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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 07:24

un-tramway-nomme-desir.jpgAprès le désastreux Tramway présenté l'an dernier au théâtré de l'Odéon (et malgré la présence d'Isabelle Huppert), j'avais pour objectif de vaincre le signe indien en découvrant la version de Lee Breuer, à la Comédie-Française. Si j'ai pu avoir quelques craintes (notamment l'usage de micros), j'ai été très séduit par la mise en scène proposée, qui laisse la place au texte et à l'intrigue tout en permettant les tentatives scéniques.

 

Car on retrouve bien Blanche et Stella, dans cette version. Les deux soeurs, la première rendant visite à la seconde après la perte de la demeure familiale, Belle-Rêve. Blanche, qui a également pris du recul par rapport à son métier de professeur de lettres. Mais chez sa soeur, à la Nouvelle-Orléans, elle découvre son beau-frère, Stanley Kowalski. Et la force, la bestialité qu'il dégage ne seront pas sans conséquence sur la vie de Blanche, même elle tente de lui donner un autre sens grâce à Mitch.

 

Dès le début de la pièce, on est plongé dans l'ambiance de la Nouvelle-Orléans. Un orchestre joue quelques morceaux, la fête est au centre du plateau, et la narration démarre avec le voisin (Bakary Sangaré, avec sa merveilleuse voix grave). Ensuite, on est plongé dans l'appartement  de Stella et Stanley, et on va voir ces personnages évoluer. Blanche, dépressive, mythomane, tente de se soigner en prenant d'innombrables bains chauds. Stanley, qui ne saisit pas sa maladie, s'en moque, pensant plus aux poker avec ses amis qu'à passer du temps avec sa femme, enceinte. Côté acteurs, j'ai trouvé l'ensemble tout à fait cohérent, avec au centre du dispositif Anne Kessler en Blanche exaltée, qui minaude, tente de se sauver mais n'y parvient jamais. A ses côtés, Eric Ruf, Françoise Gillard, Grégory Gadebois sont tout à fait dans le ton, et les seconds rôles ne déméritent pas (Léonie Simaga, Bakary Sangaré, Christian Gonon, Stéphane Varupenne).

 

Mais le tout est réhaussé par une mise en scène aventureuse, qui si elle m'a ébloui, peut certainement décontenancer quelques spectateurs. Car Lee Breuer, s'il conserve le cadre de la Nouvelle-Orléans, utilise de nombreux éléments japonisants dans le décor, les attitudes (en particulier pour Stanley). Le décor est sans cesse mouvant, avec des panneaux, qui tombent, des modules qui se déplacent sur scène, le tout s'intégrant parfaitement dans l'ensemble et ne le ralentissant jamais. Le summum est atteint lors d'une partie de poker, où les panneaux figurent les cartes, et où les acteurs font eux-mêmes les bruit des cartes imaginaires.

 

Mise en scène très intelligente également de par l'utilisation des accessoires : ils ne sont pas sur scène, mais apportés, au fur et à mesure par des hommes en noir surgissant des coulisses, et qui les reprennent dès que leur présence est superflue. Un peu comme s'il ne fallait pas s'encombrer des accessoires pour se concentrer sur les personnages, coeur de la pièce. Outrance aussi parfois, mais que j'ai totalement accepté, comme dans le passage de séduction forcée de Stanley, maquillé comme le Joker, et apparaissant en cinq exemplaires sur scène.Et pour une fois, même les micros ne m'ont pas gêné une seconde !

 

Une entrée au répertoire de la Comédie-Française très réussie pour l'oeuvre de Tennessee Williams, qui est une proposition riche, et tranchant habilement avec le film de Kazan, dans la mémoire de nombreux spectateurs.

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commentaires

beatrice 13/06/2011 22:10



Je sais je sais...



Flo 13/06/2011 21:25



P'taaain, vous êtes trop forts !! Béa, faut que t'ouvres ton blog !!



beatrice 13/06/2011 20:44



Ton idée est très intéressante et j ai bien envie de te rejoindre : oui le spectateur voit la pièce à travers le regard de Blanche, c'est ça.


Pour info ce qui m'a mis la puce à l'oreille c'est lorsque les estampes sont déchirées quand elle évoque son défunt mari.


Bonne soirée



Yohan 14/06/2011 18:43



Je suis très content de cet échange ! C'est exactement pour cela que je tiens ce blog, pour échanger des impressions sur des expériences communes !!! Merci Béa !



beatrice 11/06/2011 20:44



Bon e trouve pas grand chose a ton jeu alors je reagis a ton commentaire :


nous sommes alles voir la piece il y a quelques semaines. j ai bien aime meme si j ai j ai ete genee sur quelques aspects. Je te rejoins tout a fait sur le jeu des comediens en particulier la
gestuelle et le portee de tete et la voix de Anne Kessler et la mise en scene assez geniale oui. J ai interprete la decoration japonaise (estampes, vetements de Blanche et meme ceux des
accessoiristes tout en noir qui m ont fait penser aux samourais) comme l imaginaire nevrotique doux soyeux elegant de Blanche qui lui permet d eviter d affronter la realite avec tous les
affreux souvenirs qu elle recouvre. Ceci dit j ai ete tres genee par deux choses. La ou on etait assis, a droite de la scene, le son etait mauvais, on devait se concentrer pour entendre les
comediens et c etait usant et enervant au bout d un moment. Et puis jai l impression d avoir recu les cles d interpretation psychiatrique des decors japonais (en tout celle que je m en suis
faites) qu au milieu de la  deuxieme partie de la piece et a partir de la je me suis regalee. Je suis donc frustree de ne pas en avoir pu jouir plus.


Beatrice



Yohan 13/06/2011 15:55



Merci pour ce commentaire très argumenté.


Sur les deux points négatifs que tu évoques, il est vrai que ne pas entendre bien les comédiens est très désagréable, surtout dans une pièce longue comme celle-ci. C'est d'autant plus surprenant
que les comédiens étaient équipés de micros... Les hauts-parleurs devaient être mal situés, et cela prouve que l'emploi de la technologie ne réssoud pas tous les problèmes, loin de là.


Sur l'interprétation du décor japonais, j'aime bien ta vision des choses, ce refuge étranger pour Blanche qui l'emporte loin de la Nouvelle-Orléans. Et qui éclaire d'une autre façon les
personnages. En particulier Stanley, qui uilise une gestuelle très particulière. On peut imaginer qu'on ne voit pas Stanley, mais la vision que Blanche a de Stanley (ce que confirme aussi son
apparition en multiples Jokers). Et du coup, ça donne envie de reprendre la pièce pour en faire une nouvelle approche. Je comprends tout à fait ta déception de non-jouissance totale ;-)