débarquent de province ou de l'étranger, attirés par la très bonne réputation de l'établissement.

Tous les élèves de la classe ont un seul objectif : terminer dans les 18 premiers pour entrer l'année suivante dans la classe d'élite, qui leur assurera un avenir doré. Les relations entre les camarades sont  toutes définies en fonction de cet objectif. Rien ne semble sincère et le classement dicte avec qui il est possible ou non de fréquenter. Laurent Kropst est bien placé pour finir l'année dans les 18 premiers, jusqu'à ce qu'il rate un devoir. C'est pour lui la fin de son rêve : il lui semble impossible de rattraper son retard. Pour y remédier, il se réfugie dans un mensonge pour amadouer le professeur. Ça marche, mais Laurent fait une découverte plus importante : l'avenir ne passe pas forcément par la maths-sup, et les littéraires lui ouvrent des portes insoupçonnées.

 

Emmanuel Arnaud signe avec ce roman une description décalée du monde des classes préparatoires. S'inspirant de sa propre expérience, il fait une peinture assez réaliste de cette population d'élèves particuliers. Tout se joue sur des codes, qu'ils soient scolaires, vestimentaires ou de caractères, avec l'apparition du personnage du souffre-douleur, celui du leader charismatique ou celui de la tête de classe inatteignable. En revanche, les littéraires, majoritairement des filles, sont très différents, que ce soit dans leurs attitudes ou dans les ambitions qu'ils nourrissent. La rencontre avec ce nouveau monde, qui lit des ouvrages compliqués et parle de Baudelaire, est une révélation pour Kropst. Il y découvre notamment que l'ascension sociale n'est pas le seul résultat de la réussite scolaire. L'entregent et les relations sont pour lui un autre moyen d'aboutir à ses fins, et la rencontre avec un député européen, oncle d'une camarade littéraire, est pour lui une étape importante.

 

J'ai lu ce roman avec un certain plaisir, étant également passé par une classe prépa (en province, où les enjeux sont beaucoup moins exacerbés). Il joue avec les codes, le vocabulaire spécifique (un lexique figure d'ailleurs en fin d'ouvrage) et exagère volontairement l'opposition entre matheux et littéraires, taupins et khâgneux. Je reste néanmoins assez perplexe face à la dimension universelle du roman, qui me semble très orienté vers une niche de lecteurs, ceux ayant connu ce cursus scolaire. Mais peut-être que d'autres lecteurs, ayant eu d'autres parcours étudiants, notamment universitaires, pourront me contredire.

 

Le théorème de Kropst d'Emmanuel Arnaud

Ed. Métailié

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16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 07:04

revolution-tunisienne.jpgUn petit regard dans le rétroviseur est parfois intéressant, surtout quand les événements sont tellements forts et rapides qu'il est difficile d'avoir une synthèse précise. Un an après la révolution tunisienne qui a amené le renversement de Ben Ali, je me suis donc plongé dans ce récit signé Olivier Piot. Grand reporter notamment au Monde Diplomatique ou à Géo, l'auteur a passé début janvier 2011 une dizaine de jours en Tunisie, entre le 4 et le 14 janvier. Soit entre le décès de Mohamed Bouazizi, le jeune homme qui s'est immolé fin décembre, et le départ pour l'étranger de Ben Ali, en toute discrétion.

 

Olivier Piot fait le choix de s'enfoncer dans l'arrière pays tunisien. Il quitte la côté touristique (Tunis, Carthage, Tabarka), lieu de vie des classes moyennes, et se rend dans les villes ouvrières du centre :  Gafsa, Tozeur, Sidi Bouzid (là où tout a commencé). Ces villes sont le centre de la contestation, là où les ouvriers des mines de phosphate et les marchands ambulants se mettent les premiers en mouvement. Il est d'ailleurs intéresssant de voir que le mouvement révolutionnaire, qui va toucher tout le pays, prend peu à peu, chacun comprenant que Ben Ali, celui dont il ne faut pas parler en public, ne pourra pas ramener la paix dans le pays. Il est d'ailleurs intéressant de noter quelques signes avant-coureurs, comme ces autres immolations qui ont lieu en Tunisie en 2011.

 

Olivier Piot prend des risques lors de son périple. Il photographie alors qu'il n'a pas le droit et manque de se faire massacrer par la police locale, ne devant son salut qu'à la puissance de sa voiture de location. Il décrit également l'histoire de ce pays, indépendant devient 1956 mais vite mis sous la coupe de Bourguiba puis de Ben Ali, après son coup d'état de 1987.

 

Cette plongée dans ces événement primordiaux pour l'avenir de la Tunisie est intéressante. Si le récit s'arrête en mars 2011, soit dans les premiers temps du nouveau régime, des élections ont eu lieu depuis, menant au pouvoir le parti islamiste Ennahda, se déclarant proche du parti turc au pouvoir, l'AKP. S'il ne faut pas anticiper le pire pour l'avenir politique de la Tunisie, le lecteur comprend facilement, après ce rapide récit et ce survol de l'histoire tunisienne, que le chemin vers la démocratie sera long et les embûches nombreuses. C'est au peuple tunisien de continuer le mouvement d'émancipation débuté il y a un an, et d'être vigilant quant aux orientations qui seront prises.

 

La révolution tunisienne - dix jours qui ébranlèrent le monde arabe d'Olivier Piot

Ed. Les petits matins

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 08:27

soleil-couchant.jpgIsaac Babel, vous connaissez ? Pour ma part, je ne connaissais pas avant de voir une mise en scène d'une de ses pièces, Soleil couchant, par Irène Bonnaud au Théâtre du Nord. Babel est juif et a vécu à Odessa, en Ukraine, au début du XXe siècle. Soleil couchant nous entraîne dans la vie de la communauté juive de la ville, dans la famille Krik, où le père tortionnaire refuse tous les prétendants pour sa fille et où les deux fils, l'un voyou, l'autre militaire, rêvent de mettre fin à la tyrannie paternelle.

 

La pièce est constituée de plusieurs tableaux, nous faisant passer de l'intérieur de la maison Kirk à la synagogue, en passant par un cabaret où on fait la rencontre de la truculente Potapovna. Malheureusement, je ne sais pas si c'est dû au décalage d'époque (Odessa en 1900) ou à la différence de culture (culture juive), je n'ai jamais compris les tenants et aboutissants de cette pièce. La mise en scène d'Irène Bonnaud, qui joue beaucoup sur la transformation du décor à base de rideaux qui montent et descendent, n'arrive pas à rendre lisible les élements prinicpaux de la pièce. Elle s'attarde trop sur la forme et laisse le fond, parfois complexe à saisir pour un spectateur contemporain, se déployer tout seul.

 

De plus, j'ai trouvé que la pièce manquait de rythme. Hormis la Potapovna (Laurence Mayor) et quelques passages musicaux, l'ensemble manque de fluidité. Jacques Mazeran, dans le rôle du promis à la fille Krik, est assez juste, mais les autres sont toujours un peu à côté. Peut-être est-ce dû au fait que chaque acteur change régulièrement de costume pour incarner des personnages diférents. Au final, une pièce assez décevante, tant sur la forme que sur le fond, alors qu'Irène Bonnaud avait signé une belle mise en scène d'une pièce tout aussi complexe, La charrue et les étoiles de Sean O'Casey.

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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 15:36

sport-de-filles.jpgGracieuse est palefrenière. Jeune femme farouche, elle rêve de posséder un cheval pour le monter à sa guise. Elle réussit à se faire embaucher dans le haras voisin, tenu par Joséphine de Silène. La star du haras, ce ne sont les chevaux, valeurs marchandes, mais le dresseur allemand, Franz Mann. Ancien champion olympique de dressage, il vit de sa passion mais est payé de façon assez misérable. C'est la confrontation entre Mann et Gracieuse qui est au coeur du film.

 

Et Patricia Mazuy rend cette rencontre assez palpitante. Le film met un peu de temps à se mettre en route, et ne devient vraiment intéressant que lorsque Gracieuse rejoint Joséphine de Silène et Franz Mann à Hanovre, pour un concours international. Persuadée de sa capacité à épater le mythique dresseur, elle n'a peur de rien et avec un bandeau sur les yeux, telle un corsaire, elle est prête à tout pour qu'il s'intéresse à elle. Les relations entre ces deux têtes brûlées, l'un qui avoue jouer la pute auprès de ses employeurs, l'autre qui traverse toute la France et l'Allemagne pour rejoindre le lieu du concours, sont prenantes et ambigües, et la fin du film laisse ouvert tous les possibles.

 

Avant cette confrontation, le film est un poil longuet, mais la manière dont Patricia Mazuy filme les chevaux, leurs exercices, leurs muscles, est très intéressante. Ensuite, après cette mise en place où un univers de ruraux taiseux rencontre celui des riches propriétaires de chevaux (le père de Gracieuse vs la riche propriétaire de chevaux américaine), Patricia Mazuy donne une tournure très chabrolienne au film, avec confrontation de classes, de cultures, et démonstration de l'injustice et des inégalités.

 

Au coeur du film, on trouve également deux très bons acteurs, Marina Hands et Bruno Ganz, tous les deux époustouflants dans ces rôles d'êtres humains qui préfèrent les chevaux à leurs congénères. Ce n'est une vision du monde qui me parle beaucoup, mais Patricia Mazuy signe avec Sport de filles (titre étrange !) un film intéressant sur un monde et une culture qui me sont étrangers et qui ne m'intéressaient pas a priori. Preuve ultime que le film est réussi.

 

L'avis de Jérémy

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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 18:50

voleurs-de-manhattan.jpgIan Minot travaille dans un café de Manhattan. Son rêve : se faire repérer par un éditeur et être publié. Il a envie d'un parcours similaire à celui d'Anya, son amie d'origine roumaine, qui a réussi à se faire remarquer lors d'une lecture dans une soirée littéraire. Mais Ian sent bien que son avenir en tant qu'écrivain est bouché, et seul l'intervention d'un des clients du café, Jed Roth, lui ouvre des portes insoupçonnées. Il propose à Ian de sortir un roman sous son propre nom, alors que c'est Roth qui l'a écrit. Mieux, Roth propose à Ian de faire croire que ce qui est à l'origine un roman est en fait un recueil de mémoires. Mais le piège machiavélique raconté dans ces soi-disant mémoires a des conséquences insoupçonnées sur la vie paisible de Ian.

 

Ce premier roman signé Adam Langer est une belle réussite. L'auteur a réussi à mêler dans un même ouvrage chroniques de la vie éditoriale de Manhattan, récit d'aventures et grand roman sur les frontières de la réalité et de la fiction, tout cela avec beaucoup d'humour. En effet, tout débute par les tribulations d'un écrivain volontaire mais sans appui. On découvre tous les rites de la vie des faiseurs de littérature, comme ces soirées de lecture dans les cafés où tout le gratin se retrouve. Ian est un peu dépassé et la seule fois où il parvient à obtenir une place, il n'y a personne car c'est jour de fête pour les juifs, nombreux dans le monde de l'édition. Ian Minot est un loser littéraire et endosse ce rôle pendant le premier tiers du roman (intitulé Réalité).

 

Puis Minot bascule. Roth parvient à le convaincre d'entrer dans sa combine et le lecteur tombe alors dans le piège de l'auteur. En effet, on se retrouve à lire un roman intitulé Les voleurs de Manhattan, dans lequel Ian Minot prétend faussement avoir écrit ... Les voleurs de Manhattan. L'intrigue de ce roman dans le roman (et que Ian Minot présente comme ses mémoires) est celui d'une grande mystification, celle du vol d'un manuscrit rarissime (Le dit de Gengi) pour faire la cour à une jeune fille aperçue dans une bibliothèque. Les personnages secondaires, un bibliothécaire recéleur et une experte vieille fille, sont hauts en couleur, et Ian se prend d'amitié pour ces personnages de fiction qu'il est censé avoir rencontré.

 

La troisième partie parvient de manière habile à mêler l'univers réel de la première partie et la fiction relatée dans la deuxième. Je n'en dirai pas plus sur cette partie, car c'est un vrai plaisir de plonger dans cette histoire pleine de rebondissements, dignes des plus grands ouvrages d'aventure. Si l'intrigue résumée ainsi paraît complexe, une des forces d'Adam Langer est de rendre tout cela assez fluide, et le lecteur, pris entre fiction, réalité et fausses mémoires, parvient toujours à retomber sur ses pattes.

 

Au niveau de l'écriture, Adam Langer se fait plaisir en introduisant dans le texte de nombreuses références littéraires. Il détourne dans les titres de ses chapitres des titres de romans qui ont, de près ou de loin, à voir avec des mensonges littéraires, sur le nom de l'auteur ou sur l'histoire racontée. Dans le texte, il remplace de nombreux mots par des allusions littéraires. Par exemple, un débardeur blanc devient un kowalski, comme dans Un tramway nommé désir,  et un chien errant un saramago. Si vous ne comprenez pas toutes les allusions, pas de panique, l'éditeur, Gallmeister, a eu la bonne idée de faire figurer un lexique de ces détournements en fin d'ouvrage. Un ouvrage que je vous conseille chaudement.

 

L'avis d'Emeraude, Constance, Thierry et tous mes remerciements à Newsbook, qui m'a permis de lire ce roman dans le cadre d'un partenariat avec les éditions Gallmeister.

 

Les voleurs de Manhattan d'Adam Langer

Traduit de l'anglais par Laura Derajinski

Ed. Gallmeister

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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 10:10

les-amis-du-president.jpgC'est une fin de soirée festive. Celle où Jonathan Mano vient de célébrer son élection comme député. Alors que les cadavres de bouteilles traînent sur les tables, Jo se croit seul et pousse la chansonnette. Il croise Blaise Padirac, sur le point de partir. Avec Blaise, Jo est un des proches du président actuel, dont ils sont les hommes de main. Ces trois-là se connaissent depuis l'adolescence et ont vécu ensemble des épisodes traumatisants, comme la mort d'un de leurs amis lors d'une virée en montagne. Pourtant, cette soirée est la dernière où les deux amis seront comme cul et chemise. Car l'un des deux est encombrant et il faut, mine de rien, l'écarter.

 

La pièce d'Alain Gautré est assez intéressante dans sa construction. Tout débute dans les restes d'une fête, où les deux amis se remémorent les bons moments passés et leur amitié indéfectible avec le président. Et puis, peu à peu, l'alcool aidant, les deux amis ressortent les vieilles histoires, qui ont pu les diviser. Mais aussi celles qui ne sont pas encore connues, et qui risquent de les éclabousser, eux et le Président. Mais l'histoire, un scandale sexuel, est loin d'être aussi simple que peut le penser le principal accusé.

 

La pièce est un crescendo bien rythmé, et parfaitement servie par les deux comédiens, Stephan Wojtowicz (qui a l'allure parfaite du politicien aux méthodes limites) et Thierry Gimenez (plus lisse, affable, peu enclin aux feux des projecteurs mais qui adore l'odeur du sang et de la merde des basses manoeuvres, comme il le dit). La mise en scène de Pierre Pradinas, assez simple, permet de décrire parfaitement l'ambiance de trahison, de mise au ban et de déclassement qui peut parfois exister dans le monde politique. Car les intérêts du pouvoir sont plus importants que ceux d'un simple lieutenant, dont il faut se débarrasser habilement car il a pris goût aux dorures de la République. Et la curée lancée contre lui n'a alors plus de limites...

 

Pièce encore en tournée à Annecy (7-9 fév.), Villeneuve-sur-Lot (14 fév.), Dax (16 fév.), Tulle (21 fév.).

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 07:30

fatima-ou-les-algeriennes-au-square.jpgDalila vit avec ses parents, ses frères et soeurs à La Courneuve, dans la cité des 4000. Victime des violences de son père, elle a décidé de quitter le domicile de ses parents. Mais avant, elle se remémore les histoires des habitants de ce quartier, celle de sa mère, Fatima, ou de ses amies qu'elle croise régulièrement au square. 

 

Dalila est une jeune fille craintive mais décidée à partir. Au square, elle reste dans les jupes de sa maman car elle ne souhaite pas jouer avec les autres enfants, mais aussi car elle très intéressée par les histoires racontées. Elle s'est notamment prise d'affection pour le petit Mustapha, dont elle a entendu l'histoire et celle de ses des parents, commerçants à Aubervilliers obligés de vivre dans l'arrière boutique.

 

A travers les yeux de la petite fille, c'est toute une société souvent ignorée, cachée, que peint Leïla Sebbar. Tout le monde a entendu parler de ces cités de Seine-Saint-Denis qui font la une des faits divers, mais on entend assez peu parler les habitants de leur quotidien. Ce sont ces voix, ces histoires que donne à entendre l'auteur. Elle aborde tous les sujets, des plus banals aux plus cruels, comme les violences qu'inflige le père de Dalila à sa fille. Ou le très fort conservatisme de ces familles qui séparent les filles et les garçons au maximum, chacun ayant son domaine et ses habitudes. Ainsi, les virées à Barbès, dans Paris, sont presque exclusivement réservées aux hommes et quand les femmes doivent s'y rendre, elles sont rapidement perdues.

 

On y retrouve également certains propos parfois entendus, comme les menaces de retour en Algérie pour les enfants turbulents. On y lit également la retenue de ces enfants face au pays d'origine de leurs parents, vu comme un lieu désert, d'ennui, où les vacances sont loin d'être idylliques.

 

Ce qui est intéressant avec ce roman, c'est qu'il a été écrit en 1980. Sa réédition aujourd'hui permet de se rendre compte de ce qu'était ces banlieues du Nord de Paris à cette époque, et je serai curieux de lire le même type de roman aujourd'hui. Car si certains éléments doivent être assez proches, les évolutions de le société ont fait évoluer ces quartiers, souvent uniquement vus pour la violence, les trafics ou l'intégrisme religieux qui peuvent y régner.

 

Je remercie Libfly et la maison d'édition Elyzad qui m'ont permis de lire ce roman. Pour ceux que cela intéresse et qui sont à proximité, une rencontre a lieu le lundi 13 février au musée des Beaux-arts de Lille, où il sera question de l'édition dans les pays ayant vécu une révolution récemment.

 

L'avis de Marianne Desroziers, Zazymuth

 

Fatima ou les Algériennes au square de Leïla Sebbar

Ed. Elyzad poche

 

Autre ouvrage de Leïla Sebbar: Sept filles

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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 15:24

En ce week-end revigorant et vivifiant où il vaut mieux rester chez soi, voici un petit jeu pour vous occuper chez vous. Un petit rappel des règles : l'image est un extrait d'image tirée d'un film, et le but est donc de retrouver le titre du film en question. Pour vous aider, il y a un lien (pas trop difficile) entre tous les films concernés.

 

Autre rappel : merci de ne donner qu'une réponse à la fois, afin que le maximum de personnes puisse jouer. On peut rejouer une fois que la réponse est ou non validée !

 

1 Les bronzés font du ski

Trouvé par schnucki

9 1

 

9 bronzes font du ski


2 Blanche-Neige

Trouvé par Hermine

9 2

9 blanche neige


 3 Le crime de l'Orient-Express

Trouvé par Hermine

9 3

9 crime de l'orient express


4 Fargo

Trouvé par Julie

9 4

 

9 Fargo

5 8 femmes

Trouvé par Flo

9 5

 

9 huit femmes

6 Les neiges du Kilimandjaro

Trouvé par Julie

9 6

9 neiges du kilimandjaro


7 Rasta rocket

Trouvé par Flo

9 7

9 rasta-rocket


8 Poupoupidou

Trouvé par Laetitia

9 8

 

9 poupoupidou


9 Shining

Trouvé par Flo

9 9

9 shining


10 Un jour sans fin

Trouvé par Sylvain

9 10

 

9 un jour sans fin

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3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 18:10

ile-de-paques.jpg[Déjà paru sur Biblioblog] L'île de Pâques est pour les occidentaux et les historiens une source permanente d'interrogation. Depuis sa découverte, au milieu du XVIIIe Siècle, le plus grand mystère est celui des statues : pourquoi sont-elles là ? A quoi servaient-elles ? Pourquoi beaucoup d'entre elles sont à terre ? Nicolas Cauwe, à l'issue d'un travail archéologique de dix ans, livre une nouvelle vision de l'histoire de l'île.

 

L'ouvrage, très richement et joliment illustré, est construit en trois parties. La première s'attarde longuement et de façon très pédagogique au volcan de Rano Raraku. Ce volcan servait de carrière pour la construction des statues. Ce qui intrigue Nicolas Cauwe, c'est que l'accès au volcan a été condamné. Il n'était donc plus possible d'en sortir les statues. Plutôt qu'un abandon anarchique, thèse retenue jusque là à cause des nombreuses statues restées dans la roche, Nicolas Cauwe y voit un arrêt programmé et ordonné. Ainsi, selon lui, les statues commencées et non terminées n'étaient pas transportables du fait de leur grande taille, et ont donc été taillées pour y rester. D'autres éléments (finition des statues, notamment) attestent sa thèse.

 

La deuxième partie est consacrée aux statues mises au sol. Longtemps, les chercheurs ont cru que la descente des statues des autels était liée à des guerres de clan. Nicolas Cauwe remet là aussi cette thèse en question suite à ses travaux archéologiques et d'analyse des statues. Pour lui, les cassures sont trop nettes et claires pour avoir été causées par des démolitions. Il défend l'idée que ces statues ont été mises au sol de façon ordonnée, là aussi, suite à l'évolution des croyances de la société des habitants de l'île.

 

C'est d'ailleurs ce à quoi il consacre sa troisième partie : pourquoi les habitants ont-ils fermé la carrière et mis à terre les statues. La disparition de la forêt ou des changements climatiques ont longtemps été avancés comme explications. Nicolas Cauwe évoque lui une évolution des croyances des habitants, un changement de Dieux qui aurait eu des conséquences sur toute la société de l'île.

 

A travers cet ouvrage souvent passionnant, parfois un peu difficile pour un novice dans sa deuxième partie, Nicolas Cauwe plaide pour une nouvelle histoire de l'île de Pâques. Avec les nombreuses photos illustrant ses thèses et les panoramas des paysages de l'île, il rend cet essai à la fois accessible et agréable à découvrir.

 

Ile de Pâques, le grand tabou de Nicolas Cauwe

Éd. Versant Sud

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