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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 08:29

monsieur-pain.jpg

Voilà un bien étrange roman signé Roberto Bolano, que je découvre pour l'occasion. Un roman difficile à résumer car l'intrigue y est assez embrumée, tout comme l'esprit de Pierre Pain, le personnage principal. Pourtant, je me suis laissé embarqué par l'auteur dans cette balade inattendue dans les rues de Paris et dans les rêves de Monsieur Pain.

 

Pierre Pain est un homme marginal. Adepte des sciences occultes tel le mesmérisme, il est invité par Mme Reynaud, une amie, à soigner Mr Vallejo. Cet homme, déjà souffrant, est atteint d'une crise de hoquet qui pourrait lui être fatal, et on compte sur Pierre Pain pour en venir à bout. Mais le médecin imaginaire n'aura l'occasion de voir son patient qu'une seule fois et ce ne sera donc pas suffisant pour qu'il intervienne efficacement. Car il passe son temps à se perdre dans des rêves qu'il ne comprend pas toujours, perdu entre des tueurs à gages espagnols, des sommités scientifiques et des souvenirs de guerre.

 

Il faut accepter de se laisser embarquer pour apprécier ce roman. Le début est prenant, avec notamment deux silhouettes espagnoles inquiétantes qui montent des escaliers. On a l'impression de se lancer dans un polar moite, puis, petit à petit, on se rend compte que l'histoire de Vallejo et de Mme Reynaud est secondaire. Ce qui est important, c'est la plongée dans l'univers onirique de Monsieur Pain. Le lecteur parvient à dessiner le fil de la vie de cet homme, ces rêves étant remplis de souvenirs, et ce jeu est assez prenant.

 

Si on ajoute à cela l'écriture très agréable de Bolano et sa capacité à dessiner en quelques lignes des personnages marquants (comme ce scientifique qui part en Espagne pour s'engager avec les troupes franquistes), Monsieur Pain est un roman tout à fait plaisant. Il ne semble pas que ce soit le chef d'œuvre de l'auteur, mais c'est un ouvrage tout à fait recommandable, qui m'a fait plus d'une fois penser à ceux de Roberto Arlt, Les sept fous et Les lance-flammes.

 

L'avis de Thom

 

Ouvrage lu dans le cadre du 12 d'Ys

 

Monsieur Pain de Roberto Bolano

Traduit de l'espagnol par Robert Amutio

Ed. Les Allusifs

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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 14:12

revue-xxi.jpgUne fois n'est pas coutume, je vais vous parler d'un ouvrage que je n'ai pas encore lu. Il s'agit du numéro de printemps de la revue XXI. Revue documentaire, qui a pour objectif de faire découvrir des pays méconnus, des situations personnelles avec une ambition artistique. Les moyens utilisés sont divers : récit, interview, bande-dessinées, photo-reportage.

 

Et comme les supports, les thèmes abordés sont extrêmement larges. Dans le numéro d'hiver 2012, il était question de la relation des individus à la justice (magnifique premier article qui se lit comme une nouvelle sur le parcours d'un avocat avec son client), des transports routiers dans le sud de l'Afrique, de littérature turque avec Orhan Pamuk, de l'entrée dans un couvent d'une jeune américaine. Il y a aussi une dimension historique avec la description de la Grande famine qui a touché la Chine dans les années 50, et une dimension artistique avec cette troupe qui monte au Cambodge la pièce d'Hélène Cixous consacrée au roi Sihanouk.

 

A chaque fois, ce sont des regards décalés, hors des sentiers battus et avec une vraie exigence artistique, avec notamment de très belles illustrations pour chaque article. La longueur des articles permet d'aborder les sujets dans leur diversité ou de suivre en longueur un protagoniste, comme cette chauffeur de poids lourd en Afrique du Sud. C'est souvent passionnant et très éclairant sur l'état du monde.

 

Alors, je ne peux que vous inciter à découvrir ce nouveau numéro, qui nous emmène à Davos avec Emmanuel Carrère, au Yémen pour découvrir la condition féminine, à la frontière mexicaine avec Jonathan Littel ou dans un lycée du Jura. Mais encore en Afghanistan sur la trace des migrants clandestins, en Espagne pour la crise l'immobilier ou chez Michel Drucker (avec un article qui a l'air assez croustillant). Vraiment, cette revue est une très belle réussite (qui a déjà fait ses preuves auprès des lecteurs avec de très belles ventes, mais ce n'est pas une raison pour ne pas en parler !)

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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 07:35

a-moi-seule.jpgGaëlle était une enfant lorsqu'elle a été enlevée par Vincent. Aujourd'hui, c'est une jeune femme que Vincent a fait grandir en la tenant enfermée dans une maison isolée dans la campagne, le plus souvent cloîtrée dans la cave. Aujourd'hui, c'est le jour où Gaëlle réussit à échapper à son geolier, qui semble lui laisser la voie libre. C'est la découverte de la vie à l'air libre pour Gaëlle qui retrouve ceux qui l'ont attendu pendant ces longues années. C'est également l'occasion de revenir sur la relation trouble et complexe qu'ont entretenue la victime et son bourreau.

 

S'il s'inspire de l'histoire de Nathacha Kampusch, cette autrichienne enlevée enfant qui a réussi à s'échapper, Frédéric Videau parvient à éviter la simple mise en image du fait divers pour signer un film à la fois très prenant de par l'histoire qu'il raconte et dérangeant à cause des liens qu'il imagine entre les deux protagonistes principaux.

 

Car Vincent, s'il est un bourreau qui sequestre un enfant, n'est pas seulement cela. Il est celui qui a vu grandir cette jeune fille, dont il a pris soin comme il le pouvait, répondant à ses besoins matériels et assurant son éducation. Bien entendu, tout cela ne permet pas de faire disparaitre l'atrocité de son geste, mais c'est bien les fêlures du personnage qui sont les plus flagrantes. Pour lui, Gaëlle est sa propre fille et elle comble le besoin de paternité qui l'envahit. Tout tourne pour lui autour de cette jeune fille et du secret qu'il tente de garder précieusement, même lorsqu'il invite un collègue chez lui.

 

Entre les différentes scènes retraçant l'histoire de Gaëlle et Vincent, on découvre comment Gaëlle appréhende son retour à l'air libre. Elle renoue avec ses parents (une mère qui n'a jamais cessé de la chercher, un père devenu alcoolique). Elle tente de renouer avec ce passé lointain, comme avec ce camarade de classe qui a assisté à la scène de l'enlèvement, mais c'est en vain. Les personnages secondaires n'apparaissent d'ailleurs généralement qu'une fois (sauf la mère et la psychologue), comme si les retrouvailles étaient pour Gaëlle un passage obligé avant de se construire ailleurs et autrement.

 

Frédéric Videau signe un film remuant, dont il est difficile de sortir serein. Il est très bien entouré, accompagné par Florent Marchet qui signe une musique étonnante et évocatrice, et par de très bons acteurs. J'ai découvert à cette occasion Reda Kateb, très impressionnant dans le rôle de ce kidnappeur presque naïf (j'ai bien dit presque). A ses côtés, Agathe Bonitzer est également très convaincante dans le rôle de Gaëlle et tous les seconds rôles sont soignés : Noémie Lvovsky, Hélène Filières, Jacques Bonnafé ou Grégory Gadebois. Le film est malheureusement peu distribué, mais je vous incite à le découvrir, car c'est une belle réussite !

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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 18:55

chroniques-de-jerusalem.jpgSi vous pensez que la bande de Gaza est un groupe de Rock, Ramallah une marque de bonbons et Hébron le nom d'un désherbant, ou si vous n'avez jamais vraiment compris les enjeux des conflits au Moyen-Orient, comme moi, alors cette BD est faite pour vous.

 

Guy Delisle y raconte sa vie pendant un an à Jérusalem. Il a suivi sa femme qui travaille dans le milieu humanitaire. N'ayant pas d'activité salariée, il profite de son séjour pour visiter Jérusalem, Israël et les territoires palestiniens. Plutôt que par le biais de longs discours historiques ou politiques, c'est par la description de son quotidien que Delisle plonge le lecteur dans les habitudes du pays.

 

Et le résultat est passionnant. Car non seulement il rend accessible des sujets géopolitiques complexes (le découpage de Jérusalem en différents quartiers, l'implantation des colonies israéliennes), mais il les donne aussi à voir. Le mur de démarcation entre Israël et Gaza est un des lieux les plus dessinés par Delisle. Certains passages sont saisissants, comme ceux où il se rend dans le quartier des juifs ultra-orthodoxes de Mea Sharim. Personne ne travaille vraiment, les hommes se consacrant presque exclusivement à l'étude de la Thora. Le narrateur manque d'ailleurs de se faire lyncher car il a osé traverser le quartier en voiture le jour du Shabbat, ce qui est rigoureusement interdit.

 

Un autre passage époustouflant est celui de la visite à Hébron. Dans la ville où vivent des colons israéliens et des palestiniens, une rue est couverte d'un filet de protection afin que les palestiniens qui marchent ne reçoivent pas sur la tête des projectiles venus des fenêtres des colons. Le fait de la voir dessiner est un atout indéniable pour l'ouvrage.

 

Delisle n'hésite d'ailleurs pas à prendre parti, notamment lorsqu'il compare deux visites organisées l'une par les arabes, l'autre par les juifs. Mais il accorde également au récit beaucoup d'humour et de quotidien. La recherche du plus beau parc de jeux ou les embouteillages interminables rythment la vie du canadien et de sa famille. Un ouvrage passionnant dans ce qu'il décrit et époustouflant dans la manière dont il le fait. Brillant !

 

L'ouvrage a reçu le prix du meilleur album au dernier festival d'Angoulême et je vous invité à visiter le site de l'auteur.


Chroniques de Jérusalem
de Guy Delisle

Éd. Delcourt - Shampooing

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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 11:05

les-adieux-a-la-reine.jpgBenoît Jacquot adapte le roman de Chantal Thomas, Les adieux à la reine. Plus qu'une visite touristique de Versailles le 14 juillet 1798, le film est une évocation de la panique qui règne dans les couloirs, dans les combles, où les membres de la Cour et leurs domestiques ne savent plus à quel saint se vouer. Le film centre néanmoins son intrigue autour du personnage de la lectrice de la reine, Sidonie Laborde, et c'est certainement là que repose la faiblesse du film.

 

Car évoquer la panique à Versailles et se promener dans les communs est une très bonne idée de mise en scène. Les scènes de nuit, dans les couloirs éclairés à la bougie, où les courtisans se transmettent rumeurs sur rumeurs sont assez saisissantes. On y sent toute la fébrilité, l'angoisse ces nantis confinés au château, et la lecture d'une affiche demandant la tête de plus de 200 courtisans est un moment réussi de cinéma. A l'opposé, la frivolité de la Reine, occupée à la protéger ses bijoux en les retirant de leurs montures ou à regarder son livre de tissus, permet de se rendre compte de la vie irréelle à Versailles.

 

Mon souci, c'est le personnage de cette lectrice, adoratrice hallucinée de la reine qui ne jure que par les services qu'elle peut rendre à sa maitresse. Aucune préoccupation personnelle, aucune envie sexuelle chez cette demoiselle. Cela pourrait marcher si Benoît Jacquot n'avait pas choisi Léa Seydoux pour incarner ce personnage. Je n'ai jamais été convaincu par cette actrice, et ce n'est pas ce rôle qui va me faire changer d'avis. Alors qu'on devrait ressentir une urgence, une fébrilité chez cette domestique totalement vouée à sa maîtresse, on reste à côté de ce personnage froid et austère.

 

Le manque de subtilité du jeu de Léa Seydoux (toujours avec la même moue) tranche avec l'énergie et la vitalité des autres acteurs, tous bons. Que ce soit Diane Kruger qui fait parfaitement oublier Kirsten Dunst, Noémie Lvovsky (parfaite en dame de compagnie de la reine), Julie-Marie Parmentier, Michel Robin ou Hervé Pierre, ils apportent une touche originale en quelques scènes. Alors que Léa Seydoux, présente dans presque tout le film,, n,'arrive pas à proposer un personnage fort et inoubliable. Une erreur de casting qui rend ce film finalement assez anodin.

 

Les avis de Pascale, Dasola

 

Autre film de Benoît Jacquot : Villa Amalia

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 08:13

38-temoins.jpgUn film de Lucas Belvaux est toujours un moment particulier. Toujours pas remis de sa merveilleuse trilogie, j'attends avec une certaine impatience chacune de ses réalisations. Cette fois, il installe son film au Havre, où il transpose le drame de Kitty Genovese, cette femme tuée en pleine rue sans que personne ne bouge, alors des témoins étaient présents. Parti du roman de Didier Decoin, Lucas Belvaux signe un film lancinant, avec une mise en scène très intelligente, mais qui manque finalement un peu de chair.

 

Le déut du film est un magnifique plan sur un porte-container entrant dans le port du Havre, Tout au long du film, les plans du port, de la ville, de la rue de Paris (cette grande rue droite entourée d'immeubles et de leurs colonnes, lieu du crime) se succèdent, et donne une ambiance tout à fait particulière. Le fait que de nombreuses séquences sont tournées de nuit ajoute à l'impression d'être dans un univers clos, fermé, confiné. Le climax du film est atteint dans la scène finale, celle de la reconstitution, qui est celle autour de laquelle tout le film a été construit.

 

Là où le film est un peu en dessous, c'est dans le choix du personnage principal. Pierre (Yvan Attal) a entendu les cris de la jeune femme et n'arrive pas, comme ses voisins, à dissimuler ce qu'il a entendu cette nuit là. Lucas Belvaux restreint le personnage à un homme au jeu très austère, retenu et il est difficile d'entrer en empathie avec lui. Même la scène de la révélation à sa femme se fait de nuit, alors qu'elle dort, d'une voix étouffée. Jamais on ne ressent l'urgence qui étreint Pierre.

 

Pourtant, le reste du casting est, je trouve, réussi. Sophie Quinton est une épouse attentive, prête à tout entendre, mais qui réalise que son couple, qui battait de l'aile, se délite définitivement. Le personnage de la journaliste (Nicole Garcia, que j'aime assez comme actrice) apporte un regard extérieur et permet de s'interroger sur les marges de manoeuvre que peuvent prendre les journalistes. Son duel avec le procureur (excellent Didier Sandre) est très réussi. Quant aux autres témoins (Patrick Descamps, Natacha Régnier) ou aux policiers (Bernard Mazzinghi, François Feroleto), ils arrivent en quelques scènes à créer un personnage. Un film pas totalement convaincant, donc, mais qui reste tout de même d'une très honnête facture.

 

Autres films de Lucas Belvaux : Un couple épatant / Cavale / Après la vie, Rapt

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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 19:00

ce-que-j-appelle-oubli.jpgC'est un court texte, une soixante de pages seulement; Ce texte, c'est une phrase, attrapée au vol et qui ne se terminera qu'avec le point final. Cette phrase faite de disgressions, d'incises, de changements de ton raconte l'histoire d'un jeune homme, dont on ne connait pas grand chose. Sauf qu'il avait un frère, qu'il vivait de petits boulots et qu'il est mort dans la réserve d'un supermarché, tabassé par quatre vigiles pour avoir bu une canette de bière dans les rayons.

 

Cette histoire est tirée d'un fait divers sordide qui s'est passé à Lyon, en 2009. Laurent Mauvignier s'en empare, et loin du documentaire, signe un texte poignant, touchant, émouvant. En alternant récit de ce moment d'horreur et la victoire de l'arbitraire, suppositions sur ce que pouvait être la vie de ce jeune homme et réflexions sur la condition humaine. Un livre dont on ne sort pas indemne, tant le fait divers à l'origine du récit est abject et tant l'écriture de Mauvignier rend le côté horrible de cette situation.

 

A noter que le texte sera adapté au théâtre dans quelques jours, du 12 au 22 avril. Ce sera au Studio-Théâtre, la petite salle de la Comédie-Française, avec Denis Podalydès, qui met également en scène.

 

L'avis de Dédale

 

Ce que appelle oubli de Laurent Mauvignier

Ed. de Minuit

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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 23:04

iguifou.jpgScholastique Mukasonga est rwandaise. Elle a eu la chance de quitter son pays avant le génocide des années 90, qui a conduit au massacre de 800 000 rwandais, hutus ou tutsis. Mais ce ne fut pas le cas de sa famille, dont presque tous les membres ont été tués. Alors il n'est pas surprenant de retrouver en filigrane, dans les nouvelles de ce recueil, l'évocation de ce massacre. Mais l'art de Scholastique Mukasonga est de mêler à ce thème funeste une écriture splendide qui plonge le lecteur dans l'histoire de cette région d'Afrique.

 

Cinq nouvelles composent ce recueil. La première donne son nom au recueil : L'iguifou. Pour la petite Colomba, l'iguifou est la faim qui la tenaille lorsqu'elle n'a même plus quelques grains de riz pour la nourrir. L'attente de sa mère qui est sensée apporter quelques fruits ou racines occupe toute entière la petite fille, qui ne parvient pas à oublier sa faim, jusqu'à être éblouie par une lumière étincelante.

 

Puis on découvre, dans La gloire de la vache, comment une vache peut devenir le centre de la vie d'un village. En étant obligé de s'en séparer à cause de l'exil, la famille regrette la vache qui lui servait de moyen de subsistance. C'est alors que l'animal tant vanté devient l'objet d'une mythologie qui touche à la fois la famille et le village, et la moindre apparition d'une vache occupe alors tous les esprits.

 

La peur est certainement la nouvelle la plus forte du recueil. On y apprend que le Rwanda a été plusieurs fois touché par les massacres entre les deux ethnies, les hutus et les tutsis. Dans les années 50 et 60, sous la domination coloniale belge, les deux populations se faisaient déjà la guerre. La nouvelle raconte comment la peur des militaires, brutaux, arbitraires, a des conséquences sur tous les aspects de la vie privée. Jamais on ne se sent en paix, et il faut toujours anticiper un lieu de repli au cas où l'ennemi apparaît.

 

Le malheur d'être belle est la chronique de la vie d’Héléna. Jeune femme très belle, dès l'adolescence, elle a eu le malheur d'être née dans la minorité tutsie. Sa vie est de ce fait un enfer. Poursuivie par sa réputation de femme à homme, elle est contrainte à la prostitution et à l'exil. Dans cette nouvelle, on passe du Rwanda au Burundi, on croise Mobutu et on découvre les relations diplomatiques déséquilibrées qui dictent la vie de ces pays et de leurs habitants.

 

Enfin, le deuil est la dernière nouvelle et la seule qui aborde de manière frontale le génocide, toujours évoqué avant mais de façon indirecte. Le personnage raconte elle parvient à effectuer son travail de deuil en Europe, sans avoir eu l'occasion ni de retourner au Rwanda, ni de dire au revoir aux membres de sa famille qui ont été tués. Le retour au pays clôt, de manière symbolique, cet ouvrage magnifique où Scholastique Mukasonga n'évite aucun sujet difficile, tout en l'insérant dans des intrigues et une écriture admirables. Un très beau recueil de nouvelles.

 

L'iguifou - Nouvelles rwandaises de Scholastique Mukasonga

Ed. Gallimard - Continents noirs

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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 07:45

Anton Tchekhov est un auteur vraiment passionnant. Alors que l'intrigue semble parfois se répêter (comment les propriétaires fonciers gèrent les terrains qu'ils possèdent, sujet traité dans La Cerisaie, Les trois soeurs ou Oncle Vania), il décrit des personnages absolument captivants, complexes et très modernes. Et quand tout cela est associé à une mise en scène inventive, la soirée ne peut qu'être bonne.

 

Au coeur de l'histoire, on trouve Ivan Petrovitch, surnommé Vania. Avec sa nièce Sonia, il gère le territoire que leur a laissé sa soeur défunte. Les visites d'Astrov, le médecin, viennent apporter un peu d'animation dans une vie de labeur, mais là, c'est la venue du père de Sonia et de sa belle-mère qui est au coeur des discussions.

 

Durant la pièce se nouent différentes relations d'amour impossible. La belle-mère, Elena, est l'objet des convoitises de Vania et d'Astrov, aucun des deux ne trouvant son vieux mari, un intellectuel  sûr de sa position et ne supportant la campagne, digne d'elle. Sonia, elle, n'a d'yeux que pour Astrov, mais elle découvre par l'intermédiaire d'Elena que ses venues fréquentes n'ont aucun lien avec elle.

 

Derrière ces intrigues centrales, deux sujets très modernes sont abordés par Tchekhov. D'abord, il y a le thème de l'écologie, défendu ici par Astrov. Homme proche de la nature, il défend la présence des bois dans les alentours, dénonçant son utilisation pour le chauffage; Il avoue également ne pas consommer de viande. Il est assez rare de rencontrer de telles thématiques pour le signaler, surtout dans les pièces datant d'il y a plus d'un siècle.

 

Le deuxième sujet, abordé en fin de pièce, est celui de la confrontation de milieux sociaux, entre paysans et monde intellectuel. Cette thématique, latente, n'appaarait vraiment qu'à la fin car c'est à ce moment que le personnage de Vania se dévoile. Incarné par David Clavel, Vania est un être complexe, d'abord pointé du doigt pour sa jalousie mais qui a bien des raisons pour ne pas aimer son beau-frère. D'ailleurs, l'ensemble de la distribution est très intéressante, avec Marie-Hélène Roig (Sonia) ou Rodolphe Dana (Astrov).

 

La mise en scène est également très intéressante. La public est accueilli par un verre de vodka orange et des cornichons, et il prend place de part et d'autre de la scène. Au centre, les acteurs prennent place, autour d'une table ou sur un tapis. Les changements se font à vue, les lumières changent (très beau deuxième acte presque totalement éclairé à la bougie). Le fait de parfois voir certains acteurs de dos permet de se concentrer sur ceux qui sont en face, qui reçoivent la parole, et cette expérience de spectateur est toujours saisissante. Alors si vous avez l'occasion de voir la mise en scène d'Oncle Vania par le collectif Les Possédés, vous pouvez y aller, vous ne raterez pas votre soirée !

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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 19:42

la-taupe.jpgLe suédois Tomas Alfredson s'est plongé dans un roman de John Le Carré et dans les services secrets britanniques pour signer ce film. Loin des séquences d'action qui peuvent parfois jalonner les films de ce genre, le réalisateur fait le choix d'installer une ambiance, avec un rythme lancinant et des doubles (voire triples) jeux qui happent le spectateur, sans grands effets.

 

Nous sommes en 1973, en pleine guerre froide. L'échec d'une opération à Budapest entraîne la chute du chef des services secrets, Control, et de son second, George Smiley. Pourtant, l'ambiance n'est pas bonne : tout le monde sait qu'une taupe s'est infiltrée et qu'elle fournit des informations à Moscou. On fait alors appel à Smiley, officiellement en retraite, pour débusquer le traître.

 

L'intrigue, parfois complexe, se laisse finalement assez bien suivre. Mais ce qui importe, c'est l'ambiance. Celle feutrée des ces agents britanniques, peu enclins aux emportements face à la menace. Celle créée par une simple malette qu'on tente de faire passer à la bibliothèque pour en sortir des documents confidentiels. Celle de ce caisson insonorisé, jaune, qui sert de lieu de réunion aux quelques membres à la tête des services secrets.

 

Le film bénéficie également d'un très bon casting, porté par les toujours trèsbon acteurs britanniques. A leur tête, Gary Oldman parvient une nouvelle fois à être peu reconnaissable et incarne un agent flegmatique à souhait. A ses côtés, John Hurt en chef déchu, Tom Hardy en jeune homme impétueux, Colin Firth avec toute sa distinction, Mark Strong ou Toby Jones sont parfaitement à la hauteur. Une équipe très masculine, dans un milieu qui l'est très certainement, et où les rares femmes aperçues n'ont pas un sort très enviable. La taupe est à la fois un film à l'intrigue captivante et un exercice de style réussi. Une combinaison qui marche, donc.

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