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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 22:41

http://images.allocine.fr/r_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/73/44/82/19215286.jpgMarc Dugain a choisi d'adapter lui-même un de ses romans, celui auquel fut consacré un billet il y a peu. Roman qui ne m'avait d'ailleurs pas convaincu. En revanche, le film est une jolie réussite, en particulier parce que Marc Dugain a resserré l'intrigue du film sur un petit bout du roman, que j'avais d'ailleurs trouvé rapidement expédié, bien qu'intéressant.


Le film est donc centré sur les figures de Anna, médecin réputée pour ses dons de magnétiseuse, et de Staline, qui après avoir renvoyé tous ses médecins juifs par peur d'un complot, a recours aux services de celle-ci. Cet épisode, qui occupe un cinquième du roman, prend ici toute la place, ce qui permet à Dugain d'installer une ambiance et des personnages, d'instaurer une forme de terreur douce qui était perceptible dans le roman, mais que le film accentue.


La force du film, c'est qu'on sent constamment la pression qui pèse sur la population russe de cette année 1953, qui est celle de la fin du règne de Staline. Ainsi, Anna est mariée, mais n'arrive pas à avoir d'enfant. Ses vaines tentatives de procréation éveillent les récriminations des voisins, qui se plaignent des cris de jouissance qui retentissent presque quotidiennement dans l'immeuble. Anna est également surveillée à l'hôpital, par un de ses collègues adipeux qui n'attend qu'une chose (je ne dirai pas laquelle !), mais qu'elle lui refuse. Alors, ce sont les menaces de dénonciation, que son supérieur tente de couvrir, mais qu'il ne peut indéfiniment « oublier ». Lorsque la police embarque Anna pour rejoindre Staline, elle ne sait pas où elle va, ni pourquoi elle y va. Tout laisse à penser qu'on l'emmène dans un endroit pour l'interroger, mais il n'en est rien : c'est le camarade Staline qui la reçoit, pour qu'elle soigne ses rhumatismes.


A partir de ce moment, le secret doit être maximum. Même le mari d'Anna ne doit rien savoir, et la séparation des deux amants n'empêche à ce dernier quelques jours de torture, pour bien vérifier qu'il ne savait rien. Toute cette ambiance de suspicion, de crainte, de menaces est très bien rendu par le film, avec ses bâtiments aux longs couloirs, dont on ne sait jamais vraiment ce qu'on peut y trouver.


Le tout est porté par de très bons acteurs, au premier rang desquels André Dussolier, méconnaissable, hormis par sa voix, en Staline, et Marina Hands, toujours impeccable, en Anna. Leur duo fait de peur et d'attirance fonctionne parfaitement, et c'est un plaisir de les voir ensemble. Le reste de la distribution est à l'avenant, avec Edouard Baer, très bien en mari abandonné pour une raison qu'il ne connaît pas, et un trio de la Comédie Française qui vient renforcer ce bon casting : Denis Podalydès en concierge soupçonneux, Grégory Gadebois en médecin libidineux et Thierry Hancisse en ouvrier alcoolique, qui n'hésite à boire dans les flacons d'eau de Cologne qu'il fabrique.


Marc Dugain réussit donc son passage au cinéma, avec le mérite d'avoir réussi à transformer son propre écrit pour le ramasser et en faire une oeuvre plus dense, et beaucoup plus passionnante.

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commentaires

Titine 12/03/2010 11:40


je suis entièrement d'accord avec toi, c'est un passage réussi à la réalisation. Effectivement le resserrement de l'intrigue est très intéressant et permet de construire le film sur le passage le
plus réussi du roman. Les acteurs sont tous formidables, j'aime beaucoup Marina Hands.


Yohan 16/03/2010 21:31



Que dire de plus, puisque nous sommes d'accord ;-)



dasola 12/03/2010 08:36


Bonjour Yohan, c'est en effet un très bon film qui n'a malheureusement pas convaincu tout le monde. Il n'a pas trouvé son public. Je sais qu'il y en a qui se sont ennuyés: je le regrette (voir mon
billet du 19/02/10). Bonne journée.


Yohan 16/03/2010 21:23


Oui j'ai cru comprendre que le film n'avait pas eu un grand succès en salle. Dommage, car il aurait mérité de trouver son public ! Bonne journée à toi, Dasola !