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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 11:30

une page d'amour

Pour ce cru 2010, j'ai pris un peu de retard avec mon défi Emile Zola. Alors que ma lecture du tome annuel des Rougon-Macquart a habituellement lieu en février-mars, elle a attendu cette année le mois de juillet. Enfin, ce n'est pas bien grave, vu que c'est un défi que je mène seul, et comme je décide des règles, je peux bien les changer quand bon me semble.

 

Huitième opus des Rougon-Macquart, Une page d'amour prend place entre deux monuments de la bibliographie de Zola : L'assommoir et Nana. On quitte donc pour un moment Gervaise et sa fille, pour se plonger dans l'histoire  de l'amour impossible entre Hélène et le docteur Deberle.

 

Hélène est arrivée de Plassans avec son mari et sa fille, Jeanne. Malheureusement, son mari est rapidement décédé, et elle s'est retrouvée seule. Elle a néanmoins pu compter sur quelques amis, l'Abbé Jouve et Monsieur Rambaud, qui lui ont permis de trouver un appartement à Passy. Le propriétaire du logement est le docteur Deberle, qui habite à proximité. Hélène va rencontrer pour la première fois Henri Deberle alors qu'elle cherche désespèrement un médecin pour Jeanne. En sauvant l'enfant, Deberle et Hélène se trouvent liés par le destin de manière beaucoup plus forte qu'ils ne l'auraient souhaités. Mais il n'est pas très bon pour une veuve et un médecin marié de vivre un amour au grand jour.

 

Dans ce nouveau roman, Zola poursuit son exploration de la vie parisienne. Cette fois, on se trouve dans les villages de l'ouest parisien, qui deviendront bientôt des quartiers de la capitale. Du haut des collines de Passy, Hélène vit une passion dont elle sait qu'elle est déraisonnable mais contre laquelle elle est incapable de lutter. Son attirance pour Deberle est forte, et réciproque. Pourtant, l'amitié d'Hélène avec la femme du docteur, une mondaine qui ne jure que par les soirées qu'elle organise ou les vacances à la mer, et les relations entre leurs enfants respectifs devraient être un frein assez fort. Mais cette relation, qu'on voit naître, grandir par des faits et gestes infimes, en particulier par l'émoi qui touche Hélène à chaque fois qu'elle aperçoit le docteur, ne sera finalement qu'un moment à passer dans la vie des amants.

 

Hormis Hélène, Jeanne est un des personnages très intéressant du roman. L'enfant, malade, va être le ressort dramatique de cette histoire d'amour. Hélène est beaucoup plus touchée par les demandes de sa fille qui souhaite ne plus voir Henri Deberle que par les scrupules liés à son amitié avec Mme Deberle. Jeanne est jalouse de ces hommes qui convoitent sa mère, Rambaud puis Deberle, et elle fait tout pour qu'ils ne se voient que peu. C'est d'ailleurs lors de l'absence de sa mère que Jeanne contracte les maladies les plus graves.

 

Hélène est totalement dépendante de sa fille, et étouffée par le remord. Elle sait qu'elle ne doit pas aimer, et s'efforce de se tenir. Mais quand elle voit que Mme Deberle cache à peine sa relation avec Malignon, un jeune dandy qui a un avis sur tout, et souvent contraire à celui de la majorité, elle oublie ses scrupules et souhaite confondre les amants, avant de regretter son geste. Femme indécise, qui a du mal à assumer ses décisions, Hélène est le centre de cette histoire, parfois un peu trop centrée sur cette histoire d'amour, mais elle reste un personnage tout à fait attachant.

 

L'autre grande vedette de ce roman, c'est Paris. Zola utilise la vue qu'a Hélène depuis sa fenêtre de Passy pour décrire à de multiples reprises le paysage parisien, changeant au gré des évolutions de l'histoire. L'auteur prend quelques libertés avec la chronologie (il cite des monuments qui ne seront créés que quelques années après la période du récit), mais son exploration aérienne de Paris est palpitante. Les méandres de la Seine, ou les réverbérations du ciel sur les toits donnent lieu à de très belles pages.

 

Une page d'amour n'est certainement pas le meilleur Zola. Comme dans La faute de l'abbé Mouret, il a une tendance à être démonstratif, en faisant de tous les éléments des signes de l' évolution de l'intrigue amoureuse. Néanmoins, les personnages secondaires et certaines scènes marquandefi classiquetes, comme celle de la balançoire ou de la réception pour les enfants, méritent vraiment qu'on s'attarde sur ce roman qui fut une pause dans la rédaction de la série. Mais une pause tout à fait digne d'intérêt ! Et quel plaisir de lire Zola ! Un régal à chaque fois (ou presque !) 

 

Toujours chez les Rougon-Macquart : Son excellence Eugène Rougon et L'Assommoir

 

Une page d'amour, d'Emile Zola

Ed. Le Livre de Poche

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commentaires

Valdu78 22/02/2017 22:13

Bonsoir tout le monde, quelqu'un pourrait-il m'expliquer en quoi la scène de la balançoire et celle du balle des enfants sont elles importantes ?
Merci pour vos réponses :)

Luna 28/02/2011 12:39



Emile Zola est un auteur que j'ai découvert en primaire, c'est le premier vrai auteur que j'ai lu et malgré les difficulté de langage (déjà qu'a 20ans c'est pas évident de le lire, alors à 8...)
j'avais beaucoup apprécié. C'est l'un de mes auteurs doudous que je lis quand j'ai le cafard !
Je viens d'ailleurs de publier mon avis sur son livre "Nana" sur mon blog...

Joli article, je reviendrais ;)
Bonne continuation !!



Yohan 03/03/2011 22:22



Zola est très à la mode sur les blogs en ce moment. Il y a des périodes comme cela : Zweig, Zola,... J'attends impatiemment le tour de Balzac ;-)



fran6h 01/11/2010 10:11



C'est chose faite.J'ai lu et apprécié "La fortune des Rougon". Effectivement si l'on veut comprendre l'essence de l'oeuvre, il faut commencer par là (sinon, chaque ouvrage constitue bien un tout,
mais partiel). Dans quelques semaines, ce sera "La curée".


http://animallecteur.canalblog.com/archives/2010/11/01/19484299.html


 



Yohan 02/11/2010 18:07



Oui, chacun est un tout, mais qui fait référence à ce qui a été dit dans ceux d'avant. Car les enfants d'un roman deviennent les héros des suivants ! Bonne ballade dans le Paris hausmannien avec
la Curée, donc !



fran6h 21/09/2010 19:37



Merci


Je l'inscris dans ma PAL ... ce sera mon prochain Zola.


Au plaisir de te lire de nouveau.



Yohan 24/09/2010 21:30



De rien, et au plaisir tes billlets sur Zola !



fran6h 17/09/2010 22:44



Bien ce billet, et bien ce défi ! 


Je pensais être le seul à me défier sur la lecture d'un Zola par an, mais nous sommes apparemment nombreux.


Toutefois, tu as le mérite de les lire dans l'ordre, alors que je les attaque dans un ordre relativement aléatoire. Mais comme je n'ai pas encore lu mon 2010, je vais peut être m'attaquer au tout
premier ...


Allez, bonne continuation et au plaisir de lire un nouveau billet en 2011.


 


Francis


 



Yohan 21/09/2010 19:30



J'ai également découvert que nous étions plusieurs à nous intéresser de près à Zola. Ravi de t'accueillir parmi nous ;-)


Sinon, je te conseille en effet la lecture de La fortune des Rougon, car il te donnera quelques clés sur cette étrange lignée des Rougon-Macquart !