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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 07:59

nagasaki-copie-1.jpgLe fait divers alimente très souvent la fiction. Si Truman Capote y a trouvé l'inspiration de son ouvrage le plus connu, de nombreux auteurs français ont récemment utilisé un fait divers pour alimenter leur écriture, comme Laurent Mauvignier ou Régis Jauffret, pour ne citer qu'eux. C'est également le cas d’Éric Faye, qui y a eu recours pour signer l'intrigue de Nagasaki.

 

Nagasaki, dans l'esprit du lecteur, évoque immanquablement la bombe atomique et ses destructions. Ici, rien d'aussi explosif et destructeur : c'est uniquement la présence inattendue d'un intrus dans son logement qui est la cause des soucis de Shimura-san.

 

Shimura-san vit seul dans son logement de Nagasaki. Maniaque, il a l'habitude de noter sur un carnet le niveau des bouteilles entamées après s'être servi. Son quotidien est bouleversé le jour où il découvre que le niveau est plus bas que celui qu'il avait noté. Pour être certain de ses craintes, il décide d'installer une webcam pour surveiller les allers et venues dans sa cuisine. Et ce qu'il s'attendait à voir se produit : il voit une petite femme se servir dans son frigo. Qui est-elle ? Comment est-elle entrée chez lui ?

 

La qualité de l'ouvrage tient au personnage de cette petite femme, arrivée dans ce logement car elle le connaît, mais surtout parce qu'elle n'avait pas d'autre endroit où aller. En s'installant dans une pièce très peu fréquentée par son hôte involontaire (la chambre d'amis, chez un homme qui ne reçoit jamais personne), elle a réussi à se reconstruire une vie, à ne plus avoir constamment peur du futur. C'est vraiment le personnage clé de cette intrigue, et ce court roman gagne en profondeur dans sa seconde moitié, lorsqu'il quitte Shimura-san pour se concentrer sur la femme. Car Shimura-san ne semble pas éprouver beaucoup de sentiments, que ce soit par rapport à sa solitude ou au traitement qu'il inflige à son hôte, sans la connaître. Un petit drame du quotidien, aux conséquences intimes importantes, que l'écriture retenue d’Éric Faye rend assez bien.

 

Nagasaki d'Eric Faye

Ed. Stock

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12 mars 2012 1 12 /03 /mars /2012 07:39

le-territoire-des-barbares.jpgUn matin, Zarza reçoit un appel. Un appel de menaces. Elle est persuadée que Nicolas, son frère, vient de sortir de prison et qu'il veut se venger de ce qu'elle a fait. Zarza tente de fuir ce frère qu'elle ne veut pas revoir et cotoie de nouveau ceux qu'elle ne fréquente plus depuis sa sortie de prison : la Blanche et tous ses adeptes.

 

Ce roman de Rosa Montero est un thriller psychologique, genre que je suis assez peu habitué à lire. Ici, on suit la journée de Zarza, jeune femme solitaire, éditrice d'ouvrages du Moyen-Age. Sa vie familiale est compliquée : son père les a abandonnés lorsqu'elle était jeune, elle a coupé les relations avec sa soeur, un de ses frères est en prison et l'autre, Miguel, en maison psychiatrique. C'est dans cet univers éclaté que se débat Zarza, effrayée par l'idée d'être poursuivie par son frère qui lui donne des rendez-vous réguliers.

 

L'ouvrage joue sur le passé de Zarza, sur la déchéance qui l'a frappée et dont elle est sortie après son passage en prison. Femme déstabilisée, elle n'a jamais réussi à nouer de relations durables. Même avec Urbano, un ébéniste dont elle partageait la vie, elle a fini par faire passer ses addictions avant sa relation, en venant aux pires extrémités.

 

C'est un roman qui se lit rapidement, assez haletant avec une envie indiscutable de savoir quelles sont les tenants et aboutissants de cette histoire (comment a-t-elle trahi son frère ? comment est-elle tombée aussi bas ? pourquoi son frère veut-il absolument la retrouver ?). Je reste nénamoins assez peu sensible au genre du thriller, ayant toujours l'impression que les scènes d'action conditionnent tous les autres éléments de l'intrigue (chaque personnage est placé là car il a une utilité, chaque décision également). Mais cela reste un ressenti très personnel sur le fond, car le roman de Rosa Montero est finalement une récréation tout à fait plaisante, sur décor de violences psychologiques et de relations familiales plus que difficiles, avec également des références littéraires qui servent à éclairer l'intrigue principale (Le chevalier à la rose de Chrétien de Troyes, notamment)

 

Roman lu dans le cadre du 12 d'Ys (catégorie auteur espagnol contemporain)

 

Le territoire des barbares de Rosa Montero

Traduit de l'espagnol par André Gabastou

Ed. Points

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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 12:15

trilogie-de-la-villegiature.jpgQuand on réside en province, assister à une représentation de la Comédie-Française devient un événement, notamment car la troupe a peu l'occasion de se produire en France hors de Paris. Outre la mise en scène de la trilogie de la villégiature de Goldoni avec une distribution alléchante, cette représentation valait également lecoup d'oeil pour la découverte du nouveau  théâtre en bois, installé dans la cour du Palais Royal pendant les travaux de la  salle Richelieu.

 

Commençons par ce théâtre éphémère qui prend place entre les colonnes de Buren et le jardin du Palais Royal. Esthétiquement, de l'extérieur, il est très beau. Je trouve que son insertion dans le Palais-Royal est une belle réussite, et son démontage à la fin des travaux de la grande salle est presque regrettable. A l'intérieur, cela sent le bois, on peut apercevoir l'architecture des gradins et on est confortablement installé. La vision sur la scène est bonne, ainsi que l'acoustique. Bref, une belle réussite.

 

Venons-en à Goldoni. La trilogie, comme son nom l'indique, est une combinaison de trois pièces. On y suit la vie de bourgeois de Livourne avant, pendant et après leur séjour en villégiature, dans les maisons secondaires. L'oeuvre est très intéressante, car cette construction en trois temps permet de donner trois couleurs vraiment différentes. La première pièce est celle des préparatifs. Derrière une histoire d'amour et de rivalité entre Leonardo (Laurent Stocker) et Guglielmo (Guillaume Gallienne) pour s'attirer les faveurs de Giacinta (Georgia Scalliet), on se retrouve presque dans un vaudeville. Les portes claquent, les caprices de Vittoria (Anne Kessler) ou de Giacinta fusent (que de dicussions autour de la dernière robe à la mode !) et les valets (Eric Ruf et Jérôme Pouly) ne savent plus où donner de la tête (très belle utilisation de l'action récurrente de faire ou défaire les valises). La vitesse est au coeur de l'action et elle permet de mettre en exergue la futilité de ce monde.

 

Le deuxième tableau est celui de la séduction et de la paresse. La villégiature est l'occasion de s'amuser, de jouer aux cartes mais aussi de batifoler. Outre les querelles amoureuses déjà citées s'ajoutent celle de Sabina (Danièle Lebrun) et de Ferdinando (Michel Vuillermoz), pique-assiette qui ne voit dans la séduction que le moyen d'obtenir une donation. S'ajoutent également les amours des deux plus jeunes (Adrien Gamba-Gontard et Adeline d'Hermy) ou celle des valets (très beau duo Eric Ruf - Elsa Lepoivre). Autour d'eux, Filipo (Hervé Pierre), l'organisateur un peu naïf, a du mal à saisir toutes les intrigues qui se mênent pendant cette villégiature.

 

Le troisème tableau est celui de la déchéance. Les bourgeois de la villégiature sont assaillis par les créanciers, et les histoires d'amour ont du plomb dans l'aile. Fulgenzio (Bruno Raffaelli), autorité morale, tente de remettre les choses en bon ordre, mais se heurte à la lâcheté de ces riches dans le besoin. On ressent ici l'apport du travail d'Alain Françon, grand metteur en scène de Tchekhov : comme dans La Cerisaie ou Les trois soeurs, on voit un monde qui s'effondre, et les protagonistes n'arrivent pas à comprendre leur propre chute.

 

Toute la distribution est épatante (en particulier Danièle Lebrun, Hervé Pierre ou Eric Ruf, mais il faudrait presque tous les citer). J'avais déjà vu nombre des comédiens dans d'autres productions de la troupe, mais ils sont ici à un excellent niveau. La lecture de la pièce de Françon est un régal et il arrive à rendre ces intrigues intelligibles. En plus, les nombreux costumes sont magnifiques et les décors bien utilisés. C'est donc une très belle production, qui s'arrête bientôt pour cette saison mais qui devrait sûrement être reprise dans les années à venir. A voir sans hésitation.

 

Autres mises en scène d'Alain Françon : La Cerisaie, Les trois soeurs

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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 22:43

sempe.jpgJusqu'au 31 mars, l'hôtel de ville de Paris rend hommage au travail de Jean-Jacques Sempé. Connu pour ses illustrations des différentes aventures du Petit Nicolas, il est également célèbre internationalement pour les couvertures de magazine qu'il a pu signer, notamment pour le New Yorker.

 

Avec un style dépouillé, avec souvent peu ou pas de dialogues, il donne vie à ses personnages ou à ses situations. Car ce qui est assez fort avec les dessins de Sempé, c'est qu'il arrive à trasmettre des émotions et des idées dans le simple dessin d'un paysage ou d'un homme au milieu d'un jardin. C'est cette simplicité, cette accessibilité qui fait la force du dessinateur.

 

Homme se revendiquant nostalgique d'un temps révolu, celui des années 60 et 70, il n'en oublie pas pour autant le temps présent. Ceci est notamment visible dans les dessins humoristiques qu'il signe. En un croquis, avec une légende, il arrive à faire naître le sourire. Sempé a également signé des oeuvres plus importantes, en terme de quantité. Grâce à des collaborations avec notamment Modiano ou Suskind, il a signé quelques albums qui donnent envie d'être découverts.

 

L'intérêt de cette exposition est justement de montrer la diversité des approches du métier de dessinateur qu'a Sempé. Les dessins de villequi ouvrent l'exposition, en particulier ceux de Paris, sont magnifiques. Il s'amuse avec les ombres, crée des effets de lumière saisissants, en jouant simplement sur des coups de crayons tracés en travers de la feuille. Les illustrations de cyclistes sont également tout à fait justes. C'est donc un plaisir de se balader dans cette exposition même s'il faut s'armer d'un peu de patience, car la foule s'y presse (la queue est toujours moins longue que pour l'exposition Doisneau et les halles, dans la salle voisine, qui attire les foules au point que j'ai renoncé à y aller).

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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 14:42

oslo-31-aout.jpgVoici l'excellente surprise cinématographique de ce début d'année. Elle vient de Norvège, et est signée par Joachim Trier, dont c'est le deuxième long métrage. L'histoire est celle d'Anders, toxicomane qui suit une cure et obtient une journée de sortie pour passer un entretien professionnel. Il en profite pour essayer de revoir ceux qu'il cotoyait avant le début de la cure : son meilleur ami, universitaire plongé dans les études de lettres, sa soeur, ses amis. Mais la confrontation avec la passé est loin d'être anodine.

 

Ce film est un petit bijou. Avec peu de moyens et des acteurs formidables, Joachim Trier signe un film passionnant sur le retour à la réalité d'un homme confronté à ses addictions. Le passé que souhaite retrouver Anders, à l'occasion de cette sortie, est fantasmé : son ex est partie s'installer à New-York, sa soeur s'est remise en couple avec son amie sans le prévenir et son meilleur ami a quitté ses habits de fêtard pour ceux du père de famille rangé, prêt à renoncer à une soirée pour jouer avec sa femme au jeu vidéo.

 

Le film tient sur peu de choses, mais l'utilisation que Joachim Trier fait de la caméra ou du son est vraiment très judicieuse. Que ce soit dans une soirée, au bord d'une piscine d'hiver ou sur une terrasse, tous les plans sont passionnants, avec une mise en scène maligne qui parvient à se faire oublier.

 

Tout le film est vu par les yeux d'Anders. Hormis la séquence d'ouverture qui montre Oslo dans les années 70, on ne quitte jamais le héros. Le film s'ouvre sur une scène de tentative de suicide : Anders ramasse des cailloux pour tenter de se noyer. Méthode peu académique qui échoue, mais qui marque l'ensemble du film. Jamais le spectateur n'oublie cette séquence d'ouverture, et le thème du suicide revient hanter de nombreuses séquences du film, notamment lors de l'entretien d'embauche. Anders Danielsen Lie donne au personnage une profondeur et un trouble qui s'empare du spectateur presque dès l'ouverture, et ne le quitte pas. Un film passionnant, émouvant qu'il faut se dépêcher d'aller voir avant qu'il ne disparaisse des écrans. Le cinéma norvégien a certainement trouvé un grand réalisateur.

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 16:40

le-suicide.jpgSémione Podsékalnikov en a assez de sa vie de mari rangé. Il se sent sous la coupe de sa femme, Maria, qui apporte l'argent au ménage, et de sa belle-mère, Sérafima. Même la consommation d'un saucisson de foie devient une affaire d'état. Alors, pour échapper à sa condition d'homme dominé, il décide de se suicider. L'annonce de ce suicide met en émoi tous les habitants du village (le voisin, le prêtre, l'intellectuel révolutionnaire, le militaire...), qui trouvent tous un intérêt dans le suicide de Sémione. Mais le suicide prend beaucoup de temps à se conclure.

 

Nicolaï Erdman a écrit la pièce en 1932 et ne la verra jamais sur scène. Censurée par le régime soviétique, elle ne sera autorisée que sous Gorbatchev. Avec sa galerie de personnages loufoques et son intrigue alignant les péripéties à un rythme effréné, l'auteur signe une comédie enlevée, drôle et qui pointe subtilment les travers du régime sovitéique.

 

Patrick Pineau, dans sa mise en scène, parvient en rendre la vitesse et le tourbillon des événements qui s'abattent sur Sémione, homme perdu qui se laisse mener par la foule qui l'entoure. Le tout dans un décor modulable qui s'adapte parfaitement à l'intrigue. Jérôme Derre, dans le rôle du suicidé, donne au personnage une profondeur de plus en plus importante au fil de la pièce, rendant parfaitement son trouble et passant du comique le plus loufoque à la réflexion presque métaphysique. D'ailleurs, toute la distribution est excellente et amène sur le plateau l'énergie de la pièce. Tous les comédiens seraient à citer, mais les prestations de Manuel Le Lièvre en militaire et d'Anne Alvaro en belle-mère survoltée sont épatantes. Cette dernière pousse également la chansonnette, et propose une partition délurée surprenante. Une très belle pièce à découvrir, avec une distribution vraiment épatante.

 

En tournée au mois de mars 2012 à Nantes, Perpignan, Miramas, Chateauvallon.

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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 12:14

la-desintegration.jpgAli et Nasser sont deux habitants d'une cité de la banlieue lilloise. Ali, qui a grandi dans une famille musulmane, essaie de s'intégrer dans la société française. Il mène des études techniques assez poussées, et veut suivre le chemin de son frère aîné, qui a réussi à être reconnu dans le quartier par ses valeurs humanistes. Malheureusement, les échecs dans sa recherche de stage l'amène vers des chemins radicaux. A ses côtés, Nasser est paumé. Viré de chez sa soeur, il trouve refuge auprès de Djamel, un arabe charismatique, intelligent, qui pense que le seul moyen pour les musulmans de s'imposer est la lutte armée. Petit à petit, avec Djamel, Hamza, le gaulois converti, Nasser, le paumé et Ali le revanchard montent un plan pour faire connaître leurs revendications.

 

Le film de Philippe Faucon est un film violent. Non pas tant par ce qu'il montre (pas d'images sanguinolentes), mais par ce qu'il décrit. La désintégration est celle de ces jeunes français, de parents étrangers venus en France, et qui aujourd'hui ne trouvent plus de place dans cette société. Le jeune Ali (incarné par Rashid Debbouze, très convaincant) est le symbole de cette génération. Il s'est accroché, est sur le point d'obtenir son diplôme mais tout est remis en cause car il éprouve les pires difficultés pour déécrocher un stage. Son nom et son faciès ne le favorisent pas, et il prend alors violemment conscience que la tolérance dans laquelle il a été élevé n'est pas partagée par tous.

 

Le film, assez didactique, a plusieurs mérites. D'abord, autour de Djamel (Yassine Azzouz, angoissant au possible), l'intellectuel qui donne des ordres et manipule ces jeunes qui pour lui ne sont rien d'autres que des armes humaines, les jeunes embarqués sont très différents. Trois parcours, trois personnalités. Il est d'ailleurs un peu dommage qu'on n'en sache pas plus sur Hamza (Ymanol Perset), le recent converti à l'islam, qui voue une haine profond aux français de souche. L'autre point positif est de montrer que certains réussissent à s'intégrer dans cette société pleine d'adversité. C'est notamment le cas de la famille d'Ali, avec ce grand frère qui ne comprend pas pourquoi son frère tombe dans ce radicalisme religieux (Kamel Laadaili). Le personnage de la mère d'Ali, femme de ménage, est également très intéressant. Femme qui suit les préceptes de la religion, elle accepte doucement que ses enfants ne suivent pas la même voie qu'elle. La rencontre avec sa belle-fille, non musulmane, est d'ailleurs l'occasion d'une belle scène. Zahra Aiddaoui, dont c'est le premier film, donne à ce personnage un grande profondeur.

 

La désintégration est donc un film dur, qui montre une image peu agréable de notre société. Mais le scénario de Philippe Faucon et la multipliciité des points de vue rend cette chronique tout à fait digne d'intérêt. Un film à découvrir.

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 19:50

absolue-perfection-du-crime.jpgAu centre de l'intrigue, le braquage d'un casino. Le roman, en trois parties, décrit les différentes étapes suivies par le groupe de braqueurs : la préparation, le casse, la vengeance. Car ce qui sur le papier devait être simple ne se déroule pas comme prévu. Sur un sujet éculé, Tanguy Viel signe un roman très prenant, construit comme une vraie tragédie.

 

Le braquage est tout d'abord une affaire familiale. Pas celle des liens du sang, mais celle des voyous. Autour de l'oncle, mourant et qui encadre là sa dernière opération, Marin, Andrei, Jeanne et le narrateur, tout juste sorti de prison, l'équipe réfléchit au braquage du casino et au meilleur moyen de s'en sortir sans se faire pincer. Si certains sont réticents devant l'ampleur du projet, la personnalité charismatique de l'oncle, parrain de ce petit groupe, permet de fédérer l'équipe, à laquelle se joint Lucho.

 

Le casse est assez classique, avec un couple qui monte une arnaque. Le moyen de faire sortir le magot est plus étonnant : avec un hélicoptère télécommandé, le but est de l'amener à bord d'un bateau qui attend au milieu de la rade de Brest. Car Tanguy Viel implante son récit en Bretagne, la région où il a grandi. La rade de Brest est presque un personnage à part entière, et le phare de Saint-Mathieu et l'abbaye à son pied sont le cadre du final du roman, celui de la vengeance, avec une palpitante course-poursuite automobile.

 

La force du roman de Tanguy Viel est sa construction. Comme une tragédie, la première partie est une exposition des différents protagonistes et de l'enjeu de l'intrigue, qui met certes un peu de temps démarrer. La seconde partie est le nœud, là où va se jouer le braquage et où la situation bascule, de façon inattendue. La troisième partie est l'occasion du règlement de compte, qui verra la mort d'un protagoniste dans une scène digne d'un grand thriller.


L'absolue perfection du crime, évoquée dans le titre du roman, est l'objectif de ces braqueurs qui se pensent malins mais qui vont lamentablement chuter. Heureusement, l'écriture de Tanguy Viel est bien plus robuste que le plan monté par ses héros et donne au livre son attrait.

 

Autre roman de l’auteur : Insoupçonnable, Paris-Brest, Hitchcock, par exemple

 

L'absolue perfection du crime de Tanguy Viel

Ed. de Minuit

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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 19:45

sur-la-planche.jpgA Tanger, il n'y a pas beaucoup de solutions pour les jeunes filles : c'est le chômage, le travail dans les usines textiles de la zone franche ou le décortiquage des crevettes. Badia est ce qu'on appelle une fille-crevette : toute la journée, elle est assise dans une grande salle à la lumière blanche où elle s'occupe des crevettes avec des gestes mécaniques. Le problème, c'est l'odeur : Badia ne la supporte pas et se frotte désespérément, pour essayer de faire passer cette abominable puanteur. Avec Imane, son amie, elle tente de donner un peu de sens à sa vie. La rencontre avec deux autres filles, des textiles, va apporter un peu de piment. Et quelques larcins apportent du beurre dans les épinards.

 

Sur la planche est un film qui prend aux tripes. Les premières scènes mettent immédiatement dans le ton : le spectateur est pris à parti par la logorrhée de Badia, qui parle avec un débit impressionnant et un accent marqué. La caméra suit l'énergie du personnage principal : tourbillonnante, elle ne laisse pas de repos. Puis le film se pose : on découvre alors l'histoire de ces jeunes femmes, obligées de travailler pour payer leurs logements miteux en location. Dans le rôle de Badia, la jeune Soufia Issami est très convaincante et la mise en scène de Leïla Kilani permet de concilier l'intrigue (une simple histoire d'arnaque et de vol) et description du Maroc contemporain.

 

Car outre l'histoire édifiante des personnages, le plus du film est de donner à voir la vie à Tanger. Ville en pleine expansion économique, elle est un lieu d'immigration pour les marocains, qui quittent les autres villes pour y trouver du travail. Les intérêts économiques sont protégés dans la zone franche, où les allers et venues sont contrôlés par les autorités policières. Les conditions de travail difficile des ouvrières ne les protègent toutefois pas des conséquences de la mondialisation : les délocalisations pour l'Asie ne les épargnent pas.

 

C'est un film pour lequel il faut être en forme : l'intrigue n'est pas totalement linéaire et m'a laissé perplexe (même s'il est assez facile de faire des hypothèses plausibles sur ce qui se passe une fois le générique de fin débuté) et la caméra ne ménage pas le spectateur. Mais c'est un film qui mérite cet effort initial, car il est déroutant et riche.

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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 07:15

trauma.jpgCharlie Weir est psychiatre à New York. Sa spécialité est de prendre en charge les traumatisés des conflits armés, en particulier ceux revenus du Viet-Nam. Marié à Agnes, père d'une petite fille, Cassie, son couple va exploser suite au suicide de Danny, son beau-frère. Pour Agnes, Charlie est responsable de la mort de son frère : il l'avait pris en charge dans un groupe de parole d'anciens militaires, et n'avait pas réussi le soigner. Charlie est déstabilisé, d'autant que les relations avec sa propre famille sont complexes : son frère artiste est le préféré de sa mère, et il entretient avec elle des rapports plus que froids. Surtout, les capacités d'analyse et de recul de Charlie fonctionnent moins bien lorsqu'il doit regarder sa propre histoire.

 

C'est peut-être un lieu commun de la littérature ou de la fiction sur le monde des psychiatres ou des psychanalistes, mais je n'avais jamais lu un roman qui offre une plongée aussi forte dans l'intimité d'un psychiatre. Ce qui est intéressant avec le personnage de Charlie, au coeur du roman, c'est cette dichotomie inconsciente entre son milieu professionnel et sa vie privée. Dans son métier, même s'il a besoin du soutien de collègues reconnus, il a acquis une notoriété dans le milieu à New York. Toute sa vie tourne autour de ses patients, et sa femme est fatiguée du temps qu'il passe pour son métier, délaissant le foyer et leur fille.

 

Dans sa vie privée, c'est une autre histoire. Seul, rejeté, il tente de trouver du réconfort dans les bras de Nora, une aventure de passage. Si Agnes revient de temps vers lui pour un après-midi coquin, il n'arrive pas à trouver son équilibre. Et au lieu de penser à lui, de réfléchir à sa situation, il cherche encore et toujours à aider les autres, notamment Nora qui rêve d'un frère dont elle n'a jamais parlé. Il faudra que Charlie en arrive aux dernières extrémités et que son frère et son beau-père interviennent de façon inattendue pour qu'il se retourne enfin sur son histoire et comprenne alors ses difficultés personnelles et professionnelles.

 

Trauma est une plongée dans l'intimité d'un homme qui souhaite guérir autrui, mais n'y parvient plus car il est lui-même malade, sans s'en rendre compte. Dans l'univers feutré de New-York, avec ses bureaux, ses tours et ses hôpitaux psychiatrique de banlieue, Patrick McGrath donne vie à tous les personnages, chacun jouant un rôle dans l'existence de Charlie. Un livre dont il est difficile de parler sans donner trop d'éléments, qui sont bien sûr à découvrir au cours de ce récit assez passionnant.

 

Autre roman de Patrick McGrath : L'asile (beaucoup plus épique et moins feutré, pour le coup)

 

Roman lu dans le cadre du 12 d'Ys (auteur en Mc)


Trauma de Patrick McGrath

Traduit de l'anglais par Jocelyn Dupont

Ed. Actes Sud

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